Voici quelque mois que des travailleurs de chez Zuttion installent le chauffage à distance dans mon quartier, pas loin de la gare. Ils démontent et remontent, pour ainsi dire, les rues.
Une équipe. C’est une équipe non seulement parce qu’il y a une hiérarchie, mais il y règne un esprit. Chacun est complémentaire de l’autre et ils s’entendent parfaitement bien. Cela se sent.
Leur travail. Ils doivent permettre aux propriétaires des bâtiments de se raccorder au réseau du chauffage à distance. Cela a impliqué, dans un premier temps, le démontage de zones de circulation causant des déconvenues à bien des personnes parce qu’elles ne pouvaient plus parquer devant leur maison ou à proximité du travail. Je ne sais pas comment la ville a prévu la chose, mais ces personnes ont dû trouver des solutions parce que les travaux ont été annoncés bien à l’avance. Toujours est-il que la vie des rues concernées a bien changé : pas besoin de décrire l’affaire.
Un « mal » pour un bien. Personne n’aime voir sa vie dérangée, mais dans le cas présent, il s’agit de faciliter la façon dont les maisons et bâtiments sont chauffés. Je ne connais pas le dossier, mais voici ce qu’il en ressort :
utilisation des sources d’énergie locales et renouvelables pour réduire les émissions de CO₂ ;
gain de place dans les bâtiments parce qu’il n’y aura plus besoin ni de chaudière individuelle ni de citerne ni de cheminée. Seul ce qu’on appelle un petit échangeur de chaleur sera nécessaire ;
économies d’entretien parce qu’il n’y aura plus besoin de s’occuper de l’approvisionnement en combustible ; plus besoin des coûts de ramonage ni de maintenance lourde de chaudière ;
augmentation de la valeur immobilière : le raccordement au réseau de chaleur est une solution éligible aux subventions cantonales qui pérennise et augmente la valeur des biens immobiliers sur le long terme.
C’est comme pour tout. Au départ, il faut toujours une idée, des conditions, du matériel, du personnel et du temps : vous faites un repas ? Il faut tout cela ; vous écrivez un article ? Il faut tout cela ; vous préparez un voyage ? Il faut tout cela, etc. Dans tout aussi, dans un premier temps, il s’agit de faire de la place pour ensuite accueillir ce qui est prévu. Quand je réarrange ma bibliothèque, je sors les livres des rayons, je fais des piles, il faut nettoyer et recalculer les espaces. Dans une rue c’est pareil. Le temps est notre partenaire.
Depuis un certain temps. Dans la zone où j’habite, je vois les travailleurs depuis un certain temps. Un temps suffisant pour qu’une relation de voisinage s’établisse. Il faudra quand même que je leur demande depuis combien de temps ils sont là. Mais, sachant que parfois des voisins ne comprennent pas le sens de leur travail, je leur ai adressé le mot suivant vers la fin du mois de décembre 2025 :
Je l’ai appris après, les propriétaires qui ont changé leur chaudière il y a peu de temps, ne vont pas se connecter tout de suite à ce réseau, mais ils le feront certainement plus tard.
Relations de voisinage avec les travailleurs. Il est bizarre de constater que je les connais mieux que certains voisins de mon immeuble que je ne vois jamais ! C’est pourtant la vérité. .J’ai déjà écrit des articles sur d’autres travailleurs manuels et ceux-ci ne se démarquent pas des autres : ils sont précis, pensent aux différentes étapes, contrôlent le travail fait. Je me dis que bien des intellectuels pourraient s’en inspirer. Il est évident que nous n’avons pas des discussions qui durent longtemps, mais voici une plaisanterie que le chef m’a fait l’autre jour. Je l’ai inscrite dans l’article Conversations de rue 17, mais la voici :
Conversation : on est à la veille d’un week-end prolongé, il est vendredi et près de midi. Je vois le chef et vais vers lui. Ce monsieur est un homme bien posé et quand il dit quelque chose c’est du sérieux. Imaginant que l’équipe vient de finir sa semaine, je dis :
Alors, c’est fini ? Je faisais allusion à la semaine.
Oui, on a fini ici et ce qui est ouvert derrière va rester comme cela.
Je réfléchis, revois dans ma tête les trous faits derrière la maison, me dis que ce sera d’autres ouvriers qui vont finir parce qu’il faut une spécialité quelconque…
Mais non ! dit-il content de m’avoir joué un tour.
Vous auriez dû jouer du théâtre, vous avez le ton convainquant ! dis-je ,et on se quitte en rigolant ; lui parce qu’il m’a joué un tour et moi parce que j’admire son talent.
Le temps avance et je sens que « mes » travailleurs vont partir. D’ailleurs, pour moi, ce ne sont pas seulement des travailleurs, mais « mes » musiciens de rue !
Vous allez me manquer ! leur ai-je dit il y a quelques jours en voyant qu’ils étaient en train de remettre de l’asphalte sur la rue. Leur réponse ?
Venez avec nous !
Est-ce que ce n’est pas joli ? Cela doit avoir travaillé dans ma tête parce qu’il y a une machine que j’aime particulièrement :
Je suis sous le charme de cette machine. Je suis prête à passer un permis… moi qui ne conduis pas de voiture, c’est dire !
Ici on voit mieux sa taille et le travail qu’elle fait. Elle m’irait bien, et en plus, j’aime que les choses soient bien « à plat »!
Et maintenant, l’équipe presque au complet. Je la remercie et considère chaque travailleur comme un ami. C’est ma déclaration d’amitié ! Chaque rue, chaque construction a eu besoin de personnes comme eux, c’est fantastique, or on utilise les choses comme si elles n’étaient que des choses. Elles sont le résultat d’un travail et on pour but, en général, le bien des autres.
Groupe Zuttion. J’admire les entreprises qui par les temps qui courent, se solidifient, grandissent. C’est le cas de Zuttion, qui lorsqu’elle a été créée en 1994 avait six employés et qui, actuellement en compte 250 !
La rue est rendue « propre en ordre ». On se dirait dans un conte parce que la rue est rendue plus propre que lorsqu’ils (les travailleurs) l’ont trouvée. Je me dis qu’ils pourraient aller donner des cours d’instruction civique dans les écoles et universités avant que les « jeunes » aillent manifester pour l’écologie parce que après leur passage, les rues sont dans un état… Le travailleur sur la photo a balayé et des cailloux se sont bloqués dans les grilles. Alors que les passants jettent leurs papiers et bouteilles dans la rue, lui, il nettoie la grille ! C’est l’exemple à suivre.
Et je finis avec « ma » machine !
Dans la photo de gauche, elle travaille et dans celle de droite, elle… m’attend !
Les deux côtés de Ghelfi se retrouvent dans cet article, celui de l’économiste rigoureux et celui d’un être qui se laissait toucher par des choses simples.
C’est ainsi que Raymonde, la compagne de Ghelfi, a ouvert la cérémonie d’au revoir par la lecture d’un texte de Prévert qu’elle avait choisi ; c’est celui de deux escargots qui se préparent, avec leur coquille noire et du crêpe autour des cornes, à aller à l’enterrement d’une feuille morte. Hélas, quand ils arrivent c’est le printemps et toutes les feuilles ont ressuscité. Le soleil les invite alors à prendre l’autocar pour Paris et c’est la vie qui s’invite. C’est si joli ! (Texte entier à la fin de l’article).
Ici on trouve l’autre côté(celui de l’économiste visionnaire). Je note dans l’article consacré à Pierre Dubois que Jean-Pierre Ghelfi est parti le 8 juin, soit un jour avant Pierre. En économiste visionnaire, Jean-Pierre est allé préparer le chemin pour Pierre. C’est une vraie amitié.
Je reprends la cérémonie. J’ai cru arriver avec assez d’avance à la cérémonie…presque toutes les places assises étaient déjà prises ! On a été accueillis par de la musique, puis il y a eu des témoignages de la famille. Celui de Raymonde a été très représentatif du personnage avec ses diverses facettes et elle a raconté comment était arrivé le dernier moment de Jean-Pierre alors qu’ils étaient sur le Danube. Cela a été une vraie épreuve. Je le regrette pour lui et pour la famille. La vie est déjà compliquée, si le dernier moment l’est aussi, c’est dur. Mais, la cérémonie a été empreinte d’une telle chaleur qu’elle doit avoir adouci le parcours vers l’autre côté du miroir de Jean-Pierre.
