@3m.ossature : période de confinement

Confinement. Une nouvelle session organisée par le service des Sports de Neuchâtel commence et voilà que le confinement oblige la plupart de la population à rester chez elle. Flûte ! je n’avais pas prévu cela. Que faire ? Je dois pouvoir faire quelque chose, me dis-je. Me vient l’idée de continuer le cours via les nouvelles technologies. Je fais la proposition aux quatre participantes et trois s’enthousiasment à l’idée de « rester debout » dans une situation si hors du commun, surréaliste dit l’une de mes amies.

Nous optons pour l’application WhatsApp. Heureusement que nous avons eu le temps de faire un cours ensemble et j’ai en mémoire leur corps et la façon dont elles l’utilisent. Autrement, cela aurait été impossible. De plus, le noyau du cours de la matière enseignée est très simple et demande 20 minutes pour l’appliquer une fois qu’on connaît la technique. Ce qui enrichit ce cours, ce sont les métaphores utilisées, les liens du corps avec toute sorte de situations de la vie, de domaines aussi. Ces liens nous éclairent sur la façon dont notre corps réagit.

À ceux qui ne connaissent pas « @3m.ossature », je dirai que je me suis inspirée de Godelieve Denys Struyf, GDS, et que j’ai fait un cours bien à moi. J’en ai parlé avec l’une de ses collaboratrices et elle a trouvé que c’était intéressant. Comme dans toutes mes autres activités, il arrive un moment où on parle de la fonction de la pensée, de la façon dont nous l’utilisons, de ce que nous en faisons. On le sait, tous les chemins mènent à Rome et ce cours va aussi à Rome, au sens figuré, il va sans dire.

Alors, comment donner ce cours ? Si c’est grâce à WhatsApp que je peux donner le cours, il n’en reste pas moins que d’enseigner sans voir les gens reste un exercice ardu. Je me dois de travailler différemment. En principe, je me laisse inspirer par ce que les participants font, disent, montrent ou ne montrent pas, tout cela parce que je les vois et que je sais où je peux intervenir.

Cette fois-ci, c’est donc différent, mais comme je l’ai dit plus haut, j’ai rencontré les participantes une fois et j’ai leur corps en mémoire. Le corps est l’instrument que nous utilisons pour nous exprimer. Je ne pense pas pouvoir donner un tel cours au travers des nouvelles technologies à des personnes que je n’ai jamais rencontrées. Je connais bien la danse classique ainsi que le corps humain. Ce n’est pas pour rien qu’un danseur a toujours besoin d’un maître de ballet. Même lorsqu’on connaît les règles, le corps ne réagit pas toujours comme on le croit. Il y a beaucoup à dire sur le sujet.

L’expérience enrichit mon enseignement. Cela demande une préparation différente. Dans mon studio j’ai beaucoup de matériel sous la main et l’utilise en fonction des situations. Cette fois-ci, je prépare un schéma et écoute ce que les participantes disent. Je suis très attentive au ton, aux respirations, aux silences. Si ces éléments entrent aussi en ligne de compte dans les cours en présence des participants, ici c’est celui qui prime. Ensuite, je chemine et apporte des éléments. Le cours se construit et peu à peu on arrive à plus de la moitié des cours de la session et on se sent comme dans un bateau au large. Alors, même si c’est ardu, c’est fascinant de se dire que l’on ne se connaît pas au sens habituel mais qu’on se connaît quand même. Ce confinement apporte un facteur commun, on est vraiment dans un même bateau et on est resté debout face à la tempête. Pour moi c’est l’une des choses primordiales. Je dis toujours que mes cours sont de prétexte à aller plus profondément en soi. De plus, on est aussi d’accord pour aider l’une ou l’autre d’entre nous si jamais on a besoin d’aide dans cette période. Je trouve cela très émouvant. En effet, c’est dans la difficulté que l’on reconnaît les amis.

Nous traitons bien des sujets, cette fois-ci on a mis l’accent sur les pieds. Voici des images.

On y voit un pied sans cambrure, dit pied plat, un pied avec une cambrure normale et un pied très cambré.

Les participantes ont chacune fait une photo de leur empreinte. Cela donne ceci :

Et nous avons une oeuvre artistique !

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Activité extra-muros avec une élève de 11 ans. Habits pour les Barbies.

Autres activités que la danse. Il m’arrive d’inviter des élèves chez moi pour leur donner l’occasion de voir, à travers d’autres activités, que partout il y a une structure, des règles, des possibilités de créer et d’avoir du plaisir.

Cette fois-ci, il s’agit de faire des habits pour des Barbies. Les Barbies, on le sait, ont un corps qui n’est pas celui d’une poupée habituelle, mais je m’adapte.

Pour faire un habit à une Barbie, on se demande quel genre d’habit on va lui faire, quel genre de tissu on peut utiliser parmi les bouts que j’ai préparés, s’il y en a suffisamment (pour une Barbie il n’en faut pas des masses, oui, mais des rubans, des sacs, des accessoires et il ne s’agit pas d’être en manque). Il faut aussi se dire qu’une fois ou l’autre on va le laver et qu’il ne faudrait pas qu’il perde sa couleur ou qu’on mélange des couleurs qui vont déteindre ou même qu’il se découse.

Cela fait qu’il faut aussi chercher le fil qui va avec le tissu.

On a tout prévu, mais il faut encore faire un patron, car on ne coupe pas le tissu n’importe comment.

On fait les préparatifs, on coupe, on coud, on mesure, on fignole et une première robe est prête. On passe à la seconde.

