Pierre Dubois, homme politique et amoureux de la langue française ! Rencontre particulière 22. (en cours)

Cela faisait des années que je désirais m’entretenir avec cet homme au ton toujours si courtois et posé. Puis, le sort me dit que c’est le moment et là, le plaisir est intense. Les années passées à le chercher ont disparu.

Je désirais le rencontrer parce qu’il avait côtoyé feu mon ami André Oppel et que je voulais lui dire qu’André m’avait raconté une anecdote à son sujet que j’avais trouvée drôle.

Voici la photo du lieu où l’anecdote a eu lieu.

Anecdote. Je laisse Pierre s’exprimer.

C’est magnifique ! Et la voix de Pierre, c’est tout son personnage.

Aujourd’hui que j’écris cet article, je me demande d’où vient ce nom et je trouve la réponse dans le livre de Gelmini sur le millénaire de Neuchâtel (1011 – 2011) : il est dû à un lieutenant Pré-Barod ou Pré-Barrou et éponyme du pacage qu’il possédait à cet endroit. Une fois la famille éteinte, le nom a subi des transformations.

Et maintenant, le début. J’ai cherché Pierre bien des fois au téléphone et je tombais toujours sur son message : « Bonjour, vous êtes bien chez moi, mais pas moi ! Laissez-moi un message que j’écouterai religieusement et je vous rappellerai. » Il n’y a que lui pour enregistrer un tel message !

Reprise de contact. Le sort décide donc de me faire plaisir et je rends des visites à Pierre pour évoquer le passé. Peu à peu j’apprends qu’il a été l’élève de mathématique de Freddy Landry, avant d’avoir été son collègue. C’est un autre point d’attache parce que Freddy a illuminé ma vie. Puis, un jour, on parle d’expressions françaises, un autre jour j’apporte un livre sur les expressions qu’il faudrait éviter. Je ne sais pas pourquoi je lui dis que le premier professeur à avoir eu confiance en moi et en mon expression a été Roger-Louis Junod. Surprise ! Pierre me dit qu’il l’a aussi eu comme professeur. Il m’apprend que M. Junod avant été d’abord professeur à l’École supérieure de commerce. Ils se sont mieux connus lorsqu’ils se sont rencontrés au sein de « La Nouvelle gauche ». C’est tout simplement magique !

Les anecdotes. Je reprends le fil des anecdotes. Pierre me raconte que des amis du parti socialiste ont réuni une série de ses anecdotes et en ont fait une brochure qui lui a été offerte le jour de ses 60 ans. Il y a 60 anecdotes, soit une par année vécue. Elles sont délicieuses. Il me donne l’autorisation de les transcrire ici. Je le remercie de cette preuve de confiance et d’amitié.

Le français. Je suis très sensible à la langue, à l’expression et Pierre est une personne qui me comble. L’autre jour, nous regardions, à la télévision, les commentaires écrits sur l’élection au Conseil fédéral d’Elisabeth Baume-Schneider et Pierre relève tout de suite le mauvais accord (« Elle s’est dite heureuse… « Dans ce cas se est un complément d’objet indirect et donc le participe passé d’un verbe pronominal ne s’accorde pas. Elle dit à qui ?). Ce discours, Pierre l’a dit d’une traite.

Pour rester dans le sujet, je prends l’anecdote Incorrection : « C’est bien connu, notre ami est un adepte et un défenseur zélé du bon français, et il n’hésite pas à intervenir lorsqu’on malmène la langue. Lors d’une séance de la conférence des chefs de départements cantonaux de l’économie publique, le PDC genevois Jean-Philippe M. s’exprime ; à un moment donné de son intervention, ce spécialiste ès belles et longues phrases déclare : « C’est une histoire irracontable… « . Pierre s’exclame alors, pas trop discrètement : « in… » Un peu surpris, le magistrat genevois (ayant entendu le son « hein ») lui demande : « Comment ? Hein ? Tu n’as pas compris quelque chose ? », et son interlocuteur de rétorquer : « Non, j’ai bien compris, sache cependant qu’on ne dit pas irracontable mais inracontable ! »

Cette anecdote me fait penser à mon attitude l’autre jour à une séance sur la culture. L’un des exposants n’arrêtait pas de dire qu’il voulait vraiment apporter quelque chose, qu’il allait vraiment faire et toute sorte de « vraiments ». Alors, je ne sais comment je me suis entendue dire à haute voix « vraiment ? ». Une seule personne s’est tournée vers moi. Je ne comprends pas. Quand on n’est pas à l’aise en public, on prépare son discours ou on demande à quelqu’un de l’aide. Personne ne sait tout. J’ai compté treize fautes lors de la présentation. La séance en question était pourtant composée de personnes ayant un certain niveau.

