Le Jardin botanique de Neuchâtel hérite de livres d’André Oppel.

Lorsque André, mon partenaire de vie, est parti au ciel (pour mémoire, André Oppel a été le seul directeur artistique que le Théâtre du Pommier, Neuchâtel, ait eu), j’ai pris soin des livres qu’il a laissés. Il y avait une petite collection sur les poissons, papillons, mamifères, plantes. J’ai tout de suite pensé au Jardin botanique, mais j’avais besoin de temps pour remettre ma vie sur un autre rail, un rail où j’allais devoir continuer à vivre seule. Cela fait un moment maintenant qu’André a quitté ce monde et je me dis que je ne vais malheureusement rien emporter dans l’au-delà en dehors des expériences qui auront nourri mon existence. Le moment est venu de trouver à ces livres un destin meilleur que celui de reposer sur un rayon de ma bibliothèque.

M. Blaise Mulhauser, le directeur du Jardin botanique. Je téléphone au Jardin botanique, exprime mon désir de donner des livres et on me passe le directeur. Quelle chance ! Il se déclare preneur.

Le plaisir et l’émerveillement. Le plaisir est celui de trouver un bon destin à tout ce que mon ami a laissé entre mes mains. L’émerveillement vient lorsque je feuillette ces livres qui ne feront plus partie de mon paysage et que je prends conscience de la beauté des images, du travail qu’il y a dans ces livres. Nous vivons grâce à la nature, je le sais et je l’admire en général, mais il me semble qu’une autre dimension s’ouvre en regardant ces livres. C’est comme si je participais à la découverte qu’à fait le petit André lorsqu’il les avait entre ses mains. Le temps, on le sait, a plusieurs dimensions.

André Oppel n’a pas encore trois ans et demi. Ses parents ont écrit deux cahiers au sujet de la découverte du monde par André. Il est écrit qu’à cet âge, André connaît déjà le nom des « fleurs, mamifères, poissons, oiseaux petits ou grands, des forêts de chez nous ; ceux des mers ou du pôle Sud, ce sont ses connaissances aussi ». En regardant les images, j’ai l’impression de sentir la joie du petit garçon. Je me dis que ces livres ont bien nourri mon ami parce que si André était graphiste, si le dessin était inné chez lui, les reproductions de ces livres l’ont marqué. Je le dis parce que je lui demandais de temps à autre des dessins d’animaux ou de champignons et qu’il me semble voir les « racines » dans ces livres. Il faut aussi savoir que le petit André avait appris à lire bien avant l’école. Il demandait à l’une de ses tantes (tante Emma, celle qui lui montrait les livres mais dont j’ignore le nom de famille) comment on lisait ceci ou cela et il retenait. Alors, à l’école, c’était lui qui lisait les histoires à ses copains de classe. Je vois aussi que certains livres ont été plus « visités » que d’autres. Il me semble voir la curiosité d’André se satisfaire au fur et à mesure de ses lectures. C’est comme une cadeau pour moi ; un cadeau auquel je ne m’y attendais pas. Si je n’avais pas décidé de donner ces livres, je n’aurais pas ce cadeau. C’est magnifique.

Des souvenirs. Je me dis que je vais photographier ces livres et choisir une image de chacun. Je commence.

Les livres sont écrits par des sommités, je mettrai la liste en bas. Ils sont entrés dans la famille, pour la plupart en 1920, mais le premier que j’ai photographié est de 1924. Ils ont tous la signature de Willy Ravenel.

Présentation des livres. Parfois les idées qu’on voudrait mettre sur « papier » ne donnent pas le résultat escompté et il faut s’adapter. C’est le cas ici, alors, je procède différemment.

Le premier est une édition améliorée, le second et le troisième sont d’une deuxième édition.

Le dernier volume réserve toutefois des surprises. Il met en dernières pages ses publications, dont la toute dernière à paraître en octobre 1914. On est en septembre ; les curieux devront attendre un mois…

Surprise ! Je viens de voir le premier volume sur la Toile ! J’ai pu passer commande après bien des péripécies sur différents sites. C’est une collaboratrice, Samantha R. de la plate-forme AbeBooks, qui met en ligne des livres anciens, divers objets de collection en tous genres, qui l’a cherché et trouvé pour moi sans que je le lui demande. Je lui suis reconnaissante parce que j’ai cru que je ne l’aurais jamais. Elle m’a donné envie de faire un tour plus approfondi sur la plate-forme en question et je viens de trouver un tas de trésors. Comme souvent, je rends service et finis par recevoir de belles surprises. AbeBooks m’a donné son accord pour mettre le lien de sa plateforme.

Le dernier-né, si je puis dire. Il ne s’est pas passé une semaine depuis que Samantha R. a trouvé le fameux premier volume et le voilà qu’il « débarque » chez moi. Il est en parfaite santé et se réjouit de commencer une nouvelle vie dans le Jardin botanique. Le voici :

Merises et cerises. La merise est une cerise sauvage. La sorte de l’image, prunus avium, a servi à produire des cerisiers doux.

Liste des sommités :

  • Oiseaux de France, Suisse et Belgique, volumes I et II, le Baron L. D’Hamonville ;
  • Papillons de France, Suisse et Belgique, Dr Paul Girod, professeur à l’Université de Clermond-Ferrand ;
  • Champigons comestibles et vénéneux, séries I et II ; Paul Dumée, membre des sociétés botanique et mycologique de France ;
  • Poissons de Mer de la France et de la Belgique, C. Raveret-Wattel, directeur de la station aquicole du Nid-du Verdier, près Fécamp ;
  • Mamifètres de France, Suisse et Belgique, René Martin ;
  • Les Arbres, Arbustes et Arbrisseaux forestiers, C. L. Gatin, ingénieur agronome, docteur ès sciences, préparateur à la Sorbonne ;
  • Les Fleurs des Bois, C. L. Gatin, ingénieur agronome, docteur ès sciences, préparateur à la Sorbonne ;
  • Les Fleurs des Pâturages, E.G. Camus, lauréat de l’Institut, Académie des Sciences ;
  • Les Fleurs des Moissons et des Cultures, Émile Gadeceau, correspondant du Muséum national d’Histoire naturelle.

Une image de chaque livre dans l’ordre où ils apparaissent dans l’article.

Il est possible que le dessinateur de la mésange et des oisesaux du premier livre soit son auteur, le baron L. D’Amonville.

Un conte de fées. On se dirait dans un conte de fées avec ces champignons si « craquants ». Je n’avais pas une affection particulière pour les champignons, mais j’ai eu la chance de travailler à Mycorama, le musée des champignons qui a brièvement existé à Évologia, Cernier. J’ai appris tellement de choses sur le sujet que je me dis aussi que la Suisse a raté une industrie intéressante en fermant cette institution. En effet, à partir du champignon, mis à part le fait qu’on peut en manger directement, on peut fabriquer des tissus, des encres, des médicaments, des protéines qui n’ont pas la graisse de celles animales, du poison. Cela aurait été une industrie propre. J’ai aussi appris que le champignon faisait partie du 5e règne, du fait qu’il se situe entre le végétal et l’animal. Mais, j’en reviens aux images, au cortinaire rouge cinabre qui porte un si beau rouge que j’en suis fascinée !

Le hasard a bien fait les choses. À chaque fois, j’ai ouvert les ouvrages au hasard pour choisir les images. Dans le dernier, le muguet me dit que j’en ai dans mon balcon. C’est une sorte qui vient du jardin de la secrétaire de l’Opéra de Bucarest lorsque j’y étais. Il est plus fourni que celui que je vois parfois ici. La carotte sauvage, je la connais parce que je la ramasse dans les champs pour la donner à mes canaris en volière intérieure et extérieure (c’est important de le préciser). Je viens d’apprendre son nom grâce à André et au Jardin botanique. Une fois de plus je m’enrichis en donnant quelque chose. Quant au chardon, je ne sais pas pourquoi il est sorti, il pique, mais je trouve tellement joli son nom « chardon penché » et il a un cou si gracile que je me dis qu’il danse. De plus, il a des couleurs si belles que je craque là aussi !

Au Jardin botanique. J’arrive avec mes livres, rencontre le directeur, M. Blaise Mulhauser, lui donne les livres qu’il trouve intéressants et qu’il va installer dans la bibliothèque de son institution ; en tant que connaisseur il regarde l’éditeur, l’année de parution et se déclare ravi. On discute et il m’apprend qu’il a connu André, qu’il a fait du théâtre à la « Cave perdue », local qui est devenu mon studio de danse ! Je n’en reviens pas de voir se relier divers pans de mon histoire. Tout cela me procure une immense joie.

Plantes médicinales. Au Jardin botanique, il y a actuellement une exposition sur les plantes médicinales et M. Mulhauser va chercher le livre dans lequel figurent des témoignages de personnes qui connaissent une plante, ses propriétés et fournissent la recette de préparation.

Le livre. Quand on l’ouvre, à droite il y a le texte, écrit dans la langue maternelle de la personne – on y trouve du persan, du japonais, du portugais du Brésil – et à gauche un dessin de la plante, dessin fait par M. Mulhauser en personne. Je lui demande s’il a fait des études particulières, mais non, cela s’est fait naturellement au cours de son existence. C’est remarquable !

Le livre encore. M. Olivier Molleyres a fait un magnifique livre. Quand je l’ai vu et que j’ai imaginé que je pouvais y écrire quelque chose, j’ai eu une émotion, une sorte de crainte, tellement le papier est beau. On ne voit plus tellement un aussi beau papier. On sent le savoir-faire et cela me touche. Sur sa plate-forme il est indiqué qu’il est le dernier relieur de la ville – il y a tant de métiers artisanaux qui disparaissent, qu’il faut soutenir ceux que la passion nourrit – et, chose magnifique, son atelier est devenu centenaire en 2017.

