Une nouvelle fois, je me dis que les histoires ne commencent pas toujours de la même façon car celle-ci ne déroge pas à la règle. Depuis que mon ami André Oppel (graphiste et ancien directeur du Centre culturel neuchâtelois) a quitté ce monde, j’ai gardé les quelques affaires qu’il a laissées tout en me disant qu’elles devaient bien aller au bon endroit. On m’avait dit que cela n’intéressait personne… J’ai bien fait d’attendre.
Photo prise à l’époque où André Oppel travaillait pour l’industrie, 1965. Magnifique photo de Pierre-W. Henry.
Le départ de cette histoire est la « Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. » où André a travaillé en tant que graphiste ; puis, c’est Roger Peeters, ingénieur travaillant dans l’horlogerie et dont je parle dans deux autres articles (un = danse et mathématiques – deux = cameraman et body painting ), qui me dit qu’il faudrait que j’aille voir le « Musée d’horlogerie du Locle – Château des Monts ». J’y suis allée cet été et l’ai trouvé très beau, complet, harmonieux. J’y ai lu des noms de famille d’anciens amis ou connaissances neuchâtelois. Cela m’a mise un peu en famille. De plus, le personnel est des plus aimable et cela compte. J’ai cru l’histoire finie, si ce n’est que je me disais que la prochaine fois que j’aurais des amis de l’étranger, j’allais les amener à ce musée.
Rôle du Musée de l’horlogerie du Locle. À un moment donné, je me retrouve avec un catalogue de la fabrique Froidevaux en plus. Jack Froidevaux, le fils du fabricant en a déjà un et je pense au musée. Je téléphone. Une aimable archiviste, Mme Marlène Rüfenacht, prend contact avec ses collègues et me répond qu’ils sont intéressés par tout ce qui pourrait concerner des documents horlogers de la période 1950 – 1970. Cette époque a été d’une grande effervescence dans le monde horloger neuchâtelois, mais il y a eu une crise et bien des maisons ont fermé, emportant avec elles les archives. Le musée n’a pas beaucoup de traces de cette période.
J’organise alors la remise de documents au musée. Pour cela, je réunis Knut, le photographe attitré de mes activités, Roger déjà cité et Jack Froideaux, le fils du fabricant. On monte au Locle et on se trouve à l’entrée du musée.
Roger, Jack, Knut.
Musée des Monts au Locle
Puis, le moment tant attendu arrive. Nous sommes reçus par M. François Aubert, président du comité du Musée des Monts et Mme Marlène Rüfenacht, l’archiviste. Se trouve aussi présente « Canal Alpha« , notre télévision locale dont le rédacteur en chef du journal, M. Etienne Arrivé, a pensé que c’était un événement suffisamment important dans l’histoire de l’horlogerie pour en faire mention dans son journal du 13.09.2019. Nous le remercions, ainsi que son équipe, pour cette collaboration. Le reportage, je l’espère, va inciter d’autres personnes possédant des archives ou des pièces horlogères à les remettre au musée. Le journaliste qui a présenté le reportage a aussi émis le même voeu.
L’accueil que nous réserve M. Aubert est chaleureux et nous passons des moments inoubliables en famille horlogère, car M. Aubert a aussi travaillé dans l’horlogerie et est passionné par la branche. C’est un plaisir que d’avoir des échanges avec lui ! De plus, nous avons eu droit à une visite commentée par lui. J’ai appris bien des choses et tout cela me rapproche de ma région d’adoption.
J’avais composé un dossier fait avec la couverture du catalogue. En passant dire bonjour à M.Marc Mettler, le libraire et propriétaire du « Cabinet d’Amateur » à l’Escalier du Château, Neuchâtel, il voit mon dossier, remarque que je ne veux pas l’abîmer et me prête une paire de gants qu’il utilise pour son travail ! Les gants ont fait le voyage jusqu’au musée !
Dossier contenant les dessins et catalogue de la « Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse », faits par André Oppel, graphiste à l’époque.
M. François Aubert, M. Jack Froidevaux, moi, Mme Marlène Rüfenacht Montage du catalogue et dessins faits par André Oppel, ainsi qu’une montre Precimax, dont la fabrique se situait à Monruz, Neuchâtel, toujours dans les années 1950-1970.
