Je suis fascinée par ceux qui apportent quelque chose au monde. On utilise parfois ou souvent ou même tous les jours des choses que d’autres nous ont apportées et on n’y pense pas. Je reste persuadée que l’histoire est la branche la plus importante. Sans histoire on n’est rien. Le nombre de fois que j’ai utilisé les mots algèbre, équation, l’inconnue X… Voilà que je viens de faire connaissance avec celui qui est au centre, pour ainsi dire, du X.
En cours : oui, j’en suis à la graphie et à la prononciation correctes de son nom parce je vois et entends diverses versions. Dans la version officielle d’aujourd’hui, un W qu’on pourrait supprimer si on suivait la transcription russe : Аль-Хорезми. (Al-Khorezmi mais de prononciation Al-Kharizmi). Le russe est important parce que ce grand homme est né dans la ville de Khiva qui se trouve dans le Kharezm en Ouzbékistan et que c’est l’URSS qui a célébré son 1200e anniversaire par un timbre qui figure plus bas. J’ai demandé à un arabophone de m’écrire le nom en arabe (il a dit qu’en fait c’était Al-khawarizmi, soit Al-khaouarizmi) et de me donner la transcription phonétique ; je n’ai pas eu de suite. Mais, j’ai appris que selon la région où on parle l’arabe, les transcriptions et même les prononciations varient ; j’en touche encore un mot plus loin. Plusieurs choses sont pourtant sûres :
- le seul auteur, parmi ceux que j’ai consultés, à dire que le mathématicien est né à Khiva est Georges Ifrah dans son magnifique livre Histoire universelle des chiffres. Cette ville se trouve dans la région de Kharezm, dans l’actuel Ouzbékistan ;
- du fait qu’il procède de cette région, il y a, dans son nom al, qui veut dire celui qui vient de. À l’époque, il n’y avait pas les noms de famille. Cela implique que lorsque l’on commence une phrase en nommant le mathématicien, on devrait écrire Al-Kharizmi, mais si c’est à l’intérieur, on devrait écrire al-Kharizmi. De plus, il y a un i à la fin du nom, cela sert à dire qu’il est de la région de Kharezm ;
- il est aussi certain qu’il s’est rendu à Bagdad, à la Maison de la sagesse, de la connaissance, du savoir et a travaillé en tant que traducteur et chercheur dans les domaines de la mathématique, de l’astronomie et de la géographie et à ce titre, il a étudié les documents babyloniens, indiens et grecs ;
- en 825, il a écrit Traité de numérotation des Indiens ;
- il est encore certain qu’il a écrit le Livre abrégé du calcul par la restauration et la comparaison ainsi que les Tables astronomiques en arabe et c’est un fait important. Malheureusement, les originaux ont été perdus.
En attendant, voici son portrait. Sachant que je m’intéresse réellement à lui, il a demandé à un Russe de m’envoyer son selfie timbré. C’est un timbre qui a été fait à son effigie en URSS, 1983, à l’occasion de son 1200e anniversaire !

Du temps ; il m’en fallu pour faire cette photo que je trouve réussie, mais le résultat efface les difficultés. Le fond bleu roi lui sied mieux que le bleu nuit que j’avais auparavant. Cet article me met en effervescence ! Savoir que cet homme a été mathématicien, astronome, géographe et qu’aujourd’hui encore on utilise des notions qu’il a transmises, constatées ou créées me fascine. Je suis aussi fascinée par la notion du temps et al-Khwarizmi traverse le temps !
Le temps ou la quatrième dimension de notre espace. C’est Albert Einstein qui a démontré que le temps, de même que la largeur, la longueur et la hauteur, était une dimension de notre espace. Au début, j’avais voulu mettre un seul selfie-timbré, mais je n’ai pas eu le coeur de séparer ces timbres unis depuis si longtemps. Finalement, j’ai bien fait parce que je peux faire un lien avec les quatre dimensions et ainsi il y a un selfie-timbré pour chacune d’elles !
Mohammad Ibn Musa al-Kharizmi. C’est son nom au complet. Il faut savoir qu’à l’époque il n’y avait pas de nom de famille et que l’on était désigné par des particularités en plus du prénom qui, lui, existait. Sa caractéristique était qu’il venait de la région de Kharizm. Si en français on peut avoir des prononciations différentes pour un même mot selon la provenance nationale ou régionale d’une personne, en arabe, de même qu’en hébreu, la chose est plus compliquée parce que les voyelles courtes ne s’écrivent pas et que selon les endroits la prononciation change.
Effet des voyelles courtes. Comme elles ne s’écrivent pas, contrairement aux longues, et qu’elles dépendent de la région et de prononciation qu’on leur donne, on peut rencontrer : al-Khwārizmī, al-Khawārizmī, al-Khowārizmī, al-Khuwārizmī, al-Khwārezmī, al-Khawārezmī, al-Khowārezmī et al-Khuwārezmī, selon que l’on écrive ou pas le a et le premier u court. On peut donc avoir plusieurs variantes.
