Corum – Roland Chappatte – horloger

Précisons tout de suite : M. Roland Chappatte a travaillé 46 ans dans l’entreprise horlogère Corum. Si le métier façonne parfois le corps, les mains de M. Chappatte étaient faites pour le métier.

Le hasard, ce fameux hasard que je trouve si souvent ces derniers temps, tout comme je l’ai eu il y a bien des années, intervient. C’est réconfortant. Voici donc que je vais à la Coop de la Maladière, Neuchâtel, et que je demande à parler à un vendeur. L’on m’envoie un monsieur qui est tellement aimable que je me dis que son métier de base doit être autre. Effectivement, il a travaillé dans l’horlogerie de luxe. Cela tombe bien, je lui dis que j’ai écrit des articles sur l’horloger Froidevaux et sur Abraham-Louis Breguet (les liens figurent au bas de cet article). Il me dit que son père a travaillé chez Corum où il a travaillé sur la montre baguette et qu’il habite actuellement à La Sagne. Il ne m’en faut pas plus pour me dire que mon aventure horlogère continue et m’annonce chez M. Chappatte père, Roland Chappatte !

M. Roland Chappatte. Il me dit que la montre baguette ou golden bridge est une montre Corum et que tant qu’il a travaillé, il a été le seul à mettre toutes les pièces ensemble. Didier, le fils, qui nous a rejoints en cours de route dit, oui, c’est Calabrese qui l’a inventée (ceci n’est pas exact. Oui, répond le père, mais c’est nous qui avons rendu fonctionnel le modèle. (J’ai rencontré M. Bannwat, ancien propriétaire de Corum qui m’a donné des informations pour rectifier cette affirmation inexacte). Et quand M. Chapatte dit « nous », c’est lui ! Je lui demande des précisions et il ajoute que c’est lui qui a fait les tests pour savoir quel « mobile » (une pièce spéciale) allait prendre ! Auparavant, il avait aussi été le seul à s’occuper des ultraplattes. Il recevait Frs 5.- par montre et en faisait une centaine par mois.

Le patron de chez Corum. Je m’intéresse à la façon dont les patrons traitent les collaborateurs – pour moi ce ne sont pas des travailleurs, mais des collaboateurs, les uns ne peuvent exister sans les autres ou alors on est indépendant -. Bref, M. Chapatte me dit que tous les ans, les salariés recevaient 1’000.- frs de prime et tous les 25 ans ils avaient un voyage d’une semaine tous frais payés ! Il est allé à Rome avec sa femme qui a aussi bénéficié de la prime.

Toute la famille travaillait dans les montres. Le soir, M. Chapatte rapportait du travail et Didier me dit que lorsqu’ils collaient les bracelets, cela sentait la colle dans toute la maison !

Certificats d’études : je sais combien ces documents sont rares et j’en parle au musée Château des Monts au Locle qui se dit intéressé. M. Chappatte est tout à fait d’accord pour que je les transmette. Pour moi c’est une chance de participer à une telle histoire !

Vous étiez parmi les meilleurs de classe ? Il paraît, répond tranquillement M. Chappatte.

Montre d’études. Lorsqu’on faisait l’apprentissage, on montait une montre de A à Z. M. Chapatte a choisi de faire une montre-chronomètre dont voici quatre pages du plan. À l’époque pas d’ordinateur pour faire les dessins… quand on sait cela on apprécie le travail d’une autre façon !

Roger Peeters. Roger est partie intégrante de mon aventure horlogère. Sans lui, je n’aurais pas pris contact avec le musée horloger Château des Monts, au Locle, et sans lui j’ignorerais bien des choses sur la marche des montres et certaines inventions. Je lui montre les plans de M. Chappatte et grâce à lui, je comrpends de quoi il s’agit et peux mettre des commentaires qui pour M. Chappatte allaient de soi.

Engrenage de roue de 60 dents sur pignon de 6 dents et un profil de denture spécifique avec un module (pas des dents ou espacement) 0,18.
L’étudiant Chappatte montre que la position à droite, dans l’échappement à ancre anglaise, est la bonne.
Il fallait calculer que la levée tombe juste avant la dent.

Et voici, Mesdames et Messieurs, comme on dit dans les grandes occasions, le résultat du lauréat :

M. Chapatte se rappelle avoir prêté sa montre pour une exposition à un musée et qu’elle était revenue avec la tige du remontoir cassée ! Il a fallu qu’il la refasse.

Encore les mains de M. Chapatte :

Monsieur Chappatte reste toujours horloger. Je le dis parce que nous avons mangé ensemble et qu’à la fin du repas, il a plié le set de table, la serviette et qu’il a tout « rangé ». Un vrai travail d’horloger !

Mise sur la Toile de l’article. Je me suis dit que ce moment devait se faire devant les yeux de M. Chappatte. Il a été très content de se voir ainsi sur le réseau. J’ai aussi pensé que ce moment méritait une coupe de Mauler ! Quand j’ai déballé mes coupes (ah, oui ! j’ai mes règles et donc j’étais équipée), donc, au moment où j’ai déballé mes coupes, M. Chappatte a eu un sourire en me disant qu’à la maison il avait aussi eu de telles coupes. Pour moi c’est émouvant. J’avais pu apporter la bouteille toute fraîche parce que M. Frésard, l’ancien comptable de l’horloger Froidevaux venait de m’en faire cadeau. Les choses se lient les unes les autres et pour moi c’est le meilleur des signes que la vie puisse me faire.

Collection de montres. Monsieur Chappatte m’invite à voir sa collection de montres mécaniques, toutes sont mécaniques. Je me dis que je vais aussi m’en procurer une ; les montres à pile présentent l’inconvénient de devoir changer la pile et on ne sait pas toujours s’y prendre. Je l’ai fait une fois, il faudra que je reprenne l’affaire.

Monsieur Chappatte a trois fois cette quantité de montres à gousset. Cela tombe bien, j’ai un faible pour ce genre de montres et le mot me ravit. En voici une autre qui a attiré mon regard et admiration.

Magnifique fin d’article. Je n’ai plus su quoi inventer pour faire bouger les mains de M. Chappatte afin de les photographier. Il y a bien des théories sur le corps humain, cependant, lorsque j’ai demandé à M. Chapatte d’ouvrir ses mains, il a eu ce geste qui est l’image même de l’ouverture et je ne peux que finir l’article avec cette photo.

Suite 1 avec M. Sylvain Froidevaux. Je viens de parler avec M. Froidevaux, le directeur du service Après-Vente de chez Corum (aussi originaire du Noirmont mais d’une autre branche que celle de René Froidevaux, le patron horloger de Neuchâtel. Je me sens quand même en famille !) et il me dit qu’effectivement à l’époque, la formation d’horloger impliquait la création d’une montre : en première année on fabriquait les outils, c’était de la mécanique ; en deuxième année, on s’attaquait aux pièces de pivotage, on tournait les axes à la main ; en troisième année on procédait aux réglages de précision, le balancier spiral qui fait la précision de la montre. En quatrième année l’horloger en formation participait aux réparations pour des clients. Il me dit que les dessins de la montre-chronomètre lui rappellent ceux de son père. Il me dit qu’il a en sa possession un dessin d’une rosace qui devait servir d’exercice pour la précision. La photo (ainsi que la révision de ce paragraphe) va suivre.

Chose promise, chose due. Voici la rosace qui servait à démontrer la dextérité de l’étudiant. Moi qui aime les mots, il n’y a qu’à regarder le dessin pour comprendre qu’il est l’image de la dextérité. Une merveille ! On se croirait en présence de la création du monde.

