Conversations 15

Je suis toujours émerveillée par l’esprit humain. On a tous un même vocabulaire (bon, on suppose !), mais la façon d’agencer les mots me remplit parfois d’un immense plaisir.

Dans un grand supermarché. Je commande quelque chose, vais déposer une bouteille dans le récipient qui les récupère et retourne vers la vendeuse.

  • Suis-je supposée payer ? dis-je avec le sourire.
  • On verra en 2027, pour le moment on est en 2026 et il faut payer.

On éclate de rire. Je vous le dis, l’esprit humain est riche.

Que m’arrive-t-il ? Je me trouve dans un supermarché, à la caisse. Devant moi, une dame assez âgée et vers la caissière une autre dame d’un cinquantaine d’années. Elle se retourne, voit l’autre dame âgée et l’aide à mettre le panier sur le comptoir.. Je me dis que c’est une cliente attentive aux autres. Je dépasse la deuxième cliente et dis à la première qu’elle est une personne attentive aux autres et la remercie. Elle répond que c’est normal. Elle paie son addition, comme elle n’a pas de carte du magasin, elle demande à la dame derrière elle si elle veut les points. Il y en a beaucoup et la dame no 2 la remercie. Je lui dis alors que si elle attend elle aura aussi les miens. La dame range ses achats avec lenteur et au moment de payer, je lui demande sa carte pour qu’on lui mette mes points. C’est alors qu’elle dit : « Que m’arrive-t-il ? » Je lui dis que c’est Noël !

Toujours à la caisse. Je vois un panier mal posé par une cliente inattentive. J’en ai assez de toujours ranger. Pourquoi ne pas ignorer ? Parce que, parce que les choses rendent service et qu’elles méritent d’être bien traitées. Tout a une mémoire. Alors, je vois devant moi une maman et son fils d’environ dix ans. Je demande à ce dernier de me donner un coup de main avec le panier. La façon dont il le fait, me fait penser que ce garçon est débrouille et qu’il doit bien aller à l’école. J’aime toujours savoir ce que les enfants aiment à l’école. Le sort m’est favorable parce qu’une cliente devant nous prend un temps fou dans je ne sais quelle opération. Je m’approche donc du garçon et lui demande comment il va à l’école. Il répond qu’il va bien. Partout, dans toutes les branches ? Oui, dit-il. Et, qu’est-ce que tu aimes le plus ? Les maths, réplique-t-il tout de suite. Je lui demande s’il sait que le signe égal a été inventé par non pas un Anglais, mais un Gallois parce que… Je n’ai pas fini ma phrase qu’il me dit qu’il sait. Je lui demande comment cela se fait et il répond que c’est sur YouTube qu’il a trouvé. Donc, il sait que c’est quelqu’un qui était fatigué de toujours écrire « est égale à « . Je félicite le garçon et lui souhaite une belle suite dans la vie. Il me dit au revoir avec un regard intense.

Au marché. J’attends que ma marmette me serve et vois un garçon d’environ dix ans qui raconte avec beaucoup d’enthousiasme quelque chose à une dame qui pourrait être sa grand-mère et qui est plus occupée à regarder les légumes. J’ai un peu de temps et me dis que je devrais encourager ce garçon. Je lui demande alors de quoi il parlait et il me raconte en long et en large sans aucune faute de français (il faut le faire !) qu’un membre de sa famille en France a loué une grande salle (il a utilisé un autre verbe qui doit vouloir dire « s’approprier », mais je ne sais plus lequel) et il va y retrouver ses cousins – ils s’adorent, etc. Je lui demande s’il aime écrire parce qu’il parle volontiers. Il me dit que l’année précédente, maintenant il est au collège, il y avait une sorte de joute de mots (là encore il a utilisé un autre mot, plus actuel) et les élèves devaient écrire en quelques minutes une histoire vraie ou inventée avec le plus de mots possible. Il était champion. Mais, maintenant, il est très bon en maths et là où il « s’explose le plus » c’est en anglais. Et le français ? Lui ai-je demandé. « J’aime pas le français ». Pourquoi ? Tu n’aimes pas le prof ? »Non, ce n’est pas cela. C’est compliqué. Maintenant on fait le présent de l’indicatif ». Je réfléchis un moment et lui dis que c’est dommage s’il amie écrire. En maths, il y a les chiffres qu’on utilise d’une façon ou d’une autre et en français il y a les lettres et les mots, que d’une certaine façon c’est la même chose.

Je ne sais pourquoi, je lui parle de familles et lui dis que les verbes sont comme les familles : il y a des familles qui ne disent pas bonjour (le garçon fait oui de la tête), d’autres qui parlent tout le temps, d’autres encore qui ne sortent jamais, ou d’autres qui sont tout le temps dehors (le garçon me suit). Les verbes c’est pareil, il y a des groupes comme ceci et d’autres comme cela et puisqu’il aime écrire il n’a qu’à s’inventer des histoires avec eux. Lä, le garçon semble s’éveiller. Comme il ne connaît pas la naissance du signe « égale » en mathématique., je le lui explique et il dit qu’il ne savait pas. Je lui ai donné ma carte de visite si une fois il se trouve à court d’idées. En partant il m’a remerciée et dit au revoir. C’était joli.

Dans un autre supermarché. J’arrive à la caisse, je paie et un jeune caissier me rend la monnaie en comptant : sept cinquante, huit et deux qui font dix et dix qui font vingt. Je n’en reviens pas. La plupart des caissiers actuels vous mettent l’argent dans les mains ou alors si la caisse marque 8,50 vous disent ce nombre-là. Je le félicite d’agir ainsi et il me dit qu’il l’a appris durant son apprentissage. J’emballe mes affaires, mais la chose tourne en moi. Je retourne vers lui et lui dis : « Vous étiez bon dans votre apprentissage! ». Il est un peu gêné mais dit qu’il a fait de son mieux. Je lui dis que je vais parler de lui parce que j’ai entamé un échange de messages avec le gérant de la Coop de la Maladière. Il me dit qu’il doit peut-être se rappeler de lui parce qu’il y a travaillé. Je lui dis que le monde est petit ! Il sort de sa caisse pour aller chercher un article pour un client.

Je profite pour parler avec deux adolescents qui étaient derrière moi et leur demande : « Comment cela se fait-il que vous utilisiez tellement ce ‘du coup’ ; du coup j’achète un portable (ce sont les mots que l’un d’eux avait utilisés9, du coup je dis, du coup je fais fais… ». Ils sont étonnés mais je les vois chercher une réponse dans leur cerveau. Finalement, l’autre dit qu’il ne sait pas. Je dis alors, que l’on se doit de toujours rester maître de soi, qu’on doit pouvoir être indépendant des modes et savoir ce que l’on dit et fait. Tout cela se passe dans une atmosphère de gentillesse.

Le caissier est revenu, je lui dis au revoir et il me souhaite un bon week-end. Je fais pareil et l’un des ados me souhaite un bon samedi avec le sourire. Je fais de même. J’ai un sentiment de bien-être.

Encore dans un magasin. Je cherchais un produit que je ne trouve pas, j’ai toutes les courses du samedi sur un diable et à l’épaule. Une femme d’une trentaine d’années me laisse passer, je la remercie et elle répond :

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