Xamax dans le monde de Zully et Zully dans le monde de Xamax

Enfant, je faisais de la danse et David, mon frère, du foot. Deux mondes et pourtant. puisque la terre est ronde, ces chemins si différents se sont rencontrés !

L’entraîneur Michel Christen chez les juniors de Xamax et maestre Oprea Petrescu à l’Opéra de Bucarest, Roumanie. La vie est vraiment curieuse. Il a fallu des années et des années pour que je sache que l’entraîneur de mon frère et mon maître de ballet avaient la même façon d’observer leurs « sujets » et non seulement cela, mon maître venait vers moi et me disait : « Tu vois cette danseuse ? Elle a des ligaments longs, elle devrait sauter très haut mais elle est flemmarde ; tu vois ce danseur ? Il fait les exercices comme s’il était à l’école, tout est très bien fait, même quand il danse sur scène, il exécute les pas correctement ». Il disait aussi que chaque danseur a son style, son genre (en roumain on dit mănușă lui) et ne devrait y déroger : un danseur qui est le prince Siegfried dans Le lac des cygnes ne doit pas danser Basile dans Don Quichotte. Dans le foot, celui qui est avant-centre n’est pas gardien, celui qui est arrière-central n’est pas un attaquant, ne doit pas jouer au milieu (défensif). Christen disait à David : *Tu vois ce joueur ? Tu vois sur quel pied il a mis son poids ? Il va se jouer de son adversaire. » Voilà donc comment deux mondes aussi différents se sont rejoints.

Xamax lors de mes examens de maître de ballet et de chorégraphe. Si on faisait un film de réclame pour Xamax, que l’action se situe en Roumanie, pas à Fribourg ni au Tessin ni même à Paris, en Roumanie, qu’une candidate à des examens se trouve face à un expert amateur de Xamax, on dirait que c’est exagéré. Et pourtant … à ma grande stupéfaction, lorsque j’ai passé les miens, l’un des experts m’a dit :  » Votre mère habite à Neuchâtel ? – Xamax ! « . Ce moment est, comme une photo temporelle, fixé dans ma mémoire.

Gilbert Facchinetti. J’ai écrit un article sur lui et ne désirant pas répéter ce qui y figure, je dirais que je pense souvent à lui du fait que des travailleurs sur la pierre de son entreprise ont fait des réparations dans mon studio de danse, près du Château. C’étaient des professionnels, je veux dire que lorsqu’ils sont entrés dans mon studio, ils ont tout regardé et dit qu’il y avait eu un incendie. J’ai demandé comment ils le savaient. Mon local est creusé dans du rocher et certains endroits étaient rosés. C’est ce qui leur a indiqué un fait produit avant mon arrivée dans ce lieu. Grâce à eux j’ai appris à mieux observer les rochers. Bref, ces deux employés de Facchinetti ont examiné l’endroit et convenu de faire le nécessaire. Le résultat a été remarquable. On le sait très bien, il y a travailleur et travailleur : celui qui fait ce qu’il doit et celui qui se demande comment faire pour que le résultat soit excellent. Ces deux employés ont exécuté un magnifique travail. La chose aurait pu s’arrêter là, mais il y a eu un plus, c’est qu’au moment où j’ai dit que je connaissais monsieur Facchinetti, j’ai senti que des portes s’ouvraient et que je faisais partie de la famille. Ce sont des moments intenses.

Éditions Alphil. On avait jusqu’ici la danse et monsieur Facchinetti avec le foot. Les éditions Alphil, basées à Neuchâtel, à la rue du Tertre, que nous partageons (ses bureaux ont vue sur cette rue et mon balcon aussi), publient des ouvrages relatifs à des études universitaires et à l’histoire neuchâteloise. Ce qui nous a réunis, Alain Cortat, l’éditeur, et moi, c’est la passion pour l’horlogerie. J’avais acheté un livre dans ce domaine édité par lui et étais allée lui demander un autographe. Il m’a dit qu’il n’en était pas l’auteur… j’ai répondu que c’était l’éditeur qui publiait ou non, qu’il avait droit de vie sur le livre et qu’à ce titre, il pouvait me donner son autographe. C’est comme cela que la relation s’est établie. En lui rendant visite lors de la dernière exposition à l’Hôtel-de-Ville, j’ai vu une revue et un livre sur Xamax. Finalement, j’ai acheté les deux publications pour mon frère, ancien joueur chez les juniors de l’équipe.

Nicolas Bandelier. C’est l’auteur du livre auquel Laurent Weber a apporté une aide relative aux archives. Je suis allée demander un autographe à Nicolas pour mon frère et finalement une relation whatsappienne s’est établie entre lui et moi. Elle a été très dense et j’ai trouvé en lui un être sensible, très drôle et aimant l’histoire – normal pour un professeur d’histoire, direz-vous, car il l’est, mais , ainsi que je l’ai dit, dans tous les métiers, il y a des gens qui font juste ce qu’il faut et d’autres qui aiment ce qu’ils font, l’ont dans le sang, en sont passionnés. C’est son cas. Nicolas est aussi plein de ressources verbales. Or, s’il y a une chose que j’aime c’est la langue et là j’ai eu plein de desserts ! De plus, pour moi l’histoire devrait être une branche principale. Sans histoire on n’est rien, ni individuellement ni socialement. Ces mots sont récurrents dans mes discours.

Pierre Dubois. Pierre a joué un grand rôle dans la politique et chez Xamax. On ne peut écrire l’histoire de Xamax sans parler de lui. Dans les liens ci-dessous, il y a possibilité de trouver les deux articles que j’ai écrits sur lui. Nous nous sommes vus ces dernières années régulièrement. Je lui ai parlé trois jours avant son départ… Alors, Pierre dans ce livre fait que la communication avec Nicolas et Laurent soit chargée d’émotion. Je me trouve à nouveau en famille.

David mon frère. Il a une mémoire hors du commun et peut raconter le match de je ne sais quelle année, dire où se tenait telle personne, à quelle heure et comment il était habillé ! Quand je lui ai parlé de la revue et du livre, il a téléphoné à Nicolas, lui a raconté mille et une choses ; c’était le soir du réveillon (!) et il s’est mis à écrire. Il m’a envoyé un article et puis douze pages encore sur Michel Christen, sa façon d’entraîner, de comprendre les gens et le foot. C’est dire si maintenant j’en connais un rayon sur ce sport.

Pierre Buffiere de Lair, de son nom de plume Chambaron. Il est le compagnon de toutes mes révisions de textes. Je le consulte cette fois-ci et à un moment donné de la révision des pages envoyées par David, je lui dis que j’ai la tête qui tourne et me demande si un bain dans le lac ne me la remettrait pas à l’endroit (pour moi, aller dans le lac, peu importe la saison, est un plaisir et quand il y a plaisir, rien d’autre ne compte). Voici nos messages :

Il n’y a que Pierre pour avoir de pareilles sorties !

Laurent Weber. Comme il a participé au livre sur Xamax, je voulais aussi son autographe. Nicolas a organisé sa visite chez moi le jour où eux deux étaient interrogés par une équipe qui met en ligne des podcasts. Cela s’est très bien passé parce que lorsqu’on est en famille… Laurent est le responsable des archives de Xamax. J’ai eu différentes métiers dans ma vie et bien souvent j’ai été soit responsable d’archives soit eu affaire à eux. C’est la base de l’histoire. Cela faisait très longtemps qu’il avait envie d’écrire le parcours de Xamax et finalement c’est Nicolas qui l’a fait avec l’aide des fameuses archives dont il est le gardien. Son métier est l’informatique, et même s’il n’a pas joué au foot, ce sont ses copains d’école qui l’ont poussé à assister aux matchs et à devenir un passionné de l’équipe de Neuchâtel. Il m’a raconté qu’à l’école sept enfants sur les dix de sa classe étaient des juniots de Xamax. Maintenant, on arrive à un point commun avec Michel Christen : leurs pères détestaient le foot. Tant Michel (raconté dans un chapitre à part) que Laurent ont dû négocier afin de suivre leur passion.

