À quelque chose malheur est bon (en cours de rédaction)

Cette drôle d’expression s’applique tout à fait aux deux états par lesquels je suis passée en quelques heures : d’un « mince alors ! Il ne manquait plus que cela », à « quelle chance, maintenant, je sais comment faire ! »

Tout a commencé parce que mon studio de danse a été inondé lors de la dernière grande pluie et que je fais des allers-retours avec des choses pour les laver, sécher au soleil, réparer. À un moment donné, je mets diverses choses dans mon sac, dont une avec de l’eau et vais à mon studio. Je trouve une astuce pour suspendre des cilindres dans une armoire, je trie mon matériel de réparations et me dis qu’il faudrait que j’envoie un message à ma voisine du studio pour savoir si elle a arrosé les plantes ou si je dois le faire. Je regarde dans mon sac, sors mon portable ; il a un drôle d’air, il a l’air de sortir du bain et affiche « votre carte Sim est bloquée, veuillez introduire votre code Puck ». Je tapote sur le clavier sans succès. C’est là que je me dis « Il ne manquait plus que cela ! » Sans le vouloir, j’imagine une dépense supplémentaire… un film désagréable.

Je sonne chez ma voisine, lui explique la situation et elle me dit que sa fille a laissé tomber son téléphone dans le lac et qu’elle l’a récupéré avec ses fonctions après l’avoir laissé une nuit dans du riz. C’est vrai, je me rappelle que le riz a des propriétés fantastiques.

Après avoir regardé une vidéo sur la Toile, je réussis à enlever la carte Sim. Je passe ensuite chez mon fournisseur téléphonique et le vendeur me dit que mon téléphone est fichu et que je dois en acheter un autre. Mais, miracle, il le manipule et l’appareil s’allume. Il me dit d’attendre le lendemain pour remettre la carte Sim. Je passe chez les vendeurs d’InterDiscount qui me conseillent la même chose que ma voisine anglaise, à savoir, de le laisser 24 heures dans du riz.

Une lumière s’allume dans mon esprit et je demande à l’un des vendeurs que je connais bien si je peux faire des petits sacs de riz pour absorber l’humidité de mon studio de danse. Il répond affirmativement. Je demande si je peux les faire en plastique, il dit que le riz ne va pas pouvoir agir (c’est évident, pensè-je une fois qu’il m’a donné son explication) et que le mieux serait des sacs en papier.

Je passe au supermarché, achète du riz en bonne quantité. J’ai de la chance, il y a une promotion et je bénéficie d’un rabais. La chance tourne !

Je rentre chez moi, plonge mon téléphone dans l’un des paquets . Entre temps, les idées se sont bousculées dans ma tête et j’ai une image pour les sacs ; je cherche la boîte où j’ai rangé un tas de petits bouts de tissu blanc. Je me dis que je vais faire des petits coussins. J’ai besoin d’au moins 50 petits paquets… Je voudrais quand même les faire jolis. Ce n’est pas parce qu’ils ne vont contenir « que du riz », « que personne ne va les voir », qu’ils doivent être faits n’importe comment. Mais, je ne vais pas non plus passer des heures…

Je trouve une solution. Les ciseaux achetés dans un magasin qui n’existe plus en ville coupent en zigzag, les bordures seront ainsi jolies. J’ai coupé et cousu des petits sacs pendant une heure et passé une heure et demie à les remplir et à les fermer à la main. Ce sont deux heures et demie mais je ne vois pas le temps passer car je me dis « quelle chance, avec cette histoire du portable mouillé, j’ai trouvé une solution à mes problèmes d’humidité à bas prix et en plus jolie ! ».

Le hasard, qui, je le dis une fois de plus, n’existe pas, a fait que mes sacs sont en majorité de la bonne grandeur, à savoir qu’ils peuvent contenir les 40 gr de grains de riz recommandés sur la Toile. Pour les petits, j’en mettrai deux selon les endroits. C’est connu, l’appétit vient en mangeant et d’autres idées surgissent pour que des jolies formes avec des grains de riz décorent ma salle, certaines se fondront avec des objets et d’autres seront en relief.

Pour en revenir à l’histoire du hasard. Je ne peux faire autrement que de parler du physicien Jean-Pierre Garnier Malet qui rappelle que nos idées parviennent à notre cerveau 0,7 à 0,5 secondes avant que nous n’en soyons conscients. C’est Benjamin Libet qui l’a démontré. C’est fantastique quand on y pense. Cela explique bien des choses.

@3m.ossature : période de confinement

Confinement. Une nouvelle session organisée par le service des Sports de Neuchâtel commence et voilà que le confinement oblige la plupart de la population à rester chez elle. Flûte ! je n’avais pas prévu cela. Que faire ? Je dois pouvoir faire quelque chose, me dis-je. Me vient l’idée de continuer le cours via les nouvelles technologies. Je fais la proposition aux quatre participantes et trois s’enthousiasment à l’idée de « rester debout » dans une situation si hors du commun, surréaliste dit l’une de mes amies.

Nous optons pour l’application WhatsApp. Heureusement que nous avons eu le temps de faire un cours ensemble et j’ai en mémoire leur corps et la façon dont elles l’utilisent. Autrement, cela aurait été impossible. De plus, le noyau du cours de la matière enseignée est très simple et demande 20 minutes pour l’appliquer une fois qu’on connaît la technique. Ce qui enrichit ce cours, ce sont les métaphores utilisées, les liens du corps avec toute sorte de situations de la vie, de domaines aussi. Ces liens nous éclairent sur la façon dont notre corps réagit.

À ceux qui ne connaissent pas « @3m.ossature », je dirai que je me suis inspirée de Godelieve Denys Struyf, GDS, et que j’ai fait un cours bien à moi. J’en ai parlé avec l’une de ses collaboratrices et elle a trouvé que c’était intéressant. Comme dans toutes mes autres activités, il arrive un moment où on parle de la fonction de la pensée, de la façon dont nous l’utilisons, de ce que nous en faisons. On le sait, tous les chemins mènent à Rome et ce cours va aussi à Rome, au sens figuré, il va sans dire.

Alors, comment donner ce cours ? Si c’est grâce à WhatsApp que je peux donner le cours, il n’en reste pas moins que d’enseigner sans voir les gens reste un exercice ardu. Je me dois de travailler différemment. En principe, je me laisse inspirer par ce que les participants font, disent, montrent ou ne montrent pas, tout cela parce que je les vois et que je sais où je peux intervenir.

Cette fois-ci, c’est donc différent, mais comme je l’ai dit plus haut, j’ai rencontré les participantes une fois et j’ai leur corps en mémoire. Le corps est l’instrument que nous utilisons pour nous exprimer. Je ne pense pas pouvoir donner un tel cours au travers des nouvelles technologies à des personnes que je n’ai jamais rencontrées. Je connais bien la danse classique ainsi que le corps humain. Ce n’est pas pour rien qu’un danseur a toujours besoin d’un maître de ballet. Même lorsqu’on connaît les règles, le corps ne réagit pas toujours comme on le croit. Il y a beaucoup à dire sur le sujet.

L’expérience enrichit mon enseignement. Cela demande une préparation différente. Dans mon studio j’ai beaucoup de matériel sous la main et l’utilise en fonction des situations. Cette fois-ci, je prépare un schéma et écoute ce que les participantes disent. Je suis très attentive au ton, aux respirations, aux silences. Si ces éléments entrent aussi en ligne de compte dans les cours en présence des participants, ici c’est l’élément primordial. Ensuite, je chemine et apporte des éléments. Le cours se construit et peu à peu on arrive à plus de la moitié des cours de la session et on se sent comme dans un bateau au large. Alors, même si c’est ardu, c’est fascinant de se dire que l’on ne se connaît pas au sens habituel mais qu’on se connaît quand même. Ce confinement apporte un élément commun, on est vraiment dans un même bateau et on est resté debout face à la tempête. Pour moi c’est l’une des choses primordiales. Je dis toujours que mes cours sont de prétexte à aller plus profondément en soi. De plus, on est aussi d’accord pour aider l’une ou l’autre d’entre nous si jamais on a besoin d’aide dans cette période. Je trouve cela très émouvant. En effet, c’est dans la difficulté que l’on reconnaît les amis.

Nous traitons bien des sujets, cette fois-ci on a mis l’accent sur les pieds. Voici des images.

On y voit un pied sans cambrure, dit pied plat, un pied avec une cambrure normale et un pied très cambré.

Les participantes ont chacune fait une photo de leur empreinte. Cela donne ceci :

Et nous avons une oeuvre artistique !