Rosace faite par le jeune Claude Froidevaux, 17 ans, le 4 juillet 1963 au Technicum neuchâtelois de La Chaux-de-Fonds.

Marc Froidevaux. Il est le père de Claude Froidevaux et il a fait un apprentissage d’horloger. C’est l’héritier de la troisième génération d’horlogers. Sylvain Froidevaux, qui a eu la gentillesse de m’envoyer les documents qui suivent. Les conditions de travail ont bien changé depuis… 1923 !

Vous avez bien lu : pas de salaire.
C’est vite vu.

Voyons ce qu’il a à l’intérieur :

Voilà qui est clair. Le français du rédacteur de contrat est parfois succint, mais on comprend que l’on ne doit pas manquer au travail et que même si on est présent et qu’il n’y a pas de travail à faire, c’est du temps à *rattraper » après la fin de l’apprentissage. Tant pis aussi si on a été malade juste pendant les vacances !

L’Organisation internationale du Travail (OIT). J’y ai travaillé dans divers départements du Bureau international du Travail (BIT), à Genève. L’OIT est la seule organisation tripartite ; les décisions se prennent entre les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. C’est magnifique. Et lorsqu’on lit un tel certificat de formation, on mesure combien on doit aux créateurs de l’OIT et en particulier à Albert Thomas, son directeur pendant 13 ans.

Durée du travail. C’est l’une des premières conventions internationales qu’Albert Thomas fait signer aux pays membres parce qu’il faut avoir des valeurs humanitaires dans un monde économique. Rien que pour cela, Albert Thomas a tout mon respect.

Ce qui est passionnant dans ma vie c’est de voir des pans de ma vie apparemment sans lien se trouver réunis. C’est, une fois de plus, le cas ici, le hasard me fait rencontrer M. Chappatte, puis les trois générations Froidevaux et j’arrive au BIT où j’ai travaillé début de ma carrière d’économiste. C’est comme un cercle qui se ferme.

Diplôme de 1924. Voici celui de l’apprenti Marc Froidevax.

J’imagine la loie de l’apprenti Marc Froidevaux quand il a reçu son diplôme de « remonteur.de mécanismes et rouages ». On félicite les personnes qui ont gardé ces documents en aussi bon état ! On voit tout en haut le chiffre 65, je me demande si c’est le 65e diplôme attribué.

Liens vers :

Pour laisser un commentaire, deux possibilités :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, v

Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Switzerland (English version)

VERSION FRANÇAISE ICI

Introduction. Stories don’t always have the same way to start. This one is linked to my late friend, André Oppel, graphic designer and artistic director of the Théâtre du Pommier in Neuchâtel, Switzerland, and who left me some affairs that I kept hoping that once they would go to the right place.

My friend and me always lived in the present. We seldom talked about the past, his or mine, not because we desired to avoid something, in fact it didn’t come in our way. He knew a lot of people and among them there was Jack. He greeted him and I greeted him. The hazard, this famous hazard that doesn’t exist, let me to know that Jack’s family name was « Froidevaux ».

For years I told myself that if I had a website I could insert all the works my friend had left in this world. I scanned his drawings and different works, but there was no unity. A friend told me very kindly that it looked like « widow remembrances ». He was right as I had one piece from here and another from there. But, nevertheless, I kept them.

Once, looking at them again, I saw some collages and a catalog from the « Fabrique d’Horlogerie Froidevaux » and remembered that my fried had told me once that Jack’s father had been a manager. Time passes by and today, as I showed the catalog to Jack, he says that it was the catalog of his father’s company ! He says that my friend André had worked for the company as graphic designer. I ignored that and feel richer of a new element of my friend’s life and has the impression that he waves me from the world where he is now. Jack tells me about the story, absolutely fascinating, of his father’s company, Mr. René Froidevaux.

Mr. Froidevaux developed, after the Second War, the small factory that he had bought. He felt that Italy was going to recover economically and created a lot of watches sold in this country. At that time watches were sold under the name of the traders who had ordered them or under the name of the shops that sold them. That is why his name didn’t appear on the watches. Mr. Froidevaux produced watches of the top of the middle range. Here we have some of his trades : Forte – Pryngeps – Escudia – Soly, etc. Cadola was the trade sold in Switzerland and it is my friend André who designed it and made the graphics !

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est cadola.jpeg

What i find remarkable :

  • Mr. Froidevaux watch factory is the first company to have introduced the English week within the work frame, that means that the workers were free on Saturday mornings !
  • Mr. Froidevaux was a manager, a helmsman who cared about the well-being of his workers within and outside his enterprise. He founded a provident found which he endowed of a rental property worth 450’000.- Swiss francs of that time out of his own pocket ! The apartments were rent, in priority, to his workers ;
  • another example : when the company received a letter asking for payroll deductions of a worker due to debts, Mr. Froidevaux asked the worker to come to his office and asked him wether he agreed that he, Mr, Froidevaux, would pay the debt and and offered him a reasonable spread of the debt avoiding him any prosecution and that without interests ! in that way the worker continued to work and his family was safe ;
  • Mr. Froidevaux also felt that his workers deserved a canteen and for this purpose fitted out premises in a building he had constructed opposite the factory ;
  • next to the factory he built a swimming pool which he also made available to his staff ! He makes me think of Mr. Gilbert Facchinetti who also had a similar gesture for people with disabilities ;
  • Mr. Froidevaux used to care of his workers and their family. The caretaker had a disabled son who after compulsory school should have gone to a specialized center far from his family and in an unenviable environment. He asked his foreman what the boy could do. The boy took his time but he became an excellent worker ! So much so that he aroused the jealousy of some of his colleagues who commented that he should not be paid like them !

Mr. Froidevaux’s factory was a social model. The Swiss watchmaking federation sent members and visitors so that they could see how the company was operating.

Not so long ago, Mr. Schneeberger, the caretaker we spoke above, left our world. Jack went to the funeral. People went to him and his brother and told them how Mr. Schneeberger had been grateful to Mr. Froidevaux for his attitude and used to tell that he had lived the best time of his life under his leadership This was echoed in the homily. Hats off !

Then came the economic crises of the 1970s. Mr. Froidevaux did not see it coming. The company ceased operations in 1975 as a result of nasty maneuvers of people next to him and to opportunistic competitors. What a pity ! Further information can be found in the last paragraphs on the other article on Mr. Froidevaux. The link is at the bottom of this one.

              Even though Mr.Froidevaux is no longer of this world, I am moved to know who he was. He is the kind of example to follow !

The surviving catalog of its long history has no date, we must be at the end of the 1950s. Here are a few pages.

Froidevaux Catalogue001
The cover ot the catalog by which the story happened. Note that it is in perfect condition. Jack tells me that André disigned this watch. What an emotion !
5. Montres dames or - Froidevaux
1. Montres dames - Froidevaux
2. Montres h non étanches - Froidevaux
3. Montres étanches - Froidevaux
6. Montres diverses - Froidevaux

Watch hands have turned many times since the beginning of this article. Jack and I agreed to met so that he ould retrieve the catalog of his father’s business. It is a moving moment for me, it is a piece of Neuchâtel history to which I am now a part. It fills me with joy. I really admire Mr. René Froidevaux. I have just learned that when he decided, in 1942, to buy the factory from his original owner – the company run buy a couple at the end of the line had then six employees and produced small series – the town hall appreciating an entrepreneur who had the courage to start when there was war and the national economy had some difficulties told him that he could benefit from a tax package to let him grow his business. Obviously they didn’t know Mr. Froidevaux, as if he had a character, let’s say, rather difficult, he had undeniable human qualities and principles ; he did not want to owe anything to anybody and paid his taxes 100 % ! In 30 years he grew from 6 to 150 employees and developed a thousand points of sale in Italy, a country, as mentioned earlier in this article, was developing very well after the War. Magnificent !

