Jean-Pierre Ghelfi parti au ciel

Les deux côtés de Ghelfi se retrouvent dans cet article, celui de l’économiste rigoureux et celui d’un être qui se laissait toucher par des choses simples.

C’est ainsi que Raymonde, la compagne de Ghelfi, a ouvert la cérémonie d’au revoir par la lecture d’un texte de Prévert qu’elle avait choisi ; c’est celui de deux escargots qui se préparent, avec leur coquille noire et du crêpe autour des cornes, à aller à l’enterrement d’une feuille morte. Hélas, quand ils arrivent c’est le printemps et toutes les feuilles ont ressuscité. Le soleil les invite alors à prendre l’autocar pour Paris et c’est la vie qui s’invite. C’est si joli ! (Texte entier à la fin de l’article).

Ici on trouve l’autre côté (celui de l’économiste visionnaire). Je note dans l’article consacré à Pierre Dubois que Jean-Pierre Ghelfi est parti le 8 juin, soit un jour avant Pierre. En économiste visionnaire, Jean-Pierre est allé préparer le chemin pour Pierre. C’est une vraie amitié.

Je reprends la cérémonie. J’ai cru arriver avec assez d’avance à la cérémonie… presque toutes les places assises étaient déjà prises ! On a été accueillis par de la musique, puis il y a eu des témoignages de la famille. Celui de Raymonde a été très représentatif du personnage avec ses diverses facettes et elle a raconté comment était arrivé le dernier moment de Jean-Pierre alors qu’ils étaient sur le Danube. Cela a été une vraie épreuve. Je le regrette pour lui et pour la famille. La vie est déjà compliquée, si le dernier moment l’est aussi, c’est dur. Mais, la cérémonie a été empreinte d’une telle chaleur qu’elle doit avoir adouci le parcours vers l’autre côté du miroir de Jean-Pierre.

Il en est ressorti tant des témoignages de la famille que de ceux de ses amis et connaissances que Jean-Pierre avait été un fin cuisinier ! J’ai appris quelque chose. Plusieurs autres personnes ont rapporté ce qui se disait dans l’entourage : « Jean-Pierre avait été comme une bonne bouteille de vin, avec le temps il s’était bonifié ! » C’est si joli et profond. Ils ont eu raison de le relever car, ces dernières années, lorsque je le croisais en ville, son sourire était plus éclatant et ses yeux plus pétillants. L’avant-dernière fois que je l’ai vu, nous avions échangé quelques mots et il m’avait même remerciée pour quelque chose que je lui avais dite. Je l’entends et le vois encore… J’ai eu la nette impression qu’il m’ouvrait les portes de son soi. Cela s’est passé près de l’UBS. Chaque fois que je passe par là, j’ai une belle pensée pour Ghelfi.

La surprise. Lors du premier discours officiel, celui de la conseillère communale Julie Courcier Delafontaine, j’ai eu un moment hors du temps. En effet, elle a commencé par rapporter le bel hommage que Jean-Pierre avait rendu à Freddy Landry, Freddy qui a joué un si grand rôle dans ma vie. Je n’ai plus su où étaient les différences temporelles. Elle a rapporté les paroles suivantes prises dans l’Événement syndical : « Il y a des gens, il sont comme cela : ils ont une passion, ils s’y tiennent, ils veulent la faire partager.  » Si la passion de Freddy avait été celle du cinéma, celle de Jean-Pierre avait été l’intérêt général, le bien public et il partageait cette passion avec les autres.

Sa passion pour l’économie et les gens l’a fait devenir une référence dans l’économie locale et fédérale :

  • membre du Conseil général, puis au Conseil communal de Neuchâtel (1972-1976) ;
  • vice-présidence de la Commission fédérale des banques jusqu’en 2003. Il réclame, avant la FINMA et la chute du Crédit suisse, plus de moyens pour surveiller les banques ;
  • lorsqu’il est à la Caisse de pension de l’État de Neuchâtel, il œuvre pour que les serviteurs de l’État aient une retraite sereine ;
  • présidence de la Banque Cantonale neuchâteloise (BCN) jusqu’en 2011 ;
  • membre fondateur en 1996. de Noël autrement avec Valentine Schafter, présidente, Ghelfi secrétaire, et Thomas Facchinetti caissier. « Autrement », pour ceux qui sont seuls ou veulent vivre autrement cette période ( Jean-Pierre s’était inspiré de frère Leo de la congrégation de la Salle qui avait fait un Noël pour les prisons CCP, collectif, concert en prison – information à compléter).

