Jean-Pierre Garnier Malet, rencontre particulière.14

Précision : J.-P. Garnier Malet n’a pas pris part à cet article et si quelque chose est « de travers » je suis la seule responsable ! J’espère quand même que ce n’est pas le cas. Je reçois vos avis volontiers via mon courriel.

En lisant l’Histoire, je me dis souvent que j’aurais bien voulu être de la partie, rencontrer certains personnages, les apprécier de leur vivant. Cette fois, je suis servie ; mis à part les changements technologiques sont je suis le témoin et l’usagère, il y a un personnage : Jean-Pierre Garnier Malet, un physicien qui s’intéresse à la pensée et qui m’explique comment l’utiliser pour qu’elle ne fasse de tort à personne et pour que ma vie aille mieux. Tout ce que nous pensons a un effet, une conséquence. Tout, absolument tout. On n’y pense pas toujours, ou plutôt, on n’en a pas conscience parce qu’on nous a éduqués à ne voir que les choses extérieures, matérielles, la façade en quelque sorte et que si on ne voit pas une chose, elle n’existe pour ainsi dire pas.

Énergie de la pensée. On ignore que la pensée est une énergie. Je ne vais pas jouer au savant, mais celui qui l’a démontré c’est le fameux Albert Einstein avec son équation que tout le monde connaît : E = mc2.

Une image pour la compréhention : la pensée et un compte en banque. Je suis aussi économiste de formation et si je n’ai pas l’âme commerçante, il y a une image qui explique bien des choses : celle du compte en banque ; quand on y met des sous, le compte augmente. Si on n’y met rien, il est vide. La pensée agit de même. On pense une chose et on augmente le compte en banque de la chose, son énergie, sa présence, son champ d’effet.

Penser que le fait de penser n’a pas d’importance est une erreur que nous ignorons souvent. Il n’y a qu’à voir la joie qui envahit notre corps lorsqu’on a rendu un service à quelqu’un qui nous demandait une faveur et que cela marche, il n’y a qu’à voir comment se sent le corps lorsqu’on reçoit une mauvaise nouvelle. Et si cela a un effet direct sur nous, c’est aussi le cas pour ceux qui sont dans l’entourage et au-delà. Ceux qui le ressentent le plus vite sont les enfants et les animaux de compagnie. Mais, notre corps le premier ; seulement, on ne prend pas le temps de l’écouter.

Alors, comment utiliser la pensée ? Contrairement à ce que l’on dit, il ne suffit pas d’avoir des pensées dites positives. Ce qui est soit disant positif pour l’un peut être négatif pour l’autre. Jean-Pierre Garnier Malet le résume ainsi : « Pense à faire à autrui ce que tu aimerais qu’autrui pense à te faire ». Si on a saisi le sens de cette pensée, on sait qu’il ne suffit pas de dire « ne fais pas à autrui ce que tu aimerais qu’autrui te fasse ». Encore faut-il ne pas vouloir quelque chose pour cet autrui, car on ne connaît pas réellement ce qu’il lui convient. Il faut donc ajouter, quand on veut du bien à quelqu’un : si c’est ce qu’il lui faut, si cela ne lui fait pas de tort, si cela ne fait de tort à personne.

Je me dis aussi que les pensées sont comme des articles dans un magasin. Nous pensons tout le temps et sommes pareils à des créateurs d’articles qu’on pose sur les rayons d’un magasin, en l’occurrence, du magasin de la vie. Je parle du magasin de la vie, car ce n’est pas seulement mon magasin, c’est celui de tout le monde. Les pensées que nous avons sont là, même si on ne le voit pas et constituent donc des articles qui sont à la disposition de tout le monde. Par conséquent, lorsqu’un consommateur entre dans ce magasin pour s’approvisionner, il vaut mieux que j’aie imaginé, créé, produit des choses nourrissantes, belles et utiles plutôt que des poisons. J’aime rendre service, et si je produis des pensées qui rendent service, qui aident les autres, je suis comblée.

Le nombre de rayons est infini. Volontairement, je ne décris aucun d’eux, les étiquettes suffisent à la réflexion ! Il n’y à qu’à penser, justement, penser à la manière dont nous agissons dans telle ou telle circonstance pour se rendre compte qu’il y a façon et façon.

Les rayons du magasin de la vie. Ils se remplissent au fur et à mesure de notre histoire. Dans le tableau ci-dessus, je ne mentionne pas les rayons où l’on pourrait déposer les pensées que nous avons quand nous traversons des périodes troubles. Cela ne ferait qu’ajouter des articles dont personne en réalité ne voudrait !

Alors, savoir que je crée mon futur me donne une responsabilité énorme mais me donne aussi un beau rôle à jouer. Cela va même plus loin, comme on le voit dans l’image du magasin de la vie, puisque je crée aussi des futurs pour d’autres personnes.

Cela explique pourquoi, je suis attirée par un Abraham-Louis Breguet, un Serge Alzérat, un Freddy Landry, un André Oppel, un Jacques Collin, un Jean-Pierre Petit, un Didier Raoult, un Pascal Hostachy (créateur du Projet Voltaire, destiné à sauvegarder notre langue), René Froidevaux (Fabrique d’horlogerie). Ce sont des personnes qui se sont battues ou se battent pour des idées qui améliorent la vie des gens. Il n’y a pas besoin d’être un personnage de l’Histoire, tout le monde participe à notre aventure, mon élève qui me remercie pour lui avoir fait découvrir quelque chose qui l’aide me fait du bien et je lui fais du bien. L’hôtelier qui me prépare une belle chambre, embellit ma vie, le gaillard qui répare mon appareil photo pour le plaisir de le faire a toute ma reconnaissance et le magasin de la vie s’enrichit d’un nouvel article. Cela veut aussi dire que la liste des personnages qui ont toute ma reconnaissance n’a pas de fin.

Tout le monde a un rôle à jouer. Il est dommage que je ne sois pas un moteur, un bon moteur de l’humanité, mais même celui qui vend avec plaisir le stylo qui sert à un Garnier Malet pour qu’il puisse écrire ses équations est utile, a augmenté le compte en banque du plaisir, de l’aide à autrui. De plus, si le regard du vendeur et du client s’échangent, ils savent qu’ils sont contents et qu’ils se veulent du bien l’un à l’autre. Je disais qu’il était dommage que je ne sois pas un moteur de l’humanité, mais en fait, j’en suis un, à ma façon et quand on trouve sa voie, on respire un tout autre air !

En écoutant Garnier Malet, cet homme éclairé, on s’aperçoit qu’il y a aussi tout un lexique à revoir. Et moi qui aime les langues, qui aime les mots, je suis ravie. Prenons le mot « amour », issu d’une mauvaise traduction du mot « amoros » en grec ancien. En effet « moros » veut dire celui qui est fou, celui qui a perdu son axe, celui qui a perdu son centre, celui qui ne contrôle pas sa pensée ! Par conséquent, « amoros » signifie celui qui a retrouvé la raison, son centre, son axe et donc celui qui contrôle sa pensée. Il n’a rien à voir avec le sens qu’on lui donne… et on le voit bien car l’amour est une émotion ! Et il y en a un paquet de ces mots !

Il y a encore la théorie du dédoublement du temps et de l’espace – le rôle de la pensée y est lié – mais là, je vous laisse suivre les cours de Jean-Pierre Garnier Malet ou lire ses livres pour comprende que le passé, le présent et le futur sont liés, existent en même temps mais dans des espaces différents. Ce qu’il y a aussi d’intéressant avec lui c’est qu’il ne s’agit d’aucune technique à appliquer mais de retrouver des principes vitaux que les anciens connaissaient et que les enfants pratiquent automatiquement.

Garnier Malet est quelqu’un qui ne se dit pas être celui qui éclaire le monde, mais celui qui rappelle ce que les anciens connaissaient. Il est quand même celui qui a mis tout cela en équations, car oui, le dédoublement du temps et de l’espace passe par des équations. Cela ne doit effrayer personne, le compte en banque de la logique normale suffit. Quand on sait qu’un enfant l’applique…

Changer son mode de penser implique… changer son mode de penser… C’est cela même. En écoutant Garnier Malet, je me suis rappelée qu’un jour d’automne, voulant aider un ami qui avait un jardin, je me suis mise à ramasser les feuilles. Il y en avait un tas. Au bout d’un moment, je me suis dit cela devait avoir un sens et que c’était l’occasion de ramasser « mes péchés », de façon symbolique, bien sûr, mais il y en avait tellement que je me suis dit que je cueillais également les péchés de toute ma famille ! C’était il y a fort longtemps. En écoutant Garnier Malet, je n’étais pas loin du compte, à la différence près que les pensées qui nous entourent sont les miennes, celles de ma famille, celles de notre société, celles de notre cycle temporel.

De façon plus précise, lorsqu’on change son mode de pensée, on ne peut plus en vouloir à celui qui réagit d’une façon, disons, contraire à notre humeur ou à nos désirs. Tout notre mode de fonctionnement prend une autre couleur, pour utiliser une métaphore.

Liens vers :

Serge Alzérat et son restaurant L’Opportun, suite, rencontre 13.2

Début du déconfinement. La France vient d’ouvrir ses frontières et je saisis l’occasion pour aller à Paris suivre un cours du physicien Garnier Malet et pour faire un saut chez Serge Alzérat. Je me demande comment il va dans cette période. Il fait au mieux et s’adapte comme tout un chacun, répond-il de son air toujours tranquille.

Je me dis que je vais manger chez lui. Lorsque je suis en voyage, je mange plutôt peu, j’achète des choses dans la rue et me nourris de tout de que je vois et entends. Mais, cette fois-ci, je tiens à marquer le passage chez Serge Alzérat et j’ai la chance que le restaurant ne soit pas plein. Avec l’histoire du confinement, les affaires reprennent plutôt lentement, les gens ne savent plus tout à fait où ils en sont. C’est ma chance ! Quand même, le restaurant est quasi plein et une bonne ambiance règne. Je profite pour reprendre une photo du seigneur des lieux.

En attendant de passer commande, je fais le tour de la salle et fais des photos des différents diplômes, photos, autographes qui ornent ses murs. C’est un pan de l’Histoire qui y figure. Les clients sont tous très aimables et se déplacent volontiers pour que je prenne mes clichés. J’ai, bien sûr, demandé la permission de faire des photos. Je n’aime pas les gens qui prennent des photos chez moi sans rien demander et donc ne procède pas ainsi avec autrui.

On le voit, les viandes, les vins, Serge Alzérat est bien paré ! Ces diplômes, émanant de confréries investissent Serge Alzérat d’une auréole d’un savoir profond. Les confréries, on le sait, choisissent ses adeptes, ont des exigences bien particulières et celui qui en est membre est un représentant digne.

Ma commande est arrivée !

