Hooke & Huygens montre – Roger Peeters – Zully

Je suis Neuchâteloise et tout Neuchâtelois a dans ses ancêtres un horloger. N’étant qu’originaire du lieu, le destin se devait de réparer l’affaire et m’a fait rencontrer dans diverses dimensions des horlogers au sujet desquels j’ai écrit des articles sur ma plateforme. Mais, ce même destin s’est dit que je devais aller encore plus loin et a demandé à Roger de m’initier au secret des rouages d’une montre et là, là, je me sens vraiment neuchâteloise !

English version

Roger, ingénieur en mécanique s’est mis en tête de faire sa propre montre et il l’a réussie ! Il vient la montrer à l’exposition Time to Watches et m’invite à la présenter en sa compagnie. Sa montre n’est pas n’importe quelle montre. Roger est particulier, il a un sens prononcé de l’esthétique, de l’utilité des choses et de leur fonctionnement. Nous avons des conversations passionnantes à ce sujet. De plus, il a une tête qui n’arrête pas de penser. Il trouve plein de solutions ; certaines d’entre elles facilitent ma vie dans mon studio de danse. De plus, il a une culture générale qui dépasse les connaissances moyennes et il se forme dans bien des domaines tout seul. Je me perds, tellement il y a de choses à dire sur sa personne. Je reprends sa montre, sa montre est en forme d’anneau, de bague, on parle d’une forme annulaire et il a fallu adapter le mouvement, l’emboîtage, les aiguilles et introduire des nouveautés, Il a déposé cinq brevets pour cela, mais la liste pourrait être plus longue. C’est la première fois que l’on fait une montre pareille dans toute l’histoire de l’horlogerie ! Je répète, c’est bien la première fois qu’une telle montre est faite. Il ne faut pas se faire avoir par des montres qui ont aussi un bijou en leur centre, car dessous il y a le mouvement alors que chez Roger il y a un vrai vide. Tant les gens de métier que les collectionneurs et étudiants en horlogerie ou bijouterie qui l’ont vue l’ont trouvée extraordinaire, une réussite, ingénieuse, belle. La question qui ne manquait pas de suivre était : Comment a-t-il fait ?

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La montre magique à travers laquelle vous pouvez admirer le lac de Neuchâtel (le centre est donc vide), à gauche, et à droite, avec sa robe des heures et décorée d’une labradorite qui fait penser à une planète de notre univers. Les deux photos sont de Roger.
Remerciements au Centre culturel et d’information de l’ambassade du Japon à Berne.

Kai zen. C’est une notion japonaise que ceux qui font du marketing réduisent à un mot, kaizen, et qui signifie l’amélioration constante. Lorsqu’on invente une chose, on peut se satisfaire d’elle et la reproduire à l’infini ou, comme le font les Japonais, trouver de façon permanente des choses à améliorer et donc réellement développer l’idée, la création. C’est quelque chose que Roger pratique continuellement. Afin de ne pas faire d’erreur, j’ai demandé de l’aide au Centre culturel et d’information de l’ambassade du Japon à Berne et j’ai reçu l’image que vous voyez à droite. Je remercie vivement le responsable du service. Je le dis souvent, nous ne sommes rien sans les autres.

En ce qui me concerne, je n’avais pas conscience d’appliquer cette notion. Ce que je sais c’est que depuis l’enfance, j’aime reprendre les choses, les rendre plus belles, plus faciles et c’est un plaisir quand j’y arrive. Il est sûr que je n’ai pas le même vocabulaire que Roger mais la même intention pour sûr oui !

L’aventure avec Roger. Je suis entrée par la tangente dans l’horlogerie. Voir les articles sur la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux, Neuchâtel, et Abraham-Louis Breguet dont les liens figurent en bas de ce texte. Cela fait près de cinq ans que j’ai écrit le premier article, trois ans pour le second et il y a une année et demie, j’ai rédigé un article sur Beaumarchais qui a aussi été horloger, horloger du roi !, parmi une quantité invraisemblable de métiers. Et là, je trouve un point commun avec Roger : la diversité de centres d’intérêts, tous bien appréhendés et approfondis. Roger, je l’ai rencontré il y a environ sept ans et c’est d’abord lui qui est entré dans mes aventures. C’est grâce à lui que le Musée d’horlogerie du Château des Monts, au Locle, s’est enrichi des documents laissés par feu mon ami André Oppel et qui étaient en relation avec la fabrique de monsieur Froidevaux. C’est lui qui m’avait dit que le musée pourrait être intéressé. C’est aussi lui qui, lorsque je lui ai dit que je voulais voir quelque chose en relation avec l’horlogerie à Paris, m’a dit d’aller voir le musée Breguet. C’est comme cela que j’ai découvert ce dernier et que mon admiration pour l’esprit d’A.-L. Breguet a commencé. Puis, j’ai suivi quelques-unes des péripéties de Roger auxquelles j’ai participé de près ou de loin :

  • des quatre copains du début de son aventure, il en reste un ;
  • afin d’avoir une liste de fournisseurs, de pièces et de tout ce qui concerne sa montre, il se crée un tableau en Excel qui est absolument efficace. Il n’a pas besoin de chercher pendant des moments pénibles l’endroit où il a pu classer ceci ou cela. Il a tout sous la main. Cela fait un moment que je me dis que je vais aussi m’en inspirer. Je viens de le faire pour les mots de passe et autres informations des diverses compagnies et plateformes avec lesquelles je traite, chacune a sa logique et c’est compliqué de tout retenir. Une suite devrait voir le jour et me faciliter la vie. Avec un tableau Excel on trouve tout tout de suite ;
  • la recherche d’investisseurs. Tout un chapitre !
  • le 30 décembre 2021 Roger se trouve dans mon studio de danse et il reçoit un coup de fil d’un ancien copain d’études qui désire investir chez lui ! Cette magnifique nouvelle dans mon studio me fait me sentir partie prenante de l’aventure : j’ai assisté à un moment crucial, je suis témoin de la confiance que cet ami a en Roger et je trouve cela magnifique ;
  • Roger a besoin d’une plateforme pour faire connaître sa montre et, comme à son habitude, il étudie les possibilités qui s’offrent à lui. Il découvre que bien des bureaux qui proposent une plateforme à des clients ne font, en réalité, qu’utiliser des modèles à remplir, comme le mien. Bien souvent, je me dis que je suis limitée dans ma façon de mettre en évidence ceci ou cela. Mais, quand même, c’est moi qui écris tous mes articles et qui fais toutes mes photos et montages. Roger n’aime pas dépendre des autres, sait à l’avance l’allure que le site devrait avoir et se met à apprendre comment faire sa propre plateforme. Là aussi, il réussit. Si vous allez la voir, vous aurez toutes les informations sur une seule page que vous faites dérouler. Rien ne peut vous échapper. Sa façon est inhabituelle, ce qui peut étonner certains, mais Roger n’en a cure. Je vous l’ai dit, Roger est particulier. Pour lui, l’important est que tout soit sous la main ;
  • pour sa plateforme il a besoin de photos. Certaines, il les commande, mais la plupart c’est lui qui les fait ;
  • il a besoin d’un film ou deux ? Pas de problème, il les fait (direction, régie et montage) ;
  • il participe à l’exposition Time to Watches à Genève et il conçoit comment utiliser au mieux l’espace qu’il a. L’exposition n’a pas fini que Roger sait déjà ce qu’il va changer pour l’année suivante. Il sait aussi quelle allure aura sa montre dans une année, dans deux et dans trois ans. Je vous l’ai dit, Roger n’arrête pas de penser. S’il était Chinois, il s’appellerait :

