Jean-Pierre Garnier Malet, rencontre particulière.14

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Précision : J.-P. Garnier Malet n’a pas pris part à cet article et si quelque chose est « de travers » je suis la seule responsable ! J’espère quand même que ce n’est pas le cas. Je reçois vos avis volontiers via mon courriel (voir contact).

Si vous êtes attiré par ce que dit Jean-Pierre Garnier Malet, il y a au bas de cet article, dernier paragraphe, la présentation de son cours (chaque mot écrit est important !).

En lisant l’Histoire, je me dis souvent que j’aurais bien voulu être de la partie, rencontrer certains personnages, les apprécier de leur vivant. Cette fois, je suis servie ; mis à part les changements technologiques sont je suis le témoin et l’usagère, il y a un personnage : Jean-Pierre Garnier Malet, un physicien qui s’intéresse à la pensée et qui m’explique comment l’utiliser pour qu’elle ne fasse de tort à personne et pour que ma vie aille mieux. Tout ce que nous pensons a un effet, une conséquence. Tout, absolument tout. On n’y pense pas toujours, ou plutôt, on n’en a pas conscience parce qu’on nous a éduqués à ne voir que les choses extérieures, matérielles, la façade en quelque sorte et que si on ne voit pas une chose, elle n’existe pour ainsi dire pas.

Énergie de la pensée. On ignore que la pensée est une énergie. Je ne vais pas jouer au savant, mais celui qui l’a démontré c’est le fameux Albert Einstein avec son équation que tout le monde connaît : E = mc2.

Une image pour la compréhention de la façon dont la pensée fonctionne : la pensée et un compte en banque. Je suis aussi économiste de formation et si je n’ai pas l’âme commerçante, il y a une image qui explique bien des choses : celle du compte en banque ; quand on y met des sous, le compte augmente. Si on n’y met rien, il est vide. La pensée agit de même. On pense une chose et on augmente le compte en banque de la chose, son énergie, sa présence, son champ d’effet.

Penser que le fait de penser n’a pas d’importance est une erreur que nous ignorons souvent. Il n’y a qu’à voir la joie qui envahit notre corps lorsqu’on a rendu un service à quelqu’un qui nous demandait une faveur et que cela marche, il n’y a qu’à voir comment se sent le corps lorsqu’on reçoit une mauvaise nouvelle. Et si cela a un effet direct sur nous, c’est aussi le cas pour ceux qui sont dans notre entourage et au-delà. Ceux qui le ressentent le plus vite sont les enfants et les animaux de compagnie. Mais, notre corps le premier ; seulement, on ne prend pas le temps de l’écouter.

Alors, comment utiliser la pensée ? Contrairement à ce que l’on dit, il ne suffit pas d’avoir des pensées dites positives. Ce qui est positif pour l’un peut être négatif pour l’autre. Jean-Pierre Garnier Malet le résume ainsi : « Pense à faire à autrui ce que tu aimerais qu’autrui pense à te faire ». Si on a saisi le sens de cette pensée, on sait qu’il ne suffit pas de dire « ne fais pas à autrui ce que tu aimerais qu’autrui te fasse ». Encore faut-il ne pas vouloir quelque chose pour cet autrui, car on ne connaît pas réellement ce qu’il lui convient. Il faut donc ajouter, quand on veut du bien à quelqu’un : si c’est ce qu’il lui faut, si cela ne lui fait pas de tort, si cela ne fait de tort à personne. Je viens de publier un article qui donne une image de la façon dont on peut appliquer cette affirmation. C’est une toute petite chose, mais l’idée est bien là.

Je me dis aussi que les pensées sont comme des articles dans un magasin. Nous pensons tout le temps et sommes pareils à des créateurs d’articles qu’on pose sur les rayons d’un magasin, en l’occurrence, du magasin de la vie. Je parle du magasin de la vie, car ce n’est pas seulement mon magasin, c’est celui de tout le monde. Les pensées que nous avons sont là, même si on ne les voit pas, et constituent donc des articles qui sont à la disposition de tout le monde. Par conséquent, lorsqu’un consommateur entre dans ce magasin pour s’approvisionner, il vaut mieux que j’aie imaginé, créé, produit des choses nourrissantes, belles et utiles plutôt que des poisons. J’aime rendre service, et si je produis des pensées qui rendent service, qui aident les autres, je suis comblée.

Le nombre de rayons est infini. Volontairement, je ne décris aucun d’eux, les étiquettes suffisent à la réflexion ! Il n’y à qu’à penser, justement, penser à la manière dont nous agissons dans telle ou telle circonstance pour se rendre compte qu’il y a façon et façon.

Les rayons du magasin de la vie. Ils se remplissent au fur et à mesure de notre histoire. Dans le tableau ci-dessus, je ne mentionne pas les rayons où l’on pourrait déposer les pensées que nous avons quand nous traversons des périodes troubles. Cela ne ferait qu’ajouter des articles dont personne en réalité ne voudrait !

Alors, savoir que je crée mon futur me donne une responsabilité énorme mais me donne aussi un beau rôle à jouer. Cela va même plus loin, comme on le voit dans l’image du magasin de la vie, puisque je crée aussi des futurs pour d’autres personnes.

Cela explique pourquoi, je suis attirée par un Abraham-Louis Breguet, un Serge Alzérat, un Freddy Landry, un André Oppel, un Jacques Collin, un Jean-Pierre Petit, un Didier Raoult, un Pascal Hostachy (créateur du Projet Voltaire, destiné à sauvegarder notre langue), un René Froidevaux (Fabrique d’horlogerie). Ce sont des personnes qui se sont battues ou se battent pour des idées qui améliorent la vie des gens. Il n’y a pas besoin d’être un personnage de l’Histoire, tout le monde participe à notre aventure ; mon élève qui me remercie pour lui avoir fait découvrir quelque chose qui l’aide me fait du bien et je lui fais du bien ; l’hôtelier qui me prépare une belle chambre, embellit ma vie, le gaillard qui répare mon appareil photo pour le plaisir de le faire a toute ma reconnaissance et le magasin de la vie s’enrichit d’un nouvel article. Cela veut aussi dire que la liste des personnages qui ont toute ma reconnaissance n’a pas de fin.

Tout le monde a un rôle à jouer. Il est dommage que je ne sois pas un moteur, un bon moteur de l’humanité, mais même celui qui vend avec plaisir le stylo qui sert à un Garnier Malet pour qu’il puisse écrire ses équations est utile, a augmenté le compte en banque du plaisir, de l’aide à autrui. De plus, si le regard du vendeur et du client s’échangent, ils savent qu’ils sont contents et qu’ils se veulent du bien l’un à l’autre. Je disais qu’il était dommage que je ne sois pas un moteur de l’humanité, mais en fait, j’en suis un, à ma façon, et quand on trouve sa voie, on respire un tout autre air !

En écoutant Garnier Malet, cet homme éclairé, on s’aperçoit qu’il y a aussi tout un lexique à revoir. Et moi qui aime les langues, qui aime les mots, je suis ravie. Prenons le mot « amour », issu d’une mauvaise traduction du mot « amoros » en grec ancien. En effet « moros » veut dire celui qui est fou, celui qui a perdu son axe, celui qui a perdu son centre, celui qui ne contrôle pas sa pensée ! Par conséquent, « amoros » signifie celui qui a retrouvé la raison, son centre, son axe et donc celui qui contrôle sa pensée. Il n’a rien à voir avec le sens qu’on lui donne… et on le voit bien car cet amour est lié à une émotion et n’apporte pas d’aide aux autres ! Et il y en a un paquet de ces mots !

Il y a encore la théorie du dédoublement du temps et de l’espace – le rôle de la pensée y est lié – mais là, je vous laisse suivre les cours de Jean-Pierre Garnier Malet (cf dernier paragraphe de cet article) ou lire ses livres pour comprende que le passé, le présent et le futur sont liés, existent en même temps mais dans des espaces différents. Ce qu’il y a aussi d’intéressant avec lui c’est qu’il ne s’agit d’aucune technique à appliquer mais de retrouver un principe vital que les anciens connaissaient et que les enfants pratiquent automatiquement.

Garnier Malet est quelqu’un qui ne se dit pas être celui qui éclaire le monde, mais celui qui rappelle ce que les anciens connaissaient. Il est quand même celui qui a mis tout cela en équations, car oui, le dédoublement du temps et de l’espace passe par des équations. Cela ne doit effrayer personne, le compte en banque de la logique normale suffit. Quand on sait qu’un enfant l’applique…

Changer son mode de penser implique… changer son mode de penser… C’est cela même. En écoutant Garnier Malet, je me suis rappelé qu’un jour d’automne, voulant aider un ami qui avait un jardin, je me suis mise à ramasser les feuilles. Il y en avait un tas. Au bout d’un moment, je me suis dit que cela devait avoir un sens et que c’était l’occasion de ramasser « mes péchés » (dans le sens qu’on lui donne dans notre ère, car le mot d’origine, tout comme amour, a été déformé), de façon symbolique, bien sûr, mais il y en avait tellement que je me suis dit que je cueillais également les péchés de toute ma famille ! C’était il y a fort longtemps. En écoutant Garnier Malet, je n’étais pas loin du compte, à la différence près que les pensées (feuilles que je ramassais) qui nous entourent sont les miennes, celles de ma famille, celles de notre société, celles de notre cycle temporel.