Mon élève prend conscience du fait qu’il faut penser à bien des choses avant de de faire la robe. C’est comme au cours de danse. On prépare le corps, on apprend bien des exercices, et ensute, on peut faire une danse. Même une fleur, d’abord ell est une graine, elle entre dans la terre, elle boit et s’alimente de minéraux et de soleil, pousse comme une plante, et finalement elle montre son visage de fleur !

Commentaires de l’élève : Je ne pensais pas que cela prendrait autant de temps, mais finalement c’est bien. Je suis contente d’avoir appris tout cela. Maintenant, j’ai deux patrons et pourrais les utiliser pour d’autres robes !

Photos prises par mon élève !

Pages du journal d’une élève de danse de 13 ans.1 – tricot de danse.

C’est la page du tricot que Zully a fait pour moi. C’est, comme toujours, l’occasion de faire des liens avec d’autres choses. Alors, le sous-titre pourrait être :

Le studio « Cave perdue » est un endroit un peu frais et il faut bien s’habiller chaudement. De toutes façons, pour travailler avec les muscles il vaut mieux qu’ils soient au chaud. La circulation se fait mieux.

Elle m’a donc tricoté un bout d’abord, j’ai aimé et j’ai choisi la version de droite. À un moment donné, il y a eu des noeuds. Ce n’est pas nécessaire de dire le pourquoi du comment, l’essentiel c’est qu’il y a eu un noeud et qu’elle s’ingénie à trouver des solutions. Mais, elle ne rate jamais, non plus, l’occasion de me faire participer à ses trouvailles.

Bien sûr, c’est toujours tentant de faire au plus vite, mais quand même, des moutons se sont donné la peine de faire de la laine (sans parler du fait que des moutons-parents se sont aimés pour donner naissance aux moutons qui ont donné la laine), des gens l’ont tissée, d’autres l’ont teinte, d’autres encore ont préparé les teintures, que l’ont vendue, exportée, etc. De plus, c’est au magasin « Le Bouton d’Or » de Neuchâtel dont la patronne est Ingrid Gueniat que je achetée. Cela fait toute une histoire qu’on ne peut pas maltraiter juste comme cela. Mon élève écoute.

Je propose à mon élève de faire une pelote et là, il n’y aura plus de noeuds !

Voyant que mon élève a compris le principe, je lui dis que je finirai de faire la pelote. Je lui explique que des noeuds, on les trouve aussi ailleurs. On peut avoir des crampes, des noeuds dans les muscles. C’est quelque chose qu’on peut toucher, mais il y a aussi des noeuds qu’on peut sentir, ressentir différemment. Ce sont les noeuds qu’il y a dans les familles par exemple. Anciennement, lorsqu’une personne n’avait pas sa raison, on la cachait dans la famille, et les descendants n’en entendaient même pas parler. C’est un secret de famille. Mais nous portons toute l’information de la famille en nous et cela se ressent d’une façon ou d’une autre.

Avec les copains, un voisin, il peut y avoir des noeuds. Quelqu’un comprend quelque chose de travers, ne le dit pas, fait ce qu’on appelle « la tête », en fait toute une montagne, la partage avec d’autres et cela devient un gros noeud.

C’est partout que cela peut se produire. Dans l’Histoire aussi, il y a plein d’exemples de trahisons, de malentendus qui ont mené à de grosses histoires. On le voit bien quand on revisite l’Histoire, quand des gens font des reherches et qu’on rétablit la vérité.

Alors, quand on peut, on cherche le fil qui peut mener à démonter le noeud. Ce n’est pas toujours facile, mais la pelote de laine doit rester comme une référence. Et quand on réussit, c’est un vrai plaisir !

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René Froidevaux : l’homme, patron de la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse

C’est la montre de M. René Froidevaux, marque Cadola, la marque vendue en Suisse et dont le graphisme a été fait par André Oppel dans les années 1950.

La montre. On sait qu’un objet n’est qu’un objet, toutefois, quand je me dis que cette montre était au poignet de M. Froidevaux et l’a accompagné au moment où il prenait des décisions, où il vivait l’histoire de son entreprise et celle du Jura, cet objet prend une valeur. C’est comme si elle portait une mémoire que je peux toucher ou à tout le moins lire.

Date : 18 décembre 1900. C’est la date de naissance de M. René Froidevaux, de celui qui va marquer l’histoire horlogère de Neuchâtel et participer à la naissance du canton du Jura.

M. Froidevaux est né au Noirmont ; cela explique son attachement pour la région du Jura et son activisme pour que le Jura devienne le 23e canton suisse. Il ne suffit pas d’être né sur une terre pour devenir son porte-drapeau, il faut avoir du caractère, avoir le sens de l’organisation, du devoir, être un visionnaire. Ces qualités, on les a déjà remarquées dans l’article que je consacre à son entreprise horlogère. Lorsque j’ai découvert qu’il avait été l’un des moteurs de la naissance du canton du Jura, je n’ai été étonnée qu’à moitié. L’autre moitié, si je puis dire, s’est étonnée de savoir qu’un homme très occupé par son entreprise, un vrai Suisse – c’est-à-dire un Suisse comme on les imagine : calme, neutre, ne désirant rien devoir à personne, respectueux des règlements – se dise qu’il faut se battre pour le droit de naissance du canton du Jura. Je dis une fois de plus « chapeau » !

