Je suis fascinée par ceux qui apportent quelque chose au monde. On utilise parfois ou souvent ou même tous les jours des choses que d’autres nous ont apportées et on n’y pense pas. Je reste persuadée que l’histoire est la branche la plus importante. Sans histoire on n’est rien. Le nombre de fois que j’ai utilisé les mots algèbre, équation, l’inconnue X… Voilà que je viens de faire connaissance avec celui qui est au centre, pour ainsi dire, du X.
En cours : oui, j’en suis à la prononciation correcte de son nom parce qu’en français il y a un W qu’on pourrait supprimer si on suivait la transcription russe : Аль-Хорезми. (Al-Khorezmi mais de prononciation Al-Kharizmi). J’ai demandé à un arabophone de m’écrire le nom en arabe (il a dit qu’en fait c’était Al-khawarizmi, soit Al-khaouarizmi) et de me donner la transcription phonétique ; je n’ai pas eu de suite. Mais, j’ai appris que selon la région où on parle l’arabe, les transcriptions et même les prononciations varient ; j’en touche encore un mot plus loin. Plusieurs choses sont pourtant sûres :
- il est né dans la région de Kharizm qui à l’époque concernait divers pays actuels, donc, il pourrait, aujourd’hui, avoir une autre nationalité ;
- une partie de cette région se trouve actuellement en Ouzbékistan et c’est l’URSS qui a émis un timbre à son effigie – voir plus bas ;
- du fait qu’il procède de cette région, il y a, dans son nom al, qui veut dire celui qui vient de. À l’époque, il n’y avait pas les noms de famille et mon expert, Chambaron, me dit que dès lors que le mathématicien vient de la région Khazimir, la dernière lettre devrait être m et pas i ;
- il est aussi certain qu’il s’est rendu à Bagdad, à la Maison de la sagesse, de la connaissance, du savoir et a travaillé en tant que traducteur et chercheur dans les domaines de la mathématique, de l’astronomie et de la géographie et à ce titre, il a étudié les documents babyloniens, indiens et grecs ;
- il est encore certain qu’il a écrit le Livre abrégé du calcul par la restauration et la comparaison ainsi que les Tables astronomiques en arabe et c’est un fait important. Malheureusement, les originaux ont été perdus.
En attendant, voici son portrait. Sachant que je m’intéresse réellement à lui, il a demandé à un Russe de m’envoyer son selfie timbré. C’est un timbre qui a été fait à son effigie en URSS, 1983, à l’occasion de son 1200e anniversaire !

Du temps ; il m’en fallu pour faire cette photo que je trouve réussie, mais le résultat efface les difficultés. Cet article me met en effervescence ! Savoir que cet homme a été mathématicien, astronome, géographe et qu’aujourd’hui encore on utilise des notions qu’il a transmises, constatées ou créées me fascine. Je suis aussi fascinée par la notion du temps et al-Khwarizm traverse le temps !
Mohammad Ibn Musa al-Kharizm. C’est son nom au complet. Il faut savoir qu’à l’époque il n’y avait pas de nom de famille et que l’on était désigné par des particularités en plus du prénom qui, lui, existait. Sa caractéristique était qu’il venait de la région de Kharizm. Si en français on peut avoir des prononciations différentes pour un même mot selon la provenance nationale ou régionale d’une personne, en arabe, de même qu’en hébreu, la chose est plus compliquée parce que les voyelles courtes ne s’écrivent pas et que selon les endroits la prononciation change.
Effet des voyelles courtes. Comme elles ne s’écrivent pas, contrairement aux longues, et qu’elles dépendent de la région et de prononciation qu’on leur donne, on peut rencontrer : al-Khwārizmī, al-Khawārizmī, al-Khowārizmī, al-Khuwārizmī, al-Khwārezmī, al-Khawārezmī, al-Khowārezmī et al-Khuwārezmī, selon que l’on écrive ou pas le A et le premier U court. On peut donc avoir plusieurs phonèmes.
Où en arrive-t-on : afin de simplifier l’affaire, la communauté internationale a opté pour : Al-Khwarizmi. Il reste à savoir si le dernier i a raison d’y être. Pour moi, il me paraît important de savoir comment il s’appelait en réalité. La chose aurait été réglée si ses écrits avaient été conservés. Hélas, trois fois hélas, ils ont été perdus. Il reste des copies.
Autre question : écrit-on Al-Kharizm ou al-Kharizm ? Je pense que c’est al-Khwarizm mais que si on commence une phrase, c’est Al-Khwarizm.
Avant d’aller plus en profondeur, c’est lui qui est à l’origine de l’algèbre et des logarithmes. Quant à la lettre X, elle fait tout un voyage qui commence avec Diophante d’Alexandrie (ah, voilà un autre personnage caractérisé par son lieu de naissance ou « nisba » comme on dit en arabe), continue avec al-Kharizm, s’accommode des Espagnols avec une transcription, observe François Viète et finit par prendre son dernier costume avec Descartes.
Histoire de la lettre X :
- tout au début, dans notre histoire, on a le mathématicien Diophante d’Alexandrie qui a pensé à une inconnue et qu’il a nommé Aritmos, le nombre. C’est de là que vient le mot arithmétique. Cela se passe vers le IIIe siècle après J.-C. ;
- arrive al-Khwarizmi qui parle de șay (chaï), la chose, celle qu’on cherche, l’inconnue. Rappellons que pendant des siècles, les écrits mathématiques s’écrivaient en toutes lettres. On est au IXe siècle ;
- au XIIe siècle, le mathématicien et arabophone anglais, Robert Chesner, traduisit le texte de al-Khwarizm Al-jabr w’al-muqabalah en latin. Cela s’est passé à Ségovie en 1145 en Segovia. Son titre latin est Liber algebrae et almucabala ;
- la langue espagnole ne possède pas le son ch et ont transcrit le son șay (chaï) en xai. C’est le son qui s’est répandu en Europe ;
- au XVIe siècle, le mathématicien François Viète utilise comme paramètres d’une équation des lettres. Cela a pour conséquence que les problèmes sont écrits d’une façon plus concise, claire et générale ;
- c’est finalement au XVIIe siècle que Descartes va simplifier Xay en X. Il écrira son livre La Géométire, 1637. On y trouvera les coordonnes, X et Y. Il a établi un lien entre la géométrie et l’algèbre. Jusqu’à lui, on avait la géométrie euclidienne, soit la relation entre les formes (propriétés des triangles, des cercles). Descartes propose de construire un monde où la géométrie et l’algèbre se rencontrent : on aura les plans à deux dimensions, donc avec deux axes, X et Y – l’une est horizontale et l’autre verticale – soient celle des abscisses et celle des ordonnées. Finalement, on a les équations linéaires sur un plan.
C’est une suite magnifique, on dirait une musique, une danse.
À la fin de l’article, je vas ajouter :
Je reprends l’histoire de l’écriture et de la phonétique. Il m’est arrivé une chose similiare avec Abraham-Louis Breguet et dans une mesure infiniment moindre avec mon prénom que j’entends prononcer : Suli, Tsouli, Tzoulli, Ziouli, alors qu’il s’orthographie Zully et dont la prononciation est Zouli.