De façon plus précise, lorsqu’on change son mode de pensée, on ne peut plus en vouloir à celui qui réagit d’une façon, disons, contraire à notre humeur ou à nos désirs. Tout notre mode de fonctionnement prend une autre couleur, pour utiliser une métaphore.

Cette image a le don de me mettre dans une projonde joie !

2022. Année de la publication du livre dont vous voyez la première de couverture à droite :

On ne peut jamais se mettre dans la tête de quelqu’un d’autre, mais je me dis que Garnier Malet doit être profondément heureux d’avoir publié un livre à teneur scientifique et pour le public en même temps. En effet, il mentionne des travaux d’autres scientifiques ( B. Libet et A. Aspet, deux prix Nobel) qui vont dans son sens et cela doit être un immense réconfort. N’oublions pas l’éditeur. Je me permets de le remercier. Et j’en reviens à ce que j’écrivais au début de cet article : j’ai toujours rêvé de participer à un changement d’Histoire. J’y suis et je suis présente ! Cela me fait tout drôle…

Le livre existe aussi en espagnol et bientôt en anglais.

2023 et la formation initiale de JPGM. Il est important d’être présent au cours afin de « capter les informations vitales et anticipatives, enfin reconnues scientifiquement :

  • B. Libet : anticipation expérimentale = 0,7 à 0,5 seconde ;
  • A. Aspet : intrication des particules en dédoublement (échange d’informations immédiat) ;
  • JPGM : découverte de la singularité Garma entre le Soleil et la Terre = anticipation par dédoublement des temps (*).

Conséquence : une anticipation vitale commune (mal appelée téléphathie, prémonition ou voyance). L’information anticipative est immédiatement utilisable pour et par tous les participants (c’est le but du dédoublement des temps !). Il suffit de connaître le mode d’emploi de ce principe vital dont la logique et la simplicité ne peuvent être remises en cause par personne. »

* Le dédoublement des temps implique des « ouvertures temporelles imperceptibles de 0,666 et de 0,333 seconde, soit 2/3 et 1/3 dans le système astrologique solaire (et de l’espace Terre-Lune) dans la transmission des informations vitales (loi des 2/3). « 

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Serge Alzérat et son restaurant L’Opportun, suite, rencontre 13.2

Début du déconfinement. La France vient d’ouvrir ses frontières et je saisis l’occasion pour aller à Paris suivre un cours du physicien Garnier Malet et pour faire un saut chez Serge Alzérat. Je me demande comment il va dans cette période. Il fait au mieux et s’adapte comme tout un chacun, répond-il de son air toujours tranquille.

Je me dis que je vais manger chez lui. Lorsque je suis en voyage, je mange plutôt peu, j’achète des choses dans la rue et me nourris de tout de que je vois et entends. Mais, cette fois-ci, je tiens à marquer le passage chez Serge Alzérat et j’ai la chance que le restaurant ne soit pas plein. Avec l’histoire du confinement, les affaires reprennent plutôt lentement, les gens ne savent plus tout à fait où ils en sont. C’est ma chance ! Quand même, le restaurant est quasi plein et une bonne ambiance règne. Je profite pour reprendre une photo du seigneur des lieux.

En attendant de passer commande, je fais le tour de la salle et fais des photos des différents diplômes, photos, autographes qui ornent ses murs. C’est un pan de l’Histoire qui y figure. Les clients sont tous très aimables et se déplacent volontiers pour que je prenne mes clichés. J’ai, bien sûr, demandé la permission de faire des photos. Je n’aime pas les gens qui prennent des photos chez moi sans rien demander et donc ne procède pas ainsi avec autrui.

On le voit, les viandes, les vins, Serge Alzérat est bien paré ! Ces diplômes, émanant de confréries investissent Serge Alzérat d’une auréole d’un savoir profond. Les confréries, on le sait, choisissent ses adeptes, ont des exigences bien particulières et celui qui en est membre est un représentant digne.

Ma commande est arrivée !

Je ne bois malheureusement pas de vin au repas. J’ai commandé une eau chaude avec du citron et j’ai eu la jolie surprise de voir arriver une théière de la maison Richard. Quant à mon repas, ce sont des ravioles. J’ai demandé à Serge Alzérat si c’étaient des raviolis et il m’a aimablement précisé que c’étaient des ravioles, un plat du Dauphiné !

L’Opportun est un bouchon lyonnais ! J’ai fait une pause après ces délicieuses ravioles où le goût du fromage était bien prononcé et ai continué à prendre des photos. Je me suis immiscée dans la conversation de mes des voisins de table, un couple tout à fait charmant. Ils savaient que le restaurant proposait une cuisine lyonnaise, mais le serveur a précisé que « L’Opportun » était un vrai bouchon lyonnais. J’ai voulu en savoir plus. Il nous a expliqué que Lyon avait joué un grand rôle dans la cuisine française et que sous l’Ancien régime, dans les auberges où les diligences s’arrêtaient pour le repas ou la nuit, on prenait soin des chevaux en les frictionnant avec un bouchon, une poignée, de paille ! Le sens du mot a glissé et s’est vu assimilé à l’auberge, à un restaurant. Aujourd’hui, il désigne les restaurants qui servent la vraie cuisine lyonnaise.

L’Opportun. On le sait, une chose en entraîne une autre. Je suis allée demander à Serge Alzérat l’origine du nom du restaurant. Il m’a expliqué qu’il cherchait une bonne affaire et que le local était arrivé à un moment opportun. Voilà !

Je reprends mon appareil photo et voici les résultats :

Les photos parlent d’elles-mêmes !

Je passe commande du dessert, une simple glace vanille – caramel et voici la photo :

De très bonnes glaces avec des gavottes de Bretagne. Je connaissais la danse « la gavotte » mais pas les délicates crêpes qui m’ont été servies avec ma glace !

Jacques Chirac. J’ai un faible pour ce président. On ne peut pas toujours expliquer ses penchants, mais Jacques Chirac m’a toujours plu, sa façon d’être, sa façon de parler. J’ai bien sûr lu le livre « Jaques et Jacqueline » et j’ai le plaisir de voir deux photos de lui au restaurant ! En voici une :

Je suis plus que comblée et m’apprête à payer l’addition, mais Serge Alzérat me dit que je suis invitée ! Je suis très touchée, car je voulais faire un geste en cette période de reprise économique et par son attitude il me fait comprendre qu’il reste confiant. C’est magnifique par ces temps où tellement de gens ont peur. Son élégance me va droit au coeur et je ne peux que lui souhaiter le meilleur chemin qui soit !

La Goulue. J’ai aussi un faible pour elle. Je viens de voir l’émission de « Sous les jupons de l’Histoire » dédiée à cette magnifique femme et danseuse que fut La Goulue et viens d’apprendre que c’est Jacques Chirac qui a fait déménager les cendres de cette personnalité du cimetière de Pantin à celui de Montmartre. Le faible que j’ai pour Jacques Chirac… que dire… de plus c’est Serge Alzérat qui sert d’intermédiaire… J’aime ce genre de choses !

Reproductions de La Goulue. Ces deux reproductions trônent chez moi depuis des années. Je les ai héritées de mon professeur d’histoire de la peinture, Bernard Liègme, au moment où il a changé de technologie pour la présentation des peintures. C’était à l’école supérieure de Jeunes Filles, à Neuchâtel. Cela fait… un momnet. J’avais pu choisir parmi les montages qu’il avait faits. J’ai gardé du Toulouse-Lautrec, peintre pour lequel jai aussi une affection particulière, et du Renoir. Seule La Goulue est représentée deux fois.

2022. C’est un rite. À chaque fois que je vais à Paris, je passe chez Serge Alzérat pour le remercier du fait qu’une bonne partie du public qui fréquente ma plateforme est lié aux articles que j’ai écrits sur lui. Je le sais, nous ne sommes rien sans les autres. J’ouvre la porte du restaurant et vois Serge. Nous sommes masquée, pandémie oblige, mais Serge me reconnaît. J’avais bien noté dans mon agenda que je me devais de passer à L’Opportun, mais je ne sais pourquoi, j’ai laissé passer le temps. Le pourquoi du comment n’intéresse pas grand monde, mais voilà qu’à la suite d’une mésaventure, le destin me donne une soirée libre. Je me dis que c’est le moment oportun pour aller voir Serge. J’arrive au restaurant et il me dit : « C’est mon premier jour de travail après un mois (je vérifierai la prochaine fois) de vacances ! ». Je célèbre ce moment avec un verre de vin pétillant.