Liens vers :

Moi, une fleur, et Zully

Je vois Zully descendre la rue où le destin m’a mise à terre. Quelle chance ! Elle me voit. J’ai entendu dire que Zully ramasse les fleurs qu’elle trouve par terre. Je me dis que mon destin ne va pas me faire finir n’importe comment, et j’ai eu raison !

Zully me prend, me dit de gentils mots et me dit qu’elle va prendre soin de moi. Elle m’amène à son studio de danse, où elle allait faire ses exercices et répétitions, me met tout de suite dans un verre avec de l’eau et me fait baigner dans de la belle musique dont celle jouée par Gilles Rémy and his Jazz Band. Elle doit l’écouter souvent, car elle connaît les paroles, surtout celles de « Roses de Picardie ».

L’atmosphère est plaisante dans son studio, c’est calme et on est dans un tout autre monde. Tout à coup, elle fait des danses qu’elle prévoit pour un spectacle et je comprends pourquoi elle connaît si bien les paroles de la chanson dont je parle plus haut. Elle fait partie du spectacle.

Le temps passe et elle décide de rentrer. Elle m’enlève du verre, sent mon désarroi parce que ma tige reste en l’air tout sec, réfléchit et décide de me prendre avec le verre. Ouf ! Je suis soulagée.

Dans son bureau, dans sa bibliothèque. Elle me prend en photo et me pose sur un rayon de sa bibliothèque qu’elle vient de nettoyer, d’arranger une nouvelle fois. J’ai vraiment de la chance !

Ma couleur. Oui, je voulais encore dire que ma couleur se mariait bien avec celle des habits que Zully porte aujourd’hui. Nous étions vraiment faites pour nous rencontrer !

Quelle aventure ! Je me réjouis de voir ce que demain va m’apporter. En attendant, je vais dormir. Dans mon rêve, je vais aller dans l’ordinateur de Zully pour choisir les articles qui vont figurer en bas. Dans la catégorie « Mes histoires » elle en a déjà un paquet, mais, je vais faire un tri et demain elle aura les idées claires pour les mettre. Comme vous voyez, le sommeil n’est pas synonyme de repos.

Après une nuit de sommeil bien pleine, je me réveille avec le chant des canaris de Zully. Je reviens sur mon sommeil. J’ai pu discuter avec les livres, meubles, décors et les mille et une choses qu’elle a chez elle. J’ai pu aussi entrer dans son ordinateur et lire tout ce qu’elle a écrit. Je peux affirmer que je pars de l’autre côté du miroir avec une culture bien supérieure à celle que j’avais jusqu’ici.

Résultat. Si vous regardez attentivement ma première photo, j’ai un pétale qui se dresse comme une antenne et si vous regardez la photo prise aujourd’hui, tous mes pétales reposent délicieusement sur l’eau. Effectivement, je n’ai plus de tensions et je suis dans une détente qui présage de ce qui m’attend de l’autre côté et tout cela sur le fond du chant des canaris de Zully, car elle m’a installée à côté de leur volière !

M. Charles Frésard. Les histoires de Zully se lient les unes les autres… « juste comme ça ». Elle va chez M. Frésard, l’ancien comptable de M. Froidevaux, pour lui montrer comment il pourrait connecter un ordinateur s’il en achetait un et pour lui montrer mon histoire. Quand elle arrive à la photo du zeppelin, elle demande à M. Frésard s’il a vu l’aéronef et effectivement, il l’a vu en 1936. C’est fabuleux d’imaginer que le petit André Oppel, le petit Charles Frésard et le jeune René Froidevaux, qui plus tard allaient travailler ensemble, étaient déjà unis par un même événement ! Tout cela, Zully le sait maintenant, grâce à moi. Je suis ravie de lui avoir rendu service.

Liens vers :

Thomas Wälti oder Orgeln in Bern

Bern. Es ist eine Stadt, die mich mit Freude erfüllt wenn ich da bin. Ich spaziere gern dort. Ausserdem ist es die Stadt wo A. Einstein lebte und, die ihm die nötige Ruhe gab um in Zusammenarbeit mit seiner Frau Milena seine berühmten Gleichungen zu Papier zu bringen !

Kirche des heiligen Geistes. Letzten Freitag verlasse ich den Bahnhof, betrete die Hauptstrasse und sehe die Türe der Kirche geöffnet. Ich war nie drinnen. Die Neugiriegkein siegt und ich sehe Leute, die gesessen sind und ein Mann der ein Papier verteilt. Ich fühle dass etwas geht um und entscheidet mich zusetzen. Das Gewölbe des Kirchenschiffs zieht mich an. Ich finde es sehr schön und mache ein Foto. Ich denke, dass ich es in meinen Knochenkursen benützen verwerden wird. Es ist eine wunderbare Struktur. Ich erfahre, dass die Kirche aus dem Jahre 1729 stammt. Ich mag den Barok und diese Kirche macht mich satt.

Orgelkonzert. Ich habe Glück, es ist eines der Konzerte, die im Rahmen der Veranstaltungen zum 40-jährigen Jubiläum der Orgel organisiert sind. Das Konzert dauert 30 Minuten und wir hören drei Fantasien des Komponisten Krebs, gespielt von einem Konstanzer Organist, Herrn Johannes Bleicher. Musik durchdrignt mein ganzes Wesen. Wir merken es nicht immer, aber alles, was uns umgibt und unsere Sinne berührt, schwingt in uns mit.

Ausstellung. Nachher, der Mann, der die Papiere verteilt hat, das heisst, der Organist der Kirche, Herrn Marc Fitze, der Öffentlichkeit die Funktionsweise einer Orgel erklären wird und dass er auch der Maler der Gemälde, die in die Seitenschiffen ausgestellt sind, und deren Thema die Orgel ist.

Gemälde. Alles ist klar, man braucht keine Erklärungen. Aber in den Bildern sieht man Poesie ; man fülhlt den Wind, die Luft. Man sieht Formen, Leuchter, Schiffe. Man könnte sogar sie verwenden, um Geschichte zu erzählen.

Meine Foto. Die Gemälde sind unter reflektierenden Glas gerahmt und man kann manchmal die Spiegelung der Fenster auf der anderen Seite sehen. Ich weiss nicht, was der Maler davon hält, aber es macht manchmal einen glücklichen Effekt.

Position der Organe in den Gemälden. Ich fragte den Maler warum die Orgel « gekippt » seien. Er erklärte, dass ihn die Leute manchmal kritisierten, aber eine gerade Orgel zu malen sei « langweilig ». Mehr brauchte er nicht sagen, den das ist « le charme » seiner Bilder. Ich wollte nur eine Bestätigun hören. Ich wurde bedient !

Es ist ein Festival, ein Feuerwerk ! Man gratuliert den Organisatoren der Ausstellung und natürlich dem Maler zu diesen ausgestellten Träumen.

Klammer. Herr Wälti hat viel über den Bau einer Orgel und die gewünschten Effekte erzählt. Obwohl die Geschichte auf Schweizerdeutsch war, konnte ich mitverfolgen und mir sagen, dass in den Rohren und und Luftdrücken viel Physik steckt. Aber es waren seine Hände, die meine Aufmerksamkeit erregten. Freundlicherweise posierte er für mich. Was für ein Glück !

Und wir enden mit einem anderen Gemälde mit einer Orgel, die uns einlädt, als ob sie ein Schiff wäre, darauf zu klettern und in eine traumhafte Welt einzutauchen.

Am überraschendsten. Ich lebe eine Zeit meines Lebens, in der viele scheibar unzusammenhängende Dinge zusammen kommen, um ein Ganzes zu ergeben oder mir Antworten geben. Ich verstand nicht, warum mich das Schicksal in diese Ausstellung gedrängt hatte. Ich erinnerte mich, dass ich « Rumänien » hörte aber hatte nicht wirklich verstanden. Ich kehre nach Bern zurück, schaue die Ausstellung noch einmal und verstehe, dass der Orgelbau in Rumänien war und, dass von den zwölf bemalten Orgeln, die Hälfte (Fotos 1, 2, 4 und 6, das letzte ist nicht gezeigt) aus Rumänien sind ! Rumänien erinnert sich an mein Gedächtnis und ich erinnere mich an das erste Mal, als ich in der Kirchen betrat, deren Orgel von Herrn Wälti reproduziert ist. Ich atme als auch diese Austellung ein Teil meines Geschichtes ist ! Rumänien ist meine Ausbildung im klassischen Ballett und viele Dinge, die mich aufgebaut haben.

Linken mit :

Martial Hunkeler alias Sial, peintre et sculpteur, à la Galerie 2016

Je suis toujours émerveillée de voir comment les choses se lient les unes les autres dans ma vie. Toute vie a une trame, mais j’ai l’impression que la mienne prend une réalité à plusieurs dimensions, et que les événements qui viennent la mettre en relief lui donnent un aspect visible, presque tactile.

Ma rencontre avec Martial. C’est le hasard qui a voulu que je fasse sa connaissance. Il faisait partie du groupe d’artistes plasticiens chargé de peindre la rue des Chavannes. J’ai proposé ma collaboration et elle a été acceptée.

Martial expose à la galerie. Hunkeler est son nom de famille et Sial son pseudonyme. Les choses étant claires, on remarque que chez lui aussi le hasard fait bien des choses. Il rencontre un ancien copain d’école dans une gare, puis au tour du canton et ensuite dans des galeries d’art et voilà que le lien écolier devient amical et que la collaboration s’installe tout naturellement. C’est ainsi que Philippe Du Pasquier, le nouveau galeriste de la Galerie 2016 d’Hauterive (NE) a proposé à Martial les dates 21 août – 19 septembre de l’année courante pour qu’il expose ses oeuvres dans la galerie. Martial me dit : « Le genre d’oeuvres que je fais actuellement : tableaux, sculptures, sculptures murales (elles ne peuvent que s’accrocher, tels des tableaux) tout s’est parfaitement encadré. Les volumes de la galerie, son illumination, l’emplacement, tout était parfait. Bien sûr, le savoir-faire de Philippe a été primordial ; c’est un tout ».

