Knut est le photographe de l’école, c’est officiel. Il fait, par ailleurs, d’autres photos qui me comblent. Ce sont de vrais tableaux ! En voici un échantillon :
On se dirait dans un conte de fées.
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Cette histoire est aussi une suite de celles de l’Entreprise horlogère Froidevaux S.A et de « Une montre parmi les affaires d’André ». ce qui fait que Jack est de la partie. C’est lui qui m’informe que Jacques de Montmollin se trouve au foyer de l' »Armée du Salut ». C’est fabuleux car c’est à Neuchâtel même et je vivais avec un sentiment de déception de n’avoir pas pu parler avec Jacques avant que lui ou moi ne quitte ce monde ! J’avais entendu dire qu’il ne voulait voir personne, mais je me suis dit que j’allais tenter le coup. J’y suis allée et cela s’est bien, très bien passé. Quelle chance !
Ma vie a été longtemps une suite d’événements enchaînés les uns aux autres. Jamais de façon consciente, tout simplement les choses se suivaient les unes les autres ou ouvraient des portes par-ci et par-là. Puis est venue une drôle de période où j’ai vu mon champ se retrécir. Depuis un bon moment, les choses reprennent vie, un cours, comme avant.
L' »Armée du Salut ». J’avais une jolie relation avec l’une des directrices précédentes, Heidi Vogel, et cela facilite en quelque sorte ma présentation mais un infirmier me dit que monsieur de Montmollin ne désire voir personne et qu’ils respectent sa volonté. Bon, me dis-je. Puis, je vois une employée de maison et lui demande si elle sait quelle est la chambre de monsieur de Montmollin. Elle me dit qu’elle va me conduire jusqu’à chez lui. Elle entre dans sa chambre et lui dit qu’il a une visite. Il est d’accord même s’il ne sait pas que c’est moi. Il me voit, je lui dis « salut » et il me répond « salut ». Je sais qu’il sait que je sais qu’il m’a reconnue. Nous sommes en pays connu.
Je lui raconte que c’est Jack Froidevaux qui m’a renseignée sur l’endroit où il vivait. Jacques me dit que Jack sait beaucoup de choses et qu’il est très discret. Je ne peux que confirmer et profite pour lui dire qu’il le salue bien. Jacques est content. Je ne sais plus ce que je lui dis, mais au moment de partir, j’ai le courage de lui dire que j’aimerais bien le revoir s’il est d’accord, il dit oui avec la bouche et avec la tête – ces deux moments sont restés gravés en moi comme une photo – il a un petit sourire. J’ai envie de lui faire la bise, mais nous n’avons jamais été proches. Il a toujours eu un air un peu distant, j’ai peur de le brusquer puisqu’on dit qu’il ne veut voir personne et m’en vais. Je suppose que le fait d’avoir été acceptée dans son environnement a fait que j’ai oublié de lui poser la question pour laquelle j’étais venue, le prénom de Mado, la femme d’Ernest Grize.
J’ai rendez-vous deux jours plus tard avec la responsable des animations. J’aimerais proposer une activité aux pensionnaires. Je ne pense pas que Jacques veuille venir ; à mon avis sa tête va bien mais physiquement il est plutôt sur un départ désiré. Je dois dire que le fait que Jacques se trouve dans le home de l' »Armée du Salut » me permet de rendre réel le désir que j’avais d’offrir un cours à des personnes du quatrième âge, à celles qui ont construit le Neuchâtel dont j’ai hérité et qui se trouvent sur leur dernier trajet, pas toujours heureux.
Le mercredi, l’animatrice prend note de mes propositions. Elles seront examinées le lundi suivant. En attendant, je suis introduite dans la chambre de Jacques. Il me salue aimablement. Je lui raconte que j’ai trouvé la montre d’Ernest parmi les affaires d’André et lui demande de me donner le prénom de Mado. Madeleine, dit-il. J’ai ma réponse et je suis contente.