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est dsc00823.jpg
Here we see Jack leafing « his » catalog which looks brand new – we know time doesn’t exist and the 1950s were yesterday !

The article may be getting rather long, but I can’t resist the temptation to add drawings made by André.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est dsc00828.jpg
Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est dsc00831.jpg
Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est l.t.-montage.1.jpeg
And here is a Cadola arrived by the Web, so to say A gentleman bought a Cadola and sent me his picture. As we can see it is in a very good shape, looks good and looks as a sister of those of our time ! His owner says he wears it « with respect and pleasure » when it is not on display. I often say that the way we treat objects says a lot about us. No need to make a comment on the present case ! Moreover, this gentleman says that he has something in common with Mr. Froidevaux :  » Pleasure at work and respect for collaborators (who give it back to you). In addition, he adds, the model exudes good humor, simplicity and lightness ».

December 2021. I get a Christmas present ! Fabio, an Italian, lets me know that he is passionnated by Italian watches – Mr. Froidevaux exported a lot to Italy – and he sent me two wonderful pictures of the two Cadola of his collection and they are in perfect working order. What can we say ? Time doesn’t stop ! Here they are :

Janvier 2022. Benoît, another watch passionnated.

Benoît tells me that the watch jumped out at him when he saw it at the flea market. I would say that the watch knew that it was going to go to the right place and would find again a part of its past life. So, did Benoît chose the watch or is it the watch that chose Benoît ? Anyway, they are well together ! En tous les cas ils se sont trouvés !

I ask the collector how many watches he possesses : around 300 – 400, he answers. « At home, I always saw watches and I find them a beautiful jewel for men ». Your oldest one ? A Cyma from 1916-1917, he replies. And here is when the magic of life appears : on the very same day I had given a ballet-theater performance to some people I had just met, and one of them was the director of Tavannes Watch Co. In fact, Cyma belonged to the Tavannes manufacture and it is the last one who made the Benoît’s oldest watch. I already had in mind to write an article on this watch makers because the director had told me so many interesting things about his enterprise while we were having a drink on my studio after the performance. Life is telling me now that I am on the right way. Suite, au prochain épisode ! (So, on to the next episode ! )

This watch collector sent me a series of photos that I couldn’t resist. The fact that I saw the watch in this way made me almost feel and even hear all the protagonists to its adventure in this world. Voici donc la même montre dans tous ses états !

Links to :

For a coment, there are two ways :

  • directly by email, here : contact . You shall find my E-mail address ;
  • if you have a WordPress website, you can easily insert your comment here down.

René Froidevaux : l’homme, patron de la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse

(mise à jour de la fin de l’article)

C’est la montre de M. René Froidevaux, marque Cadola, la marque vendue en Suisse et dont le graphisme a été fait par André Oppel dans les années 1950.

La montre. On sait qu’un objet n’est qu’un objet, toutefois, quand je me dis que cette montre était au poignet de M. Froidevaux et l’a accompagné au moment où il prenait des décisions, où il vivait l’histoire de son entreprise et celle du Jura, cet objet prend une valeur. C’est comme si elle portait une mémoire que je peux toucher ou à tout le moins lire.

Date : 18 décembre 1900. C’est la date de naissance de M. René Froidevaux, de celui qui va marquer l’histoire horlogère de Neuchâtel et participer à la naissance du canton du Jura.

M. Froidevaux est né au Noirmont ; cela explique son attachement pour la région du Jura et son activisme pour que le Jura devienne le 23e canton suisse. Il ne suffit pas d’être né sur une terre pour devenir son porte-drapeau, il faut avoir du caractère, avoir le sens de l’organisation, du devoir, être un visionnaire. Ces qualités, on les a déjà remarquées dans l’article que je consacre à son entreprise horlogère. Lorsque j’ai découvert qu’il avait été l’un des moteurs de la naissance du canton du Jura, je n’ai été étonnée qu’à moitié. L’autre moitié, si je puis dire, s’est étonnée de savoir qu’un homme très occupé par son entreprise, un vrai Suisse – c’est-à-dire un Suisse comme on les imagine : calme, neutre, ne désirant rien devoir à personne, respectueux des règlements – se dise qu’il faut se battre pour le droit de naissance du canton du Jura. Je dis une fois de plus « chapeau » !

M. Froidevaux a été un activiste passionné, passionné au point d’amener sa famille tous les dimanches pique-niquer dans le Jura. On ne sait pas si les enfants étaient d’accord, mais c’était sa façon très entière d’être. Son enthousiasme l’a poussé à se dire qu’il fallait un journal pour la question jurassienne, qu’il a combattu pour cela et qu’il fallait forcément des fonds. Le banquier qu’il avait été avait son rôle à jouer et il gardait une comptabilité à cet égard. Les gens qui traitaient avec lui le savaient et y participaient.

Le journal en question est le Jura Libre, toujours en activité.

La Fête des Vignerons de 1977. On le sait, tous les cantons défilent, une personne porte un drapeau de son canton. Cette année-là, M. Froidevaux suivait la fête à la télé et il voit le défilé. En dernier il y a un jeune garçon qui porte le drapeau du Jura, de « son » Jura. Cela lui a fait ressentir une très vive émotion. Trois mois après, M. Froidevaux partait au ciel d’où il a une meilleure vue de « son » Jura.

Ce qui m’interpelle aussi dans cette histoire, c’est le recoupement, une fois de plus de tant de pans de mon histoire. Ma formation en danse classique et une partie de mes études d’économie, je les ai faites en Roumanie, à Bucarest, et voilà que Jacques, l’un des fils de M. Froidevaux, vient de m’apprendre que son père avait été envoyé par la succursale biennoise de la banque où il travaillait, la Banque cantonale bernoise, à Bucarest dans les années 1925 -1930 pour des questions d’organisation dans le secteur du pétrole. Cela me fait un drôle d’effet, c’est comme si le temps n’existait pas et simultanément, je me sens envahie par une certaine joie.

M. Froidevaux à Neuchâtel. Il déménage de Bienne à Neuchâtel en 1942, puis il fait construire sa maison à la ruelle Vaucher en 1946, et achète le domaine adjacent qui va jusqu’à la gare et y emménage sa fabrique d’horlogerie dans ce qui avait été jusque-là un pensionnat pour jeunes-filles.

Bâtiment qui abrita la « Fabrique d’Horlogerie Froideaux S.A.
Vue du balcon de l’ancien comptable, M. Frésard.
Le même bâtiment vu depuis le bas, où il y avait l’atelier de la chaîne de montage.

Chaîne de montage horloger. À propos de l’esprit entrepreneurial de M. Froidevaux, avant que d’autres entreprises de Neuchâtel ne commandent ensemble la chaîne de montage Rexa, M. Froidevaux avait fait construire une chaîne mécanique par les ateliers Roxer S.A. sis à Saignelégier. Le constructeur avait été Jean von Allmen, patron de l’entreprise et de surplus autre activiste jurassien ainsi que père de Zouc, Zouc que j’ai eu la chance de voir au Théâtre de Neuchâtel ! Je ne peux m’empêcher de trouver curieux comme ces pièces du puzzle se rassemblent pour donner des racines à mon paysage neuchâtelois.