La Galerie 2016 et son attitude en pleine pandémie. En cette période où les entreprises, les commerces et autres acteurs économiques courent après la rentabilité et suppriment des emplois, il faut célébrer la politique de la galerie qui ouvre ses portes à un artiste qui se construit une carrière. En effet, ouverture d’esprit, qualité et rentabilité peuvent faire bon ménage.

Style de Martial. Disons d’emblée que les créations de Martial sont abstraites. En ce qui concerne ses scupltures, il parle de squelette, de structure et de chair suggérée, du rôle de l’imagination à jouer avec les formes de ses oeuvres. Je me dis, en l’entendant me raconter comment son exposition a pris forme, que c’est comme s’il décrivait l’une de ses propres sculptures : les formes, les matériaux, les espaces, la consistance, les rencontres se sont unis pour donner naissance à cette exposition.

Flow W. C’est le nom de l’oeuvre et l’une des dernières créées. C’est aussi celle qui a attiré mon attention. Je la trouve légère, agréable à voir, reposante. L’imagination peut très bien jouer avec elle. On peut l’imaginer volant dans l’espace, un espace indéfini, s’agrandissant, revenant à sa forme, se rapetissant mais gardant toujours sa structure. Que dire d’autre sinon que c’est plaisant. De plus, elle m’inspire. Suite au prochain paragraphe !

Atelier du mouvement pour le corps et l’esprit. Je donne cet atelier dans le cadre de formations continues et me dis que ce tableau irait bien dans mon cours, car justement l’imagination et la vie de chacun peut y trouver sa place. il y a bien des façons d’entrer dans l’oeuvre ou d’interpréter ne serait-ce que le passage d’une couleur à l’autre ; l’oeuvre étant ajourée, on peut jouer avec les jours (rappel pour ceux qui comme moi l’avons oublié : le substantif du verbe ajourer – percé d’ouvertures, de jours – est justement « le jour ». C’est tellement joli… je me dis que se réveiller le matin c’est « voir le jour », c’est avoir une nouvelle ouverture… fascinant !) qui peuvent nous conduire à d’autres dimensions.

Article dans le Bulletin des Communes – dont le nom abrégé est Bulcom (journal régional). La journaliste Céline Smith consacre une page entière à l’exposition. Joli exploit pour Martial ! Voici un de ses commentaires : « Ainsi, ses dessins au crayon métallique semblent littéralement être en relief, et, à suivre la ligne, on se perd dans le trait, on est happé, hypnotisé par le motif qui tourne sur lui-même… Spirale du temps, enchaînement des mouvements, allégorie de la vie, ici encore ».

Le nom des oeuvres de Martial dans cette exposition sont en anglais, mais lorsqu’on va dans son atelier, il y en a aussi en français. Quelle importance ? direz-vous. Je tiens à la langue du pays où l’on vit, mais, il est vrai que l’on peut avoir des résonances avec certains sons ou concepts exprimés dans une autre langue et cela ne s’explique pas. Je fonds lorsque j’entends le russe… alors… Martial me dit que les titres de ses oeuvres lui viennent tout seuls.

Une surprise. Une fois de plus, le hasard, cet ami qui existe sans exister, vient à ma rencontre. Je demande à Philippe si les livres que je vois dans son atelier sont tous liés aux expositions de la galerie. Il répond affirmativement et m’en montre quelques uns. L’un d’entre eux n’a pas le nom de l’artiste. Il trouve cela curieux, car effectivement il n’y a pas de nom, nulle part. Je lui dis que je possède un exemplaire avec la référence Je rentre chez moi et trouve :

Jean-Claude Viellefond et Eva Montgomery. Eva est la femme de Jean-Claude. Nous nous sommes connues à l’époque où nous travaillions à Genève, elle à l’AELE et moi au BIT. Ensuite elle a travaillé à Lausanne où j’allais les mercredis à la séance de rédaction de L’Hebdo, revue pour laquelle je tenais la rubrique des conférences. D’ailleurs c’est moi qui y ai mentionné pour la première fois, hors du canton, les conférences de Frédéric Maire sur le cinéma. Eva et Jean-Claude sont venus chez moi. Jean-Claude a regardé les peintures que je faisais à cette période-là et m’a donné un conseil qui est devenu une partie de moi-même. Je l’applique surtout dans les maquillages fantaisie que je fais. Lorsque je revisite les photos que j’ai prises de mes maquillages, je croise celles que j’ai faites à Eva et une nostalgie m’envahit. Dernièrement, je me suis dit que la nostalgie ne servait à rien, que j’allais appeler Eva, et ai prié pour qu’elle ait conservé un numéro fixe de téléphone. C’est le cas, mais je n’ai pas obtenu de réponse. Pour en revenir au fameux hasard, Philippe pourra compléter ses archives !

Autre pan de mon histoire. Je dis à Philippe Du Pasquier que j’ai connu Alain Petitpierre, le cofondateur de la galerie ; il a été mon professeur de français à l’école. Il me semble le revoir, avec sa tête bien posée sur ses épaules, sa moustache et debout, à côté de sa table. J’aimais bien sa voix, son rire. Il est toujours de ce monde et je voudrais bien le revoir pour le remercier. Il était exigeant en matière de langue.

Moins de dix joura près. Finalement, j’ai retrouvé, en partie grâce à Philippe, mon cher professeur ! Il a la même tête,le même sourire, le même regard. Je le dis souvent, le temps n’existe pas toujours comme on le pense. Et surtout, il se dégage de mon professeur une telle bonté qu’on ne peut que lui répondre de la même façon. C’est magnifique !

Une réponse. J’avais reçu une remarque de la part de mon cher professeur, Alain Petitpierre, au sujet du choix d’un auteur dont j’avais étudié un poème. En bref, il n’avait pas approuvé mon choix et je n’ai pas compris pourquoi. Je lui rappelle l’histoire maintenant et il m’explique l’affaire alors qu’il m’invite sur une terrasse à boire un chocolat chaud. Pour le lecteur, cela n’a pas d’importance ni de qui il s’agit ni du pourquoi. Ce qui est fabuleux c’est que mon professeur m’a apporté la réponse à une question qui date de… quelques années et cela n’a pas de prix ! Toute question qui reste sans solution tourne en nous d’une façon ou d’une autre. Eh bien ! Cette insatisfaction a fait place à de la compréhension, à du plaisir et à une immense reconnaissance pour mon professeur.

Je reprends l’exposition. Voici la présentation qu’en fait Philippe sur la plateforme de la galerie.

Très belles photos de Reto Duriet.

C’est une très jolie composition, pleine de légèreté, de couleurs qui donne une idée des oeuvres de Martial. En regardant celles qui sont exposées, je me dis qu’elles peuvent très bien figurer dans toute sorte de lieux, des salons, des salles d’attente, tellement elles sont agréables à l’oeil en plus d’inviter l’imagination du spectateur à jouer avec les formes. Je l’ai dit plus haut, je pourrais même en utiliser pour mes cours.

Échantillon de visiteurs.

Le public. Les photos ne sont pas toutes claires. Je vous prie d’excuser la qualité, je suppose que c’est sur le coup de l’émotion que j’ai bougé mon appareil. Quoi qu’il en soit, on le voit, le public a réellement investi la galerie et ils ont tous l’air content, même « le studieux », celui qui est concentré sur la liste des oeuvres et des prix, lesquels, il n’est pas inutile de préciser, sont bien plus que modérés. Le plus jeune spectateur, tout en haut à gauche, mange littéralement la liste ! J’ai demandé si c’était sa première exposition, or non, elles se comptent par dizaines. Il sera un connoisseur (le dictionnaire de l’Académie française a accepté le mot ainsi orthographié jusque dans ses 4e et 5e éditions, soit au xviiie (*) siècle, siècle du baroque que j’aime tant ; ce n’est pas étonnant que ce soit cette orthographe qui soit venue automatiquement sous mes doigts.) !

Repas. Comme il se doit, un repas suit le vernissage. J’ai été l’une des heureuses invitées. Cela faisait un bail que je n’étais plus allée au restaurant et, de plus, je n’étais jamais allée au Silex qui est au bord du lac, près du Laténium. On a eu droit à un magnifique repas accompagné par une lune que le soleil a richement coloriée. Pas besoin d’en dire plus, on admire.

Du poisson pour ceux qui en mangent, un café gourmand – absolument gourmand ! – et une mousse caramel au beurre salé comme desserts. J’avais tellement faim que je n’ai pas pris le temps de photographier mon joli plat de quinoa aux fruits confits. Cela a été un festin !

Note (*) : on le sait, les siècles s’écrivent avec des petites capitales, mais malheureusement ma plateforme n’en a pas. Cela ne constitue toutefois pas une raison suffisante pour que j’utilise des capitales. Le lecteur composera avec mes prétentions.

Liens vers :

Pour laisser un commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement l’insérer au bas de cette page.

Thomas Wälti ou des orgues à Berne

Berne. C’est une ville qui me remplit toujours de joie lorsque je la vois. J’aime m’y promener. En plus, c’est la ville où A. Einstein a vécu et qui lui a donné la tranquillité d’esprit nécessaire pour qu’il mette, en collaboration avec sa femme Mileva, ses fameuses équations sur le papier.

Église du Saint-Esprit. Voilà que vendredi dernier, je sors de la gare, entre dans la rue principale et vois les portes de l’église ouvertes. Je n’y suis jamais entrée. La curiosité l’emporte et je vois des gens assis, ainsi qu’un monsieur qui distribue des papillons. Je me dis que quelque chose se prépare et décide de m’asseoir. Je suis attirée par la voûte de la nef que je trouve très belle. Je la prends en photo et me dis que je vais l’utiliser dans mes cours sur les os, c’est une magnifique structure. J’apprends que l’église date de 1729. J’aime le baroque et cette voûte me comble.

