Corum – Roland Chappatte – horloger

Précisons tout de suite : M. Roland Chappatte a travaillé 46 ans dans l’entreprise horlogère Corum. Si le métier façonne parfois le corps, les mains de M. Chappatte étaient faites pour le métier.

Le hasard, ce fameux hasard que je trouve si souvent ces derniers temps, tout comme je l’ai eu il y a bien des années, intervient. C’est réconfortant. Voici donc que je vais à la Coop de la Maladière, Neuchâtel, et que je demande à parler à un vendeur. L’on m’envoie un monsieur qui est tellement aimable que je me dis que son métier de base doit être autre. Effectivement, il a travaillé dans l’horlogerie de luxe. Cela tombe bien, je lui dis que j’ai écrit des articles sur l’horloger Froidevaux et sur Abraham-Louis Breguet (les liens figurent au bas de cet article). Il me dit que son père a travaillé chez Corum où il a travaillé sur la montre baguette et qu’il habite actuellement à La Sagne. Il ne m’en faut pas plus pour me dire que mon aventure horlogère continue et m’annonce chez M. Chappatte père, Roland Chappatte !

M. Roland Chappatte. Il me dit que la montre baguette ou golden bridge est une montre Corum et que tant qu’il a travaillé, il a été le seul à mettre toutes les pièces ensemble. Didier, le fils, qui nous a rejoints en cours de route dit, oui, c’est Calabrese qui l’a inventée (ceci n’est pas exact). Oui, répond le père, mais c’est nous qui avons rendu fonctionnel le modèle. (J’ai rencontré M. Bannwat, ancien propriétaire de Corum qui m’a donné des informations pour rectifier cette affirmation inexacte). Et quand M. Chapatte dit « nous », c’est lui ! Je lui demande des précisions et il ajoute que c’est lui qui a fait les tests pour savoir quel « mobile » (une pièce spéciale) était le bon ! Auparavant, il avait aussi été le seul à s’occuper des ultraplates. Il recevait Frs 5.- par montre et en faisait une centaine par mois.

Le patron de chez Corum. Je m’intéresse à la façon dont les patrons traitent les collaborateurs – pour moi ce ne sont pas des travailleurs, mais des collaborateurs, les uns ne peuvent exister sans les autres ou alors on est indépendant -. Bref, M. Chapatte me dit que tous les ans, les salariés recevaient 1’000.- frs de prime et tous les 25 ans ils avaient un voyage d’une semaine tous frais payés ! Il est allé à Rome avec sa femme qui a aussi bénéficié de la prime.

Toute la famille travaillait dans les montres. Le soir, M. Chapatte rapportait du travail et Didier me dit que lorsqu’ils collaient les bracelets, cela sentait la colle dans toute la maison !

Certificats d’études : je sais combien ces documents sont rares et j’en parle au musée Château des Monts au Locle qui se dit intéressé. M. Chappatte est tout à fait d’accord pour que je les transmette. Pour moi c’est une chance de participer à une telle histoire !

Vous étiez parmi les meilleurs de classe ? Il paraît, répond tranquillement M. Chappatte.

Montre d’études. Lorsqu’on faisait l’apprentissage, on montait une montre de A à Z. M. Chapatte a choisi de faire une montre-chronomètre dont voici quatre pages du plan. À l’époque pas d’ordinateur pour faire les dessins… quand on sait cela on apprécie le travail d’une autre façon !

Roger Peeters. Roger est partie intégrante de mon aventure horlogère. Sans lui, je n’aurais pas pris contact avec le musée horloger Château des Monts, au Locle, et sans lui j’ignorerais bien des choses sur la marche des montres et certaines inventions. Je lui montre les plans de M. Chappatte et grâce à lui, je comrprends de quoi il s’agit et peux mettre des commentaires qui pour M. Chappatte allaient de soi.

Engrenage de roue de 60 dents sur pignon de 6 dents et un profil de denture spécifique avec un module (pas des dents ou espacement) 0,18.
L’étudiant Chappatte montre que la position à droite, dans l’échappement à ancre anglaise, est la bonne.
Il fallait calculer que la levée tombe juste avant la dent.

Et voici, Mesdames et Messieurs, comme on dit dans les grandes occasions, le résultat du lauréat :

M. Chapatte se rappelle avoir prêté sa montre pour une exposition à un musée et qu’elle était revenue avec la tige du remontoir cassée ! Il a fallu qu’il la refasse.

Encore les mains de M. Chapatte :

Monsieur Chappatte reste toujours horloger. Je le dis parce que nous avons mangé ensemble et qu’à la fin du repas, il a plié le set de table, la serviette et qu’il a tout « rangé ». Un vrai travail d’horloger !