Ce qu’il y a d’important dans cette histoire, c’est que ce hasard, qui n’existe pas, a permis tellement de choses, que j’en reste étonnée alors que je savais au fond de moi que quelque chose devait arriver avec les documents que mon ami avait laissés. Ainsi :
le Musée d’horlogerie du Locle se trouve enrichi avec des pièces pour ses archives. En effet, le musée n’avait pas entendu parler de la fabrique Froidevaux et les témoignages du fils de l’entrepreneur ont été très bienvenus ;
Jack Froidevaux finit de remplir sa mission auprès de son père (c’est lui qui a représenté l’entreprise lors de la faillite dont les procès auront duré 20 ans !) ;
je participe à l’enrichissement du patrimoine horloger. Cela me procure un très grand plaisir et renforce ma confiance en moi, car j’ai eu raison de garder les documents ;
le plus important : le travail d’Adré Oppel se trouve honoré.
Bref, participer à l’enrichissement du patrimoine horloger est toute une aventure hors du commun !
Toutefois, mon périple horloger ne finit pas là. D’autres éléments vont se greffer :
Je devais aller à Paris et voulais y voir quelque chose en lien avec l’horlogerie. C’est une fois de plus Roger qui me dit d’aller voir le musée Breguet. Breguet… J’ai entendu parler des montres Breguet et de l’esprit très spécial d’Abraham-Louis Breguet au Musée des Monts, lors de la visite commentée par M. Aubert. Je décide d’aller le voir ;
Lors de la visite guidée du musée Breguet à Paris, je demande où se situait la manufacture Breguet car j’ai soudain l’envie d’aller voir l’endroit. C’est au « Quai de l’Horloge » me dit le guide. J’y vais et il se trouve que j’y étais passée la veille et même étais entrée dans la boutique à côté. Je me mets devant la maison qui n’a pas de sonnette en me disant que quelqu’un va bien sortir. J’attends une demi heure. Je racourcis. Finalement, je me trouve devant la descendante de M. Breguet. On convient d’un rendez-vous plus tard dans l’année ;
Je vais revoir le libraire, M. Marc Mettler (le propriétaire des gants !). Un monsieur parle avec lui. Longuement. J’attends. J’attends et j’attends. Finalement, je me dirige vers le rayon d’horlogerie et me demande si je ne vais pas trouver quelque chose sur M. Breguet dont je suis devenue une admiratrice. Arrive Marc avec le monsieur et me le présente. Il s’agit de M. Antoine Simonin, fameux formateur d’horlogers et directeur des « Éditions Simonin » spécialisées dans l’horlogerie. Je lui rends visite à Dombresson. Je lui parle de M. Froidevaux et lui montre la photo du bâtiment qui a abrité sa fabrique d’horlogerie à ses débuts. C’est alors que M. Simonin me dit qu’il a été le directeur du WOSTEP (Centre de perfectionnement horloger) qui se situe à cet endroit même. Il apprend, en quelque sorte, que ce bâtiment a un passé horloger !
Cette aventure où des bouts d’histoire parfois si éloignés les uns des autres se rencontrent sur un même terrain me fait penser aux mots prononcés par la nouvelle déléguée à la culture à Neuchâtel, Mme Gaëlle Métrailler, lorsque je lui ai raconté l’affaire : « Cela prouve que vous êtes dans le juste ».
Effectivement, quelle émotion de voir le périple fini et les documents, ainsi que la montre, commencer une nouvelle vie dans le musée !
Voir le nom d’André et le mien au musée, me provoque une émotion…
Au moment d’apporter la montre au musée, je me suis dit qu’il lui fallait un emballage, un carton, quelque chose. Après plusieurs essais, je me suis dit que j’allais lui fabriquer un « habit » inspiré de celui que je porte le jour de la remise des documents. J’avais un reste de tissu et de dentelle. Le conservateur du musée, M. Morgan Mootoosamy, a trouvé l’idée intéressante et la montre figure ainsi dans la vitrine !
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C’est lors de l’inauguration de la rénovation de l’Hôtel de Ville de Neuchâtel que j’ai pris des photos, certaines sans avoir vraiment de raison et d’autres pour la beauté de la chose. Puis, les choses prennent forme et cela donne, avec Knut, notre photographe attitré ceci :
C’est vrai, Knut passe assez inaperçu malgré son 1,90 et quelques centimètres de hauteur. Il réussit à se fondre dans le paysage. Ici, c’est David de Pury qui le constate dans son tableau suspendu à l’Hôtel de Ville de Neuchâtel. Cette photo peut donc s’appeler David et Knut ou Knut et David.
Cette photo est prise dans le passage entre PKZ et le Temple-du-Bas, Neuchâtel. Knut m’a dit qu’il vaudrait mieux avoir une veste en Gore-Tex si je voulais l’accompagner tôt le matin pour faire des photos. J’ai aimé le mot et il va bien à Knut. Il faut prononcer à la « rrrrussse », avec un accent sur la prmière syllabe – en plus le « o » est une sorte de « ouo » et là… le camarade apparaît !
