@3m.ossature : travail avec les participants

Même matière enseignée et pourtant toujours nouvelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’enseignement d’une matière, d’un sport, d’un art n’est pas synonyme d’ennui, de répétion mécanique du savoir. Si les fondements restent les mêmes, la variété des participants ajoute à la variété du cours. C’est une nouvelle fois démontré.

J’aime les petits groupes, peut-être parce que j’en ai toujours eu, mais il s’établit un lien plus profond que lorsqu’on est beaucoup. Cette fois-ci, mon groupe est composé de deux personnes qui ne se connaissent pas. Le hasard (ce hasard qui me rend si souvent visite et qui finit par devenir un ami) fait que les deux pratiquent le même sport dans leur temps libre. Je n’ai rien à voir avec ce sport, mais des éléments de ce que je connais entrent en jeu et cela fait que nous pouvons avoir un langage commun.

Variété du ressenti. Au fur et à mesure des séances, je suis admirative de la façon dont les gens ressentent leur corps. Pour un même exercice de percussions sur le corps, le ressenti va de la chaleur, au bien-être, à un quelque chose de pas très définissable, à une vague, à un étirement du corps vers le haut et vers le bas, etc.

Pourquoi une telle admiration, voire un étonnement ? Tout simplement parce que dans le monde de la danse classique, l’un de mes mondes, lorsqu’on a affaire à une position de bras, par exermple, il n’y a qu’une position correcte. Une seule est correcte. Une seule. Alors, que le ressenti des gens varie et qu’ils sont tous véridiques, tous conformes à ce qu’ils vivent. Je trouve cela passionnant et découvre quantités de façons de ressentir le corps.

Du concret. Je trouve qu’il faut aussi pouvoir « voir » l’intérieur du corps. Nous vivons avec lui et parfois c’est à peine si on le regarde. On s’attarde beaucoup sur l’apparence, ce qu’on appelle actuellement « le look », mais pas sur son utilité, sur ce qu’il nous apporte, nous permet de faire, quant à l’intérieur du corps… Alors, une fois de plus, je fais appel à notre maître boucher René Margot pour qu’il me livre un fémur. Sitôt dit, sitôt fait.

Nous sommes en période de pandémie et avant le nouveau confinement, l’une des participantes , Anne-Marie, a pu toucher le fémur d’un boeuf.

Nos os sont vivants. C’est en les voyant et en les touchant que l’on se rend compte que nos os sont vivants et que tout ce qui nous compose est lié. Je ne sais par quoi commencer, car tout est intéressant. Ce qui m’attire visuellement c’est le côté nacré des os ; ils sont brillants, lisses et … nacrés. Je sais, je me répète, mais c’est le mot qui revient tout seul. C’est une beauté qui m’absorbe au point que je perds la notion du temps et de l’espace. La toute première fois que j’ai été frappée par cette beauté, que j’ai pris conscience des os, je me suis dit qu’on était tous vraiment pareils. Les animaux aussi, m’avait fait remarquer l’ado qui participe à bien de mes activités. C’est vrai.

Nous sommes tous pareils et reviens sur l’extrait de la tirade de Shylock dans « Le Marchand de Venise  » de Shakespeare (acte III, scène 1), dans la traduction de François-Victor Hugo, fils de Victor Hugo : ( … ) Il m’a couvert d’opprobre, il m’a fait tort d’un demi-million, il a ri de mes pertes, il s’est moqué de mes gains, il a conspué ma nation, il m’a fait manquer des marchés, refroidi mes amis, échauffé mes ennemis ; et quelle est sa raison ? … Je suis un juif !  Un juif n’a-t-il pas des yeux, des organes, des proportions, des sens, des affections, des passions ? N’est-il pas nourri de la même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, échauffé et refroidi par le même été et par le même hiver qu’un chrétien ? Si vous nous piquez, est-ce-que nous ne saignons pas ? Si vous nous chatouillez, est-ce-que nous ne rions pas ? Si vous nous empoisonnez, est-ce-que nous ne mourons pas ? […]. Source : michel.balmont.free.fr/cav_docs/films/lubitsch…/Monologue_Shylock.pdf

Voilà de quoi réfléchir, entre Shakespeare et la vision des os…

Suite au prochain numéro !

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