Concert d’orgue. Je suis bien tombée, c’est l’un des concerts prévus dans le cadre des événements organisés pour fêter les 40 ans de l’orgue. Le concert dure 30 minutes et on entend trois fantaisies du compositeur Krebs jouées par un organiste de Constance, M. Stefan Johannes Bleicher. La musique pénètre tout mon être. On ne se rend pas toujours compte, mais tout ce qui nous entoure et touche nos sens résonne en nous.

Exposition. Ensuite, le monsieur qui a distribué les papillons, soit l’organiste de l’église, M. Marc Fitze, annonce qu’un facteur d’orgues, M. Thomas Wälti, va expliquer au public comment fonctionne un orgue et qu’il est aussi l’auteur des peintures exposées dans les nefs latérales et dont le thème est l’orgue.

Tableaux. Il n’y a pas besoin de donner des explications. Le sujet est clair, mais dans ces tableaux y a de la poésie, du rêve, on sent le vent, l’air, l’envol : on voit des formes, des chandeliers, des navires. On pense même à les utiliser pour raconter des histoires.

Mes photos. Les peintures sont encadrées sous verre réfléchissant et on voit parfois le reflet des fenêtres de l’autre côté. Je ne sais pas ce qu’en pense le peintre, mais cela ajoute un effet parfois heureux.

Position des orgues dans les tableaux. J’ai demandé au peintre pourquoi les orgues « penchaient ». Il a dit que parfois les gens le critiquaient pour cela mais que de peindre un orgue tout droit était « langweilig », ennuyeux. Il n’a pas eu besoin de m’en dire plus, car justement c’est le charme de ses tableaux. Je voulais une confirmation. J’ai été servie !

C’est un festival, un feu d’artifice ! On félicite ceux qui ont organisé l’exposition et, naturellement, le peintre pour ces rêves exposés.

Parenthèse. M. Wälti a raconté bien des choses sur la construction d’un orgue et des effets recherchés. Bien que le récit ait été fait en suisse-allemand, j’ai pu suivre et me dire qu’il y avait beaucoup de physique dans les tuyaux et pressions d’air. Mais, ce sont ses mains qui ont attiré mon attention. Il a aimablement posé pour moi. Quelle chance !

Et on finit avec un autre tableau avec un orgue qui nous invite à monter sur lui, tel un navire, et à partir dans un monde onirique.

Le plus surprenant. Je vis une période de ma vie où bien des choses, en apparence sans lien, s’unissent pour faire un tout ou m’apporter des réponses. Je n’ai pas compris pourquoi le destin m’avait poussée dans cette exposition. J’avais le souvenir d’avoir entendu le mot « Roumanie », mais n’avais pas vraiment compris. Je retourne à Berne et là, je comprends que le facteur d’orgues a été en Roumanie et qu’il y a, sur les douze « orgues » peints, la moitié se trouve en Roumanie (ce sont les photos 1, 2, 4, et 6, l’autre ne figure pas) ! Voilà que la Roumanie se rappelle à ma mémoire et je me rappelle de la première fois où je suis entrée dans l’une des églises dont l’orgue est reproduit par M. Wälti. Là, je respire parce que cette exposition fait partie d’un pan de mon histoire ! La Roumanie c’est ma formation en danse classique et bien des choses qui m’ont construite.

Liens vers :

Mes clefs et la lolette de bébé !

Drôle d’histoire

Pandémie et fortes pluies. Je reprends mes courses au bord du lac après un relâchement des normes sanitaires et les pluies diluviennes qui ont rendu le bain au lac périlleux.

De prime à bord, je ne vois pas grand différence sinon que le niveau du lac est comme il y a quelques années, assez haut.

La puissance du lac. Je fais comme d’habitude et à un moment donné, je m’éloigne de la rive et là, j’ai une sensation étonnante, je sens la puissance de l’eau, la puissance de l’eau dont le volume a réellement augmenté et qui agit sur moi. Je me dépêche de retourner au bord. Mais, cette puissance continue de m’habiter, même maintenant que j’écris. Je n’avais jamais senti vivre en moi une puissance, c’est chose faite maintenant.

J’avais un sac Ikea pour mettre des graminées qui poussent au bord du lac et qui plaisent tellement à mes canaris. Entre temps, je rencontre Thomas Pohl, un musicien de rue allemand que je n’ai vu depuis longemps. On parle de cette période de pandémie et de tout ce que cela implique dans nos vies. On se donne rendez-vous pour plus tard. Puis je rencontre une jeune maman avec un magnifique bébé qui se trouve sous une tante miniature, je félicite bébé et maman et m’en vais cueillir des graminées plus loin.

Plus de clefs ! En arrivant à la maison… pas de clefs. Me vient une image de sac Ikea ouvert au moment où j’ai voulu y introduire les graminées… Je retourne sur place… rien. Je me dis que je les ai peut-être perdues lorsque j’ai pris mon bain plus loin.

Ma pensée. Je ne cesse de me dire que j’avais fait tout le chemin en pensant à ma pensée au et voilà qu’à un moment qui a dû m’échapper la pensée m’a échappé – on le sait la pensée est quasiment instantannée – et les clefs avec. Je me dis que je vais les retrouver. Je ne cesse de me dire que j’ai pensé à ma pensée.

Bébé et sa lolette. Je recroise maman et bébé que papa a rejoint. Je raconte que j’ai perdu mes clefs, je regarde par terre et vois une jolie lolette. Je leur demande si c’est celle de bébé. Effectivement, tout le monde cherchait la fameuse lolette. Je la donne et dis à bébé : tu diras, quand tu seras grand que c’est Zully qui a trouvé ta lolette. Bébé ri de tout son corps. C’est joli à voir. Juste avant de continuer mon chemin je dis :

J’espère que je n’ai pas fait tout ce chemin uniquement pour trouver la lolette de bébé !

Tout le monde rit.

C’est en vain que je cherche mes clefs. Je rebrousse chemin et recroise pour la troisième fois bébé et sa famille. Bébé suce sa lolette tout content et je dis : pas de clefs, mais si bébé est content…

De l’aide providentielle. En arrivant à l’endroit où j’avais cru avoir perdu mes clefs et vois trois dames dont l’une avec une robe à dessins. Je la regarde, elle parle.. Je me dis que je vais leur demander de l’aide. On est juste avant un passage de tram et les barrières vont descendre. Je me dis que si les dames passent avant, pour mes clefs c’est cuit, mais j’ai de la chance, elles s’arrêtent. Je leur demande si elles ont un oeil différent du mien pour m’aider à retrouver mes clefs perdues à tel endroit. Deux dames et moi cherchons à l’endroit où j’avais cherché en vain et la troisième, celle avec la robe à dessins, va un peu plus loin. Tout à coup elle dit : « Ce sont ces clefs ? »

Où chercher. La dame qui a trouvé les clefs dit qu’elle connaît l’histoire d’une dame qui cherche ses clefs. On lui demande si elle est sûre de les avoir perdues là et elle répond que non mais que là il y a de la lumière. Je connais une autre version mais je ne me la rappelle pas très bien. Je cherche sur la Toile et tombe sur une autre version encore mais qui explique le pourquoi du comment. Je fais les démarches nécessaire pour entrer en contact avec l’auteur et voir comment je peux le citer.

Trousseau de clefs. Mes clefs ne sont pas en or, mais elles me sont précieuses et c’est pour cela que j’ai composé cette image. Parmi les clefs de ma vie actuelle, il y a aussi des clefs du temps de feu mon ami ou même des clefs actuelles mais qu’il avait utilisées. Irremplaçables !

Fin de l’histoire : j’ai bel et bien fait tout ce chemin pour trouver la lolette de bébé !

Liens vers « Contes » :

Le coq de mon dentiste : réparations = mettre de l’ordre en soi.6

Je le dis souvent, les choses n’ont pas besoin d’avoir un « propriétaire » pour que je m’intéresse à elles et en prenne soin. Il en va ainsi du coq de mon dentiste.

Je pense encore et toujours que lorsqu’on répare quelque chose, on le fait aussi en soi et cela se traduit par un certain ordre dans notre monde intérieur. Cela fait que les réparations, dans mon monde, doivent se faire au mieux car tout a une résonance en nous.

Chez le dentiste. Les dents, c’est précieux. Tout est précieux dans notre corps, mais les dents… Le hasard, ce fameux hasard qui me suit comme mon ombre et qui en fait n’existe pas, fait que je sois obligée d’aller chez un dentiste de la place, et pas n’importe lequel, car il est excellent. Son nom ? Philippe-Denis Roth. Il ne s’occupe que des cas compliqués. Lorsqu’on a un objet en porcelaine à faire réparer, l’apprenti peut prendre les objets du quotidien, mais le vase ming ou de l’époque Ming sera confié au maître. C’est une image, bien sûr. Pas besoin d’explications. Il me traite avec grand soin et je lui demande s’il a toujours le coq que j’avais vu la dernière fois. Je voudrais le réparer.

Comme dans les réclames pour la lessive ou d’autres produits qui promettent monts et merveilles, on aura une photo de « avant », une autre photo de « pendant » et celle de « après ».

1. AVANT

Le coq. Si on ne peut pas dire qu’il manque de plumes, manque de matière. On observe aussi que les yeux ne sont pas pareils. C’est comme chez l’être humain.

2. PENDANT

Le coq a l’ait tout étonné… comme je le comprends ! Les réparations, remises en état, révisions, sèment souvent le désordre. Quand on va ranger un tiroir, il vaut mieux tout sortir et en apparence il y a plus de désordre que le contraire. Dans la vie c’est pareil. Il faudra que le le dise au coq !

3. APRÈS

Le coq doit se dire que cela valait la peine. En tous les cas, son propriétaire l’a trouvé très beau !