Je reconnais le dernier idéogramme, celui de l’homme ; c’est le seul que je connaisse. Je trouve fascinante la faculté que l’être humain a eue de transcrire par oral et par écrit ce qu’il voyait, ce qui lui arrivait de tellement de façons différentes ! Lorsque j’ai montré les idéogrammes à Roger, il a également reconnu le même que moi et me dit que le limbourgeois, sa langue maternelle (maintenant vous savez qu’il est néerlandais) est la seule langue européenne à moduler les voyelles tout comme le chinois. Avec Roger, on s’enrichit tout le temps.

Je saisis l’occasion pour remercier monsieur Jaycee Fan, directeur marketing de la marque horlogère chinoise Behrens qui participait aussi à l’exposition. Il a eu l’amabilité de faire la traduction en chinois de l’expression qui caractérise si bien Roger. Je dirai plus bas quelques mots au sujet de cette entreprise.

  • Je reprends le fil avec Roger :
  • de plus, c’est un homme simple, qui aime plaisanter, qui est profondément honnête et un gentleman. Par exemple, sa montre en forme d’anneau peut se décorer avec divers objets : billes en métal, pierres semi-précieuses, voire précieuses ou même avec de minuscules sculptures. Si un client achète sa montre et a une connaissance qui pourrait lui faire la sculpture qu’il désire, c’est possible. De même, si un artiste désire proposer des sculptures qui pourraient plaire à ses clients, le client négocie directement avec l’artiste sans que Roger demande de commission. Pour moi, cela s’appelle de la noblesse d’âme ;
  • cette noblesse d’âme est celle que je retrouve chez Abraham-Louis Breguet lorsqu’il fait ses montres de souscription de façon à être réparables par n’importe quel horloger et pas seulement chez lui. Cela me fascine !

Le français. C’est une de mes passions. En écrivant une fois « Roger l’horloger », je dis à Roger qu’il y a rime et il répond qu’il y a mieux en néerlandais « hol Roger ! », soit « cours Roger ! ». Cela lui va si bien ! Bref, c’est parce que je faisais des recherches sur l’horlogerie que la chose est venue. Ma recherche m’a aussi amenée à apprendre que le premier horloger français dont on a trace, 1292, est Jehan L’Aulogier. J’aime ce nom !

Hol Roger et Horloger. On remarque qu’il y a le même nombre de lettres et les mêmes ! Prédestination ? Le fait est qu’à l’âge de 12 ans, il tripatouille son réveil pour qu’au lieu qu’il sonne à une heure précise, il envoie du courant à un câble afin que les rideaux de sa chambre s’ouvrent. Comment il a fait la chose ? Je n’ai pas bien compris, le principal est que cela fonctionnait : une goupille qui maintenait ensemble, au milieu de la fenêtre, le premier anneau de chaque rideau, se retirait par une charge électrique émanant du réveil et les rideaux s’ouvraient parce qu’un poids de chaque côté les tirait. Il me raconte aussi qu’il achetait des vieux appareils ménagers et qu’il les démontait pour savoir comment ils fonctionnaient. Si vous cherchiez un esprit curieux, vous l’avez trouvé !

L’idée de sa montre. Si l’idée d’une invention apparaît souvent tout à coup, on sait que les choses ne naissent du vide et qu’il y a tout un travail parfois conscient, parfois inconscient derrière. Roger avait déjà travaillé dans l’horlogerie, mais comme sa tête n’arrête jamais de penser, un jour l’idée de faire une montre en forme d’anneau avec un centre vide qui pourrait accueillir une décoration interchangeable lui est apparue, a atterri dans son cerveau, est née. Voilà le début de l’aventure. C’est une question qui lui a souvent été posée lors de l’exposition. C’est effectivement un sujet passionnant. Je dis souvent que ce n’est pas parce que vous mangez des fruits que vous aurez une pensée fruitée. Il y a des théories fort intéressantes sur le sujet dont celle du physicien Jean-Pierre Garnier Malet bien que lui, il dise qu’il ne fait que rappeler un principe vital que les anciens connaissaient.

Je parle d’intuition et Roger parle de certitude. C’est comme cela chez lui, il sait depuis dix ans que sa montre verra le jour et le jour arrive. Il sait que sa montre doit avoir telle ou telle caractéristique et pas une autre parce que c’est ainsi. Il dit, une Ferrari ne met pas son nom sur les pneus, ils doivent de toute façon être changés, alors ce n’est pas la peine. Je vous laisser réfléchir.

Roger pendant l’exposition : je le vois parler avec toute sorte de gens, des professionnels de la branche, des collectionneurs, des étudiants. Il trouve des sujets de conversation du fait qu’il a fait le tour du monde à vélo pendant trois ans, alors il connaît presque le monde entier, il connaît plusieurs cultures, parle six langues vivantes en plus du latin, il aime les arts, les voitures, la mécanique, la musique, a créé des meubles, il fait de la voile, il ne sera jamais à court d’idées. Alors qu’il est là pour sa montre, en parlant avec un jeune artisan qui lui raconte qu’il a créé une pièce spéciale, Roger lui donne une piste pour aller plus loin. C’est tout Roger. Je me dis que les êtres qui ont une âme noble sont ceux qui devraient nous gouverner.