Je lui demande où il en est de son livre (j’avais entendu dire qu’il écrivait un livre sur tout ce qu’il avait fait dans la culture). Je ne sais plus comment les choses se sont liées, mais il dit que sa vie n’a plus d’importance et que son livre non plus. Je lui dis que je ne serais pas là sans tout ce qui avait été fait auparavant. « Tu as raison », a-t-il répondu.
Où est le livre ? lui ai-je demandé.
Il n’y a pas de livre, dit-il.
Tu n’as pas de manuscrit ? Tu n’as rien écrit ?
Non, tout est dans la tête.
Je t’aurais aidé à écrire. J’écris plutôt bien, sans fautes et fais de la révision de textes. Mais, tu pourrais me dicter des histoires et on pourrait publier des pages de la vie culturelle neuchâteloise sur ma plateforme puis je te lirai et tu corrigeras.
Jacques est d’accord et je dis que je vais repasser. Comme notre relation a trouvé un terrain d’entente, qu’on s’est rapprochés, je lui fais une longue bise en le prenant dans mes bras. Il répond et quand je m’éloigne, je vois qu’il bouge la tête en quête de la seconde et troisième bise. Instantanément il se passe plusieurs choses : il se rend compte que je n’y avais pas pensé, je me rends compte qu’il attendait autre chose, cela se passe en silence et chacun comprend l’autre. On se quitte avec le sourire et je lui demande s’il veut bien faire une sortie avec moi. Il dit que oui, mais que je dois lui passer un coup de fil avant. Je trouve la chose rigolote, mais lui donne mon accord.
L’animatrice me dit que depuis qu’il est au home, il n’a fait que deux sorties, il les a faites avec elle et ils sont allés restaurant « Le Cardinal ». Il y a bu un verre de vin et mangé une tarte au citron qu’il aime beaucoup. Je lui dis que je pourrais faire la même chose. On convient que deux jours plus tard, vendredi 14 juin, je viendrais le chercher.
Comme promis, je téléphone à Jacques et lui dis que dans l’après-midi, j’irai le chercher. On sort accompagnés d’une amie qui passe quelques jours chez moi. L’animatrice avait oublié de laisser une enveloppe avec des sous pour sa consommation et je n’avais pas d’argent sur moi. Je suis un peu inquiète, car sachant que Jacques ne veut voir personne, il n’a peut-être pas envie de traverser la moitié de la ville en chaise roulante pour aller à la banque. Je lui chuchote à l’oreille si cela le dérange qu’on aille à la banque. Il me répond que je peux faire comme bon me semble. Quelle chance ! De plus, il fait beau, très beau. Il le dit aussi.
La première chose que Jacques nous dit lorsqu’on est sur le trottoir, à mon amie et à moi, c’est : « Si vous saviez comme j’aime cette ville ! J’ai beaucoup, beaucoup fait pour Neuchâtel. » Je trouve tout cela intéressant et me dis que j’aurai bien des choses à écrire. Je suis en joie !
Nous allons à ma banque, ma chère banque chère (autre article que j’ai écrit). On traverse la ville qui est assez animée. Jacques avait dit qu’il savait que c’était une journée spéciale. Il n’en a pas dit plus et moi non plus. Chacun savait que l’autre savait. Il y a des choses dont on est au courant quand on est dans le mouvement de la vie. Alors, la grève des femmes, on ne l’ignore pas !
Quand on arrive à la banque, on va à l’automate. Jacques dit que cela fait des mois qu’il ne va plus à la banque et qu’il ne sait pas comment fonctionnent ces appareils. Je lui dis que la prochaine fois qu’on viendra, je lui montrerai comment tirer des sous sur mon compte. Je lui demande par où il veut passer et si cela lui dit d’aller voir la manifestation des femmes vers l’Hôtel de ville. Il est d’accord. Il y a foule et avec la chaise roulante, je me demande si cela ira, puis je décide d’y aller et de me faire entendre lorsqu’il y a attroupement. Je dis plusieurs fois « Le Roi passe! », les gens s’écartent aimablement et une fille dit « Vive le Roi ! ». Jacques a entendu. C’est magnifique.