Zouc, Isabelle von Allmen, l’humoriste. Lorsque j’ai vu Zouc au Théâtre de Neuchâtel, je lui ai demandé un autographe. Des années plus tard, le fils d’un de mes amis, François Memminger, me dit qu’il est un admirateur inconditionnel de Zouc. Je réfléchis et me dis que Zouc lui aurait aussi donné un autographe. Je lui donne le mien parce que je sens une réelle admiration. Il y a des artistes qui ont de la chance d’être aimés après qu’ils ne font plus la une, Zouc fait partie de ceux-là. Et, je rencontre François une fois de plus, lui raconte que j’ai écrit cet article, il me dit qu’il peut me rendre l’autographe, mais je lui dis qu’il peut m’envoyer une photo. Là aussi, on reconnaît la qualité de l’âme de François. Réellement, l’autographe est dans de très bonnes mains, je ne me suis pas trompée !

Autographe de Zouc :

Le personnage de Zouc est dans cet autographe !

Jean von Allmen, un ami indéfectible de M. Froidevaux. Lorsque la situation est devenue difficile pour l’entreprise, lorsqu’il y a eu sa liquidation, après celle-ci et après le départ au ciel de M. Froidevaux, Jean von Allmen a été aux côtés de la famille. Jusqu’à ce que lui-même parte au ciel, il a invité Mme Froidevaux et son fils Jacques au buffet de la gare toutes les semaines !

M. Froidevaux et l’AVS. Je ne sais plus comment j’en suis venue à m’intéresser à l’histoire de l’AVS. Mais, j’ai appris que c’est Otto von Bismarck qui instaura les assurances sociales (maladie, accidents, vieillesse et invalidité) en Allemagne entre 1883 et 1889. Cela relève du miracle pour moi. En Suisse, elle est entrée en vigueur le 1er janvier 1948. Cette année-là, M. Froidevaux a dit à d’autres patrons qui râlaient devant la charge financière qui leur était imposée qu’il était favorable à son application même si vraisemblablement il n’aurait pas à en bénéficier. C’est le portrait même de M. Froidevaux. Je ne connais pas les chiffres de l’époque, mais il est sûr que M. Froidevaux s’est rendu compte que cela n’allait pas suffire pour une retraite aisée de ses collaborateurs et c’est pour cela qu’il a créé son propre fonds de pension dont je parle dans l’autre article.

Dans les années 1950, s’installe au dernier étage de la fabrique l’avocat Jules Biétry avec sa famille. Jules Biétry, c’est à peine croyable, Lorsque j’étais enfant, il était le président de la caisse-maladie « Chrétienne sociale » et les bureaux étaient au Faubourg de l’Hôpital ; dans l’immeuble que j’habitais ! Je le revois, avec son chapeau noir et toujours plutôt distant… Le fait de savoir qu’il a aussi participé au mouvement jurassien me le rend sympathique, chose que je n’aurais jamais crue.

En 1964, M. Froidevaux fait des travaux dans son entreprise et transforme les deux derniers étages en logements.

Voilà la piscine construite sur le domaine de M. Froidevaux et mise à disposition de ses employés.

La piscine. En regardant cette piscine, j’imagine la joie des travailleurs et de leurs familles. C’est magnifique d’apporter quelque chose aux autres, de rendre leur vie plus agréable. Je crois que c’est l’une des choses les plus importantes dans ce monde.

Les années 1970. Comme je le dis dans l’autre article, c’est la période de la crise et bien des entreprises horlogères ferment leurs portes. Dans le cas de M. Froidevaux, des proches ont participé à la débâcle. Lorsqu’un notaire neuchâtelois a regardé les documents que ces personnes avaient fait signer à M. Froidevaux sous prétexte de l’aider à redresser la situation, il a dit à Jacques que c’était fini.

En 1974, le chef comptable de l’entreprise, M. Charles Frésard, trouve du travail ailleurs. M. Froidevaux lui fait un certificat en or et il signe. Voici sa signature.

C’est la signature de quelqu’un qui sait ce qu’il veut. La tonalité du caractère est donnée !

Ce qui est aussi remarquable de la part de M. Froidevaux c’est qu’il laisse partir le comptable qui a fait partie de son entreprise pendant 25 ans, qu’il comprenne qu’il aille travailler ailleurs et qu’il lui permette de garder le logement qu’il habite dans l’immeuble qu’il a fait construire. M. Frésard dit que lui et sa femme ont été les premiers locataires de cet immeuble si élégant et commode, dont les dessins ont été faits par le fils aîné de M. Froidevaux, Philippe.

Quand je rends visite à quelqu’un, je ne regarde pas si le logement est comme ceci ou comme cela, ce qui m’intéresse ce sont les personnes qui l’habitent, mais chez M. et Mme Frésard, chaque fois que je suis sur leur balcon, je dis : ah, quelle vue ! on se dirait à Monte Carlo. Il faut dire que M. Frésard nous offre un verre d’Armagnac dont la bouteille ne ferait pas rougir un lord, fume son cigare et met ses lunettes de soleil. Une vraie scène de cinéma. J’ai une pensée pour M. Froidevaux.

À propos d’Armagnac. À Noël, M. Froidevaux offrait aux hommes, à choix, une bouteille d’Armagnac ou de la Prunelle de Bourgogne et aux femmes, si elles ne voulaient pas d’alcool, une boîte de chocolats. Je me dis que c’était le bon temps. Cela me rappelle que mon bailleur, Pierre Meyer, offrait à ses locataires une belle boîte de chocolats à Noël aussi. Là, également, les choses ont changé !

Les sorties annuelles de l’entreprise. En plus de la visite à la foire de Bâle des cadres, M. Froidevaux organisait une sortie annuelle pour tous les employés et les frais étaient à sa charge. C’est ainsi qu’ils sont allés dans le Valais et au Lac de Constance, par exemple.

Probité de la fabrique d’horlogerie Froidevaux. Lorsque la situation horlogère suisse a commencé à devenir difficile, il a fallu se résoudre à des réductions de personnel et cela dans les règles de l’art. Toutefois, l’un d’eux s’est fait avoir par un vilain conseiller (il a été perfidement incité à attaquer l’entreprise, car, on le sait, tous les patrons profitent des employés… me dit la personne qui me donne le renseignement) et s’est porté partie plaignante pour une somme d’environ Fr. 2 600. –

L’affaire a été réglée au tribunal. Le chef comptable et son apprenti ont, de leur côté, montré leur décompte qui se montait à environ 2 900.-, somme, qui, comme on le voit, est supérieure à celle revendiquée. La juge a demandé au plaignant ce qu’il faisait là ! Le « conseiller » n’a su que dire et l’employé, tout déconfit, a dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait là et qu’il avait toujours eu confiance en l’entreprise Froidevaux.

Je crois qu’il n’y a rien d’autre à ajouter.

La montre Cadola de Mme Froidevaux.

La montre du fils Denis, une Froidevaux qui avait un numéro de série derrière.

En montrant cette photo à Jaques, il me dit qu’il avait lui-même fait les plans et le dessin de la montre et qu’il était parti en voyage en Amérique latine avant sa mise en fabrication. Sa surprise a été de taille lorsque, se promenant dans une ville du Nord de l’Argentine, il l’a vue, à 10 heures du soir, dans une vitrine mal éclairée. C’était en juin 1972 ! Denis m’explique ensuite qu’il avait fait faire « sa » montre , sans marque, une fantaisie qui lui était passée par l’esprit. C’est ensuite aux ateliers Descombes, à la ruelle Vaucher, qu’il avait fait ajouter du radium – ce qui a été interdit par la suite – aux aiguilles et un trait aux heures pour voir l’heure la nuit.