Hooke and Huygens. C’est le nom de son entreprise. Au moment de donner un nom à son entreprise qui prend forme, il fait des recherches (personne ne s’étonne maintenant que j’ai dit comment il fonctionne) et se rend compte que ces noms ne sont pas associés à des entreprises alors qu’ils ont réellement innové dans l’horlogerie. L’un est Anglais et l’autre Néerlandais. Ils ont fait aussi plein d’inventions, mais tous les deux ont inventé le balancier spiral, ce qui a permis d’augmenter la précision de la mesure du temps qui jusque-là se faisait en heures. Depuis leur invention – l’un en 1665 et l’autre en 1670, sans que l’un sache que l’autre y travaillait, le temps s’est mesuré à la minute près ! C’est aussi Hooke qui en 1675 invente l’échappement à ancre pour les horloges afin de réguler l’énergie dans les horloges et Huygens invente l’horloge à pendule ! C’est tout à fait fascinant de voir comment les inventions des uns et des autres se suivent et sont à la base de l’horlogerie actuelle ! Je me dis que Hooke et Huygens, qui doivent dormir parmi d’autres étoiles, doivent se réveiller en entendant prononcer leurs noms aussi souvent !

Behrens Watches. Chez moi les choses se lient sans que j’en sois consciente. D’abord, j’avais pris des photos de personnes présentes à l’exposition et qui figurent dans cet article. Parmi elles il y avait des personnes de la direction de Behrens et je leur ai donné ma carte de visite pour qu’ils voient le résultat. Le hasard, fameux compagnon de ma vie, a fait qu’il y avait une erreur dans ma carte et afin de leur éviter des difficultés, je leur ai envoyé un message de correction. Désirant en savoir plus sur eux, j’ai fait un tour sur leur plateforme et ai appris que les dirigeants rendaient hommage à l’Allemand Peter Behrens, père du mouvement moderne en architecture et du design industriel de la fin du xixe au début du xxe siècle. L’entreprise a été créée en 2012. Je trouve cela formidable. J’aime les gens qui aiment l’histoire, cela en dit long sur eux, et me dis que Peter Behrens doit aussi se réveiller dans son étoile à entendre son nom prononcé aussi souvent. Je suis tentée d’écrire un conte où je réunirais Hooke, Huygens et Behrens autour d’une tasse de thé étoilée.

Mon aventure dans l’aventure de Roger. Un jour Roger me dit qu’il aurait besoin de moi pendant l’exposition. J’ai tout de suite accepté. Il m’a dit que je connaissais un peu le domaine, que j’aimais les gens et que je parlais plusieurs langues. À croire que le destin y avait mis du sien… Ensuite, il m’a consacré du temps pour me montrer comment sa montre fonctionnait pour que je puisse répondre aux visiteurs et aussi parce que cela m’intéresse. Pour moi c’est une expérience, c’est une aventure, c’est une formation, c’est un trajet de vie; c’est aussi participer à l’histoire horlogère dans son entier et neuchâteloise en particulier. Je me dis que je peux quitter ce monde en toute tranquillité. Bon, mais voir la montre de Roger de l’années prochaine me retient encore !

Inésdans la montre de Roger (montage par moi)

Expressions avec horloge, les heures, etc. Je disais plus haut que le français était l’une de mes passions. Il se trouve que les étudiants qui passaient au stand de Roger disaient à leurs copains de passer aussi. C’est ainsi qu’une étudiante, Inés de son prénom, arrive et qu’elle me dit que ce sont ses copains qui lui ont dit de venir. Je la félicite et elle répond : « Oh, il n’a quand même pas fallu renverser une horloge pour me faire venir ! ». C’était tellemenrt évocateur et bien venu que j’ai cru que l’expression existait. L’explication était tout autre, mais, je lui ai dit que j’allais l’introduite dans mon vocabulaire et la mentionner dans l’article et elle a posé pour moi.

2026 Je prépare un spectacle lecture-théâtre qui tourne autour du… mot et je saisis l’occasion pour parler du vocabulaire dans l’horlogerie. Revisitant mon vocabulaire, j’ai la surprise de voir que « renverser l’horloge » existe : ce serait une rupture avec le temps. On dit aussi inverser le temps. C’est ce qu’a fait la Bolivie en 2014 avec son horloge du Congrès dont la numérotation est inversée, les aiguilles tournent vers la gauche. Cette inversion est le signe que les pays du Sud ne veulent pas suivre aveuglément ce que le Nord décide. L’expression serait apparue au XIXe siècle.

Autres expressions : j’apprends qu’autrefois le mot horloge était masculin et qu’il en subsiste des traces comme dans « La rue du Gros-Horloge » à Rouen. C’est magnifique ! Alors, voici un florilège d’expressions avec ce mot et autres mots liés au temps :

  • À la bonne heure !
  • Avoir l’heure juste ;
  • Chercher midi à quatorze heures ;
  • Être en avance/retard sur son temps ;
  • Le chat est dans l’horloge ;
  • L’heure a sonné ;
  • Midi pétante !
  • Passer un mauvais/sale quart d’heure ;
  • Réglé comme une horloge ;
  • Remettre les pendules à l’heure ;
  • Se lever à l’heure des poules ;
  • Se lever de bonne heure ;
  • Une heure d’horloge.

Si certaines expressions sont claires, d’autres méritent une explication, par exemple : « Midi pétante » vient du fait qu’à Paris un canon solaire sonnait à midi et ainsi les gens pouvaient régler leur montre. Je trouve cela magnifique. Pour en savoir plus, allez chez Charlie Paris ; « Le chat est dans l’horloge » veut dire que le chat s’est réfugié dans l’horloge parce qu’il a y a une scène de ménage dans la maison et « Une heure d’horloge » est une heure pleine. Ce n’est pas une redondance comme « une heure de temps » (le temps étant toujours le temps) alors qu’on peut avoir une heure de joie, des heures magnifiques passées au stand de Roger !

