Fête des vendanges 2026

Ainsi que je le dis dans le dernier article, je suis actuellement partie prenante de la Fête, officiellement, je veux dire. Le cours de ma vie suit son cours…

Être partie intégrante de la Fête des vendanges me donne un sentiment de joie, de bonheur, d’approfondissement de mes racines à Neuchâtel.. C’est à Naveen Begni, son directeur administratif, que je le dois. Naveen est un personnage important et c’est un peu gênant de l’évoquer, mais comme il est très connu, personne ne sera étonné de savoir que nous partageons les mêmes pensées : il est un être qui écoute, qui comprend et qui aime rendre service. C’est une chance pour Neuchâtel ! Il a aussi su choisir son équipe qui le seconde parfaitement. J’ai rencontré quelques-uns d’entre eux et c’est pour cela que je le dis. C’est donc Naveen qui m’a proposé de m’installer sous la tente du village Agri’culture à la place des Halles.

Ma trajectoire à la Fête des vendanges ou 10e incarnation. Elle a commencé à la fin des années 1980 ; j’ai accompagné divers stands qui ont depuis quitté la fête parce qu’en tenir un demande beaucoup de disponibilité et que le monde change. Actuellement, je travaille avec un dixième stand et donc en suis à ma 10e incarnation de stand. C’est tout un cycle décimal comme dirait un asiatique. Moi qui dis souvent que les particules de notre monde sont toujours en mouvement… Je suis servie.

La différence entre avant et maintenant ? La Fête des vendanges faisait partie de moi et, avec le nouveau statut, je fais partie de ladite fête !

Voici comment Pascal Hofer, le journaliste d’Arcinfo, présente l’affaire dans « Non filtré » : les derniers potins de la Fête

Et voici comment le collaborateur de Naveen, Eduardo Martin, a composé l’affiche qu’il a posée à l’endroit où j’ai travaillé pendant des… décennies, afin de guider ma clientèle habituelle ;

Tout en composant l’affiche, Eduardo m’a expliqué comment il faisait pour mettre ceci ou cela en évidence. J’ai été comblée.
C’est le stand qui reçoit l’invité d’honneur de la fête à la place des Halles. J’ai agrandi mon affiche afin de la rendre lisible ; ma place est au fond à droite, mais je n’étais pas encore installée lorsque j’ai pris la photo.

Le stand du village Agri’culture a eu comme invité d’honneur le canton du Jura. Mon Dieu, le canton du Jura ! C’est une autre drôle de sensation parce que j’ai une admiration sans bornes pour feu le patron de la Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel, René Froidevaux, un Jurassien. Il a été un patron extraordinaire et un Jurassien qui s’est battu pour son canton. Les Jurassiens ont quelque chose de particulier, ils sont très fiers d’appartenir à leur canton. J’ai pu le vérifier en parlant avec le public qui s’est assis dans les bancs du stand. Ils ont été ravis de savoir que j’admirais l’un des leurs et donc eux-mêmes. Ils portent en eux la sensation de la victoire, c’est palpable. Ma vie étant quelque peu compliquée, je comprends cette sensation et être placée dans ce stand est tout un symbole pour moi.

Le personnel du stand. Je lui dois des remerciements pour l’accueil chaleureux, pour avoir facilité mon installation et pour avoir pris soin de mes affaires lorsque je les ai rangées la nuit. C’est un personnel qui fonctionne non seulement avec savoir-faire mais aussi avec intuition parce qu’on n’a pas eu beaucoup de temps pour faire connaissance et que j’ai fait partie des leurs dès le premier moment. Une chance ! Il y a Egzon, le responsable général, Loïc celui qui s’occupe du secteur VIP et Luis le chef du rez-de-chaussée où j’ai été installée. Chacun a sa personnalité mais ils agissent de conserve, vont dans le même sens et nous avons trouvé un langage commun. Je me dis que monsieur Froidevaux les aurait félicités.

Ce monsieur est venu d’Alsace ! C’est Jean-Marc Sandoz, l’un des anciens responsables du stand des Brésiliens qui me l’a amené. La rencontre a été fortuite, mais il a été content de voir que dans l’un de mes cadres, j’avais la photo de sa femme par moi maquillée. Quand il a vu la photo, il a eu un sourire jusqu’au fond de l’âme. C’était beau à voir. Il y a encore eu deux autres Alsaciens, mais je n’ai pas eu le temps de faire de photos. De plus, Jean-Marc a été très généreux lorsqu’il a réglé les maquillages !