Nous arrivons au Cardinal. Je demande à Jacques s’il a une table particulière et il dit que cela lui est égal. On s’assied près de la sortie sud. La serveuse reconnaît Jacques, le salue et lui dit qu’il leur a manqué. Je ne me rappelle plus sa réponse, mais elle est du même genre. Il commande un verre de vin dont il a lu une réclame près de la fenêtre. Je lui demande s’il veut une tranche de tarte au citron et il dit « oui ». Je me dis tout de suite que j’aurais dû m’assurer avant qu’il y en avait afin de ne pas risquer une déception. Heureusement qu’il y en a. Jacques a tout mangé, jusqu’à la dernière miette.
Pendant ce temps, il me raconte des petites choses sur la vie culturelle, j’enregistre sa voix. Je lui dis que j’écris… Il m’interromp pour dire que je le lui en ai parlé. Je dis alors que l’on pourrait publier ses histoires sur ma plateforme et que je pourrai la lui montrer au home. Il est d’accord. Je suis contente, très contente.
Jacques dit qu’il aimerait rentrer. Il choisit de passer par la rue du Seyon. Pour monter au cinquième étage du home c’est toute une histoire, car s’il y a deux ascenseurs, seul un a la capacité de recevoir une chaise. Je passe un bon moment à essayer de faire que ce ne soit pas l’autre ascenseur qui s’ouvre jusqu’à ce que je trouve une combine et le dise à Jacques qui trouve cela drôle. Pendant ce temps, Jacques m’a raconté que l’autre jour il avait eu une douleur tellement forte au flanc droit, tellement forte qu’il avait fini par en rire ! Je trouve cela remarquable et regarde Jacques encore plus chaleureusement. On est du même monde.
Arrivés au cinquième étage, on va à une table pour qu’il puisse voir ma plateforme, son genre, ses rubriques et surtout l’endroit où ses « pages d’histoire » vont figurer. Il trouve tout cela très bien. Nous nous faisons la bise, trois longues bises, comme la première que je lui avais faite, mais trois parce que c’est le rituel et parce qu’on en a envie. Il dit qu’il me remercie pour ce moment et part dans sa chambre. L’animatrice m’avait dit que ses deux sorties avaient duré chacune 1 h 15 et qu’il était rentré fatigué. La nôtre a duré deux heures, mais cela avait été un jour très spécial.
Les deux jours suivants, je promène l’amie qui est en visite chez moi, je l’amène au port pour qu’elle fasse un tour en bateau. Cela fait des années, réellement, que je ne vais plus sur le quai ni me promener en bateau, ce que je faisais avec André, feu mon ami… Je me dis que je pourrais amener Jacques et que nous pourrions faire une promenade en bateau. Soudain, j’ai plein d’idées pour des promenades, ce n’est pas si compliqué.
J’ai téléphoné à Jack et lui ai tout raconté. Il trouve qu’il y a une ouverture et que c’est de bon augure.
Le lundi, je sais que le personnel du foyer de « L’Armée du Salut » discute de mes propositions et m’attends à une réponse dans l’après-midi. J’ai envie d’aller voir Jacques, mais je ne veux pas non plus m’imposer ni forcer les choses. Mardi, toujours rien. Alors, je téléphone et on me dit que Jacques a quitté ce monde, paisiblement à 02 h. Je ne comprends plus rien. On avait des projets….
Je me dis que je dois le revoir une dernière fois. Je ne vais pas tout raconter, mais il y a eu des miracles du genre « Joséphine, ange gardien » qui ont fait que je l’ai revu et que je lui ai fait trois autres bises qu’il emporte dans l’autre monde.
Mais, même si Jacques ne pourra plus me raconter ses histoires directement, je pourrai en transcrire une partie, car Mado, Madeleine de son prénom de baptême, m’a dit qu’elle a deux ou trois choses qui pourraient me rendre service en ce sens. Magnifique ! De plus, même si Mado habite dans un endroit peu accessible, comme elle le dit, Roger Peeters, le cameraman qui a fait son apparition dans ma nouvelle vie, m’a proposé de m’y amener. Je ne peux que répéter que c’est magnifique !