Tout cela pour dire que je prends soin des choses. Il arrive que je me trouve dans un magasin et que des clients remettent mal les choses en place, laissent les vitres coulissantes des frigidaires mal fermées, qu’ils ouvrent les portes, prennent un produit pour lire tout ce qui est écrit, etc. Je me permets de fermer les vitres, d’attirer l’attention sur le fait que toute la marchandise subit des changements de température ; je dis aussi parfois « oh ! le pull est tombé ! », « je crois bien que l’article n’est pas à la bonne place », etc. Je ne me fais pas toujours bien voir et reçois parfois des remarques. De quoi me mêlé-je ? Ben…

Un second conq. Coq no 2 voyant arriver Coq no 1 en si bonne forme lui demande comment il a fait. Celui-ci lui raconte et Coq no 2 se dit prêt à faire de même. Je suis si touchée que je ne peux résister et le prends chez moi.

Des plumes à retordre. On sait bien qu’un coq, fût-il celui du Dr Roth, n’a pas de fils (dans le sens de l’expression  » du fil à retordre »), mais des plumes. Cela n’a pas été facile. Une fois un bout réparé, un autre apparaissait ou revenait. C’est aussi mon savoir-faire qui était en jeu et je me suis dit qu’on allait réussir. « On », car c’était le coq et moi.

Remerciements. Je remercie le coq pour sa collaboration et les matériaux utilisés ainsi que tous ceux qui les ont produits, transportés, vendus. C’est vrai, on n’est rien sans les autres.

Shakespeare. Comme le disait mon collègue de banc, William (Shakespeare, de son nom de famille), « Tout est bien qui finit bien ». Quelle chance de l’avoir côtoyé !

Liens vers :

Pour laisser un commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement l’insérer au bas de cette page.

Café atomique 1. La vitesse de la Terre (en cours de rédaction)

Comme je le dis dans l’article consacré à Knut : On le sait, l’appétit vient en mangeant. Il en va de même dans les relations. Knut est devenu « le » photographe de mon école et ma curiosité pour les sciences, la mathématique en particulier et la physique par conséquent, a trouvé où se nourrir, chez lui, puisque son premier choix d’études fut la physique ! Eh oui ! la photo, la danse, la mathématique, la physique, tout cela va ensemble. La série d’articles commence aujourd’hui.

Café atomique – définition : Knut m’invite à boire un café, en fait c’est lui qui boit le café, moi, je prends de l’eau chaude et on discute physique, atomes, particules, énergie, etc. Spontanément m’est venu le nom de « café atomique » pour désigner nos conversations.

La vitesse de la Terre. Je ne sais plus comment cela s’est fait que j’ai choisi ce premier thème. Il me semble me rappeler que je cherchais à expliquer à une élève que les choses sont relatives et que je me suis dit que c’était curieux que la Terre tourne et que je ne le sente pas.

Raison : nous ne sommes pas sensibles à des vitesses constantes. Je sais bien que la Terre tourne autour du Soleil, etc. Mais, c’est fascinant de voir surgir à mon esprit les astres et galaxies quand Knut les nomme : la Terre, notre planète bleue, tourne autour d’elle-même, à une vitesse = 1 000 km/h ; elle tourne aussi autour du Soleil, notre étoile, à une vitesse supérieure = 107 000 km/h ; le Soleil lui-même tourne autour du centre de notre Galaxie, en même temps que les autres 100 à 200 milliards d’étoiles, à une vitesse encore supérieure à celle de la Terre, soit = 850 000 km/h ; la Galaxie, la nôtre et toutes les autres, tourne à son tour à une vitesse encore plus rapide = 2,3 millions km/h. Cela continue, car notre amas de galaxies tourne lui aussi !

Vitesses constantes : nous ne ressentons donc rien, car ce sont des vitesses contantes. On le remarque lorsqu’on est dans une voiture fermée, immobile ou a une vitesse constante, on ne ressent rien du tout. C’est quand même fabuleux ! Nous ne sommes sensibles qu’à des accélérations et des descélérations. Au fond, c’est comme dans une relation, un couple, quand tout va bien, on vit tout simplement et quand il y a des disparités, cela tangue…

Remarque : la Terre tourne sur elle-même dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, elle tourne autour du Soleil aussi à gauche. On se demande pourquoi les aiguilles d’une montre tournent à droite. J’ai déjà vu des horloges tourner à gauche. Certains courants philosophiques disent que le temps vient de la gauche, raison aussi pour laquelle, on traite parfois certaines parties du corps d’abord à gauche.

La Lune : on ne la voit pas dans ce dessin car elle est en éclipse. Mais elle est là !

Dans ce dessin, il nous faut ajouter mentalement les planètes et leurs lunes tournant autour du Soleil. C’est vertigineux !

Conséquences de quelques changements. Si la Terre venait à perdre de sa masse, elle serait absorbée par le Soleil. Si elle gagnait en masse, elle irait ailleurs.

Ce qui me fascine : l’harmonie, la mathématique qu’il y a dans cet univers.

Au fond, c’est une danse continuelle : la Lune tourne autour de la Terre, la Terre tourne autour d’elle-même et en même temps autour du Soleil, le Soleil tourne autour de la Galaxie et les galaxies tournent aussi. Quand j’imagine cette danse, elle me procure une immense joie !

Les astres et la langue française. Moi qui aime tant les langues, je ne peux m’empêcher de citer quelques expressions : être dans l’orbite de quelqu’un, par conséquent « être hors orbite », être le soleil de quelqu’un, avoir une place au soleil, être bien luné, être dans la lune. On aura remarqué que l’astre s’écrit avec majuscule et que lorsqu’on en fait un usage dans notre langage courant il est habillé d’une minuscule. Ah oui ! Je demande conseil par moments soutenus à un expert en langue française, Chambaron de son nom de plume, un personnage remarquable, et comme cela faisait un moment que je n’avais plus fait signe il m’a dit « je sais que vous êtes à éclipses ». C’est tellement joli. Heureusement que je ne suis pas tout le temps à me rappeler aux uns et aux autres.

Je me cite : « Eh oui ! la photo, la danse, la mathématique, la physique, tout cela va ensemble. »

Dès que l’occasion se présente… Les notions bien ancrées n’hésitent pas à revenir à la surface à la première occasion. Cette fois-ci, c’est pendant le cours que j’ai créé « @articulations – jouons avec elles ». Nous avons un exercice où l’on fait faire un cercle à une articulation. L’idée m’est venue d’imaginer que toutes les articulations tournaient. En fait, c’est vrai, elles tournent toutes, mais on n’en est pas conscient. Dans le cas présenti, chaque articulation a eu son « orbite » à faire, même celles entre les vertèbres. C’était un spectacle magnifique ! Ici bas, vous avez une vague représentation de ce que nous avons vécu au cours.

  • No 1 le corps avant de partir « en orbite » ;
  • No 2 le corps « en orbite ».

On tourne un certain nombre de fois et ensuite, on se couche par terre pour écouter ce que le corps dit. En plus d’imaginer les articulations tourner, il fallait être conscient que la synovie se répandait dant chaque articulation… Tout aussi vertigineux que les planètes, les lunes, les soleils et les galaxies qui tournent… C’est un moment très intense et particulier pour chacune des personnes qui le fait. Il n’y a pas de règle pour le ressenti.

Pour laisser un commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement l’insérer au bas de cette page.

Liens vers :

Confinement et nouveaux métiers de Zully

Tout au début de la pandémie, des gens ont dit « c’est une leçon, on doit changer notre mode de vie », d’autres ont dit « c’est un complot, on veut nous contrôler ». Je ne sais qui a raison, mais j’ai été témoin de personnes qui n’arrivaient pas à se débrouiller et cela m’a permis de développer certaines aptitudes.

Nouveaux métiers. De façon générale, j’aime faire beaucoup de choses. En l’occurrence, j’ai proposé mon aide et suis devenue : décrocheuse de rideaux très compliqués, teinturière de cheveux (je sais, le terme n’existe pas, mais si je mets coiffeuse, le compte n’y est pas), coupeuse de cheveux pour dame et pour homme, barbière aussi, de même que régleuse de programmes de TV alors que je n’ai plus de TV et que le système a changé depuis 20 ans…, et dernier en date, régleuse du téléphone sans fil. Pour ces métiers, j’ai eu recours à diverses informations dont celles sur la Toile. Se couper soi-même les cheveux, c’est une chose, les couper, bien les couper à quelqu’un d’autre, c’est différent. Quant au dernier métier, celui de régleuse de téléphone sans fil, il m’a coûté des sueurs, car si le téléphone ne fonctionnait pas, ce n’était visiblement pas une question de batterie. En plus, je voyais ses propriétaires inquiets, se demandant comment ils allaient faire et moi je me disais que ce devait être simple à régler à condition de connaître la logique de celui qui avait conçu l’appareil.

La logique des uns et des autres. Il est évident que celui qui fabrique un appareil, le fait de façon logique et que lorsqu’il le vend, il y a un mode d’emploi logique. Mais, bien des gens savent que les modes d’emploi, souvent des traductions, ne sont pas clairs. Cette fois-ci, j’ai finalement aperçu une clochette (on ne doit pas écrire une petite clochette, mais elle était vraiment petite… même très très petite) barrée sur l’écran. Là, je me suis dit que le contructeur et moi avions la même logique). Je me suis dit que ce devait être la sonnerie qui avait été coupée par on ne sait quelle manoeuvre. Mais, allez trouver le même signe dans le mode d’emploi ! Rien, rien de rien. Le cas n’a visiblement pas été prévu. Finalement, en pressant ici et là, j’ai retrouvé la sonnerie (sans le dessin de la fameuse clochette dans le menu !). Quel soulagement pour les propriétaires et surtout pour moi, car je sais que j’ai rendu service et, surtout, acquis de nouvelles compétences !

