Compte rendu de mon spectacle décembre 2020

Mes spectacles sont des spectacles intimistes et les propos échangés sont toujours liés à la vie personnelle des spectateurs, aux propres expériences. Cela a été une nouvelle fois le cas.

Disons d’emblée que le spectacle, les danses, se sont bien déroulées. Cela faisait des mois que je n’en avais plus présenté publiquement et cela fait toujours une émotion. De plus, étant seule, je dois penser à tout : costumes et chaussons en ordre, musique bien enregistrée, accessoires prêts, tout à la bonne place, impression du programme et de la fiche technique, nettoyage de la salle, disposition des chaises, préparation de la scène, mise en place des lumières, ne pas oublier d’ouvrir la porte d’entrée à la cour intérieure qui mène à mon studio car j’ai des voisins avec un chien et qu’il leur arrive souvent de faire du télétravail – il faut donc éviter de faire du bruit, sans quoi Scooby, le chien avec lequel j’ai un lien particulier, se manifeste bruyamment et interrompt le travail de ses propriétaires, sans parler de bien répéter les chorégraphies et textes de mes danses.

Les spectateurs de ce soir. C’est un couple de personnes, M. et Mme Frésard, qui sont devenus mes amis. Bien des liens de mon histoire se croisent avec les leurs : M. Frésard a été le comptable de la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A – Neuchâtel, feu mon ami André Oppel y a travaillé en tant que graphiste a laissé des catalogues et dessins de montres avant de partir au ciel sans que je puisse faire le lien avec l’entreprise, l’un de mes voisins du studio de danse est l’un des fils de l’entrepreneur Froidevaux, et quelque 15 ans après, j’ai aussi fait le lien entre les travaux de mon ami et l’entreprise de son père. René Margot, notre maître boucher qui est notre fournisseur en os pour mes cours liés à l’anatomie, est un ami de toujours du couple Froidevaux. Je l’ai appris il y a un mois. J’ai mis tout cela ensemble et ai pu donner les documents au Musée d’Horlogerie du Locle.

L’ingénieur son et lumières de ce soir, Roger Peeters, travaille dans l’horlogerie et il était la personne idéale pour s’entretenir avec mon public et pendant que je changeais de costume d’une danse à l’autre, il a bavardé avec M. Frésard de leur domaine du travail. Quand êtes-vous entré dans l’entreprise ? En 1949 et y est resté 25 ans. Et après ? Il est allé travailler pour la Confédération à un bureau qui attribuait les certificats de qualité des montres et quand ce bureau a été fermé, il est allé XXX. Combien de personnes travaillaient dans l’entreprise ? 150, dit M. Frésard et on avait plus de mille points de vente en Italie, mais il y avait aussi des relations commerciales avec la Hollande (Roger est hollandais) ; combien de montres fabriquiez-vous ? (il faudra que je demande à nouveau, je ne sais plus). Roger est admiratif. Combien coûtait une montre ? Environ 70.- francs. Combien gagnait un ouvrier ? M. Frésard dit qu’il gagnait Fr. 400.- et qu’un bon ouvrier pouvait arriver à Fr. 1’000.- Pourquoi la faillite ?

Et c’est ici que la magie opère : M. Frésard dit qu’il y avait crise économique. Ce qui était vrai. On m’avait expliqué que M. Froideaux, homme très avisé en matière commerciale avait senti que l’Italie était le marché à viser après la guerre ; raison pour laquelle il y avait ses mille points de vente mais qu’il n’avait pas vu venir la crise. Je me rappelle qu’à l’Uni on nous avait expliqué que l’horlogerie avait dû faire face à la crise pétrolière, aux taux de change et au fait que l’industrie ne s’était pas adaptée aux nouvelles méthodes de production, celles en chaîne. Je viens de lire un article écrit par Pierre-Yves Donzé, journaliste au Temps, et il rappelle les causes de la crise horlogère. Pour information, l’analyse est celle que le professeur René Erbé nous a faite en cours :

  • l’horlogerie suisse est restée cantonnée dans sa technique ancestrale ;
  • l’ignorance de nouvelles technologies, notamment la montre à quartz ;
  • l’introduction tardive des chaînes de montage et surtout uniquement appliquée à des articles de bas de gamme ;
  • la production en masse, notamment au Japon, a « mangé » des parts de marché énormes du secteur d’importation des principaux partenaires commerciaux de la Suisse ;
  • le choc pétrolier ;
  • l’abandon du système de taux de change fixes et par conséquent cherté du franc suisse.