Rôle de certains pères : si on peut regretter leur autorité qui empêche un désir de s’accomplir, on peut les remercier. Le pourquoi n’est pas aisé à expliquer. Il n’y a qu’à voir dans notre vie, on a envie de faire une chose et apparaît un obstacle, un retard se faufile, une réponse tarde et finalement on s’en sort très bien. Je me dis que ces deux enfants qu’ils étaient à l’époque ont su faire preuve de caractère et quand leur père a cédé ou compris, plutôt compris, c’est parce que c’était le bon moment.

Nicolas Bandelier. Encore lui. C’est parce que j’ai un spectacle de lecture-théâtre dans lequel, je traite du… mot (voir lien ci-dessous) ; en complément du texte, j’ai des fiches avec le vocabulaire qui vient de divers domaines et qui a envahi ou pourrait enrichir la vie de tous les jours. C’est ainsi que si quelqu’un ne répond pas à une question ou joue avec les mots, soit il fait une feinte, soit il dribble. Cela me comble ! J’ai demandé à Nicolas de me donner un coup de main afin de compléter la liste que j’ai. On verra quand il aura du temps.

Michel Christen. Encore lui aussi. Grâce à Laurent Weber, j’ai pu parler avec lui au téléphone. Cela a été une rencontre qui m’a fait me sentir comme… vous l’avez deviné, comme si on était de la famille et qu’on ne s’était plus vus-entendus depuis des lustres. Il m’a raconté pourquoi il n’a jamais ni fumé ni bu de l’alcool. C’est absolument incroyable, dans le milieu du foot, d’avoir quelqu’un ainsi. Je raconte l’anecdote séparément de même que celles qu’il va me confier lorsque je lui aurai rendu visite.

Xamax. Il vient en dernier même si c’est lui qui est à la base de cette histoire. L’équipe a fait vibrer le coeur de Neuchâtel, de la Suisse ! À l’étranger, la Suisse était connue par sa paix du travail, ses banques, ses gardes du Vatican et Xamax et parfois même d’abord par Xamax. C’est une aventure extraordinaire et c’est ce qui a convaincu Alain Cortat d’écouter Nicolas. C’est aussi ce qui me fascine.

Xamax dans mon studio de danse. Parmi mes décorations, il y a un sac avec le logo de Xamax. C’est Gilbert Facchinetti qui me l’a donné. Ses empreintes doivent être quelque part dessus ou alors, sous les miennes. Pour rien au monde, je ne donnerais ce souvenir. Ce qui est rigolo c’est que ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends une remarque de Nicolas faite le jour où il m’a rendu visite. Il avait dit qu’il connaissait ce logo, en montrant le sac (normal, c’est celui de Xamax, me suis-je dit), mentionné l’équipe du Real Madrid et dit que quand même Xamax avait battu cette équipe considérée comme la meilleure au monde ! Je me suis demandé pourquoi il disait cela et un point d’interrogation s’est glissé dans mon esprit, mais je n’avais rien répliqué parce que le sachant c’était lui. C’est maintenant, en analysant le logo de Xamax que je vois en bas, à droite, celui de l’équipe espagnole et la date : 19 mars 1986. C’est la date de la victoire de l’équipe neuchâteloise par 2 – 0 au stade de la Maladière ! Je n’ai pas n’importe quoi dans mon studio ! Je le dis assez souvent : on n’est rien sans les autres et Nicolas m’apprend des choses sur mes « avoirs ». C’est magnifique !

Une idée : représenter dans un tableau les personnages qui font partie de cette histoire. Lequel est celui qui devrait figurer en premier ? Celui que presque tous les protagonistes ont connu est Gilbert Facchinetti, celui qui a condensé en un livre l’histoire de Xamax qui a fait battre le coeur de Neuchâtel est Nicolas Bandelier, mais les uns n’existeraient pas ou pas de la même façon sans les autres et surtout pas sans Xamax.

C’est un arbre : le tronc est Xamax et les personnages sont les branches.
Exemplaire vendu par Alain directement ! Ce livre a donc encore plus de valeur pour moi.

Le livre. Les façons d’évaluer une même chose varient en fonction des personnes. Dans mon cas, le livre est précieux parce qu’y figurent des personnes qui font partie de ma vie qu’ils soient de ce monde ou non. Vous les avez dans l’arbre. Un autre fait qui compte est celui de l’histoire de Neuchâtel. J’habite à Neuchâtel, je suis partie prenante de Neuchâtel, mon identité se trouve liée à celle de Neuchâtel. Alors, lorsque Nicolas trace l’histoire du club au travers de 130 événements, en fait un arbre généalogique commenté, je suis ravie. De plus, de plus lorsque j’ai ouvert le livre, au hasard, je suis tombée sur Cantonal, le Cantonal où Freddy Landry, l’homme de cinéma et celui qui a illuminé ma vie, a joué. Il fallait vraiment que j’achète un livre pour moi ! Oui, parce que Cantonal, même s’il était une équipe plus ancienne que Xamax, fait partie de l’arbre généalogique du fait de leur fusion, sorte de mariage. En tout, j’ai compté sept mariages et ceux qui sont au début de l’histoire sont FC Neuchâtel et FC Châtelaine qui datent de… 1895 ! Mon Cantonal est né en 1906 et le club qui allait devenir légendaire, Xamax, en 1912. Parcourant ces dates, je retrouve la notion temporelle qui me fascine.

Alain Cortat. À nouveau lui aussi parce qu’il m’a dit qu’il avait trouvé très intéressant de savoir qu’i y avait eu une équipe de foot dans presque chaque quartier dans les années 1910, époque qu’il n’avait pas vécue mais qu’il était content de savoir qu’il y avait eu un précédent sportif au phénomène des clubs de tennis créés ou soutenus par la Migros dans les années 1960. C’est une sorte de écho de l’histoire. Alain, Nicolas et moi sommes passionnés par l’histoire et la promouvoir est un plaisir sans fin.

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Xamax – Pierre Dubois – par David Salas

.Dirigeant pendant de nombreuses années, professeur au Gymnase et à l’École de Commerce, Pierre visitait fréquemment le restaurant City (près du parking de la poste), lieu de rassemblement de la fin des années 60 des joueurs et dirigeants du club. Je me rappelle aussi qu’il est venu avec nous, les juniors inter-régionaux, en avril 1968 à Barcelone.

Anecdote 1. Quelques années auparavant il avait effectué le même voyage avec la cuvée des Manzoni, Mantoan, Favre et autres joueurs. Un match s’est programmé contre une équipe de la ville. L’entraîneur des juniors, Michel Christen, a voulu que Pierre joue quelques minutes. Pierre n’a pas entré au début du match mais un show s’est réalisé avec la complicité des dirigeants espagnols. (Je = Zully vous renvoie à la description que j’en fais dans l’article que j’ai consacré à Pierre – paragraphe 9 environ, vous ne pourrez le rater, il y figure en tenue de footballeur !) ;

Anecdote 2. Lors de notre voyage, nous avons eu l’occasion d’assister à un  Clásico  (derby) entre le Barcelone F.C. et le Real Madrid, son grand rival. Le match devait se jouer quelques jours avant notre arrivée, mais fut reporté à cause du décès de Benitez, un joueur barcelonais. En allant au stade, nous avons pris le métro. Pierre avait l’habitude de marcher la tête assez penchée en avant comme monsieur Hulot, personnage du film de Truffaut ( Les vacances de monsieur Hulot). En essayant d’aborder le wagon, Pierre marcha lentement (trop), ce qui eut pour résultat que les portes coulissantes se refermèrent et la tête de Pierre avec sa pipe, à l’intérieur du wagon, resta attrapée, le reste du corps demeurant…à l’extérieur ! On a crié afin que le métro ne démarre pas. On a eu peur, mais on a terminé par un gros rire général ;