Une locution en devenir : « C’est l’heure d’avoir une montre H&H ! » et qui, très certainement, en quelques années, pourra se résumer à « C’est l’heure d’avoir une H&H ! » pour signifier qu’il faut faire, avoir quelque chose d’unique…

L’histoire. J’aime l’histoire. Je répète très souvent que la branche la plus importante dans nos études devrait être l’histoire. Sans histoire nous ne serions pas qui nous sommes. On se doit de la connaître afin d’éviter des erreurs, on se doit de glorifier ceux qui nous ont ouvert des voies et Roger le fait en donnant à son entreprise le nom des deux horlogers qui ont marqué le début de l’horlogerie : (RUBRIQUE À COMPLÉTER)

  • Introduction : au début il y a l’observation du jour et de la nuit , les phases de la lune, l’observation des ombres, la division du temps en jour et nuit et chacun en 12 afin de mieux s’organiser. Ceux qui réussissent cet exploit ce sont les Babyloniens ! C’est lié à un système duodécimal pour compter : ils comptaient avec le pouce les différentes phalanges de la main, cela faisait 4 X 3 = 12, deux fois, et ainsi on a 12 le jour et 12 la nuit. C’est magnifique ! Il y a des plateformes passionnantes sur la Toile pour suivre tout cela ; de sorte que je saute à la façon dont on a réussi à réguler la vitesse des rouages :
  • 1657 – Hooke invente l’échappement à ancre pour les horloges ;
  • 1670 – Hooke et en 1675 Huygens inventent le balancier spiral, indépendamment l’un de l’autre, augmentant la précision de la montre d’heures en minutes. Une aiguille des minutes a donc été ajoutée ;
  • 1750 – Thomas Mudge a inventé l’échappement libre à ancre et autonome.
  • 1776 – Perrelet invente la montre à remontage automatique.

Ces inventions sont à la base des horloges et montres mécaniques d’aujourd’hui. Voilà les rouages qui ont inspiré Roger pour construire sa montre en forme d’anneau et à laquelle il a mit huit barillets pour qu’elle ait une réserve d’énergie d’une semaine.

Robert Hooke et Christiaan Huygens dans le tableau, à gauche, regardent Zully et Roger qui trinquent, à la fin de l’exposition, à une belle suite ! Photo prise par un ami de Roger.

C’est l’heure ! C’est l’heure de se quitter, c’est aussi l’heure de répéter que la montre de Roger est ingénieuse, jamais vue jusqu’ici et l’heure de vous diriger vers la plateforme de Roger : https://hookeandhuygens.com/#History

Liens vers :

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Hooke & Huygens watch and feet, by Zully

I like to photograph legs and shod feet, they tell so many things… This time I am taking part at the exhibition in Geneva. There are some forty brands : some are independent and new on the market, like our friend Roger Peeters, with his enterprise Hooke & Huygens, and other exist since a long time but their size is medium or small.

EN FRANÇAIS ICI

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Rogers watch is special, it is a ring shaped one, an annular watch (see pictures at right and left on the picture above). It is the first time in the history of horology that such a feat has been achieved ! Those who visited the stand found ingenious its shape, the way the hands move as well as its week-long power reserve. As the middle is empty, like a real ring, it is possible to decorate the watch with personal gems or sculptures that one can easily exchange.

On a next article I’ll let you know what the fact to participate to Roger’s adventure means for me. For the moment, let us say that I was requested to work on Thursday and Friday and that I went already on Tuesday to have a look and take the temperature. I also took time to take pictures of some shoes or feet positions that appealed to me.

Here you have the original picture: you see the dial, the hands and the decoration of its center.

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Here down you have the picture with my photos, version 1 : one can admire the hands and wonder how they can be able to run – there must be some magic or imagination, probably from both, as they are sisters – one can also admire the eight barrels (they are the ones that store the energy) elegantly connected with gear rings and, of course, the balancier at 12 o’clock.

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Version 2 : Do you know what a savonnette means in the world of watchmaking ? It is a watch that has a cover in front and one on the back. The onions or pocket watches that our grandfathers used to wear had them. They were made in order to protect them and in the end it became a discreet way of wearing a jewel since often they were very processed. By adjusting the photo, I give a cover to the watch, that anyway you recognize because of its crown at 2 o’clock. It is the single watch to have it at this place. It has many advantages, but to find out more you should go to Roger’s enterprise in Auvernier (next to Neuchâtel, Switzerland), or, if you are in a hurry, just go on his website !

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Images : a photograph is nothing without subjects ! I was not directly inspired by the shoes, but by what they tell about those who wear them. Everything is part of a whole.

Links to similar articles :

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Ma banque + billets de banque et actions (en cours)

Je ne pense pas être une personne attachée à l’argent, quand même lorsque santé et argent vont de pair, c’est une belle affaire !

Je ne sais ce qui m’a poussée à garder un certain nombre de choses, leur forme ? leur couleur ? leur symbole ? Je crois que ce doit être un tout, ces choses-là ont joué un certain rôle dans notre histoire. L’histoire, considérée comme une branche secondaire lors de mes études, me semble être primordiale. Tout émane d’elle. Je suis bien née hier, mais il y avait un avant-hier dont je suis le résultat et redevable.

En faisant de l’ordre dans mes affaires, je retrouve certains billets de banque. Certains, je ne sais depuis quand je les ai, mais à Noël 1982, l’UBS avait fait cadeau à ses clients d’un calendrier avec d’anciens billets de banque. J’avais gardé le tout. Maintenant que j’ai une plateforme, je me dis que c’est l’endroit pour l’exposer à côté d’autres choses du même genre que j’ai collectionnées au long de ma vie.

C’était en 1982 !

L’étonnement, la surprise, une joie profonde : c’est tout cela que j’ai éprouvé en voyant les billets de banque si bien encadrés. Je ne peux expliquer ma réaction. Encore maintenant, j’éprouve une sensation semblable. Il y a quelque chose de lié à la finesse de la présentation, au soin avec lequel celui ou de ceux qui les ont conservés et trouvés et, plus loin encore, autre chose qui doit être lié à ceux qui les ont eus en main, utilisés, vécu avec eux, à l’histoire qui nous a construits et, je répète, à laquelle je suis redevable. C’est tout un symbole.

Shanghaï.

Shanghaï, 1914.

L’Allemagne.

Marks allemands, 1910.
Marks allemands, 1910.
Marks allemands, 1920.
Marks allemands, 1920.

Les photographies. Je fais passablement de photos et si je m’y prends à deux ou trois reprises c’est pour avoir un autre angle ou parce que je m’y suis mal prise, mais c’est rare. Cette fois-ci, j’y dû faire plusieurs fois les photos ainsi que les montages. J’aurais pu laisser l’affaire ainsi, mais il me semble que la chose (en l’occurrence, le billet) me dirait : tu voudrais qu’on te laisse n’importe comment ? Et alors là, je ne peux que recommencer. Le plus compliqué a été celui ci-dessus. L’autre est celui d’en bas et j’avais le choix : belle photo toute plate mais peu lisible ou alors, chiffonnée et claire.