Le Théâtre Edgar. En sortant, je vois le théâtre, demande s’il y a une pièce qui se joue, raconte que je viens de saluer Serge Alzérat dont je suis une fan, et j’ai une place pour voir la pièce « Amants à mi-temps » ; pièce amusante, plus profonde qu’il n’y paraît et très bien jouée. Lors de mon prochain voyage à Paris, je retournerai dans ce théâtre au personnel très aimable.

Lien vers : Serge Alzérat et « Sous les jupons de l’Histoire », rencontre particulière 13.

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Réparations et rangement = mettre de l’ordre en soi.3

Un jour, je suivais un cours sur le fonctionnement du cerveau et on parle de la mémoire. Ma mémoire s’allume et ni une ni deux, j’annonce que j’ai mis un oeuf à cuire pour mes oiseaux et que je n’ai pas éteint la cuisinière ! Je cours chez moi et, heureusement, mon ami, André Oppel, était allé nourrir les oiseaux et enlevé la casserole du feu. Il y avait plein de fumée dans la cuisine. La casserole était brûlée et l’oeuf aussi. Je remercie mon ami, je rends grâce au ciel, j’enlève l’oeuf, le pose sur le plan de travail et mets la casserole avec de l’eau dans l’évier. Je retourne à mon cours.

De retour de mon cours, je vois l’oeuf, l’enlève pour le mettre dans les déchets et vois un trou sur le plan de travail. Jusque là, j’avais toujours cru que c’était du marbre ; or, s’il y a de la pierre, elle est recouverte d’une sorte de plastique qui donne une très belle illusion de marbre. Ah, les illusions de la vie… c’est pareil !

J’avais cherché des solutions, mais on me disait toujours qu’il fallait remplacer toute la pièce et cela chiffrait… Un jour, je rencontre une dame qui travaillait dans l’un de nos supermarchés nationaux, la Migros, justement dans le secteur des réparations ou du « Do it yourself ». Elle est venue chez moi et nous avons procédé à une réparation. Mais, j’y étais allée un peu vite et on sentait la différence de surface quand on passait la main dessus. Ce qui fait que j’ai poncé et… Vous devinez. Par la suite, la santé de la dame a décliné, son envie aussi et j’ai laissé la chose en l’état pendant des années. Avec quand même une voix qui me disait que c’était une partie de moi et qu’il fallait que…

Hier, en cherchant un cadeau pour une petite fille, j’ai vu des produits qui pouvaient m’aider à réparer la chose.

J’ai poncé et mis du mastic.

J’ai ensuite mis des couleurs acryliques et cela a donné :

Celle de gauche est prise de plus loin que la seconde.
Je n’avais pas l’intention de montrer l’endroit… C’est tout à fait à droite vers le milieu. Mais, si on ne sait pas, on ne voit rien !

Alors, quel rapport avec mon moi ? Je ne sais pas exactement, ce que je sais c’est que j’ai mis des années à faire cette réparation. Je comptais toujours sur la dame que je mentionne plus haut et finalement je me suis dit que j’y arriverais toute seule. Quelques fois on se dit qu’on a besoin d’un appui et finalement ce n’est pas le cas. Dans la vie, c’est la même chose. Parfois on cherche une réponse, on se dit qu’un tel ou un tel devrait être là pour l’apporter et tout à coup elle est là. Ce qui est sûr c’est que je ne peux pas faire une chose si quelque chose en moi que je n’arrive pas à définir n’est pas prêt. C’est comme si je devais être prête à différents degrés, la volonté ou le désir tout seuls ne suffisent pas. Il en va de même dans tout ce que je fais. Il n’y a pas de recette, c’est un tout.

Ce que j’essaie de ne pas oublier à chaque fois que je fais un rangement, une réparation, une danse, une révision de texte, un maquillage, une couture, c’est que c’est grâce au travail en amont d’un tas de gens que je peux trouver une solution. On n’est rien sans l’Histoire.

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Liens vers d’autres articles où réparations et rangement = mettre de l’ordre en soi. C’est sûr qu’à chaque fois que nous réparons et rangeons quelque chose, il y a une correspondance en nous :

Le commerce au centre-ville.3 et la droguerie Schneitter à Neuchâtel

Rangements et réparations. Je le dis dans un article où je parle de rangements, ces rangements qu’on fait chez soi et qui impliquent des réparations, je dis que les réparations qu’on fait ont une résonance avec notre vie. De façon générale, j’aime réparer les choses qui se dégradent parce que le temps passe ou parce que c’est moi-même qui malheureusement le fais, et quand je répare, j’aime trouver des solutions pour que mes choses aient une plus jolie apparence.

Ma chronique sur le commerce au centre-ville. Je ne pensais pas tenir une chronique sur le sujet. J’ai cru qu’après le premier article, je n’aurais plus rien à dire. Mais voilà, le paysage commercial continue à changer et cette fois-ci, c’est monsieur Schneitter qui est parti au ciel le 6 mars de cette année et avec lui plein d’astuces, plein de conseils, plein de savoir.

La première droguerie Schneitter. Elle avait ses quartiers à la rue des Épancheurs, en face de chez l’ancien opticien Luther, un autre commerçant que j’ai bien aimé. C’est le grand-père de M. Schneitter qui l’a fondée et son fils qui l’a reprise. Le bâtiment n’est plus reconnaissable aujourd’hui. Dans les années 1970, la banque UBS désirant s’agrandir, le père de monsieur Schneitter est allé s’installer dans le bâtiment que l’on connaît aujourd’hui. Cela fait qu’actuellement nous en sommes à la quatrième génération de droguistes Schneitter. Voici leur photo ainsi que leur enseigne :

C’est formidable d’avoir une lignée de passionnés de droguerie dans une famille. L’héritière, si l’on peut dire, Laurence, est aussi une personne qui aime son métier et qui ne demande qu’à rendre service.

M. Schneitter. Il était un homme curieux, il avait un humour que je n’ai bien souvent pas compris, mais j’ai apprécié son aide, toujours désintéressée, pour que je puisse faire mes réparations au mieux. C’est ainsi que ma maison est pleine de ses conseils, toujours pertinents ; il pensait à tout. Il était un homme pratique.

Exemples. J’avais une barre sur laquelle je suspends des habits de l’Opéra de Bucarest. C’est une façon de les exposer. J’ai ensuite ajouté d’autres costumes faits par moi et la barre, accrochée par mes soins, n’a pas tenu. J’ai refait un trou dans le mur, encore un autre, mais le mur est très mince et il n’y avait rien à faire. Je suis allée chez monsieur Schneitter, lui ai exposé la situation et dit que j’avais le cadre d’une porte où je pouvais planter des clous. Je ne sais plus comment on s’est compris, mais je me suis retrouvée avec une solution des plus élégantes !

De près, on voit une ficelle accrochée à un crochet discret. Il y en a une à chaque bout, mais le regard des visiteurs n’est pas aussi inquisiteur et on ne les remarque pas vraiment. Ces deux ficelles n’étaient pas suffisantes. C’est ici que M. Schneitter m’a été d’une précieuse aide : il m’a suggéré d’utiliser du fil de canne à pêche. J’en ai mis à trois endroits. C’est quasiment invisible et très efficace.

Le rôle d’hier du commerçant en ville à celui d’aujourd’hui. Autrefois, le commerce du centre-ville était aux mains de commerçants locaux, de personnes qui étaient impliquées dans la vie de la ville, et il y avait bien des façons de participer : comités de commerçants, associations, partis politiques. Ces personnages étaient souvent interrogés par les journaux sur des sujets qui touchaient à la ville et leur avis comptait même s’ils ne faisaient pas partie du Conseil général. C’étaient des poids lourds. Avec le temps, ils disparaissent. Les commerces locaux sont remplacés par des enseignes internationales, vidées du substrat local.

M. Schneitter faisait partie de ces poids lourds. Il disait ce qu’il avait à dire, sans fioritures et il aimait son métier. Mais, si ces commerçants aimaient faire le commerce, ils adoptaient, pour la plupart, la philosophie de monsieur Vautravers, autre commerçant dont je parle ici à savoir « je ne suis pas là uniquement pour vendre ; je vous rends service et vous me rendez service ». C’est cela qui me fait faire des efforts et acheter chez eux plutôt que dans les magasins qui vendent meilleur marché et pas toujours avec les conseils adéquats. Le commerce de détail et local a un rôle et il appartient aux acteurs de la ville de jouer le leur. Les commerçants locaux connaissent leurs clients, leurs habitudes, savent quoi leur proposer et ne se basent pas uniquement sur des chiffres issus de logiciels faits par des technocrates.

Du plaisir avec les commerçants. J’aime aussi les commerçants qui ont leurs racines en ville. C’est peut-être moi qui ai besoin de ces racines, mais ces commerçants connaissent leur ville, ses atouts, son histoire, ses affaires, et on peut passer ensemble un moment à discuter de choses et d’autres comme si on était en famille. C’est comme cela que je me suis procuré la photo de famille des Schneitter. Laurence, la fille et successeur de monsieur Schneitter m’a dit que je pouvais faire une capture d’écran sur leur compte de Facebook pour mon article.