Anecdote 3. On a eu la chance aussi de voyager à Palma de Majorque en avion. Pierre s’est assis à côté de son copain Freddy Moulin. En atterrissant sur la piste, un grand bruit s’est produit, et soudain Pierre cria : « Freddy, ne traîne pas les pieds » Pierre et Freddy se taquinaient souvent. Je crois que Pierre devait gagner la partie comme dans un match de basket : 68-54 ;

Anecdote 4. Un soir d’été on a mangé vers le Mail. En sortant du restaurant Pierre m’a dit : « Tu sais David, le monde est plein de contradictions : ce qui est bon marché est rare, ce qui est rare est cher, donc ce qui est bon marché est rare ! »

Anecdote 5. Le dernier souvenir avec Pierre date du début mars de 1970. Je venais de rentrer d’un camp de ski aux Collombs. Une semaine complète où l’on avait fait du ski toute la journée et où l’on avait consommé pas mal de bières. En arrivant ce samedi en fin d’après-midi j’avais appris que l’on m’avait convoqué pour jouer avec les réserves contre Thoune ce qui n’était pas prévu. Ce même samedi, je m’étais mis d’accord avec Madeleine, une amie de l’école de commerce, pour aller au château de Boudry au bal des étudiants de Neocomia. C’était déjà incompatible si je tenais compte de la fatigue accumulée pendant toute la semaine. J’ai décidé d’aller de toute façon et suis resté jusque vers 1 h du matin. Peu avant de quitter le lieu, j’ai rencontré Pierre Dubois que je n’avais pas aperçu depuis mon arrivée. Comme il était dirigeant de Xamax, je me suis vu dans l’obligation de lui dire que j’avais été convoqué le lendemain à la toute dernière heure alors que j’avais déjà un compromis au bal. Je ne sais si Paul Garbani l’a su, mais j’ai quand même pu jouer après la mi-temps !

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Xamax – Michel Christen.1

Michel Christen a été l’entraîneur de David Salas (joueur de l’équipe des juniors), mon frère, et il l’a beaucoup marqué. Cela a permis que Michel et moi soyons sur la même longueur d’onde au téléphone (les ondes hertziennes et celles de l’amitié se sont rejointes) et que me dise que j’allais publier sur la Toile ses anecdotes et les articles que David a écrits sur lui.

Dans l’article intitulé Xamax dans le monde de Zully ou Zully dans le monde de Xamax (à venir), je raconte comment on s’est rencontrés. Voici sa première anecdote.

Michel n’a jamais fumé une cigarette ni bu de l’alcool

Avant d’entrer dans l’équipe de Reconvilliers, son village natal. Michel aimait le foot, il l’aimait tellement qu’il rêvait d’en jouer. Il était enfant. Mais voilà, son père ne l’entendait pas de la même oreille.

Négociations de Michel. Il a promis à son père, que s’il signait la feuille qui lui permettrait de jouer dans l’équipe, il sortirait la poubelle, rangerait la table, qu’il ferait la vaisselle. Bref, il a promis ciel et terre, mais rien à faire ; son père trouvait idiot de courir après un ballon ! Un jour, de guerre lasse, le père signe. Michel, heureux lui dit : « Papa, sache que jamais je ne fumerai ni ne boirait de l’alcool ». Le papa lui a dit que c’étaient des paroles en l’air parce qu’on ne peut prévoir ce qu’on va faire.

19 janvier 2026 et contrat avec la vie. Michel me dit qu’il a 88 ans et qu’il n’a jamais mis ni une cigarette dans sa bouche ni bu un verre d’alcool. Il m’a raconté que la négociation avait été plus un contrat avec lui- même ou entre le destin et lui plutôt qu’une promesse faite à son père. C’est profond.

Je trouve admirable que dans un milieu comme celui du foot, plutôt accompagné de soirées bien arrosées, personne ne l’ait embêté. Il m’a dit que tout le monde savait et qu’arrivés au restaurant on commandait X bières ou du vin et une eau minérale. C’est tout juste s’il boit un verre de cidre et encore, a-t-il ajouté… Je remercie tous ces joueurs, même si je n’ai rien à voir dans cette histoire, de leur attitude réellement noble.

Une suite de deux façons : (à venir)

  • autres anecdotes que Michel me racontera lorsqu’on se rencontrera ;
  • articles écrits par David.

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Réparation et rangement = mettre de l’ordre en soi.7

Il est clair que l’on ne peut réparer que ce qui a déjà vécu. J’avais reçu un vase et un jour, je l’ai laissé tomber. Je n’ai pas su comment le réparer. Je l’ai gardé en souvenir de la dame qui me l’avait donné et posé de telle sorte qu’on ne voyait pas l’ébréchure. Aujourd’hui, la lumière s’est faite dans mon cerveau et j’ai trouvé une solution.

L’environnement et soi. Je suis persuadée que nous sommes le portrait de notre environnement et inversement. D’une façon ou d’une autre. Je ne peux pas toujours faire le lien entre ce qui se répare en moi lorsque je répare quelque chose, mais l’effet est certain.

Le vase (figure no 1). À chaque fois que je le regardais, son message était toujours le même : « Je n’ai pas bonne figure. » Avec le temps, le message était en train de s’effacer. Quand est-ce que je l’ai reçu ? Quand est-ce que je l’ai laissé tomber ? Le temps et moi… Mais, c’était il y a des années. Je le dis souvent, le printemps commence chez moi en janvier. Je revisite, lave, répare des choses de mon appartement. lAujourd’hui, un jour du mois de janvier 2026, désirant remettre un tissu sur un meuble, j’ai enlevé le vase. Son message a été plus clair que jamais et je me suis dit que je pouvais faire quelque chose. D’abord, la solution la plus simple est apparue : recoller les morceaux cassés., mais il m’en manquait et de toutes façons, le résultait aurait été fragile. Puis, je me suis dit qu’il pouvait garder la forme qu’il avait mais que j’allais la rendre jolie. Cela m’a fait penser à la fameuse phrase « Fais de ton point faible une force ». Allez savoir pourquoi !

Des outils (figure no 2). J’ai une bonne quantité d’outils et il m’est venu à l’esprit que j’avais ce qu’il fallait pour couper le bois (ah, oui, le vase est du bois laqué), le limer et qu’ensuite, je pouvais le peindre.

Figure no 3. C’est le résultat. Cela n’a pas été aussi simple que cela et j’ai dû fignoler bien des fois. Les bavures n’étaient pas très grandes, pas très visibles, mais, je me disais que si c’était mon portrait… et j’ai donc dû trouver des solutions pour que l’apparence corresponde à un examen plus approfondi.

Figure no 4. Une fois la satisfaction satisfaite (…), je me suis aperçue que le bas de l’ouverture était trop à gauche. J’ai donc rectifié avec de la peinture et ajouté une décoration picturale. Là, il n’y a plus rien à retoucher. Le vase doit être content !

Alors, le fond de l’affaire : le temps qui passe. Ce temps a des effets incontestables, mais on peut soit laisser la chose comme cela, soit la mettre en valeur. Les valeurs changent d’un individu à l’autre, c’est vrai, mais le plus important est de ne faire qu’un avec soi et l’appréciation des autres devient relative. J’ai rencontré des personnes qui avaient beaucoup d’heures au compteur de leur vie mais qui avaient une richesse et une telle chaleur humaine que c’était un plaisir de les côtoyer. Dans cette histoire, mon vase a retrouvé belle allure et il a une nouvelle vie.

Liens vers d’autres articles où réparations et rangement = mettre de l’ordre en soi. C’est sûr qu’à chaque fois que nous réparons et rangeons quelque chose, il y a une correspondance en nous :

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Un fauteuil et des chaises pour l’assise de Zully dans la vie

Il est quelques fois des périodes compliquées et se on demande si cela va continuer. Dans mon cas, un fauteuil apparaît et ensuite deux chIaises. J’ai tout lieu de penser que la réponse est : voilà une belle assise pour la suite !

Un début à tout. Oui, il y a un début à tout et souvent on l’ignore. Dans le cas des trois meubles entrés dans ma vie, il y a un fil conducteur et il est magnifique. Cela me fait dire que je ne suis pas oubliée dans ce monde.