M. Froidevaux a été un activiste passionné, passionné au point d’amener sa famille tous les dimanches pique-niquer dans le Jura. On ne sait pas si les enfants étaient d’accord, mais c’était sa façon très entière d’être. Son enthousiasme l’a poussé à se dire qu’il fallait un journal pour la question jurassienne, qu’il a combattu pour cela et qu’il fallait forcément des fonds. Le banquier qu’il avait été avait son rôle à jouer et il gardait une comptabilité à cet égard. Les gens qui traitaient avec lui le savaient et y participaient.

Le journal en question est « Le Franc-Montagnard », toujours en activité.

Ce qui m’interpelle aussi dans cette histoire, c’est le recoupement, une fois de plus de tant de pans de mon histoire. Ma formation en danse classique et une partie de mes études d’économie, je les ai faites en Roumanie, à Bucarest, et voilà que Jacques, l’un des fils de M. Froidevaux, vient de m’apprendre que son père avait été envoyé par la succursale biennoise de la banque où il travaillait, la Banque cantonale bernoise, à Bucarest dans les années 1925 -1930 pour des questions d’organisation dans le secteur du pétrole. Cela me fait un drôle d’effet, c’est comme si le temps n’existait pas et simultanément, je me sens envahie par une certaine joie.

M. Froidevaux à Neuchâtel. Il déménage de Bienne à Neuchâtel en 1942, puis il fait construire sa maison à la ruelle Vaucher en 1946, et achète le domaine adjacent qui va jusqu’à la gare et y emménage sa fabrique d’horlogerie dans ce qui avait été jusque-là un pensionnat pour jeunes-filles.

Bâtiment qui abrita la « Fabrique d’Horlogerie Froideaux S.A.
Vue du balcon de l’ancien comptable, M. Frésard.
Le même bâtiment vu depuis le bas, où il y avait l’atelier de la chaîne de montage.

Chaîne de montage horloger. À propos de l’esprit entrepreneurial de M. Froidevaux, avant que d’autres entreprises de Neuchâtel ne commandent ensemble la chaîne de montage Rexa, M. Froidevaux avait fait construire une chaîne mécanique par les ateliers Rochser S.A. de la Chaux-de-Fonds. Le constructeur avait été Jean von Allmen, patron de l’entreprise et de surplus autre activiste jurassien ainsi que père de Zouc, Zouc que j’ai vue au Théâtre de Neuchâtel ! Je ne peux m’empêcher de trouver curieux comme ces pièces du puzzle se rassemblent pour donner des racines à mon paysage neuchâtelois.

Jean von Allmen, un ami indéfectible de M. Froidevaux. Lorsque la situation est devenue difficile pour l’entreprise, lorsqu’il y a eu sa liquidation, après celle-ci et après le départ au ciel de M. Froidevaux, Jean von Allmen a été aux côtés de la famille. Jusqu’à ce que lui-même parte au ciel, il a invité Mme Froidevaux et son fils Jacques au buffet de la gare toutes les semaines !

M. Froidevaux et l’AVS. Je ne sais plus comment j’en suis venue à m’intéresser à l’histoire de l’AVS. Mais, j’ai appris que c’est Otto von Bismarck qui instaura les assurances sociales (maladie, accidents, vieillesse et invalidité) en Allemagne entre 1883 et 1889. Cela relève du miracle pour moi. En Suisse, elle est entrée en vigueur le 1er janvier 1948. Cette année-là, M. Froidevaux a dit à d’autres patrons qui râlaient devant la charge financière qui leur était imposée qu’il était favorable à son application même si vraisemblablement il n’aurait pas à en bénéficier. C’est le portrait même de M. Froidevaux. Je ne connais pas les chiffres de l’époque, mais il est sûr que M. Froidevaux s’est rendu compte que cela n’allait pas suffire pour une retraite aisée de ses collaborateurs et c’est pour cela qu’il a créé son propre fonds de pension dont je parle dans l’autre article.

Dans les années 1950, s’installe au dernier étage de la fabrique l’avocat Jules Biétry avec sa famille. Jules Biétry, c’est à peine croyable, Lorsque j’étais enfant, il était le président de la caisse-maladie « Chrétienne sociale » et les bureaux étaient au Faubourg de l’Hôpital ; dans l’immeuble que j’habitais ! Je le revois, avec son chapeau noir et toujours plutôt distant… Le fait de savoir qu’il a aussi participé au mouvement jurassien me le rend sympathique, chose que je n’aurais jamais crue.

En 1964, M. Froidevaux fait des travaux dans son entreprise et transforme les deux derniers étages en logements.

Voilà la piscine construite sur le domaine de M. Froidevaux et mise à disposition de ses employés.

La piscine. En regardant cette piscine, j’imagine la joie des travailleurs et de leurs familles. C’est magnifique d’apporter quelque chose aux autres, de rendre leur vie plus agréable. Je crois que c’est l’une des choses les plus importantes dans ce monde.

Les années 1970. Comme je le dis dans l’autre article, c’est la période de la crise et bien des entreprises horlogères ferment leurs portes. Dans le cas de M. Froidevaux, des proches ont participé à la débâcle. Lorsqu’un notaire neuchâtelois a regardé les documents que ces personnes avaient fait signer à M. Froidevaux sous prétexte de l’aider à redresser la situation, il a dit à Jacques que c’était fini.

En 1974, le chef comptable de l’entreprise, M. Charles Frésard, trouve du travail ailleurs. M. Froidevaux lui fait un certificat en or et il signe. Voici sa signature.

C’est la signature de quelqu’un qui sait ce qu’il veut. La tonalité du caractère est donnée !