Je ne bois malheureusement pas de vin au repas. J’ai commandé une eau chaude avec du citron et j’ai eu la jolie surprise de voir arriver une théière de la maison Richard. Quant à mon repas, ce sont des ravioles. J’ai demandé à Serge Alzérat si c’étaient des raviolis et il m’a aimablement précisé que c’étaient des ravioles, un plat du Dauphiné !

L’Opportun est un bouchon lyonnais ! J’ai fait une pause après ces délicieuses ravioles où le goût du fromage était bien prononcé et ai continué à prendre des photos. Je me suis immiscée dans la conversation de mes des voisins de table, un couple tout à fait charmant. Ils savaient que le restaurant proposait une cuisine lyonnaise, mais le serveur a précisé que « L’Opportun » était un vrai bouchon lyonnais. J’ai voulu en savoir plus. Il nous a expliqué que Lyon avait joué un grand rôle dans la cuisine française et que sous l’Ancien régime, dans les auberges où les diligences s’arrêtaient pour le repas ou la nuit, on prenait soin des chevaux en les frictionnant avec un bouchon, une poignée, de paille ! Le sens du mot a glissé et s’est vu assimilé à l’auberge, à un restaurant. Aujourd’hui, il désigne les restaurants qui servent la vraie cuisine lyonnaise.

L’Opportun. On le sait, une chose en entraîne une autre. Je suis allée demander à Serge Alzérat l’origine du nom du restaurant. Il m’a expliqué qu’il cherchait une bonne affaire et que le local était arrivé à un moment opportun. Voilà !

Je reprends mon appareil photo et voici les résultats :

Les photos parlent d’elles-mêmes !

Je passe commande du dessert, une simple glace vanille – caramel et voici la photo :

De très bonnes glaces avec des gavottes de Bretagne. Je connaissais la danse « la gavotte » mais pas les délicates crêpes qui m’ont été servies avec ma glace !

Jacques Chirac. J’ai un faible pour ce président. On ne peut pas toujours expliquer ses penchants, mais Jacques Chirac m’a toujours plu, sa façon d’être, sa façon de parler. J’ai bien sûr lu le livre « Jaques et Jacqueline » et j’ai le plaisir de voir deux photos de lui au restaurant ! En voici une :

Je suis plus que comblée et m’apprête à payer l’addition, mais Serge Alzérat me dit que je suis invitée ! Je suis très touchée, car je voulais faire un geste en cette période de reprise économique et par son attitude il me fait comprendre qu’il reste confiant. C’est magnifique par ces temps où tellement de gens ont peur. Son élégance me va droit au coeur et je ne peux que lui souhaiter le meilleur chemin qui soit !

Lien vers : Serge Alzérat et « Sous les jupons de l’Histoire », rencontre particulière 13.

Rencontres particulières 12 : Abraham-Louis Breguet

La série des rencontres particulières n’a concerné jusqu’ici que des personnes que j’ai connues physiquement et avec lesquelles j’ai eu des échanges. Le personnage d’Abraham-Louis Breguet s’est imposé de lui-même. C’est le genre de personne qui m’inspire et qui a toute mon admiration !

Le monde de l’horlogerie est entré dans ma vie de façon inattendue. J’ai voulu rendre hommage à André Oppel, feu mon compagnon, à travers les quelques dessins, catalogues et sigles horlogers qu’il avait faits lorsqu’il avait travaillé dans l’industrie et je me suis prise d’affection pour l’histoire de l’horlogerie qui est l’un des piliers économiques du canton qui m’a adoptée. Je me rends compte que l’horlogerie est devenue une racine puissante dans ma vie. Le nom d’Abraham-Louis Breguet ne m’était pas inconnu, puisque l’une des rues de Neuchâtel porte son nom.

Je ne connais pas la raison pour laquelle le prénom « Abraham » a été réduit à « Abram ». Manque d’espace ? Effectivement, si on ajoute le « H », il y a de la place, mais plus pour le second « A »… Cela me fait penser à une dame que j’ai connue et qui s’appelait « Dieu-de-Belle-Fontaine », elle était fâchée avec le service des impôts, car il y avait bien de la place pour le montant de la somme à payer, mais pas pour mettre son nom en entier ! Ah, les arcanes de l’administration !

Graphie Abram – Abraham : faisant des recherches sur la toile avec l’adresse de la rue ainsi libellée, je trouve trois villes qui portent ce nom en Suisse : Neuchâtel et la Chaux-de-Fonds où c’est l’orthographe ci-dessus qui est utilisée et Le Locle qui est la ville qui se distingue avec la bonne orthographe « Abraham-Louis Breguet » ! À noter que lorsque j’ai fait des recherches dans l’annuaire électronique, certaines institutions et certains habitants figurent dans les deux catégories car leur adresse est « Rue A.-L. Breguet », c’est ingénieux, même diplomatique !

Pour finir avec cette histoire de rues, à Paris on trouve :

L’odonyme (nom propre désignant une voie de communication) utilisé à Paris… selon Wikipédia, c’est en hommage à Abraham-Louis Breguet. On ne peut pas dire qu’on en voit de toutes les couleurs, mais de toutes les orthographes, si ! Celui qui a cru bon de corriger « Breguet » par « Bréguet » a eu tort.

Je viens de trouver une réponse : « Abram » était la graphie en usage à l’époque est c’est cette orthographe qui figure sur l’acte de baptême d’Abraham-Louis Breguet. Voilà une question de résolue. Il en surgit immédiatement une autre : quand a-t-il changé son orthographe ? Elle reste ouverte.

Le jour où j’ai remis les documents laissés par André au musée d’Horlogerie des Monts au Locle, j’ai entendu prononcer le nom d’Abraham-Louis Breguet accompagné des inventions qu’il a faites, mon intérêt est immédiatement éveillé.

Je me rends au musée Breguet à Paris, et là, le guide, M. Richard Vassor, va alimenter mon admiration pour le personnage Breguet. Il me donne envie le rencontrer… Pure illusion ? Il y a bien des façons de rencontrer quelqu’un, il n’y a pas que la dimension physique. De plus, je suis toujours convaincue qu’il faut célébrer les gens intelligents, fins, ceux qui apportent quelque chose aux autres et Breguet est un champion !

La première chose que me dit M. Vassor, est que Breguet est l’une des plus anciennes marques horlogères encore en activité. Il ajoute ensuite que le musée est dû à Nicolas Hayek. Ah ? Je connais le Nicolas Hayek de Swatch. Justement, me dit le guide, M. Hayek porte très haut le génie d’Abraham-Louis Breguet, car nul autre horloger n’a fait prospérer autant la branche que lui et sous bien des aspects. On peut le considérer comme le père de l’horlogerie moderne. Je me dis que j’ai eu raison d’être attirée par lui.

Abraham-Louis Breguet est né aux Verrières dans le canton de Neuchâtel, Suisse. C’est quand même étonnant, je n’ai jamais entendu prononcer le nom des Verrières que depuis que je sais que Freddy Landry y est né. Encore une de ces coïncidences dans ma vie. M. Breguet y est donc né en 1747 et quitte ce monde à Paris en 1823. Il fonde, en 1775, sa manufacture à Paris, au Quai de l’Horloge no 39. C’est un endroit que je connais bien, car l’horloge du Palais de Justice, à quelques mètres de là, est la plus ancienne horloge publique de Paris. Je suis même passée devant l’ancienne manufacture sans le savoir.

La liste des inventions et perfectionnements d’A.-L. Breguet est impressionnante. Ce qui m’intéresse ce n’est pas la quantité de ses réussites, mais l’esprit dans lequel il les a faites. C’est un esprit de réflexion, de recherche de solutions pour les clients, d’adaptation aux besoins, le tout accompagné d’astuces techniques en même temps que d’une esthétique qui lui est propre.

À son époque, on est encore dans le baroque, style très chargé pour certains. Quant à moi, j’aime ce style. Les montres de cette période ont donc des aiguilles et des chiffres gros et les décorations ne manquent pas.

Alors, les apports d’Abraham-Louis Breguet :

1. Esthétique : il devient le père de l’esthétique en réunissant simplicité et fonctionnalité. Les aiguilles et chiffres de ses montres seront fins et élégants.

Cette montre a appartenu à James Watt, celui qui révolutionna les transports avec la machine à vapeur ! Je trouve cela fascinant et la montre a l’air tellement moderne…

2. L’art du guillochage : vers 1785-87 Breguet a commencé à utiliser cette façon de faire. Ce sont les petites lignes, figures, qu’il grave d’abord sur les boîtes et ensuite sur le cadran. Le summum c’est de le faire à la main et ainsi chaque montre est unique. L’art perdure jusqu’à nos jours, mais rares sont les artisans à le pratiquer encore.

Ces deux éléments ont amené une révolution dans l’esthétique de l’horlogerie. D’ailleurs, on parlera des « aiguilles Breguet » faites souvent en acier bleu avec, vers la pointe, une pomme évidée, dite pomme excentrée. On parlera également des « chiffres Breguet » du fait de leur finesse. C’est la signature de Breguet !

3. Premier apport technologique, le système à secousses, la montre perpétuelle, la montre automatique : à l’époque on remonte les montres avec une clef et les horlogers cherchaient un autre moyen pour ce faire car le système n’était pas pratique. Si on ne pensait pas à remonter sa montre, si on ne savait où on avait mis la clef, on perdait la notion du temps et pour la retrouver ce n’était pas simple. Breguet est le premier à créer une montre qui se remonte lorsque le porteur de la montre bouge !

Il faut savoir qu’à l’époque on portait les montres en position verticale, dans une poche, Breguet a donc créé un système à secousses qui s’adapte aux mouvements du corps ou au pas de marche de son propriétaire. C’est ce système qui remonte les montres (à compléter, car pas clair… une masse qui tourne à 360° ne sert pas à grand-chose en position verticale. Ici, la masse oscillante est équipée d’un ressort qui la remet en place après le mouvement.)

On l’a compris, il s’agit de la montre dite perpétuelle. Mais, Breguet ne s’attribue ni l’idée ni la dénomination ; il dit que c’est à un moine jésuite allemand du xviie siècle (voir note* en bas de page pour l’écriture des siècles) qu’on les doit. Néanmoins, on n’avait jamais vu une telle montre auparavant !

Ces perfectionnements et inventions vont retenir l’attention du roi et de la reine de France, soit Louis XVI et Marie-Antoinette. L’une sera attirée par le coup de crayon, si l’on peut dire, et l’autre par le côté technique. Les montres Breguet commencent à être à la mode et Breguet fabrique des montres, toutes différentes, pour les têtes couronnées d’Europe et autres personnages importants. On est autour de 1782.

Voici un premier échantillon des clients de Breguet :

  • La reine Marie-Antoinette ;
  • Le roi Louis XVI ;
  • George IV ;
  • Napoléon ;
  • L’impératrice Joséphine ;
  • Charles-Maurice de Talleyrand ;
  • Sélim III, sultan ottoman ;
  • Maréchal Ney ;
  • Georges Washington ;
  • La reine Victoria ;
  • Après la mort de Breguet les personnalités continuent à se suivre : Giacomo Rossini, Winston Churchill, Arthur Rubinstein, etc.

