Jean-Pierre Ghelfi parti au ciel

Les deux côtés de Ghelfi se retrouvent dans cet article, celui de l’économiste rigoureux et celui d’un être qui se laissait toucher par des choses simples.

C’est ainsi que Raymonde, la compagne de Ghelfi, a ouvert la cérémonie d’au revoir par la lecture d’un texte de Prévert qu’elle avait choisi ; c’est celui de deux escargots qui se préparent, avec leur coquille noire et du crêpe autour des cornes, à aller à l’enterrement d’une feuille morte. Hélas, quand ils arrivent c’est le printemps et toutes les feuilles ont ressuscité. Le soleil les invite alors à prendre l’autocar pour Paris et c’est la vie qui s’invite. C’est si joli ! (Texte entier à la fin de l’article).

Ici on trouve l’autre côté (celui de l’économiste visionnaire). Je note dans l’article consacré à Pierre Dubois que Jean-Pierre Ghelfi est parti le 8 juin, soit un jour avant Pierre. En économiste visionnaire, Jean-Pierre est allé préparer le chemin pour Pierre. C’est une vraie amitié.

Je reprends la cérémonie. J’ai cru arriver avec assez d’avance à la cérémonie… presque toutes les places assises étaient déjà prises ! On a été accueillis par de la musique, puis il y a eu des témoignages de la famille. Celui de Raymonde a été très représentatif du personnage avec ses diverses facettes et elle a raconté comment était arrivé le dernier moment de Jean-Pierre alors qu’ils étaient sur le Danube. Cela a été une vraie épreuve. Je le regrette pour lui et pour la famille. La vie est déjà compliquée, si le dernier moment l’est aussi, c’est dur. Mais, la cérémonie a été empreinte d’une telle chaleur qu’elle doit avoir adouci le parcours vers l’autre côté du miroir de Jean-Pierre.

Il en est ressorti tant des témoignages de la famille que de ceux de ses amis et connaissances que Jean-Pierre avait été un fin cuisinier ! J’ai appris quelque chose. Plusieurs autres personnes ont rapporté ce qui se disait dans l’entourage : « Jean-Pierre avait été comme une bonne bouteille de vin, avec le temps il s’était bonifié ! » C’est si joli et profond. Ils ont eu raison de le relever car, ces dernières années, lorsque je le croisais en ville, son sourire était plus éclatant et ses yeux plus pétillants. L’avant-dernière fois que je l’ai vu, nous avions échangé quelques mots et il m’avait même remerciée pour quelque chose que je lui avais dite. Je l’entends et le vois encore… J’ai eu la nette impression qu’il m’ouvrait les portes de son soi. Cela s’est passé près de l’UBS. Chaque fois que je passe par là, j’ai une belle pensée pour Ghelfi.

La surprise. Lors du premier discours officiel, celui de la conseillère communale Julie Courcier Delafontaine, j’ai eu un moment hors du temps. En effet, elle a commencé par rapporter le bel hommage que Jean-Pierre avait rendu à Freddy Landry, Freddy qui a joué un si grand rôle dans ma vie. Je n’ai plus su où étaient les différences temporelles. Elle a rapporté les paroles suivantes prises dans l’Événement syndical : « Il y a des gens, il sont comme cela : ils ont une passion, ils s’y tiennent, ils veulent la faire partager.  » Si la passion de Freddy avait été celle du cinéma, celle de Jean-Pierre avait été l’intérêt général, le bien public et il partageait cette passion avec les autres.

Sa passion pour l’économie et les gens l’a fait devenir une référence dans l’économie locale et fédérale :

  • membre du Conseil général, puis au Conseil communal de Neuchâtel (1972-1976) ;
  • vice-présidence de la Commission fédérale des banques jusqu’en 2003. Il réclame, avant la FINMA et la chute du Crédit suisse, plus de moyens pour surveiller les banques ;
  • lorsqu’il est à la Caisse de pension de l’État de Neuchâtel, il œuvre pour que les serviteurs de l’État aient une retraite sereine ;
  • présidence de la Banque Cantonale neuchâteloise (BCN) jusqu’en 2011 ;
  • membre fondateur en 1996. de Noël autrement avec Valentine Schafter, présidente, Ghelfi secrétaire, et Thomas Facchinetti, caissier. « Autrement », pour ceux qui sont seuls ou veulent vivre autrement cette période ( Jean-Pierre s’était inspiré de frère Leo de la congrégation de la Salle qui avait fait un Noël pour les prisons CCP [collectif, concert en prison ]- information à compléter).

Voici quelques extraits du texte du discours que son ami Nicolas Rousseau a tenu ce même jour et qu’il m’a aimablement transmis : « Ses adversaires n’ont jamais manqué de critiquer sa (cette) liberté d’esprit,  affirmant qu’elle aurait empêché Jipé de conduire une carrière politique au plus haut échelon. »

Et encore : « … j’en atteste, les honneurs, Jipé s’en moquait ; il est toujours resté modeste, refusant ainsi de montrer la vidéo d’Archives pour demain qui lui a été consacrée en 2016. Il se faisait appeler Le roi de Suisse, avec là un zeste de dérision qui n’était pas pour lui déplaire ; loin d’être des courtisans, ses amis pouvaient le charrier, cela sans qu’il s’en formalise. Et s’il a été vice-président du PSS, il n’a pas cherché les lumières du poste. […] son influence n’en a pas moins été marquante. Au plan suisse, il avait l’oreille du président du PSS, Helmut Hubacher, et il a aussi aidé à l’accession de René Felber au Conseil fédéral. Au plan cantonal, il  a encouragé les candidatures au Conseil d’État de Pierre Dubois, puis de Jean Studer, entre autres. Dans sa ville, il est aussi resté actif, aux côtés notamment de son ami le conseiller communal Blaise Duport, du directeur artistique du Centre culturel neuchâtelois André Oppel. ainsi qu’à ceux de certains de ses anciens camarades, dont son cher Jean-Jacques Delémont. »