Ce qui est aussi remarquable de la part de M. Froidevaux c’est qu’il laisse partir le comptable qui a fait partie de son entreprise pendant près de 20 ans, qu’il comprenne qu’il aille travailler ailleurs et qu’il lui permette de garder le logement qu’il habite dans l’immeuble qu’il a fait construire. M. Frésard dit que lui et sa femme ont été les premiers locataires de cet immeuble si élégant et commode, dont les dessins ont été faits par son fils aîné, Philippe.

Quand je rends visite à quelqu’un, je ne regarde pas si le logement est comme ceci ou comme cela, ce qui m’intéresse ce sont les personnes qui l’habitent, mais chez M. et Mme Frésard, chaque fois que je suis sur leur balcon, je dis : ah, quelle vue ! on se dirait à Monte Carlo. Il faut dire que M. Frésard nous offre un verre d’Armagnac dont la bouteille ne ferait pas rougir un lord, fume son cigare et met ses lunettes de soleil. Une vraie scène de cinéma. J’ai une pensée pour M. Froidevaux.

À propos d’Armagnac. À Noël, M. Froidevaux offrait aux hommes, à choix, une bouteille d’Armagnac ou de la Prunelle de Bourgogne et aux femmes, si elles ne voulaient pas d’alcool, une boîte de chocolats. Je me dis que c’était le bon temps. Cela me rappelle que mon bailleur, Pierre Meyer, offrait à ses locataires une belle boîte de chocolats à Noël aussi. Là, également, les choses ont changé !

Les sorties annuelles de l’entreprise. En plus de la visite à la foire de Bâle des cadres, M. Froidevaux organisait une sortie annuelle pour tous les employés et les frais étaient à sa charge. C’est ainsi qu’ils sont allés dans le Valais et au Lac de Constance, par exemple.

Probité de la fabrique d’horlogerie Froidevaux. Lorsque la situation horlogère suisse a commencé à devenir difficile, il a fallu se résoudre à des réductions de personnel et cela dans les règles de l’art. Toutefois, l’un d’eux s’est fait avoir par un vilain conseiller (il a été perfidement incité à attaquer l’entreprise, car, on le sait, tous les patrons profitent des employés… me dit la personne qui me donne le renseignement) et s’est porté partie plaignante pour une somme d’environ Fr. 2 600. –

L’affaire a été réglée au tribunal. Le chef comptable et son apprenti ont, de leur côté, montré leur décompte qui se montait à environ 2 900.-, somme, qui, comme on le voit, est supérieure à celle revendiquée. La juge a demandé au plaignant ce qu’il faisait là ! Le « conseiller » n’a su que dire et l’employé, tout déconfit, a dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait là et qu’il avait toujours eu confiance en l’entreprise Froidevaux.

Je crois qu’il n’y a rien d’autre à ajouter.

La montre Cadola de Mme Froidevaux.

La montre du fils Denis, une Froidevaux qui avait un numéro de série derrière.

En montrant cette photo à Jaques, il me dit qu’il avait lui-même fait les plans et le dessin de la montre et qu’il était parti en voyage en Amérique latine avant sa mise en fabrication. Sa surprise a été de taille lorsque, se promenant dans une ville du Nord de l’Argentine, il l’a vue, à 10 heures du soir, dans une vitrine mal éclairée. C’était en juin 1972 ! Denis m’explique ensuite qu’il avait fait faire « sa » montre par les ateliers Descombes à la ruelle Vaucher, sans marque, une fantaisie qui lui était passée par l’esprit, et avec des aiguilles spéciales avec du radium – ce qui a été interdit par la suite – mais cela lui permettait de voir l’heure aussi la nuit puisque les heures ont aussi un petit trait au radium.

J’allais m’arrêter là, mais j’ai rencontré la sœur d’André Oppel, Marie-Claire, qui m’a raconté que leur mère était amie de la femme de M. Froidevaux. Voilà encore une autre pièce dans mon tableau.

J’ai désiré faire aussi la photo du dos de la montre de M. Froidevaux :

On y voit le numéro de série 85273 No 1ce qui indique que la montre a un calendrier
18 K, 0,750, 180
J’ai tout à coup eu l’idée de refaire une photo de la montre de M. Froidevaux sur le couvercle de mon Mac. Je mets trois des photos. Si l’heure reste inchangée, ce sont les reflets sur le bas du cadran qui attestent que du temps est passé. On comprendra le pourquoi dans la suite de l’article.

Une idée a traversé mon esprit et je l’ai rendue réelle dans notre monde. Parfois, on ne sait pas pourquoi on fait telle ou telle chose :

La montre de M. Froidevaux sur mon poignet.

J’ai mis la montre de M. Froidevaux sur mon poignet. Cela m’a fait une émotion et j’ai pris une sorte de selfie, chose à laquelle je suis plutôt réfractaire. Puis, nous avons continué la conversation, M. Frésard, Mme Frésard et moi. De temps en temps, je regardais la montre, me sentais émue de la porter et trouvais qu’elle allait bien sur mon poignet… Au moment de prendre congé, je remarque que le garde-temps marque 9 h 39. Je m’étonne qu’elle fonctionne. M. Frésard me dit qu’elle doit être automatique. Je fais le lien avec les modifications que l’autre horloger de mon monde, Abraham-Louis Breguet, a apportées aux montres. Cela signifie aussi que j’ai porté la montre une bonne demi-heure. Cela me procure une autre sensation, comme si trois temps s’étaient réunis !