Le prix des montres varie entre 3 et 7 mille francs or… (à vérifier)

Ci-dessous, le tsar Alexandre Ier, un passionné d’horlogerie et très bon client de Breguet.

Il s’agit d’un podomètre. C’est en fait un compteur militaire. Un métronome donne la mesure musicale, le podomètre donne la cadence du pas des soldats. On est autour de 1820.

4. Pare-chute : système qui protège les mouvements de la montre contre les chocs. Breguet est le premier à y penser ! On est en 1790. En bas du texte, on trouvera une anecdote à ce sujet de même qu’un mot à propos de l’orthographe du mot.

Après la Révolution et la Terreur, une nouvelle classe émerge, la bourgeoisie. Breguet est un homme intelligent à bien des égards, il sait s’adapter et se mettre à la place des autres pour savoir ce qu’il leur faut. Il réfléchit à une montre pratique mais élégante qui puisse être produite en plus grande série et à un système de paiement qui permette à cette nouvelle classe d’avoir une montre devenue objet du quotidien. La solution vient sous le nom : les montres de souscription !

5. Les montres de souscription : la somme va tourner autour de 600 francs or, somme déjà importante, mais possible pour la nouvelle classe sociale. Fonctionnement du système : un acompte à la commande, et le solde à la livraison. Les montres de souscription ont le minimum d’éléments, mais elles sont fiables et précises ; si elles n’ont que l’aiguille des heures, le cadran est grand, très bien fait et l’on peut lire l’heure à une ou deux minutes près ! On est vers 1797. De plus, Breguet a conçu une montre réparable par un horloger moyen, ce qui n’était pas le cas des autres articles qu’il produisait.

C’est curieux, mais la montre s’accommode très bien d’une seule aiguille. Elle donne l’heure à une ou deux minutes près ! Grâce à son nouveau système de paiement, qui lui a assuré des rentrées d’argent plus fréquentes, Breguet a pu continuer à fabriquer des montres à très grande complication – ces dernières lui demandaient bien plus de temps pour la fabrication.

6. Le tourbillon : c’est un système mécanique qui fait rêver tout passionné d’horlogerie, car il améliore la précision de la mesure du temps en annulant les effets de l’attraction terrestre sur la montre. La montre mécanique a son mouvement perturbé par la gravité terrestre. De plus, les mouvements, les déplacements de la personne qui porte la montre participent au dérèglement. Le système du tourbillon centre la montre, si on peut s’exprimer de la sorte, elle n’est plus perturbée et sa précision est améliorée par un système ingénieux (le mécanisme de la montre est à l’intérieur d’une cage mobile).

C’est l’une des rares fois où Breguet dépose un brevet. On est en 1805. À l’époque, il fallait déposer cinq documents et le Musée Breguet de Paris en a un, écrit de la main du fils Breguet.

7. Les montres à tact : il faut se rappeler qu’aux xviie et xviiie siècles (voir note* en bas de page) , les gens vivent dans la pénombre. De plus, une bougie coûtait une semaine de travail d’un ouvrier ! Même les gens fortunés n’avaient que quelques bougies d’allumées et les amenaient avec eux d’une pièce à l’autre. Alors, Breguet a inventé la montre à tact. D’un côté, il y a l’affichage avec l’aiguille ou les aiguilles et de l’autre une aiguille en relief qui donne l’heure par un système assez ingénieux : on fait glisser l’aiguille qui va se bloquer à l’heure affichée sur l’autre côté. Elle est synchronisée à la montre automatique !

Cette invention facilitait la lecture la nuit. Si on se réveillait et qu’on voulait savoir si on devait se lever ou s’il nous restait du temps pour dormir, on « touchait » la montre. De plus, lorsqu’on avait une réunion et qu’on ne voulait pas sembler indélicat, on glissait la main dans sa poche, on touchait la montre et on était fixé, pour ainsi dire. Voici un exemplaire :

L’aiguille est en relief, les diamants sont à la place des heures en partant de midi, en carré. Ce système permet de savoir l’heure par le toucher.

8. Les pendulettes de voyage : c’est aussi une invention de Breguet : jusqu’alors, lorsqu’on voyageait, on prenait sa pendule, on arrêtait le mécanisme et le remontait une fois arrivé à destination ; on retrouvait l’heure chez un voisin ou dans sa montre automatique et on la réglait. Breguet invente une pendulette avec un balancier qu’il n’y a plus besoin de régler. La première pendulette de voyage a été vendue au Général Bonaparte, 1798 ! La date à laquelle Bonaparte est allé à la manufacture est trois semaines avant son départ pour la campagne d’Égypte. C’est le jeune général. Le même jour, il acquiert deux montres de poche. Pour la petite histoire, les femmes, la sœur, les frères, bref, toute la famille de Napoléon sera cliente de la maison Breguet.

9. Système d’alarme : Breguet perfectionne et adapte à l’utilisateur le système précédent. Dans la vitrine, on voit la montre-bague qui a appartenu au comte Paul Demidov, 1832. Non seulement c’est un exploit que de concevoir une montre sur une bague, mais c’est aussi une montre à alarme. Le système ? Le comte fixe l’alarme pour dans deux heures et deux heures plus tard un petit pic l’avertit que le temps est passé. C’est très pratique pour les entrevues, les visites.

Bague du compte Demidov.

Je suis décidément admirative de l’esprit d’Abraham-Louis Breguet. Il s’est réellement demandé comment il pouvait rendre plus simple d’utilisation du garde-temps qu’est la montre. C’est certain qu’il n’a pas seulement appliqué ce que ses prédécesseurs ont inventé, créé, introduit, mais qu’il va aussi prendre chaque élément de la montre et l’amener à une certaine perfection. La preuve, dans certaines montres mécaniques d’aujourd’hui, il y a encore des inventions et perfectionnements introduits par Breguet il y a plus de 200 ans ! Comme déjà dit, pour les montres de souscription, par exemple, les éléments qui la composent sont simples à mettre et à enlever, ce qui fait que si la montre tombe en panne, un horloger moyen, et pas seulement dans sa manufacture, peut facilement la réparer. Breguet a pensé à tout !

M. Vassor est passionné par son métier, cela se sent. En l’entendant discourir sur la montre, je comprends que si l’on porte des vêtements, des bijoux et la montre, il y a quand même une différence avec la dernière. Les habits on les change, les bijoux, on oublie même qu’on les porte, la montre on la porte, on la consulte, on l’utilise presque tout au long de la journée ! C’est un objet personnel. Une preuve : Madame Joséphine Bonaparte a commandé une montre en 1800 et lorsqu’elle devient impératrice, elle retourne à la manufacture pour ajuster la taille des diamants. C’était sa montre et ce sera sa montre ! Ensuite, elle la fera personnaliser pour sa fille, Hortense de Beauharnais – qui devient reine des Pays-Bas – en y faisant incruster un H en diamants.

10. Première montre bracelet : c’est encore Breguet qui l’invente pour la sœur de Napoléon, Caroline Bonaparte, qui devient reine consort de Naples. Dans les archives, elle figure comme « montre de bracelet à répétition », « à répétition » voulant dire qu’elle chante l’heure. Dans les registres elle figure ainsi :  « Montre de forme oblongue à répétition sur bracelet d’or et de cheveux ». Elle a été vendue en 1810. C’est tout simplement fabuleux de penser à la naissance de cette forme de montre !

On arrive aux montres compliquées (dans le vocabulaire d’A.-L. Breguet) : ce sont des montres à répétition à la demande. C’est-à-dire qu’on a un poussoir sur lequel on appuie et qui va déclencher la sonnerie de l’heure, au quart d’heure ou à la minute près. Et pourtant, extérieurement, ces montres sont aussi esthétiquement épurées que les autres ! En fait, Breguet a déjà inventé, 1783, le ressort-timbre qui remplacera le timbre ou cloche sur les montres. Ce qui a permis de diminuer l’épaisseur des montres à sonnerie. Il perfectionnera le système jusqu’à donner les heures, les quarts et la seconde après le dernier quart. Les autres horlogers vont le suivre.

11. Chronomètre de marine : c’est Louis XVIII qui nomme Breguet « Horloger de la Marine ». À l’époque un pays fort a une marine forte pour le commerce et les guerres. Avant l’invention du GPS il y a le chronomètre de marine qui permet de savoir où le bateau se trouve sur une carte. Si un navire peut calculer sa position au milieu de l’océan du nord au sud grâce à la position des étoiles et du Soleil, il ne peut le faire de l’ouest à l’est. Dans le domaine du chronomètre, Breguet apporte aussi des innovations aux mécanismes. Il invente le chronomètre à double barillet. Je suppose que les experts savent ce que cela veut dire. On est en 1815, mais Breguet avait déjà construit des chronomètres pour la marine espagnole. La collaboration avec la marine française va durer trois générations.

1823 décès d’Abraham-Louis Breguet. Mais sa manufacture continuera d’exister pendant près de trois générations dans la famille. En 1870, l’horlogerie change : on sait fabriquer des montres précises et de qualité en plus grand nombre. C’est aussi l’époque de l’électricité et le fils de Breguet va s’y intéresser. C’est également l’époque du télégraphe, du téléphone. Ensuite, Louis-François-Clément, petit-fils, cède la manufacture à son chef d’atelier Edward Brown. La maison Breguet reste chez les Brown pendant près de 100 ans, soit jusque vers 1970. On doit à cette famille le fait que l’entreprise ait survécu à la première guerre mondiale, à la crise de 1929, à la seconde guerre mondiale. Pas facile du tout. Chose formidable, la famille a aussi continué d’alimenter les archives. S’en suivent deux autres investisseurs avant d’arriver en 1999 dans le giron de Swatch Group par Nicolas Hayek.

Après le décès du fondateur de la manufacture, on continue de voir les descendants et alliés jouer un grand rôle dans les changements technologiques.

Horlogerie, télégraphie, téléphonie, aviation : ce sont les domaines où ils brillent. Le fils Louis-Antoine a inventé la première montre à remontoir sans clef, le petit-fils Louis-François Clément, celui qui a vendu l’entreprise, est intéressé par l’électricité, l’arrière-petit fils, Antoine Breguet se rend célèbre avec la dynamo électrique et le téléphone. Le premier appel téléphonique fait en France s’est fait entre le 1er et le 3e étage au 39 Quai de l’Horloge ! Ce n’est pas rien ; et Louis-Charles Breguet, fils d’Antoine, est le fondateur de la « Compagnie des messageries aériennes », origine d’ « Air France » dont il est, selon Wikipédia, aussi le fondateur !