Liens vers :

La Cave perdue, le CCN, Ernest Grize, Mado Grize, André Oppel, Jacques de Montmollin – leur histoire à travers Zully

Un début. Il faut un début à tout, et je prends celui de mon histoire. J’avais une amie qui me prêtait sa cave, en fait c’était la cave de ses parents ; elle avait un joli sol en bois, sol idéal pour mes cours de danse. C’est comme cela qu’Olivier Soerensen, qui en plus d’avoir été un merveilleux pianiste et doté d’un joyeux caractère, a pris ses seuls cours de danse. Il avait aussi de très jolies jambes, je les vois encore dans le collant noir que je lui avais prêté. Sa carrière de danseur s’est arrêtée assez vite, à mon grand regret, car il a fait une chute dans un escalier… Bref, je donnais mes cours là. Un jour, les parents de mon amie l’apprennent et se fâchent parce que c’était une cave à vin et que la présence de plusieurs personnes augmentait la température… chose nuisible pour le vin. Je me retrouve, pour ainsi dire, à la rue. Cela fait que je marchais dans la rue en pleurant et que je rencontre Ernest Grize.

Un autre bout. J’avais mon diplôme de l’école de Chorégraphie de Bucarest, Roumanie, et donnais des cours de danse à Neuchâtel dans cette cave en même temps que j’allais à l’université, section sciences économiques. Je donnais aussi des cours à l’École Supérieure de Jeunes Filles. C’était la première fois que l’on enseignait de tels sujets à l’école. Madame Lucette Junod dispensait des cours de théâtre et avait organisé un spectacle au Théâtre de Poche, Centre culturel neuchâtelois. Mon groupe de danse y participait. Ernest Grize, le régisseur du théâtre, en avait fait la régie. Voilà le début du commencement, comme l’on dit.

Cave perdue. Je suis donc en train de pleurer dans la rue, Ernest me voit et me demande ce qu’il m’arrive. Je lui raconte. Il me dit que le théâtre a un local qu’ils n’utilisent pas et qu’il va en parler avec ses collègues. Résultat : j’ai pu occuper la Cave perdue et donner un nom à mon école. Mais, ce n’est qu’il y a quelques mois que j’ai su, par Mado, la femme d’Ernest, que cela avait été sur l’insistance de ce dernier que les membres de la direction, Jacques de Montmollin, directeur administratif, et André Oppel, directeur artistique, avaient donné leur accord. Ernest ne m’a jamais dit le rôle qu’il avait joué. Cela me touche profondément et m’incite à être meilleure.

2020, Mado Grize me rend visite. Mado Grize, la femme d’Ernest, est toujours de ce monde et vient passer deux jours chez moi. C’est une fête que de la recevoir. Elle fait partie de mon monde d’avant et elle est la gentillesse même, une joie de vivre aussi. Il n’y a pas de conversation où elle ne fasse entendre son rire si chaleureux. Elle vient à Neuchâtel pour recevoir un don pour son association « Action chèvre de Mado » (ACHEMA).

Mado me raconte l’histoire d’Ernest, l’aventure du CCN, celle de la Cave perdue. Je suis en joie, car cela fait un moment que je cherche des informations sans en trouver. L’ancien directeur du CCN m’avait dit que les archives n’intéressaient personne, s’en était débarrassé et lors de la célébration des 50 ans du CCN… des miettes. Ce jour-là, Jacques de Montmollin, le premier directeur administratif, n’avait pu y assister. La seule survivante de l’équipe des débuts, Mado, qui aurait pu le faire, n’a pas été invitée ; justement, par manque de connaissance de l’histoire du CCN. Il m’arrive souvent de penser que la branche la plus importante à l’école devrait être l’histoire. Si on ne connaît pas son histoire, on passe à côté de bien des choses.

Histoire d’Ernest 1. Il avait été abandonné à la naissance, pas reconnu par son père biologique et placé dans une pouponnière aux Bayards, puis en pension chez Madame Perret à Neuchâtel. Son futur était tracé, il irait dans un asile pour orphelins. Heureusement pour lui, la famille Grize, qui habitait la maison à côté, est tombée sous le charme du bambin et l’a adopté. L’adoption lancée, Ernest vit avec la famille. La procédure pour avoir légalement l’enfant dure quand même trois ans ans avec force péripéties dont la reconnaissance officielle du père biologique. Avec l’adoption, la vie semblait sourire à Ernest, mais, il perd son père adoptif peu après l’adoption officielle , il a 9 ans. Trois ans plus tard, c’est sa mère adoptive qui meurt ; Ernest a 12 ans. Il devient alors un enfant de la Maison de Belmont – institution qui reçoit les enfants qui n’ont plus de famille et il a un tuteur.

À son décès, sa maman adoptive lui laisse la somme de presque Fr. 8 000.- sur un compte bancaire. J’ai le relevé. À l’époque c’était une grosse somme. Il devait la toucher à sa majorité. Écolier, Ernest a un rêve, devenir photographe, mais son tuteur ne le suit pas. Il entre alors à l’École des Arts et Métiers pour devenir serrurier constructeur. À l’école, il a un copain de classe dont la maman tient une pension. Ernest devient pensionnaire chez elle. La dame a une amie qui s’appelle Nina – Nina est la dame qui tenait feu le kiosque du Fbg de l’Hôpital (j’ai bien connu Nina, car j’habitais dans la feue maison des Meubles Meyer, à côté du kiosque. Eh oui, tout s’entrecoupe, se mêle pour ne faire qu’un) – et Nina loge dans une pension où Mado, qui était devenue une jeune fille indépendante, et avait donc quitté la maison, louait une chambre. Il n’en faut pas plus pour réunir des protagonistes pour une histoire. Mado va manger tous le dimanches à midi avec Nina dans la pension où Ernest loge.On devine la suite : Ernest et Mado tombent amoureux, vivent ensemble un temps et un jour Ernest se dit qu’il ferait bien d’épouser Mado. Il a bien fait. Il a suivi son intuition. C’est sa chance. La chose arrive en 1957.

Histoire d’Ernest 2. Depuis qu’Ernest a rencontré Mado, il n’a plus été seul pour faire face aux difficultés qui sont venues entraver son chemin. Peu avant son mariage, Ernest est devenu majeur et a pu quitter sa tutelle. Il avait raconté à Mado que sa mère lui avait laissé la somme susmentionnée à la banque ainsi qu’une vigne à Auvernier, mais que le tuteur disait qu’il n’avait que Fr. 1 000.- Mado lui a dit qu’il fallait se renseigner et porter plainte ; ils ont pris un avocat. Celui-ci est arrivé à la conclusion que personne n’allait dénoncer personne ! (cela laissait entrevoir qu’il y avait connivence entre diverses institutions… Pas joli, joli !) Mado et Ernest ont été convoqués par l’Office des tutelles. Proposition : « Si vous acceptez, on oublie tout et on vous donne la somme de Fr. 1 000.- « . À l’époque Ernest et Mado n’avaient pas 20 ans. Ils n’ont eu d’autre choix que d’accepter. Je trouve cela triste. À cela s’ajoute le fait qu’Ernest apprend, peu après son mariage, la façon dont sa mère était morte: elle avait été assassinée.

Ernest et Mado ne font plus qu’un depuis qu’ils se sont rencontrés.

Formation d’Ernest 1. Le rêve d’Ernest aurait été d’aller à l’école de Photographie de Vevey. Son tuteur n’y a pas donné suite. Mais, Ernest ne laisse pas tomber son rêve grâce à Mado qui sait l’épauler au propre comme au figuré. Alors, il s’inscrit à l’école dont la carte d’immatriculation est ici à droite. C’est magnifique d’imaginer Ernest en train de recevoir ses cours par la poste et de poster ses devoirs. Je sens sa joie.

Formation d’Ernest 2. Afin d’en savoir plus, il part à Paris suivre l’École technique de photographie et de cinéma (ETPC). C’est fabuleux. Il transmettra plus tard son savoir puisqu’il formera les premiers régisseurs de la région. Il fallait quand même un caractère particulier. Ernest a dû avoir un sentiment de satisfaction énorme. C’est une reconnaissance professionnelle, reconnaissance officielle, qui doit lui avoir fait beaucoup de bien.

Départ d’Ernest au ciel. Ernest n’a pas prêté grande attention à la vie spirituelle tant qu’il a vécu, mais après avoir fait la connaissance d’une femme pasteur lors d’un spectacle à La Cité universitaire, il a dit à Mado : si je pars avant toi, j’aimerais que ce soit elle qui parle le jour de ma cérémonie ! Mado, quant à elle, a déjà tout proganisé pour son dernier départ. Elle a même pensé à acheter des enveloppes, y inscrire le nom des personnes à avertir et à les affranchir. Comme cela , il n’y aura plus qu’à mettre l’avis de décès, dit Mado ! Elle est décidément impayable !