Histoire du fauteuil. Feu mon ami, André Oppel, premier et unique directeur artistique du Centre culturel neuchâtelois – devenu Le Pommier – a laissé quelques affaires liées à la culture de notre ville. Lors de la célébration du 100e anniversaire de la naissance d’Albert Dürrenmatt, j’ai remis au conseiller communal, Thomas Facchinetti, responsable de la culture et de la cohésion sociale, des écrits d’André. Une année après, Thomas m’a dit qu’il avait remis les documents à la Bibliothèque publique universitaire (BPU) et créé un fonds André Oppel. Je pouvais donc remettre ce qui était en ma possession. Un jour, je passe à la bibliothèque pour dire je ne sais plus quoi à Thierry Chatelain, directeur de la bibliothèque, et vois un magnifique fauteuil.

  • Qu’est-ce qu’il est beau, ce fauteuil ! dis-je.
  • Vous le voulez ? répondit Thierry
  • Mon Dieu… oui…
  • Je voulais le mettre dans le couloir pour les visiteurs parce qu’il n’y aura plus de place dans mon futur bureau.
  • Ciel, non ! Vous avez vu comment les gens traitent les choses ? Je le prends !

Thierry ma l’a livré personnellement. Je n’aurais jamais osé penser une telle chose et pour moi ce geste est aussi un signe du destin.

Qui sait quoi à l’avance ? Peu de temps auparavant, l’une de mes amies, Béatrice Bois, était partie au ciel et ses enfants m’ont donné ce magnifique tapis qui s’accorde avec le fauteuil. Alors, qui savait qui allait rejoindre qui ? En tous les cas, ils sont accordés.

Alors le fauteuil. Thierry me dit qu’il avait appartenu à Monika Roulet, décoratrice et personne que j’avais connue autrefois. Je reprends ce que j’écris dans l’article sur mon spectacle lecture-théâtre : « … et avant encore il avait appartenu à sa belle-mère (de Monika) qui est certainement la personne qui lui a fait son canevas. Cette belle-mère était la mère du professeur Eric Roulet, celui qui m’avait engagée pour donner des cours à option à l’école secondaire ! Je saisis l’occasion pour le remercier de son geste, même s’il est au ciel. J’ai l’impression que ce fauteuil me parle et je vais finir par en faire l’objet d’un conte. »

Ce fauteuil encore. Lorsque mon ami avait présenté son spectacle André Oppel lit des contes d’Alphonse Allais, je lui avais procuré, par l’intermédiaire d’une amie, un fauteuil très, très semblable. Alors, ce fauteuil qui relie tant de pans de ma vie me dit aussi que je vais pouvoir l’utiliser pour la présentation de mon spectacle lecture-théâtre, spectacle que je n’avais jamais imaginé pouvoir donner.

Les chaises. Comme bien des magasins indépendants, le Tigre royal, ferme ses portes, on est dans les derniers jours de 2025. Dans ce magasin, on y trouvait des manteaux et bonnets en fourrure, en laine, des sacs et des gants ainsi que des jeans pour dames. Il remonte à 1890. Je vais écrire un article à son sujet. Pour faire court, disons que j’ai hérité de deux magnifiques chaises. J’en avais déjà une semblable à la maison et me suis dit que ces deux-là iraient bien dans mon studio. Puis, monsieur Monnier, le propriétaire du magasin, m’a dit qu’elles avaient appartenu à ses grands-parents qui avaient habité la maison jouxtant la mienne et dont la grand-mère, Germaine de son prénom, après le décès de son mari était venue habiter ma maison avec les chaises. Cela me fait un drôle d’effet. Je sens que des fils invisibles de mon histoire se mêlent à ceux de la famille Monnier et donc de Neuchâtel. À chaque fois qu’il m’arrive une chose pareille, je me sens plus… ce n’est pas enracinée, c’est liée par des fils temporels à ma ville. Voici la photo.

Ces fils temporels : quand je me regarde dans une glace, force m’est de constater que je n’ai pas une tête de Neuchâteloise. Dans la dernière photo qu’on m’a prise, on dirait une Chinoise ! Mais les années passées dans Ma ville, les liens tissés avec ses habitants font que mon histoire se croise avec celle neuchâteloise. C’est ainsi que je n’ai pas eu besoin d’être liée généalogiquement à la famille Roulet pour hériter du fauteuil ni à la famille Monnier pour hériter des chaises. Ces meubles habitent mon studio et viennent enrichir l’histoire de mon studio qui est très neuchâteloise. Je voulais écrire un conte sur le fauteuil, mais l’histoire, quand on sait s’y prendre, est un conte. Peut-être en ferais-je une version pour des enfants.

Ah, fauteuil, chaise et siège ! Le premier titre de l’article était Des chaises pour… Mais, j’ai bien senti que le fauteuil tanguait dans le vide, or il est entré le premier dans l’histoire. Je me disais aussi qu’il devait y avoir un nom commun qui refusait de faire son apparition dans mon cerveau. Il devait y avoir une solution. Qui me sort de tels dilemmes ? Chambaron, le correcteur qui me comble et qui me dit : « Le mot générique est siège« . C’est vrai, cela fait des éternités que je n’ai entendu ce mot. Pierre m’explique encore : « Ensuite (et « en dessous ») il y a de nombreux noms pour préciser les caractéristiques, du tabouret au canapé en passant par le siège des ‘salles d’eau’ ! Entre nous, j’ai toujours été étonné du nombre de mots originaires de la culture arabe : canapé, sofa, divan, pouf, ottomane« . Comme il a raison ! En plus ce sont eux qui ont inventé l’algèbre. Chambaron m’a encore donné toute une série d’autres mots :  le strapontin, la stalle, la sellette, la… causeuse. On trouve même une escabelle (médiévale) ou une boudeuse (siège pour deux personnes qui se tournent le dos), sans parler du récamier, forme rendue célèbre par la sensualité littéraire de son éponyme ! Ah, la richesse du langage n’a d’égale que la richesse de la vie.

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Conversations 13

Comme je le disais dans l’article précédent, tous les endroits sont bons pour échanger quelques mots, faire des observations, s’enrichir.

Quand je donne un cours, mon désir est d’enrichir les autres. Il arrive aussi que je m’enrichisse. C’est ce qui s’est passé il y a peu de temps. J’utilise toute sorte de choses pour donner mes cours et voici que je donne une sorte de petit disque – au centre d’une ficelle circulaire – qui tourne lorsqu’on tend la ficelle une fois qu’on l’a enroulée. Il donne l’occasion d’utiliser diverses articulations. Tout d’abord, il faut faire passer la ficelle à travers le disque qui doit rester au milieu et faire un noeud pour que ledit disque ne tombe pas. La ficelle n’est pas d’une très bonne qualité et il m’est arrivé de la remplacer par une plus solide. Cette fois-ci, on est trois personnes et chacune fait son noeud. On fait le cours et une fois que je vais ranger les disques, je vois le noeud fait par l’une des participantes. Il est bien plus beau que ceux que je fais. C’est celui tout à droite de l’image no 1.

Quelle importance ? Les noeuds tiennent et cela devrait suffire. Oui, mais… Je me dis que toute chose devrait être bien faite. Pour moi, tout fait partie d’un tout. Je me dis que si j’étais le noeud, j’aimerais être celui de la première image tout à droite. C’est pourquoi, je lui ai mis un soleil. On voit mieux les noeuds dans l’image no 1.2.

Que faire avec les autres noeuds ? Je les ai défaits et, m’inspirant de celui de la participante, les ai refaits. C’est l’image no 2. Là, tous les noeuds sont contents et donc brillent comme un soleil.

Mes noeuds vont changer et d’ores en avant, ils auront meilleure allure. J’ajoute un quatrième disque et on en voit le détail dans l’image no 3.1, toujours avec un soleil. Je pourrais même brûler le bout afin qu’i ne s’effiloche point !