J’en reviens à Louis-Abraham Breguet, car c’est lui qui m’intéresse. Je le trouve fascinant et je crois bien que j’envie un peu M. Richard Vassor de travailler dans un endroit si plein d’histoire et d’êtres qui ont marqué le monde. Je trouve qu’il n’y a rien de plus remarquable que de participer à l’agrément de la vie des autres. On le fait tous, mais certains plus que d’autres. Je salue particulièrement Louis-Abraham Breguet !

Notes :

  • comment ces différents garde-temps sont-ils arrivées au musée ? C’est Nicolas Hayek et sa famille qui se les sont procurés lors de ventes aux enchères. On les remercie pour cette magnifique action ;
  • toutes les montres du musée ont été conçues par des Breguet, sauf une, par la famille Brown. L’armée française avait lancé un appel d’offres au sujet d’une montre pour ses pilotes. Breguet l’emporte ! Heureusement que les Brown ont gardé le nom Breguet. Ils sont ses dignes successeurs ;
  • les montres produites par Breguet portent toutes une signature et un numéro. Ce numéro figure dans les archives Breguet où on trouve également le nom du propriétaire, les spécificités de la montre, la date de fabrication et d’achat. Les archives remontent au xviiie (voir note* en bas de page) siècle et le musée de Paris en est très fier ;
  •  Breguet n’a jamais fait deux montres pareilles. L’une de celles que j’ai vues a les phases de la lune, c’est la montre personnelle de Marie-Louise, la seconde femme de Napoléon ;
  • Breguet ne garde pas toutes ses inventions et améliorations pour lui, il les transmet à ses élèves et collaborateurs. Il était convaincu qu’on ne pouvait avancer que par l’échange !
  • l’anecdote au sujet du système de protection des montres lors d’une chute : Abraham-Louis Breguet se trouvait en visite chez Talleyrand et parle de son système. Afin de prouver ce qu’il dit, il lance sa montre au sol et Talleyrand dit : « Ce diable de Breguet veut toujours faire autrement que mieux ! »
  • le mot pare-chute n’apparaît pas dans mes dictionnaires. Le plus fiable est celui d’Alain Rey. Il parle de « parachute », construit selon la logique du « parapluie » et qu’il fait remonter à 1784 ; quant au mécanisme horloger il le situe en 1832, soit après la mort d’Abraham-Louis Breguet. Cela va sans dire, je pense qu’A.-L. Breguet a raison car il fait appel au verbe « parer », tout comme on dit « pare-feu » ou « pare-brise », c’est un mécanisme qui protège des chutes, donc « pare-chute ». Je vais faire une recherche et me dis que j’ai un rôle à jouer ici grâce à Breguet ! Décidément, mon intuition et intérêt pour lui sont plus que justifiés ;
  • Note* liée à l’écriture des siècles. En français, les siècles s’écrivent en petites capitales, or le logiciel de cette plateforme ne connaît pas ce bas de casse. J’ai pensé contourner l’obstacle en faisant un copier-coller à partir de Word – qui, lui, reconnaît les petites capitales, mais une fois le siècle collé, les I en petite capitale sont devenues de « i ». Je me suis dit qu’en PDF l’affaire serait résolue… Même résultat, dommage !

Comme je le disais au début, il faut célébrer les gens qui ont contribué à améliorer notre vie et c’est le cas d’Abraham-Louis Breguet. Il ne me reste plus qu’à montrer le bâtiment de la manufacture où j’ai eu le privilège d’entrer et d’aller m’assoir au salon, d’y passer des moments inoubliables avec l’une de ses descendantes. Tout cela me donne l’impression que l’esprit de M. Breguet est derrière une porte que je ne vois pas mais que je sens.



On voit les fenêtres allumées, on dirait qu’A.-L. Breguet est à son établi en train de penser à l’une de ses inventions !


Je publie cet article un 1er mars, jour de l’indépendance de la République et canton de Neuchâtel. Jour qu’Abraham-Louis Breguet aurait célébré avec joie s’il avait été de ce monde en 1848, tellement il était un être indépendant. Être indépendant, ingénieux, apporter des innovations nourrissantes, c’est magnifique !

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Serge Alzérat et « Sous les jupons de l’Histoire » – Rencontre particulière 13

Le hasard, ce fameux hasard qui n’existe pas, m’a fait tomber un jour sur l’une des émissions de la chaîne Chérie 25, « Sous les jupons de l’Histoire », émission de ADLTV et dont la journaliste est Christine Bravo. Pour ceux qui ne connaissent pas l’émission, Christine Bravo, qui est à l’origine de l’idée, revisite l’Histoire de France, essentiellement, sous l’angle de femmes qui ont marqué l’Histoire : reines, favorites ou de celles qui ont eu destin exceptionnel, comme La Belle Otéro, Colette.

La forme de l’émission fait penser à un magazine de mode, avec diverses rubriques, dont : beauté, mode, santé, cuisine. Chaque rubrique, présentée avec beaucoup d’humour et sous une forme moderne, a un ou des spécialistes qui répondent aux questions de la journaliste. J’ai été fascinée par le cuisinier, Monsieur Serge Alzérat, patron du restaurant « L’Opportun », 62, Boulevard Éduard Quiné, Paris dans le XIVe arrondissement.

Je n’ai pas un attrait particulier pour la cuisine, mais quand j’ai vu et entendu Serge Alzérat… je me suis dit que la prochaine fois que j’irais à Paris, j’irais à son restaurant pour le voir. Je suis toujours attirée par les personnes qui aiment leur métier, cela les rend heureuses et leur rencontre m’a toujours enrichie. C’est le cas, une fois de plus, avec Serge Alzérat.

Nous voici dans son restaurant « L’Opportun » qui ne désemplit pas. Si on veut être sûr d’avoir une place, il vaut mieux la réserver. Précision : c’est une cuisine lyonnaise qui est servie.

Les producteurs de la série ont suivi le choix de Christine Bravo en la personne de Serge Alzérat. Effectivement, il a l’air d’un cuisinier, d’une personne qui aime bien manger, bien faire à manger et qui incarne la jovialité ! Raisons pour lesquelles, je ne résiste pas à mettre la photo avec lui et moi et pas lui tout seul.

Alors, qu’est-ce qui m’a fasciné chez le personnage ? Sa façon de parler des mets de l’époque, de ce que le personnage présenté a apporté à l’art de la table en plus de raconter comment les plats étaient préparés à l’époque. On sent les plats et recettes vivre ! J’ai appris beaucoup de choses en l’écoutant, le samedi en début de soirée. De plus, il explique également certaines expressions liées à la cuisine et qu’on utilise tous les jours sans y penser ; comme je suis sensible au langage, j’ai été transportée ! C’est l’une des caractéristiques des personnes qui aiment leur métier, ils font des liens avec d’autres choses, d’autres domaines.

Alors, qu’est-ce que j’ai appris ? Je précise tout de suite que je n’ai pas vu toutes les émissions, il y en a eu 50. Mais, ce qui est certain c’est qu’elles sont toutes porteuses d’anecdotes, de renseignements qui nous touchent de près, des renseignements sur l’Histoire vue autrement, sur l’histoire culinaire, sur l’origine de certains faits et sur l’origine de plusieurs mots et expressions, sujet qui me passionne !

Voici un échantillon :

  • La fourchette : c’est Catherine de Médicis qui l’a importée d’Italie. Cela n’a pas été facile. Il y a eu de la résistance car les hommes se tachaient la fraise ou collerette en la maniant. On imagine la scène ! Alors, fine mouche, Catherine de Médicis a instauré la serviette. Il se trouve que certaines personnes avaient les moyens de s’acheter une très grande collerette pour paraître riches, mais plus assez pour s’acheter des serviettes en conséquence. Ces personnes n’arrivaient donc pas à joindre les deux bouts de la serviette ! C’est l’origine de notre expression. Je suis comblée par l’explication !
  • La pâte à choux : c’est aussi Catherine de Médicis qui l’a introduite en France, ce qui a donné naissance aux gnocchis, à la quenelle ;
  • Les bombons : Catherine de Médicis, encore elle, donnait aux enfants des pastilles de différentes couleurs et les enfants disaient que c’était bon, bon !
  • La blanquette de veau : c’est sous Anne de Bretagne. À l’époque, il fallait bouillir la viande très longtemps car elle se mangeait juste après que l’animal avait été tué et la viande était très dure. Aujourd’hui, la viande est prête pour la consommation après 21 jours ;
  • La meringue : a été faite en l’honneur de Marie Leszczynska ;
  • Les plaques de marbre dans les crèmeries : c’est l’impératrice Eugénie qui les a instaurées ;
  • Les écriteaux qu’on met devant la porte de sa chambre d’hôtel, c’est aussi à l’impératrice Eugénie qu’on les doit. En effet, les vendredis soir (il y avait déjà des sorties le vendredi soir !), l’impératrice invitait des hôtes au château de Compiègne. C’était le nec plus ultra. Les invités arrivaient avec leurs valets et servants. C’étaient des soirées à 800 personnes environ. Afin d’éviter les erreurs, elle a eu la première l’idée de demander aux invités d’accrocher à leur porte leurs désirs pour le petit-déjeuner !
  • Les glacières : elles sont apparues pour la première fois aussi sous l’impératrice Eugénie au château de Compiègne ;
  • La naissance du champagne : le climat avait permis la culture du vin en Angleterre, puis il a changé ; alors le vin partait de la Seine et arrivait en Angleterre. Mais, durant le trajet, le vin tournait et devenait du vinaigre. Heureusement qu’on a eu l’idée de lui ajouter du sirop, du sucre. Le champagne était né ! On est au xvie siècle ;
  • Le baba au rhum : lorsque le kugelhopf était très dur, les gens, qui avaient souvent des problèmes avec leurs dents, n’arrivaient pas à le manger et on a eu l’idée de l’arroser de rhum ! D’abord, ils l’ont mouillé avec du tokay, puis du marsala et c’est sous Napoléon et Joséphine qu’on l’a mouillé au rhum !
  • Les premières cartes de vin : c’est Joséphine de Beauharnais qui les a écrites, elle a classé les vins selon leur provenance, etc. ;
  • Les verres à vin, les verres à eau et les verres à liqueur : c’est aussi Joséphine qui les a introduits ;
  • Les premiers restaurants en France : ils s’ouvrent lorsque la Révolution éclate. La noblesse quitte la France et les chefs-cuisiniers n’ont d’autre possibilité que d’ouvrir des restaurants !