Pierre et le foot. C’est vraiment une passion. On avait rendez-vous un mardi et tout à coup il se rend compte qu’au moment de ma visite il y aura l’équipe suisse qui joue. Alors… On a renvoyé au lendemain où me dit qu’il a joué dans des petites ligues mais que finalement il a été meilleur dans l’administration ; par exemple, il a été secrétaire général de Xamax dans ses belles années. Auparavant il a aussi joué dans l’équipe Xamax de l’École supérieure de commerce. Ah ? Je découvre un tas de qualités à cette école.

Voici la première et quatrième de couverture de la brochure.

J’ai été très émue en lisant les mots de Pierre.

Ici je parle de l’anecdote Matchs et je conclus avec une conversation téléphonique que Pierre a eu avec mon frère David, actuellement en Colombie : « Avant toute chose, précisons qu’aux yeux de Pierre, seul le football est vraiment digne d’intérêt ; dans un accès de mauvaise foi, il serait même prêt à n’admettre que le ballon rond au rang de sport. Cela étant, ils se fourvoient complètement, ceux qui imaginent que, dans ce domaine, notre ami n’est qu’un spectateur ou, au mieux, un gestionnaire. Les plus vieux de ses amis le savent bien, Pierre a une carrière de footballeur derrière lui. Après quelques tentatives infructueuses au sein des juniors de Xamax (il était incompris de ses entraîneurs), il a fait directement le grand saut dans la première équipe ; il a ainsi toujours préféré aller droit au but sans se perdre dans des dribbles tortueux ». C’est ici qu’intervient David :

  • « Tu as joué avec Xamax à Barcelone contre le FC Barcelone.
  • Oui. Je suis entré en début de match.
  • Tu as touché la balle ?
  • Non, mais je l’ai vue ! »

Celui qui connaît Pierre, entend sa voix, voit le pétillement de ses yeux et le mouvement de sa tête ; c’est absolument charmant ! Pierre me dit que l’entraîneur Christen, qui parlait parfaitement l’espagnol, voulant impressionner l’équipe adverse, avait annoncé que « El Siete » (sept, en espagnol) était un atout majeur dans l’équipe suisse ! Ce « El Siete » n’était autre que Pierre qui affichait ce numéro au dos de son maillot. Rappelons que l’équipe de Barcelone était entraînée par le Hollandais Johan Cruyff. Pierre dit qu’après dix minutes… il était rentré au vestiaire tellement cela jouait haut ! L’anecdote finit ainsi « Rentré au pays, Pierre rentra définitivement dans les vestiaires ».

Tous ceux qui rencontrent mon frère admirent sa mémoire, il se rappelle de choses que même les protagonistes ont oubliés. En entendant David et Pierre parler, ils étaient à égalité dans ce domaine, l’un prononçais le prénom du joueur X qui avait joué dans l’équipe Y en l’année Z et l’autre donnait son nom de famille. Un vrai match !

Cette anecdote me rappelle celle de feu son ancien prof et collègue de maths, Freddy Landry :

Freddy et le foot. Freddy Landry a fait du football et a joué dans l’équipe du FC Cantonal. Lors des championnats nationaux de 1950, il a joué, même s’il faisait partie de l’équipe de réserve. Il s’est trouvé en milieu de terrain, a senti un joueur de son équipe derrière lui, pour une raison qui lui échappe, il a craint d’être attaqué par le côté et a fait une passe arrière au joueur dont il est question, mais la balle a fait un tour d’arc et est arrivée derrière le dos du gardien… de sa propre équipe. Freddy a arrêté le foot !