Oui, encore une fois, quelle importance ? Une nouvelle fois, je répète, tout fait partie d’un tout. La participante en faisant son noeud n’a pas pensé à l’effet qu’il pourrait produire. Voilà, c’est comme cela qu’on devrait tout faire, bien ou au mieux. Je remercie la participante à mon cours.

Dans un magasin. Je rencontre une dame qui travaille à 70 %. Elle m’explique qu’elle a en plus du travail à la maison. Je lui dis :

Et voilà une articulation sociale en parfait état : pas de rigidité, ni d’inflammation. Elle est huilée !

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Conversations de rue.12

Tous les endroits sont bons pour échanger quelques mots, faire des observations, s’enrichir.

Au bord du lac. Je courais au bord du lac avant de faire mon bain et je vois un monsieur, assis sur un banc, regarder son téléphone portable. Il était environ 13 h 30 et le soleil était dans toute sa splendeur. Je demande au monsieur s’il voit quelque chose sur son écran. Il répond qu’il l’a passablement éclairci et que donc il peut l’utiliser. Je ne sais plus de quoi on parle et je lui demande :

Dans un magasin. J’entre dans l’ascenseur qui monte au premier étage. Deux hommes, d’une cinquantaine d’années, de belle allure et très bien habillés entrent aussi. Je presse les boutons et l’ascenseur se met en route. Comme ils ne disent rien, je dis :

Restaurant sans déchets ! Le festival des Sports a invité les enseignants à une discussion sur la dernière session et ensuite à un repas. Lors du repas, je me suis trouvée assise à côté d’un enseignant de capoeira, Manuel. On discute de diverses choses et me dit qu’au Brésil il y a un restaurant où l’on commande le plat au poids ; on paie et on ne laisse rien dans l’assiette ou alors… on paie à nouveau ce qui reste ! Cela fait, qu’en principe, il n’y a pas de déchets dans les poubelles du restaurant.

Je raconte l’histoire à l’une de mes amies qui me dit que le restaurant Touring au Lac , Neuchâtel, procède de la même façon. C’est magnifique !

Un mot au sujet du repas : excellent ! Cela s’est passé au restaurant Café des amis. Un repas très bien présenté, de beaux plats et copieux. À un moment, j’ai regretté de ne pouvoir finir l’assiette, mais, tout à coup, Manuel m’a dit que l’une de nos voisines de table venait d’avoir son repas dans une boîte pour la maison. Cette dame ne sait pas combien elle m’aura rendu service. Là, on touche l’un de mes thèmes favoris : rendre service. C’est pour cela que tout ce que nous faisons devrait être bien fait parce qu’il y a toujours des effets, des effets attendus et des effets inattendus. J’ai quand même pu remercier la dame au moment où j’ai quitté la table. C’est ainsi que deux jours plus tard, le lendemain étant jour hebdomadaire de jeûne, j’ai pu me régaler. Je continue d’être reconnaissante à cette dame, au personnel du festival qui nous a invités et au personnel du restaurant qui a si bien travaillé. Un vrai régal que tout cela.

Le personnel d’un grand supermarché de Neuchâtel. J’ai peu d’invités chez moi, mais l’autre fois, j’ai voulu innover mon menu et ai demandé à un traiteur de ce magasin s’il savait faire des sirops qui accompagnent les fruits. Oui, a-t-il dit.

Je l’ai remercié et appliqué la recette avec des pruneaux et des patates douces. Cela a été un délice. Aujourd’hui, j’ai voulu savoir quelle sorte de sucre blanc était le bon, le mien était dans un bocal sans étiquette, il fallait pour le sirop et ne vois qu’un jeune vendeur. Je m’approche et lui demande s’il peut, par hasard, répondre à ma question… Il dit qu’il mange beaucoup de sucre mais qu’il peut venir au rayon avec moi. Il lit les étiquettes… puis dit qu’il va demander à un collègue qui vient de passer. Le monsieur s’occupe plutôt du rayon des viandes mais, sait-on jamais. Quelle chance, il en connaît… un rayon sur l’affaire.

On a bien rigolé. Je lui ai demandé si du sucre brun irait aussi et il a confirmé. Je suis retournée vers le jeune vendeur et lui ai expliqué ce que je venais d’apprendre.

Je suis touchée par ce jeune vendeur et raconte l’affaire à un autre vendeur que je connais et qui s’occupe des légumes. Je lui dis que je n’aurais jamais reçu de pareils conseils de la part d’une machine et cela le met aussi de bonne humeur de savoir que ses collègues m’ont rendu service. J’ai l’impression que ce personnel est très uni. C’est rare de nos jours de voir des gens impliqués et se soucier les uns des autres. De plus, le magasin a fait une affaire parce que j’ai acheté du beurre ; je n’en achète plus depuis longtemps.

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Răzvan Duinea, Liliana Pleșa Iacob, I.C. Brătianu, Zully avec son ami le hasard

Je me demande si le mal de dents qui m’a obligée à aller consulter le dentiste à Bucarest n’a pas été ce qu’on appelle un mal pour un bien ! En tous les cas, mon ami le hasard s’est invité et a inventé de drôles de choses.

Chez Liliana. J’ai donc des problèmes dentaires et seul le dentiste R. Duinea, en Roumanie, me comprend. Je raconte l’affaire à mon amie Liiana qui est une mécène à toute épreuve et elle m’invite chez elle.

Odonyme qui mène de chez Liliana à la station de bus.
Discours, volume I.

I.C.Brătianu. J’ai fait le parcours à pied de bien nombreuses fois et la plaque ne cessait d’attirer mon attention. J’arrive une fois chez le dentiste Duinea et vois un tas de livres sur l’art, l’architecture. Je les laisse là. Une autre fois quelque chose me dit que je dois jeter un coup d’oeil à ces livres. L’un d’eux a presque le même nom que celui sur la plaque. Il contient des discours. Je lis est apprends le rôle fondamental que cet autre Brătianu a eu dans la l’histoire roumaine, dans l’unification du pays.

Lorsque je fais le parcours en sens inverse pour aller chez Liliana, la plaque me sourit. Vous trouvez cela bizarre ? En fait, c’est une traduction émotionnelle de ce que la plaque m’a dit Je pourrais aussi dire qu’elle brillait, maintenant que je savais qui le personnage était. Il était non seulement le père de celui dont on a publié les discours mais il a également été un protagoniste dans l’histoire du pays. Sans lui, pas de Ion I.C. Brătianu et surtout pas de Roumanie. Il a joué un rôle clef dans l’union des principautés, la constitution de l’État roumain et été le fondateur du parti libéral national. Il a été Premier ministre à de nombreuses reprises. Il est un personnage central de l’unité du pays et a contribué tant à sa modernisation qu’à sa consolidation. Mon Dieu, moi qui éprouve une admiration sans bornes pour tous ceux qui font du bien ! Je suis émerveillée et, étant à Bucarest, un sentiment d’unité m’habite.

Le soir-même, j’envoie un mot de remerciements à mon dentiste pour lui dire que grâce à lui, je sais qui est Ion Constantin Brătianu. Il me répond que c’est son arrière-grand-père ! Là, je ne sais quoi dire. J’ai des frissons. Il m’est arrivé d’avoir des coïncidences (on les appelle ainsi), mais là… De plus, le docteur Duinea est le dentiste de la maison royale. Il me dit que pendant dix ans, il n’a rien dit des liens qui l’unissaient à I. C. Brătianu (qui est celui qui a appelé le roi Carol I. en Roumanie). Ils l’ont appris par hasard.

Monsieur Duinea me dit qu’il existait une maison Brătianu à Bucarest mais qu’elle était en mauvais état. Je l’ai trouvée avec peine, un concierge de l’hôtel Sheraton m’a donné un sérieux coup de main. C’est ainsi que j’ai pu me diriger à la rue de l’Église Amzei, no 5-7. L’émotion a été intense. On ne voit pas la maison depuis la rue, elle est en retrait, il faut traverser une cour et ensuite, on la voit. Elle est imposante et a de l’allure malgré le peu de soin dont elle souffre depuis des années.