Et un autre échantillon couvrant d’autres sujets :

  • La robe de mariée blanche : c’est la reine Victoria, l’une de mes héroïnes, qui a lancé la mode. C’était dans le but de passer inaperçue aux côtés de son mari, le prince Albert de Saxe, qui n’avait pas de titre anglais et qui portait son uniforme de maréchal. Pour la même raison, elle n’a pas porté de couronne royale, mais un arrangement floral sur la tête ;
  • Les pommes de terre en robe de chambre : c’est tout simplement que lorsqu’on arrivait à la maison, on mettait sa robe de chambre et qu’on se mettait à table pour manger son repas composé de pommes de terre ! Tout comme Christine Bravo, je me disais que la pelure de la pomme de terre devait évoquer une robe de chambre ou quelque chose de ce genre-là. Me voilà renseignée !
  • Instauration du métier de chirurgien-dentiste : c’est Louis XIV qui a institué le métier. Auparavant, c’était le barbier qui extrayait les dents. Point. C’est le chirurgien-dentiste Pierre Fauchard qui créa la première école dans ce domaine en France ;
  • Accouchement dirigé par des chirurgiens : c’est aussi Louis XIV qui instaure cette coutume, auparavant c’étaient les accoucheuses qui officiaient. Louis XIV anoblit le premier accoucheur, Julien Clément, dont ont a gardé le nom car il a fait des interventions qui l’ont rendu célèbre ;
  • Certificat d’études ménagères : institué au xixe siècle, époque de George Sand. C’est aussi l’époque où les mères enseignent à leurs filles à faire la cuisine.

Tout cela est magnifique et me donne envie d’écouter les autres émissions. Serge Alzérat dit qu’il a beaucoup appris parce qu’il se devait d’être absolument honnête et que le sujet le passionne. Il m’a aussi dit que les émissions ont souvent servi de références lors d’examens ou de publications. Je trouve que Serge Alzérat a de quoi être fier.

Il me raconte que pour son apparition dans une émission, apparition qui durait de 5 à 8 minutes, c’était toute une semaine de travail ! Il y avait la recherche, l’écriture, les allers-retours afin d’amener les plats cuisinés de son restaurant à l’endroit du filmage, car il n’était pas permis de faire la cuisine dans les châteaux pour d’éviter tout risque d’incendie… Je suis admirative d’autant plus qu’il a continué à tenir son service dans son restaurant. La cuisine devait être bien encombrée !

Il raconte aussi que certains sujets ont demandé bien de la recherche, mais de façon générale, dit-il, on manque de documents historiques dans l’art culinaire :

  • Louis XIV. Bien que ce soit le roi français qui ait eu le règne le plus long, qu’il ait eu une reine et bien des maîtresses, sa table n’a pas beaucoup varié. Ce qui changeait c’était l’alimentation aphrodisiaque que la favorite du moment lui donnait afin de lui prouver que c’était elle qui lui donnait le plus de plaisir. Serge Alzérat a dû faire pas mal de chercherches de ce côté-là ;
  • Sissi impératrice lui a donné du fil à retordre, car anorexique. Alors, il a présenté un petit pois sur une assiette !
  • la reine Victoria. Quand Serge Alzérat l’a évoquée, je me suis extasiée. Je trouve le personnage fascinant et lui aussi : sa façon d’être, sa gourmandise, son intelligence, son ouverture d’esprit, sa façon d’aimer les hommes qui l’ont accompagnée dans sa vie sont remarquables. Elle jouit de toute mon admiration.

Je dis souvent que l’histoire est la branche la plus importante que l’on apprend à l’école et pourtant elle est reléguée au second plan. L’histoire nous raconte comment les choses se sont passées, ce qu’on doit à qui et ce d’autres nous ont évité. En principe, on devrait pouvoir en tirer des leçons et pourtant… on en est très souvent confronté aux mêmes problèmes : le pouvoir, l’argent.

Il m’arrive de m’arrêter dans ma vie et de remercier celui ou celle qui a inventé telle ou telle chose qui me facilite la vie : une aiguille, une vis, le papier, en fait tout, et avec Serge Alzérat et Christine Bravo, je complète bien des références.

Les émissions continuent d’être diffusées les samedis après-midi et les dimanches matin. Ce sont régulièrement 200 000 personnes qui les regardent.

Précision non anodine : Serge Alzérat est le seul chroniqueur qui a fait toutes les 50 émissions !

Je suis très fière de montrer l’autographe de Serge Alzérat où il m’adresse ses « Amitiés gourmandes » ! C’est le portrait du personnage.

Serge Alzérat, cuisinier lettré. Nous pouvons très bien dire que Serge Alzérat est un cuisinier lettré au sens des Chinois de l’Emprire. À ce propos, j’ai trouvé sur la toile une définition qui s’applique bien ici dans l’article « Les lettrés chinois, une classe d’intellectuels », de Camille Bertrand : D’après le Cihai 辞海, dictionnaire encyclopédique (éd. 1979), le terme wenren 文人, par lequel on désigne aujourd’hui le lettré en chinois, est une personne versée dans l’étude et la lecture possédant des qualités idéales ainsi qu’un caractère moral.

Note au sujet de l’écriture des siècles : ils s’écrivent avec des petites capitales, mais cette plateforme ne reconnaît pas ce bas de casse.

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André Oppel et la culture (Rencontre particulière hors-série)

Photo d’André sur le plateau de Franc-Parler, émission de la TSR.

Lorsqu’un être cher quitte ce monde, on a parfois de la peine à comprendre ce que cela veut dire et on cherche par tous les moyens à le faire revivre. C’est ce qui m’est arrivé avec André. Maintenant que j’ai une plateforme et que j’ai pu me procurer une copie de l’émission « Franc-Parler » de notre télévision romande, faite le 29.06.1985, je me fais une joie de la mettre ici-bas. Je profite pour remercier le service des archives qui a été d’une efficacité remarquable !

Lien : Je n’arrive pas à télécharger l’enregistrement vidéo, aussi, me suis-je rabattue sur un enregistrement audio pour le plaisir d’entendre la voix d’André en plus de ses arguments pertinents !

J’ai quand même réussi, il est sous la photo !

Au moment où je n’arrivais pas à télécharger la vidéo, j’ai téléchargé l’enregistrement sous forme audio. Je me suis donnée tant de peine, que je laisse les deux versions !

Ah, oui, la culture… Tout comme André, sans que nous ne nous soyons jamais concertés à ce sujet – parenthèse, c’est ce qui a été formidable dans notre relation, nous n’avions pas besoin de nous concerter pour être sur la même longueur d’onde. Et quand je ne savais pas quelque chose, et qu’il me l’expliquait, cela allait de soi. Inversement aussi. C’éait le bon temps ! Fin de la parenthèse – (à propos de parenthèses, André était un admirateur de l’humoriste Alphonse Allais qui utilisait justement les parenthèses de cette façon-là, c’est d’ailleurs la seule façon de faire, mais le fait même de dire « parenthèse » était comique, surtout quand André lisait ses textes, et aussi raffiné. Or André était un être très raffiné) – je disais donc, la culture, oui, tout fait partie de la culture, les modes de communication, si à la mode aujourd’hui, la façon de s’habiller, les codes du traffic routier, le commerce, les réclames, tout. Le discours d’André est concis, intelligent et s’applique encore au monde d’aujourd’hui !

Liens vers :

  1. Documents d’André Oppel au Musée d’horlogerie des Monts, Le Locle ;
  2. Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse ;
  3. Une montre parmi les affaires d’André ;
  4. Rencontres particulières 11: Freddy Landry ;
  5. L’histoire d’une bise et Jacques de Montmollin.

Rencontres particulières : Freddy Landry et le TPR – articles.

Ainsi que je le raconte dans « Rencontres particulières11 : Freddy Landry », ce qui a permis que nous nous rencontrions ce sont les articles de journal, parus dans la « Lutte syndicale » en 1960. Voici les deux articles. Le premier est une revue de presse au sujet du premier spectacle du premier TPR « La Cruche cassée ».

Comme on le voit, Freddy a signé l’article en septembre 2019, soit quelques années… après qu’il l’a écrit !

Afin de rendre plus aisée la lecture du second article, j’ai procédé à un montage. Freddy explique l’effort fait par la troupe du TPR pour que le public comprenne le message d’une pièce, à savoit l’utilisation de moyens proches du monde du cinéma. On reconnaît bien là l’homme de cinéma.

Il existe une version signée par Freddy, elle viendra un de ces jours.

« Et elle arriva ! »

La voilà, la fameuse signature ! Elle figure sur le montage original que je ne vais pas découper. Le texte est moins lisible que sur la copie, mais l’important c’est d’avoir la signature du maître !

Je reviens sur l’arrivée de ces articles dans ma vie : je remets à Mado, la femme d’Ernest Grize, premier régisseur du Centre culturel neuchâtelois (CCN), la montre, de son mari, que j’ai trouvée parmi les affaires de mon ami André Oppel, ancien et seul directeur artistique du CCN, parti au ciel il y a des années. C’est une montre Borel, de Neuchâtel, de 1951 (le reste de l’histoire se trouve dans l’article « Une montre parmi les affaires d’André » – voir lien ci-dessous). Je demande à Mado si elle a des documents sur le CCN, elle me dit que oui et en fait me remet les deux articles écrits par Freddy. Curieusement, Ernest et André avaient travaillé au TPR et Freddy avait fait état des activités de la compagnie théâtrale via ces deux articles. Ils sont réunis dans un même monde dont je fais partie. Je suis parcourue par une onde intemporelle.

Si au premier abord je me suis demandé ce que ces articles venaient faire dans mon histoire de vie, je ne tarde pas à remercier Mado du fond du coeur, car ces articles ont ouvert la voie pour que j’aie une rencontre réellement extraordinaire avec Freddy, dont le départ au ciel m’a bien laissée sur ma faim… (voir lien ci-dessous).

Lien vers :

Rencontres particulières 11 : Freddy Landry

Pendant des années, j’ai croisé Freddy Landry, l’homme de cinéma, en allant à mon studio de danse, car il habite presque en face. On s’est salués, chacun sachant plus ou moins qui était l’autre. Puis, je l’ai vu aller un peu moins bien. Je lui ai proposé mon aide, une autre voisine aussi. Jack, celui qui fait partie de bien de mes histoires l’a également proposée, mais M. Landry avait ce qu’il lui fallait.

Magnifique photo de Freddy Landry. On le dirait dans un tableau !

Il m’a expliqué, il n’y a pas si longtemps, que puisqu’il devait utiliser un déambulateur, il avait renoncé à son abonnement au journal « Le Monde » afin de s’obliger à aller au kiosque pour l’y acheter. Les fois où j’ai voulu l’aider à manier son appareil, il a répondu qu’il désirait rester le plus indépendant possible. J’ai regretté de ne pas pouvoir l’aider, mais admiré et salué son attitude.

Dernièrement, j’ai reçu des documents relatifs au premier « Théâtre populaire romand », le TPR. André Oppel, mon ami y avait été le graphiste, Ernest Grize régissait et y jouait. C’est Mado, la femme d’Ernest, qui m’a remis les documents parmi lesquels il y avait deux articles écrits par Freddy Landry. L’occasion pour moi d’approcher cet homme toujours si réservé et de lui demander un autographe !