L’histoire d’Ernest et de Mado se mêlent à d’autres histoires qui font la mienne :

  1. Je travaillais donc à la Cave perdue et présentais mes spectacles au Théâtre de Poche devenu le Théâtre du Pommier, mais toujours aussi Centre culturel neuchâtelois. Je croisais André Oppel, le directeur artistique, forcément. Le destin nous a unis après le décès de sa femme. Cela s’est fait sans qu’on y pense ;
  2. André est parti au ciel et a laissé quelques affaires que je garde avec soin. Je me dis qu’une fois ou l’autre, elles iront à la bonne place. Parmi ces affaires, il y a une montre. De temps en temps, je regarde la montre et la remets dans sa boîte. Un jour, je la montre à Jack Froidevaux (il a travaillé dans l’horlogerie et a connu André qui a été graphiste dans l’entreprise de son père !). En expert, il retourne la montre (ce je n’ai jamais eu l’idée de faire) et il lit « Grize Ernest, Noël 1951 ». Ernest a 16 ans ;
  3. Les choses s’arrangent de telle façon que je peux rendre visite à Jacques de Montmollin , cofondateur du CCN, qui est près de quitter ce monde et qui ne veut voir personne. J’ai de la chance ; on me conduit dans sa chambre et Jacques me salue comme si on s’était quittés la veille. Je lui raconte l’histoire de la montre et dis que je cherche à entrer en contact avec la femme d’Ernest, Mado. Mais son prénom au complet ? Madeleine, me dit Jacques ;
  4. Nouvelle chance, Mado a gardé un téléphone fixe et je peux la localiser via Local.ch. Mado dit qu’elle vit au bout du monde, au Sentier, dans le canton de Vaud. Je me débrouille et des connaissances me conduisent chez elle ;
  5. Mado reçoit la montre d’Ernest. Elle est tout émue mais n’arrive pas à s’expliquer comment Ernest avait pu avoir une telle montre qu’elle ne l’a jamais vue au poignet d’Ernest. À l’époque, elle avait dû coûter fort cher, et en plus elle est gravée à son nom. Le mystère sera résolu quand Mado retrouvera Ernest dans l’autre monde ;
  6. Je dis à Mado que je suis friande d’informations au sujet du CCN. Elle me donne des articles qu’Ernest avati gardés. Je prends ;
  7. Flûte ! me dis-je en parcourant ces articles. Ils ne parlent pas du CCN mais du TPR, du premier Théâtre populaire romand. Je lis quand même parce qu’André y a travaillé en tant que décorateur et acteur dans cette troupe et qu’Ernest y a aussi joué. À ma grande surprise, ces articles sont des commentaires sur le TPR et signés Freddy Landry ;
  8. Décidément, c’est comme si le monde tournait autour de moi et me comprenant avait décidé de m’aider ! Freddy Landry, cela fait des années que je cherche à lui rendre service parce que je le vois bien « décliner ». Mais, rien à faire. Il désire rester indépenant. Je salue son attitude à regret. Les articles de Mado me fournissent un autre angle d’entrée en matière. Cela marche à merveille. On se découvre un tas de gens communs et des passions communes. Freddy illumine ma vie, c’est un miracle ;
  9. Mado revient à Neuchâtel afin de recevoir un don pour son association. Elle me fait l’honneur de loger chez moi et m’apporte encore un dossier d’Ernest. Une fois de plus, j’espère trouver des choses sur le CCN… À leur place, je trouve des documents sur l’histoire personnelle d’Ernest. Une nouvelle fois, je lis quand même et suis récompensée, car, moi qui aime l’histoire et qui aime remercier ceux qui ont participé à ma vie, j’ai de la matière pour remercier Ernest par le biais de cet article. Je suis servie et ravie !
  10. En parlant de la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux, Mado me dit que son père, Jules Yerly, y avait travaillé en tant que chef d’équipe dans les années 1945 !

Le désert. Le désert a été un autre ciment entre Mado et Ernest. La toute première fois qu’Ernest y est allé a été pour accompagner dea amis qui voulaient être filmés et Ernest allait en être le réalisateur. Il hésitait, car cela signifiait un long voyage, des frais, mais Mado lui a dit « c’est une expérience formidable, vas-y ! » Ernest – le film terminé – a dû rentrer plus tôt que prévu car il était tombé malade. Il avait attrapé une dysenterie, perdu 20 kilos en 3 jours et avait dû être rapatrié. Il tenait à peine debout, raconte Mado. Le temps passe et Mado lui dit qu’il faudrait retenter l’expérience et mieux s’organiser. Cela a marché et donc, chaque année, ils y asont allés passer les deux mois d’été. Deux ans après le départ d’Ernest au ciel, Mado retourne dans le désert et arrive en Mauritanie, pays qu’ils n’avaient pas visité mais qu’Ernest aurait bien voulu voir. La meilleure ? Elle y reste dix ans (2004 – 2014) ! Sa montre terrestre avait déjà tourné 70 cycles au moment où elle arrive dans ce pays et quand nous discutons elle y retourne tous les ans pour passer trois mois.

Pendant les dix années mentionnées, elle tient une auberge pour étrangers avec un associé mauritanien (c’est magnifique !) et revient en Suisse pendant deux mois afin de vendre les articles artisanaux faits par des femmes mauritaniennes sous sa direction. Elle raconte qu’à l’époque on voyait traîner des sacs en plastique partout. Mado est une personne pratique et sait mettre les autres en évidence. Elle a l’idée de ramasser autant de sacs qu’elle peut, les coupe en fines lanières et enseigne le macramé aux femmes de l’un des quartiers les plus pauvres d’Atar. Ces femmes ont produit des sacs, des sets de table, etc. Je suis admirative.

Un peu de chronologie pour mettre de l’ordre : 2004 – 2014 Mado vit en Mauritanie. De 2004 à 2007, elle tient une auberge pour étrangers avec un associé mauritanien. L’affaire prend fin parce qu’il y a des attentats et que le tourisme chute. La même année, elle rencontre Amiod de Dardel, un autre Neuchâtelois digne d’admiration, député au Grand Conseil dans les années 1970-1980, qui lui donne de l’argent pour aider des personnes en état de détresse. Elle crée son l’association des chèvres, décrite plus bas et dont le premier président est le même M. de Dardel, ouvre un centre de soutien alimentaire pour des enfants et leur fait donner des cours de rattrapage scolaire.

Anecdotes :

  • Quand Jacques de Montmollin râlait, Mado lui disait qu’il avait une crise de directeur et la chose s’arrangeait !
  • L’histoire du trompettiste oublié. Je la raconte, car ce sont des choses qui arrivent à tout le monde. Un jour, en fin de journée, Mado et Jacques voient arriver un monsieur avec une drôle de valise et il dit « Bonjour, je viens pour le spectacle de ce soir »… C’était un trompettiste dont la présentation était passée à la trappe ! Jaques court à l’hôtel du Marché réserver une chambre et chercher du monde pour le spectacle qui avait été oublié. Quelle chance, tout a bien marché !
  • Mado décide de tester la « solidité » de sa tête dans le désert. Elle demande à un Touareg de la conduire à 150 km de toute civilisation. Elle y est reste deux semaines toute seule. Elle a survécu. Elle n’avait pas pris de livres, seulement des crayons et du papier, un sac de couchage pour dormir à la belle étoile, de l’eau et du bois pour faire du feu. Pour les repas ? Des conserves de sardines, du thon, des potages, des dattes. Pendant ces deux semaines, Mado a consommé 40 l d’eau. Les deux premiers jours, elle s’est demandé ce qu’elle faisait là et puis les choses sont rentrées dans l’ordre. Elle est contente de s’être testée. Cela s’est passé à sa cinquantaine. Pas besoin de commentaires, mais mon admiration arrive tout en haut de l’échelle !
  • André et Ernest avaient une voiture en commun. Chacun l’utilisait à tour de rôle le week-end ! Je trouve cela tellement joli.

Relation Mado – Ernest. Citation : « Depuis que je l’ai rencontré, je ne me suis jamais dit, c’est mon Ernest, et quand on s’est mariés, je ne me suis pas dit ‘ c’est mon mari ‘, c’est Ernest. Il ne m’appartient pas. Les gens disent : c’est ma voiture, c’est mon frigo, c’est mon mari. Alors le mari est comme le frigo ! Ce n’est pas comme cela. Je vis avec Ernest, mais il n’est pas « mon » mari.

Le restaurant brûle et Mado prend la relève. Le restaurant du Marché est entré dans la vie du CCN par Falik, Henry de son prénom, un passioné de théâtre qui plus tard deviendra professeur à l’École de théâtre du CCN. Il en était le tenancier et avec les copains a fondé l’associaion « Mimosa » dont les bénéfices étaient destinés au Théâtre de Poche. J’ouvre une parenthèse pour remercier Henry d’avoir trouvé les fonds nécessaires pour installer une salle d’eau à la Cave perdue ! Quand je suis arrivée, il n’y avait rien. Fin de la parenthèse (l’ouverture et fermeture de la parenthèse, je les emprunte à André qui les utilisait lorsqu’il lisait au public les écrits d’Alphonse Allais. C’était un pur plaisir !). Je reprends l’histoire du restaurant : un jour, il y a un incendie et les habitués ne savent où aller. Mado est là ! Elle raconte qu’elle quittait le bureau du Centre à 11 h, allait chez elle et à 13 h, tout le monde mangeait du frais. Il y avait entre 10 et 15 personnes tous les jours. Je demande à Mado comment elle faisait pour calculer les quantités. Elle demandait aux gens de dire la veille s’ils prenaient le repas et elle multipliait. « C’est tout simple », dit-elle. Je reste admirative, car pour moi cela a l’air très compliqué. Elle ne me comprend pas. Elle préparait une entrée, un plat et le dessert. Elle avait arrangé une grande table pour cela, soit une grande plache avec deux chevalets. Mado avait été très claire : je m’occupe du repas, mais pour les boissons, chacun se débrouille. Cela avait très bien fonctionné. Il faut ajouter que Mado et Ernest habitaient un deuxième étage sans ascenseur. Mado raconte que l’ambiance avait été magnifique pendant les deux mois de l’expérience. Quels bénéfices financiers ? Oh, dit Mado, Ernest et moi avons pu manger gratuitement pendant ce temps. C’est tout.

Quand Mimosa a été liquidée, il restait Fr. 25 000.- Lors de l’assemblée de liquidation, il avait été décidé de donner cet argent à l’association de Mado. Elle ne les a jamais vus… Mais, dit-elle, ce qui compte c’est l’intention.

ACHEMA, l’association de Mado. Voici quelques mots. Mado dit que pendant les premières dix années de son association, elle avait eu tous les ans Fr. 50 000.- sur son compte. Des donateurs sont peu à peu décédés et la situation est devenue plus difficile. Elle doit absolument trouver Fr. 15 000.- par année pour nourrir les 100 enfants de son association (repas du matin et de midi), payer les frais de location, de personnel et pouvoir aussi donner des cours de rattrapage scolaire. Elle me dit que pour obtenir une fois une aide de Fr. 10 000, elle a dû remplir 28 feuilles et y travailler tout un mois. Elle sait aussi qu’après son décès, son association… Cette dernière se situe à Atar, dans un quartier pauvre. Depuis que Mado s’y est installée, il n’y a plus de malnutrition et un infirmier y va tous les mois peser les enfants. Je félicite Mado qui répond que c’est une petite goutte d’eau, mais une goutte d’eau nécessaire.