À propos du billet de Zwei Millionen Mark, vous remarquerez qu’au dos il n’y a pas d’inscription ni de signe… je suppose que « deux milllions » étaient suffisamment clairs pour ne pas avoir à se justifier par un dos !

Ici on est en 1923

La Russie. J’ai un faible pour la Russie. C’est ainsi. C’est comme l’amour, dans le cas présent c’est une histoire d’amour, et l’amour ne s’explique pas.

1898. On est au début de l’époque du règne de Nicolas II. Billet d’un rouble.
L’inscription dit que le montant est équivalent à une pièce d’argent de la même valeur.

L’inscription : oui, je me rappelle qu’au cours d’histoire, le professeur nous avait dit que les gens, au début de l’introduction des billets de banque, s’étaient montrés sceptiques parce que quand même le métal est le métal et le papier… du papier. Je trouve fascinant le monde des symboles et des croyances.

Les billets de 50 kopecks. Je voudrais pouvoir lire dans ces billets toute l’histoire qu’ils portent. 1915, c’est vers la fin de l’époque de Nicolas II, époque qui annonçait la fin d’une période et le début d’une autre. Nous en sommes au même point.

Remerciements. Ils étaient sous-entendus, mais cela vaut la peine de remercier directement ceux qui ont pensé à faire ce calendrier, ceux qui l’ont composé, ceux qui ont assemblé les billets, ceux qui les utilisés sans les abîmer, ceux qui les ont fabriqués, ceux qui les ont conçus, ceux qui ont travaillé pour leur donner une valeur, etc. Les remerciements forment une chaîne qui m’amène souvent à la création de l’univers. C’est un exercice que je pratique et qui me fait prendre conscience que tout fait partie du tout, du un. Il va de soi que les actions qui suivent ont droit au même traitement !

DES ACTIONS

J’avais mis ensemble les billets et des actions de chemins de fer. Les chemins de fer, je crois bien que j’ai acheté ces actions lors d’une vente organisée au Bureau international du Travail pour un bénéfice social dont je ne me rappelle pas le but. Mais, ces actions m’avaient attirée. Les chemins de fer sont le premier grand bouleversement industriel ayant des répercussions très rapidement sur tous les domaines de notre culture. Je pense parfois à ces moments, moments où ceux qui transportaient des marchandises et des passagers sur la route ont dû cesser leur activité car dépassés par le chemin de fer. Je me suis souvent dit que cela devait nous servir de leçon pour prendre soin de ceux qui « restent » sur la route quand on introduit des changements. Il semble que là aussi on en soit au même point.

Voici des actions de la Société générale des chemins de fer économiques, S.A. (France), 1880. La société a été constituée suivant l’acte passé devant Me Duplan, notaire à Paris, les 7 et 9 juillet 1880 et les assemblées générales des 7 et 15 du même mois. D’après ce que j’ai compris, il s’agit des réseaux secondaires en France. Jusque là, c’était l’Etat qui assurait les investissements d’infrastructure, avec ce nouveau moyen de locomotion, la chose change.

Le document n’est pas en très bon état, aussi, ai-je dû faire un montage, mais le tout y est.

Voici les actions de la Société nationale de chemins de fer en Colombie, S.A. dont le siège était situé à Bruxelles, 1923. La société a été constituée par l’acte passé devant Me De Leener, notaire à Saint-Gilles-lez-Bruxelles, le 3 août 1923. Les parts sont de 200.- francs chacune. La Colombie et la Belgique ne sont pas frontalières, mais les capitaux ont leurs caprices !

Mon diplôme d’économiste. Je n’ai pas l’âme marchande, mais l’histoire et le chemin économique vont de pair. La plupart des emplois que j’ai eus ont mis en relation le champ économique et le champ social, j’ai eu de la chance ! Maintenant que je photographie ces billest de banque et ces actions, je me dis que le sujet est passionnant. Ce sera pour une autre vie…

Liens vers des articles liés à ma banque :

Liens vers des articles liés à mes histoires :

Cinderella, sudoku and life : which common points ?

VERSION FRANÇAISE ICI

I am fascinated to see how many common points one finds in so different domains as such mentioned above !

Cinderella. Iteach a course called « Body and Mind Workshop ». It is about life and the way we look at it. But on the background there is the following leitmotiv : in order to be able to go the the prince ball, one needs an invitation ; in order to attend the invitation, one needs a proper dress ; in order to have the appropriate dress you need to have enough money to buy it or to to make it yourself. You also need the accessories that go with it ; before you wear it you must have taken a bath and so on. Once you have all that, you can attend the price ball.

Sudoku. Well, if we have a game grid, we cannot just say : « I want to till this line or that square fors ! » One has to find the logic that induces us to suddenly find the beginning of a line or square, then the same logic drives to to another part of the grid and only when things are ready you can finish the line or square we started with. A sudoku party is not like we want, but once we find the logic we can have a whole.

Life. It is the same with life. It is not what we want that necessarily comes, sometimes even, comes what we wouldn’t like ! It can be that what we want is not good for us or that it is too early for it. Sometimes we also change our minds and life presents us other opportunities, other paths more flowery and sunny than those we would have chosen. Sometimes it is life that drives us from here to there. In the end, life makes also a whole. A More over, if Cinderella is a story in a book, sudoku a game in a grid, all information we get in this life fills our body, our cells. We don’t always thik about this aspect. This whole fills us and we take it with us when we leave this world. Never mind is we don’t believe in a spiritual dimension, it is enough to think « matter », all matter has a memory, a frequency.

The common point between this three domain is that we have to go to the end in order to have a whole. They all present difficulties in order to achieve unity ; but the most difficult by far is life, as it takes a whole life in order to have a whole picture. One cannot say ; »I stop for a while », as our time dimension never stops in our world. Cinderella tale, we can read it for a while and put it aside ; a sudoku grid, we can just give up, but life is our challenge, our stake. The joy when Cinderella meets her prince, the pleasure we have once we have completed a grid, the peace and happiness one must have when we know we have let the life were supposed to…

I could finish the article here, but I think it is important to mention some keys we have at our disposal in order to overcome life difficulties, hindrances. If we read the life of some famous people, if we listen to people around us, and if we pay attention to our way of acting, there is often « intuition ». It is a guide. Very often doubt and fear impeach us to follow it. Further on, there is the role of thought and I had the chance to meet the physicist Jean-Pierre Garnier Malet (link at the bottom of the text) who treats the subjetc very well ; everything we do and think has repercussions, all what we to to others, all what we think of others, all what we do to ourselves, all what we think about ourselves has an effect, absolutely everything and as we constantly are having new cells that we fill in with our memories… I leave the the final word to you.