Il en est ressorti tant des témoignages de la famille que de ceux de ses amis et connaissances que Jean-Pierre avait été un fin cuisinier ! J’ai appris quelque chose. Plusieurs autres personnes ont rapporté ce qui se disait dans l’entourage : « Jean-Pierre avait été comme une bonne bouteille de vin, avec le temps il s’était bonifié ! » C’est si joli et profond. Ils ont eu raison de le relever car, ces dernières années, lorsque je le croisais en ville, son sourire était plus éclatant et ses yeux plus pétillants. L’avant-dernière fois que je l’ai vu, nous avions échangé quelques mots et il m’avait même remerciée pour quelque chose que je lui avais dite. Je l’entends et le vois encore… J’ai eu la nette impression qu’il m’ouvrait les portes de son soi. Cela s’est passé près de l’UBS. Chaque fois que je passe par là, j’ai une belle pensée pour Ghelfi.
La surprise. Lors du premier discours officiel, celui de la conseillère communale Julie Courcier Delafontaine, j’ai eu un moment hors du temps. En effet, elle a commencé par rapporter le bel hommage que Jean-Pierre avait rendu à Freddy Landry, Freddy qui a joué un si grand rôle dans ma vie. Je n’ai plus su où étaient les différences temporelles. Elle a rapporté les paroles suivantes prises dans l’Événement syndical : « Il y a des gens, il sont comme cela : ils ont une passion, ils s’y tiennent, ils veulent la faire partager. » Si la passion de Freddy avait été celle du cinéma, celle de Jean-Pierre avait été l’intérêt général, le bien public et il partageait cette passion avec les autres.
Sa passion pour l’économie et les gens l’a fait devenir une référence dans l’économie locale et fédérale :
membre du Conseil général, puis au Conseil communal de Neuchâtel (1972-1976) ;
vice-présidence de la Commission fédérale des banques jusqu’en 2003. Il réclame, avant la FINMA et la chute du Crédit suisse, plus de moyens pour surveiller les banques ;
lorsqu’il est à la Caisse de pension de l’État de Neuchâtel, il œuvre pour que les serviteurs de l’État aient une retraite sereine ;
présidence de la Banque Cantonale neuchâteloise (BCN) jusqu’en 2011 ;
membre fondateur en 1996. de Noël autrement avec Valentine Schafter, présidente, Ghelfi secrétaire, et Thomas Facchinetti, caissier. « Autrement », pour ceux qui sont seuls ou veulent vivre autrement cette période ( Jean-Pierre s’était inspiré de frère Leo de la congrégation de la Salle qui avait fait un Noël pour les prisons CCP [collectif, concert en prison ]- information à compléter).
Voici quelques extraits du texte du discours que son ami Nicolas Rousseau a tenu ce même jour et qu’il m’a aimablement transmis : « Ses adversaires n’ont jamais manqué de critiquer sa (cette) liberté d’esprit, affirmant qu’elle aurait empêché Jipé de conduire une carrière politique au plus haut échelon. »
Et encore : « … j’en atteste, les honneurs, Jipé s’en moquait ; il est toujours resté modeste, refusant ainsi de montrer la vidéo d’Archives pour demain qui lui a été consacrée en 2016. Il se faisait appeler Le roi de Suisse, avec là un zeste de dérision qui n’était pas pour lui déplaire ; loin d’être des courtisans, ses amis pouvaient le charrier, cela sans qu’il s’en formalise. Et s’il a été vice-président du PSS, il n’a pas cherché les lumières du poste. […] son influence n’en a pas moins été marquante. Au plan suisse, il avait l’oreille du président du PSS, Helmut Hubacher, et il a aussi aidé à l’accession de René Felber au Conseil fédéral. Au plan cantonal, il a encouragé les candidatures au Conseil d’État de Pierre Dubois, puis de Jean Studer, entre autres. Dans sa ville, il est aussi resté actif, aux côtés notamment de son ami le conseiller communal Blaise Duport, du directeur artistique du Centre culturel neuchâtelois André Oppel. ainsi qu’à ceux de certains de ses anciens camarades, dont son cher Jean-Jacques Delémont. »
Merci Nicolas d’avoir mentionné André, feu mon ami, qui participait aux séances de rédaction du Canard Bleu (même le jour de son anniversaire !) et qui ornait le journal de ses dessins assez humoristiques (c’est sous ma remarque un peu insistante qu’il a fini par les signer A. O.).
Côté syndical. Celui qui m’apporte une belle synthèse est l’un de ses autres grands amis, Jean-Claude Rennwald. Ce dernier a une plume très dense qui qualifie si bien Ghelfi. Tout d’abord, il dit de lui qu’il est l’économiste des travailleurs. C’est magnifique ! Voici quelques extraits de l’article qu’il a publié après le départ de Jean-Pierre sur l’Événement syndical » (je ne peux m’empêcher de penser que ce journal a été habillé par le plume de Ghelfi sur Freddy et que cette fois c’est par celle de Jean-Claude sur Ghelfi… Voici donc les extraits :
il avait notamment la capacité d’expliquer les mécanismes économiques les plus complexes aux travailleuses et aux travailleurs ;
il était aussi régulièrement sollicité par des journalistes pour qu’il leur explique les tenants et aboutissants d’un problème difficile à comprendre ;
à la FTMH comme à Unia, Jean-Pierre Ghelfi avait effectué des travaux pour la branche des machines et de l’industrie chimique. Mais il mit surtout ses compétences au service des travailleuses et des travailleurs de l’horlogerie ;
comme expert économique, il participa à de très nombreuses négociations salariales et à plusieurs renouvellements de la convention collective de travail (CCT) de la branche ;
sur de nombreux sujets, ses démonstration étaient époustouflantes, à tel point que même la délégation patronale en était souvent impressionnée ;
Jean-Pierre Ghelfi aimait aussi prendre du recul par rapport à l’actualité immédiate. Cela explique pourquoi il avait participé à l’écriture de quelques livres. En particulier Témoignages d’ouvriers (FTMH, 1987), qui rassemble des points de vue de salariés sur la paix sociale dans l’horlogerie ;
dans un entretien au Temps, 13 mai 2012, Jean-Pierre Ghelfi avait souligné que la paix du travail, conclue en 1937, avait aussi eu des effets négatifs, alors qu’une politique plus combative aurait eu pour résultat de meilleures conditions de travail ;
Européen convaincu, mais tout en étant partisan des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes (on lui doit d’ailleurs l’idée des salaires minimaux dans la CCT de l’horlogerie), il fut l’un des auteurs de deux ouvrages collectifs, Europemon amour ? (CJE, 2000), publié avant la votation de l’an 2000 sur les accords bilatéraux, et Suisse-Union européenne. Les 44 questions qui irritent les Helvètes (CJE, 2005) ;
Jean-Pierre Ghelfi écrivait régulièrement dans La Lutte syndicale puis dans l’Evénement syndical. Sa plume pouvait être parfois très piquante.
Si ceux qui ont lu l’article de Jean-Claude se diront qu’en fait d’extraits… il y a presque la totalité de l’article, ils auront raison. Je n’ai pas pu passer sous silence tellement de faits marquants.
Si cet article concerne Jean-Pierre, je voudrais ajouter un mot de remerciement pour Raymonde qui a toujours été présente dans le parcours de son compagnon et qui me touche toujours plus chaque fois que je la rencontre.
Il n’y a rien à ajouter à ce magnifique poème choisi par Raymonde. Il dit plein de choses dont le fait que nous sommes marqués par la façon dont nous vivons les événements. On ne peut éviter ces derniers, mais c’est à nous de leur donner une façon. C’est un thème récurant dans mes cours et tant Prévert que Raymonde vont me permettre d’ajouter de la poésie à mon discours. De plus, il est question de Paris, ville qui a toutes mes faveurs et là, je craque.
C’est la xe fois que je participe à cette fête et les expériences sont toujours surprenantes.
Atelier du corps et de l’esprit. C’est le cours qui a été retenu pour cette fois. J’ai précisé que je préférais des personnes au-dessus de 25 ans parce qu’il faut une certaine expérience de la vie, vie que nous aimerions égale à un long fleuve tranquille… mais qui s’ingénie à nous faire nager avec le soleil en plein sur la figure, dans le vide, sous l’eau de mille et une autre façons.
La vie, le long fleuve tranquille de nos rêves…
J’ai construit cet atelier autour d’un poème inspiré par les haïku. Comme dans tout autre poème de ce genre, deux scènes sont suivies et la troisième amène un élément de surprise. Ces poèmes sont liés à la nature, mais le contenu peut faire émerger des situations vécues et c’est tout l’intérêt du cours. Ensuite, on voit comment on vit différents états. Le principal est de finir « en beauté », c’est-à-dire en ayant trouvé une solution, une raison favorable pour nous si la situation évoquée a semé le trouble.