Les portes. Autre chose qui m’émeut, ce sont les portes et leurs poignées. J’ai l’impression que le locataire de la maison y a laissé son empreinte. La première fois que j’ai eu cette sensation, cela a été avec la porte de la maison Einstein à Berne, la deuxième fois, c’est avec celle d’Henri Poincaré à Paris et maintenant avec celle de Ion I.C. Brătianu. Ici on voit nettement une serrure moderne et que la poignée a été changée. Il n’en reste pas moins que l’entrée de la clef est l’originelle et que la porte l’est aussi. J’ai encore l’impression qu’elle me parle. J’ai voulu entrer dans la maison, mais la porte est scellée. On le voit sur la photo.

L’histoire. J’en reviens à mon idée, presque fixe : l’histoire est ce qui fait de nous qui nous sommes et on se doit de la connaître. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut éviter des erreurs… Or l’histoire n’est qu’une branche qu’on apprend par coeur… Dommage.

Encore une photo. Celle de l’endroit où Ion I. C. Brătianu se tenait il y a X années lorsqu’on lui a pris la photo qui figure sur son livre. Je pense souvent à ces personnes qui ont le don de se situer à un endroit ou de prendre l’objet d’une personne décédée et de dire comment a été la personne et ce qu’elle a vécu. Il me semble qu’un rien me sépare de cela, mais… rien. Quand même quelque chose se passe en moi.

Mes dents. Je me demande si le problème que j’ai eu avec les dents n’a pas été une raison pour que je vive de telles émotions et pour que je puisse dire : un mal pour un bien !

Suite. Je raconte l’affaire à Liliana qui me dit qu’elle avait eu à l’école une copine de classe qui s’appelait Rodica Brătianu et de sa soeur dont le prénom devait être Delia. Je reprends contact avec le dentiste qui me dit que oui, Rodica avait été sa tante, avec laquelle il avait eu des liens très étroits, et que sa mère était bien Delia.

C’est ainsi que les protagonistes de cette histoire se sont réunis. Je me dis souvent que si on avait inventé une pièce de théâtre avec de tels événements, on aurait dit que dans la réalité de telles choses n’existent pas. On a tort, la réalité dépasse la fiction. Je ne peux m’empêcher de dire que la plaque vue se trouve dans les environs de l’entrée du cimetière et qu’en passant, j’avais une pensée chaleureuse pour ceux qui pouvaient en avoir besoin. De plus, normalement pour aller chez le dentiste, il me fallait prendre deux bus, un métro, encore un bus et marcher quinze minutes. C’est parce que le premier bus avait des horaires fantaisistes que j’ai préféré rajouter quinze autres minutes de marche et que donc, je suis tombée sur la fameuse plaque parlante. Alors, je remercie ce bus et sa fantaisie qui m’ont mise « sur le bon chemin ». Ah, les voies du destin…

Je mets une dernière photo. C’est celle d’un arbre tout à fait à droite de la maison. Il a certainement vu Ion Constantin Brătianu entrer et sortir de la maison. Il doit connaître ses pensées, ses émotions… J’aimerais pouvoir parler avec lui. Mais, il sait que je sais qu’il sait. J’ai un peu arrangé la photo parce que l’arbre, autant que la maison, méritent un meilleur sort.

Voici les dates qui ont ponctué la vie de Ion Constantin Brătianu. On les trouve dans une seconde plaque plus loin dans la rue :

On comprend que I.C. Brătianu a été un révolutionnaire et le fondateur du parti libéral national . Le terme « pașoptist » désigne le mouvement culturel et politique de 1848 ayant pour but la liberté et la nationalité roumaine. C’est rigolo, on voit sur la plaque « n. 1821 – d. 1891) ; « n » voulant dire « né et « d » voulant dire « décédé ». Je n’avais jamais vu ailleurs une telle datation. Monsieur Brătianu est parti au ciel au mois de mai, le jour de mon anniversaire… Cela me fait quelque chose.

Florin Niculescu. De retour en Suisse, je vais rendre visite à Florin, ami ingénieur en mécanique et horloger qui est devenu le patron de Tavannes Watches Co et lui raconte mes péripéties bratianesques à Bucarest. Et là… Il me dit que l’école qu’il a ouverte à Bucarest avec deux autres collègues, le lycée technique (microtechnique) qui forme des horlogers a ses locaux dans le lycée Ion I.C. Brătianu ! Cela ne s’invente pas ! Pour ceux que cela intéresse, je vous mets le lien pour le lycée.

Lien pour : Turneul în România ;

Quelques autres rencontres :

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Convorbiri de pe stradă

Am o secție despre conversațiil pe care le am pe stradă, în magazine, în mijloacele de transport. Fiind la București, scriu pe românește. Am noroc că prietena la care stau, Liliana Iacob, este o stea a limbii române și a corectat textul. Ea n-are vină pentru ceea ce scriu… numai corect să fie.

În mășină. Eram așezată pe primul scaun și s-au urcat o doamnă cu un băiat de vreo 9 ani. El s-a agățat de ușă. I-am spus că era periculos și și-a schimbat punctul de sprijin. Mai târziu, s-a urcat o altă doamnă care s-a ținut și ea tot de la ușă. I-am făcut un semn din ochi băiețelului câtre doamna. Și i-am spus : « Doamna este deja adultă ; sau nu i-a spus nimeni, sau n-a ascultat. Tu ai ascultat. Felicitări ! » În acel moment ochii copilului au strălucit de fericire și am fost pe aceeași dimensiune. I-a venir rândul să coboare, mi-a făcut semn cu mâna și când a fost pe trotuar am « văzut » că-i povestea mamei sale ce se întâmplase. Când mi se întâmplă așa ceva, am impresia că am transmis ceva.

Tot în mașină. Mă întorceam la prietena mea și am vrut să știu la ce oră trecea mâșina. O doamnă a răspuns că la fără 20 de minute. A doua zi am fost la stație la și 27 de minute, în caz… Am așteptat până la și 15. A trecut un domn cu un aparat de fotografiat (prietena mea locuiește pe lângă lacul de nuferi). L-am întrebat pe domnul acela dacă a făcut poze interesante. Mi-a spus că puține, pentru că erau cuiburi și păsări mici cu mamele lor și nu voia să le deranjeze. Mi s-a părut un gest nobil. L-am întrebat la ce oră trecea mășina, dar nu era din zonă. I-am povestit că așteptam de mult și s-a oferit să mă conducă pentru că, a adăugat, nu putea să mă lase în drum. Un om foarte nobil, v-am spus.

Tot în mașină. Mașina care îmi trebuia tocmai plecase când ajungeam la stație. M-am urcat în următuarea mașină a altei linii și l-am întrebat pe șofer dacă trecea pe la metrou. – « Nu. Dar dacă sunteți pe fază, puteți să-l prindeți pe colegul din față ». Mășina din față era separată de a noastră de un camion lung și de două mașini. I-am răspuns : « Nu știu dacă pot să alerg așa mult până-l prind ». Doar că în acel moment, camionul și-a schimbat culoarul și nu mi-au rămăs în față decât două mășini. « V-am spus să fiți pe fază, adică în gura ușii, gata să coborâți ! ». Atunci am văzut că mașina din față se apropiase de stație… dar a « noastra » nu, pentru că era blocată în trafic. M-am așezat repede « în gura ușii » și șoferul « meu » m-a întrebat : « Dacă vă las aici vă convine ? » A fost o clipă în afăra timpului, pentru că am înțeles că îmi făcea o favoare, că știa că voi prinde mășina din față și am răspuns imediat : « Da ! ». Am alergat și înainte să mă urc în mășina cealaltă, i-am făcut un semn de mulțtumire, el mi-a făcut un semn din cap și am împărțit o clipă în afară timpului.