Merci Nicolas d’avoir mentionné André, feu mon ami, qui participait aux séances de rédaction du Canard Bleu (même le jour de son anniversaire !) et qui ornait le journal de ses dessins assez humoristiques (c’est sous ma remarque un peu insistante qu’il a fini par les signer A. O.).

Côté syndical. Celui qui m’apporte une belle synthèse est l’un de ses autres grands amis, Jean-Claude Rennwald. Ce dernier a une plume très dense qui qualifie si bien Ghelfi. Tout d’abord, il dit de lui qu’il est l’économiste des travailleurs. C’est magnifique ! Voici quelques extraits de l’article qu’il a publié après le départ de Jean-Pierre sur l’Événement syndical » (je ne peux m’empêcher de penser que ce journal a été habillé par le plume de Ghelfi sur Freddy et que cette fois c’est par celle de Jean-Claude sur Ghelfi… Voici donc les extraits :

  • il avait notamment la capacité d’expliquer les mécanismes économiques les plus complexes aux travailleuses et aux travailleurs ;
  • il était aussi régulièrement sollicité par des journalistes pour qu’il leur explique les tenants et aboutissants d’un problème difficile à comprendre ;
  • à la FTMH comme à Unia, Jean-Pierre Ghelfi avait effectué des travaux pour la branche des machines et de l’industrie chimique. Mais il mit surtout ses compétences au service des travailleuses et des travailleurs de l’horlogerie ;
  • comme expert économique, il participa à de très nombreuses négociations salariales et à plusieurs renouvellements de la convention collective de travail (CCT) de la branche ;
  • sur de nombreux sujets, ses démonstration étaient époustouflantes, à tel point que même la délégation patronale en était souvent impressionnée ;
  • Jean-Pierre Ghelfi aimait aussi prendre du recul par rapport à l’actualité immédiate. Cela explique pourquoi il avait participé à l’écriture de quelques livres. En particulier Témoignages d’ouvriers (FTMH, 1987), qui rassemble des points de vue de salariés sur la paix sociale dans l’horlogerie ;
  • dans un entretien au Temps, 13 mai 2012, Jean-Pierre Ghelfi avait souligné que la paix du travail, conclue en 1937, avait aussi eu des effets négatifs, alors qu’une politique plus combative aurait eu pour résultat de meilleures conditions de travail ;
  • Européen convaincu, mais tout en étant partisan des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes (on lui doit d’ailleurs l’idée des salaires minimaux dans la CCT de l’horlogerie), il fut l’un des auteurs de deux ouvrages collectifs, Europe mon amour ? (CJE, 2000), publié avant la  votation de l’an 2000 sur les accords bilatéraux, et Suisse-Union européenne. Les 44 questions qui irritent les Helvètes (CJE, 2005) ;
  • Jean-Pierre Ghelfi écrivait régulièrement dans La Lutte syndicale puis dans l’Evénement syndical. Sa plume pouvait être parfois très piquante.

Si ceux qui ont lu l’article de Jean-Claude se diront qu’en fait d’extraits… il y a presque la totalité de l’article, ils auront raison. Je n’ai pas pu passer sous silence tellement de faits marquants.

Si cet article concerne Jean-Pierre, je voudrais ajouter un mot de remerciement pour Raymonde qui a toujours été présente dans le parcours de son compagnon et qui me touche toujours plus chaque fois que je la rencontre.

Il n’y a rien à ajouter à ce magnifique poème choisi par Raymonde. Il dit plein de choses dont le fait que nous sommes marqués par la façon dont nous vivons les événements. On ne peut éviter ces derniers, mais c’est à nous de leur donner une façon. C’est un thème récurant dans mes cours et tant Prévert que Raymonde vont me permettre d’ajouter de la poésie à mon discours. De plus, il est question de Paris, ville qui a toutes mes faveurs et là, je craque.

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Xamax dans le monde de Zully et Zully dans le monde de Xamax

Enfant, je faisais de la danse et David, mon frère, du foot. Deux mondes et pourtant. puisque la terre est ronde, ces chemins si différents se sont rencontrés !

L’entraîneur Michel Christen chez les juniors de Xamax et maestre Oprea Petrescu à l’Opéra de Bucarest, Roumanie. La vie est vraiment curieuse. Il a fallu des années et des années pour que je sache que l’entraîneur de mon frère et mon maître de ballet avaient la même façon d’observer leurs « sujets » et non seulement cela, mon maître venait vers moi et me disait : « Tu vois cette danseuse ? Elle a des ligaments longs, elle devrait sauter très haut mais elle est flemmarde ; tu vois ce danseur ? Il fait les exercices comme s’il était à l’école, tout est très bien fait, même quand il danse sur scène, il exécute les pas correctement ». Il disait aussi que chaque danseur a son style, son genre (en roumain on dit mănușă lui) et ne devrait y déroger : un danseur qui est le prince Siegfried dans Le lac des cygnes ne doit pas danser Basile dans Don Quichotte. Dans le foot, celui qui est avant-centre n’est pas gardien, celui qui est arrière-central n’est pas un attaquant, ne doit pas jouer au milieu (défensif). Christen disait à David : *Tu vois ce joueur ? Tu vois sur quel pied il a mis son poids ? Il va se jouer de son adversaire. » Voilà donc comment deux mondes aussi différents se sont rejoints.