Politiques commerciales. Je me rappelle qu’il y avait une sorte de chocolats que j’achetais habituellement dans un kiosque. Un jour, ne voyant pas « mon » chocolat, je demande à la vendeuse ce qu’il en est et elle m’a répondu que « Zurich », soit la maison mère, l’avait supprimé de l’assortiment car il ne se vendait pas en Suisse allemande ! Les agences de voyage CFF (voir lien) ont aussi fermé parce que certaines agences en Suisse allemande ne faisaient pas le chiffre d’affaires, alors que, renseignements pris, Neuchâtel, Yverdon, Lausanne et Genève s’en sortaient très bien ! C’est un phénomène des plus intéressants, car souvent on entend dire qu’il faut suivre les habitudes des consommateurs, c’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule. Mais, la technologie doit être au service de l’homme et pas le contraire !

Pour en revenir au rôle des clients locaux. Tous les bons commerçants que j’ai approchés, et pas seulement à Neuchâtel, m’ont dit que depuis bien longtemps des clients vont chez eux pour se renseigner et ensuite vont dans les grands magasins pour acheter moins cher. L’ancienne mercière, Ingrid Gueniat, m’a aussi dit la même chose, les employés de l’ancienne agence de voyages CFF aussi : des personnes ayant des moyens, comme on dit, allaient se renseigner sur les endroits où il y avait des offres spéciales et ensuite allaient acheter les billets et réserver les hôtels sur Internet . Je crois qu’il n’y a pas besoin de faire des commentaires.

Je ne vais pas vous ennuyer avec tout ce que j’ai réparé grâce aux conseils de monsieur Schneitter, mais il m’a fait des mélanges de peinture pour la table sur laquelle je mange, les chevalets et la planche que j’utilise pour mes maquillages fantaisie et des chaises. Il m’a dit comment utiliser l’alcool ISO 99 % pour nettoyer mes CD, mes vitres et toute sorte de choses, c’est aussi chez lui que je me suis fournie en colophane pour mes chaussons de danse, c’est dire si monsieur Schneitter est présent à travers tout cela. Puis, une chose en entraînant une autre, ses idées, qui se sont bien implantées dans mon cerveau, pour ainsi dire, ont permis que d’autres idées qui passaient par là s’y accrochent pour trouver encore d’autres solutions pour d’autres problèmes.

Mon goût pour les réparations et modifications. On ne sait pas toujours d’où les idées viennent, mais mon père m’a fait ma première coiffeuse, il construisait des choses à la maison, mon grand-père maternel aussi. Plus tard, lorsque j’étais à l’école de Chorégraphie de Bucarest, j’aidais un professeur en pharmacie à mettre des échantillons dans des enveloppes et on est arrivé au bout de ces dernières. Je me suis dit que j’allais pouvoir rentrer chez moi… Non, le professeur a dit que nous allions faire nous-mêmes des enveloppes ! Je n’en avais jamais fait et cela a créé une sorte de moule dans mon cerveau. Cela a été l’une de mes grandes leçons de vie : trouver des solutions quand apparemment il n’y en a pas. Et il en va ainsi dans tous les domaines de ma vie.

Un dernier regret. Il est vrai que monsieur Schneitter marchait avec difficulté et c’est une symbolique que je vois souvent indiquant que le chemin sur Terre est près de finir. Mais, désirant le stimuler à ma façon, je lui ai proposé, quelques mois avant son départ, qu’on organise des cours sur la façon d’utiliser tel ou tel produit, sur les astuces auxquelles on pouvait penser. On aurait pu faire des cours pour les enfants et pour les adultes. J’avais pensé en faire en tout cas un par saison et on aurait vu pour la suite. Il avait été enthousiasmé. J’avais proposé de donner les cours soit dans mon studio de danse, soit dans son laboratoire, soit encore les filmer et les mettre en ligne. Il avait pensé à deux ou trois sujets qu’il a mis sur le papier mais c’est parti en l’air. Je le regrette vivement parce que cela lui aurait permis de transmettre son savoir et j’aurais eu l’occasion d’apprendre un tas de choses !

Merci. On ne peut pas finir sur une note de déception ! Le plus important est que j’aie appris des tas de choses, que je sache réparer bien des affaires et que j’aie eu plein de gens qui m’ont inspirée. Alors, merci à eux tous !

C’est bien connu, la vie continue. En cette période si curieuse de confinement, je fais les courses pour un couple devenu ami. Le monsieur a été le comptable de l’entreprise horlogère neuchâteloise Froidevaux. Il m’a chargée de lui trouver une ampoule de remplacement pour sa lampe de poche. Je me dis que c’est tout simple, j’en ai déjà acheté. Je passe à la Migros où une aimable vendeuse m’informe que cela fait trois ans que l’article a été supprimé. Elle me suggère d’aller « chez Schneitter ». Devant faire quelque chose chez Interdiscount, je vais d’abord chez eux. Je pose quand même la question et la réponse a été identique ! Je vais donc « chez Schneitter ». Le jeune homme qui s’occupe de moi me dit qu’il a l’ampoule, mais que non, cela ne va pas marcher, car il manque une petite pièce qui cloisonne l’ampoule. Je téléphone au propriétaire de la lampe mais il n’a plus l’ampoule et me dit d’acheter une autre lampe.

Je regarde la lampe à laquelle le monsieur a mis de nouvelles piles et demande au jeune homme s’il n’a pas une combine et il me dit que justement il était en train d’y réfléchir. Il va chercher une ampoule, entoure le culot d’un élastique, l’insère dans la lampe, pousse l’interrupteur et « la lumière fut » une nouvelle fois ! Quel soulagement. Je suis bien « chez Schneitter », celui qui a les solutions et combines pour un tas de choses. Comme je le disais « la vie continue » !

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Lecture et mathématique avec un enfant de 9 ans

Les voies du destin sont insondables, pourrais-je dire en guise de préambule en m’inspirant d’une célèbre phrase. La voie en ce cas précis est le droguiste de ma ville, M. Schneitter. M. Schneitter avec sa droguerie joue un rôle important à Neuchâtel. Il m’a raconté à la fin de l’année passée que sa droguerie, celle de son père et grand-père avait vu le jour dans un bâtiment aujourd’hui intégré à celui de l’UBS. M. Schneitter est aussi présent dans bien des réparations faites chez moi. Je le dis ici. C’est par lui que j’ai connu l’une de ses collaboratrices et son fils de neuf ans. Ce dernier est un garçon éveillé mais qui a du fil à retordre avec la lecture. On le sait, lorsqu’une difficulté apparaît dans notre vie, il faut y faire face et la vaincre car la mémoire que nous avons peut faire en sorte qu’à la prochaine difficulté, on renonce avant de savoir si on peut résoudre ou non l’affaire. Le cas du petit garçon m’intéresse et je tente l’aventure.

La reine Didon. L’un des moyens que j’ai eus pour aider ce garçonnet a été de lui résumer des petites histoires liées à la mathématique, domaine où il a plus de facilités. J’ai commencé par l’histoire d’une reine, Didon, qui avec une peau de boeuf fonda la ville de Carthage, célèbre ville de l’antiquité. En effet, la reine avait dû fuir son royaume en bateau et avait échoué sur les côtes de l’actuelle Tunisie. Elle avait demandé au roi local une terre pour fonder son royaume. Pour se moquer d’elle, il lui a donné une peau de boeuf et lui a dit qu’elle pourrait avoir autant de terres que la peau donnée pouvait en contenir.

La reine Didon était une personne intelligente. Elle a découpé la peau en de très fines lanières et a ainsi fait le pourtour d’une terre passablement grande et qui au fil des ans est devenue la célèbre ville de Carthage.

Le jeune garçon a été enchanté de lire l’histoire et d’apprendre quelque chose de si rusé. Cela m’a encouragée à continuer.

Le signe égal en mathématique. J’ai continué sur la lancée des histoires courtes. En cherchant dans mes livres, je suis tombée sur l’origine du signe égal en mathématique. C’était parfait, car ce signe, il le connaissait, il était en terrain conquis – si l’on peut dire – et en même temps, il allait s’enrichir de bien des façons. Comme est arrivée la période du confinement, on a continué par courriel et par téléphone.

Je n’ai pas trouvé une jolie façon de mettre nos échanges par courriel. Le dessin qui me représente a été fait par mon élève adolescente de 17 ans qui aime dessiner et pour le petit garçon, j’ai eu recours à un dessin arrangé par mon ami, André Oppel, il y a fort longtemps…

C’est un Anglais, plus précisément un Gallois (pays de Galles qui fait partie du Royaume – Uni) qui l’a inventé. Il était fatigué de toujours écrire « est égal à » dans ses calculs. Il a appelé ces deux lignes « jumelles » parce que justement ces deux lignes étaient identiques. Voici son explication : « Si j’ai choisi une paire de parallèles, c’est parce qu’elles sont deux lignes jumelles, et que rien n’est plus pareil que deux jumeaux ». On peut donc dire qu’on a deux jumeaux de chaque côté du signe. Le nom du mathématicien ? Son prénom et son nom de famille commencent par « R » : Robert Recorde. C’était en 1557. Ce devait être un monsieur intéressant car il était aussi médecin.