Un autre lien s’invite. Le physicien Jean-Pierre Garnier Malet parle des trois temps : le passé, le présent et le futur qui en certaines circonstances n’en font qu’un. Je ne sais quelle sensation on peut éprouver dans une telle situation, mais j’en éprouve une profonde au moment où je me sens unie, dans mon temps à moi, à Abraham-Louis Breguet et à M. Froidevaux et tout cela étant parti de documents qu’André Oppel avait faits, alors qu’il travaillait pour M. Froidevaux, que j’avais gardés et que le Musée d’Horlogerie Château des Monts du Locle a été heureux de recevoir.

Le téléphone no 6. Si vous aviez vécu dans les années 1930 et que vous aviez voulu téléphoner au grand-père de l’ancien comptable de l’entreprise Froidevaux, M. Charles Frésard, vous auriez dû composer le no 6. C’était le 6e téléphone de la région ! Je suis émue, une fois de plus. Voici une réclame qui trône chez M. Froisard petit-fils à la retraite.

Le numéro de téléphone figure en haut à gauche : Téléphone no 6.

Liens :

  1. Fabrique d’Horlogerie Froidevaux, Neuchâtel ;
  2. Documents horlogers, André Oppel et le Musée d’horlogerie du Locle ;
  3. Une montre parmi les affaires d’André ;
  4. Abraham-Louis Breguet.

Dialogue avec une élève de danse de 17 ans.1

Nos cours sont le prétexte pour parler de tout. Je suis convaincue que toute chose irrésolue se manifeste dans le corps, qu’on le sache ou pas. On gagne beaucoup en mettant à plat les choses en suspens. Cela permet de voir quelles sont les possibilités de résolution.

Tilana, mon élève, a fait une nouvelle version de nos portraits. C’est son style actuel.

Cette fois-ci, on parle de l’intention. Il arrive que lorsqu’on veut prouver quelque chose, on se l’imagine tellement que la chose finit par arriver. L’exemple type est la pièce de théâtre « Othello » de Shakespeare. Othello est induit en erreur et voit finalement ce qui n’existe pas. On a parlé de la physique, du fait que si pendant des siècles on a dit que l’atome était la plus petite partie de la matière, qu’il était indivisible, on s’aperçoit de plus en plus qu’on n’est composé que de vide, plutôt d’informations sans corps. Une personne, si on ramène sa matière à ses composantes corpusculaires, n’occupe même pas la surface du pommeau d’une épingle. Ce doit être quelque chose pour un scientifique qui s’intéresse à la matière ! Il étudie, par exemple, le bois, ses qualités lorsqu’il est mouillé, lorsqu’il est sec, ses résistances et lorsqu’il entre de plus en plus dans sa composition, il s’aperçoit peu à peu que la matière disparaît, qu’il se trouve face à beaucoup de vide. Il doit faire face à un paradoxe.

Mon élève a toujours été d’une intelligence remarquable. S’il fut un temps où elle m’a trouvée pénible parce que je la reprenais « tous les trois mots » (cf. mon élève), elle s’approprie la langue, les connaissances d’une façon qui fait plaisir.

Mon élève se dit que cela lui rappelle qu’en mathématiques, on prévoit des choses, on fait des hypothèses et on finit par trouver ce qu’on avait prédit. Elle parle d’un travail qu’elle doit rendre à l’école et dont le sujet est « L’Infini selon Cantor ». On verra ce travail en temps opportun.

On parle aussi de la manière d’être, de la marge que nous avons pour interagir avec les autres. Mon élève est très sensible et elle se trouve souvent coincée entre le désir de dire et celui de ne pas dire afin de ne pas heurter l’autre ; heurter, car ses sensations, ses intuitions, ses pensées sont tellement autres, qu’elle préfère se taire. Je propose qu’elle puisse quand même s’exprimer en disant « je fais une parenthèse et me demande si… » ou alors, qu’elle garde ce qu’elle pourrait dire en se disant que la personne n’a pas sa porte ouverte, pour le moment. Mais, il faut, toujours, si possible, rester debout et savoir où l’on en est.

Autre chose dont on a discuté, la liberté. La liberté et avoir le droit de… sont des notions fort utilisées à notre époque. Si mon élève est souvent perplexe devant certains comportements, elle me dit :

Mon élève, que je connais depuis des années, est une fille intelligente – je sais, il est difficile de définir l’intelligence, mais l’intelligence est une capacité à comprendre des choses même si on n’a ni l’âge, ni les mots. Ce qu’elle dit correspond à un très haut niveau de connaissance de la marche de l’évolution. Elle est passée par bien des événements et en l’écoutant, je retrouve la personne que je connais depuis toujours. C’est fabuleux ! Tous les parents, tous les enseignants rêvent de transmettre des valeurs, rêvent d’entendre les enfants ou élèves dire des choses profondes et belles.

Ce qui nous unit c’est la distance qu’on prend face à ce qui nous est proposé que ce soit écrit, dit, suggéré dans notre culture, car, en fait tout est culturel, comme le dit feu mon ami André Oppel dans une courte émission de télévision.

Ce n’est pas parce que la majorité des gens adopte une position qu’on doit l’adopter sans se poser de questions. Ce n’est pas non plus parce que personne ne pense à une chose qu’on ne doit pas non plus se poser de questions. J’ai la chance de connaître bien des domaines et de m’intéresser à tout, car dans tous les domaines il y a une structure, des données de départ, une manière de faire, un dessein.