Links:

Conversations de rue en patchwork.3

J’aime parler avec les gens. Les mots partent sans que j’y pense.

1. Des pianos à vendre à Fr 50.- par mois. C’est l’annonce que je viens de voir à la vitrine de Hug Musique Neuchâtel. Je me dis qu’elle doit intéresser bien des gens. Plus loin, je croise un monsieur de haute stature, cheveux blancs. On sait plus ou moins qui est l’autre. Je sais qu’il est lié à la maison Hug. Je lui dis :

  • Ainsi, vous vendez des pianos à Fr 50.- par mois ?
  • Comment ?
  • Les pianos…
  • J’ai joué du piano, mais maintenant mes mains… je jouais, mais mal.
    • J’esquisse un sourire.
  • Elle se moque de moi parce que je jouais mal !
    • Je rigole franchement.
  • Mais elle se moque de moi.
  • Pas du tout, c’est parce que vous êtes modeste.
  • Comment avez-vous deviné mon jeu ?
  • Je ne sais pas, il y a des choses que je sais sans pouvoir les expliquer.
  • Vous êtes observatrice. Je vous avais jaugée depuis longtemps. Au revoir.

Le verbe « jauger », c’est tellement joli. Je ne l’accolais qu’au monde de l’automobile. Ce monsieur, que j’ai croisé pendant des années sans rien lui dire sauf une fois ou l’autre « bonjour », vient d’entrer dans mon monde. Cela me remplit de bonheur (la prochaine fois, je lui demande son nom).

2. Conversation télépathique et gestuelle avec une enfant. Je suis dans le bus et une maman entre avec une poussette où il y a deux enfants, l’un presque sur l’autre. Elle prend l’enfant de dessus et l’assied sur un banc du bus puis remet mieux en place le plus petit. L’enfant sur le banc est une très jolie fillette qui une fois assise s’accroche à la barre qui empêche les passagers de tomber lors d’une secousse. Une fois qu’elle est bien installée, elle me fait signe qu’elle a tout ce qu’il lui faut. J’empoigne la barre qui est devant moi et on est à égalité. La fillette me sourit. Comme je suis assise près de la porte, j’ai plutôt une double barre horizontale et une verticale ; je peux donc me tenir de deux façons et je m’accroche alors à la verticale, puis, je joue et me tiens tantôt à l’une et tantôt à l’autre. La fillette sourit encore, regarde autour d’elle et voit que sur la paroi du bus, à sa droite, il y a une sorte de manette et s’y agrippe. Elle me regarde en souriant. On est à nouveau à égalité ! On pourrait même dire que dans ce monde, elle et moi vivons la même expérience sans tenir compte de nos différences. En réalité, nous sommes unies. La maman me regarde et par signes je lui dis que la tête de sa fille marche très bien. La maman sourit aussi. J’ajoute :

  • On n’a pas besoin de mots pour communiquer !
  • Elle a aussi appris le langage des signes avec les mains. Cela aide. Le langage est dans les mains.
  • Dans tout le corps, ajouté-je.
    • Il doit s’être passé quelque chose parce que la maman me dit :
  • Elle me dit de m’écarter parce qu’elle ne vous voit plus !
  • Quel âge a-t-elle ?
  • Deux ans et demi.
  • Magnifique.
    • J’arrive à destination et nous nous disons au revoir avec les mains et les yeux. J’ai une nouvelle amie dans mon monde.

3. Je cours à une vitesse de croisière. Je cours le long du lac pour aller me baigner « à ma place ». Je me fais dépasser par une trotinette à toute vitesse conduite par un jeune homme. J’arrive à un endroit où il y a une table entourée d’un banc. Je vois le jeune homme grimper sur le banc, s’asseoir sur la table, poser les pieds sur le banc et sortir une cigarette. La cigarette a l’air d’avoir été faite à la main, elle est d’une couleur verdrâtre, brunâtre.

  • Vous m’avez dépassée pour venir fumer une cigarette ?
  • Oui.
  • Et pourquoi est-ce que les jeunes s’asseyent en posant les pieds sur le banc ?
  • Vous avez raison (et il laisse les pieds pendre).
  • Et qu’est-ce qui fait que vous fumiez ?
    • Je sens que le jeune homme cherche des mots.
  • Vous savez ce que fait la fumée ?
  • Cela empêche de bien dormir, on mange ce qu’il ne faut pas, abaisse le niveau de concentration…
  • Et encore ?
  • Vous introduisez une augmntation de température dans la bouche et à la longue les dents se déchaussent et finissent par tomber ; votre volume respiratoire diminue.
    • Le jeune homme m’écoute et ajoute :
  • Je sais, j’essaie d’arrêter. Mais ce n’est pas facile.
  • Vous faites quoi dans la vie ?
  • Je fais le service dans un restaurant.
  • Trop de stress ?
  • Non.
  • Les collègues, un chef ?
  • Non. Tout se passe très bien dans mon travail que j’adore.
    • Au fond,je n’ai pas besoin de connaître la raison.
  • Vous êtes médecin, psychologue ? demande le jeune homme.
  • Non, je suis économiste, ai une école de danse et me suis tojours intéressée à la façon dont les élèves faisaient tel ou tel pas. Cela dit tellement de choses. Les aider à mieux se comprendre est un plaisir.
    • Le jeune homme m’écoute tout en fumant.
  • Je vais vous raconter une histoire, poursuivis-je.

Je rentrais avec mon ami d’un voyage en Chine et dans l’avion nous avons eu un Chinois à côté de nous. Il fumait. Je lui ai demandé le pourquoi. Il m’a expliqué qu’il avait fait partie d’une série d’étudiants envoyés en URSS lorsque la Chine et l’Union soviétique sont devenues amies. Il étudiait la physique. Chaque année, les étudiants avaient le droit de passer les vacances chez eux. L’Union soviétique offrait le voyage. Le Chinois s’est dit que l’URSS faisait tellement pour lui qu’il ne voulait pas abuser et n’est donc pas allé voir ses parents pendant ses études. Arrive la dernière année, celle où il devait décrocher son diplôme. Mais, voilà que l’amitié entre les deux pays s’est refroidie et que les étudiants ont été renoyés avant d’avoir leur diplôme. Rentré en Chine, il a été envoyé travailler dans les rizières. C’est là qu’il a commencé à fumer.