Voici quelques extraits du texte du discours que son ami Nicolas Rousseau a tenu ce même jour et qu’il m’a aimablement transmis : « Ses adversaires n’ont jamais manqué de critiquer sa (cette) liberté d’esprit,  affirmant qu’elle aurait empêché Jipé de conduire une carrière politique au plus haut échelon. »

Et encore : « … j’en atteste, les honneurs, Jipé s’en moquait ; il est toujours resté modeste, refusant ainsi de montrer la vidéo d’Archives pour demain qui lui a été consacrée en 2016. Il se faisait appeler Le Roi de Suisse, avec là un zeste de dérision qui n’était pas pour lui déplaire ; loin d’être des courtisans, ses amis pouvaient le charrier, cela sans qu’il s’en formalise. Et s’il a été vice-président du PSS, il n’a pas cherché les lumières du poste. […] son influence n’en a pas moins été marquante. Au plan suisse, il avait l’oreille du président du PSS Helmut Hubacher, et il a aussi aidé à l’accession de René Felber au Conseil fédéral. Au plan cantonal, il  a encouragé les candidatures au Conseil d’État de Pierre Dubois, puis de Jean Studer, entre autres. Dans sa ville, il est aussi resté actif, aux côtés notamment de son ami le conseiller communal Blaise Duport, du directeur artistique du Centre culturel neuchâtelois André Oppel. ainsi qu’à ceux de certains de ses anciens camarades, dont son cher Jean-Jacques Delémont. »

Merci Nicolas d’avoir mentionné André, feu mon ami, qui participait aux séances de rédaction du Canard Bleu (même le jour de son anniversaire !) et qui ornait le journal de ses dessins assez humoristiques (c’est sous ma remarque un peu insistante qu’il a fini par les signer A. O.).

Côté syndical. Celui qui m’apporte une belle synthèse est l’un de ses autres grands amis, Jean-Claude Rennwald. Ce dernier a une plume très dense qui qualifie si bien Ghelfi. Tout d’abord, il dit de lui qu’il est l’économiste des travailleurs. C’est magnifique ! Voici quelques extraits de l’article qu’il a publié après le départ de Jean-Pierre sur l’Événement syndical » (je ne peux m’empêcher de penser que ce journal a été habillé par le plume de Ghelfi sur Freddy et que cette fois c’est par celle de Jean-Claude sur Ghelfi… Voici donc les extraits :

  • il avait notamment la capacité d’expliquer les mécanismes économiques les plus complexes aux travailleuses et aux travailleurs ;
  • il était aussi régulièrement sollicité par des journalistes pour qu’il leur explique les tenants et aboutissants d’un problème difficile à comprendre ;
  • à la FTMH comme à Unia, Jean-Pierre Ghelfi avait effectué des travaux pour la branche des machines et de l’industrie chimique. Mais il mit surtout ses compétences au service des travailleuses et des travailleurs de l’horlogerie ;
  • comme expert économique, il participa à de très nombreuses négociations salariales et à plusieurs renouvellements de la convention collective de travail (CCT) de la branche ;
  • sur de nombreux sujets, ses démonstration étaient époustouflantes, à tel point que même la délégation patronale en était souvent impressionnée ;
  • Jean-Pierre Ghelfi aimait aussi prendre du recul par rapport à l’actualité immédiate. Cela explique pourquoi il avait participé à l’écriture de quelques livres. En particulier Témoignages d’ouvriers (FTMH, 1987), qui rassemble des points de vue de salariés sur la paix sociale dans l’horlogerie ;
  • dans un entretien au Temps, 13 mai 2012, Jean-Pierre Ghelfi avait souligné que la paix du travail, conclue en 1937, avait aussi eu des effets négatifs, alors qu’une politique plus combative aurait eu pour résultat de meilleures conditions de travail ;
  • Européen convaincu, mais tout en étant partisan des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes (on lui doit d’ailleurs l’idée des salaires minimaux dans la CCT de l’horlogerie), il fut l’un des auteurs de deux ouvrages collectifs, Europe mon amour ? (CJE, 2000), publié avant la  votation de l’an 2000 sur les accords bilatéraux, et Suisse-Union européenne. Les 44 questions qui irritent les Helvètes (CJE, 2005) ;
  • Jean-Pierre Ghelfi écrivait régulièrement dans La Lutte syndicale puis dans l’Evénement syndical. Sa plume pouvait être parfois très piquante.

Si ceux qui ont lu l’article de Jean-Claude se diront qu’en fait d’extraits… il y a presque la totalité de l’article, ils auront raison. Je n’ai pas pu passer sous silence tellement de faits marquants.

Si cet article concerne Jean-Pierre, je voudrais ajouter un mot de remerciement pour Raymonde qui a toujours été présente dans le parcours de son compagnon et qui me touche toujours plus chaque fois que je la rencontre.

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