Cela me rappelle un cours public de mathématiques donné par Werner Soerensen où je n’ai pas compris une bonne partie de sa démonstration, mais où j’ai suivi la logique pas à pas et ne pouvais mettre en question ses explications. Voilà, il arrive qu’on ne comprenne pas une chose, mais les explications étant logiques, notre esprit les accepte. C’est aussi ce que dit le physicien Jean-Pierre Garnier Malet quand il explique la théorie du dédoublement du temps et de l’espace à des personnes qui ne sont pas physiciennes.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, pour je ne sais quelle raison, je lui parle d’ADN. Elle me dit que c’est justement le sujet qu’elle étudie en ce moment en biologie. Cela fait longtemps, lui dis-je, que lorsque quelqu’un me dit que c’est génétique, que cela a toujours été dans sa famille, que c’est dans l’ADN, je lui dis : alors, Adam et Ève l’avaient aussi, et ils étaient noirs, blancs, roux à la fois, épileptiques, pas épileptiques et j’énumère un tas de nos caractéristiques. Les gens sont interloqués et alors j’explique ce que j’ai compris en lisant je ne sais plus qui – que je remercie au passage pour ses lumières – qu’à un certain moment, une personne vit un événement et réagit de telle façon que son comportement change et le marque physiquement. Ensuite…

En effet, l’information se transmet à certains membres de la famille et pas nécessairement à tous. C’est très intéressant. Et là, il faudrait lire ce que dit le biologiste américain Bruce Lipton qui dit que l’information de l’ADN n’est pas déterminante, que l’environnement est un facteur important et qu’on peut changer nos informations par divers moyens. Elle me demande les références que je lui donne.

Mon élève dit qu’il y a quand même des choses inscrites en nous. Elle parle de la peur instinctive de certains animaux, les araignées, par exemple. Je lui dis que justement, c’est un excellent exemple que je peux démontrer. Je lui raconte que moi aussi j’avais peur des araignées et que mon ami, toujours en parlant d’André, les prenait dans ses mains. Cela avait été un premier pas. Ensuite, une amie m’a donné un appareil que voici.

L’appareil a un manche et une tête, le haut de la tête est transparent et le dessous, la base en vert, glisse.

Lorsque je vois un hôte indésirable dans mon appartement et qu’il ne vole pas, je prépare l’appareil, pose la tête sur la petite bête, comme cela elle voit son environnement et n’a pas peur. Puis, peu à peu, je glisse la languette en demandant à la visiteuse de monter dessus. Je lui dis que je vais la déposer dans un endroit où elle sera mieux que chez moi et le tour est joué.

Chose curieuse, je n’ai plus eu peur des araignées. Je dis simplement, viens on va déménager et tu seras plus heureuse ailleurs. Je la prends dans l’appareil et nous partons en promenade. Je choisis toujours des endroits où ces petites bêtes ne risquent pas de tomber sur quelqu’un qui les écrase, car je me mets à leur place. Et, dis-je à mon élève, si la scène se présentait et que tu avais une araignée sur toi, je serais capable de la prendre dans mes mains pour que tu n’aies pas peur. Elle reste tout étonnée. Elle dit qu’elle va garder l’histoire.

Je lui dis aussi que j’avais horreur des trucs pourris au frigo. C’est aussi André qui m’a dit une fois « ce ne sont que des champignons ». J’ai, heureusement, la capacité de garder en moi tant les choses qui me rendent service que celles que je ne comprends pas ou ne font pas partie de ma vie. J’ai donc porté le commentaire de mon ami en moi. Là aussi, le temps est passé et je me retrouve à travailler dans un musée dédié aux champignons. Alors, je ne sais pas si ce sont les champignons qui se sont dit que je devais parfaire mon éducation, ou si c’est le hasard, mais plus j’avance et plus je comprends que le hasard n’existe pas. Toujours est-il que j’apprends beaucoup de choses intéressantes sur les champignons. Ils ont leur propre règne et ont des caractéristiques de reproduction, d’existence qui soulèvent mon admiration. On peut se nourrir, s’habiller, écrire, se guérir, s’empoisonner, se désaltérer, s’hydrater, se vacciner rien qu’avec eux. Et voilà donc que lorsque, par malheur, quelque chose pourrit dans mes réserves, je me dis « ah ! voilà une belle culture. Tu vas rejoindre le compost ! ». Mon élève doute qu’elle fera comme moi, elle n’aime pas les trucs pourris.

Bref, c’est un régal que de discuter avec elle. Mais, le temps passe, bien que nous nous soyons étirées, massé le corps, on se dit qu’on va quand même répéter au moins l’une de nos danses !

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Les événements de la vie forment un tout

Je le dis comme préambule sur ma plateforme « Tout ce que nous faisons participe d’un tout. Il en va ainsi de mes activités ». Je suis parfois étonnée de voir, de constater que ce que nous disons correspond profondément à qui nous sommes, à la vie que nous menons.

C’est ainsi que des événements fort éloignés les uns des autres possèdent une trame qui les lie et lorsqu’elle nous devient évidente, nous fait voir la magie de la vie (d’autres diraient la logique de la vie).

Après avoir traversé une drôle de période, les choses commencent à reprendre forme, à se lier les unes aux autres. Je n’aurais jamais pensé écrire cet article si l’une de mes amies ne m’avait dit qu’il pouvait apporter quelque chose à ceux qui me liraient.

Chez moi, les choses commencent sans que je ne m’en aperçoive et quand je cherche le début, je vois qu’il était déjà bien avant que je l’aie remarqué : j’ai perdu l’automne dernier un être qui m’est devenu très cher en très peu de temps. Le départ de ce monde est définitif, la rupture implique une frontière spatiale et temporelle. Rien à faire, on ne revoit plus la personne.