J’ai cherché, en vain jusqu’ici, une photo où Jacques soit coiffé…
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Life has sometimes funny ways to put things together. This story begins when I was working at the International Labour Organisation, Geneva, in the 1980s and continues in Neuchâtel in 2018.
I was in charge of analysing the survey done by the international dockers union based in London. It was the time when different ports were facing the introduction of containers which obliged the ports to construct special platforms for the containers that were moved by cranes and not any more by dockers. The unions hoped to be able to do something and wanted to have a worldwide view before acting. The questionnaires I had to analyse were in different languages and I remember that I went to ask a few questions to my neighbour, Mrs Bourquin, whose husband was the son of one of my former mathematics teachers, she was Hungarian. By the way, Mr Bourquin, the teacher, had been my teacher, my friend’s (André) teacher and the teacher of Gilbert Facchinetti ! Life is so funny sometimes…
The results were to be presented by the department for which I was working at that time, « Maritime », in London. So I went to London. At the seating I only saw men and I could see from far who was a docker and who was working with a crane. There was such a difference between those from Liverpool and those from Vienna! Those from Liverpool looked like the movies dockers, solid and with a whisky bottle in the pocket (I precise that I never saw anybody drinking) besides the slim ones working on cranes and in some way « alone ». Between those from Liverpool I could feel a real union. I cannot explain why I was marked by those examples as there were much more at the seating.
You already know the result. Liverpool had resisted and refused to see containers landing in their port… and the port had been bypassed, the situation was really difficult. Hereby you have a picture of some dockers in the 1950s. You can see their strength, their personality, they are just « one ».
Liverpool had been the major port of the British Empire and the first enclosed commercial dock of the world and a pioneer in the development of port technology, transportation systems, port management and building construction. So, you can imagine the situation with the new technology…
I was sad feeling that I could do nothing in this situation. I have been carrying this in my heart, in my « self » until 2018.
Years later after the survey, working at my ballet studio I see an English family take place into the apartment next to my studio in Neuchâtel. We had a nice relationship for a longtime. I had put some plants into their court yard that leads to my studio, they had appreciated and that was all. At Christmas 2016 I saw Do’s parents (Do and Martin are the names of my neighbours) and that was nice. In 2018 I see them again, it was the Summer, we have a talk and I discover that Albert, Do’s father, had been one of those Liverpool dockers that was working at the port by the time I had analysed the survey… In the end he had been obliged to change his profession! I couldn’t believe that I had in face of me one of these wonderful dockers. Immediately a love story started. His wife is not jealous, his daughter neither! It is as if I had History in face of me. And hereby you have Albert, my favorite docker, posing before the recent Liverpool football victory and wearing a T-shirt with « Never give up » written! That is fabulous ! Somehow I feel much better and have not any more this sadness I had for years. I cannot explain how it happened but it is so.
2022 ! Time has passed by and I would like to thank my favorite dock for he cured me of that sadness that had inhabited me for years. Now I can explain the why. It is linked to the way Albert E. appeared to me. Of course, we all have a whole range of sounds in our voice according to the situations we face, but the times I saw Albert Golding, I only saw tenderness and kindness. He is a tall and very imposing man and that is what is magic, he is (still for me) a docker from whom tenderness and kindness emanate. That is the way I see him. He was strong enough during his life to remain on his feet and keep calm. He incarnates the sentence « Never give up » alive ! That helps me a lot in life.
When we go through the history of kings, important men, there is always a woman, a wife behind. A warm thought goes for Albert’s wife.
Nous commençons une nouvelle ère tant avec les photos qu’avec les danses. L’entrée en scène en début d’année de Knut, notre photographe, nous a permis de voir d’autres effets, celle de Roger, notre cameraman dont l’entrée est toute récente, également. On le voit dans les photos ; les miennes sont plutôt des photos où l’esthétique de la danse, la position correcte, la mise en évidence du geste priment, dans cette nouvelle ère, nous ajoutons les effets. Nous les remercions.