J’ai eu trois participantes qui ont été comme un cadeau. Mon cours n’est pas un cours habituel et le fait d’avoir peu de personnes permet de travailler en profondeur, ce qui me comble car j’ai un faible pour ce genre de travail. C’est un plaisir sans fin que d’apporter quelque chose à l’autre. D’emblée, nous nous sommes senties dans un même monde, puis l’une a dit qu’on s’était rencontrées au mariage d’une connaissance commune il y avait des années. Mon Dieu, oui ! J’ai beaucoup aimé cette amie et serais heureuse de la revoir. L’autre a dit avoir enseigné le français et enseigné ainsi que la pédagogie de la langue. Comme l’un de mes métiers est la révision de textes, nous nous sommes trouvées aussi en territoire connu. La dernière est danseuse, depuis toujours pour ainsi dire et cela a suffi aussi pour qu’on se dise que le destin avait bien fait de nous réunir.
Préparation du cours. On a beau enseigner depuis des années, il faut toujours revoir la matière avant de la transmettre et cette fois, j’ai vu la réunion de trois éléments éclairer mon enseignement : l’expérience, la notion de kai zen et les mots d’une connaissance qui travaille dans le domaine de la culture ; tout cela a fait un tout pour ce cours. L’expérience m’a fait dire qu’il fallait quelque chose d’autre, la notion de kai zen m’a permis de simplifier certaines opérations et « lorsque vos différents mondes se croisent, c’est que vous êtes sur la bonne ligne » sont les mots qu’on ma dits une fois et que j’ai vécus au moment où j’ai préparé des fiches pour ce cours en m’inspirant de celles que je suis en train de préparer pour mon spectacle « lecture-théâtre ». Ces trois éléments ont fait un tout.
Pendant le cours. La première chose dont on a parlé c’est l’âge parce que l’une des participantes l’a mentionnée. Il semble que la matière, les particules qui composent ce monde ne font que se recycler. Mais, voici que je viens d’apprendre de la part d’un physicien que l’atome d’oxygène est apparu trois secondes après l’apparition de notre Terre, soit il y a 13 milliards d’années et que celui de l’Hydrogène est apparu il y en a cinq. Cela relativise tant de choses. Puis, nous avons parlé des cellules qui nous habitent, de leur rôle, de leur métabolisme et conclu que nous avions une liberté incroyable parce qu’il y a façon et façon de vivre les choses.
Dans mon cours il est question de poèmes qui sont des prétextes pour vivre différents états émotionnels. Lorsque je leur ai lu les divers poèmes que nous pouvions interpréter, toutes les trois ont souri à celui sur les fleurs. C’est ainsi que nous avons d’abord déambulé autour de fleurs en folie, de désordre et de fête.
Puis, nous sommes passées à de l’air chaud, des branches qui bougent et à nouveau à une fête. En réalité, la fin du poème était différente, mais l’une des participantes avait fini la deuxième partie en voyant un tronc « déplumé » de ses feuilles qui gisaient par terre et avec un sentiment de tristesse. Le cours ne dure que 45 minutes et on était proches de la fin. Alors, j’ai renoué avec la fête et la participante a fait voler les feuilles dans le ciel pour qu’elles retrouvent une nouvelle vie !
La solution pour la participante et Rémy Gilles. C’est parce que je cherchais non pas à apporter une solution à la participante mais à l’aider à la trouver elle-même que Gilles est venu à mon secours. Nous avons toujours des idées pour résoudre les problèmes des autres, mais elles ne conviennent pas toujours ou ne correspondent pas à la réalité de l’autre. Gilles Rémy est un musiciens qui a animé nos rues neuchâteloises pendant des années avec sa « Jazz Band ». Dans mon répertoire, j’ai une danse sur l’une de ses compositions : « Les Roses de Picardie ». Je venais justement de la répéter pour la fête de quartier de la rue du Château qui avait eu lieu la veille de la fête de la danse. Désirant en savoir un peu plus sur la façon dont Gilles avait eu l’idée de sa version, j’avais cherché son adresse sur la Toile et lui avais envoyé un message. C’est sa compagne, Céline, qui m’a répondu et appris qu’il avait quitté ce monde en 2024. Mais, a-t-elle ajouté, il a joué de la musique jusqu’au bout. Céline se rappelait de moi (un miracle !) et on a convenu qu’une fois qu’elle reviendrait avec la troupe recomposée, je leur ferai un spectacle avec ma danse. Je reprends le début du paragraphe pour préciser que c’est la musique de Rémy, du jazz New-Orleans, qui aidé la participante à trouver une solution. Il va de soi qu’on a remercié Rémy !
Les contraintes, les données, les événements. Chaque poème est un monde, un cadre accompagné d’une musique. Chacun vit les mots et la musique à sa façon. On peut se laisser porter par la musique, sentir inspiré, limité ou obligé par des mots, on peut se donner des libertés, etc. L’une des participantes a expliqué à une autre, qui se sentait limitée par une image, que les contraintes aidaient à trouver des solutions. Cela a ouvert une porte chez la première personne. C’était beau.
L’ambiance. Elle était la même pour les différentes personnes. C’est bien la première fois que j’ai vu les participantes avoir des interactions, danser ensemble. Ce n’était pas chacune vivant son état, elles ont dialogué. Cela s’est fait tout seul.
Fin du cours. Comme il fallait libérer la salle, j’ai proposé qu’on discute des dernières interprétations autour d’une table à l’entrée du théâtre, mais l’un d’elles, celle qui est danseuse moderne, a trouvé qu’on se devait d’avoir une sorte de fin de cours et m’a remerciée et ajouté qu’elle avait eu un « amuse-bouche » de mon riche enseignement, de ce que je pouvais transmettre. De la part de quelqu’un qui pratique le même art que moi c’est un immense compliment !
La scène ouverte du dimanche, m’a permis de danser « Cueillir un lotus ». Le matin, il y a eu une répétition générale et, passant la première, je suis arrivée assez tôt et ai pu échanger deux mots avec Nassim, le technicien son. J’ai ainsi appris qu’il travaille pour Sound Patch et que donc il travaillait avec Gilles (curieux comme deux Gilles peuvent se retrouver dans un même texte), Gilles Perrenoud. On se connaît presque depuis toujours et il a fait l’installation technique de mon studio de travail. Je venais justement de penser à lui la veille l’avais remercié une fois de plus pour son travail.
La fête de la danse. Elle m’a permis de faire un tour au théâtre du Passage, théâtre dont la motion politique a été rédigée par feu mon ami André Oppel et que j’ai tapée à l’ordinateur, théâtre aussi dont j’ai habillé les loges avec les costumes de ma collection le jour de l’ouverture – j’y ai aussi fait des maquillages – théâtre aussi qui a vu le dernier spectacle qu’André a présenté « Alphonse Allais ». Quant au théâtre du Concert, autrefois le théâtre de Neuchâtel, j’y ai vu André jouer et j’y ai aussi dansé. Merci aux organisateurs de cet événement, spécialement Mehdi Berdal, au personnel présent et au régisseur son Nassim. Sans eux, je n’aurais pas revécu ces moments, je n’aurais pas non plus enrichi mon expérience ni pu apporter de ce que je décris dans cet article.
Photo prise par la photographe officielle de la fête Thalie Rossetti que je remercie.
Je ne cesse de m’émerveiller de la richesse de l’esprit humain !
Conversations 1. Je vais vous expliquer pourquoi les Phéniciens ont introduit le P dans l’alphabet !
Dans un supermarché. Je dis à l’un de mes vendeurs préférés que je suis rentrée de Paris où j’ai vu, à l’institut du monde arabe, le premier alphabet de nos langues : le proto-cananéen.
Alphabet protocanéen : il est l’un de nos plus anciens alphabets et ancêtre de nos alphabets cyrilliques et latins. Je lui dis que c’était curieux parce qu’il était composé de 19 lettres mais n’avait ni le P ni le S. Sa réponse ?
Réponse : « Normal, c’est quand ils ont su que je viendrais au monde qu’ils ont pensé au P ! ». Une telle réponse ne peut que me combler. Notre ami s’appelle Paolo et il a un esprit de répartie qui ne peut s’apprendre même si vous faites un doctorat à l’université. C’est une richesse innée.
Création de l’alphabet. Le premier alphabet s’est inspiré des hiéroglyphes égyptiens. Au lieu d’avoir des images et des sons, les Cananéens ont eu l’idée de ne garder que le premier son de l’image. Ensuite, les Phéniciens se sont dit qu’ils devaient préparer la venue de Paulo et ont donc introduit le P.
Conversation 2. On va rester dans le langage et passer au calembour.
Dans le même supermarché. Il y a une caissière dont l’esprit est plein de gentillesse, de joie, de bonne humeur. Elle est très aimable même avec les personnes qui ne disent ni bonjour ni au revoir et il y an a ! Quand je le lui fais remarquer, elle dit : « Oh, mais ils ont des préoccupations. »
La bonté. C’est parce que je lui faisais voir combien elle était au-dessus de toutes ces choses-là qu’elle m’a dit qu’un client lui avait dit qu’elle était comme une théière : pleine de « bon thé » (bonté). Ah, j’aimerais bien connaître ce client si imaginatif. C’est tout simplement magnifique.