Liens vers :

René Froidevaux : l’homme, patron de la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse

C’est la montre de M. René Froidevaux, marque Cadola, la marque vendue en Suisse et dont le graphisme a été fait par André Oppel dans les années 1950.

La montre. On sait qu’un objet n’est qu’un objet, toutefois, quand je me dis que cette montre était au poignet de M. Froidevaux et l’a accompagné au moment où il prenait des décisions, où il vivait l’histoire de son entreprise et celle du Jura, cet objet prend une valeur. C’est comme si elle portait une mémoire que je peux toucher ou à tout le moins lire.

Date : 18 décembre 1900. C’est la date de naissance de M. René Froidevaux, de celui qui va marquer l’histoire horlogère de Neuchâtel et participer à la naissance du canton du Jura.

M. Froidevaux est né au Noirmont ; cela explique son attachement pour la région du Jura et son activisme pour que le Jura devienne le 23e canton suisse. Il ne suffit pas d’être né sur une terre pour devenir son porte-drapeau, il faut avoir du caractère, avoir le sens de l’organisation, du devoir, être un visionnaire. Ces qualités, on les a déjà remarquées dans l’article que je consacre à son entreprise horlogère. Lorsque j’ai découvert qu’il avait été l’un des moteurs de la naissance du canton du Jura, je n’ai été étonnée qu’à moitié. L’autre moitié, si je puis dire, s’est étonnée de savoir qu’un homme très occupé par son entreprise, un vrai Suisse – c’est-à-dire un Suisse comme on les imagine : calme, neutre, ne désirant rien devoir à personne, respectueux des règlements – se dise qu’il faut se battre pour le droit de naissance du canton du Jura. Je dis une fois de plus « chapeau » !

M. Froidevaux a été un activiste passionné, passionné au point d’amener sa famille tous les dimanches pique-niquer dans le Jura. On ne sait pas si les enfants étaient d’accord, mais c’était sa façon très entière d’être. Son enthousiasme l’a poussé à se dire qu’il fallait un journal pour la question jurassienne, qu’il a combattu pour cela et qu’il fallait forcément des fonds. Le banquier qu’il avait été avait son rôle à jouer et il gardait une comptabilité à cet égard. Les gens qui traitaient avec lui le savaient et y participaient.

Le journal en question est « Le Franc-Montagnard », toujours en activité.

Ce qui m’interpelle aussi dans cette histoire, c’est le recoupement, une fois de plus de tant de pans de mon histoire. Ma formation en danse classique et une partie de mes études d’économie, je les ai faites en Roumanie, à Bucarest, et voilà que Jacques, l’un des fils de M. Froidevaux, vient de m’apprendre que son père avait été envoyé par la succursale biennoise de la banque où il travaillait, la Banque cantonale bernoise, à Bucarest dans les années 1925 -1930 pour des questions d’organisation dans le secteur du pétrole. Cela me fait un drôle d’effet, c’est comme si le temps n’existait pas et simultanément, je me sens envahie par une certaine joie.

M. Froidevaux à Neuchâtel. Il déménage de Bienne à Neuchâtel en 1942, puis il fait construire sa maison à la ruelle Vaucher en 1946, et achète le domaine adjacent qui va jusqu’à la gare et y emménage sa fabrique d’horlogerie dans ce qui avait été jusque-là un pensionnat pour jeunes-filles.

Bâtiment qui abrita la « Fabrique d’Horlogerie Froideaux S.A.
Vue du balcon de l’ancien comptable, M. Frésard.
Le même bâtiment vu depuis le bas, où il y avait l’atelier de la chaîne de montage.

Chaîne de montage horloger. À propos de l’esprit entrepreneurial de M. Froidevaux, avant que d’autres entreprises de Neuchâtel ne commandent ensemble la chaîne de montage Rexa, M. Froidevaux avait fait construire une chaîne mécanique par les ateliers Rochser S.A. de la Chaux-de-Fonds. Le constructeur avait été Jean von Allmen, patron de l’entreprise et de surplus autre activiste jurassien ainsi que père de Zouc, Zouc que j’ai vue au Théâtre de Neuchâtel ! Je ne peux m’empêcher de trouver curieux comme ces pièces du puzzle se rassemblent pour donner des racines à mon paysage neuchâtelois.

Jean von Allmen, un ami indéfectible de M. Froidevaux. Lorsque la situation est devenue difficile pour l’entreprise, lorsqu’il y a eu sa liquidation, après celle-ci et après le départ au ciel de M. Froidevaux, Jean von Allmen a été aux côtés de la famille. Jusqu’à ce que lui-même parte au ciel, il a invité Mme Froidevaux et son fils Jacques au buffet de la gare toutes les semaines !

M. Froidevaux et l’AVS. Je ne sais plus comment j’en suis venue à m’intéresser à l’histoire de l’AVS. Mais, j’ai appris que c’est Otto von Bismarck qui instaura les assurances sociales (maladie, accidents, vieillesse et invalidité) en Allemagne entre 1883 et 1889. Cela relève du miracle pour moi. En Suisse, elle est entrée en vigueur le 1er janvier 1948. Cette année-là, M. Froidevaux a dit à d’autres patrons qui râlaient devant la charge financière qui leur était imposée qu’il était favorable à son application même si vraisemblablement il n’aurait pas à en bénéficier. C’est le portrait même de M. Froidevaux. Je ne connais pas les chiffres de l’époque, mais il est sûr que M. Froidevaux s’est rendu compte que cela n’allait pas suffire pour une retraite aisée de ses collaborateurs et c’est pour cela qu’il a créé son propre fonds de pension dont je parle dans l’autre article.

Dans les années 1950, s’installe au dernier étage de la fabrique l’avocat Jules Biétry avec sa famille. Jules Biétry, c’est à peine croyable, Lorsque j’étais enfant, il était le président de la caisse-maladie « Chrétienne sociale » et les bureaux étaient au Faubourg de l’Hôpital ; dans l’immeuble que j’habitais ! Je le revois, avec son chapeau noir et toujours plutôt distant… Le fait de savoir qu’il a aussi participé au mouvement jurassien me le rend sympathique, chose que je n’aurais jamais crue.

En 1964, M. Froidevaux fait des travaux dans son entreprise et transforme les deux derniers étages en logements.

Voilà la piscine construite sur le domaine de M. Froidevaux et mise à disposition de ses employés.

La piscine. En regardant cette piscine, j’imagine la joie des travailleurs et de leurs familles. C’est magnifique d’apporter quelque chose aux autres, de rendre leur vie plus agréable. Je crois que c’est l’une des choses les plus importantes dans ce monde.

Les années 1970. Comme je le dis dans l’autre article, c’est la période de la crise et bien des entreprises horlogères ferment leurs portes. Dans le cas de M. Froidevaux, des proches ont participé à la débâcle. Lorsqu’un notaire neuchâtelois a regardé les documents que ces personnes avaient fait signer à M. Froidevaux sous prétexte de l’aider à redresser la situation, il a dit à Jacques que c’était fini.

En 1974, le chef comptable de l’entreprise, M. Charles Frésard, trouve du travail ailleurs. M. Froidevaux lui fait un certificat en or et il signe. Voici sa signature.

C’est la signature de quelqu’un qui sait ce qu’il veut. La tonalité du caractère est donnée !

Ce qui est aussi remarquable de la part de M. Froidevaux c’est qu’il laisse partir le comptable qui a fait partie de son entreprise pendant près de 20 ans, qu’il comprenne qu’il aille travailler ailleurs et qu’il lui permette de garder le logement qu’il habite dans l’immeuble qu’il a fait construire. M. Frésard dit que lui et sa femme ont été les premiers locataires de l’immeuble.

Quand je rends visite à quelqu’un, je ne regarde pas si le logement est comme ceci ou comme cela, ce qui m’intéresse ce sont les personnes qui l’habitent, mais chez M. et Mme Frésard, chaque fois que je suis sur leur balcon, je dis : ah, quelle vue ! on se dirait à Monte Carlo. Il faut dire que M. Frésard nous offre un verre d’Armagnac dont la bouteille ne ferait pas rougir un lord, fume son cigare et met ses lunettes de soleil. Une vraie scène de cinéma. J’ai une pensée pour M. Froidevaux.

À propos d’Armagnac. À Noël, M. Froidevaux offrait aux hommes, à choix, une bouteille d’Armagnac ou de la Prunelle de Bourgogne et aux femmes, si elles ne voulaient pas d’alcool, une boîte de chocolats. Je me dis que c’était le bon temps. Cela me rappelle que mon bailleur, Pierre Meyer, offrait à ses locataires une belle boîte de chocolats à Noël aussi. Là, également, les choses ont changé !