Xamax lors de mes examens de maître de ballet et de chorégraphe. Si on faisait un film de réclame pour Xamax, que l’action se situe en Roumanie, pas à Fribourg ni au Tessin ni même à Paris, en Roumanie, qu’une candidate à des examens se trouve face à un expert amateur de Xamax, on dirait que c’est exagéré. Et pourtant … à ma grande stupéfaction, lorsque j’ai passé les miens, l’un des experts m’a dit :  » Votre mère habite à Neuchâtel ? – Xamax ! « . Ce moment est, comme une photo temporelle, fixé dans ma mémoire.

Gilbert Facchinetti. J’ai écrit un article sur lui et ne désirant pas répéter ce qui y figure, je dirais que je pense souvent à lui du fait que des travailleurs sur la pierre de son entreprise ont fait des réparations dans mon studio de danse, près du Château. C’étaient des professionnels, je veux dire que lorsqu’ils sont entrés dans mon studio, ils ont tout regardé et dit qu’il y avait eu un incendie. J’ai demandé comment ils le savaient. Mon local est creusé dans du rocher et certains endroits étaient rosés. C’est ce qui leur a indiqué un fait produit avant mon arrivée dans ce lieu. Grâce à eux j’ai appris à mieux observer les rochers. Bref, ces deux employés de Facchinetti ont examiné l’endroit et convenu de faire le nécessaire. Le résultat a été remarquable. On le sait très bien, il y a travailleur et travailleur : celui qui fait ce qu’il doit et celui qui se demande comment faire pour que le résultat soit excellent. Ces deux employés ont exécuté un magnifique travail. La chose aurait pu s’arrêter là, mais il y a eu un plus, c’est qu’au moment où j’ai dit que je connaissais monsieur Facchinetti, j’ai senti que des portes s’ouvraient et que je faisais partie de la famille. Ce sont des moments intenses.

Éditions Alphil. On avait jusqu’ici la danse et monsieur Facchinetti avec le foot. Les éditions Alphil, basées à Neuchâtel, à la rue du Tertre, que nous partageons (ses bureaux ont vue sur cette rue et mon balcon aussi), publient des ouvrages relatifs à des études universitaires et à l’histoire neuchâteloise. Ce qui nous a réunis, Alain Cortat, l’éditeur, et moi, c’est la passion pour l’horlogerie. J’avais acheté un livre dans ce domaine édité par lui et étais allée lui demander un autographe. Il m’a dit qu’il n’en était pas l’auteur… j’ai répondu que c’était l’éditeur qui publiait ou non, qu’il avait droit de vie sur le livre et qu’à ce titre, il pouvait me donner son autographe. C’est comme cela que la relation s’est établie. En lui rendant visite lors de la dernière exposition à l’Hôtel-de-Ville, j’ai vu une revue et un livre sur Xamax. Finalement, j’ai acheté les deux publications pour mon frère, ancien joueur chez les juniors de l’équipe.

Nicolas Bandelier. C’est l’auteur du livre auquel Laurent Weber a apporté une aide relative aux archives. Je suis allée demander un autographe à Nicolas pour mon frère et finalement une relation whatsappienne s’est établie entre lui et moi. Elle a été très dense et j’ai trouvé en lui un être sensible, très drôle et aimant l’histoire – normal pour un professeur d’histoire, direz-vous, car il l’est, mais , ainsi que je l’ai dit, dans tous les métiers, il y a des gens qui font juste ce qu’il faut et d’autres qui aiment ce qu’ils font, l’ont dans le sang, en sont passionnés. C’est son cas. Nicolas est aussi plein de ressources verbales. Or, s’il y a une chose que j’aime c’est la langue et là j’ai eu plein de desserts ! De plus, pour moi l’histoire devrait être une branche principale. Sans histoire on n’est rien, ni individuellement ni socialement. Ces mots sont récurrents dans mes discours.

Pierre Dubois. Pierre a joué un grand rôle dans la politique et chez Xamax. On ne peut écrire l’histoire de Xamax sans parler de lui. Dans les liens ci-dessous, il y a possibilité de trouver les deux articles que j’ai écrits sur lui. Nous nous sommes vus ces dernières années régulièrement. Je lui ai parlé trois jours avant son départ… Alors, Pierre dans ce livre fait que la communication avec Nicolas et Laurent soit chargée d’émotion. Je me trouve à nouveau en famille.

David mon frère. Il a une mémoire hors du commun et peut raconter le match de je ne sais quelle année, dire où se tenait telle personne, à quelle heure et comment il était habillé ! Quand je lui ai parlé de la revue et du livre, il a téléphoné à Nicolas, lui a raconté mille et une choses ; c’était le soir du réveillon (!) et il s’est mis à écrire. Il m’a envoyé un article et puis douze pages encore sur Michel Christen, sa façon d’entraîner, de comprendre les gens et le foot. C’est dire si maintenant j’en connais un rayon sur ce sport.