Je lui ai fait remarquer qu’il s’était puni lui-même. Son champ d’action s’était trouvé réduit à l’extérieur, il n’avait pas pu finir ses études et donc il avait aussi réduit son champ respiratoire. C’était clair.

  • Vous parlez avec beaucoup de sagesse.
  • J’espère que quelque chose aura pris.
  • Moi, c’est Thomas et vous ?
  • Zully.
  • Bonne fin de journée !
    • Je pars puis retourne sur mes pas.
  • J’ai une rubrique dans ma plateforme destinée à des conversations comme celle-ci. Je vais l’écrire…
    • Quelque chose se passe dans le jeune homme. Nous nous sourions et je pars.

4. Conversation dans une fromagerie de la ville :

  • Vous désirez ? me demande un grand et beau jeune homme.
  • Un demi munster (je me dis que la consonance étant allemande, je prononce « mounster »).
  • Un demi munster (et le jeune homme prononce « manster »).
  • Vous prononcerz comment ?
  • Manster, c’est un fromage alsacien.
  • Ah, j’ai appris quelque chose. Merci.
    • Je souris et le jeune homme sourit.
  • Je le dépose dans un cornet ?
  • Non, merci.
  • Alors, je viens vers vous vous rendre la monnaie, dit le vendeur avec un sourire encore plus ouvert.
    • Voyant son amabilité, je melance :
  • Vous savez, du temps de vos arrière-grands parents, quand ils allaient à l’épicerie, ils achetaient 10 centimes de riz ou de sucre et c’était enveloppé dans un cornet (je mime la forme du cornet). Il nous est resté le cornet de glace.
    • Les mots traversent l’esprit du jeune homme.
  • C’est du neuchâtelois.
  • Cela ne fait rien, vous êtes un beau jeune homme et vous méritez d’utiliser un beau langage !
  • Dans ce cas et après un tel compliment, dit le jeune vendeur avec un sourire lumineux, je vous ouvre la porte !

5. Une fois de plus, je cours le long du lac pour aller me baigner. Un cycliste vient en sens inverse. Il s’attend à ce que je me déplace. Il se trompe. À ma grande surprise, je le vois descendre de son vélo, le poser à terre et faire un grand geste avec ses bras et le corps. Je n’ai rien compris et ai continué à courir sur ma ligne droite. C’est après coup que j’ai compris qu’il m’a fait une révérence et cédé le passage. Je n’ai pu le remercier car il était parti.

6. Je me désabille pour aller me baigner et entends un couple discuter dans une langue étrangère que je connais. Ils sont loin mais parlent très fort, surtout lui. Je dois hurler en français à quatre treprises avant que la jeune femme me regarde ; ce n’est pas la peine de leur parler dans leur langue:

  • Combien de kilomètres vous séparent ? Vous parlez vraiment fort !
  • Cela vous dérange ?
  • Tout le monde vient chercher la tranquillité et vous parlez tellement fort…
  • Occupez -vous de votre baignade et (je n’ai pas entendu le reste parce qu’elle parlait en s’éloignant).
  • Vous maltraitez votre propre ouïe ! ai-je hurlé.

Cela m’énerve, ces gens qui vous envahissent dans des endroits aussi beaux et calmes. Tout à coup, le monsieur s’adresse à moi :

  • Excusez-moi, madame !

Je le remercie et mets ma main sur mon coeur pour lui faire comprendre que j’apprécie sont attitude. La jeune dame devrait aussi recevoir mes remerciements car elle a traduit mes mots mais elle ne me regarde pas.

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Main brûlée au fer à repasser ou hommage à Elizabeth Arden

Je sais, par expérience, qu’il ne faut jamais faire un travail artistique en étant poussé par la hâte. Le moment idoine s’annonce tout seul. Mais, là, j’avais promis un travail à une personne qui n’arrête pas de penser et qui, je le sentais, se demandait pourquoi je tardais tant. Bref, je me lance.

Je prépare le tissu auquel je donnais forme. Il part dans un sens, dans un autre et finalement, j’arrive à le fixer. Je prends le fer à repasser pour faire des plis sur le tissu. Je l’avais mis dans un endroit inhabituel et là… pour une raison qui m’échappe, je passe la main sur la semelle, or j’avais oublié que j’avais branché le fer… J’ai senti ma main toucher une surface extrêmement, extrêmement chaude. J’ai posé mon fer et suis allée passer ma main sous l’eau froide. Un bon moment. Je vais à l’ordi et regarde ce qu’il faut faire dans un cas comme le mien. Je sais que sur la Toile, on y trouve à boire et à manger. J’ai vu « cinq minutes sous l’eau » sur diverses plateformes. Je retourne à ma cuisine et compte très lentement 5 X 60 secondes. Je me dis que c’est bon et mets une crème grasse. Seulement, ma main devient toute rouge et pique très fortement, c’est comme un bataillon au trot !

Je téléphone aux urgences. Forte d’une expérience précédente, je demande si la personne qui répond est du corps médical. Non, me dit-on. Je dis que j’ai besoin de parler à un infirmier et donne mes raisons. Mais, il faut se décliner et dire si on est allergique à quelque chose, si on prend des médicaments, quelle couleur a la peau, si on a des vertiges, etc. Et, avant cela, on a droit à tout un discours sur un tas de choses qu’il ne vaut pas la peine de mentionner. Puis, enfin, j’ai un infirmier qui me dit :

Je cours remettre ma main sous l’eau ! Je discute avec l’infirmier qui a l’air de bien connaître le domaine. Le temps que j’explique et que l’on fasse des essais, on conclut que je peux rester encore un bon moment sous l’eau. Ensuite, je pourrai mettre une crème grasse pour hydrater la peau. Il me donne des noms de crèmes que je n’ai pas. Je lui parle de la Crème de huit heures d’Elizabeth Arden. Quelle chance, il la connaît et dit que c’est une excellente idée. Une demi-heure plus tard, je conclus que je peux fermer le robinet ; mais ma main… recommence à redevenir rouge. Je rappelle l’infirmier qui me dit de prendre un récipient avec de l’eau, y mettre ma main et d’aller aux urgences.