Dessin d’André Oppel

Je téléphone au petit garçon pour savoir ce qu’il avait pensé au moment où il a su que le signe égal était âgé de 450 ans. Il m’a dit que cela lui avait fait un choc, je suppose qu’il voulait dire une très grande surprise. Sa maman m’a dit qu’il avait ouvert grand les yeux.

On continue à parler du signe égal et je lui dis que j’aimerais bien savoir comment lui était venue l’idée, à ce monsieur, des deux lignes égales, jumelles : au petit déjeuner ? à midi ? et le petit garçon dit :

Je suis sidérée ! Je lui dis qu’il a absolument raison, la nuit nous avons plein de pensées qui nous rendent visite. Les enfants savent tellement plus de choses que les adultes !

La plateforme a effacé une partie du discours. Je n’arrive pas à la retrouver, mais on continue avec un courriel que le jeune garçon m’a envoyé ensuite.

J’ai fait un montage avec le message originel du garçon.

Me voilà bonne pour aller chercher des informations intéressantes sur les cowboys ! La première chose qui m’est venue à l’esprit a été de lui expliquer que c’était un mot anglais qui joint cow à boy, ce qui correspond au mot vacher ou garçon de ferme. C’est bien moins glorieux en français, car les cowboys ont un rôle de légende dans la conquête de l’Ouest américain ; on voit si bien dans les films.

Pour le moment, je continue avec la mathématique, car pour en faire, il faut pouvoir lire, bien lire et bien écrire. La mathématique a des nombres avec lesquels on fait des calculs corrects ou non et une langue a ses propres « nombres », les lettres, qui forment des mots corrects ou non. D’ailleurs, chez les Grecs anciens, les lettres étaient des nombres. C’est fabuleux. Les choses dans ma vie s’enchaînent les unes aux autres et je retombe sur des notions que le physicien Garnier Malet a rappelées dans ses cours à ce sujet : dans la Grèce ancienne, les prénoms avaient un sens. Maintenant que je pense à mon petit élève, on peut s’amuser à savoir quel nombre a notre prénom.

Ce qui est intéressant ce n’est pas tant la somme obtenue, que le fait de savoir que les lettres étaient des nombres. Mais, peut-être que les nombres sont devenus des lettres étant donné que les peuples ont commencé à compter avant d’écrire.

Une fois de plus, mes mondes se rejoignent. Je constate que peu importe les générations, les thèmes qui forment mon paysage viennent de partout et en toile de fond, il y a toujours la pensée et son rôle.

Je lui demande s’il connaît la différence entre les chiffres et les nombres. Il répond que les nombres sont deux et les chiffres un seul, 1, 2, jusqu’à 9. Je lui explique que les chiffres sont comme les lettres d’une langue, avec les lettres on compose des mots. Il n’attend pas la fin de mon explication et me récite l’alphabet. Oui, dis-je. Nous, nous avons les chiffres de 0 à 9, comme si c’étaient des lettres et avec eux on compose les nombres. Alors, le nombre 10 est composé de ? Du 1 et du 0, répond-il aussitôt. Il faut comprendre que les chiffres jusqu’à 9 sont les chiffres, mais aussi des nombres. Je ne sais plus quelle explication je lui donne, mais je reprends l’histoire des Grecs avec les lettres qui servent à compter et tout de suite il dit :

Qu’est-ce qu’il est vif d’esprit ! J’avais pensé que cela prendrait plus de temps, mais non. Il a saisi tout de suite. Je le félicite à nouveau. Je lui dis qu’une chose c’est apprendre rapidement et une autre c’est comprendre et qu’il a les deux capacités.
C’est vrai, quand j’enseigne quelque chose, je cherche la porte la plus ouverte chez l’autre afin de faire passer un message et cela m’amène à faire des découvertes et des liens.

Je félicite le jeune garçon et lui souhaite une belle nuit avec plein de belles pensées. Il répond : À toi aussi ! C’est magnifique.

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Fête de la danse 2020 et confinement ou « faisons contre mauvaise fortune bon coeur » !

Photo de Knut Vibé

C’est le moment d’appliquer ce fameux proverbe. Les difficultés arrivent ? On reste debout et on fait face. Aussi, je propose des cours, tout comme certains de mes collègues, à ceux qui le désirent. Une différence toutefois, je les propose dans ma salle, à raison de quatre personnes par cours, pour respecter les consignes en vigueur. Ma salle ne capte pas Internet et mes cours sont personnalisés. Alors, si cela vous tente, voici mes propositions pour le samedi 16 mai (le dimanche 17 reste ouvert) :

  • COURS PROPOSÉS SAMEDI 16 MAIQUATRE PERSONNES PAR LEÇON :
  • Danse classique adaptée ;
  • Atelier de mouvement pour le corps et l’esprit ;
  • La valse comme chemin de vie.
  • Comment s’inscrire :
  • Par courriel : zully.salasy@bluewin.ch ;
  • Par téléphone : 076 / 433 43 27.
  • Danse classique adaptée :
  • Horaire : 10 h à 11 h
  • Âge : adolescents et adultes ;
  • Tenue : chaussons de danse ou chaussettes ;
  • Recommandation : être habillé chaudement, mon local est plutôt frais.

  • Atelier de mouvement pour le corps et l’esprit :
  • Horaire : 12 h – 13 h et 16 h 17 h ;
  • Âge : adultes ;
  • Tenue : tenue confortable, de préférence pantalons, chaussettes ;
  • Recommandation : être habillé chaudement, mon local est plutôt frais.

  • La valse comme chemin de vie :
  • Horaire : 14 h – 15 h et 18 h – 19 h ;
  • Âge : adultes ;
  • Tenue : tenue confortable, de préférence pantalons, chaussettes ;
  • Recommandation : être habillé chaudement, mon local est plutôt frais.
Plan d’André Oppel

Pour accéder à ma salle, voici un plan :

Le travail en petit comité permet un contact plus personnel et cela me convient très bien.

@3m.ossature : période de confinement

Confinement. Une nouvelle session organisée par le service des Sports de Neuchâtel commence et voilà que le confinement oblige la plupart de la population à rester chez elle. Flûte ! je n’avais pas prévu cela. Que faire ? Je dois pouvoir faire quelque chose, me dis-je. Me vient l’idée de continuer le cours via les nouvelles technologies. Je fais la proposition aux quatre participantes et trois s’enthousiasment à l’idée de « rester debout » dans une situation si hors du commun, surréaliste dit l’une de mes amies.

Nous optons pour l’application WhatsApp. Heureusement que nous avons eu le temps de faire un cours ensemble et j’ai en mémoire leur corps et la façon dont elles l’utilisent. Autrement, cela aurait été impossible. De plus, le noyau du cours de la matière enseignée est très simple et demande 20 minutes pour l’appliquer une fois qu’on connaît la technique. Ce qui enrichit ce cours, ce sont les métaphores utilisées, les liens du corps avec toute sorte de situations de la vie, de domaines aussi. Ces liens nous éclairent sur la façon dont notre corps réagit.

À ceux qui ne connaissent pas « @3m.ossature », je dirai que je me suis inspirée de Godelieve Denys Struyf, GDS, et que j’ai fait un cours bien à moi. J’en ai parlé avec l’une de ses collaboratrices et elle a trouvé que c’était intéressant. Comme dans toutes mes autres activités, il arrive un moment où on parle de la fonction de la pensée, de la façon dont nous l’utilisons, de ce que nous en faisons. On le sait, tous les chemins mènent à Rome et ce cours va aussi à Rome, au sens figuré, il va sans dire.

Alors, comment donner ce cours ? Si c’est grâce à WhatsApp que je peux donner le cours, il n’en reste pas moins que d’enseigner sans voir les gens reste un exercice ardu. Je me dois de travailler différemment. En principe, je me laisse inspirer par ce que les participants font, disent, montrent ou ne montrent pas, tout cela parce que je les vois et que je sais où je peux intervenir.

Cette fois-ci, c’est donc différent, mais comme je l’ai dit plus haut, j’ai rencontré les participantes une fois et j’ai leur corps en mémoire. Le corps est l’instrument que nous utilisons pour nous exprimer. Je ne pense pas pouvoir donner un tel cours au travers des nouvelles technologies à des personnes que je n’ai jamais rencontrées. Je connais bien la danse classique ainsi que le corps humain. Ce n’est pas pour rien qu’un danseur a toujours besoin d’un maître de ballet. Même lorsqu’on connaît les règles, le corps ne réagit pas toujours comme on le croit. Il y a beaucoup à dire sur le sujet.