Pierre Buffiere de Lair, de son nom de plume Chambaron. Il est le compagnon de toutes mes révisions de textes. Je le consulte cette fois-ci et à un moment donné de la révision des pages envoyées par David, je lui dis que j’ai la tête qui tourne et me demande si un bain dans le lac ne me la remettrait pas à l’endroit (pour moi, aller dans le lac, peu importe la saison, est un plaisir et quand il y a plaisir, rien d’autre ne compte). Voici nos messages :

Il n’y a que Pierre pour avoir de pareilles sorties !

Laurent Weber. Comme il a participé au livre sur Xamax, je voulais aussi son autographe. Nicolas a organisé sa visite chez moi le jour où eux deux étaient interrogés par une équipe qui met en ligne des podcasts. Cela s’est très bien passé parce que lorsqu’on est en famille… Laurent est le responsable des archives de Xamax. J’ai eu différentes métiers dans ma vie et bien souvent j’ai été soit responsable d’archives soit eu affaire à eux. C’est la base de l’histoire. Cela faisait très longtemps qu’il avait envie d’écrire le parcours de Xamax et finalement c’est Nicolas qui l’a fait avec l’aide des fameuses archives dont il est le gardien. Son métier est l’informatique, et même s’il n’a pas joué au foot, ce sont ses copains d’école qui l’ont poussé à assister aux matchs et à devenir un passionné de l’équipe de Neuchâtel. Il m’a raconté qu’à l’école sept enfants sur les dix de sa classe étaient des juniots de Xamax. Maintenant, on arrive à un point commun avec Michel Christen : leurs pères détestaient le foot. Tant Michel (raconté dans un chapitre à part) que Laurent ont dû négocier afin de suivre leur passion.

Rôle de certains pères : si on peut regretter leur autorité qui empêche un désir de s’accomplir, on peut les remercier. Le pourquoi n’est pas aisé à expliquer. Il n’y a qu’à voir dans notre vie, on a envie de faire une chose et apparaît un obstacle, un retard se faufile, une réponse tarde et finalement on s’en sort très bien. Je me dis que ces deux enfants qu’ils étaient à l’époque ont su faire preuve de caractère et quand leur père a cédé ou compris, plutôt compris, c’est parce que c’était le bon moment.

Nicolas Bandelier. Encore lui. C’est parce que j’ai un spectacle de lecture-théâtre dans lequel, je traite du… mot (voir lien ci-dessous) ; en complément du texte, j’ai des fiches avec le vocabulaire qui vient de divers domaines et qui a envahi ou pourrait enrichir la vie de tous les jours. C’est ainsi que si quelqu’un ne répond pas à une question ou joue avec les mots, soit il fait une feinte, soit il dribble. Cela me comble ! J’ai demandé à Nicolas de me donner un coup de main afin de compléter la liste que j’ai. On verra quand il aura du temps.

Michel Christen. Encore lui aussi. Grâce à Laurent Weber, j’ai pu parler avec lui au téléphone. Cela a été une rencontre qui m’a fait me sentir comme… vous l’avez deviné, comme si on était de la famille et qu’on ne s’était plus vus-entendus depuis des lustres. Il m’a raconté pourquoi il n’a jamais ni fumé ni bu de l’alcool. C’est absolument incroyable, dans le milieu du foot, d’avoir quelqu’un ainsi. Je raconte l’anecdote séparément de même que celles qu’il va me confier lorsque je lui aurai rendu visite.

Xamax. Il vient en dernier même si c’est lui qui est à la base de cette histoire. L’équipe a fait vibrer le coeur de Neuchâtel, de la Suisse ! À l’étranger, la Suisse était connue par sa paix du travail, ses banques, ses gardes du Vatican et Xamax et parfois même d’abord par Xamax. C’est une aventure extraordinaire et c’est ce qui a convaincu Alain Cortat d’écouter Nicolas. C’est aussi ce qui me fascine.

Xamax dans mon studio de danse. Parmi mes décorations, il y a un sac avec le logo de Xamax. C’est Gilbert Facchinetti qui me l’a donné. Ses empreintes doivent être quelque part dessus ou alors, sous les miennes. Pour rien au monde, je ne donnerais ce souvenir. Ce qui est rigolo c’est que ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends une remarque de Nicolas faite le jour où il m’a rendu visite. Il avait dit qu’il connaissait ce logo, en montrant le sac (normal, c’est celui de Xamax, me suis-je dit), mentionné l’équipe du Real Madrid et dit que quand même Xamax avait battu cette équipe considérée comme la meilleure au monde ! Je me suis demandé pourquoi il disait cela et un point d’interrogation s’est glissé dans mon esprit, mais je n’avais rien répliqué parce que le sachant c’était lui. C’est maintenant, en analysant le logo de Xamax que je vois en bas, à droite, celui de l’équipe espagnole et la date : 19 mars 1986. C’est la date de la victoire de l’équipe neuchâteloise par 2 – 0 au stade de la Maladière ! Je n’ai pas n’importe quoi dans mon studio ! Je le dis assez souvent : on n’est rien sans les autres et Nicolas m’apprend des choses sur mes « avoirs ». C’est magnifique !

Une idée : représenter dans un tableau les personnages qui font partie de cette histoire. Lequel est celui qui devrait figurer en premier ? Celui que presque tous les protagonistes ont connu est Gilbert Facchinetti, celui qui a condensé en un livre l’histoire de Xamax qui a fait battre le coeur de Neuchâtel est Nicolas Bandelier, mais les uns n’existeraient pas ou pas de la même façon sans les autres et surtout pas sans Xamax.