Les sorties annuelles de l’entreprise. En plus de la visite à la foire de Bâle des cadres, M. Froidevaux organisait une sortie annuelle pour tous les employés et les frais étaient à sa charge. C’est ainsi qu’ils sont allés dans le Valais et au Lac de Constance, par exemple.

Probité de la fabrique d’horlogerie Froidevaux. Lorsque la situation horlogère suisse a commencé à devenir difficile, il a fallu se résoudre à des réductions de personnel et cela dans les règles de l’art. Toutefois, l’un d’eux s’est fait avoir par un vilain conseiller (il a été perfidement incité à attaquer l’entreprise, car, on le sait, tous les patrons profitent des employés… me dit la personne qui me donne le renseignement) et s’est porté partie plaignante pour une somme d’environ Fr. 2 600. –

L’affaire a été réglée au tribunal. Le chef comptable et son apprenti ont, de leur côté, montré leur décompte qui se montait à environ 2 900.-, somme, qui, comme on le voit, est supérieure à celle revendiquée. La juge a demandé au plaignant ce qu’il faisait là ! Le « conseiller » n’a su que dire et l’employé, tout déconfit, a dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait là et qu’il avait toujours eu confiance en l’entreprise Froidevaux.

Je crois qu’il n’y a rien d’autre à ajouter.

La montre Cadola de Mme Froidevaux.

La montre du fils Denis, une Froidevaux qui avait un numéro de série derrière.

En montrant cette photo à Jaques, il me dit qu’il avait lui-même fait les plans et le dessin de la montre et qu’il était parti en voyage en Amérique latine avant sa mise en fabrication. Sa surprise a été de taille lorsque, se promenant dans une ville du Nord de l’Argentine, il l’a vue, à 10 heures du soir, dans une vitrine mal éclairée. C’était en juin 1972 ! Denis m’explique ensuite qu’il avait fait faire « sa » montre par les ateliers Descombes à la ruelle Vaucher, sans marque, une fantaisie qui lui était passée par l’esprit, et avec des aiguilles spéciales avec du radium – ce qui a été interdit par la suite – mais cela lui permettait de voir l’heure aussi la nuit puisque les heures ont aussi un petit trait au radium.

J’allais m’arrêter là, mais j’ai rencontré la sœur d’André Oppel, Marie-Claire, qui m’a raconté que leur mère était amie de la femme de M. Froidevaux. Voilà encore une autre pièce dans mon tableau.

J’ai désiré faire aussi la photo du dos de la montre de M. Froidevaux :

On y voit le numéro de série 85273 No 1ce qui indique que la montre a un calendrier
18 K, 0,750, 180
J’ai tout à coup eu l’idée de refaire une photo de la montre de M. Froidevaux sur le couvercle de mon Mac. Je mets trois des photos. Si l’heure reste inchangée, ce sont les reflets sur le bas du cadran qui attestent que du temps est passé. On comprendra le pourquoi dans la suite de l’article.

Une idée a traversé mon esprit et je l’ai rendue réelle dans notre monde. Parfois, on ne sait pas pourquoi on fait telle ou telle chose :

La montre de M. Froidevaux sur mon poignet.

J’ai mis la montre de M. Froidevaux sur mon poignet. Cela m’a fait une émotion et j’ai pris une sorte de selfie, chose à laquelle je suis plutôt réfractaire. Puis, nous avons continué la conversation, M. Frésard, Mme Frésard et moi. De temps en temps, je regardais la montre, me sentais émue de la porter et trouvais qu’elle allait bien sur mon poignet… Au moment de prendre congé, je remarque que le garde-temps marque 9 h 39. Je m’étonne qu’elle fonctionne. M. Frésard me dit qu’elle doit être automatique. Je fais le lien avec les modifications que l’autre horloger de mon monde, Abraham-Louis Breguet, a apportées aux montres. Cela signifie aussi que j’ai porté la montre une bonne demi-heure. Cela me procure une autre sensation, comme si trois temps s’étaient réunis !

Un autre lien s’invite. Le physicien Jean-Pierre Garnier Malet parle des trois temps : le passé, le présent et le futur qui en certaines circonstances n’en font qu’un. Je ne sais quelle sensation on peut éprouver dans une telle situation, mais j’en éprouve une profonde au moment où je me sens unie, dans mon temps à moi, à Abraham-Louis Breguet et à M. Froidevaux et tout cela étant parti de documents qu’André Oppel avait faits, alors qu’il travaillait pour M. Froidevaux, que j’avais gardés et que le Musée d’Horlogerie Château des Monts du Locle a été heureux de recevoir.

Le téléphone no 6. Si vous aviez vécu dans les années 1930 et que vous aviez voulu téléphoner au grand-père de l’ancien comptable de l’entreprise Froidevaux, M. Charles Frésard, vous auriez dû composer le no 6. C’était le 6e téléphone de la région ! Je suis émue, une fois de plus. Voici une réclame qui trône chez M. Froisard petit-fils à la retraite.

Le numéro de téléphone figure en haut à gauche : Téléphone no 6.

Liens :

  1. Fabrique d’Horlogerie Froidevaux, Neuchâtel ;
  2. Documents horlogers, André Oppel et le Musée d’horlogerie du Locle ;
  3. Une montre parmi les affaires d’André ;
  4. Abraham-Louis Breguet.

Dialogue avec une élève de danse de 17 ans.1

Nos cours sont le prétexte pour parler de tout. Je suis convaincue que toute chose irrésolue se manifeste dans le corps, qu’on le sache ou pas. On gagne beaucoup en mettant à plat les choses en suspens. Cela permet de voir quelles sont les possibilités de résolution.

Tilana, mon élève, a fait une nouvelle version de nos portraits. C’est son style actuel.

Cette fois-ci, on parle de l’intention. Il arrive que lorsqu’on veut prouver quelque chose, on se l’imagine tellement que la chose finit par arriver. L’exemple type est la pièce de théâtre « Othello » de Shakespeare. Othello est induit en erreur et voit finalement ce qui n’existe pas. On a parlé de la physique, du fait que si pendant des siècles on a dit que l’atome était la plus petite partie de la matière, qu’il était indivisible, on s’aperçoit de plus en plus qu’on n’est composé que de vide, plutôt d’informations sans corps. Une personne, si on ramène sa matière à ses composantes corpusculaires, n’occupe même pas la surface du pommeau d’une épingle. Ce doit être quelque chose pour un scientifique qui s’intéresse à la matière ! Il étudie, par exemple, le bois, ses qualités lorsqu’il est mouillé, lorsqu’il est sec, ses résistances et lorsqu’il entre de plus en plus dans sa composition, il s’aperçoit peu à peu que la matière disparaît, qu’il se trouve face à beaucoup de vide. Il doit faire face à un paradoxe.

Mon élève a toujours été d’une intelligence remarquable. S’il fut un temps où elle m’a trouvée pénible parce que je la reprenais « tous les trois mots » (cf. mon élève), elle s’approprie la langue, les connaissances d’une façon qui fait plaisir.

Mon élève se dit que cela lui rappelle qu’en mathématiques, on prévoit des choses, on fait des hypothèses et on finit par trouver ce qu’on avait prédit. Elle parle d’un travail qu’elle doit rendre à l’école et dont le sujet est « L’Infini selon Cantor ». On verra ce travail en temps opportun.

On parle aussi de la manière d’être, de la marge que nous avons pour interagir avec les autres. Mon élève est très sensible et elle se trouve souvent coincée entre le désir de dire et celui de ne pas dire afin de ne pas heurter l’autre ; heurter, car ses sensations, ses intuitions, ses pensées sont tellement autres, qu’elle préfère se taire. Je propose qu’elle puisse quand même s’exprimer en disant « je fais une parenthèse et me demande si… » ou alors, qu’elle garde ce qu’elle pourrait dire en se disant que la personne n’a pas sa porte ouverte, pour le moment. Mais, il faut, toujours, si possible, rester debout et savoir où l’on en est.

Autre chose dont on a discuté, la liberté. La liberté et avoir le droit de… sont des notions fort utilisées à notre époque. Si mon élève est souvent perplexe devant certains comportements, elle me dit :

Mon élève, que je connais depuis des années, est une fille intelligente – je sais, il est difficile de définir l’intelligence, mais l’intelligence est une capacité à comprendre des choses même si on n’a ni l’âge, ni les mots. Ce qu’elle dit correspond à un très haut niveau de connaissance de la marche de l’évolution. Elle est passée par bien des événements et en l’écoutant, je retrouve la personne que je connais depuis toujours. C’est fabuleux ! Tous les parents, tous les enseignants rêvent de transmettre des valeurs, rêvent d’entendre les enfants ou élèves dire des choses profondes et belles.