Je fais des montages pour un article où il sera question de physique (j’ai un faible pour Albert et Mileva Einstein et la première passion de Knut était la phyisique) et me dis que les photos utilisées peuvent aussi venir ici.
On est dans l’espace-temps et les événements épars de ma vie se lient les uns les autres pour former la toile de ma vie.
Ici, des événements liés en attirent d’autres, un monde en attire d’autres.
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Le corps en général dit bien des choses sur les gens. J’ai une section destinée aux mains, cette fois-ci, ce sont des jambes, des chaussures, des pieds qui m’inspirent. Je devrais me promener, tout comme notre ami Knut, avec un appareil photo dans les mains. Heureusement que la qualité des photos prises avec un téléphone portable s’est bien améliorée.
Premier échantillon
Je vais au rendez-vous
Je me demande si je ne tourne pas en rond...
J’avais vu à un cours une jolie fille dont les jambes étaient particulières. Ensuite, ce sont mes mains qui ont trouvé le maquillage qui me permettrait de faire le montage qui suit :
Nous sommes allés voir l’Hôtel de Ville de Neuchâtel dont les travaux de restauration avaient pris fin. Le bâtiment, en plein centre de Neuchâtel, avait les portes ouvertes pour le public. J’ai profité pour m’asseoir à la place du président. J’avais déjà assisté à des réunions du conseil communal, mais être à la place du président… cela donne une toute autre saveur !
Ainsi que je le raconte dans « Rencontres particulières11 : Freddy Landry », ce qui a permis que nous nous rencontrions ce sont les articles de journal, parus dans la « Lutte syndicale » en 1960. Voici les deux articles. Le premier est une revue de presse au sujet du premier spectacle du premier TPR « La Cruche cassée ».
Comme on le voit, Freddy a signé l’article en septembre 2019, soit quelques années… après qu’il l’a écrit !
Afin de rendre plus aisée la lecture du second article, j’ai procédé à un montage. Freddy explique l’effort fait par la troupe du TPR pour que le public comprenne le message d’une pièce, à savoit l’utilisation de moyens proches du monde du cinéma. On reconnaît bien là l’homme de cinéma.
Il existe une version signée par Freddy, elle viendra un de ces jours.
« Et elle arriva ! »
La voilà, la fameuse signature ! Elle figure sur le montage original que je ne vais pas découper. Le texte est moins lisible que sur la copie, mais l’important c’est d’avoir la signature du maître !
Je reviens sur l’arrivée de ces articles dans ma vie : je remets à Mado, la femme d’Ernest Grize, premier régisseur du Centre culturel neuchâtelois (CCN), la montre, de son mari, que j’ai trouvée parmi les affaires de mon ami André Oppel, ancien et seul directeur artistique du CCN, parti au ciel il y a des années. C’est une montre Borel, de Neuchâtel, de 1951 (le reste de l’histoire se trouve dans l’article « Une montre parmi les affaires d’André » – voir lien ci-dessous). Je demande à Mado si elle a des documents sur le CCN, elle me dit que oui et en fait me remet les deux articles écrits par Freddy. Curieusement, Ernest et André avaient travaillé au TPR et Freddy avait fait état des activités de la compagnie théâtrale via ces deux articles. Ils sont réunis dans un même monde dont je fais partie. Je suis parcourue par une onde intemporelle.
Si au premier abord je me suis demandé ce que ces articles venaient faire dans mon histoire de vie, je ne tarde pas à remercier Mado du fond du coeur, car ces articles ont ouvert la voie pour que j’aie une rencontre réellement extraordinaire avec Freddy, dont le départ au ciel m’a bien laissée sur ma faim… (voir lien ci-dessous).
Lien vers :
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Pendant des années, j’ai croisé Freddy Landry, l’homme de cinéma, en allant à mon studio de danse, car il habite presque en face. On s’est salués, chacun sachant plus ou moins qui était l’autre. Puis, je l’ai vu aller un peu moins bien. Je lui ai proposé mon aide, une autre voisine aussi. Jack, celui qui fait partie de mes histoires horlogères l’a également proposée, mais Freddy Landry avait ce qu’il lui fallait.
Magnifique photo de Freddy Landry. On le dirait dans un tableau !
Il m’a expliqué, il n’y a pas si longtemps, que puisqu’il devait utiliser un déambulateur, il avait renoncé à son abonnement au journal « Le Monde » afin de s’obliger à aller au kiosque pour l’y acheter. Les fois où j’ai voulu l’aider à manier son appareil, il a répondu qu’il désirait rester le plus indépendant possible. J’ai regretté de ne pas pouvoir l’aider, mais admiré et salué son attitude.