Des jeunes femmes du Valais. Je ne demande jamais à mes clients d’où ils viennent ; c’est le fameux hasard qui me rend souvent visite qui est en cause. Elles allaient bien ensemble. C’est celle d’en bas à gauche qui a amené les autres.

Un bras. J’ai eu très peu de maquillages d’adultes, mais j’ai eu le plaisir de faire ces maquillages à l’un des gaillards qui travaillait au stand. Il est venu deux jours de suite. C’est un signe de confiance.

Les maquillages. Je ne sais plus à quel groupe rattacher ces deux derniers ; une fois que j’ai fait le maquillage, je sors du monde de la personne. Certains clients, venant pour la première fois chez moi, me demandent ce que je vais faire. Je ne sais jamais. Ce qui est sûr c’est que quelque chose d’eux entre dans la composition du maquillage. Je n’ai pas toujours le temps de faire de commentaires, mais lorsque j’en fais, c’est en accord avec la personne.

Deux fillettes. Je ne connais pas celle de droite, celle de gauche, un peu. Son père a travaillé dans un magasin en ville ; dès qu’elle me voit dans la rue, elle court vers moi et a un geste d’une telle tendresse que je fonds. Cette fois, elle a couru et a dit : « Je suis la première, je veux un maquillage ! » Lorsque je lui ai demandé si je pouvais la prendre en photo, elle a demandé pourquoi. J’ai répondu que j’allais une fois la mettre sur un panneau. Elle a eu un sourire qui disait combien elle était touchée.

Ici les photos parlent d’elles-mêmes. Les figures ont quelque chose de leur propriétaire.
Je veux un dragon, me dit le garçon de gauche. Je m’exécute. Je lui demande s’il connaît la symbolique de l’animal et comme il ne la connaît pas, je la lui donne. Le regard du garçon change et c’est fascinant. Pour la fille, je raconte l’histoire plus bas sous le no 4.

Il se passe toujours des choses fabuleuses pendant les maquillages :

  1. Un cœur. Une dame d’un âge certain a mis CHF 2.- sur la table et m’a demandé d’un ton assez autoritaire de lui dessiner un cœur à elle et à sa copine. CHF 2.- ! Bon… J’ai expliqué que le cœur d’une personne est tellement riche et beau que les miens ne tiendraient pas la comparaison. Elle a lors expliqué qu’elle venait de perdre son père à 12 h 30 à l’hôpital. « Alors là, c’est une autre affaire » lui ai-je dit. Elle s’est assise, a déposé encore CHF 4.- et j’ai fait une composition avec un coeur. Je lui ai demandé quelle était sa profession : « Gouvernante ! » a-t-elle répondu. Je me suis dit qu’elle était bien à sa place et n’ai pas insisté sur le prix. J’ai pensé au père…
  2. « Vous transmettez des messages avec vos maquillages, alors transmettez quelque chose de gai à mon mari » me dit une autre dame d’un certain âge. Je lui demande de s’asseoir et de m’expliquer parce que je ne fais que mettre en évidence quelque chose qui est dans la personne. Elle m’explique qu’il a eu un cancer, qu’il vient d’avoir une opération et que ce n’est pas simple. Je lui demande dans quel domaine il travaille et il se trouve que j’ai connu son prédécesseur ! Cela établit un lien et je peux faire mon maquillage. La dame part contente. Cela ne m’était pas encore arrivé : maquiller quelqu’un pour apporter une joie à quelqu’un d’autre !
  3. Un ami jurassien vient pour bavarder. Il insiste sur ses origines jurassiennes et cela me fait un peu rigoler parce que c’est comme s’il disait qu’il était extraordinaire. En fait, il l’est un peu. Je lui demande comment il va et il me dit qu’il est fatigué. Son fils fait partie d’un club, il a trois entraînements par semaine et des matches les week-ends ! Je lui dis que c’est le métier d’être père. Il répond qu’il ne l’avait pas imaginé ainsi. Je trouve touchante cette histoire. Il me dit que le lendemain il doit se lever à 6 h et qu’il aurait bien voulu dormir. Je lui ai dit que, compatissante comme je suis, j’allais dormir pour lui ! On a rigolé.