La magie intervient, parce que M. Froidevaux avait anticipé certains de ces écueils : il a été le premier horloger à commander une chaîne de montage (lire l’article) et il a produit des montres à quartz. Là où il n’a pu lutter cela a été contre le choc pétrolier, les taux de change et l’indélicatesse de certains de ses proches et de certains concurrents.

Autre renseignement sorti du chapeau du temps : ce soir, je regardais un film de fiction « Des gens s’embrassent » de la réalisatrice Danièle Thomson, 2013. et j’y vois Ivry Gitlis qui fait l’acteur. Ivry, le violoniste, je l’ai rencontré à Bucarest, il y a longtemps, lorsqu’il y est allé pour présenter un concert. Cela avait été une rencontre extrêmement amicale et amusante. Je désire depuis longtemps le revoir et cela n’a pas été possible. Je me rappelle avoir hésité à voir le film car j’avais trouvé le titre bizarre. Ce soir donc, je « vois » Ivry et il parle des montres à quartz qui s’arrêtent lorsqu’on ne les porte pas pendant un certain temps. C’est là que je comprends que M. Froidevaux produisait des montres à quartz, car lorsque j’ai mis sa montre à mon poignet, elle a fonctionné à nouveau. On m’avait dit que c’était probablement une automatique, mais j’ai maintenant la bonne réponse. Cela faisait 47 ans qu’elle n’avait plus fonctionné ! Tout de même, je trouve cela fantastique.

Alors, aujourd’hui le temps a réuni diverses années, diverses personnes ainsi que deux pays : feu mon ami André Oppel sans lequel rien ne se serait produit, M. Froidevaux, Ivry Gitlis, Freddy Landry (pour une raison banale, mais c’est lui qui m’a expliqué quels films étaient les films de fiction. Alors, à chaque fois que je vois ce genre de film, il me semble que Freddy me fait un clin d’oeil et me rappelle son passage lumineux dans ma vie). Quant au pays, c’est la Suisse et la Roumanie, pays où nous deux, M. Froidevaux et moi, avons vécu dans des temps différents.

Je ne l’ai pas fait exprès. La présentation du spectacle était nourrie par le fait que cette année je n’en avais présenté qu’un seul spectacle, mon intention était de pouvoir me dire que je pouvais agir malgré la situation sanitaire, que je pouvais encore faire quelque chose et voilà que j’ai trouvé des réponses qui lient divers fils de mon histoire. Je suis plus que comblée et c’est bien là le sens de mes spectacles. Pas prévisible mais qui arrive tout seul.

Anniversaire de M. Froidevaux. Je viens d’apprendre par sa fille cadette, Danièle, qu’aujourd’hui 18 décembre était l’anniversaire de M. Froidevaux. C’est à peine croyable car à la fin du spectacle j’ai bien dit « M. Froidevaux aurait aimé ce spectacle » et M. Frésard l’a confirmé. Le fameux hasard dont je parle si souvent et qui n’en est pas… Alors, j’ai fini par déboucher, chez moi, une bouteille de Mauler rosé ! J’ai bu à la santé de tout ce monde.

Une fois de plus, on retrouve la Roumanie avec une coupe achetée à Iași avec Ileana Ilisecu, ancienne danseuse étoile. De plus, les dieux de la longévité, de la prospérité et des honneurs nous, vous aussi lecteur, accompagnent.
De plus, la Russie – autre pays que j’aime – n’est pas loin avec une enveloppe d’une plaque de chocolat dont le contenu était aussi bon que l’extérieur est beau !

Programme de ce soir :

2 réflexions sur “Compte rendu de mon spectacle décembre 2020

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