LES ROSES DE PICARDIE
Dans notre école nous avons un repertoire et « Les roses de Picardie », musique jouée par « Rémy Gilles et sa Jazz Band », en fait désormais partie !
Montage Zully. Cette photo aurait dû être celle de l’affiche, mais le journal l’a trouvée trop « noire »… Effectivement, la danse se déroule dans une lumière noire !
Les photos suivantes sont celles prises par Knut
Adagio
Photos prises par Tilana, mon élève, et moi.
Adagio est une danse romantique sur une musique de Peter Kubik.
Montage avec Tilana.
Montage Zully
Exercices
Les exercices sont toujours salutaires, ils sont la base de tout !
AUTRES PHOTOS DE KNUT
JEU DE CHAUSSETTES
On joue avec des chaussettes sur une musique de Antonio Infantino.
PHOTOS DE KNUT
LE PIANO FANTASQUE
Il s’agit d’un piano fantasque où il faut quatre mains pour pouvoir le suivre dans ses fantaisies ! C’est sur une musique de Peter Kubik, absolument entraînante !
STÄNDCHEN
(SÉRÉNADE, DE SCHUBERT)
Ensemble de photos tirées du film fait par Roger et composition à partir de celles de Knut… Oui, on commence à tout mélanger…
Danse très romantique, presque une méditation.
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Nous reprenons et revisitons la danse « Les roses de Picardie », dont la musique est jouée par Rémy Gilles and his Jazz Band, et Knut nous a photographiées à sa façon, façon qui justement nous permet de penser à d’autres effets lorsque nous dansons. C’est tout un ensemble dont chacun sort bénéficiaire et ce, dans la joie et la bonne humeur, car avec Knut cela va tout seul !
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C’est une suite de l’histoire delaFabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. de Neuchâtel. En effet, parmi les affaires d’André – feu mon ami et graphiste un temps à ladite fabrique – il y avait deux vielles montres, une pour dames et une pour hommes. Je les montre à Jack qui, contrairement à moi, sait lire ce qui est écrit dans les montres et me dit qu’aucune d’elles ne vient de la fabrique de son père. Je suis un peu déçue. Mais, ajoute-t-il, celle pour hommes vient de la fabrique Borel, aussi de Neuchâtel. Le bâtiment se situait là où il y a actuellement le CSEM. Cela provoque une émotion en moi. Curieux, je suis quand même de Neuchâtel, peu importe que je n’y sois pas née.
Alors, Jack retourne la montre et voit l’inscription : Grize Ernest. Tonneau ! Ernest Grize était le régisseur du Centre culturel neuchâtelois, il a construit le plancher de ce qui est devenu mon studio, la « Cave perdue », les meubles que j’ai retapés… Je ne crois plus à la réincarnation, toutefois tout cela me donne une drôle d’impression. C’est comme si Ernest me disait qu’il était là, que les choses vont bien et que j’ai bien fait de prendre soin de tout ce qui se trouve dans cette cave. Cela me fait penser aux « cafés atomiques » que je prends avec Knut, mais c’est une autre histoire. En ce moment, j’ai un sentiment de joie et de paix. Voici l’image :
Puis, voulant faire une photo du dos, je lis l’inscription : Ernerst Grize, Noël 1951. L’âge pour moi n’est pas un élément essentiel, mais Ernest devait être un adolescent quand il a reçu sa montre et, ce, le jour de Noël.
Il me semble aussi que si j’ouvre une porte temporelle, je vais voir les ouvriers dire « c’est la montre pour le jeune Grize », il faut la graver !
Comment a-t-elle a atterri parmi les affaires d’André ? Il me faudra une autre ouverture temporelle pour le savoir. En tous les cas, quelque chose il y a. C’est d’ailleurs Ernest qui m’avait introduite auprès de la direction du Centre culturel neuchâtelois pour que je puisse sous-louer la « Cave »… La direction était composée de Jacques de Montmollin et d’André Oppel, devenu mon partenaire de vie… Tout un symbole !