Ce qui nous unit c’est la distance qu’on prend face à ce qui nous est proposé que ce soit écrit, dit, suggéré dans notre culture, car, en fait tout est culturel, comme le dit feu mon ami André Oppel dans une courte émission de télévision.

Ce n’est pas parce que la majorité des gens adopte une position qu’on doit l’adopter sans se poser de questions. Ce n’est pas non plus parce que personne ne pense à une chose qu’on ne doit pas non plus se poser de questions. J’ai la chance de connaître bien des domaines et de m’intéresser à tout, car dans tous les domaines il y a une structure, des données de départ, une manière de faire, un dessein.

Cela me rappelle un cours public de mathématiques donné par Werner Soerensen où je n’ai pas compris une bonne partie de sa démonstration, mais où j’ai suivi la logique pas à pas et ne pouvais mettre en question ses explications. Voilà, il arrive qu’on ne comprenne pas une chose, mais les explications étant logiques, notre esprit les accepte. C’est aussi ce que dit le physicien Jean-Pierre Garnier Malet quand il explique la théorie du dédoublement du temps et de l’espace à des personnes qui ne sont pas physiciennes.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, pour je ne sais quelle raison, je lui parle d’ADN. Elle me dit que c’est justement le sujet qu’elle étudie en ce moment en biologie. Cela fait longtemps, lui dis-je, que lorsque quelqu’un me dit que c’est génétique, que cela a toujours été dans sa famille, que c’est dans l’ADN, je lui dis : alors, Adam et Ève l’avaient aussi, et ils étaient noirs, blancs, roux à la fois, épileptiques, pas épileptiques et j’énumère un tas de nos caractéristiques. Les gens sont interloqués et alors j’explique ce que j’ai compris en lisant je ne sais plus qui – que je remercie au passage pour ses lumières – qu’à un certain moment, une personne vit un événement et réagit de telle façon que son comportement change et le marque physiquement. Ensuite…

En effet, l’information se transmet à certains membres de la famille et pas nécessairement à tous. C’est très intéressant. Et là, il faudrait lire ce que dit le biologiste américain Bruce Lipton qui dit que l’information de l’ADN n’est pas déterminante, que l’environnement est un facteur important et qu’on peut changer nos informations par divers moyens. Elle me demande les références que je lui donne.

Mon élève dit qu’il y a quand même des choses inscrites en nous. Elle parle de la peur instinctive de certains animaux, les araignées, par exemple. Je lui dis que justement, c’est un excellent exemple que je peux démontrer. Je lui raconte que moi aussi j’avais peur des araignées et que mon ami, toujours en parlant d’André, les prenait dans ses mains. Cela avait été un premier pas. Ensuite, une amie m’a donné un appareil que voici.

L’appareil a un manche et une tête, le haut de la tête est transparent et le dessous, la base en vert, glisse.

Lorsque je vois un hôte indésirable dans mon appartement et qu’il ne vole pas, je prépare l’appareil, pose la tête sur la petite bête, comme cela elle voit son environnement et n’a pas peur. Puis, peu à peu, je glisse la languette en demandant à la visiteuse de monter dessus. Je lui dis que je vais la déposer dans un endroit où elle sera mieux que chez moi et le tour est joué.

Chose curieuse, je n’ai plus eu peur des araignées. Je dis simplement, viens on va déménager et tu seras plus heureuse ailleurs. Je la prends dans l’appareil et nous partons en promenade. Je choisis toujours des endroits où ces petites bêtes ne risquent pas de tomber sur quelqu’un qui les écrase, car je me mets à leur place. Et, dis-je à mon élève, si la scène se présentait et que tu avais une araignée sur toi, je serais capable de la prendre dans mes mains pour que tu n’aies pas peur. Elle reste tout étonnée. Elle dit qu’elle va garder l’histoire.

Je lui dis aussi que j’avais horreur des trucs pourris au frigo. C’est aussi André qui m’a dit une fois « ce ne sont que des champignons ». J’ai, heureusement, la capacité de garder en moi tant les choses qui me rendent service que celles que je ne comprends pas ou ne font pas partie de ma vie. J’ai donc porté le commentaire de mon ami en moi. Là aussi, le temps est passé et je me retrouve à travailler dans un musée dédié aux champignons. Alors, je ne sais pas si ce sont les champignons qui se sont dit que je devais parfaire mon éducation, ou si c’est le hasard, mais plus j’avance et plus je comprends que le hasard n’existe pas. Toujours est-il que j’apprends beaucoup de choses intéressantes sur les champignons. Ils ont leur propre règne et ont des caractéristiques de reproduction, d’existence qui soulèvent mon admiration. On peut se nourrir, s’habiller, écrire, se guérir, s’empoisonner, se désaltérer, s’hydrater, se vacciner rien qu’avec eux. Et voilà donc que lorsque, par malheur, quelque chose pourrit dans mes réserves, je me dis « ah ! voilà une belle culture. Tu vas rejoindre le compost ! ». Mon élève doute qu’elle fera comme moi, elle n’aime pas les trucs pourris.

Bref, c’est un régal que de discuter avec elle. Mais, le temps passe, bien que nous nous soyons étirées, massé le corps, on se dit qu’on va quand même répéter au moins l’une de nos danses !

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Les événements de la vie forment un tout

Je le dis comme préambule sur ma plateforme « Tout ce que nous faisons participe d’un tout. Il en va ainsi de mes activités ». Je suis parfois étonnée de voir, de constater que ce que nous disons correspond profondément à qui nous sommes, à la vie que nous menons.

C’est ainsi que des événements fort éloignés les uns des autres possèdent une trame qui les lie et lorsqu’elle nous devient évidente, nous fait voir la magie de la vie (d’autres diraient la logique de la vie).

Après avoir traversé une drôle de période, les choses commencent à reprendre forme, à se lier les unes aux autres. Je n’aurais jamais pensé écrire cet article si l’une de mes amies ne m’avait dit qu’il pouvait apporter quelque chose à ceux qui me liraient.

Chez moi, les choses commencent sans que je ne m’en aperçoive et quand je cherche le début, je vois qu’il était déjà bien avant que je l’aie remarqué : j’ai perdu l’automne dernier un être qui m’est devenu très cher en très peu de temps. Le départ de ce monde est définitif, la rupture implique une frontière spatiale et temporelle. Rien à faire, on ne revoit plus la personne.

Passant devant son domicile pour me rendre à mon studio de danse, je vois des déménageurs qui vident le logement de cet ami. Je leur dis bonjour, m’approche, on discute et tout à coup l’un d’eux me demande de monter pour voir. Je me demande bien pourquoi j’y vais, je n’en vois pas la raison, mais j’entre dans cet appartement que je connais. Cela m’arrive parfois de sentir que je dois faire quelque chose alors que je n’en vois pas la raison immédiate. Je vois qu’il y a encore plein de ses archives qu’il avait si bien classées. Je propose de donner un coup de main, car je sais que la déchetterie de Neuchâtel a un endroit pour le recyclage du papier, mais sans trombones. Or, les archives en sont pleines.

Je demande au travailleur d’où il vient, car il a un accent et me demande s’il ne parle pas le russe. Oui, il parle un peu le russe car il a habité à Moscou un temps, mais il est Kurde. Toute l’équipe est kurde. Le fait qu’il parle russe nous rapproche, c’est la magie des choses communes. Il m’invite alors à aller à la cave pour voir le reste des papiers. Il y en a un tas. Là, je vois des belles chaises, des chaises qui iraient si bien dans mon studio de danse… Il me dit qu’elles sont à moi et m’aide à les transporter. Je suis transportée, au sens figuré, de joie. J’ai des chaises qui iraient bien dans un château, or mon studio en a les allures ! Depuis que je suis l’unique locataire de ce studio, je manquais de chaises et celles que je pouvais m’offrir n’étaient pas très belles. Maintenant, je suis comblée.

C’est une vraie chaise de château ou une chaise d’un vrai château… J’en ai sept, sept, nombre magique…
De plus, les chandeliers achetés chez Globus vont très bien avec la chaise. Là aussi, les choses se mettent tout à coup ensemble.

Le temps passe, je me pose toujours des questions sur ce départ qui me laisse sur ma faim et, regardant des films à la TV, vois dans l’un d’entre eux des chaises… des chaises sœurs des miennes, enfin, de celles qui sont devenues miennes ou de celles qui sont les « siennes-miennes » ! Puis dans un second et encore dans un troisième. Ce n’est pas une coïncidence… C’est une autre façon de communiquer.