Dernièrement, j’ai reçu des documents relatifs au premier « Théâtre populaire romand », le TPR. André Oppel, mon ami y avait été le graphiste et y avait joué, Ernest Grize régissait et y jouait aussi. C’est Mado, la femme d’Ernest, qui m’a remis les documents parmi lesquels il y avait deux articles écrits par Freddy Landry. L’occasion pour moi d’approcher cet homme toujours si réservé et de lui demander un autographe !
Il a été content de voir ces articles et cela lui a rappelé bien des choses. C’était l’époque où une équipe de comédiens amateurs et d’intellectuels voulait apporter le théâtre et la culture en général au peuple. Il en est résulté deux pièces : « La Cruche cassée » et « Les Fourberies de Scapin ». Il y a eu polémique, car les spectacles ont été jugés trop orientés politiquement. La « Fédération des Ouvriers de la Métallurgie et de l’Horlogerie » (FOMH devenue par la suite la FTMH) avait financé, je ne sais pas si intégralement, la troupe et il fallait justifier l’investissement par un acte culturel. C’est la raison des articles.
Ces deux articles nous ont apporté des choses magnifiques. Freddy Landry et moi nous sommes aperçus que nous avions bien des connaissances en commun. L’un des protagonistes du TPR, Bernard Liègme, avait été mon professeur de littérature étrangère à l’école supérieure de jeunes filles de Neuchâtel. Un professeur qui vivait tellement ce qu’il disait que parfois, sentant très fortement notre attention – comme si elle lui arrivait au visage – s’arrêtait pour nous dire que ce n’était pas son texte mais celui de tel ou tel auteur ! C’est chez lui que j’ai appris à approfondir les matières enseignées en cours. J’ai fait comme l’une de mes amies ; j’ai cherché des informations supplémentaires sur un sujet avant un travail écrit et j’ai vu ma note monter ! Cela a été un déclic pour moi. Je ne peux pas citer toutes les connaissances communes à F.L. et à moi, mais il y en a une en particulier : Sophie Piccard. Il se trouve que Freddy Landry a étudié la mathématique, que Sophie Piccard a été l’un de ses professeurs à l’université et cela a suffi pour que je me sente en famille !
J’ai une affection particulière pour Sophie Piccard. On le sait, elle a été brillante en mathématiques (je reprends le pluriel alors que je suis passée au singulier depuis que je suis la logique du mathématicien Cédric Villani (autre personnage que F.L. et moi admirons), mais c’est pour souligner qu’elle a enseigné plusieurs branches. Elle a eu une vie quelque peu compliquée. En effet, son diplôme universitaire de Smolensk (Russie), n’a pas été reconnu en Suisse, à Neuchâtel plus particulièrement, et elle a dû recommencer ses études depuis le début. Afin de subvenir à ses besoins, elle a été secrétaire du journal local neuchâtelois La Feuille d’avisde Neuchâtel. Elle a été professeur universitaire de mathématique, tout comme un collègue qu’elle avait, mais son salaire était plus bas que le sien et que celui des autres professeurs masculins. Après son départ à la retraite, chaque branche enseignée par elle a été reprise par un professeur distinct. C’est dire !
Freddy Landry me raconte que Sophie Piccard avait son bureau au sous-sol de l’université, qu’il n’avait pas de fenêtre mais des impasses, alors que son collègue, arrivé après elle, avait un bureau au premier étage avec fenêtres… Leurs relations ont été tendues et Sophie Piccard s’est sentie mal appréciée. Elle avait d’ailleurs l’allure d’une personne qui souffrait et faisait penser à une femme de moujik. Je l’ai rencontrée en fin de vie, pour ainsi dire. Ma mère avait traduit les ouvrages que sa mère avait écrits et, à un moment donné, mademoiselle Piccard a été enfermée à « Préfargier », endroit où l’ on « met » ceux qui ne sont plus maîtres de leur pensée. Je me suis dit que si j’allais la voir, lui parler en russe, je pourrais la ramener à ce qu’on appelle « la raison ».
Au moment où j’ai voulu intervenir, elle avait été placée dans un home pour personnes âgées, pas très loin de chez moi. Je lui ai rendu visite, les choses se sont bien passées et tous les lundis après-midi, j’allais pendre un cours de russe avec elle. Nous avions décidé d’étudier les livrets des ballets, notamment les russes.
En ce qui concerne son caractère, on disait qu’elle souffrait d’une sorte de maladie de la persécution, ce qui la poussait à avoir plusieurs serrures dans les différents appartements qu’elle a habités. Il semble que ce n’était pas facile de communiquer avec elle. Mais, j’ai eu de la chance, nous avions des thèmes communs, des amours communes. J’ai eu une frayeur une fois, car je suis partie avec son crayon. Lorsque je suis retournée la semaine suivante, j’ai eu peur qu’elle ne soit très fâchée… Je suis entrée et lui ai annoncé que j’étais partie avec son crayon. « Je sais », a-t-elle simplement répondu. Quel apaisement !