C’est un arbre : le tronc est Xamax et les personnages sont les branches.
Exemplaire vendu par Alain directement ! Ce livre a donc encore plus de valeur pour moi.

Le livre. Les façons d’évaluer une même chose varient en fonction des personnes. Dans mon cas, le livre est précieux parce qu’y figurent des personnes qui font partie de ma vie qu’ils soient de ce monde ou non. Vous les avez dans l’arbre. Un autre fait qui compte est celui de l’histoire de Neuchâtel. J’habite à Neuchâtel, je suis partie prenante de Neuchâtel, mon identité se trouve liée à celle de Neuchâtel. Alors, lorsque Nicolas trace l’histoire du club au travers de 130 événements, en fait un arbre généalogique commenté, je suis ravie. De plus, de plus lorsque j’ai ouvert le livre, au hasard, je suis tombée sur Cantonal, le Cantonal où Freddy Landry, l’homme de cinéma et celui qui a illuminé ma vie, a joué. Il fallait vraiment que j’achète un livre pour moi ! Oui, parce que Cantonal, même s’il était une équipe plus ancienne que Xamax, fait partie de l’arbre généalogique du fait de leur fusion, sorte de mariage. En tout, j’ai compté sept mariages et ceux qui sont au début de l’histoire sont FC Neuchâtel et FC Châtelaine qui datent de… 1895 ! Mon Cantonal est né en 1906 et le club qui allait devenir légendaire, Xamax, en 1912. Parcourant ces dates, je retrouve la notion temporelle qui me fascine.

Alain Cortat. À nouveau lui aussi parce qu’il m’a dit qu’il avait trouvé très intéressant de savoir qu’i y avait eu une équipe de foot dans presque chaque quartier dans les années 1910, époque qu’il n’avait pas vécue mais qu’il était content de savoir qu’il y avait eu un précédent sportif au phénomène des clubs de tennis créés ou soutenus par la Migros dans les années 1960. C’est une sorte de écho de l’histoire. Alain, Nicolas et moi sommes passionnés par l’histoire et la promouvoir est un plaisir sans fin.

Mise en forme par Zully

Le magasin Coop Maladière et Xamax. Le département pâtisserie-boulangerie de notre Coop locale participe à la vie neuchâteloise à sa façon. C’est d’abord Nicolas qui m’a envoyé la photo. Une fois celle-ci en ma possession, j’ai téléphoné à la Coop Maladière pour demander la permission de l’inclure dans l’article. La réponse a été affirmative. J’ai demandé que des remerciements soient transmis au personnel qui fait les gâteaux. C’est magnifique !

Puis, j’ai voulu savoir comment l’idée avait atterri dans le cerveau du gérant et de l’équipe pâtissière. C’est le gérant qui me l’a expliqué : ils sont co-locataires d’un même espace avec Xamax, les pompiers et le Nuc. Afin de leur faire savoir qu’ils participaient de leur vie, ils ont fait un gâteau en l’honneur de chacun d’eux. Je suis ravie d’entendre pareille explication et ne peux que remercier le personnel de penser aux autres, leur faire plaisir or, le plaisir est l’un des liens qui relie les personnages de cet article.

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Madame Marylène Schneitter est partie au ciel

Voilà le texte qui accompagnait l’avis de décès de Marylène Schneitter, née Hirschi, survenu le vendredi 23 février 2026

L’annonce est parue dans ArcInfo. Comme dans tous les cas, les membres de la famille sont cités pour dire leur chagrin. La personne en tête de liste est feu son mari. Je n’avais jamais vu la façon dont la famille de madame Schneitter a choisi de le mentionner :

Le signe avant le prénom indique qu’il est au ciel.

C’est si joli ! Il n’est plus là, mais il est là. En effet, il est parti en novembre 2020 et n’avait pas voulu l’annoncer. Lui et sa femme, deux figures de mon Neuchâtel d’autrefois qui ont quitté cette dimension. Cela me fait un vide, même si ma relation avec leur fille Laurence et le beau-fils Michel est excellente.

Le départ de madame Schneitter. Je passe à la droguerie dire un mot à Laurence au sujet du départ de sa mère et elle me raconte qu’elle est partie tranquillement. Elle a précisé que lorsqu’elle l’avait vue au début du mois de janvier, après une grippe, son visage lui a dit qu’elle allait partir. Quand on a une pareille sensation, il est évident qu’on voudrait éviter ce moment mais il donne aussi du temps pour se préparer. Laurence me dit ne pas avoir de prémonitions ni de signes de l’autre monde, néanmoins, il s’est passé une chose qu’on peut attribuer au hasard bien que certains disent qu’il n’existe pas. Une certitude pour moi est un signe pour Laurence qui sait comprendre, c’est physique, il n’y a pas de mystère !

Le signe . Une dame d’origine roumaine va à la droguerie et raconte à Laurence que lorsqu’elle était dans son pays, un jour une fillette de quatre ans est venue dire qu’il fallait dire quelque chose à Mihai après l’incendie de son village qui avait eu lieu à telle date. La dame raconte que personne ne comprenait ce que la fillette racontait, mais cette dernière insistait. Les parents ont fait des recherches et effectivement dans le village en question il y avait eu un incendie et donc ils décident d’aller avec la fillette sur place et cherchent le fameux Mihai. La fillette, qui ne savait pas quelle tête avait ledit Mihai, est allée directement vers lui et lui a dit : « Je n’ai pas eu le temps de te dire au revoir, mais tout va bien ! » Une fois que la fillette a délivré le message, elle n’en a plus parlé et quand on essayait de lui rappeler l’affaire, elle ne savait pas de quoi il s’agissait. Laurence s’est dit que cette histoire était pour elle.

