Conversations 18 (en cours)

Le plaisir d’entendre les remarques, les réponses des autres ne s’éteint pas.

Une dame dans le restaurant d’un supermarché. Je venais de commander un ramequin chaud lorsqu’une dame d’un âge respectable s’est approchée avec un plateau et des restes de vaisselle en carton.

  • Je ne vois pas où je peux déposer les affaires. Est-ce que vous pourriez vous en occuper ? demanda-t-elle à la vendeuse.
  • Je peux m’en occuper, lui dis-je
    • La dame m’a regardée avec étonnement et dit :
  • Réellement ? Vous feriez cela ?
  • Oui.
  • Et comment puis-je vous remercier ?
  • Vous dites simplement que vous souhaitez que j’aille au paradis.
  • Vous reviendrez me dire comment c’est ! dit-elle en rigolant et en partant.
    • Je suis restée un peu interdite parce que je ne m’attendais pas à pareille sortie. Je suis allée ranger le plateau de la dame qui me voit et qui dit à son mari :
  • C’est la dame qui ira au paradis.
  • Oui, j’irai au paradis et ne reviendrai pas mais je vous ferai signe depuis là-bas. Nous avons tous rigolé.

Une fillette de huit ans environ. Je la connais depuis quelques années. Son père travaillait dans un supermarché. Chaque fois qu’elle me voit c’est une fête pour elle et pour moi ; elle a le don de me sentir parfaitement heureuse. Ses gestes sont empreints de noblesse et de grandeur d’âme. C’est hors du commun. Il en est allé de même il y a quelques jours. Je la vois en arrivant près de chez moi.

  • Salut, salut ! dit-elle avec son sourire attendrissant.
  • Salut, lui répondis-je.
    • Elle s’approche de moi et pose sa tête contre moi. Je craque.
  • Tu es magnifique !
  • Toi aussi, tu es magnifique, dit-elle.
  • Tout va bien à l’école ?
  • Oui.
  • Si jamais tu as un problème, tu me dis. Je souhaite que tout aille bien pour toi, et nous nous sommes quittées avec un sourire dans les yeux. J’ai dit à son père qu’il avait une fille remarquable et il a eu le sourire de celui qui sait. Il y a des enfants ou des personnes qui vous saluent par politesse, parce qu’on se connaît. Cette fillette a quelque chose d’autre qui m’émeut et qui ne fait ressortir que ce qui est bon en moi.

Le même vendeur d’un supermarché dont j’ai déjà parlé dans d’autres articles. Je le vois et lui dis que j’ai fait la maîtresse d’école avec une maman étrangère et ses deux enfants, 10 et 4 ans. Je lui raconte que garçon s’est arrêté devant les conteneurs pour les bouteilles en plastique, a pris le sac que sa maman portait et sorti une bouteille pour la mettre dans un conteneur. Je lui dis que ce n’était pas le bon endroit parce que le contenu ne se boit pas, il est fait pour la cuisine. Alors, il a introduit la bouteille au bon endroit. Je suis intervenue encore une ou deux fois, mais le garçon a vite compris. Puis, il a sorti un emballage de biscuits, aussi en plastique, je lui dis que ce genre de choses va dans la poubelle de la maison. Une fois qu’il a fini, je lui ai demandé comment il allait à l’école, mais là, il a parlé à sa maman dans une langue étrangère – j’ai compris qu’il n’allait pas à l’école ici ; sa mère me dit merci et ils sont partis.

  • Mais, ne vous cassez pas la tête, de toutes façons le contenu est trié à la centrale ! dit-il.
  • Ce n’est pas possible ! Il y a quand même des dessins pour indiquer ce qu’il faut faire…
  • Oh, si vous saviez…
  • Mon dieu, je ne pourrai jamais travailler dans un magasin !
  • Et vous ne savez pas tout.
  • Quoi encore ?
  • Le matin, quand on arrive, il y a des sacs avec des affaires en plastique que nous devons trier.
  • Ce n’est pas possible !
  • Mais, si. Il n’y a pas que des prix Nobel au travail, il s’en perd ailleurs !

Là, je n’ai pu que rire devant l’esprit ce cet homme. C’est magnifique d’avoir un tel humour.

Un « adolescent » qui traverse la rue. J’attends que le feu passe au vert et à côté de moi il y a un jeune homme d’une trentaine d’années. Arrive un personnage d’environ septante ans et qui traverse sans autre.

  • Ah, ces adolescents, tous les mêmes ! dis-je au jeune homme.
  • Euh… oui, c’est à désespérer, dit-il en me regardant après avoir compris que pratiquais un peu l’humour.
  • Je ne sais pas ce que cette génération va devenir, ai-je ajouté.
  • En effet, dit-il et on a traversé au vert en rigolant.

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