5. J’ai remarqué que le village Agri’culture avait la côte auprès de Neuchâtelois que je n’avais vus de longue date. Il faut dire aussi que bien des gens ne viennent plus en ville. La disparition des magasins et des places de parc en sont des raisons majeures. Aussi ai-je été contente de revoir des connaissances que je n’avais vues depuis très très longtemps parce qu’ils ne peuvent se priver de la Fête des vendanges !

6. D’un autre côté, j’ai des connaissances et des amis qui ne viennent plus à la fête parce que l’argent liquide a disparu et qu’il faut avoir un bracelet pour payer sans contact. C’est dommage. En parlant avec l’une des responsables des appareils qui encaissent les sommes dues, elle m’a dit que bien des festivals sont équipés du même système imposé, pour ainsi dire, par les autorités actuelles. Le changement d’habitudes est tout un sujet.

7. Mes clients et leur paiement. J’aime la polyvalence de façon générale, mais là aussi j’ai été servie. Bien des personnes ont été contentes de savoir qu’ils pouvaient payer en liquide, d’autres par Twint ou avec le bracelet. Il y en a aussi un qui m’a payé en euros. J’ai donc quatre comptes… Cela ne change rien à ma comptabilité qui reste rigoureuse parce que si je désire que la vie m’offre ce qu’elle a de meilleur, je dois agir en conséquence.

Les sous de la fille. Je leur ai trouvé une place spéciale pour les photographier (on voit mon reflet). C’est si extraordinaire… Cela me rappelle la première fois que j’ai reçu de l’argent pour un rôle à l’Opéra de Bucarest. Je n’ai pas pu dépenser l’argent pour des choses triviales. Je me suis acheté des livres que j’ai encore. L’argent de la fille attend que le destin sonne.

C’est comme une épitaphe… tout est dit en quelques mots ou images !

Alors, cette 10e incarnation ? Tout compte fait, elle s’est bien passée. Je n’ai pas eu beaucoup de clients ; je n’ai pas retrouvé ceux qui sont venus durant des années mais il faut aussi dire que même si le comité de la Fête avait posé des affiches pour indiquer où je me trouvais, la foule était tellement dense que la traverser relevait presque de l’impossible. Je le sais parce que je n’aurais jamais pu regagner mon domicile avec tout mon matériel ou alors, il aurait fallu faire un immense détour.

Le temps libre, j’ai moins de clients depuis quelques années parce que les stands d’autrefois étaient tenus par des clubs, des associations et que la clientèle amie affluait. Maintenant, j’ai affaire à des inconnus, la plupart du temps. Le temps vide, le temps d’attente entre deux clients me permet de mettre ma comptabilité à jour, de faire des corrections dans des textes que je révise ou, comme cette fois, étudier des expressions liées au monde de l’horlogerie pour une aventure qui est en train de se construire. Alors, je n’ai même pas eu le temps de boire un verre !

Les changements. Les changements, quand on ne les a pas décidés et encore, peuvent créer des situations compliquées. Avant, je faisais trois voyages depuis chez moi jusqu’au stand pour amener mes affaires à pied. Je me suis demandé comment j’allais m’en sortir avec la place des Halles. Mais, dernièrement, je me suis enrichie d’un diable qui me rend de diables de services et en plus me suis confectionné un sac pour porter les cadres et diverses affaires. Avec un peu d’imagination c’est en deux fois que j’ai pu tout transporter, toujours à pied. On peut bien dire que je me suis fait du mouron pour rien. Au retour, il n’y a eu qu’un seul voyage parce qu’un ami horloger, qui vit une période tragique, a insisté pour m’aider. C’est aussi une leçon de vie pour moi. Cette fête est pleine d’enseignements !

Encore un cadeau (eh oui, la vie continue !) : Naveen m’a envoyé le lien pour voir le reportage de Canal Alpha sur le corso fleuri du dimanche. Il est très bien fait ; j’ai appris les origines du corso et vu des familles qui s’investissent dans cette tradition. C’est rassurant dans cette période de zapping et d’ignorance d’un tas de valeurs. J’en reviens à l’une de mes phrases favorites : l’histoire est la branche la plus importante d’une société.

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