J’allais m’arrêter là, mais j’ai rencontré la sœur d’André Oppel, Marie-Claire, qui m’a raconté que leur mère était amie de la femme de M. Froidevaux. Voilà encore une autre pièce dans mon tableau.

J’ai désiré faire aussi la photo du dos de la montre de M. Froidevaux :

On y voit le numéro de série 85273 No 1ce qui indique que la montre a un calendrier
18 K, 0,750, 180
J’ai tout à coup eu l’idée de refaire une photo de la montre de M. Froidevaux sur le couvercle de mon Mac. Je mets trois des photos. Si l’heure reste inchangée, ce sont les reflets sur le bas du cadran qui attestent que du temps est passé. On comprendra le pourquoi dans la suite de l’article.

Une idée a traversé mon esprit et je l’ai rendue réelle dans notre monde. Parfois, on ne sait pas pourquoi on fait telle ou telle chose :

La montre de M. Froidevaux sur mon poignet.

J’ai mis la montre de M. Froidevaux sur mon poignet. Cela m’a fait une émotion et j’ai pris une sorte de selfie, chose à laquelle je suis plutôt réfractaire. Puis, nous avons continué la conversation, M. Frésard, Mme Frésard et moi. De temps en temps, je regardais la montre, me sentais émue de la porter et trouvais qu’elle allait bien sur mon poignet… Au moment de prendre congé, je remarque que le garde-temps marque 9 h 39. Je m’étonne qu’elle fonctionne. M. Frésard me dit qu’elle doit être automatique. Je fais le lien avec les modifications que l’autre horloger de mon monde, Abraham-Louis Breguet, a apportées aux montres. Cela signifie aussi que j’ai porté la montre une bonne demi-heure. Cela me procure une autre sensation, comme si trois temps s’étaient réunis !

Un autre lien s’invite. Le physicien Garnier Malet, parle des trois temps : le passé, le présent et le futur qui en certaines circonstances n’en font qu’un. Je ne sais quelle sensation on peut éprouver dans une telle situation, mais j’en éprouve une profonde au moment où je me sens unie, dans mon temps à moi, à Abraham-Louis Breguet et à M. Froidevaux et tout cela étant parti de documents qu’André Oppel avait faits, alors qu’il travaillait pour M. Froidevaux, que j’avais gardés et que le Musée d’Horlogerie Château des Monts du Locle a été heureux de recevoir.

Le téléphone no 6. Si vous aviez vécu dans les années 1930 et que vous aviez voulu téléphoner au grand-père de l’ancien comptable de l’entreprise Froidevaux, M. Charles Frésard, vous auriez dû composer le no 6. C’était le 6e téléphone de la région ! Je suis émue, une fois de plus. Voici une réclame qui trône chez M. Frésard petit-fils à la retraite.

Le numéro de téléphone figure en haut à gauche : Téléphone no 6.

Surprise ! Le mot est bien significatif et explique mon état. Hier, un 18 décembre, j’invite M. et Mme Frésard venir voir un de mes spectacles – en tout on sera cinq personnes. Je décris l’événement ici. Mais la surprise vient du fait qu’à la fin du spectacle, je dis à mon public que M. Froidevaux aurait aimé le spectacle et qu’aujourd’hui j’apprends par Danièle, dont je parle un peu plus loin, que c’était le jour anniversaire de son père !

Les trois temps : présent – pasé – futur. Ils sont une nouvelle fois présents ! Ils existent en même temps mais dans des espaces différents. Cela ne fait rien si vous ne comprenez pas. Mais ne trouvez-vous pas formidable que plus tard, dans la même soirée, regardant un film de fiction « Des gens qui s’embrassent » où joue le violoniste Ivry Gitlis que je connais et que j’aime beaucoup, je l’entende m’apporter une réponse à une question que je ne me suis pas posée ? Il dit dans le film (et donc me dit ce soir) que les montres à quartz s’arrêtaient lorsqu’on ne les portait pas quelque temps. Eh bien ! C’est ce qui est arrivé à la montre de M. Froidevaux, je me dis que c’est une montre à quartz qui à mon contact s’est remise en marche. Mais non, disent les fils de M. Fridevaux et son comptable. Il n’y a jamais eu de montres à quartz dans l’entreprise, c’était bel et bien une montre automatique. Cela ne fait rien, elle fonctionne après tant d’années et pour moi c’est un miracle.

Freddy Landry. Freddy me fait un clin d’oeil ce soir aussi. Il faut d’abord préciser que Freddy a été le prof de cinéma au gymnase de Danièle, l’une des deux filles de M. Froidevaux. Alors, pour en revenir à mon lien avec Freddy, lien lumineux, avant son départ au ciel nous avons longuement parlé et entre autres de films de fiction. Je n’avais aucune idée qu’on appelait ainsi certains films. Je suis maintenant initiée. Voilà pourquoi j’ai pu écrire, tout comme une personne éclairée, qu’il s’agit d’un film de fiction.

La crise horlogère et économique. La crise horlogère des années 1970 est due à plusieurs facteurs : inflation, concentration du capital avec force fusions, avancées technologiques, le choc pétrolier et la dévaluation du dollar. Si M. Froidevaux avait dévancé ses concurrents suisses avec sa chaîne de production – je salue une fois de plus son esprit entrepreneurial – il reste que les Japonais avaient produit les montres à quartz en masse, que les prix de vente avaient donc baissé et que la conjoncture économique n’était pas en sa faveur. À cela s’est ajouté l’attitude inélégante de plusieurs partenaires et proches. Dommage. On critique souvent l’esprit des Suisses pour être restés fidèles à un genre de production familial. La critique est aisée une fois les choses passées… Mais, voyant le tournant économique de notre monde, je crois bien que la vie sociale s’en portait mieux que la nôtre. Je reste admirative de M. Froidevaux.

Supporter de FC Cantonal – obligations de Fr. 500.- , données à la fin – tribune au stade, ligne centrale- devant cabine des reporters. Après, la saucisse de vaud

20 ans caissier au Showband les Armourins- voyagé en Europe.

Liens :

  1. Fabrique d’Horlogerie Froidevaux, Neuchâtel ;
  2. Documents horlogers, André Oppel et le Musée d’horlogerie du Locle ;
  3. Une montre parmi les affaires d’André ;
  4. Abraham-Louis Breguet ;
  5. Jean-Pierre Garnier Malet, physicien ;
  6. Freddy Landry.

Pour laisser un commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement l’insérer au bas de cette page.

Documents horlogers d’André Oppel au Musée d’horlogerie des Monts, Le Locle

Une nouvelle fois, je me dis que les histoires ne commencent pas toujours de la même façon car celle-ci ne déroge pas à la règle. Depuis que mon ami André Oppel (graphiste et ancien directeur du Centre culturel neuchâtelois) a quitté ce monde, j’ai gardé les quelques affaires qu’il a laissées tout en me disant qu’elles devaient bien aller au bon endroit. On m’avait dit que cela n’intéressait personne… J’ai bien fait d’attendre.

Photo prise à l’époque où André Oppel travaillait pour l’industrie, 1965.
Magnifique photo de Pierre-W. Henry.