On a un jeu de mots basé sur des homophones, soit un calembour.
De brèves rencontres-conversations. Je descends la rue du Château et rencontre des ados qui vont faire une visite en haut de la ville et deux d’entre elles me disent : « Que vous êtes élégante, madame ! » Je leur réponds avec un sourire pour leur dire que je les remercie et que je leur veux du bien. Au bas de la chaussée de la Boine, une dame d’un âge certain me dit qu’elle trouve que j’ai de belles couleurs et qu’elle aime. Je lui réponds que l’on ne peut résonner avec quelque chose que si on l’a. Elle répète que j’ai de belles couleurs, qu’elle me voit souvent et que j’ai un style particulier. Puis, un peu plus haut, je rencontre une autre dame du même âge qui me dit que je suis élégante. Je lui dis qu’elle aussi (elle porte une belle blouse noire et une veste rouge vif qui vont bien avec ses cheveux blancs. Elle me dit que non, qu’elle me voit souvent (elle aussi… Je n’ai pourtant pas l’impression qu’on me voit) et que j’ai trouvé mon style personnel et finit par me dire : « Je vous congratule ! ». Je suis soufflée et ai de la peine à sortir des mots pour lui dire : « Je vous souhaite une belle vie. » Je me sens comme dans un conte.
Encore une – conversation 3 : je discute souvent avec les ouvriers qui travaillent sur la route près de chez moi. Leur chef est un homme bien posé et quand il dit quelque chose c’est du sérieux. Je le vois aujourd’hui, vendredi, à midi et, imaginant que l’équipe a fini sa semaine, lui dis :
Alors, c’est fini ? Je faisais allusion à la semaine.
Oui, on a fini ici et ce qui est ouvert derrière va rester comme cela.
Je réfléchis, revois dans ma tête les trous faits derrière la maison, me dis que ce sera d’autres ouvriers qui vont finir parce qu’il faut une spécialité quelconque…
Mais non ! dit-il content de m’avoir joué un tour.
Vous auriez dû jouer du théâtre, vous avez le ton convainquant ! dis-je ,et on se quitte en rigolant ; lui parce qu’il m’a joué un tour et moi parce que j’admire son talent.
Un seul point d’appui. Conversation 4. Cette rencontre est à la suite des précédentes. Juste avant d’arriver chez moi, je vois un monsieur qui attend le bus et il a une posture si particulière que je lui dis :
Fin de la conversation : je suis reconnaissante à ce monsieur pour son appréciation et lui dis que j’ai une plateforme et que je vais y mettre le tout. Je lui donne ma carte. Je bus arrive, je rentre chez moi et il part. Voici la photo :
Un seul point d’appui suffit : oui, n’est-ce pas extraordinaire de voir cette longue figure, tenir sur un pied et n’appuyer le tout que d’une main ? Qui admirer ? Le constructeur du mur ou la confiance du monsieur ou le créateur de l’être humain, ou les trois ? Cette photo va me servir dans mes cours. Ce n’est que maintenant que j’y pense.
Dès que j’entends l’orgue de Barbarie en ville, à Neuchâtel tout particulièrement, je fonds ! Mais, en général, les musiciens de rue, je les trouve remarquables parce qu’ils font beaucoup d’efforts afin de faire que l’âme de ceux qui les écoutent résonne avec la musique jouée.
Pierrick, prénom breton, fait partie de la bande qui compose mes musiciens de rue préférés, soient Karl Walter von Laufen (piano), Gilles Rémy et sa Jazz Band, Jean-François Beuchat (accordéon), un groupe de musiciens de l’Est (divers instruments). Chacun de ces derniers m’a apporté de la musique que j’ai pu introduire soit dans mes cours soit dans mes spectacles.
Pierrick joue des morceaux anciens dont certains français et cela me comble. Samedi de Pâques, il était là et il m’a expliqué qu’il jouait sur un orgue suisse, un orgue Hopp. Le voici en personne :
Et voici les morceaux de musique qu’il avait avec lui ce jour-là :
Je pense qu’en lisant les titres, votre mémoire se met en route. Alors, je vous laisse l’écouter.
L’orgue, les orgues. L’orgue fait partie de trois mots qui exceptionnellement en français sont masculins au singulier et féminins au pluriel. Les trois mots sont : orgue, délice et amour. On dit donc un orgue suisse, des orgues anciennes ; un vrai délice, des délices méritées et un amour, de belles amours. Alors, si musique et langue française se mettent ensemble, je suis au paradis. De plus, la semaine passée, l’une des spectatrices de mon spectacle « Lecture-théâtre autour du… mot » les avait mentionnés et cela m’a permis d’ajouter une fiche à celles dédiées aux « curiosités » de la langue française. Dans mon monde, les choses s’interpénètrent.
L’orgue de barbarie. Je rappelle ici sa définition : « Orgue de Barbarie, Instrument portatif dont les tuyaux et la soufflerie sont actionnés par un cylindre noté qu’on fait mouvoir au moyen d’une manivelle » (Académie française). Vous noterez que c’est écrit avec une majuscule. J’y reviendrai. Quant à l’origine de son appellation, elle reste incertaine et varie selon les sources. Ce qui est sûr c’est que l’orgue à manivelle le plus ancien se trouve à Salzbourg, qu’il a été fabriqué en 1502, et qu’il fonctionne toujours !
Chambaron, mon cornac en français, me dit que la majuscule est optionnelle puisque c’est une déformation et non pas un nom propre. En effet, ce n’est ni une région ni un nom propre. Il m’a fait lire la définition de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert où l’instrument s’appelle serinette avec comme synonyme orgue de Barbarie (avec majuscule), 1747. On est au clair maintenant.
Je reviens à Pierrick. Samedi, nous discutions et je vois une jeune femme chercher une pièce pour la mettre dans le panier… panier absent ! On était au milieu de la journée, je ne sais depuis combien de temps Pierrick jouait mais il était parti dans sa musique et oublié de mettre le panier. La chose est réparée, la jeune femme met sa pièce et s’apprête à s’en aller lorsque Pierrick lui demande :
Une fillette. Une maman met une pièce dans le panier avant de rejoindre ses enfants assis sur le rebord du mur du Temple du Bas. Pierrick voit une fillette et lui demande si elle veut tourner la manivelle.
La fillette bouge – Pierrick avait aussi senti que la fillette aurait voulu faire, je n’ai été que la traductrice de la scène. Pierrick m’a quand même remerciée pour la traductioin.
On sent la joie de la fillette. Cet orgue est plein de mémoires !
J’ai appris. Oui, j’ai appris que selon le morceau dans l’appareil, on tourne plus ou moins vite la manivelle. Je ne cesse de m’émerveiller en comprenant, une fois de plus, que chaque métier a ses règles et qu’on ne peut y déroger. Je n’avais pas remarqué ce détail qui est n’est plus un détail. C’est comme dans la vie, il y a des règles qu’on ne doit pas ignorer. Je me suis enrichie.
Une fois. Si la chance me sourit, j’aurai avec moi un enregistreur pour enregistrer la belle voix de Pierrick.
Je voulais mettre le lien vers les musiciens de rue cités et m’aperçois que je n’ai rien écrit sur Karl. Quel dommage ! Pourtant qu’est-ce que nous avons parlé et lui aussi m’a fait cadeau de l’un de ses disques. Il a été mon premier musicien de rue pourtant. La dernière fois que je l’a vu, il m’a dit que les conditions pour venir jouer étaient devenues très compliquées. Je souhaite qu’il aille bien et le remercie ici pour sa musique. J’aurais voulu au moins insérer l’un de se morceaux ici, mais, je n’y arrive pas. Il me faut de l’aide.
Il y a bien des façons de rencontrer quelqu’un et Whatsapp, je l’ignorais, en est une !
On rencontre quelqu’un pour une raison tout à fait anodine et il suffit d’un échange de numéro de téléphone pour que l’on découvre l’autre et qu’on ait un plaisir indicible à le lire. Voici quelques extraits de ce que j’ai pu évoquer chez l’autre.
Je précise qu’on ne s’est pas envoyé de nuages, c’est ensuite que je me suis dit que j’allais faire un montage ; l’image et les couleurs se sont imposées d’elles-mêmes.
Voici quelques-unes des réflexions que j’ai pu avoir sur l’autre :
C’était aussi une période magique puisqu’elle a eu lieu entre un peu avant Noël et un peu après Nouvel An. Je n’ai même plus pensé à ouvrir ma bouteille de Mauler à Noël ni à mes autres traditions de fin d’année ! Cela n’a pas été un rêve mais une belle rencontre.