Mado et la réclame pour son association. Elle a vu sur place, en Mauritanie, à Atar, qu’il y avait des enfants dans un état assez terrible. Mais, dit-elle, « je trouve que ce n’est pas bien de faire de la réclame avec des photos de ce genre. Jamais, je ne ferai une telle chose. Cela a un côté marchand de bas étage ». Mado est classe ! Toujours.

L’association en 2020. Mado vient de confier la démarche des chèvres aux Mauritaniennes. Elle se dit qu’elle a assez fait, que cela roule et estime que les femmes mauritaniennes peuvent prendre la relève.

Mado et sa relation à l’argent. Elle dit qu’elle a vu beaucoup d’argent, mais qu’elle a toujours tout distribué. Elle me dit, en toute confidence, que l’argent de son association est uniquement pour son association. Les voyages annuels qu’elle effectue dans ce pays sont payés de sa poche.

La Cave perdue. Jacques me dit en 2019, le 14 juin, qu’André ne voulait pas de la Cave perdue. C’est Ernest qui connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui l’a fait entrer au bercail. Au début, c’était un lieu de bricolage et de dépôt de décors, puis, elle a été transformée. Je ne sais pas comment elle était au tout début. Quand j’y suis arrivée, il y avait le sol et la scène actuels. C’est Ernest qui les a posés et Alain Jelmi, a été son assistant ! Je suppose que cela a été la première transformation pour qu’il puisse y avoir des répétitions. Puis, il y a eu un incendie. Il faut savoir que ce local est une sous-cave et donc de température « plutôt fraîche ». Alors, il y avait des chauffages mobiles, bruns, et qu’une fois quelqu’un les avait laissés allumés avec une couverture dessus… Pas besoin de dire la suite. La « Cave perdue », ainsi nommée du fait qu’elle se trouve dans un endroit difficile à trouver, a été laissée à son sort. C’est avec ma venue qu’elle a retrouvé un sens culturel.

Le TPN – compagnie Salamalec. Jaques dit « Il y a d’abord la Compagnie Salamalec, ma compagnie de théâtre qui date de 1953. En 1960, je fusionne avec le TPN de Pierre von Allmen, et on arrive au Centre de culture, Théâtre de poche neuchâtelois qui par ma volonté est devenu le Centre culturel neuchâtelois. Le changement de nom s’est fait pour des raisons politiques, parce qu’il y avait le TPR et afin d’éviter les confusions… Nous avons ainsi l’histoire du premier nom du Théâtre du Pommier« . C’est Jacques de Montmollin qui a désiré avoir un théâtre en ville. Sa compagnie amateur était à Peseux où Ernest Grize et Alain Jelmi étaient régisseurs. Jacques me dit que sa mère, Antoinette Freymond, avait une culture considérable. En fait c’est elle qui a fait les démarches nécessaires avec un conseiller d’Etat et le chef des impôts (le local était occupé par les archives du service des Contributions). Cela a pris bien des années avant de pouvoir disposer du local.

André a fait les décors du premier spectacle du CCN. La pièce était « Le Révizor » de Gogol. Or, quand André et moi sommes allés en Union soviétique, à Léningrad, nous sommes entrés chez un antiquaire (contrairement à chez nous, un antiquaire dans les pays de l’Est vendait des livres et des gravures), je suis tombée sur un livre que j’ai voulu acheter « Le Réviseur ». Le livre retrace les 100 ans de mises en scène de la pièce depuis ses débuts. André me dit que c’est la première pièce pour laquelle il a fait les décors au CCN ! La boucle est bouclée. J’achète ou André Achète, à cette époque c’était lui qui achetait pour moi, le livre. Il est tojours avec moi.

Départ 1 du CCN : celui d’Ernest. Ernest a eu tendance à « lever le coude », comme on dit. Il faut dire que dans certains milieux on associe volontiers le plaisir de se réunir à un verre. Mais, je dois dire que les fois où Ernest s’est occupé de mes spectacles, jamais il n’a commis d’erreur. Jamais. Seulement, certaines personnes du Conseil de fondation ont trouvé à redire et un lundi matin, alors qu’Ernest était rentré de « son » désert, il retourne au travail et tout de go, le directeur administratif lui annonce qu’il n’est plus le bienvenu. Une telle attitude n’a pas d’excuses surtout dans un milieu culturel, où l’on sait, en principe, s’adresser aux autres. C’était aussi oublier qu’il n’y aurait jamais eu de Centre culturel neuchâtelois ni de Conseil de fondation sans le travail accompli par les précédesseurs dont Ernest avait été un rouage important.

Départ 2 du CCN : celui d’André. Il s’est passé dans des circonstances tout aussi désolantes que celles d’Ernest. Je m’en souviens, car le hasard a fait que j’aie eu une répétition générale le même soir que le Conseil de fondation se réunissait au centre. André est entré à la séance en ayant eu la promesse que son mandat serait recondtuit car on ne voyait personne pouvoir lui succéder et il en est ressorti avec rien du tout. Il n’y a plus jamais eu de directeur artistique d’ailleurs.

Tous les grands théâtres que je connais ont un directeur artistique et soit un directeur administratif soit un administrateur, car ces deux fonctions demandent des qualités différentes. Il en va de même dans les associations, il y a le président, le meneur et ceux qui s’occupent des comptes. C’est rare de voir ces deux capacités en une seule personne, cela arrive qu’on soit artitste et comptable, mais c’est rare. D’ailleurs, il y a bien des formations commerciales et des formations artistiques. Ou est-ce que je me trompe ?

Départ -1 du CCN : celui de Mado. Je mets « -1 », car ce n’est que maintenant que j’en connais la raison. Mado a vu une certaine passion s’éteindre chez ses collègues. Elle les a vus « assis » alors qu’avant il y avait une « course », une « recherche ». Elle quitte le centre en 1981. Je me dis que le centre des préoccupations avait changé, de lutte pour la survie, ils étaient passés à une situation où il fallait rendre des comptes, faire une programmation et justifier des choix.

Mado est partie à la Cité universitaire (il restait un lien avec le centre puisque la salle de spectacles de la Cité était gérée par le CCN) où elle a pu, à nouveau, reprendre son rôle « d’épaule ». Elle devait se débrouiller pour trouver des logements, des appartements pour les étudiants ; elle était le réconfort de ceux qui avaient des problèmes ; elle était la banque qui avançait les sous lorsque les étudiants n’avaient pas reçu l’argent de la maison et qu’ils devaient payer leur loyer – je demande à Mado si elle a toujours été remboursée et elle répond que c’est le cas. Même le dimanche, alors que tout était fermé, si un étudiant arrivait, elle lui trouvait où loger. Mado me dit que c’était passionnant !

Départ de Mado de la Cité universitaire : les étudiants se sont réunis, des anciens et des nouveaux, environ 150, lui ont fait un magnifique couscous et une soirée dansante formidable !

Il existe un « aprés ici », une autre dimension ; c’est sûr. Toutes ces choses qui se sont réunies pour que je puisse retrouver Mado et qu’on voie tous ces fils tisser la trame d’une bonne partie de notre vie… c’est magique. En tous les cas Mado et moi sommes émerveillées.

Quand on quitte ce monde, dit-on, on revoit sa vie. C’est l’impression que jai ; je vois et vis tout en même temps.

Finalement, Mado a remis son association ! Je viens de parler avec Mado qui me dit qu’elle a présenté sa démission à l’association et qu’elle part en Mauritanie au mois d’octobre. C’est fantastique ! Il y a moins d’un an elle me disait qu’après son départ, l’association ne survivrait pas… Je lui demande si c’est toujours dans le cadre de l’association – cela m’étonne quand même – et elle dit « Non, c’est fini. Avant, j’ai vécu pour les autres, maintenant, je ne vis que pour moi, très égoïstement ». D’ailleurs, elle vivra dans un tout autre endroit. C’est dire s’il y a un nouveau départ !

Curieuse, je demande à Mado quels ont été ses emplois : régleuse dans l’horlogerie – gérante du feu kiosque près de la Poste (juste avant d’arriver à la Poste quand on va en direction de Marin) – CCN : secrétaire, comptable, barmaid, accueil, billetterie et caisse des spectacles, et Cité universitaire : administratrice du logement des étudiants. À la suite d’autres questions, Mado ajoute : le métier de régleuse était très bien payé, je n’aurais pas pu aider Ernest autrement. Ensuite, j’ai voulu voir autre chose.

Trois jours avant son départ au ciel, Jacques me dit des mots que je ne sais où placer, je le fais ici :

  • Mado était une femme adorable. Je l’auî formée à la comptabilité et à un tas de choses dont le théâtre avait besoin ;
  • Thomas Facchinetti est un très très chic type ;
  • Alain Jelmi est un type adorable, charmant.

Conclusion de Mado. C’est la fin d’un très long chapitre et le commencement d’un autre. La vie c’est une chaîne, parfois il y a des anneaux qui se détachent, il faut espérer qu’ils créent une chaîne ailleurs. C’est l’ensemble des éléments qui fait la solidité d’une chaîne.

Suite de la Cave perdue. Depuis que je suis entrée à la Cave perdue, j’ai pris autant de soin que possible du local, mais il est clair que depuis que j’en suis la seule locataire, c’est un autre chez-moi. Je peux librement appliquer ma devise « prendre soin des autres et des choses comme de moi-même ». Je remercie tous ceux qui ont permis que je travaille dans cet endroit et espère le rendre dans un bel état le jour de mon départ au ciel. Voici d’autres articles en lien avec la « Cave perdue« .