Il a été content de voir ces articles et cela lui a rappelé bien des choses. C’était l’époque où une équipe de comédiens amateurs et d’intellectuels voulait apporter le théâtre et la culture en général au peuple. Il en est résulté deux pièces : « La Cruche cassée » et « Les Fourberies de Scapin ». Il y a eu polémique, car les spectacles ont été jugés trop orientés politiquement. La « Fédération des Ouvriers de la Métallurgie et de l’Horlogerie » (FOMH devenue par la suite la FTMH) avait financé, je ne sais pas si intégralement, la troupe et il fallait justifier l’investissement par un acte culturel. C’est la raison des articles.

Ces deux articles nous ont apporté des choses magnifiques. Freddy Landry et moi nous sommes aperçus que nous avions bien des connaissances en commun. L’un des protagonistes du TPR, Bernard Liègme, avait été mon professeur de littérature étrangère à l’École Supérieure de Jeunes Filles de Neuchâtel. Un professeur qui vivait tellement ce qu’il disait que parfois, sentant très fortement notre attention – comme si elle lui arrivait au visage – s’arrêtait pour nous dire que ce n’était pas son texte mais celui de tel ou tel auteur ! C’est chez lui que j’ai appris à approfondir les matières enseignées en cours. J’ai fait comme l’une de mes amies ; j’ai cherché des informations supplémentaires sur un sujet avant un travail écrit et j’ai vu ma note monter ! Cela a été un déclic pour moi. Je ne peux pas citer toutes les connaissances communes à F.L. et à moi, mais il y en a une en particulier : Sophie Piccard. Il se trouve que Freddy Landry a étudié la mathématique, que Sophie Piccard a été l’un de ses professeurs à l’université et cela a suffi pour que je me sente en famille !

J’ai une affection particulière pour Sophie Piccard. On le sait, elle a été brillante en mathématiques (je reprends le pluriel alors que je suis passée au singulier depuis que je suis la logique du mathématicien Cédric Villani, autre personnage que F.L. et moi admirons), mais c’est pour souligner qu’elle a enseigné plusieurs branches. Elle a eu une vie quelque peu compliquée. En effet, son diplôme universitaire d’Odessa, Ukraine, n’a pas été reconnu en Suisse, à Neuchâtel plus particulièrement, et elle a dû recommencer ses études depuis le début. Afin de subvenir à ses besoins, elle a été secrétaire du journal local neuchâtelois « La Feuille d’Avis ». Elle a été professeur universitaire de mathématique, tout comme un collègue qu’elle avait, mais son salaire était plus bas que le sien et que celui d’autres professeurs masculins. Après son départ à la retraite, chaque branche enseignée par elle a été reprise par un professeur distinct. C’est dire !

Freddy Landry me raconte que Sophie Piccard avait son bureau au sous-sol de l’université, qu’il n’avait pas de fenêtre mais des impasses, alors que son collègue, arrivé après elle, avait un bureau au premier étage avec fenêtres… Leurs relations ont été tendues et Sophie Piccard s’est sentie mal appréciée. Elle avait d’ailleurs l’allure d’une personne qui souffrait et faisait penser à une femme de moujik. Je l’ai rencontrée en fin de vie, pour ainsi dire, Ma mère avait traduit les ouvrages que sa mère avait écrits et, à un moment donné, Mademoiselle Piccard a été enfermée à « Préfargier », endroit où l’ on « met » ceux qui ne sont plus maîtres de leur pensée. Je me suis dit que si j’allais la voir, lui parler en russe, je pourrais la ramener à ce qu’on appelle « la raison ».

Au moment où j’ai voulu intervenir, elle avait été placée dans un home pour personnes âgées, pas très loin de chez moi. Je lui ai rendu visite, les choses se sont bien passées et tous les lundis après-midi, j’allais pendre un cours avec elle. Nous avions décidé d’étudier les livrets des ballets, notamment les russes.

En ce qui concerne son caractère, on disait qu’elle souffrait d’une sorte de maladie de la persécution, ce qui la poussait à avoir plusieurs serrures dans les différents appartements qu’elle a habités. Il semble que ce n’était pas facile de communiquer avec elle. Mais, j’ai eu de la chance, nous avions des thèmes communs, des amours communes. J’ai eu une frayeur une fois, car je suis partie avec son crayon. Lorsque je suis retournée la semaine suivante, j’ai eu peur qu’elle ne soit très fâchée… Je suis entrée et lui ai annoncé que j’étais partie avec son crayon. « Je sais », a-t-elle simplement répondu. Quel soulagement !

M’intéressant à ces souffrances qu’on disait qu’elle avait, nous en avons parlé et je ne sais plus quel conseil je lui ai donné, mais un jour elle m’a dit qu’elle se sentait soulagée ! Cela a été un moment extraordinaire ; ses yeux, d’un vert magnifique, d’un vert que je ne pourrai jamais oublier, d’un vert qui me fait entrer dans la mer, dans un monde de joie, brillaient. J’ai demandé à la responsable du home de m’avertir si jamais elle partait au ciel. Je voulais lui faire la tresse qu’elle portait toujours. J’ai été avertie trop tard, mais cela a été pour un bien, car les pompes funèbres l’avaient remarquablement coiffée. Elle avait l’air d’une duchesse ! Je suis bien contente, car c’est ainsi que je la considérais. J’ai eu l’honneur d’avoir été la personne qui a parlé lors de son service funèbre. J’ai notamment dit que si elle avait eu un comportement difficile avec certains, avec moi cela n’avait jamais été le cas et ai rapporté l’histoire du crayon.

Freddy raconte qu’il a passé le certificat de géométries (descriptive et une autre), soit 1/4 de la licence, avec Sophie Piccard et que l’épreuve avait été facile. Il en est allé de même avec M. E. Guyot, dit « Pique-Lune« , le professeur d’astronomie. Je suppose que ce sont les gens doués qui parlent ainsi. Il a encore passé le calcul différentiel, 1/8 de licence, avec le professeur Fiala, plus statistiques (1/8) et probabilités (1/8) toujours avec Sophie Piccard. Freddy a été l’assistant du professeur Félix Fiala, lequel, pendant son rectorat a acheté (sous forme de fondation) le foyer des étudiants. Au moment où j’ai rédigé l’article, Freddy n’a pas pensé à me dire qu’à l’époque, il était le président de la Fédération des étudians neuchâtelois (FEN) ! C’est intéressant de savoir qu’il a été l’un des acteurs de l’histoire universitaire. On est en 1955.

Au moment où j’ai su que Freddy Landry était prof de maths, je me suis exclamée :

  • Mince alors ! Moi qui ai cherché pendant longtemps un prof qui ouvre les portes de la mathématique à mon élève adolescente et m’explique deux ou trois choses alors que vous étiez en face !
  • Oh ! mais je n’ai jamais été à l’aise devant une seule personne ; j’ai toujours préféré les grandes clases.
  • Oh, mais là on est deux ! lui ai-je dit. F.L. a attendu que l’image arrive à son cerveau et a éclaté de rire.

En écrivant l’article et en revivant le moment, je ne sais pas si j’ai voulu dire qu’on serait deux au cours ou qu’on était présentement deux ou encore les deux à la fois. C’est probablement cette dernière version que notre conscience a comprise.

A propos de sport, Freddy Landry a fait du football et a joué dans l’équipe du FC Cantonal. Lors des championnats nationaux de 1950, il a joué, même s’il faisait partie de l’équipe de réserve. Il s’est trouvé en milieu de terrain, a senti quelqu’un derrière lui, pour une raison qui lui échappe, il a craint d’être attaqué par le côté et a fait une passe arrière au joueur dont il est question, mais la balle a fait un tour d’arc et est arrivée derrière le dos du gardien… de sa propre équipe. Freddy a arrêté le foot !

J’ai montré à Freddy la photo du bâtiment qui a abrité la première fabrique d’horlogerie du père de Jack Froidevaux (Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A – Neuchâtel) et cela l’a fait penser à l’ancien impôt français sur les fenêtres : plus on avait de fenêtres, plus c’était le signe qu’on était riche et plus l’impôt était important… Alors, les fabriques, astucieuses, ont misé sur des fenêtres très rapprochées. Ainsi elles étaient considérées comme une seule fenêtre et payaient moins d’impôt ! L’histoire de ces fenêtres est très intéressante, car non seulement les ouvriers avaient plus de lumière, mais elle était naturelle – thérapeutique, ajoute Freddy avec raison. L’impôt sur les fenêtres a disparu, mais les fabriques ont continué à avoir plein de fenêtres et c’est tout au bénéfice des personnes qui y travaillent !

Bien sûr, nous avons parlé de cinéma. Je ne peux pas combattre sur son terrain, mais là aussi on a trouvé un autre terrain d’entente. J’avais une série de DVD de films classiques russes, une quinzaine, et il y en avait qu’il ne connaissait pas. Quand il les a eus en mains, il a dit « Mais, j’ai encore des choses à faire! ». Cela a été un moment fort. On en a regardé quelques-uns avant qu’il ne parte définitivement à Genève, chez sa fille qui habite au « Passage de la Fin ». Nous avons passé de bons et longs moments ensemble. Mes visites duraient de 2 à 7 heures, car au moment de partir un nouveau sujet de conversation surgissait. Je garde le souvenir d’un homme d’une grande douceur, d’une acuité intellectuelle remarquable et d’une grande écoute. J’ai aussi aimé l’élégance de son discours, chose qui se fait rare de nos jours. J’aime la langue et avec lui c’était un plaisir que de l’entendre. J’ai été conquise.

Je reviens sur les yeux de Sophie Piccard. Freddy m’a dit qu’il ne se souvenait pas d’avoir vu ses yeux verts… Je lui ai expliqué qu’elle portait des lunettes et qu’on ne voit pas toujours la couleur des yeux d’un professeur qui se tient souvent à distance. Ce qui a aussi été le cas pour moi avec lui. Comme dit au début, je l’ai croisé pendant des années et ce n’est que lors de mes visites chez lui que j’ai vu la magnifique couleur bleue de ses yeux, si grands et si purs. J’ai senti que je pouvais y entrer en toute confiance et c’est ce que j’ai fait. Je lui suis profondément reconnaissante pour tous ces moments passés ensemble. J’aurais voulu qu’ils ne finissent pas.

Je ne citerai que l’un des DVD vus ensemble : « Les Gradés et les Hommes ». Il s’agit de trois nouvelles de Tchékhov tournées par Iakov Protozanov, l’un des réalisateurs russes les plus célèbres entre 1915 et 1920. C’était fascinant de suivre les remarques de F.L. car ce sont des films muets, accompagnés de musique – comme il se doit – et où il est finalement question de pouvoir, de qui détient le pouvoir et de ce qu’il en fait. Thème toujours d’actualité. Nous avons senti les films de la même façon. Fascinant !