Anecdote sur Pierre et La Poste. « Sous son air débonnaire, notre ami cache parfois un tempérament de feu. Un jour, il reçut un avis postal l’invitant à retirer un envoi au guichet de son quartier. Il s’y rendit à sa convenance et présenta le bordereau. Alors que Pierre Dubois habite le même immeuble depuis plusieurs dizaines d’années et qu’il est connu en ville comme le loup blanc, le fonctionnaire postal lui demande de justifier de son identité ! À lui, qui, à cette époque, était déjà conseiller d’État en charge ! Les mouches s’arrêtèrent de voler et les habitants du quartier durent fermer leurs fenêtres… Depuis lors, la poste de Vauseyon équipe chaque guichet d’un vitrage suffisamment épais pour atténuer le poids des (gros) mots. »

Je demande à Pierre si c’est ainsi que cela s’est passé. « Oh ! l’employé savait très bien qui j’étais. Il a simplement voulu jouer au petit chef. Mais, vois-tu, la poste de Vauseyon a dû fermer. Ils ont été punis ! » Et Pierre me regarde d’un œil malicieux.

Anecdote dont le titre est Retour : « Beaucoup des amis de Pierre se demandent comment il réagirait, si après son passage au Conseil d’État, il se replongeai dans les délices de l’enseignement (il a d’ailleurs déjà reçu des propositions dans ce sens !). Lui, si ponctuel, si attaché à un habillement classique et sobre, si soucieux des règles élémentaires de la politesse, si sensible à la beauté et à l’exactitude de la langue, l’imaginez-vous entrer dans une classe de cette fin de xxe siècle ? Il y verrait des élèves arriver en retard sans prendre la peine de s’excuser, boire du coca ou mastiquer du chewing-gum pendant que l’enseignant leur parle, porter des pantalons qui leur tombent sur les genoux, arborer des bagues qui leur ressortent des narines, des lèvres ou même du nombril et les entendrait s’exprimer dans un français de type monosyllabique… Pierre, nous tenons trop à toi pour accepter que tu puisses ainsi t’exposer à de prévisibles coups de sang ! Si tu veux à nouveau enseigner, choisis donc les cours du soir ou l’Université du troisième âge ! »

Mon école de danse et les élèves. Je peux faire le même constat ! Je n’ai plus de jeunes élèves ni des ados. D’abord, c’est le destin, qui tout comme les amis de Pierre, a dû penser à ma place, et ensuite moi-même. Autrefois, lorsque je voyais des enfants en ville et que je trouvais que je pouvais leur apporter quelque chose, je demandais aux parents si mes cours les intéresseraient. Maintenant, je vois des enfants pas coiffés, les filles (les petites) avec les ongles à moitié peints et les grandes avec des pantalons troués. Quant aux manières… Je change de créneau. Je me demande où est passée l’éducation. L’éducation comprend non seulement la politesse, mais aussi les valeurs, le respect des choses, des autres et de soi-même. Mais, bon, changeons de sujet.

Le français. Je demande à Pierre, un vrai Neuchâtelois, d’où lui vient cet amour de la langue. Il me répond qu’il lui vient de sa mère, une Française. Je comprends mieux.

Pierre me fait craquer. Il me fait craquer quand il me dit « Salut Tsouli ! ». C’est du pur neuchâtelois. Cela fait long temps, très longtemps que l’on ne m’appelle plus ainsi et il est le seul maintenant à le faire. Je craque ! Je me rends compte, en l’écrivant, que cela fait chinois Tsou Li. Voilà une jolie façon de finir cet article avec cet homme si raffiné dans ses manières.

Le hasard. Cet ami, hasard, qui me suit comme un ami me fait écrire un article sur André Crelier. Une fois la chose faite, André va sur ma plateforme et voit cet article. Il m’interpelle en ville et me dit : « Pierre a été mon professeur préféré et il a joué un rôle déterminant dans ma vie d’étudiant et forcément, ce que j’ai appris chez lui, je continue de l’appliquer ». Que dire sinon que je suis aux anges. Quand des éléments de ma vie se lient les uns aux autres, c’est fabuleux, c’est un tout ; ma vie est un tout ! Une fois de plus, je pense aux mots de la cheffe du Service de la culture, Gaëlle Métrailler : « Quand cela arrive, c’est que vous êtes dans le juste ».

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