Même période. Les roses… Elles durent une semaine si je change l’eau tous les jours, parfois moins et dans des cas exceptionnels, deux semaines. Cette fois-ci, il y a eu quelque chose de magique et elles en ont duré trois. Je n’ai pas pensé à les prendre en photo, mais voici leurs cousines.
J’ai toute une série d’articles consacrés aux conversations de rue. Je vous donne quelques liens. Celle de cet article est une exception :
Je suis toujours émerveillée par l’esprit humain. On a tous un même vocabulaire (bon, on suppose !), mais la façon d’agencer les mots me remplit parfois d’un immense plaisir.
Dans un grand supermarché. Je commande quelque chose, vais déposer une bouteille dans le récipient qui les récupère et retourne vers la vendeuse.
Suis-je supposée payer ? dis-je avec le sourire.
On verra en 2027, pour le moment on est en 2026 et il faut payer.
On éclate de rire. Je vous le dis, l’esprit humain est riche.
Que m’arrive-t-il ? Je me trouve dans un supermarché, à la caisse. Devant moi, une dame assez âgée et vers la caissière une autre dame d’un cinquantaine d’années. Elle se retourne, voit l’autre dame âgée et l’aide à mettre le panier sur le comptoir.. Je me dis que c’est une cliente attentive aux autres. Je dépasse la deuxième cliente et dis à la première qu’elle est une personne attentive aux autres et la remercie. Elle répond que c’est normal. Elle paie son addition, comme elle n’a pas de carte du magasin, elle demande à la dame derrière elle si elle veut les points. Il y en a beaucoup et la dame no 2 la remercie. Je lui dis alors que si elle attend elle aura aussi les miens. La dame range ses achats avec lenteur et au moment de payer, je lui demande sa carte pour qu’on lui mette mes points. C’est alors qu’elle dit : « Que m’arrive-t-il ? » Je lui dis que c’est Noël !
Toujours à la caisse. Je vois un panier mal posé par une cliente inattentive. J’en ai assez de toujours ranger. Pourquoi ne pas ignorer ? Parce que, parce que les choses rendent service et qu’elles méritent d’être bien traitées. Tout a une mémoire. Alors, je vois devant moi une maman et son fils d’environ dix ans. Je demande à ce dernier de me donner un coup de main avec le panier. La façon dont il le fait, me fait penser que ce garçon est débrouille et qu’il doit bien aller à l’école. J’aime toujours savoir ce que les enfants aiment à l’école. Le sort m’est favorable parce qu’une cliente devant nous prend un temps fou dans je ne sais quelle opération. Je m’approche donc du garçon et lui demande comment il va à l’école. Il répond qu’il va bien. Partout, dans toutes les branches ? Oui, dit-il. Et, qu’est-ce que tu aimes le plus ? Les maths, réplique-t-il tout de suite. Je lui demande s’il sait que le signe égal a été inventé par non pas un Anglais, mais un Gallois parce que… Je n’ai pas fini ma phrase qu’il me dit qu’il sait. Je lui demande comment cela se fait et il répond que c’est sur YouTube qu’il a trouvé. Donc, il sait que c’est quelqu’un qui était fatigué de toujours écrire « est égale à « . Sa mère dit qu’elle a appris quelque chose. Je félicite le garçon et lui souhaite une belle suite dans la vie. Il me dit au revoir avec un regard intense.
Au marché. J’attends que ma marmette me serve et vois un garçon d’environ dix ans qui raconte avec beaucoup d’enthousiasme quelque chose à une dame qui pourrait être sa grand-mère et qui est plus occupée à regarder les légumes. J’ai un peu de temps et me dis que je devrais encourager ce garçon. Je lui demande alors de quoi il parlait et il me raconte en long et en large sans aucune faute de français (il faut le faire !) qu’un membre de sa famille en France a loué une grande salle (il a utilisé un autre verbe qui doit vouloir dire « s’approprier », mais je ne sais plus lequel) et il va y retrouver ses cousins – ils s’adorent, etc. Je lui demande s’il aime écrire parce qu’il parle volontiers. Il me dit que l’année précédente, maintenant il est au collège, il y avait une sorte de joute de mots (là encore il a utilisé un autre mot, plus actuel) et les élèves devaient écrire en quelques minutes une histoire vraie ou inventée avec le plus de mots possible. Il était champion. Mais, maintenant, il est très bon en maths et là où il « s’explose le plus » c’est en anglais. Et le français ? Lui ai-je demandé. « J’aime pas le français ». Pourquoi ? Tu n’aimes pas le prof ? »Non, ce n’est pas cela. C’est compliqué. Maintenant on fait le présent de l’indicatif ». Je réfléchis un moment et lui dis que c’est dommage s’il aime écrire. En maths, il y a les chiffres qu’on utilise d’une façon ou d’une autre et en français il y a les lettres et les mots, que d’une certaine façon c’est la même chose.
La date exacte est 1557.
Je ne sais pourquoi, je lui parle de familles et lui dis que les verbes sont comme les familles : il y a des familles qui ne disent pas bonjour (le garçon fait oui de la tête), d’autres qui parlent tout le temps, d’autres encore qui ne sortent jamais, ou d’autres qui sont tout le temps dehors (le garçon me suit). Les verbes c’est pareil, il y a des groupes comme ceci et d’autres comme cela et puisqu’il aime écrire il n’a qu’à s’inventer des histoires avec eux. Lä, le garçon semble s’éveiller. Comme il ne connaît pas la naissance du signe « égale » en mathématique., je le lui explique et il dit qu’il ne savait pas. Je lui ai donné ma carte de visite si une fois il se trouve à court d’idées. En partant il m’a remerciée et dit au revoir. C’était joli.
Mon cornac en français est Chambaron et il est formidable ! Je lui ai fait part de l’explication des signes et il rajoute :
Maintenant tout est clair !
Dans un autre supermarché. J’arrive à la caisse, je paie et un jeune caissier me rend la monnaie en comptant : sept cinquante, huit et deux qui font dix et dix qui font vingt. Je n’en reviens pas. La plupart des caissiers actuels vous mettent l’argent dans les mains ou alors si la caisse marque 8,50 vous disent ce nombre-là. Je le félicite d’agir ainsi et il me dit qu’il l’a appris durant son apprentissage. J’emballe mes affaires, mais la chose tourne en moi. Je retourne vers lui et lui dis : « Vous étiez bon dans votre apprentissage! ». Il est un peu gêné mais dit qu’il a fait de son mieux. Je lui dis que je vais parler de lui parce que j’ai entamé un échange de messages avec le gérant de la Coop de la Maladière. Il me dit qu’il doit peut-être se rappeler de lui parce qu’il y a travaillé. Je lui dis que le monde est petit ! Il sort de sa caisse pour aller chercher un article pour un client.
Je profite pour parler avec deux adolescents qui étaient derrière moi et leur demande : « Comment cela se fait-il que vous utilisiez tellement ce ‘du coup’ ; du coup j’achète un portable (ce sont les mots que l’un d’eux avait utilisés), du coup je dis, du coup je fais fais… ». Ils sont étonnés mais je les vois chercher une réponse dans leur cerveau. Finalement, l’autre dit qu’il ne sait pas. Je dis alors, que l’on se doit de toujours rester maître de soi, qu’on doit pouvoir être indépendant des modes et savoir ce que l’on dit et fait. Tout cela se passe dans une atmosphère détendue.
Le caissier est revenu, je lui dis au revoir et il me souhaite un bon week-end. Je fais pareil et l’un des ados me souhaite un bon samedi avec le sourire. Je fais de même. J’ai un sentiment de bien-être.
Encore dans un magasin. Je cherchais un produit que je ne trouve pas, j’ai toutes les courses du samedi sur un diable et à l’épaule. Une femme d’une trentaine d’années me laisse passer, je la remercie et elle répond :
Ces conversations, en réalité, se passent partout, dans le métro, dans le train, dans un magasin, mais c’est en relation avec Paris. On est à fin février et je souhaite encore la bonne année à ceux avec qui j’ai un échange amical.
Marcher sur les Champs-Élysées. Quelle surprise de voir cette belle avenue qui garde le souvenir de tant de visites illustres, à ma disposition ! Il m’arrive, quand je suis à Paris, de m’imaginer tel ou tel personnage roulant sur cette avenue. Ramsès ii., celui pour qui j’ai un faible, ne l’a pas fait, mais, au fond, il n’en avait pas besoin. Son nom bien inscrit sur l’obélisque de la place de la Concorde le fait à sa place et l’avenue le voit aussi !
Sensation unique que de marcher sur les traces des personnages historiques comme Charles de Gaulle, Winston Churchill, Nikita Khrouchtchev, Mandela ou Chirac.