Résultat du signe. C’est ainsi qu’elle a eu l’idée d’enregister un message d’adieu de la part de ses deux enfants pour leur grand-maman. Madame Schneitter était dans le coma, mais au moment où elle a entendu la voix du premier fils de Laurence, son corps a tressailli. Cela a été un moment fort. Elle s’en est allée une heure après. On peut dire ce qu’on veut, il y a des ressentis et bien des personnes présentes se sont dit que madame Schneitter avait besoin d’entendre l’au revoir de ses petits enfants.

Un parfum. C’est à ce moment que la jeune droguiste Jennifer nous dit que lorsque sa grand-mère est partie au ciel, sa famille est allée habiter la maison. Ils l’ont bien nettoyée, aérée et fait tout le nécessaire pour leur installation. Mais, chose curieuse, de temps en temps, l’odeur du parfum de la grand-mère se répand dans la maison. C’est une façon de leur dire qu’elle est toujours là. Précisons que personne d’autre que Mémé n’utilisait ce parfum

Les grands-‘parents. Laurence, entendant la façon dont Jennifer appelait ses grands-parents, dit que chez elle c’était Papy et Mamy et que le jour où elle a appris qu’ils avaient de « vrais » prénoms, cela lui avait fait drôle.

Ah… monsieur Schneitter et madame Schneitter avaient aussi un prénom ? C’est un peu la question que je me suis posée en lisant l’avis. Il y a une différence entre Laurence et moi : pour l’enfant qu’elle était, Papy et Mamy incarnaient des personnes, pour moi monsieur Schneitter et madame Schneitter, même si logiquement ils devaient avoir un prénom, leur identité était liée à la droguerie. Je n’ai jamais eu l’idée de leur demander quel était leur prénom. Je n’ai connu celui de monsieur Schneitter que lorsque j’ai rédigé l’article sur lui et la droguerie en 2020 ! Celui de sa femme est arrivé maintenant. Le fait de connaître leur prénom me les rend plus proches. Ils avaient tous les deux un caractère taquin. Monsieur Schneitter de façon plus marquée et j’imagine que c’était lui qui menait la barque à la maison…

Leur rencontre. Désirant savoir comment ces deux personnes s’étaient rencontrées, Laurence me dit que c’était à l’école secondaire de Neuchâtel. Cela s’est passé comme dans la chanson Tourbillon : « On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue […] Chacun est reparti dans le tourbillon de la vie […] Quand on s’est connu, quand on s’est reconnu pourquoi se perdre de vue, se reperdre de vue ? » C’est cela, ils se sont connus à l’école secondaire, puis il est devenu droguiste et elle dessinateur en bâtiment. Puis ils ont décidé de ne pas se reperdre de vue, se sont mariés, sont « repartis dans le tourbillon de la vie » et elle s’est convertie au métier de droguiste. Voici le lien pour la chanson chantée par Jeanne Moreau. Rappelons que la chanson fut composée par Serge Rezvani et qu’elle a marqué un nouveau départ dans sa vie. Or, madame Schneitter vient aussi d’avoir un nouveau départ.

Les commerçants de Neuchâtel. Autrefois, lorsqu’un événement concernait la ville, les médias allaient demander leur point de vue à Margot, Walder, Schneitter. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, la vie a changé.

Liens vers :

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Pages d’histoire neuchâteloise

Au moment où Alan m’ai aidée à monter ma plateforme, il m’a expliqué que sous « articles », je pourrais publier, comme le nom l’indique, des articles. Je me suis dit que je n’allais jamais en écrire. Or voilà que j’en ai composé plus de 300 maintenant. Je réunis ici ceux qui concernent des faits ou personnes de Neuchâtel.

Quatre listes : Commerces de Neuchâtel et questions y relatives – Personnages de Neuchâtel – Articles autres liés à Neuchâtel – Xamax

Commerces de Neuchâtel :

Personnages de Neuchâtel :

Xamax

Articles séparés liés à Neuchâtel :

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Pierre Dubois parti au ciel

Je le dis dans l’article que je lui ai consacré il y a quelques années, il était le dernier Neuchâtelois à m’appeler Tsouli. « Salut Tsouli. Merci de ton appel », ont été ses derniers mots pour moi deux soirs avant son départ.

Pierre et son amour pour une belle langue. C’est ce qui nous a réunis, en plus du fait d’avoir des égards pour les autres et un besoin d’aider. En arrière-fond, il y avait tout un pan de l’histoire de Neuchâtel qui nous était familier, on venait du même monde. Dans ce monde, il y avait une culture générale commune à tellement de gens que c’était une norme. Aujourd’hui, je ne m’y retrouve plus.

Dernier au revoir dans son dernier lit. Je suis allée dire un dernier au revoir à Pierre. Il était très élégant avec son costume, sa chemise blanche, sa cravate bleue et une rose rouge dans la poche passepoilée de sa veste. Entre ses mains, il tenait sa pipe et un sac tout neuf de tabac de sa marque préférée, Virginia. Il ne manquera de rien pendant son voyage !