J’en reviens à mon déménagement, puisqu’il est devenu une partie de moi, et à un moment donné, je suis attirée par un endroit où il y a aussi des papiers. Je les prends, les regarde un à un, comme tous les autres. Ce ne sont pas des archives, mais des réserves de papier, de cartes, et trouve sur le dos d’un jeu de cartes postales un très joli mot signé par lui. C’est absolument incroyable, il tombe vraiment à pic ! On dirait que c’est pour moi. C’est le seul écrit de ce genre trouvé dans tous ses papiers et des papiers il en avait !

Toujours en regardant ses papiers, je tombe sur un texte tapé à la machine et je vois que Freddy, c’est son nom, est lié à Laurent de Pauli, mathématicien qui a l’a chargé d’aller à Lugano au congrès où on débattait du programme des mathématiques modernes. Freddy a participé à la rédaction du programme des écoles neuchâteloises. Je prends note de l’information, me propose de la garder, mais disparaît dans le déménagement.

Lors d’une discussion avec l’un des patrons de l’entreprise de déménagement, il remarque que j’aime les mots, la langue. Il me demande si cela m’intéresserait de collaborer avec lui dans les questions administratives. Je n’ai jamais pensé intégrer une telle entreprise, mais j’aime l’ambiance qu’il y a dans son équipe, le monsieur avec lequel je parle fait preuve de beaucoup de sensibilité et de réflexions sur la vie. De plus, je me dis que Freddy se dit ou sait que j’ai besoin de gagner des sous et par son entremise ce sera le cas. Oh, joie !

Cela me fait penser que le même déménageur qui m’a aidée à transporter les chaises a enlevé un adaptateur électrique se trouvant dans un socle mural et m’a dit de le prendre. Je n’ai eu que le temps de le voir entre les mains. C’est un autre moment de ma vie gravé dans ma mémoire, c’est comme une photo temporelle, avant que je ne sois envahie par l’étonnement car je n’ai nul besoin d’une telle fiche. En rangeant l’objet dans mes affaires, j’ai eu l’impression que Freddy me disait qu’on était toujours connectés. Chaque fois que je pense à cela, j’ai une sorte de soupir, le genre de soupir que l’on pousse lorsqu’une chose a trouvé sa place.

Le temps passe et mon élève de 17 ans me dit qu’elle prépare un travail sur l’infini et parle des mathématiqeus modernes. Je lui parle de Freddy et du document précédent. On parle de la théorie des ensembles et elle me montre son dessin avec des ensembles les uns dans les autres. Je lui parle de la métaphore des poupées russes, les matriochkas. Tout à coup, je fais un lien avec un cours que je donne. C’est un cours sur les résonances osseuses et justement le sujet qu’on allait aborder la semaine d’après était « le corps ». Le corps, comme on le sait est un tout, un tout composé d’un tronc et de membres, de muscles, tendons, ligaments, os, systèmes digestif, vasculaire, nerveux, ganglionnaire, de fascias, de molécules, de cellules, de particules et de vide. Voilà un bel ensemble ! Un ensemble qui devient un sous-ensemble quand on pense à une famille – on est le membre d’un ensemble plus grand – et encore un autre sous-ensemble quand on pense qu’on fait partie d’une société. Cela n’en finit pas et me donne une sensation de vertige très plaisant. Je suis envahie par la joie.

C’est là que je m’émerveille de la trame qui unit Freddy, la mathématique, mon élève, mon cours.

Je m’intéresse à la pensée, à la façon dont les informations nous arrivent, les transmettons, les percevons. Je vais voir Jacques Collin, spécialiste dans la diffusion de l’information que l’eau porte et lui raconte que lorsque je travaillais à Genève, au Bureau international du Travail (BIT), je trouvais sur mon passage des fleurs maltraitées – il y avait un magasin de fleurs à la gare, des voyageurs les achetaient et parfois en perdaient l’une ou l’autre. Les gens ne leur prêtaient pas attention. Je les ramassais et leur disais qu’il fallait tenir le coup et que chez moi j’allais m’occuper d’elles. Le trajet était long mais une fois arrivée chez moi, je leur coupais la tige quand c’était possible et les mettais dans l’eau à une jolie place. Elles reprenaient, toutes, « des couleurs » si on peut dire. C’était à chaque fois une sorte de réussite qui me remplissait de bien-être.

Le lendemain de ma visite à Jacques, je trouve par terre trois fleurs, deux pâquerettes et une rose en fort mauvais état. Cela fait des années que ce genre de choses ne m’est plus arrivé et j’ai l’impression de reprendre le cours d’un chemin qui s’était arrêté. C’est, à nouveau, un moment gravé en moi, et ne peux que répéter que c’est comme si on avait pris une photo temporelle. L’image qui me vient à l’esprit pour ce moment particulier, maintenant que j’écris l’article, est celle d’une courbe du temps qui se serait arrêtée et qui reprend du fait que des données s’ajoutent au graphe. Je mets les fleurs dans mon sac et me prépare à faire la même chose qu’avec celles d’autrefois. Cette fois-ci, pourtant, il y a une différence, je vais mettre de l’eau dynamisée. L’eau dynamisée, on le sait est une eau riche en électrons libres, ce qui permet que les liaisons entre cellules se fassent plus vite et mieux.

Je ne me rappelle pas combien de temps les fleurs de mon autre temps duraient, ce qui comptait c’était qu’elles pouvaient vivre leur vie jusqu’au bout. La rose de cette fois, lorsque je l’ai ramassée, avait son milieu bien brun et que je me suis demandé comment elle allait s’en sortir. Si j’avais eu à parier, je n’aurais jamais misé sur le résultat obtenu. Voici les photos du 17 (soit quatre jours après son sauvetage), 19, 20, et 23 mars. Si j’avais su, j’aurais pris une photo le premier jour. Mais, finalement, je crois qu’il n’y a rien à regretter, on ne fait pas les choses pour démontrer quelque chose, c’est comme dans les histoires d’amour, c’est l’intuition qui parle.

C’est absolument remarquable, incroyable, même. Je ne sais pas pourquoi quand on assiste à quelque chose de merveilleux on utilise le mot « incroyable ». C’est comme si une voix nous disait de ne pas croire ce qu’on voit, et pourtant… Je me dis que cette rose revigorée est un symbole de ce que nous pouvons être, devenir. Je fais volontairement plus grande la dernière photo, car c’est le reflet de mes yeux lorsque j’ai vu la transformation de la fleur. Je vous laisse tirer vos propres conclusions.

Le temps passe et je reprends la révision d’un livre qui n’a pas encore de titre mais qui traite des fréquences vibratoires. J’ai déjà revu la première moitié, j’ai fait une pause d’un mois et reprends la seconde moitié. Je tombe sur « Si par votre conscience, vous pouviez entrer en contact avec la feuille qui est tombée de l’arbre, elle vous raconterait un voyage extraordinaire qui n’est qu’à son début. Elle anticipe avec grande joie de se déposer sur la terre et de se répandre en mille miettes pour acquérir une autre conscience, celle du ver de terre et des insectes qui vont s’en nourrir, celle de la pluie qui va tomber sur elle, celle de la terre qui va transmuter sa forme, sa matière, pour qu’elle devienne de l’humus pour la terre, pour les arbres » Michel Gautier. Pour ce qui est du voyage de ma rose, elle part avec le plaisir de m’avoir démontré que l’on a toujours des choses à dire, même quand on pense que c’est la fin, le plaisir d’avoir réjoui mes yeux et mon esprit et avec ces mots, si profonds, de Jacques Collin « Zully, merci pour les photos de ta belle fleur. Elle respire la vie, elle montre qu’elle provient de la fondation de la création. On y voit l’intelligence et la parfaite harmonie de la mémoire du monde et de son amour ». La rose s’en est allée avec ces messages qu’elle transmettra lorsque ses particules se transmuteront dans un autre élément de ce monde. C’est ce genre de pensées qui accompagne les choses que je recycle. Toute chose qui est passée entre mes mains est remerciée pour le service qu’elle m’a rendu.

La rencontre avec Jacques est aussi due à un concours de circonstances. Je cherchais ses coordonnées parce que j’étais en train de lire son dernier livre « La Réalité ultime » et avais besoin de parler avec lui. C’est une nouvelle fois le hasard, hasard qui une fois de plus n’existe pas, qui me pousse à entrer en contact avec son éditeur, qui me fait écouter une conférence de Jacques, alors que j’en ai déjà écouté pas mal, et qui fait qu’en plus je puisse trouver ses coordonnées Quand je l’ai eu au téléphone, il a dit que c’était étonnant. Tout cela fait partie de la théorie des ensembles… de l’unité qui nous relie.