Le départ de cette histoire est la « Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. » où André a travaillé en tant que graphiste ; puis, c’est Roger Peeters, ingénieur travaillant dans l’horlogerie et dont je parle dans deux autres articles (un = danse et mathématiques – deux = cameraman et body painting ), qui me dit qu’il faudrait que j’aille voir le « Musée d’horlogerie du Locle – Château des Monts ». J’y suis allée cet été et l’ai trouvé très beau, complet, harmonieux. J’y ai lu des noms de famille d’anciens amis ou connaissances neuchâtelois. Cela m’a mise un peu en famille. De plus, le personnel est des plus aimable et cela compte. J’ai cru l’histoire finie, si ce n’est que je me disais que la prochaine fois que j’aurais des amis de l’étranger, j’allais les amener à ce musée.

Rôle du Musée de l’horlogerie du Locle. À un moment donné, je me retrouve avec un catalogue de la fabrique Froidevaux en plus. Jack Froidevaux, le fils du fabricant en a déjà un et je pense au musée. Je téléphone. Une aimable archiviste, Mme Marlène Rüfenacht, prend contact avec ses collègues et me répond qu’ils sont intéressés par tout ce qui pourrait concerner des documents horlogers de la période 1950 – 1970. Cette époque a été d’une grande effervescence dans le monde horloger neuchâtelois, mais il y a eu une crise et bien des maisons ont fermé, emportant avec elles les archives. Le musée n’a pas beaucoup de traces de cette période.

J’organise alors la remise de documents au musée. Pour cela, je réunis Knut, le photographe attitré de mes activités, Roger déjà cité et Jack Froideaux, le fils du fabricant. On monte au Locle et on se trouve à l’entrée du musée.

Roger, Jack, Knut.
Musée des Monts au Locle

Puis, le moment tant attendu arrive. Nous sommes reçus par M. François Aubert, président du comité du Musée des Monts et Mme Marlène Rüfenacht, l’archiviste. Se trouve aussi présente « Canal Alpha« , notre télévision locale dont le rédacteur en chef du journal, M. Etienne Arrivé, a pensé que c’était un événement suffisamment important dans l’histoire de l’horlogerie pour en faire mention dans son journal du 13.09.2019. Nous le remercions, ainsi que son équipe, pour cette collaboration. Le reportage, je l’espère, va inciter d’autres personnes possédant des archives ou des pièces horlogères à les remettre au musée. Le journaliste qui a présenté le reportage a aussi émis le même voeu.

L’accueil que nous réserve M. Aubert est chaleureux et nous passons des moments inoubliables en famille horlogère, car M. Aubert a aussi travaillé dans l’horlogerie et est passionné par la branche. C’est un plaisir que d’avoir des échanges avec lui ! De plus, nous avons eu droit à une visite commentée par lui. J’ai appris bien des choses et tout cela me rapproche de ma région d’adoption.

J’avais composé un dossier fait avec la couverture du catalogue. En passant dire bonjour à M. Marc Mettler, le libraire et propriétaire du « Cabinet d’Amateur » à l’Escalier du Château, Neuchâtel, il voit mon dossier, remarque que je ne veux pas l’abîmer et me prête une paire de gants qu’il utilise pour son travail ! Les gants ont fait le voyage jusqu’au musée !

Dossier contenant les dessins et catalogue de la « Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse », faits par André Oppel, graphiste à l’époque.
M. François Aubert, M. Jack Froidevaux, moi, Mme Marlène Rüfenacht
Montage du catalogue et dessins faits par André Oppel, ainsi qu’une montre Precimax, dont la fabrique se situait à Monruz, Neuchâtel, toujours dans les années 1950-1970.

Ce qu’il y a d’important dans cette histoire, c’est que ce hasard, qui n’existe pas, a permis tellement de choses, que j’en reste étonnée alors que je savais au fond de moi que quelque chose devait arriver avec les documents que mon ami avait laissés. Ainsi :

  • le Musée d’horlogerie du Locle se trouve enrichi avec des pièces pour ses archives. En effet, le musée n’avait pas entendu parler de la fabrique Froidevaux et les témoignages du fils de l’entrepreneur ont été très bienvenus ;
  • Jack Froidevaux finit de remplir sa mission auprès de son père (c’est lui qui a représenté l’entreprise lors de la faillite dont les procès auront duré 20 ans !) ;
  • je participe à l’enrichissement du patrimoine horloger. Cela me procure un très grand plaisir et renforce ma confiance en moi, car j’ai eu raison de garder les documents ;
  • le plus important : le travail d’Adré Oppel se trouve honoré.

Bref, participer à l’enrichissement du patrimoine horloger est toute une aventure hors du commun !

Toutefois, mon périple horloger ne finit pas là. D’autres éléments vont se greffer :

  • Je devais aller à Paris et voulais y voir quelque chose en lien avec l’horlogerie. C’est une fois de plus Roger qui me dit d’aller voir le musée Breguet. Breguet… J’ai entendu parler des montres Breguet et de l’esprit très spécial d’Abraham-Louis Breguet au Musée des Monts, lors de la visite commentée par M. Aubert. Je décide d’aller le voir ;
  • Lors de la visite guidée du musée Breguet à Paris, je demande où se situait la manufacture Breguet car j’ai soudain l’envie d’aller voir l’endroit. C’est au « Quai de l’Horloge » me dit le guide. J’y vais et il se trouve que j’y étais passée la veille et même étais entrée dans la boutique à côté. Je me mets devant la maison qui n’a pas de sonnette en me disant que quelqu’un va bien sortir. J’attends une demi heure. Je racourcis. Finalement, je me trouve devant la descendante de M. Breguet. On convient d’un rendez-vous plus tard dans l’année ;
  • Je vais revoir le libraire, M. Marc Mettler (le propriétaire des gants !). Un monsieur parle avec lui. Longuement. J’attends. J’attends et j’attends. Finalement, je me dirige vers le rayon d’horlogerie et me demande si je ne vais pas trouver quelque chose sur M. Breguet dont je suis devenue une admiratrice. Arrive Marc avec le monsieur et me le présente. Il s’agit de M. Antoine Simonin, fameux formateur d’horlogers et directeur des « Éditions Simonin » spécialisées dans l’horlogerie. Je lui rends visite à Dombresson et il me dit que c’est lui qui a acheté la maison qui avait été la « Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A » pour en faire une fondation et le centre de formation que l’on connaît, le WOSTEP (Centre de perfectionnement horloger) dont il a été aussi le directeur. Il ne savait pas non plus que la maison avait été le siège de la fabrique !

Cette aventure où des bouts d’histoire parfois si éloignés les uns des autres se rencontrent sur un même terrain me fait penser aux mots prononcés par la nouvelle déléguée à la culture à Neuchâtel, Mme Gaëlle Métrailler, lorsque je lui ai raconté l’affaire : « Cela prouve que vous êtes dans le juste ».

Effectivement, quelle émotion de voir le périple fini et les documents, ainsi que la montre, commencer une nouvelle vie dans le musée !

Voir le nom d’André et le mien au musée, me provoque une émotion…

Au moment d’apporter la montre au musée, je me suis dit qu’il lui fallait un emballage, un carton, quelque chose. Après plusieurs essais, je me suis dit que j’allais lui fabriquer un « habit » inspiré de celui que je porte le jour de la remise des documents. J’avais un reste de tissu et de dentelle. Le conservateur du musée, M. Morgan Mootoosamy, a trouvé l’idée intéressante et la montre figure ainsi dans la vitrine !

Pour laisser un commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement l’insérer au bas de cette page.