Photos. J’aurais voulu mettre des photos des personnages cités, mais les sources auxquelles j’ai écrit soit n’ont pas répondu soit demandent des prix hors de ma portée. Il faudra simplement les imagines ; bon… cela correspond à leur état actuel matériel… et n’enlève rien à leur symbole.
Voici l’une des nappes !
Dans un premier magasin de tissus. J’avais acheté, l’année passée, un magnifique velours qui a habillé ma table d’une façon royale. Je me suis dit que cette fois-ci, j’allais en acheter d’autres couleurs. Je suis tombée sur un vendeur qui faisait son métier comme une routine. On comprend très bien que prendre des rouleaux, les déplacer, les dérouler, mesurer du tissu, re-enrouler le rouleau et le remettre à sa place toute la journée, n’est pas très créatif. Je ne l’ai pas mis de bonne humeur non plus parce que je lui ai juste montré avec les mains la grandeur approximative de ma table. Il m’a alors dit qu’il aurait mieux valu la mesurer exactement… Il avait raison. Aussi, lui ai-je demandé s’il faisait de la couture. Non, a été sa réponse et vous ? Oui, lui ai-je répliqué et je lui ai monté le top que je portais. Il a alors souri et j’ai senti qu’on faisait partie du même monde. Avant de partir, je lui ai dit qu’on avait encore dix mois dans l’année et que je lui souhaitais la bonne année. Vous auriez dû voir son sourire et ses yeux ! C’est cela la beauté. Tant lui que moi nous sommes quittés de bonne humeur.
Ah, les oreilles… lorsqu’elles entendent la réponse de l’autre, elles savent que votre question a traversé l’espace et est entrée dans le monde de l’autre. Ici, vous avez l’image de l’oreille d’une déesse égyptienne qui joue le même rôle.
Dans un autre magasin de tissu. Je cherchais un voile violet intense et aucun magasin n’en avait. Le vendeur du dernier magasin m’a dit qu’il avait un taffetas. Je lui ai demandé de me le montrer et c’était la couleur convoitée, pas vraiment le tissu, mais la couleur et elle était importante pour s’accorder avec mon pull. On a discuté alors des tissus, selon la trame, la couleur varie et même lorsqu’on commande un même genre de tissu, les bains ne sont pas les mêmes. Bref, il déroule le tissu et me dit qu’il me fait le mètre à € 9.- au lieu de 12.- Je me sens un peu obligée de prendre le mètre dont la largeur est quand même de 1,50 m. Il dit alors à un jeune garçon d’encaisser la somme. Le garçon est un ado qui se déplace avec une sorte d’indifférence… Je dis alors au monsieur que le caissier a l’air très motivé. Ill dit que nous, lui et moi, faisions partie d’une époque qui était meilleure, plus simple, avec de l’humanité. Je suis d’accord avec lui et demande au garçon quelle branche va le mieux à l’école. Il ne comprend pas. Le père (je suppose) lui dit : « Quelle matière ». Le garçon réfléchi et comme rien ne venait, je lui demande ce qu’il aime faire le plus à l’école. Là, il répond : « L’informatique ». Et le français, les maths ? Le français, pas, dit-il. Je lui explique alors qu’en informatique, il a un langage avec lequel il compose des programmes et que s’il regarde le français de la même façon, il pourrait sortir gagnant puisque le français est notre langue de communication. « En français, tu as un alphabet avec lequel tu construits des mots et des phrases, c’est une sorte d’informatique. » Le garçon semble intéressé et je lui demande s’il est d’accord. Il hoche la tête et je lui repose la question, il refait le même geste. Alors, je mets la main à l’oreille pour qu’il comprenne que je veux entendre un oui et il le dit. Je lui souris et lui dis que je passerai dans quelques mois pour vérifier et là il a fait un grand sourire. Il a compris que je lui voulais du bien.
Dans un supermarché. J’arrive à la caisse avec une bouteille de kéfir. Une dame devant moi me voit et me dit de passer devant elle parce qu’elle a plus de produits. Je la remercie et elle répond qu’il n’y a pas de quoi. Je lui dis que si, elle m’a rendu service et lui sers le discours que je débite dans de pareils cas : « Si vous dites ‘de rien’, ‘il n’y a pas de quoi’, votre cerveau enregistre que vous n’avez rien fait et il ne bouge pas. Alors que si vous dites ‘je vous en prie’, ‘avec plaisir’, ‘avec joie’, votre cerveau émet des hormones de santé et de jeunesse dont la dopamine. » La caissière qui n’a entendu que la moitié du discours me demande de répéter. Je lui dis qu’elle peut faire l’expérience avec ses clients : une fois elle dit « de rien » et une autre fois « avec plaisir » ou une autre formule et elle va sentir l’effet sur le corps. Alors, je lui ressers le discours et je la vois sourire jusqu’au fond d’elle-même. C’est le genre de choses qui me ravissent.
Mon discours du paragraphe du supermarché avec des souhaits pour 2026 en prime. J’ai servi le même discours à diverses personnes qui m’ont rendu service : porté une valise, donné un renseignement, etc. Il y a eu entre autres, le monsieur qui m’a expliqué que désormais, tous les premiers dimanches du mois, l’avenue serait piétonne de 9 h à 17 h. Lui, comme ceux qui m’ont entendue dire ; « Je me dis que nous avons encore dix mois dans cette année et il vaut la peine de souhaiter qu’ils se passent bien », ont eu la même réaction, à savoir un air surpris et ensuite une sorte de soulagement du corps que j’ai vu « s’agrandir » – une sorte de rayonnement. C’était beau à voir.
Effet Driss no 2. C’est le numéro deux parce que je parle de ce vendeur sur le boulevard de Clichy. Il est absolument remarquable. Nous avons établi une belle relation et à chaque fois, je lui rends visite et enrichis mon stock d' »ampoules aux effets Driss ». C’est l’équivalent des boules à neige. Dans le cas présent, ce sont des ampoules, avec une lumière et des paillettes à la place des flocons de neige. Je les utilise dans mes cours sur les articulations et sur les résonances osseuses.
À droite c’est quand le corps est statique, lorsque nous ne faisons rien, ne pensons à rien, ne projetons rien. En bref, quand il ne se passe rien ou lorsque l’on garde quelque chose en soi, enfui. On ne vois pas bien sur la photo, mais le pied de la Tour Eiffel baigne dans les paillettes condensées, compactes, sans vie.
À gauche c’est quand le corps est dynamisé par une pensée, une action, un bien-être, un résultat, un accomplissement. Tout le corps est concerné et les paillettes (particules du corps) dansent partout. Tout le monde peut en faire l’expérience.
Einstein, Albert, me donne rendez-vous à Paris. C’est comme cela lorsqu’on a une vie internationale. Il sait que j’ai un faible pour lui et a arrangé quelque chose. J’ai un ami bouquiniste sur les quais de la Seine, Jean-François Medioni et il connaît mes goûts et parmi eux se trouve Einstein. Aussi, cette fois, avait-il mis de côté le Paris Match publié lors de la mort du savant. Il avait aussi un numéro de la revue L’Illustration publié en 1921. Il se trouve qu’un journal américain, le Scientific American avait lancé un concours où le lauréat qui aurait expliqué en moins de 3’000 mots les théories d’Einsteins verrait son travail publié. La publication n’a pas été comprise par le public et c’est alors L’Illustration qui a décidé de commander à Charles Nordmann, astronome de l’observatoire de Paris de faire l’exercice. Il a réussi, en quatre pages à tout expliquer dans un langage simple.
Enfant, je faisais de la danse et David, mon frère, du foot. Deux mondes et pourtant. puisque la terre est ronde, ces chemins si différents se sont rencontrés !
L’entraîneur Michel Christen chez les juniors de Xamax et maestre Oprea Petrescuà l’Opéra de Bucarest, Roumanie. La vie est vraiment curieuse. Il a fallu des années et des années pour que je sache que l’entraîneur de mon frère et mon maître de ballet avaient la même façon d’observer leurs « sujets » et non seulement cela, mon maître venait vers moi et me disait : « Tu vois cette danseuse ? Elle a des ligaments longs, elle devrait sauter très haut mais elle est flemmarde ; tu vois ce danseur ? Il fait les exercices comme s’il était à l’école, tout est très bien fait, même quand il danse sur scène, il exécute les pas correctement ». Il disait aussi que chaque danseur a son style, son genre (en roumain on dit mănușă lui) et ne devrait y déroger : un danseur qui est le prince Siegfried dans Le lac des cygnes ne doit pas danser Basile dans Don Quichotte. Dans le foot, celui qui est avant-centre n’est pas gardien, celui qui est arrière-central n’est pas un attaquant, ne doit pas jouer au milieu (défensif). Christen disait à David : *Tu vois ce joueur ? Tu vois sur quel pied il a mis son poids ? Il va se jouer de son adversaire. » Voilà donc comment deux mondes aussi différents se sont rejoints.