Avant le dernier au revoir. Je suis allée au funérarium en me disant que je n’avais pas le code d’accès mais que quelque chose allait se passer : une personne y entrerait aussi ou en sortirait. Arrivée sur place, rien, personne. Il y avait des instructions pour appeler ici ou là, mais pas de numéro direct. Alors, je me suis dit que Pierre allait me sortir d’affaire et je lui ai téléphoné. Bon, pas de réponse, mais tout de suite après, c’est Ilir, l’un de ses aides-soignants, qui m’a rappelée pour me dire qu’il avait entendu, par hasard, le téléphone et qui m’a donné le code. Que dire…

Son dernier voyage. Pierre aimait la compagnie et le destin a fait que Jean-Piere Ghelfi, compagnon d’armes socialiste, le précède d’un jour. Alors, lorsque je suis allée dire mon dernier au revoir à Pierre, j’ai fait un détour pour voir aussi Jean-Pierre. Ils font le voyage ensemble. J’aimerais entendre ce qu’ils se racontent…

Cadeau de Pierre J’ai eu la chance de m’asseoir à la Collégiale à côté d’un monsieur qui m’a dit faire partie de la confrérie du Gruyère. C’était tellement inattendu, tellement je ne sais comment… J’ai eu l’impression que Pierre me faisait un cadeau. En effet, lorsque je lui avais fait la présentation de mon premier spectacle « lecture-théâtre », il avait été question du gruyère. On avait discuté parce que pour les Français, le fromage suisse a des trous et il s’appelle gruyère ! Voici la scène du spectacle qui suit celle du syllogisme :

Mon expert en français, Pierre Buffiere de Lair, m’avait dit qu’on pouvait garder la forme dans un spectacle présenté en France mais qu’en Suisse il fallait que je parle d’emmental. Pierre avait été tout à fait d’accord et c’est là qu’il m’avait dit faire partie de la confrérie du Gruyère ! En me faisant m’asseoir à côté de la confrérie, Pierre m’a fait signe.

Dans ce texte, en vert, l’ajout de mon expert et en bleu les mots à remplacer par « de l’emmental » lorsque je présente le spectacle en Suisse. Le monsieur de la confrérie m’a dit que sous l’égide de Pierre, il y avait eu toute une campagne à Paris, dans le métro, qui disait quelque chose comme « Tout ce qui n’a pas de trou est du gruyère! ». Il va m’envoyer des photos. C’est magique ! Ce n’est pas la première fois qu’une personne qui a quitté ce monde me fait signe. Cela va enrichir mon spectacle. C’est magique ! (répétition volontaire, je n’ai pas d’autre mot)

La confrérie du Gruyère. Trois hommes en costume et avec le drapeau de la confrérie ont défilé, déposé le drapeau près du cercueil et ouvert la cérémonie. C’était très touchant.

J’avais fait une photo dans La Collégiale, mais elle est un peu floue. Ici, j’ai dû faire un montage parce qu’avec le téléphone portable, en ce jour très ensoleillé, je ne voyais rien à l’écran et j’ai donc rajouté le drapeau. Finalement, la photo est une composition de celle de l’intérieur et celle de l’extérieur. Tout un symbole de la vie terrestre et de celle d’après.

Ce que Pierre a été et fait à Neuchâtel. Tout le monde s’est accordé pour dire que Pierre avait été un homme avenant, aimable (voici ce qu’écrit Pascal Hofer dans le journal Arcinfo du 11 juin : « Très facile d’accès, simple au sens noble du terme, il jouissait d’une grande popularité. »), cultivé, désireux de faire du bien, passionné de foot (pour lui, il y avait trois sports : le foot, le foot et le foot ! (C’est son ami Bernard Renevey et assistant en informatique lorsque j’étais à l’uni qui l’a rappelé), aimant les formes et donc le français ; le tout avec un humour parfois ironique. Il a fait partie du conseil général (1968-1980), député au Grand conseil (1973-1980) pour devenir ensuite conseiller d’État de 1980 à 1997 ; c’est une longévité peu habituelle. Elle lui a permis de faire nombre de choses dont les Neuchâtelois ont bénéficié et qui ont parfois aussi servi de modèle à d’autres cantons, voire à la Confédération.

Remerciements à Laurent Kurth, ancien conseiller d’État, qui m’a aimablement remis le texte du discours qu’il avait prononcé lors de la cérémonie et où il dit : « J’ai eu le privilège d’assister, puis de prendre part à plusieurs des multiples réformes que Pierre Dubois a menées, avec originalité et audace, avec conviction aussi, dans un climat de dialogue et de concertation systématique avec ses partenaires, qu’ils aient été opposants ou favorables à ses projets . Il a toujours soutenu ceux qu’il avait choisis pour mener ces chantiers ». Voici quelques-unes des actions marquantes de Pierre :