La un magazin. Căutam ardei verzi pentru prietena mea și-l văd pe un domn care alegea ardei galbeni-albi dintr-o ladă, din alta, din încă una și dintr-o a patra. Când a terminat treaba și voia se plece, l-am întrebat : – « Lăsați lăzile așa ? – Păi, așa le-am găsit. – Ați fi putut să le aranjați. » i-am răspuns. Atunci domnul a aranjat una și a plecat. I-am spus că ar fi putut să facă mai bine, dar n-a mai ascultat. Când m-am apropiat de casă, l-am văzut pe domnul aproape de mine, el m-a văzut, dar ne-am ignorat. Pe urmă m-am dus la stație și am așteptat vreo 20 de minute făra să vină mășina. Dintr-o dată, cine apare ? Domnul ! M-am utat la el, s-a utitat la mine, eu n-am spus nimic și deodată spune el : – « Iar ne întâlnim ! – Este un semn al destinului »- i-am răspuns. I-am povestit că mă întorsesem la sectorul legumelor ca să iau un brocoli pentru prietena mea, că am profitat să golesc o ladă care avea doar trei roșii și că l-am văzut pe un vânzător aranjând lăzile cu ardei. Când l-am întrebat de ce, el a zis : « Ca să arate frumos ». I-am spus că oamenii nu prea sunt atenți… dar el a insistat și mi-a mulțumit pentru că aranjasem roșiile.

Domnul mi-a explicat că înaintea lui o doamnă răsturnase toate lăzile ardeilor. I-am răspuns că nu era un motiv. Domnul a adăugat că noi nu puteam să le aranjăm pe toate. Am replicat că una în plus sau în minus era deja ceva. În acel moment a apărut un băiat de vreo 11 ani care colecta sticlele plastice de la gunoi. Eu aveam una de apă minerală aproape goală și i-am făcut semn că putea s-o ia. A luat-o, a vârsat apa pe jos și a aruncat capacul sticlei printe plantele din stație. M-am dus la el și i-am spus că așa ceva nu se făcea și am vrut să-i au sticlă înapoi. El a rezistat, dar am invins si i-am spus că lucrurile nu mergeau așa și că trebuia să ia capacul. L-a căutat și l-a pus la gunoi. Atunci i-am dat sticla înapoi și el mi-a mulțumit. Domunul asistase la scenă fără să scoată un cuvânt. I -am spus că de acum încolo acest băiat nu va mai azvârli capacele sticlelor oriunde. In creierul domnului ideile își căutau un drum și când m-a înțeles a avut un zâmbet și mi-a urat sănătate și numai bine înainte să se urce în mașina care venise.

La un alt magazin. Este un magazin francez care a suprimat casierele ; tendință de eliminare a locurilor de muncă peste tot, atât în Elveția, cât în Franța și aici. Erau două locuri unde oamenii puteau plăti cu numerar și câteva case unde se putea plăti doar cu card. Proprietarii magazinului, știind că nu toată lumea se descurcă cu asemenea mașini, au pus o casieră-vînzătoare să-i ajute. Dar deja la coadă oamenii o chemau, îi puneau întrebări. Doamna alerga la dreapta, la stânga, jos, sus și m-a ajutat și pe mine. Când am terminat, i-am spus că avea o muncă grea. « De unde știți ? Sunteți șaman ? Nu, i-am zis, doar văd. » Atunci mi-a zâmbit și eu la fel. Ne-am înțeles. Ce bine !

O armată de iubitori ! Care ? Țințarii. Sunt de o generație nouă pentru că nu fac zgomot, doar simți deodată că te-au înțepat. Așa că am picioarele cu mușcături, par că sunt un tablou modern.

Temperatura în București. Majoritatea timpului a fost între 40 °C și 43 °C la umbră. Predicțiile după plecarea mea sunt de 27 °C – 29 °C. Ce se spun… Bucureștiul m-a văzut și s-a înfierbăntat. Dacă mi-a fost cald ? Da, dar am găsit pe drum locuri unde puteam cumpăra apă de izvor și asta a fost foarte bine. Am putut cutreiera străzile de sus in jos și de jos în sus, de la Universitate la Piața Unirii, am fost pe la Bucur Obor și la Dragonul roșu. Am primit alarme de caniculă pe telefonul mobil dar nu mi-a păsat și nu mi s-a întimplat nimic.

Surpriză plăcută ! În câteva locuri am întâlnit niște instalații care împrăștiau pe trotuar un nor de picături fine de apă pentru a răcori trecatorii înfierbântați. M-am scăldat cu voluptate în el minute în șir ! Dacă aș fi putut, aș fi luat una cu mine. Felicitări Primăriei pentru inițiativă. Instalația se găsește pe lângă piața Unirii.

Am făcut un montaj pentru că mereu era un cineva.

Un regret. Aici, în București ,ca și la Neuchâtel, magazinele particulare sau mici dispar. Am vrut să mă duc la niște mercerii care erau în Bucureștiul vechi dar s-au desființat. Ce păcat ! Și încă ceva : tare mult îmi plac plăcintele cu brânză dulce sau cu dovleac. Locurile unde le cumpăram sunt mai puține iar cel care le făcea pe cele mai bune este în concediu. Noroc că prietena mea mi-a făcut ieri surpriza de a-mi pregăti o tavă întreagă cu aceste plăcinte minunate din care o parte mi-am pus în bagaje.

Am ajuns la mine cu plăcintele, dar până am făcut poză… aproape un etaj de plăcinte a ales domiciliu în mine !

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Chambaron ou le correcteur qui me comble !

Dans tous les métiers il y a toute sorte de gens, ceux qui font juste ce qu’il faut, d’autres qui appliquent des recettes, d’autres encore qui vivent ce qu’ils font. C’est le cas de Chambaron.

Commençons par dire qu’il se définit lui-même comme un incorrigible correcteur, mangeant langues vivantes et étymons antiques à tous les repas. Dans une vie antérieure il a travaillé dans l’énergie, notamment en Suisse. J’ajoute que s’il a un bac scientifique, il a étudié le grec et le latin. La littérature lui est tombée dessus en étudiant… la gestion. Ah, les voies du destin…

Je l’ai rencontré via la plateforme Question-orthographe.fr, issue du Projet Voltaire lancé par les deux frères Hostachy, que je remercie une nouvelle fois. Pierre, ah, oui, j’ai oublié de vous dire que sous le nom de plume Chambaron il y a Pierre Buffiere de Lair. La graphie du nom est correcte, pas de è ni d’apostrophe.

Portrait fidèle de Pierre, toujours franc et joyeux !

Correcteur – complice – cornac. C’est lui qui m’a appris le mot cornac (guide), c’est aussi un trait de sa personnalité : la délicatesse. Il est devenu le complice de toutes mes révisions de texte qui comprennent tant la mathématique, l’histoire de la Grèce ancienne, la science-fiction, la musique, le Moyen Âge, l’histoire de la France, la typographie, l’horlogerie, ainsi que des livres sur la langue française. Il trouve toujours une explication. C’est fabuleux.

Chambaron l’écrivain. Il est un fervent des nouvelles et c’est un genre où il excelle. Celles qu’il publie, la plupart primées lors de concours, sont des nids de trésors tant par les mots que par les idées. Lors d’un échange de messages, je lui avais écrit : J’ai connu des gens qui connaissaient les règles sur le bout des doigts mais qui n’avaient aucun talent pour l’écriture, vous vous avez les deux et en plus de l’imagination. C’est vrai, Pierre sort du chemin battu. Voici quelques commentaires et extraits tirés du recueil Ni vent ni nouvelle. Dans ce titre assez inattendu, on retrouve l’expression de jadis « je n’ai eu ni vent ni nouvelles de Untel ». Le titre est fait pour intriguer tout en affichant le mot nouvelle. C’est bien le genre de jeu de mots que Pierre aime.