M’intéressant à ces souffrances qu’on disait qu’elle avait, nous en avons parlé et je ne sais plus quel conseil je lui ai donné, mais un jour elle m’a dit qu’elle se sentait soulagée ! Cela a été un moment extraordinaire ; ses yeux, d’un vert magnifique, d’un vert que je ne pourrai jamais oublier, d’un vert qui me fait entrer dans la mer, dans un monde de joie, brillaient. J’ai demandé à la responsable du home de m’avertir si jamais elle partait au ciel. Je voulais lui faire la tresse qu’elle portait toujours. J’ai été avertie trop tard, mais cela a été pour un bien, car les pompes funèbres l’avaient remarquablement coiffée. Elle avait l’air d’une duchesse ! Je suis bien contente, car c’est ainsi que je la considérais. J’ai eu l’honneur d’avoir été la personne qui a parlé lors de son service funèbre. J’ai notamment dit que si elle avait eu un comportement difficile avec certains, avec moi cela n’avait jamais été le cas et ai rapporté l’histoire du crayon.
Freddy raconte qu’il a passé le certificat de géométries (descriptive et une autre), soit 1/4 de la licence, avec Sophie Piccard et que l’épreuve avait été facile. Il en est allé de même avec M. E. Guyot, dit « Pique-Lune« , le professeur d’astronomie. Je suppose que ce sont les gens doués qui parlent ainsi. Il a encore passé le calcul différentiel, 1/8 de licence, avec le professeur Fiala, plus statistiques (1/8) et probabilités (1/8) toujours avec Sophie Piccard. Freddy a été l’assistant du professeur Félix Fiala, lequel, pendant son rectorat a acheté (sous forme de fondation) le foyer des étudiants. Au moment où j’ai rédigé l’article, Freddy n’a pas pensé à me dire qu’à l’époque, il était le président de la Fédération des étudiants neuchâtelois (FEN) ! C’est intéressant de savoir qu’il a été l’un des acteurs de l’histoire universitaire. On est en 1955.
Au moment où j’ai su que Freddy Landry était prof de maths, je me suis exclamée :
Mince alors ! Moi qui ai cherché pendant longtemps un prof qui ouvre les portes de la mathématique à mon élève adolescente et m’explique deux ou trois choses alors que vous étiez en face !
Oh ! mais je n’ai jamais été à l’aise devant une seule personne ; j’ai toujours préféré les grandes classes.
Oh, mais là on est deux ! lui ai-je dit. F.L. a attendu que l’image arrive à son cerveau et a éclaté de rire.
En écrivant l’article et en revivant le moment, je ne sais pas si j’ai voulu dire qu’on serait deux au cours ou qu’on était présentement deux ou encore les deux à la fois. C’est probablement cette dernière version que notre conscience a comprise.
A propos de sport, Freddy Landry a fait du football et a joué dans l’équipe du FC Cantonal. Lors des championnats nationaux de 1950, il a joué, même s’il faisait partie de l’équipe de réserve. Il s’est trouvé en milieu de terrain, a senti un joueur de son équipe derrière lui, pour une raison qui lui échappe, il a craint d’être attaqué par le côté et a fait une passe arrière au joueur dont il est question, mais la balle a fait un tour d’arc et est arrivée derrière le dos du gardien… de sa propre équipe. Freddy a arrêté le foot !
J’ai montré à Freddy la photo du bâtiment qui a abrité la première fabrique d’horlogerie du père de Jack Froidevaux (Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A – Neuchâtel) et cela l’a fait penser à l’ancien impôt français sur les fenêtres : plus on avait de fenêtres, plus c’était le signe qu’on était riche et plus l’impôt était important… Alors, les fabriques, astucieuses, ont misé sur des fenêtres très rapprochées. Ainsi elles étaient considérées comme une seule fenêtre et payaient moins d’impôt ! L’histoire de ces fenêtres est très intéressante, car non seulement les ouvriers avaient plus de lumière, mais elle était naturelle – thérapeutique, ajoute Freddy avec raison. L’impôt sur les fenêtres a disparu, mais les fabriques ont continué à avoir plein de fenêtres et c’est tout au bénéfice des personnes qui y travaillent !