1951, dit Jack, je sais qu’en 1956 André travaillait chez Froidevaux. C’était hier, me dis-je…
Quant à l’autre montre, celle pour dames, elle vient de la fabrique Precimax, aussi de Neuchâtel, et dont le bâtiment se situait à Monruz, tout près de Neuchâtel.
Toutes ces événements qui se sont écoulés dans d’autres temps me semblent à portée de main. Ce n’est pas étonnant, je suis originaire d’un canton horloger !
Connaissant maintenant l’adresse de Mado, la femme d’Ernest (article : Histoire d’une bise et Jacques de Montmollin), je lui rends visite. C’est un moment émouvant. Mado n’arrive pas à s’expliquer comment Ernest avait pu avoir une montre d’une telle valeur alors qu’il était orphelin et que la personne chargée de son héritage en avait fait main basse… Mais, bon, la montre est là et Mado me donne des photos d’Ernest. Elle m’explique aussi qu’Ernest a dû insister pour que je puisse devenir sous-locataire du studio. Je lui dois une fière chandelle. En fait deux, car c’est lui aussi qui a amené André, mon compagnon, au CCN. C’est ainsi que j’ai rencontré André et que j’ai pu exercer mes activités dans un local fait avec amour. Voici Ernest :
Ernest était un bel homme. J’ai surtout apprécié son sourire, sa gentillesse.
Et voici Mado, la femme de sa vie pendant 45 ans. Elle faisait le secrétariat, tenait la compatibilité la journée au Théâtre de Poche ou CCN, le soir elle tenait la caisse lors des spectaacles et après le spectacle, elle tenait le bar en plus de préaparer des repas. Que lui restait-il des 24 heures d’une journée ?
En voyant la montre, Mado a dit qu’elle allait la faire réparer… Le temps ne s’arrête décidément pas ! Elle l’a fait réparer, ainsi qu’elle l’a dit, et transmise au fils d’une amie. Je viens d’apprendre, on est en 2024, que cette personne avait fait partie de la famille.
Mado m’a aussi remis des documents qui m’ont permis de rencontrer Freddy Landry.
Au lieu d’écrire une biographie qui n’est ponctuée que par des dates, je vais écrire certaines des histoires qui me sont arrivées. Elles arrivent par des chemins détournés et quand les événements sur ces chemins forment un tout, c’est comme si je l’avais su. C’est inexplicable. La plupart du temps, les histoires, mes histoires me réjouissent. Ces histoires sont toujours porteuses d’enseignement. Parfois, je pense à la place qu’occupe l’histoire dans les branches scolaires et me dis qu’elle devrait migrer vers les principales tellement elle est si importante. Je suis convaincue que si on apprenait, apprendre au sens de comprendre et donc d’assimiler, réellement l’histoire, on éviterait bien des erreurs.
Bref, mes histoires m’apportent bien des choses et les histoires des autres aussi. Comme la rubrique devient importante, je la divise en trois :
Horlogerie ;
Suite d’histoires ;
Réparation et rangement = mettre de l’ordre en soi, car il y a toujours correspondance ;
Il est clair que pour valser, il faut s’accorder sur un certain nombre de conventions. Il en va de même dans tout : lorsqu’on construit une maison, il faut savoir où l’on va mettre la porte, lorsqu’on écrit un livre, il faut lui donner un titre, lui trouver une police, savoir s’il y aura des chapitres. Il en va de même dans la valse.
Lors du dernier cours, donné dans le cadre de la « Fête de la danse » il a fallu s’accorder sur qui va « mener » la valse, qui avance, qui dirige, qui suit, qui recule, d’autant plus qu’il n’y avait pas toujours un partenaire féminin et un masculin. Cela a été intéressant de voir comment chacun définissait son rôle et comment il acceptait celui de l’autre. C’est l’accord essentiel, ensuite il a fallu suivre la musique et pas tout le monde entend le même rythme, pas tout le monde peut suivre la vitesse de la musique. En soi, dans ce genre d’atelier, ce n’est pas important, il faut seulement savoir que l’on n’est pas dans le rythme et qu’on valse « autrement », c’est intéressant et on peut trouver un rythme où tout le monde est « sur la même longueur d’onde » !