En voyant ces événements qui se lient les uns aux autres, je pense aux mots de l’actuelle conseillère culturelle à Neuchâtel, qui m’a dit, dans un autre contexte où les choses se rassemblaient aussi, que cela prouve que je suis dans le juste.

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Histoire d’une bise et Jacques de Montmollin

Cette histoire est aussi une suite de celles de l’Entreprise horlogère Froidevaux S.A et de « Une montre parmi les affaires d’André ». ce qui fait que Jack est de la partie. C’est lui qui m’informe que Jacques de Montmollin se trouve au foyer de l' »Armée du Salut ». C’est fabuleux car c’est à Neuchâtel même et je vivais avec un sentiment de déception de n’avoir pas pu parler avec Jacques avant que lui ou moi ne quitte ce monde ! J’avais entendu dire qu’il ne voulait voir personne, mais je me suis dit que j’allais tenter le coup. J’y suis allée et cela s’est bien, très bien passé. Quelle chance !

Ma vie a été longtemps une suite d’événements enchaînés les uns aux autres. Jamais de façon consciente, tout simplement les choses se suivaient les unes les autres ou ouvraient des portes par-ci et par-là. Puis est venue une drôle de période où j’ai vu mon champ se retrécir. Depuis un bon moment, les choses reprennent vie, un cours, comme avant.

Je connais l' »Armée du Salut », j’avais une jolie relation avec l’une des directrices précédentes, Heidi Vogel, et cela facilite en quelque sorte ma présentation mais un infirmier me dit que M. de Montmollin ne désire voir personne et qu’ils respectent sa volonté. Bon, me dis-je. Puis, je vois une employée de maison et lui demande si elle sait quelle est la chambre de M. de Montmollin. Elle me dit qu’elle va me conduire jusqu’à chez lui. Elle entre dans sa chambre et lui dit qu’il a une visite. Il est d’accord même s’il ne sait pas que c’est moi. Il me voit, je lui dis « salut » et il me répond « salut ». Je sais qu’il sait que je sais qu’il m’a reconnue. Nous sommes en pays connu.

Je lui raconte que c’est Jack Froidevaux qui m’a renseignée sur l’endroit où il vivait. Jacques me dit que Jack sait beaucoup de choses et qu’il est très discret. Je ne peux que confirmer et profite pour lui dire qu’il le salue bien. Jacques est content. Je ne sais plus ce que je lui dis, mais au moment de partir, j’ai le courage de lui dire que j’aimerais bien le revoir s’il est d’accord, il dit oui avec la bouche et avec la tête – ces deux moments sont restés gravés en moi comme une photo – il a un petit sourire. J’ai envie de lui faire la bise, mais nous n’avons jamais été proches. Il a toujours eu un air un peu distant, j’ai peur de le brusquer puisqu’on dit qu’il ne veut voir personne et m’en vais. Je suppose que le fait d’avoir été acceptée dans son environnement a fait que j’ai oublié de lui lui poser la question pour laquelle j’étais venue, le prénom de Mado, la femme d’Ernest Grize.

J’ai rendez-vous deux jours plus tard avec la responsable des animations. J’aimerais proposer une activité gratuite aux pensionnaires. Je ne pense pas que Jacques veuille venir, à mon avis sa tête va bien mais physiquement il est plutôt sur un départ désiré. Je dois dire que le fait que Jacques se trouve dans le home de l' »Armée du Salut » me permet de réaliser le désir que j’avais d’offrir un cours à des personnes du quatrième âge, à celles qui ont construit le Neuchâtel dont j’ai hérité et qui se trouvent sur leur dernier trajet, pas toujours heureux.

Le mercredi, l’animatrice prend note de mes propositions. Elles seront examinées le lundi suivant. En attendant, je suis introduite dans la chambre de Jacques. Il me salue aimablement. Je lui raconte que j’ai trouvé la montre d’Ernest parmi les affaires d’André et lui demande de me donner le prénom de Mado. Madeleine, dit-il. J’ai ma réponse et je suis contente.

Je lui demande où il en est de son livre. Je ne sais plus comment les choses se sont liées, mais il dit que sa vie n’a plus d’importance et que son livre non plus. Je lui dis que je ne serais pas là sans tout ce qui avait été fait auparavant. « Tu as raison », a-t-il répondu.

  • Où est le livre ? lui ai-je demandé.
  • Il n’y a pas de livre, dit-il.
  • Tu n’as pas de manuscrit ? Tu n’as rien écrit ?
  • Non, tout est dans la tête.
  • Je t’aurais aidé à écrire. J’écris plutôt bien, sans fautes et fais de la révision de textes. Mais, tu pourrais me dicter des histoires et on pourrait publier des pages de la vie culturelle neuchâteloise sur ma plateforme puis je te lirai et tu corrigeras.

Jacques est d’accord et je dis que je vais repasser. Comme notre relation a trouvé un terrain d’entente, qu’on s’est rapprochés, je lui fais une longue bise en le prenant dans mes bras. Il répond et quand je m’éloigne, je vois qu’il bouge la tête en quête de la seconde et troisième bise. Instantanément il se passe plusieurs choses : il se rend compte que je n’y avais pas pensé, je me rends compte qu’il attendait autre chose, cela se passe en silence et chacun comprend l’autre. On se quitte avec le sourire et je lui demande s’il veut bien faire une sortie avec moi. Il dit que oui, mais que je dois lui passer un coup de fil avant. Je trouve la chose rigolote, mais lui donne mon accord.

L’animatrice me dit que depuis qu’il est au home, il n’a fait que deux sorties, il les a faites avec elle et ils sont allés restaurant « Le Cardinal ». Il y a bu un verre de vin et mangé une tarte au citron qu’il aime beaucoup. Je lui dis que je pourrais faire la même chose. On convient que deux jours plus tard, vendredi 14 juin, je viendrais le chercher.

Comme promis, je téléphone à Jacques et lui dis que dans l’après-midi, j’irai le chercher. On sort accompagnés d’une amie qui passe quelques jours chez moi. L’animatrice avait oublié de laisser une enveloppe avec des sous pour sa consommation et je n’avais pas d’argent sur moi. Je suis un peu inquiète, car sachant que Jacques ne veut voir personne, il n’a peut-être pas envie de traverser la moitié de la ville en chaise roulante pour aller à la banque. Je lui chuchotte à l’oreille si cela le dérange qu’on aille à la banque. Il me répond que je peux faire comme bon me semble. Quelle chance ! De plus, il fait beau, très beau. Il le dit aussi.

La première chose que Jacques nous dit lorsqu’on est sur le troittoir, à mon amie et à moi, c’est : « Si vous saviez comme j’aime cette ville ! J’ai beaucoup, beaucoup fait pour Neuchâtel. » Je trouve tout cela intéressant et me dis que j’aurai bien des choses à écrire. Je suis en joie !

Nous allons à ma banque, ma chère banque chère (autre article que j’ai écrit). On traverse la ville qui est assez animée. Jacques avait dit qu’il savait que c’était une journée spéciale. Il n’en a pas dit plus et moi non plus. Chacun savait que l’autre savait. Il y a des choses dont on est au courant quand on est dans le mouvement de la vie. Alors, la grève des femmes, on ne l’ignore pas !

Quand on arrive à la banque, on va à l’automate. Jacques dit que cela fait des mois qu’il ne va plus à la banque et qu’il ne sait pas comment fonctionnent ces appareils. Je me dis que la prochaine fois qu’on viendra, je lui montrerai comment tirer des sous sur mon compte. Je lui demande par où il veut passer et si cela lui dit d’aller voir la manifestation des femmes vers l’Hòtel de ville. Il est d’accord. Il y a foule et avec la chaise roulante, je me demande si cela ira, puis je décide d’y aller et de me faire entendre lorsqu’il y a attroupement. Je dis plusieurs fois « Le Roi passe! », les gens s’écartent aimablement et une fille dit « Vive le Roi ! ».Jacques a entendu. C’est magnifique.

Nous arrivons au Cardinal. Je demande à Jacques s’il a une table particulière et il dit que cela lui est égal. On s’assied près de la sortie sud. La serveuse reconnaît Jacques, le salue et lui dit qu’il leur a manqué. Je ne me rappelle plus sa réponse, mais elle est du même genre. Il commande un verre de vin dont il a lu une réclame près de la fenêtre. Je lui demande s’il veut une tranche de tarte au citron et il dit « oui ». Je me dis tout de suite que j’aurais dû m’assurer avant qu’il y en avait afin de ne pas risquer une déception. Heureusement qu’il y en a. Jacques a tout mangé, jusqu’à la dernière miette.