L’expérience enrichit mon enseignement. Cela demande une préparation différente. Dans mon studio j’ai beaucoup de matériel sous la main et l’utilise en fonction des situations. Cette fois-ci, je prépare un schéma et écoute ce que les participantes disent. Je suis très attentive au ton, aux respirations, aux silences. Si ces éléments entrent aussi en ligne de compte dans les cours en présence des participants, ici c’est celui qui prime. Ensuite, je chemine et apporte des éléments. Le cours se construit et peu à peu on arrive à plus de la moitié des cours de la session et on se sent comme dans un bateau au large. Alors, même si c’est ardu, c’est fascinant de se dire que l’on ne se connaît pas au sens habituel mais qu’on se connaît quand même. Ce confinement apporte un facteur commun, on est vraiment dans un même bateau et on est resté debout face à la tempête. Pour moi c’est l’une des choses primordiales. Je dis toujours que mes cours serventt de prétexte à aller plus profondément en soi. De plus, on est aussi d’accord pour aider l’une ou l’autre d’entre nous si jamais on a besoin d’aide dans cette période. Je trouve cela très émouvant. En effet, c’est dans la difficulté que l’on reconnaît les amis.

Nous traitons bien des sujets, cette fois-ci on a mis l’accent sur les pieds. Voici des images.

On y voit un pied sans cambrure, dit pied plat, un pied avec une cambrure normale et un pied très cambré.

Les participantes ont chacune fait une photo de leur empreinte. Cela donne ceci :

Et nous avons une oeuvre artistique !

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Activité extra-muros avec une élève de 11 ans. Habits pour les Barbies.

Autres activités que la danse. Il m’arrive d’inviter des élèves chez moi pour leur donner l’occasion de voir, à travers d’autres activités, que partout il y a une structure, des règles, des possibilités de créer et d’avoir du plaisir.

Cette fois-ci, il s’agit de faire des habits pour des Barbies. Les Barbies, on le sait, ont un corps qui n’est pas celui d’une poupée habituelle, mais je m’adapte.

Pour faire un habit à une Barbie, on se demande quel genre d’habit on va lui faire, quel genre de tissu on peut utiliser parmi les bouts que j’ai préparés, s’il y en a suffisamment (pour une Barbie il n’en faut pas des masses, oui, mais des rubans, des sacs, des accessoires et il ne s’agit pas d’être en manque). Il faut aussi se dire qu’une fois ou l’autre on va le laver et qu’il ne faudrait pas qu’il perde sa couleur ou qu’on mélange des couleurs qui vont déteindre ou même qu’il se découse.

Cela fait qu’il faut aussi chercher le fil qui va avec le tissu.

On a tout prévu, mais il faut encore faire un patron, car on ne coupe pas le tissu n’importe comment.

On fait les préparatifs, on coupe, on coud, on mesure, on fignole et une première robe est prête. On passe à la seconde.

Mon élève prend conscience du fait qu’il faut penser à bien des choses avant de de faire la robe. C’est comme au cours de danse. On prépare le corps, on apprend bien des exercices, et ensute, on peut faire une danse. Même une fleur, d’abord ell est une graine, elle entre dans la terre, elle boit et s’alimente de minéraux et de soleil, pousse comme une plante, et finalement elle montre son visage de fleur !

Commentaires de l’élève : Je ne pensais pas que cela prendrait autant de temps, mais finalement c’est bien. Je suis contente d’avoir appris tout cela. Maintenant, j’ai deux patrons et pourrais les utiliser pour d’autres robes !

Photos prises par mon élève et montage fait par moi !

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Pages du journal d’une élève de danse de 13 ans.1 – tricot de danse et difficultés de la vie.

C’est la photo du tricot que Zully a fait pour moi. C’est aussi , comme toujours, l’occasion de faire des liens avec d’autres choses. Alors, le sous-titre pourrait être :

Le studio « Cave perdue » est un endroit un peu frais et il faut bien s’habiller chaudement. De toutes façons, pour travailler avec les muscles il vaut mieux qu’ils soient au chaud. La circulation se fait mieux.

Mon élève : Zully m’a donc tricoté un bout d’abord, j’ai aimé et j’ai choisi la version de droite. À un moment donné, il y a eu des noeuds dans la laine. Ce n’est pas nécessaire de dire le pourquoi du comment, l’essentiel c’est qu’il y a eu des noeuds et qu’elle s’ingénie à trouver des solutions. Mais, elle ne rate jamais, non plus, l’occasion de me faire participer à ses trouvailles.

Dessins : Zully utilise des dessins que j’ai faits d’elle et de moi pour illustrer ses articles.

Moi : Bien sûr, c’est toujours tentant de faire au plus vite, mais quand même, des moutons se sont donné la peine de faire de la laine (sans parler du fait que des moutons-parents se sont aimés pour donner naissance aux moutons qui ont donné la laine), des gens l’ont tissée, d’autres l’ont teinte, d’autres encore ont préparé les teintures, ensuite, ils l’ont vendue, exportée, etc. De plus, c’est au magasin « Le Bouton d’Or » de Neuchâtel dont la patronne est Ingrid Gueniat que je l’achetée. Cela fait toute une histoire qu’on ne peut pas maltraiter juste comme cela. Mon élève écoute.

Je propose à mon élève de faire une pelote (il faut préciser que j’avais des écheveaux) et là, il n’y aura plus de noeuds !

Voyant que mon élève a compris le principe, je lui dis que je finirai de faire la pelote. Je lui explique que des noeuds, on les trouve aussi ailleurs. On peut avoir des crampes, des noeuds dans les muscles. C’est quelque chose qu’on peut toucher, mais il y a aussi des noeuds qu’on peut sentir, ressentir différemment. Ce sont les noeuds qu’il y a dans les familles par exemple. Anciennement, lorsqu’une personne n’avait pas sa raison, on la cachait dans la famille, et les descendants n’en entendaient même pas parler. C’est un secret de famille. Mais nous portons toute l’information de la famille en nous et cela se ressent d’une façon ou d’une autre.

Avec les copains, un voisin, il peut y avoir des noeuds. Quelqu’un comprend quelque chose de travers, ne le dit pas, fait ce qu’on appelle « la tête », en fait toute une montagne, la partage avec d’autres et cela devient un gros noeud.

C’est partout que cela peut se produire. Dans l’Histoire aussi, il y a plein d’exemples de trahisons, de malentendus qui ont mené à de grosses histoires. On le voit bien quand on revisite l’Histoire, quand des gens font des recherches et qu’on rétablit la vérité.

Alors, quand on peut, on cherche le fil qui peut mener à démonter le noeud. Ce n’est pas toujours facile, mais la pelote de laine doit rester comme une référence. Et quand on réussit, c’est un vrai plaisir !

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René Froidevaux : l’homme, patron de la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux S.A. Neuchâtel – Suisse

ENGLISH VERSION HERE

C’est la montre de monsieur René Froidevaux, marque Cadola, la marque vendue en Suisse et dont le graphisme a été fait par André Oppel dans les années 1950.

La montre. On sait qu’un objet n’est qu’un objet, toutefois, quand je me dis que cette montre était au poignet de monsieur Froidevaux et l’a accompagné au moment où il prenait des décisions, où il vivait l’histoire de son entreprise et celle du Jura, cet objet prend une valeur. C’est comme si elle portait une mémoire que je peux toucher ou à tout le moins lire.

Date : 18 décembre 1900. C’est la date de naissance de monsieur René Froidevaux, de celui qui va marquer l’histoire horlogère de Neuchâtel et participer à la naissance du canton du Jura.

Monsieur Froidevaux est né au Noirmont ; cela explique son attachement pour la région du Jura et son activisme pour que le Jura devienne le 23e canton suisse. Il ne suffit pas d’être né sur une terre pour devenir son porte-drapeau, il faut avoir du caractère, avoir le sens de l’organisation, du devoir, être un visionnaire. Ces qualités, on les a déjà remarquées dans l’article que je consacre à son entreprise horlogère. Lorsque j’ai découvert qu’il avait été l’un des moteurs de la naissance du canton du Jura, je n’ai été étonnée qu’à moitié. L’autre moitié, si je puis dire, s’est étonnée de savoir qu’un homme très occupé par son entreprise, un vrai Suisse – c’est-à-dire un Suisse comme on les imagine : calme, neutre, ne désirant rien devoir à personne, respectueux des règlements – se dise qu’il faut se battre pour le droit de naissance du canton du Jura. Je dis une fois de plus « chapeau » !

Monsieur Froidevaux a été un activiste passionné, passionné au point d’amener sa famille tous les dimanches pique-niquer dans le Jura. On ne sait pas si les enfants étaient d’accord, mais c’était sa façon très entière d’être. Son enthousiasme l’a poussé à se dire qu’il fallait un journal pour la question jurassienne, qu’il a combattu pour cela et qu’il fallait forcément des fonds. Le banquier qu’il avait été avait son rôle à jouer et il gardait une comptabilité à cet égard. Les gens qui traitaient avec lui le savaient et y participaient.