Xamax lors de mes examens de maître de ballet et de chorégraphe. Si on faisait un film de réclame pour Xamax, que l’action se situe en Roumanie, pas à Fribourg ni au Tessin ni même à Paris, en Roumanie, qu’une candidate à des examens se trouve face à un expert amateur de Xamax, on dirait que c’est exagéré. Et pourtant … à ma grande stupéfaction, lorsque j’ai passé les miens, l’un des experts m’a dit : » Votre mère habite à Neuchâtel ? – Xamax ! « . Ce moment est, comme une photo temporelle, fixé dans ma mémoire.
Gilbert Facchinetti. J’ai écrit un article sur lui et ne désirant pas répéter ce qui y figure, je dirais que je pense souvent à lui du fait que des travailleurs sur la pierre de son entreprise ont fait des réparations dans mon studio de danse, près du Château. C’étaient des professionnels, je veux dire que lorsqu’ils sont entrés dans mon studio, ils ont tout regardé et dit qu’il y avait eu un incendie. J’ai demandé comment ils le savaient. Mon local est creusé dans du rocher et certains endroits étaient rosés. C’est ce qui leur a indiqué un fait produit avant mon arrivée dans ce lieu. Grâce à eux j’ai appris à mieux observer les rochers. Bref, ces deux employés de Facchinetti ont examiné l’endroit et convenu de faire le nécessaire. Le résultat a été remarquable. On le sait très bien, il y a travailleur et travailleur : celui qui fait ce qu’il doit et celui qui se demande comment faire pour que le résultat soit excellent. Ces deux employés ont exécuté un magnifique travail. La chose aurait pu s’arrêter là, mais il y a eu un plus, c’est qu’au moment où j’ai dit que je connaissais monsieur Facchinetti, j’ai senti que des portes s’ouvraient et que je faisais partie de la famille. Ce sont des moments intenses.
Éditions Alphil. On avait jusqu’ici la danse et monsieur Facchinetti avec le foot. Les éditions Alphil, basées à Neuchâtel, à la rue du Tertre, que nous partageons (ses bureaux ont vue sur cette rue et mon balcon aussi), publient des ouvrages relatifs à des études universitaires et à l’histoire neuchâteloise. Ce qui nous a réunis, Alain Cortat, l’éditeur, et moi, c’est la passion pour l’horlogerie. J’avais acheté un livre dans ce domaine édité par lui et étais allée lui demander un autographe. Il m’a dit qu’il n’en était pas l’auteur… j’ai répondu que c’était l’éditeur qui publiait ou non, qu’il avait droit de vie sur le livre et qu’à ce titre, il pouvait me donner son autographe. C’est comme cela que la relation s’est établie. En lui rendant visite lors de la dernière exposition à l’Hôtel-de-Ville, j’ai vu une revue et un livre sur Xamax. Finalement, j’ai acheté les deux publications pour mon frère, ancien joueur chez les juniors de l’équipe.
Nicolas Bandelier. C’est l’auteur du livre auquel Laurent Weber a apporté une aide relative aux archives. Je suis allée demander un autographe à Nicolas pour mon frère et finalement une relation whatsappienne s’est établie entre lui et moi. Elle a été très dense et j’ai trouvé en lui un être sensible, très drôle et aimant l’histoire – normal pour un professeur d’histoire, direz-vous, car il l’est, mais , ainsi que je l’ai dit, dans tous les métiers, il y a des gens qui font juste ce qu’il faut et d’autres qui aiment ce qu’ils font, l’ont dans le sang, en sont passionnés. C’est son cas. Nicolas est aussi plein de ressources verbales. Or, s’il y a une chose que j’aime c’est la langue et là j’ai eu plein de desserts ! De plus, pour moi l’histoire devrait être une branche principale. Sans histoire on n’est rien, ni individuellement ni socialement. Ces mots sont récurrents dans mes discours.
Pierre Dubois. Pierre a joué un grand rôle dans la politique et chez Xamax. On ne peut écrire l’histoire de Xamax sans parler de lui. Dans les liens ci-dessous, il y a possibilité de trouver les deux articles que j’ai écrits sur lui. Nous nous sommes vus ces dernières années régulièrement. Je lui ai parlé trois jours avant son départ… Alors, Pierre dans ce livre fait que la communication avec Nicolas et Laurent soit chargée d’émotion. Je me trouve à nouveau en famille.
David mon frère. Il a une mémoire hors du commun et peut raconter le match de je ne sais quelle année, dire où se tenait telle personne, à quelle heure et comment il était habillé ! Quand je lui ai parlé de la revue et du livre, il a téléphoné à Nicolas, lui a raconté mille et une choses ; c’était le soir du réveillon (!) et il s’est mis à écrire. Il m’a envoyé un article et puis douze pages encore sur Michel Christen, sa façon d’entraîner, de comprendre les gens et le foot. C’est dire si maintenant j’en connais un rayon sur ce sport.
Pierre Buffiere de Lair, de son nom de plume Chambaron. Il est le compagnon de toutes mes révisions de textes. Je le consulte cette fois-ci et à un moment donné de la révision des pages envoyées par David, je lui dis que j’ai la tête qui tourne et me demande si un bain dans le lac ne me la remettrait pas à l’endroit (pour moi, aller dans le lac, peu importe la saison, est un plaisir et quand il y a plaisir, rien d’autre ne compte). Voici nos messages :
Il n’y a que Pierre pour avoir de pareilles sorties !
Laurent Weber. Comme il a participé au livre sur Xamax, je voulais aussi son autographe. Nicolas a organisé sa visite chez moi le jour où eux deux étaient interrogés par une équipe qui met en ligne des podcasts. Cela s’est très bien passé parce que lorsqu’on est en famille… Laurent est le responsable des archives de Xamax. J’ai eu différentes métiers dans ma vie et bien souvent j’ai été soit responsable d’archives soit eu affaire à eux. C’est la base de l’histoire. Cela faisait très longtemps qu’il avait envie d’écrire le parcours de Xamax et finalement c’est Nicolas qui l’a fait avec l’aide des fameuses archives dont il est le gardien. Son métier est l’informatique, et même s’il n’a pas joué au foot, ce sont ses copains d’école qui l’ont poussé à assister aux matchs et à devenir un passionné de l’équipe de Neuchâtel. Il m’a raconté qu’à l’école sept enfants sur les dix de sa classe étaient des juniots de Xamax. Maintenant, on arrive à un point commun avec Michel Christen : leurs pères détestaient le foot. Tant Michel (raconté dans un chapitre à part) que Laurent ont dû négocier afin de suivre leur passion.
Rôle de certains pères : si on peut regretter leur autorité qui empêche un désir de s’accomplir, on peut les remercier. Le pourquoi n’est pas aisé à expliquer. Il n’y a qu’à voir dans notre vie, on a envie de faire une chose et apparaît un obstacle, un retard se faufile, une réponse tarde et finalement on s’en sort très bien. Je me dis que ces deux enfants qu’ils étaient à l’époque ont su faire preuve de caractère et quand leur père a cédé ou compris, plutôt compris, c’est parce que c’était le bon moment.
Nicolas Bandelier. Encore lui. C’est parce que j’ai un spectacle de lecture-théâtre dans lequel, je traite du… mot (voir lien ci-dessous) ; en complément du texte, j’ai des fiches avec le vocabulaire qui vient de divers domaines et qui a envahi ou pourrait enrichir la vie de tous les jours. C’est ainsi que si quelqu’un ne répond pas à une question ou joue avec les mots, soit il fait une feinte, soit il dribble. Cela me comble ! J’ai demandé à Nicolas de me donner un coup de main afin de compléter la liste que j’ai. On verra quand il aura du temps.
Michel Christen. Encore lui aussi. Grâce à Laurent Weber, j’ai pu parler avec lui au téléphone. Cela a été une rencontre qui m’a fait me sentir comme… vous l’avez deviné, comme si on était de la famille et qu’on ne s’était plus vus-entendus depuis des lustres. Il m’a raconté pourquoi il n’a jamais ni fumé ni bu de l’alcool. C’est absolument incroyable, dans le milieu du foot, d’avoir quelqu’un ainsi. Je raconte l’anecdote séparément de même que celles qu’il va me confier lorsque je lui aurai rendu visite.