Pendant ce temps, il me raconte des petites choses sur la vie culturelle, j’enregistre sa voix. Je lui dis que j’écris… Il m’interromp pour dire que je le lui en ai parlé. Je dis alors que l’on pourrait publier ses histoires sur ma plateforme que je pourrai la lui montrer au home. Il est d’accord. Je suis contente, très contente.

Jacques dit qu’il aimerait rentrer. Il choisit de passer par la rue du Seyon. Pour monter au cinquième étage du home c’est toute une histoire, car s’il y a deux ascenseurs, seul un a la capacité de recevoir une chaise. Je passe un bon moment à essayer de faire que ce ne soit pas l’autre ascenseur qui s’ouvre jusqu’à ce que je trouve une combine et le dise à Jacques qui trouve cela drôle. Pendant ce temps, Jacques m’a raconté que l’autre jour il avait eu une douleur tellement forte au flanc droit, tellement forte qu’il avait fini par en rire ! Je trouve cela remarquable et regarde Jacques encore plus chaleureusement. On est du même monde.

Arrivés au cinquième étage, on va à une table pour qu’il puisse voir ma plateforme, son genre, ses rubriques et surtout l’endroit où ses « pages d’histoire » vont figurer. Il trouve tout cela très bien. Nous nous faisons la bise, trois longues bises, comme la première que je lui avais faite, mais trois parce que c’est le rituel et parce qu’on en a envie. Il dit qu’il me remercie pour ce moment et part dans sa chambre. L’animatrice m’avait dit que ses deux sorties avaient duré chacune 1 h 15 et qu’après avait été fatigué et était rentré. La nôtre a duré deux heures, mais cela avait été un jour très spécial.

Les deux jours suivants, je promène l’amie qui est en visite chez moi, je l’amène au port pour qu’elle fasse un tour en bateau. Cela fait des années, réellement, que je ne vais plus sur le quai ni me promener en bateau, ce que je faisais avec André… Je me dis que je pourrais amener Jacques et que nous pourrions faire une promenade en bateau. Soudain, j’ai plein d’idées pour des promenades, ce n’est pas si compliqué.

J’ai téléphoné à Jack et lui ai tout raconté. Il trouve qu’il y a une ouverture et que c’est de bon augure.

Le lundi, je sais que le personnel du foyer de « L’Armée du Salut » discute de mes propositions et m’attends à une réponse dans l’après-midi. J’ai envie d’aller voir Jacques, mais je ne veux pas non plus m’imposer ni forcer les choses. Mardi, toujours rien. Alors, je téléphone et on me dit que Jacques a quitté ce monde, paisiblement à 02 h. Je ne comprends plus rien. On avait des projets….

Je me dis que je dois le revoir une dernière fois. Je ne vais pas tout raconter, mais il y a eu des miracles du genre « Joséphine, ange gardien » qui ont fait que je l’ai revu et que je lui ai fait trois autres bises qu’il emporte dans l’autre monde.

Mais, même si Jacques ne pourra plus me raconter ses histoires directement, je pourrai en transcrire une partie, car Mado, Madeleine de son nom de baptême, m’a dit qu’elle a deux ou trois choses qui pourraient me rendre service en ce sens. Magnifique ! De plus, même si Mado habite dans un endroit peu accessible, comme elle le dit, Roger Peeters, le cameraman qui a fait son apparition dans ma nouvelle vie, m’a proposé de m’y amener. Je ne peux que répéter que c’est magnifique !

J’ai cherché, en vain jusqu’ici, une photo où Jacques soit coiffé…

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Rencontres particulières 8 : My favorite docker, Albert E. Golding

Life has sometimes funny ways to put things together. This story begins when I was working at the International Labour Organisation, Geneva, in the 1980s and continues in Neuchâtel in 2018.

I was in charge of analysing the survey done by the international dockers union based in London. It was the time when different ports were facing the introduction of containers which obliged the ports to construct special platforms for the containers that were moved by cranes and not any more by dockers. The unions hoped to be able to do something and wanted to have a worldwide view before acting. The questionnaires I had to analyse were in different languages and I remember that I went to ask a few questions to my neighbour, Mrs Bourquin, whose husband was the son of one of my former mathematics teachers, she was Hungarian. By the way, Mr Bourquin, the teacher, had been my teacher, my friend’s (André) teacher and the teacher of Gilbert Facchinetti ! Life is so funny sometimes…

The results were to be presented by the department for which I was working at that time, « Maritime », in London. So I went to London. At the seating I only saw men and I could see from far who was a docker and who was working with a crane. There was such a difference between those from Liverpool and those from Vienna! Those from Liverpool looked like the movies dockers, solid and with a whisky bottle in the pocket (I precise that I never saw anybody drinking) besides the slim ones working on cranes and in some way « alone ». Between those from Liverpool I could feel a real union. I cannot explain why I was marked by those examples as there were much more at the seating.

You already know the result. Liverpool had resisted and refused to see containers landing in their port… and the port had been bypassed, the situation was really difficult. Hereby you have a picture of some dockers in the 1950s. You can see their strength, their personality, they are just « one ».

Liverpool had been the major port of the British Empire and the first enclosed commercial dock of the world and a pioneer in the development of port technology, transportation systems, port management and building construction. So, you can imagine the situation with the new technology…

I was sad feeling that I could do nothing in this situation. I have been carrying this in my heart, in my « self » until 2018.

Years later after the survey, working at my ballet studio I see an English family take place into the apartment next to my studio in Neuchâtel. We had a nice relationship for a longtime. I had put some plants into their court yard that leads to my studio, they had appreciated and that was all. At Christmas 2016 I saw Do’s parents (Do and Martin are the names of my neighbours) and that was nice. In 2018 I see them again, it was the Summer, we have a talk and I discover that Albert, Do’s father, had been one of those Liverpool dockers that was working at the port by the time I had analysed the survey… In the end he had been obliged to change his profession! I couldn’t believe that I had in face of me one of these wonderful dockers. Immediately a love story started. His wife is not jealous, his daughter neither! It is as if I had History in face of me. And hereby you have Albert, my favorite docker, posing before the recent Liverpool football victory and he is wearing a T-shirt with « Never give up » written! That is fabulous ! Somehow I feel much better and have not any more this sadness I had for years. I cannot explain how it happened but it is so.

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Une montre parmi les affaires d’André Oppel.

C’est une suite de l’histoire de la Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. de Neuchâtel, en effet, parmi les affaires d’André – feu mon ami et graphiste un temps à ladite fabrique – il y avait deux vielles montres, une pour dames et une pour hommes. Je les montre à Jack qui, contrairement à moi, sait lire ce qui est écrit dans les montres et me dit qu’aucune d’elles ne vient de la fabrique de son père. Je suis un peu déçue. Mais, ajoute-t-il, celle pour hommes vient de la fabrique Borel, aussi de Neuchâtel. Le bâtiment se situait là où il y a actuellement le CSEM. Cela provoque une émotion en moi. Curieux, je suis quand même de Neuchâtel, peu importe que je n’y sois pas née.

Alors, Jack retourne la montre et voit l’inscription : Grize Ernest. Tonneau ! Ernest Grize était le régisseur du Centre culturel neuchâtelois, il a construit le plancher de ce qui est devenu mon studio, la « Cave perdue », les meubles que j’ai retapés… Je ne crois plus à la réincarnation, toutefois tout cela me donne une drôle d’impression. C’est comme si Ernest me disait qu’il était là, que les choses vont bien et que j’ai bien fait de prendre soin de tout ce qui se trouve dans cette cave. Cela me fait penser aux « cafés atomiques » que je prends avec Knut, mais c’est une autre histoire. En ce moment, j’ai un sentiment de joie et de paix. Voici l’image :

Puis, voulant faire une photo du dos, je lis l’inscription : Ernerst Grize, Noël 1951. L’âge pour moi n’est pas un élément essentiel, mais Ernest devait être un adolescent quand il a reçu sa montre et, ce, le jour de Noël.

Il me semble aussi que si j’ouvre une porte temporelle, je vais voir les ouvriers dire « c’est la montre pour le jeune Grize », il faut la graver !

Comment a-t-elle a atterri parmi les affaires d’André ? Il me faudra une autre ouverture temporelle pour le savoir. En tous les cas, quelque chose il y a. C’est d’ailleurs Ernest qui m’avait introduite auprès de la direction du Centre culturel neuchâtelois pour que je puisse sous-louer la « Cave »… La direction était composée de Jacques de Montmollin et d’André Oppel, devenu mon partenaire de vie… Tout un symbole !