Le journal en question est le Jura Libre, toujours en activité.

La Fête des Vignerons de 1977. On le sait, tous les cantons défilent, une personne porte un drapeau de son canton. Cette année-là, monsieur Froidevaux suivait la fête à la télé et il voit le défilé. En dernier il y a un jeune garçon qui porte le drapeau du Jura, de « son » Jura. Cela lui a fait ressentir une très vive émotion. Trois mois après, monsieur Froidevaux partait au ciel d’où il a une meilleure vue de « son » Jura.

Ce qui me plaît aussi dans cette histoire, c’est le recoupement, une fois de plus de tant de pans de mon histoire. Ma formation en danse classique et une partie de mes études d’économie, je les ai faites en Roumanie, à Bucarest, et voilà que Jacques, l’un des fils de monsieur Froidevaux, vient de m’apprendre que son père avait été envoyé par la succursale biennoise de la banque où il travaillait, la Banque cantonale bernoise, à Bucarest dans les années 1925 -1930 pour des questions d’organisation dans le secteur du pétrole. Cela me fait un drôle d’effet, c’est comme si le temps n’existait pas et simultanément, je me sens envahie par une certaine joie.

Monsieur Froidevaux à Neuchâtel. Il déménage de Bienne à Neuchâtel en 1942, puis il fait construire sa maison à la ruelle Vaucher en 1946, et achète le domaine adjacent qui va jusqu’à la gare et y emménage sa fabrique d’horlogerie dans ce qui avait été jusque-là un pensionnat pour jeunes-filles.

No de téléphone. Faisant des recherches sur les horlogers de l’époque, je viens de trouver l’adresse et numéro de téléphone de l’entreprise en 1962 : ruelle Vaucher 22, tél. 032 / 570 21 et le numéro de téléphone que monsieur Froidevaux avait à la maison, ruelle Vaucher 12 : 032 / 5 43 50.

Bâtiment qui abrita la « Fabrique d’Horlogerie Froideaux S.A.
Vue du balcon de l’ancien comptable, Charles Frésard.
Le même bâtiment vu depuis le bas, où il y avait l’atelier de la chaîne de montage.

Chaîne de montage horloger. À propos de l’esprit entrepreneurial de René Froidevaux : avant que d’autres entreprises de Neuchâtel ne commandent ensemble la chaîne de montage Rexa, il avait fait construire une chaîne mécanique par les ateliers Roxer S.A. sis à Saignelégier. Le constructeur avait été Jean von Allmen, patron de l’entreprise et de surplus autre activiste jurassien ainsi que père de Zouc, Zouc que j’ai eu la chance de voir au Théâtre de Neuchâtel ! Je ne peux m’empêcher de trouver curieux comme ces pièces du puzzle se rassemblent pour donner des racines à mon paysage neuchâtelois.

Zouc, Isabelle von Allmen, l’humoriste. Lorsque j’ai vu Zouc au Théâtre de Neuchâtel, je lui ai demandé un autographe. Des années plus tard, le fils d’un de mes amis, François Memminger, me dit qu’il est un admirateur inconditionnel de Zouc. Je réfléchis et me dis que Zouc lui aurait aussi donné un autographe. Je lui donne le mien parce que je sens une réelle admiration. Il y a des artistes qui ont de la chance d’être aimés après qu’ils ne font plus la une, Zouc fait partie de ceux-là. Et, je rencontre François une fois de plus, lui raconte que j’ai écrit cet article, il me dit qu’il peut me rendre l’autographe, mais je lui dis qu’il peut m’envoyer une photo. Là aussi, on reconnaît la qualité de l’âme de François. Réellement, l’autographe est dans de très bonnes mains, je ne me suis pas trompée !

Autographe de Zouc :

Le personnage de Zouc est dans cet autographe !

Jean von Allmen, un ami indéfectible de monsieur Froidevaux. Lorsque la situation est devenue difficile pour l’entreprise, lorsqu’il y a eu sa liquidation, après celle-ci et après le départ au ciel de monsieur Froidevaux, Jean von Allmen a été aux côtés de la famille. Jusqu’à ce que lui-même parte au ciel, il a invité madame Froidevaux et son fils Jacques au buffet de la gare toutes les semaines !

Monsieur Froidevaux et l’AVS. Je ne sais plus comment j’en suis venue à m’intéresser à l’histoire de l’AVS. Mais, j’ai appris que c’est Otto von Bismarck qui instaura les assurances sociales (maladie, accidents, vieillesse et invalidité) en Allemagne entre 1883 et 1889. Cela relève du miracle pour moi. En Suisse, elle est entrée en vigueur le 1er janvier 1948. Cette année-là, monsieur Froidevaux a dit à d’autres patrons qui râlaient devant la charge financière qui leur était imposée qu’il était favorable à son application même si vraisemblablement il n’aurait pas à en bénéficier. C’est le portrait même de monsieur Froidevaux. Je ne connais pas les chiffres de l’époque, mais il est sûr que monsieur Froidevaux s’est rendu compte que cela n’allait pas suffire pour une retraite aisée de ses collaborateurs et c’est pour cela qu’il a créé son propre fonds de pension dont je parle dans l’autre article.

Dans les années 1950, s’installe, au dernier étage de la maison Froidevaux, l’avocat Jules Biétry avec sa famille. Jules Biétry, c’est à peine croyable, Lorsque j’étais enfant, il était le président de la caisse-maladie « Chrétienne sociale » et les bureaux étaient au Faubourg de l’Hôpital ; dans l’immeuble que j’habitais ! Je le revois, avec son chapeau noir et toujours plutôt… distant. Le fait de savoir qu’il a aussi participé au mouvement jurassien me le rend sympathique, chose que je n’aurais jamais crue.

En 1964, monsieur Froidevaux fait des travaux dans son entreprise et transforme les deux derniers étages en logements.

Voilà la piscine construite sur le domaine de M. Froidevaux et mise à disposition de ses employés.

La piscine. En regardant cette piscine, j’imagine la joie des travailleurs et de leurs familles. C’est magnifique d’apporter quelque chose aux autres, de rendre leur vie plus agréable. Je crois que c’est l’une des choses les plus importantes dans ce monde.

Les années 1970. Comme je le dis dans l’autre article, c’est la période de la crise et bien des entreprises horlogères ferment leurs portes. Dans le cas de monsieur Froidevaux, des proches ont participé à la débâcle. Lorsqu’un notaire neuchâtelois a regardé les documents que ces personnes avaient fait signer à monsieur Froidevaux sous prétexte de l’aider à redresser la situation, il a dit à Jacques que c’était fini.

En 1974, le chef comptable de l’entreprise, monsieur Charles Frésard, trouve du travail ailleurs. Monsieur Froidevaux lui fait un certificat en or et il signe. Voici sa signature.

C’est la signature de quelqu’un qui sait ce qu’il veut. La tonalité du caractère est donnée !

Ce qui est aussi remarquable de la part de monsieur Froidevaux c’est qu’il laisse partir le comptable qui a fait partie de son entreprise pendant 25 ans, qu’il comprenne qu’il aille travailler ailleurs et qu’il lui permette de garder le logement qu’il habite dans l’immeuble qu’il a fait construire. Monsieur Frésard dit que lui et sa femme ont été les premiers locataires de cet immeuble si élégant et commode, dont les dessins ont été faits par le fils aîné de monsieur Froidevaux, Philippe.

Quand je rends visite à quelqu’un, je ne regarde pas si le logement est comme ceci ou comme cela, ce qui m’intéresse ce sont les personnes qui l’habitent, mais chez les Frésard, chaque fois que je suis sur leur balcon, je dis : ah, quelle vue ! on se dirait à Monte Carlo. Il faut dire que monsieur Frésard nous offre un verre d’Armagnac dont la bouteille ne ferait pas rougir un lord, fume son cigare et met ses lunettes de soleil. Une vraie scène de cinéma. J’ai une pensée pour monsieur Froidevaux.

À propos d’Armagnac. À Noël, monsieur Froidevaux offrait aux hommes, à choix, une bouteille d’Armagnac ou de la Prunelle de Bourgogne et aux femmes, si elles ne voulaient pas d’alcool, une boîte de chocolats. Je me dis que c’était le bon temps. Cela me rappelle que mon bailleur, Pierre Meyer, offrait à ses locataires une belle boîte de chocolats à Noël aussi. Là, également, les choses ont changé !

Les sorties annuelles de l’entreprise. En plus de la visite à la foire de Bâle des cadres, monsieur Froidevaux organisait une sortie annuelle pour tous les employés et les frais étaient à sa charge. C’est ainsi qu’ils sont allés dans le Valais et au Lac de Constance, par exemple.