Bien sûr, nous avons parlé de cinéma. Je ne peux pas combattre sur son terrain, mais là aussi on a trouvé un autre terrain d’entente. J’avais une série de DVD de films classiques russes, une quinzaine, et il y en avait qu’il ne connaissait pas. Quand il les a eus en mains, il a dit « Mais, j’ai encore des choses à faire! ». Cela a été un moment fort. On en a regardé quelques-uns avant qu’il ne parte définitivement à Genève, chez sa fille qui habite au « Passage de la Fin ». Nous avons passé de bons et longs moments ensemble. Mes visites duraient de 2 à 7 heures, car au moment de partir un nouveau sujet de conversation surgissait. Je garde le souvenir d’un homme d’une grande douceur, d’une acuité intellectuelle remarquable et d’une grande écoute. J’ai aussi aimé l’élégance de son discours, chose qui se fait rare de nos jours. J’aime la langue et avec lui c’était un plaisir que de l’entendre. J’ai été conquise.
Je reviens sur les yeux de Sophie Piccard. Freddy m’a dit qu’il ne se souvenait pas d’avoir vu ses yeux verts… Je lui ai expliqué qu’elle portait des lunettes et qu’on ne voit pas toujours la couleur des yeux d’un professeur qui se tient souvent à distance. Ce qui a aussi été le cas pour moi avec lui. Comme dit au début, je l’ai croisé pendant des années et ce n’est que lors de mes visites chez lui que j’ai vu la magnifique couleur bleue de ses yeux, si grands et si purs. J’ai senti que je pouvais y entrer en toute confiance et c’est ce que j’ai fait. Je lui suis profondément reconnaissante pour tous ces moments passés ensemble. J’aurais voulu qu’ils ne finissent pas.
Je ne citerai que l’un des DVD vus ensemble : « Les Gradés et les Hommes ». Il s’agit de trois nouvelles de Tchékhov tournées par Iakov Protozanov, l’un des réalisateurs russes les plus célèbres entre 1915 et 1920. C’était fascinant de suivre les remarques de F.L. car ce sont des films muets, accompagnés de musique – comme il se doit – et où il est finalement question de pouvoir, de qui détient le pouvoir et de ce qu’il en fait. Thème toujours d’actualité. Nous avons senti les films de la même façon. Fascinant !
Voici une autre preuve de son acuité intellectuelle. L’un de mes thèmes favoris est celui du cheminement de la pensée. Je lui parle de l’intuition, et, faisant un raccourci, je lui dis que c’est la réponse à une question qu’on ne s’est pas posée. Et F.L. dit : « Qu’on ne s’est pas encore posée ! » Je reste suspendue en l’air… car c’est vraiment cela. Il ne sait pas combien de choses il sait au sujet des ouvertures temporelles dont le physicien Jean-Pierre Garnier-Maletparle… On est vraiment du même monde !
En parlant du nombre ∏ (pi) et de ses décimales, je lui dis que Pythagore n’avait pas eu connaissance des décimales, mais que l’écrivain Marcos Chicot, dans son livre El Asesinato de Pitágoras (L’Assassinat de Pythagore) fait une démonstration de la façon dont Pythagore aurait pu trouver le fameux nombre. Freddy parle des polygones dans un cercle (méthode mentionnée dans le livre) et j’ai du plaisir à l’entendre me dire cela. À propos des décimales de ∏, Freddy dit que pour se rappeler des dix premières décimales, il y avait la phrase reprise de l’un de ses professeurs qui était : « Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages. » = 3 1 4 1 5 2 9 6 5 3 5. Le nombre de lettres correspond au nombre avec dix décimales ! C’est très joli. De plus, elles correspondent à celles que je garde en mémoire. Je trouve tout cela fascinant, même si je me répète ! Je suis tout simplement fascinée.
Lors de l’une de nos dernières conversations, je lui dis que j’avais rencontré un scientifique qui m’avait fait une démonstration assez étonnante du théorème de Pythagore avec un cercle inscrit dans un carré duquel on prolonge les coins… et Freddy ajoute « jusqu’à trouver un point ! » Il dit qu’on peut procéder ainsi jusqu’à l’infini. Au moment de la conversation, je n’avais pas le dessin sous les yeux et on s’est dit que j’allais le lui envoyer par la poste. Mais, Freddy est parti au ciel le lendemain… Il a rejoint l’infini et moi, j’ai un vide sans bornes…
J‘ai parfois l’impression que les personnes qui ne sont plus de ce monde continuent à me parler. C’est ainsi que désirant rendre service à mon élève adolescente dans le domaine de la mathématique, je suis tombée sur un article qui parle de Freddy qui m’apprend ce que j’écris plus haut, à savoir qu’il était le président de la Fédération des étudiants neuchâtelois au moment où l’université achète le bâtiment qui servira de foyer pour les étudiants en 1955. C’est comme si je pouvais communiquer avec ce fameux infini…
J’écrivais que j’étais fascinée par l’aventure avec Freddy, je le suis encore plus aujourd’hui, ce 2 juillet 2020. Je viens de recevoir le livre Mon cabinet de curiosités mathématiques de Ian Stewart. J’ai ouvert le livre au hasard – on le sait, le hasard n’existe pas – et suis tombée sur Pythagore, son fameux théorème et sur un chapitre intitulé Mémoire des nombres. Je vais demander à l’auteur si je peux le citer, car il parle de la suite de la phrase que Freddy connaissait au sujet du nombre ∏ ! Je n’ai pas réussi, pas encore…
2022. Les liens de la vie sont bien étonnants. Je viens de retrouver l’un de mes anciens professeurs de dessin, Anne-Charlotte Sahli ; je lui parle de Sophie Piccard qu’elle a bien connue et de Freddy. Elle me met en relation avec un ancien professeur de mathématique, Michel Clémençon. La chose la plus surprenante que j’apprends est que le père de Sophie Piccard, Eugène Ferdinand Piccard (1868-1927), est celui qui a électrifié Moscou ! (voir deux paragraphes dessous). C’est si magnifique… Moscou prend un nouvel éclairage dans mon monde.