Passant devant son domicile pour me rendre à mon studio de danse, je vois des déménageurs qui vident le logement de cet ami. Je leur dis bonjour, m’approche, on discute et tout à coup l’un d’eux me demande de monter pour voir. Je me demande bien pourquoi j’y vais, je n’en vois pas la raison, mais j’entre dans cet appartement que je connais. Cela m’arrive parfois de sentir que je dois faire quelque chose alors que je n’en vois pas la raison immédiate. Je vois qu’il y a encore plein de ses archives qu’il avait si bien classées. Je propose de donner un coup de main, car je sais que la déchetterie de Neuchâtel a un endroit pour le recyclage du papier, mais sans trombones. Or, les archives en sont pleines.

Je demande au travailleur d’où il vient, car il a un accent et me demande s’il ne parle pas le russe. Oui, il parle un peu le russe car il a habité à Moscou un temps, mais il est Kurde. Toute l’équipe est kurde. Le fait qu’il parle russe nous rapproche, c’est la magie des choses communes. Il m’invite alors à aller à la cave pour voir le reste des papiers. Il y en a un tas. Là, je vois des belles chaises, des chaises qui iraient si bien dans mon studio de danse… Il me dit qu’elles sont à moi et m’aide à les transporter. Je suis transportée, au sens figuré, de joie. J’ai des chaises qui iraient bien dans un château, or mon studio en a les allures ! Depuis que je suis l’unique locataire de ce studio, je manquais de chaises et celles que je pouvais m’offrir n’étaient pas très belles. Maintenant, je suis comblée.

C’est une vraie chaise de château ou une chaise d’un vrai château… J’en ai sept, sept, nombre magique…
De plus, les chandeliers achetés chez Globus vont très bien avec la chaise. Là aussi, les choses se mettent tout à coup ensemble.

Le temps passe, je me pose toujours des questions sur ce départ qui me laisse sur ma faim et, regardant des films à la TV, vois dans l’un d’entre eux des chaises… des chaises sœurs des miennes, enfin, de celles qui sont devenues miennes ou de celles qui sont les « siennes-miennes » ! Puis dans un second et encore dans un troisième. Ce n’est pas une coïncidence… C’est une autre façon de communiquer.

J’en reviens à mon déménagement, puisqu’il est devenu une partie de moi, et à un moment donné, je suis attirée par un endroit où il y a aussi des papiers. Je les prends, les regarde un à un, comme tous les autres. Ce ne sont pas des archives, mais des réserves de papier, de cartes, et trouve sur le dos d’un jeu de cartes postales un très joli mot signé par lui. C’est absolument incroyable, il tombe vraiment à pic ! On dirait que c’est pour moi. C’est le seul écrit de ce genre trouvé dans tous ses papiers et des papiers il en avait !

Toujours en regardant ses papiers, je tombe sur un texte tapé à la machine et je vois que Freddy, c’est son nom, est lié à Laurent de Pauli, mathématicien qui a l’a chargé d’aller à Lugano au congrès où on débattait du programme des mathématiques modernes. Freddy a participé à la rédaction du programme des écoles neuchâteloises. Je prends note de l’information, me propose de la garder, mais disparaît dans le déménagement.

Lors d’une discussion avec l’un des patrons de l’entreprise de déménagement, il remarque que j’aime les mots, la langue. Il me demande si cela m’intéresserait de collaborer avec lui dans les questions administratives. Je n’ai jamais pensé intégrer une telle entreprise, mais j’aime l’ambiance qu’il y a dans son équipe, le monsieur avec lequel je parle fait preuve de beaucoup de sensibilité et de réflexions sur la vie. De plus, je me dis que Freddy se dit ou sait que j’ai besoin de gagner des sous et par son entremise ce sera le cas. Oh, joie !

Cela me fait penser que le même déménageur qui m’a aidée à transporter les chaises a enlevé un adaptateur électrique se trouvant dans un socle mural et m’a dit de le prendre. Je n’ai eu que le temps de le voir entre les mains. C’est un autre moment de ma vie gravé dans ma mémoire, c’est comme une photo temporelle, avant que je ne sois envahie par l’étonnement car je n’ai nul besoin d’une telle fiche. En rangeant l’objet dans mes affaires, j’ai eu l’impression que Freddy me disait qu’on était toujours connectés. Chaque fois que je pense à cela, j’ai une sorte de soupir, le genre de soupir que l’on pousse lorsqu’une chose a trouvé sa place.

Le temps passe et mon élève de 17 ans me dit qu’elle prépare un travail sur l’infini et parle des mathématiqeus modernes. Je lui parle de Freddy et du document précédent. On parle de la théorie des ensembles et elle me montre son dessin avec des ensembles les uns dans les autres. Je lui parle de la métaphore des poupées russes, les matriochkas. Tout à coup, je fais un lien avec un cours que je donne. C’est un cours sur les résonances osseuses et justement le sujet qu’on allait aborder la semaine d’après était « le corps ». Le corps, comme on le sait est un tout, un tout composé d’un tronc et de membres, de muscles, tendons, ligaments, os, systèmes digestif, vasculaire, nerveux, ganglionnaire, de fascias, de molécules, de cellules, de particules et de vide. Voilà un bel ensemble ! Un ensemble qui devient un sous-ensemble quand on pense à une famille – on est le membre d’un ensemble plus grand – et encore un autre sous-ensemble quand on pense qu’on fait partie d’une société. Cela n’en finit pas et me donne une sensation de vertige très plaisant. Je suis envahie par la joie.

C’est là que je m’émerveille de la trame qui unit Freddy, la mathématique, mon élève, mon cours.