Probité de la fabrique d’horlogerie Froidevaux. Lorsque la situation horlogère suisse a commencé à devenir difficile, il a fallu se résoudre à des réductions de personnel et cela dans les règles de l’art. Toutefois, l’un d’eux s’est fait avoir par un vilain conseiller (il a été incité à attaquer l’entreprise, car, on le sait, tous les patrons profitent des employés… me dit la personne qui me donne le renseignement) et s’est porté partie plaignante pour une somme d’environ Fr. 2 600. –

L’affaire a été réglée au tribunal. Le chef comptable et son apprenti ont, de leur côté, montré leur décompte qui se montait à environ 2 900.-, somme, qui, comme on le voit, est supérieure à celle revendiquée. La juge a demandé au plaignant ce qu’il faisait là ! Le « conseiller » n’a su que dire et l’employé, tout déconfit, a dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait là et qu’il avait toujours eu confiance en l’entreprise Froidevaux.

Je crois qu’il n’y a rien d’autre à ajouter.

La montre Cadola de madame Froidevaux.

La montre du fils Denis, une Froidevaux qui avait un numéro de série derrière.

En montrant cette photo à Jacques, il me dit qu’il avait lui-même fait les plans et le dessin de la montre et qu’il était parti en voyage en Amérique latine avant sa mise en fabrication. Sa surprise a été de taille lorsque, se promenant dans une ville du Nord de l’Argentine, il l’a vue, à 10 heures du soir, dans une vitrine mal éclairée. C’était en juin 1972 ! Denis m’explique ensuite qu’il avait fait faire « sa » montre , sans marque, une fantaisie qui lui était passée par l’esprit. C’est ensuite aux ateliers Descombes, à la ruelle Vaucher, qu’il avait fait ajouter du radium – ce qui a été interdit par la suite – aux aiguilles et un trait aux heures pour voir l’heure la nuit.

J’allais m’arrêter là, mais j’ai rencontré la sœur d’André Oppel, Marie-Claire, qui m’a raconté que leur mère était amie de la femme de monsieur Froidevaux. Voilà encore une autre pièce dans mon tableau.

J’ai désiré faire aussi la photo du dos de la montre de monsieur Froidevaux :

On y voit le numéro de série 85273 No 1ce qui indique que la montre a un calendrier
18 K, 0,750, 180
J’ai tout à coup eu l’idée de refaire une photo de la montre de monsieur Froidevaux sur le couvercle de mon Mac. Je mets trois des photos. Si l’heure reste inchangée, ce sont les reflets sur le bas du cadran qui attestent que du temps est passé. On comprendra le pourquoi dans la suite de l’article.

Une idée a traversé mon esprit et je l’ai rendue réelle dans notre monde. Parfois, on ne sait pas pourquoi on fait telle ou telle chose :

La montre de monsieur Froidevaux sur mon poignet.

J’ai mis la montre de monsieur Froidevaux sur mon poignet. Cela m’a fait une émotion et j’ai pris une sorte de selfie, chose à laquelle je suis plutôt réfractaire. Puis, nous avons continué la conversation, monsieur Frésard, madame Frésard et moi. De temps en temps, je regardais la montre, me sentais émue de la porter et trouvais qu’elle allait bien sur mon poignet… Au moment de prendre congé, je remarque que le garde-temps marque 9 h 39. Je m’étonne qu’elle fonctionne. monsieur Frésard me dit qu’elle doit être automatique. Je fais le lien avec les modifications que l’autre horloger de mon monde, Abraham-Louis Breguet, a apportées aux montres. Cela signifie aussi que j’ai porté la montre une bonne demi-heure. Cela me procure une autre sensation, comme si trois temps s’étaient réunis !

Un autre lien s’invite. Le physicien Garnier Malet, parle des trois temps : le passé, le présent et le futur qui en certaines circonstances n’en font qu’un. Je ne sais quelle sensation on peut éprouver dans une telle situation, mais j’en éprouve une profonde au moment où je me sens unie, dans mon temps à moi, à Abraham-Louis Breguet et à monsieur Froidevaux et tout cela étant parti de documents qu’André Oppel avait faits, alors qu’il travaillait pour monsieur Froidevaux, que j’avais gardés et que le Musée d’Horlogerie Château des Monts du Locle a été heureux de recevoir.

Le téléphone no 6. Si vous aviez vécu dans les années 1930 et que vous aviez voulu téléphoner au grand-père de l’ancien comptable de l’entreprise Froidevaux, monsieur Charles Frésard, vous auriez dû composer le no 6. C’était le 6e téléphone de la région ! Je suis émue, une fois de plus. Voici une réclame qui trône chez monsieur Frésard petit-fils à la retraite.

Le numéro de téléphone figure en haut à gauche : Téléphone no 6.

Surprise ! Le mot est bien significatif et explique mon état. Hier, un 18 décembre, j’invite monsieur et madame Frésard venir voir un de mes spectacles – en tout on sera cinq personnes. Je décris l’événement ici. Mais la surprise vient du fait qu’à la fin du spectacle, je dis à mon public que monsieur Froidevaux aurait aimé le spectacle et qu’aujourd’hui j’apprends par Danièle, dont je parle un peu plus loin, que c’était le jour anniversaire de son père !

Les trois temps : présent – passé – futur. Ils sont une nouvelle fois présents ! Ils existent en même temps mais dans des espaces différents. Cela ne fait rien si vous ne comprenez pas. Mais ne trouvez-vous pas formidable que plus tard, dans la même soirée, regardant un film de fiction « Des gens qui s’embrassent » où joue le violoniste Ivry Gitlis que je connais et que j’aime beaucoup, je l’entende m’apporter une réponse à une question que je ne me suis pas posée ? Il dit dans le film (et donc me dit ce soir) que les montres à quartz s’arrêtaient lorsqu’on ne les portait pas quelque temps. Eh bien ! C’est ce qui est arrivé à la montre de monsieur Froidevaux, je me dis que c’est une montre à quartz qui à mon contact s’est remise en marche. Mais non, disent les fils de monsieur Froidevaux et son comptable. Il n’y a jamais eu de montres à quartz dans l’entreprise, c’était bel et bien une montre automatique. Cela ne fait rien, elle fonctionne après tant d’années et pour moi c’est un miracle.

Freddy Landry. Freddy me fait un clin d’oeil ce soir aussi. Il faut d’abord préciser que Freddy a été le prof de cinéma au gymnase de Danièle, l’une des deux filles de monsieur Froidevaux. Alors, pour en revenir à mon lien avec Freddy, lien lumineux avant son départ au ciel : nous avons longuement parlé et entre autres de films de fiction. Je n’avais aucune idée qu’on appelait ainsi certains films. Je suis maintenant initiée. Voilà pourquoi j’ai pu écrire, tout comme une personne éclairée, qu’il s’agit d’un film de fiction.

La crise horlogère et économique. La crise horlogère des années 1970 est due à plusieurs facteurs : inflation, concentration du capital avec force fusions, avancées technologiques, le choc pétrolier et la dévaluation du dollar. Si monsieur Froidevaux avait devancé ses concurrents suisses avec sa chaîne de production – je salue une fois de plus son esprit entrepreneurial – il reste que les Japonais avaient produit les montres à quartz en masse, que les prix de vente avaient donc baissé et que la conjoncture économique n’était pas en sa faveur. À cela s’est ajouté l’attitude inélégante de plusieurs partenaires et proches. Dommage. On critique souvent l’esprit des Suisses pour être restés fidèles à un genre de production familial. La critique est aisée une fois les choses passées… Mais, voyant le tournant économique de notre monde, je crois bien que la vie sociale s’en portait mieux que la nôtre. Je reste admirative de monsieur Froidevaux.

D’autres informations au sujet de monsieur Frésard : il était un supporter fervent de FC Cantonal – il avait des obligations de Fr. 500.- qu’il a données lorsque le club a fusionné avec FC Xamax – il avait sa tribune au stade, dans la ligne centrale, devant la cabine des reporters. Après, la saucisse de Vaud (je ne sais plus ce que c’est, il faudra que je demande à monsieur Frésard… J’ai oublié de lui demander ! Il faudra que je monte au ciel pour cela.

Il a également été le caissier du Showband les Armourins pendant vingt ans et il a voyagé avec eux en Europe. C’était pendant les week-ends.

2025. Le fils Denis, le propriétaire de la montre sans marque est parti au ciel en ce mois d’août. Il était un homme bon.

Liens :

  1. Fabrique d’Horlogerie Froidevaux, Neuchâtel ;
  2. Documents horlogers, André Oppel et le Musée d’horlogerie du Locle ;
  3. Une montre parmi les affaires d’André ;
  4. André Oppel : ses montres au Musée d’horlogerie du Château des Monts, Le Locle ;
  5. Abraham-Louis Breguet ;
  6. Jean-Pierre Garnier Malet, physicien ;
  7. Freddy Landry ;
  8. Charles Frésard est allé au ciel rejoindre sa Gretel ;
  9. Denis Froidevaux est parti au ciel.

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