Rencontres particulières 2 : Gilbert Facchinetti

Les histoires de famille me passionnent. La mienne m’étonne bien des fois. Enfants, mon frère faisait du foot et moi, de la danse classique. Deux mondes.

Le temps passe, passe, passe. Un jour, des ouvriers de l’entreprise Facchinetti refont la façade arrière de la maison où j’ai mon studio de danse. Je parle avec eux. Cela m’intéresse de savoir ce qu’ils font et comment ils le font. J’apprends que la pierre, qui vient d’une carrière proche, quand on la coupe et qu’on la pose dans un mur se couvre d’une couche de protection. Cela fait que je regarde la pierre autrement ; elle est vivante, elle réagit tout comme les gens et cela me fascine. Depuis lors, je regarde les pierres des maisons autrement, j’ai l’impression qu’elles me racontent des choses.

Je dis cela aux travailleurs et les remercie de m’avoir appris un peu de leur savoir. Je leur dis aussi que je connais M. Gilbert Facchinetti et que je suis allée le voir il y a quatre ans environ lorsque mon frère est venu en visite ; étant adolescent, Xamax avait « acheté » mon frère au club de Serrières. Cela resserre les liens avec les travailleurs. J’ai l’impression de rejoindre une communauté.

Un jour, je rencontre l’architecte et le chef du chantier ; je raconte qu’il y aurait peut-être quelque chose à réparer dans mon studio. Le travail effectué est magnifique.

Je savais déjà que M. Facchinetti était dans un home. Cela faisait un moment que je me disais que je ferais bien de lui rendre visite. Le temps est arrivé.

Je téléphone à Wally, sa femme, et on convient d’un jour. Elle me reconnaît et M. Facchinetti, atteint d’Alzheimer sent qu’il peut me faire confiance. Je le remercie parce que grâce à lui, la réparation dans mon studio est très bien faite. Cela lui fait plaisir. J’ajoute que même s’il n’a pas bougé de sa place, il est le moteur de l’entente que j’ai avec les travailleurs et par conséquent de la réparation du studio de danse. Cela aussi me fascine. Effectivement, ce n’est pas la première fois que j’observe qu’il n’y a pas toujours besoin d’être présent ni d’être mobile pour agir.

On discute un moment et je demande, sans trop savoir pourquoi, s’il fait du mouvement dans le home. Pas beaucoup, me dit Wally. Il y a un physiothérapeute pour les 60 pensionnaires… Je parle alors des résonances osseuses et du fait qu’en dynamisant les os, tous les tissus le sont également.

Je propose de montrer comment faire en pensant que Wally pourrait aider son mari et que peu à peu, il pourrait faire sur lui-même. Mais, Wally trouve que je peux le faire. On va se voir pendant près de deux mois à raison de trois fois par semaine. Cela a été fabuleux pour moi.  M. Facchinetti ressentait bien des vibrations sur le corps. C’est un honneur de pouvoir apporter un mieux-être à quelqu’un qui va partir au ciel.

Je peux dire que M. Facchinetti n’avait pas besoin de déambulateur lorsqu’il était avec moi. Peu après nos séances de résonance osseuse, on m’a rapporté qu’on l’avait trouvé une fois ou l’autre dans les escaliers ou en train de marcher dans des endroits où il ne devait pas aller « tout seul » ! J’ai trouvé dommage que le personnel, plein de bonnes intentions, lui dise qu’il risquait une chute. Ce n’est pas le genre de messages qui rassure.

À cette période, M. Facchinetti avait besoin d’une nouvelle paire de pantalons et le hasard, qui n’existe pas, a voulu que je puisse offrir mes services pour raccourcir ceux qu’on venait de lui acheter. Je n’avais jamais vu comment est cousu l’intérieur d’un ourlet de pantalons masculins ; c’est intéressant. Je les lui ai raccourcis en gardant la façon.

Après le départ au ciel de M. Facchinetti, je rends visite à Wally et elle me dit que son mari est parti avec les pantalons que je lui avais arrangés. Cela est peut-être insignifiant, mais me procure une immense joie !