Voici une autre preuve de son acuité intellectuelle. L’un de mes thèmes favoris est celui du cheminement de la pensée. Je lui parle de l’intuition, et, faisant un raccourci, je lui dis que c’est la réponse à une question qu’on ne s’est pas posée. Et F.L. dit : « Qu’on ne s’est pas encore posée ! » Je reste suspendue en l’air… car c’est vraiment cela. Il ne sait pas combien de choses il sait au sujet des ouvertures temporelles dont le physicien Jean-Pierre Garnier-Malet parle… On est vraiment du même monde !

En parlant du nombre ∏ (pi) et de ses décimales, je lui dis que Pythagore n’avait pas eu connaissance des décimales, mais que l’écrivain Marcos Chicot, dans son livre El Asesinato de Pitágoras (L’Assassinat de Pythagore) fait une démonstration de la façon dont Pythagore aurait pu trouver le fameux nombre. Freddy parle des polygones dans un cercle (méthode mentionnée dans le livre) et j’ai du plaisir à l’entendre me dire cela. À propos des décimales de ∏, Freddy dit que pour se rappeler des dix premières décimales, il y avait la phrase reprise de l’un de ses professeurs qui était : « Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages. » = 3 1 4 1 5 2 9 6 5 3 5. Le nombre de lettres correspond au nombre avec dix décimales ! C’est très joli. De plus, elles correspondent à celles que je garde en mémoire. Je trouve tout cela fascinant, même si je me répète ! Je suis tout simplement fascinée.

Lors de l’une de nos dernières conversations, je lui dis que j’ai rencontré un scientifique qui fait une démonstration assez étonnante du théorème de Pythagore avec un cercle inscrit dans un carré duquel on prolonge les coins… et Freddy ajoute « jusqu’à trouver un point ! » Il dit qu’on peut procéder ainsi jusqu’à l’infini. Au moment de la conversation, je n’avais pas le dessin sous les yeux et on s’est dit que j’allais le lui envoyer par la poste. Mais, Freddy est parti au ciel le lendemain… Il a rejoint l’infini et moi, j’ai un vide sans bornes…

J‘ai parfois l’impression que les personnes qui ne sont plus de ce monde continuent à me parler. C’est ainsi que désirant rendre service à mon élève adolescente dans le domaine de la mathématique, je suis tombée sur un article qui parle de Freddy qui m’apprend ce que j’écris plus haut, à savoir qu’il était le président de la Fédération des étudiants neuchâtelois au moment où l’université achète le bâtiment qui servira de foyer pour les étudiants en 1955. C’est comme si je pouvais communiquer avec ce fameux infini…

J’écrivais que j’étais fascinée par l’aventure avec Freddy, je le suis encore plus aujourd’hui, ce 2 juillet 2020. Je viens de recevoir le livre Mon cabinet de curiosités mathématiques de Ian Stewart. J’ai ouvert le livre au hasard – on le sait, le hasard n’existe pas – et suis tombée sur Pythagore, son fameux théorème et sur un chapitre intitulé Mémoire des nombres. Je vais demander à l’auteur si je peux le citer, car il parle de la suite de la phrase que Freddy connaissait au sujet du nombre ∏ !

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Rencontres particulières 10 : Freddy Landry

Pendant des années, j’ai croisé Freddy Landry, l’homme de cinéma, en allant à mon studio de danse, car il habite presque en face. On s’est salués, chacun sachant plus ou moins qui était l’autre. Puis, je l’ai vu aller un peu moins bien. Je lui ai proposé mon aide, une autre voisine aussi. Jack, celui qui fait partie de bien de mes histoires l’a également proposée, mais M. Landray avait ce qu’il lui fallait.

Magnifique photo de Freddy Landry. On le dirait dans un tableau !

Il m’a expliqué, il n’y a pas si longtemps, que puisqu’il devait utiliser un déambulateur, il avait renoncé à son abonnement au journal « Le Monde » afin de s’obliger à aller au kiosque pour l’y acheter. Les fois où j’ai voulu l’aider à manier son appareil, il a répondu qu’il désirait rester le plus indépendant possible. J’ai regretté de ne pas pouvoir l’aider, mais admiré et salué son attitude.

Dernièrement, j’ai reçu des documents relatifs au premier « Théâtre populaire romand », le TPR. André Oppel, mon ami y avait été le graphiste, Ernest Grize régissait et y jouait. C’est Mado, la femme d’Ernest, qui m’a remis les documents parmi lesquels il y avait deux articles écrits par Freddy Landry. L’occasion pour moi d’approcher cet homme toujours si réservé et de lui demander un autographe !

Il a été content de voir ces articles et cela lui a rappelé bien des choses. C’était l’époque où une équipe de comédiens amateurs et d’intellectuels voulait apporter le théâtre et la culture en général au peuple. Il en est résulté deux pièces : « La Cruche cassée » et « Les Fourberies d’Escapin ». Il y a eu polémique, car les spectacles ont été jugés trop orientés politiquement. La « Fédération des Ouvriers de la Métallurgie et de l’Horlogerie » (FOMH devenue par la suite la FTMH) avait financé, je ne sais pas si intégralement, la troupe et il fallait justifier l’investissement par un acte culturel. C’est la raison des articles.

Ces deux articles nous ont apporté des choses magnifiques. Freddy Landry et moi nous sommes aperçus que nous avions bien des connaissances en commun. L’un des protagonistes du TPR, Bernard Liègme, avait été mon professeur de littérature étrangère à l’École Supérieure de Jeunes Filles de Neuchâtel. Un professeur qui vivait tellement ce qu’il disait que parfois, sentant très fortement notre attention – comme si elle lui arrivait au visage – s’arrêtait pour nous dire que ce n’était pas son texte mais celui de tel ou tel auteur ! C’est chez lui que j’ai appris à approfondir les matières enseignées en cours. J’ai fait comme l’une de mes amies ; j’ai cherché des informations supplémentaires sur un sujet avant un travail écrit et j’ai vu ma note monter ! Cela a été un déclic pour moi. Je ne peux pas citer toures les connaissances communes à F.L. et à moi, mais il y en a une en particulier : Sophie Piccard. Il se trouve que Freddy Landry a étudié la mathématique, que Sophie Piccard a été l’un de ses professeurs à l’université et cela a suffi pour que je me sente en famille !

J’ai une affection particulière pour Sophie Piccard. On le sait, elle a été brillante en mathématiques (je reprends le pluriel alors que je suis passée au singulier depuis que je suis la logique du mathématicien Cédric Villani, autre personnage que F.L. et moi admirons), mais c’est pour souligner qu’elle a enseigné plusieurs branches. Elle a eu une vie quelque peu compliquée. En effet, son diplôme universitaire d’Odessa, Ukraine, n’a pas été reconnu en Suisse, à Neuchâtel plus particulièrement, et elle a dû recommencer ses études depuis le début. Afin de subvenir à ses besoins, elle a été secrétaire du journal local neuchâtelois « La Feuille d’Avis ». Elle a été professeur de mathématiqiue, tout comme un collègue qu’elle avait, mais son salaire était plus bas que le sien et que celui d’autres professeurs masculins. Après son départ à la retraite, chaque branche enseignée par elle a été reprise par un professeur distinct. C’est dire !

Freddy Landry me raconte que Sophie Piccard avait son bureau au sous-sol de l’université, qu’il n’avait pas de fenêtre mais des impasses, alors que son collègue, arrivé après elle avait un bureau au premier étage avec fenêtres… Leurs relations ont été tendues et Sophie Piccard s’est sentie mal appréciée. Elle avait d’ailleurs l’allure d’une personne qui souffrait et faisait penser à une femme de moujik. Je l’ai rencontrée en fin de vie, pour ainsi dire, Ma mère avait traduit les ouvrages que sa mère avait écrits et, à un moment donné, Mademoiselle Piccard a été enfermée à « Préfargier », endroit où l’ on « met » ceux qui ne sont plus maîtres de leur pensée. Je me suis dit que si j’allais la voir, lui parler en russe, je pourrais la ramener à ce qu’on appelle « la raison ».

Au moment où j’ai voulu intervenir, elle avait été placée dans un home pour personnes âgées, pas très loin de chez moi. Je lui ai rendu visite, les choses se sont bien passées et tous les lundis après-midi, j’allais pendre un cours avec elle. Nous avions décidé d’étudier les livrets des ballets, notamment les russes.

En ce qui concerne son caractère, on disait qu’elle souffrait d’une sorte de maladie de la persécution, ce qui la poussait à avoit plusieurs cerrures dans les différents appartements qu’elle a habités. Il semble que ce n’était pas facile de communiquer avec elle. Mais, j’ai eu de la chance, nous avions des thèmes communs, des amours communes. J’ai eu une frayer une fois, car je suis partie avec son crayon. Lorsque je suis retournée la semaine suivante, j’ai eu peur qu’elle ne soit très fâchée… Je suis entrée et lui ai annoncé que j’étais partie avec son crayon. « Je sais », a-t-elle simplement répondu. Quel soulagement !

M’intéressant à ces souffrances qu’on disait qu’elle avait, nous en avons parlé et je ne sais plus quel conseil je lui ai donné, mais un jour elle m’a dit qu’elle se sentait soulagée ! Cela a ét un moment extraordinaire ; ses yeux, d’un vert magnifique, d’un vert que je ne pourrai jamais oublier, d’un vert qui me fait entrer dans la mer, dans un monde de joie, brillaient. J’ai demandé à la responsable du home de m’avertir si jamais elle partait au ciel. Je voulais lui faire la tresse qu’elle portait toujours. J’ai été avertie trop tard, mais cela a été pour un bien, car les pompes funèbres l’avaient remarquablement coiffée. Elle avait l’air d’une duchesse ! Je suis bien contente, car c’est ainsi que je la considérais. J’ai eu l’honneur d’avoir été la personne qui a parlé lors de son sevice funèbre. J’ai notamment dit que si elle avait eu un comportement difficile avec certains, avec moi cela n’avait jamais été le cas et ai rapporté l’histoire du crayon.

Freddy raconte qu’il a passé le certificat de géométries (descriptive et une autre), soit 1/4 de la licence, avec Sophie Piccard et que l’épreuve avait été facile. Il en est allé de même avec M. Guyot, dit « Pique-Lune« , le professeur d’astronomie. Je suppose que ce sont les gens doués qui parlent ainsi. Il a encore passé le calcul différentiel, 1/8 de licence, avec le professeur Fiala, plus statistiques (1/8) et probabilités (1/8) toujours avec Sophie Piccard. Freddy a été l’assistant du professeur Félix Fiala, lequel, pendant son rectorat a acheté (sous forme de fondation) le foyer des étudiants. Au moment où j’ai rédigé l’article, Freddy n’a pas pensé à me dire qu’à l’époque, il était le président de la Fédération des étudians neuchâtelois (FEN) ! C’est intéressant de savoir qu’il a été l’un des acteurs de l’histoire universitaire. On est en 1955.