Métamorphose sabbatique. C’est la première nouvelle du recueil et la phrase qui saute à mes yeux est en lien avec le spectacle sur les mots que je prépare. En effet, je monte un spectacle sur la métamorphose des mots. Sacrée coïncidence ou alors c’est cet ami appelé hasard qui me rend visite. L’histoire de la nouvelle se situe à Prague et il est question de Kafka et de situations étranges. Voici le texte : Les mots se suivaient, comme autant de pavés dans une rue de Prague, chacun ne se joignant au précédent que par le lien syntaxique habituel qui unit des noms à des verbes, puis des verbes à d’autres noms qui s’accouplent eux-mêmes à des adjectifs. Et tout le petit peuple obscur d’articles, de conjonctions, de prépositions qui grouillaient entre les mots, s’affairait à lier, articuler, à coordonner les princes de la fête pour en faire phrases, chapitres et un livre… On comprend bien comment naît une phrase, un texte.

Pierre réussit à rendre vivants des pavés et donne une vie à des mots ; les pavés sont des mots et les mots sont des pavés. Je suis comblée !

Et voici encore la séance de rasage du héros de la nouvelle. Se raser n’est pas pour l’homme une opération anodine : c’est souvent la seule vraie confrontation avec son propre regard dans une journée, et l’on se confie oculairement tant de choses pendant que la lame vous redonne l’air imberbe du premier matin du monde. Je trouve le monologue avec le miroir et le premier matin du monde un délice. J’ai déjà vu des hommes se raser et senti qu’il se passait quelque chose, mais Chambaron y met les mots.

Autre qualité de Pierre-Chambaron : s’il respecte les règles, s’il connaît l’étymologie des mots, s’il connaît l’histoire ou l’évolution de ces derniers, il connaît en plus la typographie. C’est un grand atout. Que vient faire la typographie ici ? C’est quand même la mise en pages des textes, comment et quand utiliser des guillemets, ou l’italique, quand mettre une majuscule à un titre, au nom d’un institut. Par exemple, lorsqu’on écrit une lettre on écrira : Cher monsieur ou Chère madame. Je sais, on voit très régulièrement, et ce de la part de toutes classes sociales confondues, une majuscule au nom, mais ce dernier n’est pas un titre, c’est une civilité. Il ne viendrait à l’esprit de personne d’écrire Cher Élève, mais c’est une habitude qui s’est prise et lorsque j’ai suivi des cours de sténo-dactylo, c’était la règle. Cela me met dans de drôles de situations parce que si j’écris à la représentante de ma gérance Chère madame, elle va se dire que je lui manque de respect… De plus, Pierre réfléchit et relève bien des contradictions qui me rendent service.

Le mot orthographe. Je ne peux pas ne pas parler de ce mot qui est si mal utilisé. C’est Pierre qui a attiré mon attention sur le sujet et voici le lien pour l’article que je lui ai consacré, mais en bref : le mot orthographe veut dire j’écris correctement, celui qui sait écrire, tout comme le géographe est celui qui connaît la Terre, le savant de la planète. Il est plus pertinent alors d’utiliser le mot graphie qui veut dire représentation d’un mot ou d’un son par l’écriture. Pierre a fait des émules grâce au compte qu’il a sur Twitter !

Prenons une autre part de dessert dans le recueil de Pierre-Chambaron intitulé Ni vent ni nouvelle. On le trouve dans Correspondance des quatre saisons. Une dame et un monsieur, qui vit dans un endroit isolé, échangent des messages. Le monsieur écrit : Heureusement, vous êtes là. Je reçois vos billets par Partounet, c’est amusant. Celui du 1er novembre m’a vraiment fait sourire : des photos de Vous, entourée de vos chats, avec la Pastorale en fond musical et cet entêtant parfum de cannelle, c’était vraiment… stupéfiant. Vous l’avez compris, Partounet est une version postérieure à Internet puisqu’on peut même s’envoyer des parfums. C’est délicieux !

La même inventivité, le même plaisir, je les retrouve lorsque Pierre m’envoie des éclaircissements sur tel ou tel point relatif à la langue. Le français a des caprices ou des logiques ou des exceptions (heureusement que le dictionnaire est plein de subtilités pour m’aider à mettre un mot sur mes interrogations) que je ne connais pas et Pierre me sort des mauvais pas.

Des exemples ? C’est un peu compliqué parce que je ne voudrais mettre qui que ce soit mal à l’aise. Quelqu’un pourrait se reconnaître et personne n’est exempt de commettre une erreur. Parfois on écrit trop vite, parfois on tape à côté, parfois on se fait avoir parce qu’on lit ou entend. Les journaux, tout ce qui touche aux médias, les déclarations des personnalités, les films, les livres… tout contient des abus et des coquilles aujourd’hui. Ah, voici un exemple des explications de Pierre avec le mot aujourd’hui. Autrefois, pour parler du jour, on utilisait le mot hui (du latin hodie). Au Moyen Âge, on a ajouté jour, pourtant issu du même mot, pour différencier la période en journée de celle de la nuit ; cela a donné aujourd’hui qui crée déjà un pléonasme. Si en plus, on ajoute au jour d’aujourd’hui il y a double redondance. Si par exemple, dans le monde de la mode, certains disent la mode au jour d’aujourd’hui désirant mettre en exergue l’époque, on pourrait leur donner raison, mais il vaut mieux être précis et utiliser d’autres mots ou expressions (actuellement, de notre époque, à ce jour, de nos jours, de notre temps, etc.).

Richesse d’esprit et désir d’aider. Je monte un spectacle basé sur deux livres de Jean-Loup Chiflet et cherche à compléter des noms de personnages, des histoires, me pose des questions et Pierre est là avec son imagination. À un moment donné, je lui demande quelque chose, il répond et signe « Al Fabey ». J’ai mis du temps à déchiffrer « Alphabet » ; d’autres fois, il a signé « Inspecteur Gétouluz ». Et on arrive à l’un des sujets traités dans ce spectacle : les homonymes, les homographes, les mots qui ont plusieurs graphies, bref d’un tas de plaisirs pour certains et de tourments pour d’autres ! Je le disais, Pierre n’est pas seulement quelqu’un qui remarque des contradictions, qui regrette certaines mesures prises ou au contraire oubliées, il apporte sa pierre à l’édifice. C’est ainsi que j’ai pu compléter les catégories de mots qui prêtent à confusion et su qu’il avait dans sa base de données 1’200 groupes d’homonymes ; cela doit représenter quelque 5’000 mots (2 ou 3 mots par groupe, avec un record à 6) !

Que dire en conclusion sinon que j’ai beaucoup de chance d’avoir rencontré pareil personnage et que les éditeurs devraient s’arracher un tel réviseur (tout comme moi, il n’aime pas le mot correcteur. Si je le mets parfois, c’est pour être compréhensible par des non-initiés) !

Juin 2025. Un texte de Chambaron remporte le deuxième prix dans un concours littéraire !  Il s’agit de Transhumance, un poème en prose sur le thème imposé du Rhône, fleuve nourricier et destructeur. Une évocation qui a pris un relief surprenant quelques jours avant la catastrophe de Blatten (village valaisan)…

Juillet 2025. Je le dis, Chambaron est le cornac qui me comble ! Voici un exemple : (à suivre)

C’est parfait et là, tout le monde comprend !

2026. Le plaisir que j’ai à poser des questions à mon cornac et à lire ses réponses ne diminue pas. Voici qu’il me fait remarquer que l’on n’utilise pas toujours correctement le terme d’approximation.

Je lui ai demandé si on pouvait dire, lorsqu’on évalue le poids d’un objet : 3 à 4 kg c’est une bonne approximation ? Quel serait alors l’emploi abusif et fréquent ? Le mien ?

Sa réponse : « Il faut ‘qualifier’ l’approximation, en soi ce n’est pas assez parlant. On dira donc par exemple de première approximation ou d’approximation grossière, affinée, fondée sur tel calcul ou telle chose, avec telle marge d’erreur, etc. Bonne ou mauvaise relèvent du jugement par rapport à des critères à définir.

Dans le texte qui suit, vous aurez deux choses : pourquoi ne pas habiller d’une majuscule les écoles et autres institutions d’enseignement et pourquoi éviter l’utilisation des capitales lorsqu’on envoie des messages, une lettre, un texte. Cela vous mettra d’excellente humeur !

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