  • gestion de crises comme la faillite de Dubied ou la fin des activités de La Neuchâteloise Assurances ;
  • mise en place et développement de la promotion économique avec Francis Sermet et Karl Dobler ; à la suite des crises horlogère et pétrolière, il s’agissait de redonner espoir et d’offrir de nouvelles perspectives aux Neuchâtelois et pour cela susciter, de la part des entreprises neuchâteloises comme des nouvelles venues, l’investissement, l’innovation, la création d’emplois et la diversification des activités. Cela s’est vu notamment dans les domaines de la microtechnique et des entreprises pharmaceutiques. D’autres cantons se sont inspirés de cette politique ;
  • dans le domaine de l’emploi :
    • réorganisation de la Caisse cantonale d’assurance chômage (CCNAC) menée avec Pascal Guillet ;
    • réforme de la médecine du travail, menée avec Pierre Chuat, puis Michel Guenat ;
    • création du Service d’emploi, développement des Offices régionaux de placement (ORP), développement des mesures de crise afin d’entretenir l’espoir et l’activité des chômeurs et de servir de rampe de lancement aux jeunes diplômés ;
    • soutien et développement de l’association Job Service, lancée par Thomas Facchinetti et Michel Roulin à la fin des années 1980 ;
  • création de la première fonction cantonale de délégué aux étrangers – devenue Service de la cohésion multiculturelle – avec Thomas Facchinetti. Ces initiatives originales ont aussi fait école ailleurs en Suisse et inspiré la politique fédérale ;
  • transformation de l’École cantonale d’agriculture, pour donner naissance à Evologia et à l’École cantonale des métiers de la terre et de la nature (ECMTN). Cette réussite est un exemple, parmi d’autres, du flair politique de Pierre Dubois : en confiant à un agriculteur, le libéral Roger Ummel, à un directeur des ressources humaines dans l’industrie, le radical Jean.-Pierre Robert, et à un ingénieur spécialiste des questions d’aménagement du territoire, le socialiste Bernard Soguel – tous trois issus de cette école – le mandat de formuler une proposition pour le devenir du site, il a jeté les bases d’un accord politique pour valoriser les métiers de la terre et constituer un lieu-phare du Val-de-Ruz dédié à la formation, à la réinsertion et à la création culturelle rassemblant l’ensemble du canton.
    • désirant en savoir plus, j’ai téléphoné à Bernard Soguel qui m’a précisé que J.-P. Robert, comme bien d’autres agriculteurs, avait dû se recycler et était devenu directeur des ressources humaines des Câbles de Cortaillod. Au moment du processus mentionné, il était déjà à la retraite ; et que lui-même était entré ensuite à la Haute école d’agronomie de Zollikofen. « Quelle chance, lui ai-je, dit. Vous parlez le suisse allemand ? – Oh, je comprends bien l’allemand. La plupart des enseignants étaient alémaniques et chaque professeur enseignait dans sa langue maternelle. » Je trouve cela fascinant ;
  • réforme de l’organisation du tourisme, menée avec François Jeanneret et Yann Engel. Cela a été la plateforme pour l’exposition nationale dont il a été le vice-président du comité directeur ;
  • au début des années 1990, le nombre de départements de l’administration cantonale a été ramené de dix à cinq ; le tourisme et l’agriculture y sont entrés de plain-pied !
  • constitution de l’Office de l’assurance invalidité (AI), avec Pierre-François Willemin ;
  • équipement des maisons d’enfants, avec Jean-Claude Knutti et Eric Pavillon :
  • modernisation du registre foncier, avec Armand Gugler ;
  • modernisation des mensurations cadastrales, avec Pierre-Alain Trachsel ;
  • privatisation des activités industrielles de l’Observatoire cantonal, avec Giovanni Busca.

La suite. Après son retrait officiel, il a continué à œuvrer dans diverses institutions dont le Conseil de défense de la Confédération. Même des étudiants lui téléphonaient jusqu’à très récemment pour lui demander des informations, des conseils. J’étais en visite une fois lorsque cela s’est produit.

Du sérieux et du jeu. Laurent Kurth dit entre autres :  » (Par jeu, Pierre) s’évertuait à placer une référence à Neuchâtel-Xamax dans ses discours , ses interviews, ses débats télévisés, ses interventions devant le Grand conseil ou les congrès du parti socialiste. […] En résumé, un esprit joyeux, libre et indépendant. » Thomas Facchinetti me dit que lorsque Xamax était à son zénith, Pierre considérait l’équipe comme un ambassadeur tellement l’équipe était connue. Je peux fournir un exemple, car au moment où j’ai passé mes examens de chorégraphe et maître de ballet à Bucarest, l’expert du ministère de la Culture m’a parlé de Xamax !

Mais des colères aussi : « De saintes colères, qui, selon sa propre description, le faisaient devenir tout rouge avec les oreilles toutes blanches ! » C’est tellement joli d’imaginer cet homme si poli sortir de ses gonds…

Pour finir, une anecdote ou l’anecdote, car Laurent Kurth a mentionné celle qui figure tout au début de mon autre article sur Pierre et qui concerne le tunnel de Prébarreau. Voici le lien,

L’histoire. Je le dis souvent, l’histoire est la branche la plus importante de tout ce qu’on apprend. On n’est rien sans ce qui a été fait avant. En faisant la liste de ce que Pierre et ses collaborateurs ont accompli, on se rend compte que la population neuchâteloise et d’ailleurs leur est redevable à bien des égards. On prend pour acquis un tas de choses or il y a toujours un début et un personnage qui le lance et le met en route. Pierre fait partie d’eux. C’est ainsi que Laurent Kurth a bénéficié d’un premier emploi grâce au remaniement de Pierre du Service de l’emploi. J’ai bénéficié des mesures de crise en période de chômage, de l’office d’ORP, de la caisse de chômage et même de son avis sur le gruyère pour mon spectacle !

Un dernier mot. On dit que lorsqu’on part au ciel la nuit, c’est avoir une belle mort. Cela a été le cas de Pierre. Il est parti étant chez lui, dans son lit. C’est Ilir qui me l’a raconté. Je le remercie.

Liens vers d’autres histoires de départ au ciel :

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