Où en arrive-t-on : afin de simplifier l’affaire, la communauté internationale a opté pour : Al-Khwarizmi. Pour moi, il me paraît important de savoir comment il s’appelait en réalité. La chose aurait été réglée si ses écrits avaient été conservés. Hélas, trois fois hélas, ils ont été perdus. Il reste des copies.
Autre question : écrit-on al-Kharizm ou al Kharizm ? Exite-t-il un trait d’union en arabe ?
Avant d’aller plus en profondeur, c’est lui qui est à l’origine de l’algèbre et des logarithmes. Quant à la lettre X, elle fait tout un voyage qui commence avec Diophante d’Alexandrie (ah, voilà un autre personnage caractérisé par son lieu de naissance ou « nisba » comme on dit en arabe), continue avec al-Kharizmi, s’accommode des Espagnols avec une transcription, observe François Viète et finit par prendre son dernier costume avec Descartes.
Histoire plus complète de la lettre X :
- tout au début, dans notre histoire, on a le mathématicien Diophante d’Alexandrie qui a pensé à une inconnue et qu’il a nommé Arithmos, le nombre, ou plutôt « le nombre qui renferme une quantité indéfinie d’unités […] et son signe est une fusion des deux premières lettres du mot en grec, soit de α et ρ qui ont donné :
ζ
- c’est de ce mot arithmos que vient arithmétique. Cela se passe vers le IIIe siècle après J.-C. ;
- arrive al-Khwarizmi (780 – 850) qui parle, en mathématique, de șay (chaï), la chose, celle qu’on cherche, l’inconnue, inconnue qui deviendra X bien plus tard. Rappelons que pendant des siècles, les écrits mathématiques s’écrivaient en toutes lettres. On est au IXe siècle ;
- au XIIe siècle, le mathématicien et arabophone anglais, Robert Chesner, traduisit le texte de al-Khwarizmi Al-jabr w’al-muqabalah en latin. Cela s’est passé à Ségovie en 1145 ; son titre latin est Liber algebrae et almucabala ;
- pour nommer l’inconnue cernée par al-Kharizmi, la langue espagnole ne possédant pas le son ch du mot șay (chaï), il a été transcrit en xai. C’est le son qui s’est répandu en Europe ;
- au XVIe siècle, le mathématicien François Viète utilise comme paramètres d’une équation des lettres. Cela a pour effet que les problèmes sont écrits d’une façon plus concise, claire et générale, mais on a encore le xay ;
- c’est finalement au XVIIe siècle que Descartes va simplifier xay en X tout court. Il écrira son livre La Géométire, 1637. On y trouvera les coordonnes, X et Y, les fameuses coordonnées cartésiennes. Il a établi un lien entre la géométrie et l’algèbre. Jusqu’à lui, on avait la géométrie euclidienne, soit la relation entre les formes (propriétés des triangles, des cercles). Descartes propose de construire un monde où la géométrie et l’algèbre se rencontrent : on aura les plans à deux dimensions, donc avec deux axes, X et Y – l’une est horizontale et l’autre verticale – soient celle des abscisses et celle des ordonnées. Finalement, on a les équations linéaires sur un plan.
C’est une suite magnifique, on dirait une musique, une danse. En plus, si vous allez dans les articles sur les signes » = » et » + » dont vous avez les liens en bas, vous aurez les origines des notes musicales qui nous permettent de faire ces équations. Il me reste le signe » – » et celui de la division.
Fascination pour l’histoire, pour la façon dont les choses se construisent. Il y a toujours une chaîne : les Sumériens, les Babyloniens, les Indiens, les Arabes… leur fil conducteur dans cette histoire sont les nombres…
À la fin de l’article, je vas ajouter :
Je reprends l’histoire de l’écriture et de la phonétique. Il m’est arrivé une chose similiare avec Abraham-Louis Breguet et dans une mesure infiniment moindre avec mon prénom que j’entends prononcer : Suli, Tsouli, Tzoulli, Ziouli, alors qu’il s’orthographie Zully et dont la prononciation est Zouli. Je peux encore ajouter Zelly (c’est une dame aujourd’hui qui m’a appllée ainsi). Je ne tressaute pas lorsque j’entends qu’on m’appelle comme ceci ou comme cela ; ce n’est pas la peine d’en faire un plat. Mais, il reste une version qui me comble. Elle suit.
Mon nom à la mode d’Al-Kharizmi donne : Zully de Neuchâtel ou Zhullÿ Al-Qasr Jadidi (château neuf), soit, Zully provenant de Neuchâtel. C’est mon expert, mon cornac en français, celui qui a toujours réponse à mes questions dans quelque domaine que ce soit de la langue. C’est lui qui a commencé à mettre mon nom à l’arabe et j’ai fini par trouver la fin. C’est inexplicable, mais mon nom, ainsi, me cause une immense joie ! De plus, si j’ajoute fille de David (Davidovna en russe), cela donne Zhullÿ ibnat David Al-Qasr Jadidi.
Liens pour des articles similaires :
- L’histoire du signe » = » racontée à un enfant de 9 ans ;
- Apparition du signe » + » racontée à un entre enfant (paragraphe 4 « Au marché ») ;