Ce n’est que maintenant, quelques mois après le changement de dimension de M. Facchnetti, que j’ai lu son livre « Les confessions de Facchi », écrit avec l’aide de Valentin Borghini, un autre personnage intéressant de Neuchâtel. C’est un livre passionnant qui dévoile un homme plein de bon sens et qui raconte d’autres facettes de personnalités que j’ai connues. Le plus inattendu, si je puis dire, est que M. André Bourquin a été son professeur de mathématiques, or il a aussi été le professeur de mon ami André Oppel et même le mien ! En plus, il avait été l’un des étudiants de Mademoiselle Sophie Piccard, mathématicienne à l’université de Neuchâtel, femme au caractère très spécial. Elle m’avait dit qu’elle aurait voulu le garder en tant qu’assistant. Elle m’avait raconté cela avec tristesse. Mademoiselle Piccard a été avec moi très ouverte, n’a jamais été « spéciale » avec moi, comme l’on disait qu’elle pouvait l’être, et nous avons passé de très bons moments ensemble. Je lui ai rendu visite régulièrement avant qu’elle ne quitte ce monde ; à ces occasions, elle me donnait des cours de russe. Je ne sais plus quel conseil je lui ai donné et un jour, elle m’a dit qu’elle se sentait libérée. C’est par elle que j’ai appris qu’il n’y a pas d’âge pour changer. Je la remercie. J’ai eu l’honneur de prononcer quelque mots lors de la cérémonie d’au revoir.

Tout cela me donne l’impression qu’on est unis dans une même histoire et cela me remplit de joie.

On est en 2020 et je téléphone à Wally Facchinetti : je lui raconte que quelqu’un est venu sur cette plateforme et a lu l’article sur son mari. Cela lui fait plaisir. Je lui confie que lorsque j’évoque quelqu’un qui est dans une autre dimension, comme c’est le cas aujourd’hui avec M. Facchinetti, j’ai l’impression qu’il est là. Elle me dit que c’est possible. Je lui dis aussi que l’horloger René Froidevaux avait mis, tout comme M. Facchinetti, la piscine au service de ses ouvriers. Wally dit qu’ils avaient été parmi les premiers à avoir une piscine couverte à la maison, qu’il y avait non seulement les hémiplégiques, mais aussi les autistes et leurs accompagnateurs qui y allaient. Le club de natation de Neuchâtel, le Red Fish, y allait également s’entraîner. Cela a duré depuis 1960 jusqu’à la fin des années 1990. Le trou a été comblé et maintenant c’est un fitness.

On parle de la quarantaine par laquelle on passe et elle me rapporte qu’elle a dit à des amis voeufs, comme elle, que pour des gens comme elle et eux, qui ont perdu leur être cher depuis longtemps, la quarantaine, ce n’est rien ! C’est tout le portrait de Wally et on comprend bien que Wally et Facchi se soient bien entendus. C’est très joli. Wally n’avait pas voulu que je parle d’elle dans mon article auparavant. Aujourd’hui, elle me l’a permis. Je la remercie.

Mon frère, David Salas, qui a joué chez Xamax*et qui connaît le foot comme sa poche – j’ouvre une parenthèse pour dire un mot au sujet de la mémoire de mon frère : tous ceux qui ont revu mon frère après des années et qui parlent avec lui restent absolument ébahis par sa mémoire. Il parle de choses dont même les protagonistes ne se rappellent pas. Cela a été le cas avec Gilbert Facchinetti et avec Jean-Pierre Egger, l’entraîneur olympique. Fin de la parenthèse – David donc, me dit que lorsque les journaux et les médias en général ont évoqué la carrière de M. Facchinetti, personne n’a eu de commentaire négatif sur lui. Ce n’est pas le cas de tous ceux qui se sont fait un nom, précise-t-il. C’est une magnifique carte de visite pour arriver au ciel, me dis-je.

  • David a joué dans l’équipe des juniors et dans celle de réserve qui jouait en ouverture de la formation qui militait en Ligue Nationale B. C’est là qu’il a eu le plus de contact avec Gilbert Facchinetti et son cousin Jean Claude.

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