Liens vers :

  1. Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A, Neuchâtel-Suisse ;
  2. Une montre parmi les affaires d’André ;
  3. Rencontres particulières .12 : Abraham-Louis Breguet ;
  4. Histoires d’entreprises (sujet général).

Une montre parmi les affaires d’André Oppel.

C’est une suite de l’histoire de la Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. de Neuchâtel. En effet, parmi les affaires d’André – feu mon ami et graphiste un temps à ladite fabrique – il y avait deux vielles montres, une pour dames et une pour hommes. Je les montre à Jack qui, contrairement à moi, sait lire ce qui est écrit dans les montres et me dit qu’aucune d’elles ne vient de la fabrique de son père. Je suis un peu déçue. Mais, ajoute-t-il, celle pour hommes vient de la fabrique Borel, aussi de Neuchâtel. Le bâtiment se situait là où il y a actuellement le CSEM. Cela provoque une émotion en moi. Curieux, je suis quand même de Neuchâtel, peu importe que je n’y sois pas née.

Alors, Jack retourne la montre et voit l’inscription : Grize Ernest. Tonneau ! Ernest Grize était le régisseur du Centre culturel neuchâtelois, il a construit le plancher de ce qui est devenu mon studio, la « Cave perdue », les meubles que j’ai retapés… Je ne crois plus à la réincarnation, toutefois tout cela me donne une drôle d’impression. C’est comme si Ernest me disait qu’il était là, que les choses vont bien et que j’ai bien fait de prendre soin de tout ce qui se trouve dans cette cave. Cela me fait penser aux « cafés atomiques » que je prends avec Knut, mais c’est une autre histoire. En ce moment, j’ai un sentiment de joie et de paix. Voici l’image :

Puis, voulant faire une photo du dos, je lis l’inscription : Ernerst Grize, Noël 1951. L’âge pour moi n’est pas un élément essentiel, mais Ernest devait être un adolescent quand il a reçu sa montre et, ce, le jour de Noël.

Il me semble aussi que si j’ouvre une porte temporelle, je vais voir les ouvriers dire « c’est la montre pour le jeune Grize », il faut la graver !

Comment a-t-elle a atterri parmi les affaires d’André ? Il me faudra une autre ouverture temporelle pour le savoir. En tous les cas, quelque chose il y a. C’est d’ailleurs Ernest qui m’avait introduite auprès de la direction du Centre culturel neuchâtelois pour que je puisse sous-louer la « Cave »… La direction était composée de Jacques de Montmollin et d’André Oppel, devenu mon partenaire de vie… Tout un symbole !

1951, dit Jack, je sais qu’en 1956 André travaillait chez Froidevaux. C’était hier, me dis-je…

Quant à l’autre montre, celle pour dames, elle vient de la fabrique Precimax, aussi de Neuchâtel, et dont le bâtiment se situait à Monruz, tout près de Neuchâtel.

Toutes ces événements qui se sont écoulés dans d’autres temps me semblent à portée de main. Ce n’est pas étonnant, je suis originaire d’un canton horloger !

Connaissant maintenant l’adresse de Mado, la femme d’Ernest (article : Histoire d’une bise et Jacques de Montmollin), je lui rends visite. C’est un moment émouvant. Mado n’arrive pas à s’expliquer comment Ernest avait pu avoir une montre d’une telle valeur alors qu’il était orphelin et que la personne chargée de son héritage en avait fait main basse… Mais, bon, la montre est là et Mado me donne des photos d’Ernest. Elle m’explique aussi qu’Ernest a dû insister pour que je puisse devenir sous-locataire du studio. Je lui dois une fière chandelle. En fait deux, car c’est lui aussi qui a amené André, mon compagnon, au CCN. C’est ainsi que j’ai rencontré André et que j’ai pu exercer mes activités dans un local fait avec amour. Voici Ernest :

Ernest était un bel homme. J’ai surtout apprécié son sourire, sa gentillesse.
Et voici Mado, la femme de sa vie pendant 45 ans. Elle faisait le secrétariat, tenait la compatibilité la journée au Théâtre de Poche ou CCN, le soir elle tenait la caisse lors des spectaacles et après le spectacle, elle tenait le bar en plus de préaparer des repas. Que lui restait-il des 24 heures d’une journée ?

En voyant la montre, Mado a dit qu’elle allait la faire réparer… Le temps ne s’arrête décidément pas !

Mado m’a aussi remis des documents qui m’ont permis de rencontrer Freddy Landry.

Liens vers :

Commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement ajouter un commentaire.

Histoires d’entreprises

La fonction d’une entreprise est de mettre un produit physique ou abstrait au service d’une communauté. Certaines pourtant vont au-delà de leur rôle officiel et se détachent, à mon sens, du lot. Elles participent à l’évolution de la société et je me fais un plaisir de le souligner.

Ainsi la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse.

Ici, c’est un cas particulier : Roland Chappatte, horloger chez Corum pendant 46 ans.

Commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement ajouter un commentaire.

Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse

ENGLISH VERSION HERE.

Introduction. Les histoires n’ont pas toujours la même façon de commencer. Celle-ci, est liée à mon ami, André Oppel, graphiste et ancien directeur artistique du Théâtre du Pommier à Neuchâtel, parti au ciel il y a dix ans en laissant des affaires que j’ai gardées en me disant qu’un jour elles iraient au bon endroit.

Mon ami et moi avons toujours vécu au présent. On a rarement évoqué le passé, le sien, le mien. Pas pour éviter quoi que ce soit, simplement, ce n’est pas venu. Il connaissait beaucoup de monde, et parmi eux, Jack. Il le saluait et je le saluais. Le hasard, ce fameux hasard qui n’existe pas, a voulu que j’apprenne une fois que le nom de famille de Jack était « Froidevaux ».

Pendant des années, je me suis dit que si j’avais un site, je pourrais y mettre les travaux laissés par mon ami. J’ai alors scanné bien des dessins et projets, mais il n’y avait pas d’unité. Un de mes amis m’a dit, très élégamment, que cela faisait « souvenir de veuve ». En effet, une pièce par-ci, une autre par-là…

En revisitant les travaux laissés par André, je vois des collages ainsi qu’un catalogue de montres de la fabrique « Froidevaux » et me rappelle que mon ami m’avait dit que le père de Jack avait été entrepreneur. Le temps passe et aujourd’hui, en montrant le catalogue à Jack, il me dit que c’était bien celui de l’entreprise de son père et qu’André y avait travaillé en tant que graphiste. Je l’ignorais et me sens enrichie d’une nouvelle donnée relative à lui. Il me semble qu’il me fait signe. Jack me raconte également l’histoire absolument remarquable de l’entreprise de son père, René Froidevaux.

M. Froidevaux a développé, après la guerre, la petite fabrique qu’il avait achetée. Il a senti que l’Italie allait remonter économiquement et a créé bien des montres écoulées dans ce pays. À l’époque, les montres étaient vendues sous la marque des commanditaires ou magasins, raison pour laquelle on ne voyait pas son nom. Ces montres faisaient partie du haut du moyen de gamme. Voici quelques marques : Forte – Pryngeps – Escudia – Soly, etc. Cadola était la marque vendue en Suisse et c’est André qui en a fait le graphisme !