Mise sur la Toile de l’article. Je me suis dit que ce moment devait se faire devant les yeux de M. Chappatte. Il a été très content de se voir ainsi sur le réseau. J’ai aussi pensé que ce moment méritait une coupe de Mauler ! Quand j’ai déballé mes coupes (ah, oui ! j’ai mes règles et donc j’étais équipée), donc, au moment où j’ai déballé mes coupes, M. Chappatte a eu un sourire en me disant qu’à la maison il avait aussi eu de telles coupes. Pour moi c’est émouvant. J’avais pu apporter la bouteille toute fraîche parce que M. Frésard, l’ancien comptable de l’horloger Froidevaux venait de me faire cadeau d’un sac isotherme. Les choses se lient les unes les autres et pour moi c’est le meilleur des signes que la vie puisse me faire.

Collection de montres. Monsieur Chappatte m’invite à voir sa collection de montres mécaniques, toutes sont mécaniques. Je me dis que je vais aussi m’en procurer une ; les montres à pile présentent l’inconvénient de devoir changer la pile et on ne sait pas toujours s’y prendre. Je l’ai fait une fois, il faudra que je reprenne l’affaire.

Monsieur Chappatte a trois fois cette quantité de montres à gousset. Cela tombe bien, j’ai un faible pour ce genre de montres et le mot me ravit. En voici une autre qui a attiré mon regard et admiration.

Magnifique fin d’article. Je n’ai plus su quoi inventer pour faire bouger les mains de M. Chappatte afin de les photographier. Il y a bien des théories sur le corps humain, cependant, lorsque j’ai demandé à M. Chapatte d’ouvrir ses mains, il a eu ce geste qui est l’image même de l’ouverture et je ne peux que finir l’article avec cette photo.

Suite 1 avec M. Sylvain Froidevaux. Je viens de parler avec M. Froidevaux, le directeur du service Après-Vente de chez Corum (aussi originaire du Noirmont mais d’une autre branche que celle de René Froidevaux, le patron horloger de Neuchâtel. Je me sens quand même en famille !) et il me dit qu’effectivement à l’époque, la formation d’horloger impliquait la création d’une montre : en première année on fabriquait les outils, c’était de la mécanique ; en deuxième année, on s’attaquait aux pièces de pivotage, on tournait les axes à la main ; en troisième année on procédait aux réglages de précision, le balancier spiral qui fait la précision de la montre. En quatrième année l’horloger en formation participait aux réparations pour des clients. Il me dit que les dessins de la montre-chronomètre lui rappellent ceux de son père. Il me dit qu’il a en sa possession un dessin d’une rosace qui devait servir d’exercice pour la précision. La photo (ainsi que la révision de ce paragraphe) va suivre.

Chose promise, chose due. Voici la rosace qui servait à démontrer la dextérité de l’étudiant. Moi qui aime les mots, il n’y a qu’à regarder le dessin pour comprendre qu’il est l’image de la dextérité. Une merveille ! On se croirait en présence de la création du monde.

Rosace faite par le jeune Claude Froidevaux, 17 ans, le 4 juillet 1963 au Technicum neuchâtelois de La Chaux-de-Fonds.

Marc Froidevaux. On recule encore d’une génération et on arrive au grand-père de Sylvain, soit Marc Froidevaux. On l’a compris, on est dans une famille d’horlogers. Je suis ravie d’accueillir les documents qui suivent. Les conditions de travail ont bien changé depuis… 1923 !

Vous avez bien lu : pas de salaire.
C’est vite vu.

Voyons ce qu’il a à l’intérieur :

Voilà qui est clair. Le français du rédacteur de contrat est parfois succinct, mais on comprend que l’on ne doit pas manquer au travail et que même si on est présent et qu’il n’y a pas de travail à faire, c’est du temps à « rattraper » après la fin de l’apprentissage. Tant pis aussi si on a été malade juste pendant les vacances !

L’Organisation internationale du Travail (OIT). J’ai travaillé dans divers départements du Bureau international du Travail (BIT), à Genève. L’OIT est la seule organisation tripartite ; les décisions se prennent entre les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. C’est magnifique. Et lorsqu’on lit un tel certificat de formation, on mesure combien on doit aux créateurs de l’OIT et en particulier à Albert Thomas, son directeur pendant 13 ans.

Durée du travail. C’est l’une des premières conventions internationales qu’Albert Thomas fait signer aux pays membres parce qu’il faut avoir des valeurs humanitaires dans un monde économique. Rien que pour cela, Albert Thomas a tout mon respect.

Ce qui est passionnant dans ma vie c’est de voir des pans de ma vie apparemment sans lien se trouver réunis. C’est, une fois de plus, le cas ici, le hasard me fait rencontrer M. Chappatte, puis les trois générations Froidevaux et j’arrive au BIT où j’ai travaillé début de ma carrière d’économiste. C’est comme un cercle qui se ferme.

Diplôme de 1924. Voici celui de l’apprenti Marc Froidevax.

J’imagine la joie de l’apprenti Marc Froidevaux quand il a reçu son diplôme de « remonteur.de mécanismes et rouages ». On félicite les personnes qui ont gardé ces documents en aussi bon état ! On voit tout en haut le chiffre 65, je me demande si c’est le 65e diplôme attribué.

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