L’une des participantes s’est félicitée d’avoir assisté au cours-atelier car elle pensait être trop âgée, craignait de ne pas pouvoir suivre. Or, tout s’est bien passé. Elle a pris son temps, mais la vie nous le donne quand on sait voir, et elle a été ravie de constater qu’elle pouvait suivre.
À un moment donné, la vitesse de la musique a été tellement grande que seul un couple a pu suivre. Cela a aussi été intéressant, car une trop grande vitesse, soit l’abus, abus au sens large et symbolique dans notre vie – cadence de travail, rentabilité, pouvoir, etc. – ne peut conduire à l’harmonie.
Personne n’avait suivi de cours de valse et tous ont été contents de connaître un peu de l’histoire de cette danse si élégante qui prend en compte tellement d’éléments. En cours de route, les uns ont demandé comment on fait lorsqu’on voit que quelqu’un d’autre arrive tout près, si pour avancer il faut toujours le faire avec la même jambe, bien des questions qui ont permis de tout mettre en place et qui m’ont fait savoir que la présence des participants était totale.
En conclusion : l’exercice a été réussi !
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Ce qui est fabuleux avec ce genre d’atelier, c’est la diversité de réactions des participants alors qu’on examine un même texte. En effet, je présente un poème de ma composition avec la possibilité de l’interpréter de trois façon différentes :
une interprétation uniquement verbale ;
on choisit l’un des éléments du poème et on l’interprète avec le corps et l’esprit. On devient corps avec lui et on vit l’histoire racontée dans le poème ;
on assimile le poème à une histoire vécue et on l’interprète.
Soutien musical : le poème est soutenu par une musique en consonance. Cette fois-ci, j’ai eu la permission d’utiliser des morceaux joués par le grand flûtiste roumain Ion Bogdan Ștefănescu, un de mes bons amis.
Seule règle : il
faut avoir une fin qui soit satisfaisante, heureuse, apaisante. Cette
fois-ci, lors de l’atelier présenté dans le cadre de la « Fête de la
danse » – Neuchâtel, j’ai montré les deux poèmes suivants :
Apport des participants : certains se sont imaginés au bord de l’eau, l’une a joué avec une flaque, une autre a trouvé très difficile d’imaginer quelque chose, un autre s’est dit qu’il fallait imaginer quelque chose, une forêt est venue et des feuilles se sont mises à tomber, une autre a été le nuage et le soleil a été là tout le temps, pour une autre le soleil est venu diviser les nuages et apporter la lumière, pour une autre encore l’image était le printemps, pour un autre un élément perturbateur lui est venu à l’esprit mais il a pu changer le résultat, une autre encore a vu le miroir est entré dans le miroir car il y avait un paysage printanier, elle s’y est promenée et quand la cloche a sonné elle s’est demandé si elle était dans une réalité ou dans le reflet et la question est restée ouverte. Finalement que sait-on de la réalité ?
Rappel de la règle, il faut finir avec une pensée, une sensation qui nous satisfasse. C’est important car nous portons tous nos messages dans notre corps, ceux en surface et ceux enfuis, ceux qu’on désire, avec raison ou sans raison et ceux qu’on ne désire pas avec raison ou sans raison ! Comme vous le voyez, c’est tout simple !
Non, c’est vrai, ce n’est pas simple, mais la pensée est un élément essentiel dans notre vie et on devrait ne nourrir que les pensées qui nous rendent heureux et qui rendent les autres heureux. Il n’est pas simple de dire non plus si ce qui nous rend heureux est bon pour nous ou non, mais la pensée devrait nous aider à construire notre vie et celle des autres. On le sait, la pensée surgit en nous, c’est ensuite que commence le vrai travail.
La raison de cette diversité d’interprétations tient au fait que nous avons tous des vécus différents ; cela implique que personne n’a tort et que chacun a raison. C’est quand même assez particulier. Ensuite, il faut quand même que l’expérience soit vécue comme nourrissante, et on en revient au rôle de la pensée.
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