Ce que je trouve remarquable :

  • la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. est la première entreprise suisse à avoir introduit la semaine anglaise dans le cadre du travail, soit elle a libéré les ouvriers de travailler le samedi matin !
  • M. Froidevaux était un chef d’entreprise, un timonier qui se souciait du bien-être de ses ouvriers tant au sein de l’entreprise qu’en dehors de celle-ci. Il a fondé une caisse de prévoyance qu’il a dotée d’un immeuble locatif d’une valeur de 450.000.- (francs de l’époque) de ses propres deniers ! Les appartements étaient loués en priorité à ses ouvriers ;
  • autre exemple : lorsque l’entreprise recevait des lettres demandant des retenues de salaire pour cause de dettes, il appelait le travailleur en question, lui exposait la situation, lui demandait s’il était d’accord que lui, M. Froidevaux, paie les créances et lui proposait un étalement raisonnable de la dette, lui évitant ainsi toute poursuite et cela sans intérêt ! L’ouvrier continuait à travailler et sa famille était à l’abri ;
  • M. Froidevaux a aussi estimé que ses ouvriers avaient le droit à une cantine et à cet effet a fait aménager des locaux dans une maison qu’il avait fait construire en face de la fabrique ;
  • à côté de l’entreprise, il a aménagé une piscine qu’il a aussi mise à disposition de son personnel ! Il me fait penser à M. Gilbert Facchinetti qui a eu un geste similaire pour des personnes handicapées ;
  • M. Froidevaux s’occupait de ses ouvriers et de leur famille. Le concierge avait un fils handicapé qui après l’école obligatoire aurait dû aller dans un centre spécialisé loin de sa famille et dans un environnement peu enviable. Il a demandé à son chef d’atelier de voir ce que le garçon pourrait faire. Le garçon a mis du temps, mais il est devenu un excellent ouvrier ! A tel point, qu’il a éveillé la jalousie de certains de ses collègues qui estimaient qu’il ne devait pas être payé comme eux !

Cette entreprise a été un modèle social. La fédération horlogère envoyait des membres et des visiteurs afin qu’ils puissent voir comment fonctionnait l’entreprise.

Il se trouve qu’il y a peu de temps, M. Schneeberger, le concierge en question, est parti au ciel. Jack est allé à son enterrement. Des gens se sont approchés de Jack et de son frère pour leur dire combien M. Schneeberger restait reconnaissant à M. Froidevaux pour son attitude et racontait qu’il avait vécu la plus belle période de sa vie sous sa direction. Cela a été repris dans l’homélie. Chapeau !

Puis, vint la crise économique des années 1970, M. Froidevaux ne l’avait pas vue venir. L’entreprise a cessé ses activités en 1975 par suite de vilaines manœuvres dans l’entourage proche et de concurrents opportunistes. Dommage. Un complément d’information se trouve dans les derniers paragraphes de l’autre article sur M. Froidevaux. Le lien se trouve à la fin de cer article.

              Même si M. Froidevaux n’est plus de ce monde, je le félicite et suis émue de savoir qui il a été. C’est le genre d’exemple à suivre !

Le catalogue rescapé de sa longue histoire n’a pas de date, ce doit être fin des années 1950, en voici quelques pages.

Froidevaux Catalogue001
La couverture du catalogue par lequel l’histoire est arrivée. À remarquer qu’il est en parfait état. Jack me dit qu’André avait dessiné cette montre. Quelle émotion !
1. Montres dames - Froidevaux
2. Montres h non étanches - Froidevaux
3. Montres étanches - Froidevaux
6. Montres diverses - Froidevaux
5. Montres dames or - Froidevaux

Les aiguilles des montres ont tourné bien des fois depuis le début de cet article. Jack et moi nous sommes mis d’accord pour une rencontre afin qu’il puisse récupérer le catalogue de l’entreprise de son père. C’est un moment émouvant pour moi, c’est un bout de l’histoire neuchâteloise de laquelle je fais partie maintenant. Cela me remplit de joie. J’ai réellement de l’admiration pour M. René Froidevaux. Je viens d’apprendre que, lorsqu’il s’est décidé, en 1942, à acheter l’entreprise à son propriétaire d’origine – l’entreprise tenue par un couple qui était en bout de course avait alors six employés et produisait de petites séries – la Commune, appréciant un entrepreneur qui avait le courage de se lancer alors qu’il y avait la guerre et que l’économie nationale avait quelques difficultés, lui a dit qu’il pourrait bénéficier d’un forfait fiscal afin de l’aider à développer son entreprise. C’était méconnaître M. Froidevaux, car s’il avait un caractère, disons, plutôt difficile, il avait des qualités humaines indéniables et des principes, il ne voulait rien devoir à personne et a payé ses impôts à 100 % ! En 30 ans, il est passé de 6 à 150 employés et développé mille points de vente en Italie, pays qui, comme il est dit plus haut dans cet article, se développait fort bien après la guerre. Magnifique !

Voici Jack en train de feuilleter « son » catalogue qui a l’air tout neuf – on le sait, le temps n’existe pas et les années 1950 c’était hier !

L’article devient peut-être long, mais, je ne résiste pas à la tentation d’ajouter des dessins faits par André.

Voici une montre Cadola arrivée par la toile si je puis dire. Un monsieur a acheté une Cadola et m’en a envoyé la photo. Comme on peut le constater, elle est en très bonne forme, a belle allure et on la dirait consoeur de celles de notre époque ! Son possesseur dit qu’il la porte « avec respect et plaisir » quand elle n’est pas en exposition. Je dis souvent que la façon dont nous traitons les objets en dit long sur la personne. Pas besoin de faire de commentaires dans le cas présent ! D’ailleurs, ce monsieur dit qu’il a quelque chose en commun avec M. Froidevaux : « Le plaisir au travail et le respect des collaborateurs (qui vous le rendent). De plus, ajoute-t-il, le modèle respire la bonne humeur, la simplicité et la légèreté »

Décembre 2021. Je reçois un cadeau de Noël ! Fabio, un Italien, me dit qu’il est passionné par les montres italiennes – M. Froidevaux a beaucoup exporté en Italie – et il m’a envoyé de magnifiques photos des deux Cadola de sa collection en parfait état de marche. Que dire ? Le temps ne s’arrête pas ! Je les reproduis ici :

Janvier 2022. Benoît, un autre passionné de montres.

Benoît me dit que la montre lui a sauté aux yeux quand il l’a vue dans un lot à une brocante. Je me dis que la montre savait qu’elle irait au bon endroit et retrouverait une partie de son passé. C’est Benoît qui a choisi la montre ou la montre qui a choisi Benoît ? En tous les cas ils se sont trouvés !

Je demande au collectionneur combien de montres il possède : entre 300 et 400 me répond-il. « À la maison, j’ai toujours vu des montres et je trouve qu’ils sont un très beau bijou pour les hommes » dit-il. La plus ancienne ? Une Cyma de 1916-1917. C’est là que la magie de la vie intervient. Le jour même j’avais présenté un spectacle de danse à des connaissances récentes, dont l’un est le patron de Tavannes Watch Co. Il se trouve que Cyma faisait partie de la manufacture de Tavannes et que c’est dans cette manufacture que la montre la plus ancienne de Benoît a été faite. Or, j’avais l’intention d’écrire un article sur la maison horlogère de Tavannes, tellement j’ai appris des choses intéressantes lors du verre bu après le spectacle dans mon studio. La vie est en train de me dire que j’ai raison. Suite, au prochain épisode !

Cette fois-ci, le passionné de montres m’a envoyé une série de photos à laquelle je n’ai pu résister. Le fait de voir la montre de cette façon a fait que j’ai eu l’impression de voir et presque d’entendre tous les protagonistes de l’aventure ! Voici donc la même montre dans tous ses états !

Commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement ajouter un commentaire.

Liens vers :