Freddy. Je pensais à lui en me dirigeant vers mon studio de danse et vois un peintre en bâtiment travailler dans la maison à côté de mon studio. J’aime les travailleurs manuels et lui demande ce qu’il fait. On discute et j’apprends qu’il est le beau-fils de… Freddy ! Une fois son travail fini, le peintre, Marc, vient dans mon studio et je lui montre les chaises héritées de Freddy. Il les reconnaît. Je lui montre deux endroits que je viens de réparer dans ce qui autrefois avait été un cellier et il me fait un cours sur les différents ciments, mastics et autres matériaux pour réparer les murs souffrant d’humidité. J’en ai appris un bout et même pu réparer d’autres endroits de mon studio. J’ai eu l’impression que Freddy était là !
2024. Encore le hasard, cette fois-ci, c’est Jean-Jacques Clémençon, celui qui a été le directeur de notre ancien gymnase devenu Lycée Denis-de-Rougemont. Je le rencontre au home des Myosotis, où il était de passage, parce que je suis allée rendre visite à la femme du droguiste Schneitter. On se reverra quelques fois avant son départ au ciel. C’est une manie, tous ces gens qui s’en vont là-haut ! Il m’apprend que son frère et lui avaient eu une très bonne relation avec Sophie Piccard et rectifie l’histoire de l’électricité, il s’agissait non pas de la ville, mais du métro, et non pas de son père, mais de son oncle. Tout de même, c’est magnifique ! Quant à moi, je lui ai appris que Sophie Piccard avait fini sa vie aux Myosotis. Monsieur Clémençon a réussi à jouir pendant quelques mois d’un appartement protégé avant de s’en aller. J’ai aimé l’entendre me raconter des épisodes de sa vie avec plein d’humour.
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A avut cândva Luly un contract în Italia (din cele multe pe care le-a avut acolo) și când a vrut să se întoarcă în țară, la graniță, vameșul italian îi cere actul de seggiorno :
Luly : n-am.
V : trebuie să aveți. N-ați putut intra fără nimic.
Luly : —
În ce domeniu lucrați ?
Balet.
Dovediți-mi !… Altfel nu veți mai putea intra în Italia timp de cinci ani !
Luly spune că i s-a făcut rău, a ieșit din mașină și că niciodată n-a mulțumit atât piruetelor și rond-de-jambe-urilor ca atunci. Povestește că toți turiștii și cei care erau la graniță se uitau încântați la acel specacol gratuit.
Și ? – o întreb.
Am trecut !
Odată, am invitat-o pe Luly la mine la Neuchâtel, în Elveția. A venit cu mașina ei – apropo, Luly a fost prima femeie-șofer din București ! Și-a luat permisul de conducere, cu numărul 111, în 1956! Nu mai știu unde, dar Luly spune că mașinile sunt, de asemenea, o pasiune pentru ea. Fapt ce corespunde cu caracterului ei.
La întoarcere în țară, am călătorit împreună. Eu eram căpitanul de bord, nu că aș fi vrut sau că aș fi avut vreun dar pentru așa ceva. Știam ce e aceea o hartă… dar atât. Luly mi-a pus-o în mână și a zis : tu indici drumul ! La acea vreme n-aveam puterea de a o contrazice. Și azi ? De multe ori nici azi ! În sfârșit, am plecat și trebuia să ajungem la granița cu Austria (Luly avea viză atunci pentru această țară). Și vă inchipuiți că, dacă scriu, este pentru că n-am ajuns acolo, ci în Italia ! Cine o știe pe Luly și-o poate imagina perfect: « Dar, cum de n-ai citit bine ? » Vameșul a venit la noi. Am explicat că am greșit, Luly a explicat că ea era balerină și eu am zis că eram judoka… Ce puteam să spun? Așa am reușit să trecem de la un punct de graniță la altul fără amenzi sau alte cheltuieli.
