Ces conversations, en réalité, se passent partout, dans le métro, dans le train, dans un magasin, mais c’est en relation avec Paris. On est à fin février et je souhaite encore la bonne année à ceux avec qui j’ai un échange amical.
Dans un premier magasin de tissus. J’avais acheté, l’année passée, un magnifique velours qui a habillé ma table d’une façon royale. Je me suis dit que cette fois-ci, j’allais en acheter d’autres couleurs. Je suis tombée sur un vendeur qui faisait son métier comme une routine. On comprend très bien que prendre des rouleaux, les déplacer, les dérouler, mesurer du tissu, re-enrouler le rouleau et le remettre à sa place toute la journée, n’est pas très créatif. Je ne l’ai pas mis de bonne humeur non plus parce que je lui ai juste montré avec les mains la grandeur approximative de ma table. Il m’a alors dit qu’il aurait mieux valu la mesurer exactement… Il avait raison. Aussi, lui ai-je demandé s’il faisait de la couture. Non, a été sa réponse et vous ? Oui, lui ai-je répliqué et je lui ai monté le top que je portais. Il a alors souri et j’ai senti qu’on faisait partie du même monde. Avant de partir, je lui ai dit qu’on avait encore dix mois dans l’année et que je lui souhaitais la bonne année. Vous auriez dû voir son sourire et ses yeux ! C’est cela la beauté. Tant lui que moi nous sommes quittés de bonne humeur.
Dans un autre magasin de tissu. Je cherchais un voile violet intense et aucun magasin n’en avait. Le vendeur du dernier magasin m’a dit qu’il avait un taffetas. Je lui ai demandé de me le montrer et c’était la couleur convoitée, pas vraiment le matériel, mais la couleur et elle était importante pour s’accorder avec mon pull. On a discuté alors des matériels, selon la trame, la couleur varie et même lorsqu’on commande un même genre de tissu, les bains ne sont pas les mêmes. Bref, il découle le tissu et me dit qu’il me fait le mètre à € 9.- au lieu de 12.- Je me sens un peu obligée de prendre le mètre dont la largeur est quand même de 1,50 m. Il dit alors à un jeune garçon d’encaisser la somme. Le garçon est un ado qui se déplace avec une sorte d’indifférence… Je dis alors au monsieur que le caissier a l’air très motivé. Alors il dit que lui et moi faisons partie d’une époque qui était meilleure, plus simple, avec de l’humanité. Je suis d’accord avec lui et demande au garçon quelle branche va le mieux à l’école. Il ne comprend pas. Le père (je suppose) lui dit : « Quelle matière ». Le garçon réfléchi et comme rien ne venait, je lui demande ce qu’il aime faire le plus à l’école. Là, il répond : « L’informatique ». Et le français, les maths ? Le français, pas, dit-il. Je lui explique alors qu’en informatique, il a un langage avec lequel il compose des programmes et que s’il regarde le français de la même façon, il pourrait sortir gagnant puisque le français est notre langue de communication. « En français, tu as un alphabet avec lequel tu construits des mots et des phrases, c’est une sorte d’informatique. » Le garçon semble intéressé et je lui demande s’il est d’accord. Il hoche la tête et je lui repose la question, il refait le même geste. Alors, je mets la main à l’oreille pour qu’il comprenne que je veux entendre un oui et il le dit. Je lui souris et lui dis que je passerai dans quelques mois pour vérifier et là il a fait un grand sourire. Il a compris que je lui voulais du bien.