1951, dit Jack, je sais qu’en 1956 André travaillait chez Froidevaux. C’était hier, me dis-je…

Quant à l’autre montre, celle pour dames, elle vient de la fabrique Precimax, aussi de Neuchâtel, et dont le bâtiment se situait à Monruz, tout près de Neuchâtel.

Toutes ces événements qui se sont écoulés dans d’autres temps me semblent à portée de main. Ce n’est pas étonnant, je suis originaire d’un canton horloger !

Connaissant maintenant l’adresse de Mado, la femme d’Ernest (article : Histoire d’une bise et Jacques de Montmollin), je lui rends visite. C’est un moment émouvant. Mado n’arrive pas à s’expliquer comment Ernest avait pu avoir une montre d’une telle valeur alors qu’il était orphelin et que la personne chargée de son héritage en avait fait main basse… Mais, bon, la montre est là et Mado me donne des photos d’Ernest. Elle m’explique aussi qu’Ernest a dû insister pour que je puisse devenir sous-locataire du studio. Je lui dois une fière chandelle. En fait deux, car c’est lui aussi qui a amené André, mon compagnon, au CCN. C’est ainsi que j’ai rencontré André et que j’ai pu exercer mes activités dans un local fait avec amour. Voici Ernest :

Ernest était un bel homme. J’ai surtout apprécié son sourire, sa gentillesse.
Et voici Mado, la femme de sa vie pendant 45 ans. Elle faisait le secrétariat, tenait la compatibilité la journée au Théâtre de Poche ou CCN, le soir elle tenait la caisse lors des spectaacles et après le spectacle, elle tenait le bar en plus de préaparer des repas. Que lui restait-il des 24 heures d’une journée ?

En voyant la montre, Mado a dit qu’elle allait la faire réparer… Le temps ne s’arrête décidément pas !

Mado m’a aussi remis des documents qui m’ont permis de rencontrer Freddy Landry.

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Mes histoires

Au lieu d’écrire une biographie qui n’est ponctuée que par des dates, je vais écrire certaines des histoires qui me sont arrivées. Elles arrivent par des chemins détournés et quand les événements sur ces chemins forment un tout, c’est comme si je l’avais su. C’est inexplicable. La plupart du temps, les histoires, mes histoires me réjouissent. Ces histoires sont toujours porteuses d’enseignement. Parfois, je pense à la place qu’occupe l’histoire dans les branches scolaires et me dis qu’elle devrait migrer vers les principales tellement elle est importante. Je suis convaincue que si on apprenait réellement l’histoire, on éviterait bien des erreurs.

Bref, mes histoires m’apportent bien des choses et les histoires des autres aussi.

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Le lac de Neuchâtel, mon lac et mes clefs.

Le lac de Neuchâtel fait partie de moi. Lorsque je suis ailleurs et qu’il n’y a pas « d’eau », je sens plus fortement son absence. Même quand je suis au bord de la mer « mon » lac me manque. Pour moi il est tellement vivant qu’il représente une entité, d’ailleurs la variété de ses tons et forces me « parle » . D’après ce qu’on m’a expliqué, c’est dû au fait qu’il est parcouru par des courants, chose exceptionnelle. Maintenant que j’écris cet article, il faudra que je me renseigne. Mais, une chose est sûre, il change de couleur surtout lorsque le vent et les différents courants d’air le traversent, mais pas uniquement. Sa force et sa beauté me fascinent.

Knut, le photographe attitré de ma nouvelle aventure terrestre, m’a passé les dernières photos qu’il en a faites. En voici une :

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En voyant la force qui se dégage dans cette photo, c’est la mienne que je vois. Je me sens comme les héroïnes russes, pleine d’exaltation, de vitalité, de joie. Je n’ai pas réellement de mot, c’est tout cela en même temps.

Cette magnifique photo de Knut me rappelle les nombreuses promenades que j’ai faites lorsque j’étais à l’École sup. et que le lac était agité. C’était dans le même état d’esprit. Une fois, parlant du lac avec l’un des assistants de l’université de Neuchâtel, il m’a dit qu’il n’allait jamais se promener au bord du lac. J’avais trouvé cela incroyable. On peut supposer qu’il devait se demander ce que je pouvais bien trouver à… de l’eau ! Maintenant, je dirais que l’on avait des façons différentes de vivre dans un même endroit. Point.

J’ai aussi un lien particulier avec le lac parce qu’il m’a rendu mon trousseau de clefs !

Un premier août, je suis allée me baigner au bord du lac. En rangeant mon pantalon, mes clefs sont tombées entre les rochers et allées dans le lac… Pas possible de les voir ni bien sûr de les récupérer. Les rares passants qui ont montré de l’empathie n’ont guère été encourageants. Connaissant l’histoire des courants, j’ai prié le lac de ne pas trop bouger et de m’attendre le lendemain. Je ne savais pas très bien comment j’allais m’en sortir, mais il fallait que je trouve une solution. L’idée du coût d’un expert et de nouvelles clefs m’angoissait. Le lendemain, je me suis arrêtée au hangar des trams qui est sur mon chemin quand je vais me baigner et j’ai emprunté une tige en fer avec un crochet. J’ai passé un bon moment à essayer de trouver mes clefs et à chaque fois j’avais peur qu’elles n’aillent plus profondément. Finalement, je les ai vues (ce moment de ma vie est comme une photo, je revois les clefs) et c’est avec la main que je les ai repêchées. Cela a été une grande joie et j’ai éprouvé une immense reconnaissance envers le lac. Je la lui ai manifestée avec des gestes et des mots.

Avant cet incident, j’avais pour principe de ramasser les choses en plastique que les inconscients laissent traîner, de même que les cannettes et bouteilles. Je trouvais que le lac ne méritait pas cela. En effet, les gens qui se promènent sur son bord vont pour y trouver une certaine tranquillité, mais leurs remerciements sont loin d’être équivalents à ce qu’ils en tirent. Il y a quelque deux ou trois ans, une dame m’a dit qu’elle ramassait aussi les couvercles des bouteilles, car elles peuvent blesser les pattes des chiens. J’ai décidé de l’imiter et d’ajouter cet autre déchet à ma liste.

Je me plais à croire que le lac a reçu le message  (une sorte de SMS !) et qu’il s’est dit qu’il allait me remercier pour le soin que je prenais de lui en me rendant mes clefs.

C’est donc avec un sentiment très spécial que je regarde « mon » lac. Je m’y baigne assez souvent, toute saison confondue – moins en été car il y a trop de monde et l’eau aussi passablement chaude –  à l’endroit « des clefs » et je parle avec l’eau, je joue avec elle et je la remercie pour le bien qu’elle me fait. Je remercie aussi les rochers, le soleil qui vient assez fréquemment quand je me baigne, tout ce qu’il y a autour et tout cela me rend de très bonne humeur.

En observant et ressentant la photo de Knut, je me dis que je vais reprendre un cours que j’ai donné quelques fois et que j’ai intitulé « Rêves éveillés » avant de savoir qu’une technique similaire existait. C’est un autre des bienfaits que le lac me donne. Il faudra que je le lui dise la prochaine fois que j’irai me baigner !

D’autres photos de Knut :

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Cet endroit, la passerelle de l’ « Utopie ». est particulier pour moi. Mon ami, André Oppel, a joué un rôle pour qu’elle subsiste après qu’elle a été construite afin de célébrer, avec onze autres constructions architecturales temporaires, le 700e anniversaire de la Confédération helvétique en 1991.

Voilà que je suis en train de faire mes exercices dans « mon » lac et je perçois un personnage qui fait des photos du lac. Il faut dire que cet hiver 2020 est assez particulier et que le beau temps règne. Cela donne un air assez féerique au lac avec de la brume, de la lumière qui la traverse ou la met en valeur. Je regrette de ne pas avoir mon appareil photo avec moi. Au retour de ma baignade, je revois le photographe et lui demande s’il peut m’envoyer quelques-unes de ses photos par la toile. Il accepte, c’est un Danois, et je suis ravie.

On dirait trois peintures.

Ces trois magnifiques photos me font penser au peintre Raymond L’Epée par les teintes que l’on y trouve, par la fusion qu’il y a entre les couleurs, par la délicatesse de la composition. La nature est absolument remarquable. D’ailleurs, aujourd’hui, les gens au bord du lac avaient l’air épanoui. Je remercie le photographe et la nature pour ce qu’elle offre.

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