Xamax. Il vient en dernier même si c’est lui qui est à la base de cette histoire. L’équipe a fait vibrer le coeur de Neuchâtel, de la Suisse ! À l’étranger, la Suisse était connue par sa paix du travail, ses banques, ses gardes du Vatican et Xamax et parfois même d’abord par Xamax. C’est une aventure extraordinaire et c’est ce qui a convaincu Alain Cortat d’écouter Nicolas. C’est aussi ce qui me fascine.
Xamax dans mon studio de danse. Parmi mes décorations, il y a un sac avec le logo de Xamax. C’est Gilbert Facchinetti qui me l’a donné. Ses empreintes doivent être quelque part dessus ou alors, sous les miennes. Pour rien au monde, je ne donnerais ce souvenir. Ce qui est rigolo c’est que ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends une remarque de Nicolas faite le jour où il m’a rendu visite. Il avait dit qu’il connaissait ce logo, en montrant le sac (normal, c’est celui de Xamax, me suis-je dit), mentionné l’équipe du Real Madrid et dit que quand même Xamax avait battu cette équipe considérée comme la meilleure au monde ! Je me suis demandé pourquoi il disait cela et un point d’interrogation s’est glissé dans mon esprit, mais je n’avais rien répliqué parce que le sachant c’était lui. C’est maintenant, en analysant le logo de Xamax que je vois en bas, à droite, celui de l’équipe espagnole et la date : 19 mars 1986. C’est la date de la victoire de l’équipe neuchâteloise par 2 – 0 au stade de la Maladière ! Je n’ai pas n’importe quoi dans mon studio ! Je le dis assez souvent : on n’est rien sans les autres et Nicolas m’apprend des choses sur mes « avoirs ». C’est magnifique !
Une idée : représenter dans un tableau les personnages qui font partie de cette histoire. Lequel est celui qui devrait figurer en premier ? Celui que presque tous les protagonistes ont connu est Gilbert Facchinetti, celui qui a condensé en un livre l’histoire de Xamax qui a fait battre le coeur de Neuchâtel est Nicolas Bandelier, mais les uns n’existeraient pas ou pas de la même façon sans les autres et surtout pas sans Xamax.
C’est un arbre : le tronc est Xamax et les personnages sont les branches.
Exemplaire vendu par Alain directement ! Ce livre a donc encore plus de valeur pour moi.
Le livre. Les façons d’évaluer une même chose varient en fonction des personnes. Dans mon cas, le livre est précieux parce qu’y figurent des personnes qui font partie de ma vie qu’ils soient de ce monde ou non. Vous les avez dans l’arbre. Un autre fait qui compte est celui de l’histoire de Neuchâtel. J’habite à Neuchâtel, je suis partie prenante de Neuchâtel, mon identité se trouve liée à celle de Neuchâtel. Alors, lorsque Nicolas trace l’histoire du club au travers de 130 événements, en fait un arbre généalogique commenté, je suis ravie. De plus, de plus lorsque j’ai ouvert le livre, au hasard, je suis tombée sur Cantonal, le Cantonal où Freddy Landry, l’homme de cinéma et celui qui a illuminé ma vie, a joué. Il fallait vraiment que j’achète un livre pour moi ! Oui, parce que Cantonal, même s’il était une équipe plus ancienne que Xamax, fait partie de l’arbre généalogique du fait de leur fusion, sorte de mariage. En tout, j’ai compté sept mariages et ceux qui sont au début de l’histoire sont FC Neuchâtel et FC Châtelaine qui datent de… 1895 ! Mon Cantonal est né en 1906 et le club qui allait devenir légendaire, Xamax, en 1912. Parcourant ces dates, je retrouve la notion temporelle qui me fascine.
Alain Cortat. À nouveau lui aussi parce qu’il m’a dit qu’il avait trouvé très intéressant de savoir qu’i y avait eu une équipe de foot dans presque chaque quartier dans les années 1910, époque qu’il n’avait pas vécue mais qu’il était content de savoir qu’il y avait eu un précédent sportif au phénomène des clubs de tennis créés ou soutenus par la Migros dans les années 1960. C’est une sorte de écho de l’histoire. Alain, Nicolas et moi sommes passionnés par l’histoire et la promouvoir est un plaisir sans fin.
Mise en forme par Zully
Le magasin Coop Maladière et Xamax. Le département pâtisserie-boulangerie de notre Coop locale participe à la vie neuchâteloise à sa façon. C’est d’abord Nicolas qui m’a envoyé la photo. Une fois celle-ci en ma possession, j’ai téléphoné à la Coop Maladière pour demander la permission de l’inclure dans l’article. La réponse a été affirmative. J’ai demandé que des remerciements soient transmis au personnel qui fait les gâteaux. C’est magnifique !
Puis, j’ai voulu savoir comment l’idée avait atterri dans le cerveau du gérant et de l’équipe pâtissière. C’est le gérant qui me l’a expliqué : ils sont co-locataires d’un même espace avec Xamax, les pompiers et le Nuc. Afin de leur faire savoir qu’ils participaient de leur vie, ils ont fait un gâteau en l’honneur de chacun d’eux. Je suis ravie d’entendre pareille explication et ne peux que remercier le personnel de penser aux autres, leur faire plaisir or, le plaisir est l’un des liens qui relie les personnages de cet article.
.Dirigeant pendant de nombreuses années, professeur au gymnase et à l’école de commerce, Pierre visitait fréquemment le restaurant City (près du parking de la poste), lieu de rassemblement de la fin des années 60 des joueurs et dirigeants du club. Je me rappelle aussi qu’il est venu avec nous, les juniors inter-régionaux, en avril 1968 à Barcelone.
Anecdote 1. Quelques années auparavant il avait effectué le même voyage avec la cuvée des Manzoni, Mantoan, Favre et autres joueurs. Un match s’est programmé contre une équipe de la ville. L’entraîneur des juniors, Michel Christen, a voulu que Pierre joue quelques minutes. Pierre n’a pas entré au début du match mais un show s’est réalisé avec la complicité des dirigeants espagnols. (Je = Zully vous renvoie à la description que j’en fais dans l’article que j’ai consacré à Pierre – paragraphe 9 environ, vous ne pourrez le rater, il y figure en tenue de footballeur !) ;
Anecdote 2. Lors de notre voyage, nous avons eu l’occasion d’assister à un Clásico (derby) entre le Barcelone F.C. et le Real Madrid, son grand rival. Le match devait se jouer quelques jours avant notre arrivée, mais fut reporté à cause du décès de Benitez, un joueur barcelonais. En allant au stade, nous avons pris le métro. Pierre avait l’habitude de marcher la tête assez penchée en avant comme monsieur Hulot, personnage du film de Truffaut ( Les vacances de monsieur Hulot). En essayant d’aborder le wagon, Pierre marcha lentement (trop), ce qui eut pour résultat que les portes coulissantes se refermèrent et la tête de Pierre avec sa pipe, à l’intérieur du wagon, resta attrapée, le reste du corps demeurant…à l’extérieur ! On a crié afin que le métro ne démarre pas. On a eu peur, mais on a terminé par un gros rire général ;
Anecdote 3. On a eu la chance aussi de voyager à Palma de Majorque en avion. Pierre s’est assis à côté de son copain Freddy Moulin. En atterrissant sur la piste, un grand bruit s’est produit, et soudain Pierre cria : « Freddy, ne traîne pas les pieds » Pierre et Freddy se taquinaient souvent. Je crois que Pierre devait gagner la partie comme dans un match de basket : 68-54 ;
Anecdote 4. Un soir d’été on a mangé vers le Mail. En sortant du restaurant Pierre m’a dit : « Tu sais David, le monde est plein de contradictions : ce qui est bon marché est rare, ce qui est rare est cher, donc ce qui est bon marché est rare ! »
Anecdote 5. Le dernier souvenir avec Pierre date du début mars de 1970. Je venais de rentrer d’un camp de ski aux Collombs. Une semaine complète où l’on avait fait du ski toute la journée et où l’on avait consommé pas mal de bières. En arrivant ce samedi en fin d’après-midi j’avais appris que l’on m’avait convoqué pour jouer avec les réserves contre Thoune ce qui n’était pas prévu. Ce même samedi, je m’étais mis d’accord avec Madeleine, une amie de l’école de commerce, pour aller au château de Boudry au bal des étudiants de Neocomia. C’était déjà incompatible si je tenais compte de la fatigue accumulée pendant toute la semaine. J’ai décidé d’aller de toute façon et suis resté jusque vers 1 h du matin. Peu avant de quitter le lieu, j’ai rencontré Pierre Dubois que je n’avais pas aperçu depuis mon arrivée. Comme il était dirigeant de Xamax, je me suis vu dans l’obligation de lui dire que j’avais été convoqué le lendemain à la toute dernière heure alors que j’avais déjà un compromis au bal. Je ne sais si Paul Garbani l’a su, mais j’ai quand même pu jouer après la mi-temps !