Au moment où j’ai su que Freddy Landry était prof de maths, je me suis exclamée :

  • Mince alors ! Moi qui ai cherché pendant longtemps un prof qui ouvre les portes de la mathématique à mon élève adolescente et m’explique deux ou trois choses alors que vous étiez en face !
  • Oh ! mais je n’ai jamais été à l’aise devant une seule personne ; j’ai toujours préféré les grandes clases.
  • Oh, mais là on est deux ! lui ai-je dit. F.L. a attendu que l’image arrive à son cerveau et a éclaré de rire.

En écrivant l’article et en revivant le moment, je ne sais pas si j’ai voulu dire qu’on serait deux au cours ou qu’on était présentement deux ou encore les deux à la fois. C’est probablement cette dernière version que notre conscience a comprise.

A propos de sport, Freddy Landry a fait du football et a joué dans l’équipe du FC Cantonal. Lors des championnats nationaux de 1950, il a joué, même s’il faisait partie de l’équipe de réserve. Il s’est trouvé en milieu de terrain, a senti quelqu’un derrière lui, pour une raison qui lui échappe, il a craint d’être attaqué par le côté et a fait une passe arrière au joueur dont il est question, mais la balle a fait un tour d’arc et est arrivée derrière le dos du gardien… de sa propre équipe. Freddy a arrêté le foot !

J’ai montré à Freddy la photo du bâtiment qui a abrité la première fabrique d’horlogerie du père de Jack Froidevaux (Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A – Neuchâtel) et cela l’a fait penser à l’ancien impôt français sur les fenêtres : plus on avait de fenêtres, plus c’était le signe qu’on était riche et plus l’impôt était important… Alors, les fabriques, astucieuses, ont misé sur des fenêtres très rapprochées. Ainsi elles étaient considérées comme une seule fenêtre et payaient moins d’impôt ! L’histoire de ces fenêtres est très intéressante, car non seulement les ouvriers avaient plus de lumière, mais elle était naturelle – thérapeutique, ajoute Freddy avec raison. L’impôt sur les fenêtres a disparu, mais les fabriques ont continué à avoir plein de fenêtres et c’est tout au bénéfice des personnes qui y travaillent !

Bien sûr, nous avons parlé de cinéma. Je ne peux pas combattre sur son terrain, mais là aussi on a trouvé un autre terrain d’entente. J’avais une série de DVD de films classiques russes, une quinzaine, et il y en avait qu’il ne connaissait pas. Quand il les a eus en mains, il a dit « Mais, j’ai encore des choses à faire! ». Cela a été un moment fort. On en a regardé quelques-uns avant qu’il ne parte définitivement à Genève, chez sa fille qui habite au « Passage de la Fin ». Nous avons passé de bons et longs moments ensemble. Mes visites duraient de 2 à 7 heures, car au moment de partir un nouveau sujet de conversation surgissait. Je garde le souvenir d’un homme d’une grande douceur, d’une acuité intellectuelle remarquable et d’une grande écoute. J’ai aussi aimé l’élégance de son discours, chose qui se fait rare de nos jours. J’aime la langue et avec lui c’était un plaisir que de l’entendre. J’ai été conquise.

Je reviens sur les yeux de Sophie Piccard. Freddy m’a dit qu’il ne se souvenait pas d’avoir vu ses yeux verts… Je lui ai expliqué qu’elle portait des lunettes et qu’on ne voit pas toujours la couleur des yeux d’un professeur qui se tient souvent à distance. Ce qui a aussi été le cas pour moi avec lui. Comme dit au début, je l’ai croisé pendant des années et ce n’est que lors de mes visites chez lui que j’ai vu la magnifique couleur bleue de ses yeux, si grands et si purs. J’ai senti que je pouvais y entrer en toute confiance et c’est ce que j’ai fait. Je lui suis profondément reconnaissante pour tous ces moments passés ensemble. J’aurais voulu qu’ils ne finissent pas.

Je ne citerai que l’un des DVD vus ensemble : « Les Gradés et les Hommes ». Il s’agit de trois nouvelles de Tchékhov tournées par Iakov Protozanov, l’un des réalisateurs russes les plus célèbres entre 1915 et 1920. C’était fascinant de suivre les remarques de F.L. car ce sont des films muets, accompagnés de musique – comme il se doit – et où il est finalement question de pouvoir, de qui détient le pouvoir et de ce qu’il en fait. Thème toujours d’actualité. Nous avons senti les films de la même façon. Fascinant !

Voici une autre preuve de son acuité intellectuelle. L’un de mes thèmes favoris est celui du cheminement de la pensée. Je lui parle de l’intuition, et, faisant un racourci, je lui dis que c’est la réponse à une question qu’on ne s’est pas posée. Et F.L. dit : « Qu’on ne s’est pas encore posée ! » Je reste suspendue en l’air… car c’est vraiment cela. Il ne sait pas combien de choses il sait au sujet des ouvertures temporelles dont le physicien Jean-Pierre Garnier-Malet parle… On est vraiment du même monde !

En parlant du nombre ∏ (pi) et de ses décimales, je lui dis que Pythagore n’avait pas eu connaissance des décimales, mais que l’écrivain Marcos Chicot, dans son livre « El Asesinato de Pitágoras » (L’Assassinat de Pythagore) fait une démonstration de la façon dont Pythagore aurait pu trouver le fameux nombre. Freddy parle des polygones dans un cercle (méthode mentionnée dans le livre) et j’ai du plaisir à l’entendre me dire cela. À propos des décimales de ∏, Freddy dit que pour se rappeler des dix premières décimales, il y avait la phrase reprise de l’un de ses professeurs qui était : « Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages. » = 3 1 4 1 5 2 9 6 5 3 5. Le nombre de lettres correspond au nombre avec dix décimales ! C’est très joli. De plus, elles correspondent à celles que je garde en mémoire. Je trouve tout cela fascinant, même si je me répète ! Je suis tout simplement fascinée.

Lors de l’une de nos dernières conversations, je lui dis que j’ai rencontré un scientifique qui fait une démonstration assez étonnante du théorème de Pythagore avec un cercle inscrit dans un carré duquel on prolonge les coins… et Freddy ajoute « jusqu’à trouver un point ! » Il dit qu’on peut procéder ainsi jusqu’à l’infini. Au moment de la conversation, je n’avais pas le dessin sous les yeux et on s’est dit que j’allais le lui envoyer par la poste. Mais, Freddy est parti au ciel le lendemain… Il a rejoint l’infini et moi, j’ai un vide sans bornes…

J‘ai parfois l’impression que les personnes qui ne sont plus de ce monde continuent parfois à me parler. C’est ainsi que désirant rendre service à mon élève adolescente dans le domaine de la mathématique, je suis tombée sur un article qui parle de Freddy qui m’apprend ce que j’écris plus haut, à savoir qu’il était le président de la Fédération des étudiants neuchâtelois au moment où l’université achète le bâtiment qui servira de foyer pour les étudiants en 1955. C’est comme si je pouvais communiquer avec ce fameux infini…

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Rencontres particulières 9 : François Ditesheim, galeriste à Neuchâtel – quelques pages de son histoire.

Le moteur des histoires que François me raconte est feu Ernest Grize. ancien régisseur du Centre culturel neuchâtelos. Je raconte à François que j’ai rendu à sa femme la montre qu’il avait reçue en 1951, à Noël, et cela ouvre la porte des souvenirs de François.

Souvenirs de Madrid : François travaillait chez un bijoutier fort connu de la place. Un jour, entre Luis Miguel Dominguin, le fameux torero, avec une montre. Il désire qu’on repolisse la surface du dos sur laquelle figurait l’inscription afin de l’effacer :

Eh, oui ! Il s’agit bien du torero et d’Ava Gardner et de leur mouvementée histoire d’amour.

La même Ava a acheté dans cette même bijouterie un bijou et a demandé qu’un jeune homme qui était vendeur le lui apporte ; « lui et personne d’autre » a-t-elle précisé. La « livraison » a dure quelque deux à trois heures ! Le vendeur est rentré tout content.

Pour la suite des histoires, il faudra attendre que François ait du temps !

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Rencontres particulières 8 : My favorite docker, Albert E. Golding

Life has sometimes funny ways to put things together. This story begins when I was working at the International Labour Organisation, Geneva, in the 1980s and continues in Neuchâtel in 2018.

I was in charge of analysing the survey done by the international dockers union based in London. It was the time when different ports were facing the introduction of containers which obliged the ports to construct special platforms for the containers that were moved by cranes and not any more by dockers. The unions hoped to be able to do something and wanted to have a worldwide view before acting. The questionnaires I had to analyse were in different languages and I remember that I went to ask a few questions to my neighbour, Mrs Bourquin, whose husband was the son of one of my former mathematics teachers, she was Hungarian. By the way, Mr Bourquin, the teacher, had been my teacher, my friend’s (André) teacher and the teacher of Gilbert Facchinetti ! Life is so funny sometimes…

The results were to be presented by the department for which I was working at that time, « Maritime », in London. So I went to London. At the seating I only saw men and I could see from far who was a docker and who was working with a crane. There was such a difference between those from Liverpool and those from Vienna! Those from Liverpool looked like the movies dockers, solid and with a whisky bottle in the pocket (I precise that I never saw anybody drinking) besides the slim ones working on cranes and in some way « alone ». Between those from Liverpool I could feel a real union. I cannot explain why I was marked by those examples as there were much more at the seating.

You already know the result. Liverpool had resisted and refused to see containers landing in their port… and the port had been bypassed, the situation was really difficult. Hereby you have a picture of some dockers in the 1950s. You can see their strength, their personality, they are just « one ».

Liverpool had been the major port of the British Empire and the first enclosed commercial dock of the world and a pioneer in the development of port technology, transportation systems, port management and building construction. So, you can imagine the situation with the new technology…

I was sad feeling that I could do nothing in this situation. I have been carrying this in my heart, in my « self » until 2018.

Years later after the survey, working at my ballet studio I see an English family take place into the apartment next to my studio in Neuchâtel. We had a nice relationship for a longtime. I had put some plants into their court yard that leads to my studio, they had appreciated and that was all. At Christmas 2016 I saw Do’s parents (Do and Martin are the names of my neighbours) and that was nice. In 2018 I see them again, it was the Summer, we have a talk and I discover that Albert, Do’s father, had been one of those Liverpool dockers that was working at the port by the time I had analysed the survey… In the end he had been obliged to change his profession! I couldn’t believe that I had in face of me one of these wonderful dockers. Immediately a love story started. His wife is not jealous, his daughter neither! It is as if I had History in face of me. And hereby you have Albert, my favorite docker, posing before the recent Liverpool football victory and he is wearing a T-shirt with « Never give up » written! That is fabulous ! Somehow I feel much better and have not any more this sadness I had for years. I cannot explain how it happened but it is so.

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