Attention ! Je vous conseille de lire Freddy Landry. Rencontre particulière 11. Celui-ciest la première version que par mégarde j’ai enregistré mais c’est l’autre que je modifie en fonction d’informations que je reçois. Merci de votre compréhension. En plus, c’est celle que j’ai lue avec Freddy, alors…
Je laisse la photo de Freddy parce que je n’ai pas le coeur de l’enlever. Mais, vous la retrouverez dans l’autre article.
Magnifique photo de Freddy Landry. On le dirait dans un tableau
Nu pot să nu vorbesc despre Ileana Iliescu, marea balerină care a iluminat toată adolescența și formarea mea în dans clasic la București, România.
Personaj sclipitor, vioi, Ilenana Iliescu avea o ținută regală pe scenă pe care și-a păstrat-o și în viața ei de toate zilele.
Am văzut mulți dansatori și balerine, fiecare cu calitățile lui, dar cea care m-a marcat cel mai mult, cea care întruchipa « dansul », « personajul » pe scenă este Luly. Până și acum, când ascult muzica baletelor pe care le-am văzut cu ea, o văd; chiar în pas de deux-ul « Anton și Cleopatra » din « Faust », un pasaj scurt dar foarte expresif, o văd pe ea când aud muzica.
Viața a decis să-i aducâ un omagiu în sensul că Opera din Iași, prin Beatrice Rancea, directoarea generalà, a invitat-o să colaboreze cu ei. Acolo a montat un « Lacul Lebedelor » absolut formidabil. Se știe că coregraful Oleg Danovski a montat cea mai frumoasă coregrafie a acestui balet, mai ales la actul IV. Dacă Ileana Iliescu a pâstrat idea lui de lebede albe în acel act, fiecare mișcare din tot baletul este un dans. Se simpte influența Maestrului Romanovski, pentru care fiecare mișcare era un dans; absolut nimic nu este gratuit, forțat, muzica și dansul sunt unul și același lucru !
Mi-a fost totdeauna greu să mă uit la dansurile așa numite de caracter, care mi se par adăugate la balete tradiționale, deși la vremea lor era normal și în libret sunt logice. La Ileana Iliescu, aceste dansuri curg de la sine; fiecare pas, fiecare mișcare est un dans, armonios, frumos.
Am avut onoarea de a-l cunoaște și de a lucra cu Maestrul Romanovski care atunci era pensionar și aproape de plecarea de pe lumea asta. Și el și-a păstrat o ținută foarte elegantă pînă la sfârșit. Anna Pavlova, care a dansat cu el la Londra, i-a spus că nu văzuse nicodată un bărbat cu mâini atât de frumoase! Și într-adevăr, avea și el o manieră de a le mișca pe pare i-a tranmis-o Ilienei Iliescu.
Transmiterea cunoștiințelor este o știință complexă. Întâi trebuie să știm să transmitem, apoi, cel care primește cunoștințele trebuie să aibă talent sau, echivalentul acestuia, o știință inconștientâ și cel care o scoate la suprafață este maestrul. Niciodată nu s-a putut face un artist din cineva fără călitâți.
Ileana Iliescu în « Florea de Piatră ». O poză extraordinar de frumoasă (comentariu într-un alt articol mai târziu).
De ani de zile o cunosc pe Ileana Iliescu, Luly, pentru cei apropiați, care sunt o mulțime !
Luly are o poză făcută la ea acasă, de la care nu are negativul. Pe vremea când a făcut-o, nu se dădea prea multă importanță acestor treburi, deci n-a păstrat negativul.
La un moment dat, am avut o cunoștință care lucra la Kodak în București, Călin, un băiat foarte talentat la retuș de poze. El este primul care a aranjat mai bine poza ei, cu un fundal negru prelungit și, din eroare, a făcut și o a doua, pe un fond alb. Uneori erorile pot fi o reușită ! N-am păstrat copia celei albe, i-am dat tot lui Luly.
Când am vrut să pun pozele lui Luly pe saitul meu, m-am revezuit tema, că să zic așa : pozele de mai jos au fos retușate de Mathilde, o altă persoană foarte talentată care lucrează la Cighelio, la Neuchâtel. Mi se par superbe !
În aceste ultime versiuni, Luly pare că zboară și arabescul ei este perfect : linia picioarelui de bază, a spatelei și a gâtului sunt paralele !