Je m’intéresse à la pensée, à la façon dont les informations nous arrivent, les transmettons, les percevons. Je vais voir Jacques Collin, spécialiste dans la diffusion de l’information que l’eau porte et lui raconte que lorsque je travaillais à Genève, au Bureau international du Travail (BIT), je trouvais sur mon passage des fleurs maltraitées – il y avait un magasin de fleurs à la gare, des voyageurs les achetaient et parfois en perdaient l’une ou l’autre. Les gens ne leur prêtaient pas attention. Je les ramassais et leur disais qu’il fallait tenir le coup et que chez moi j’allais m’occuper d’elles. Le trajet était long mais une fois arrivée chez moi, je leur coupais la tige quand c’était possible et les mettais dans l’eau à une jolie place. Elles reprenaient, toutes, « des couleurs » si on peut dire. C’était à chaque fois une sorte de réussite qui me remplissait de bien-être.

Le lendemain de ma visite à Jacques, je trouve par terre trois fleurs, deux pâquerettes et une rose en fort mauvais état. Cela fait des années que ce genre de choses ne m’est plus arrivé et j’ai l’impression de reprendre le cours d’un chemin qui s’était arrêté. C’est, à nouveau, un moment gravé en moi, et ne peux que répéter que c’est comme si on avait pris une photo temporelle. L’image qui me vient à l’esprit pour ce moment particulier, maintenant que j’écris l’article, est celle d’une courbe du temps qui se serait arrêtée et qui reprend du fait que des données s’ajoutent au graphe. Je mets les fleurs dans mon sac et me prépare à faire la même chose qu’avec celles d’autrefois. Cette fois-ci, pourtant, il y a une différence, je vais mettre de l’eau dynamisée. L’eau dynamisée, on le sait est une eau riche en électrons libres, ce qui permet que les liaisons entre cellules se fassent plus vite et mieux.

Je ne me rappelle pas combien de temps les fleurs de mon autre temps duraient, ce qui comptait c’était qu’elles pouvaient vivre leur vie jusqu’au bout. La rose de cette fois, lorsque je l’ai ramassée, avait son milieu bien brun et que je me suis demandé comment elle allait s’en sortir. Si j’avais eu à parier, je n’aurais jamais misé sur le résultat obtenu. Voici les photos du 17 (soit quatre jours après son sauvetage), 19, 20, et 23 mars. Si j’avais su, j’aurais pris une photo le premier jour. Mais, finalement, je crois qu’il n’y a rien à regretter, on ne fait pas les choses pour démontrer quelque chose, c’est comme dans les histoires d’amour, c’est l’intuition qui parle.

C’est absolument remarquable, incroyable, même. Je ne sais pas pourquoi quand on assiste à quelque chose de merveilleux on utilise le mot « incroyable ». C’est comme si une voix nous disait de ne pas croire ce qu’on voit, et pourtant… Je me dis que cette rose revigorée est un symbole de ce que nous pouvons être, devenir. Je fais volontairement plus grande la dernière photo, car c’est le reflet de mes yeux lorsque j’ai vu la transformation de la fleur. Je vous laisse tirer vos propres conclusions.

Le temps passe et je reprends la révision d’un livre qui n’a pas encore de titre mais qui traite des fréquences vibratoires. J’ai déjà revu la première moitié, j’ai fait une pause d’un mois et reprends la seconde moitié. Je tombe sur « Si par votre conscience, vous pouviez entrer en contact avec la feuille qui est tombée de l’arbre, elle vous raconterait un voyage extraordinaire qui n’est qu’à son début. Elle anticipe avec grande joie de se déposer sur la terre et de se répandre en mille miettes pour acquérir une autre conscience, celle du ver de terre et des insectes qui vont s’en nourrir, celle de la pluie qui va tomber sur elle, celle de la terre qui va transmuter sa forme, sa matière, pour qu’elle devienne de l’humus pour la terre, pour les arbres » Michel Gautier. Pour ce qui est du voyage de ma rose, elle part avec le plaisir de m’avoir démontré que l’on a toujours des choses à dire, même quand on pense que c’est la fin, le plaisir d’avoir réjoui mes yeux et mon esprit et avec ces mots, si profonds, de Jacques Collin « Zully, merci pour les photos de ta belle fleur. Elle respire la vie, elle montre qu’elle provient de la fondation de la création. On y voit l’intelligence et la parfaite harmonie de la mémoire du monde et de son amour ». La rose s’en est allée avec ces messages qu’elle transmettra lorsque ses particules se transmuteront dans un autre élément de ce monde. C’est ce genre de pensées qui accompagne les choses que je recycle. Toute chose qui est passée entre mes mains est remerciée pour le service qu’elle m’a rendu.

La rencontre avec Jacques est aussi due à un concours de circonstances. Je cherchais ses coordonnées parce que j’étais en train de lire son dernier livre « La Réalité ultime » et avais besoin de parler avec lui. C’est une nouvelle fois le hasard, hasard qui une fois de plus n’existe pas, qui me pousse à entrer en contact avec son éditeur, qui me fait écouter une conférence de Jacques, alors que j’en ai déjà écouté pas mal, et qui fait qu’en plus je puisse trouver ses coordonnées Quand je l’ai eu au téléphone, il a dit que c’était étonnant. Tout cela fait partie de la théorie des ensembles… de l’unité qui nous relie.

En voyant ces événements qui se lient les uns aux autres, je pense aux mots de l’actuelle conseillère culturelle à Neuchâtel, qui m’a dit, dans un autre contexte où les choses se rassemblaient aussi, que cela prouve que je suis dans le juste.

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