Pourquoi la peau pique-t-elle ? C’est la chaleur qui est entrée dans la peau ; on parle de chaleur accumulée. Elle continue d’attaquer les couches inférieures de la peau.

Pourquoi sous l’eau ? L’eau refroidit la peau ; en pénétrant, elle refroidit les couches en profondeur, là où cela continue de brûler à cause de la chaleur qui y a pénétré.

Aux urgences. En tout, je suis restée pendant deux heures avec la main dans l’eau. Aux urgences, on m’a mis une crème et des bandages à garder si possible 24 heures. Le médecin m’a conseillé de prendre des tablettes contre la douleur, mais j’ai dit que cela ne faisait que masquer l’affaire et que je tenais à savoir jusqu’où cela allait. Il a insisté et moi aussi. On s’est quittés en de très bons termes. Il m’a recommandé de garder le bandage trois jours.

Les gens impressionnés. Ceux qui m’ont rencontrée en ville ont été impressionnés tant par le bandage que par le fait que l’on ne me voit jamais malade.

La Crème des huit heures d’Elizabeth Arden. Ces bandages au bout des doigts ne tenaient pas très bien et j’ai dû les changer avant même 24 heures. L’avantage a été que j’ai vu que la crème avait disparu et je l’ai remplacée par celle d’Elizabeth Arden, trois fois par jour. Pour tout dire, je suis plutôt économe, mais là, j’ai mis des couches de crème assez généreuses. Cinq jours plus tard, j’ai enlevé le bandage et des cloques s’étaient formées au bout des doigts et sous le majeur. Je les ai percées à deux endroits avec une épingle désinfectée. J’ai commis l’erreur d’en ouvrir une parce qu’un bout de peau ressortait… J’ai dû recouper et recouper mais aujourd’hui, treize jours plus tard, la sensibilté de mes doigts est parfaite et la structure de ma peau aussi. Personne ne dirait que je me suis brûlée. Alors, merci mille et une fois à Elizabeth Arden.

La légende de la crème. Quand je l’ai achetée, la jeune vendeuse m’a raconté qu’Elizabeth l’avait créée pour ses chevaux et qu’un jour, une amie lui avait rendu visite avec sont fils. Ce dernier se blesse au genou et Elizabeth n’a que cette crème sous la main, la lui met. Huit heures plus tard, la peau s’était refermée. Cette crème ne se trouve pas en pharmacie, mais cela ne change rien à son effet !

Ma voisine de 94 ans qui s’appelait aussi Elizabeth avait une crevasse. C’est pour elle que j’ai acheté la crème la première fois. Quand elle a remarqué son effet, elle s’est exclamée « Sacrée Elizabeth ! ». Comprenant qu’elle s’adressait aussi un compliment à elle-même, on a éclaté de rire. Par la suite, j’ai aussi conseillé cette crème lors de différents problèmes de peau, toujours avec de l’effet.

Un mot sur Elizabeth Arden. Je cherche une biographie à son sujet. Pour le moment je sais qu’elle est la première personne à avoir vendu des produits de beauté avec son propre nom associé à des produits de beauté. Elle est aussi la première à en avoir fait une production industrielle . Elle a également ouvert les premiers « Spa » et est la première à avoir formé du personnel pour conseiller la clientèle. Elizabeth Arden était une femme avisée et ne peux que rejoindre feue ma voisine en disant « Sacrée Elizabeth ! ». À l’époque, trois grands noms étaient connus dans tous les pays : Singer, Coca-Cola et Elizabeth Arden !

Le parfum Red Door. Je finis l’article en disant que dans mon armoire à parfums, Red Door, parfum d’Elizabeth a une place de choix !

Une liste de « Mes histoires » :

Autres sujets liés à la santé : argile – chlorure de magnésium – clous de girofle – histoire de dents – le kéfir de fruits – la vue, les yeux.

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La danse, toujours la danse, et un musicien de rue : Jean-François Beuchat

Les musiciens de rue de Neuchâtel m’ont souvent bien inspirée. C’est le cas avec un musicien que j’ai entendu hier en ville.

Un air de musique populaire, une marche très rapide. Voilà ce que j’entends en allant déposer une partie des costumes de mes spectacles que je viens de laver. Chaque année c’est le même exercice : mon studio est humide et je dois, chaque été, tout sortir, laver, mettre au soleil. Je m’approche du musicien et lui demande s’il a un CD :

  • Malheureusement pas ici, à la maison, oui.
  • Avec ce morceau ?
  • Il y a des musiques populaires, du classique, du clavecin…
  • Mais pas ce morceau ?
  • Non.
  • Vous pourriez l’enregistrer ?
  • Non… mais si vous avez un téléphone portable…
  • J’ai un enregistreur. On fait quand ?
  • Demain ?
  • Oui.
  • On se retrouve à cette place à 11 h ?
  • Parfait !

Le lendemain, soit aujourd’hui, j’arrive avec du retard. J’ai eu beaucoup de travail avec le lavage de mes costumes et ai très peu dormi. Mais, arrivée en ville, j’entends la musique de l’accordéon et me laisse guider par elle. On convient de se retrouver à midi. À 12 h 30, il faut qu’il quitte sa place de parc. C’est calculé un peu juste, me dis-je.

Sur le chemin. Je lui demande comment il en est venu à jouer de l’accordéon. C’est sa mère qui l’a initiié.

Enregistrement. Il entre dans mon studio, a un son d’étonnement et de plaisir en découvrant le lieu ; je lui dis de s’installer sur scène, sur une chaise. Il me demande si je veux le même tempo ou plus lent ou plus rapide que celui d’hier. Je n’y ai pas pensé et lui demande de garder le même. On compte, un, deux, trois et j’enregistre.

Parfait. C’est une musique très entraînante et le musicien est vraiment bon. Je me dis que la même musique un tout petit peu plus lente… Je demande au musicien s’il peut la jouer un peu plus lentement. afin de m’éviter de courir tout le temps sur scène. Il s’exécute et j’enregistre une nouvelle fois. Je lui dis que je me suis inspirée pour bien de mes danses de morceaux interprétés par des musiciens de rue. Je lui dis que je suis à la croisée de chemins et que je reprends mes spectacles intimistes. C’est l’activité qui embrasse tous les domaines de mon existence et qui me permet de communiquer avec plusieurs personnes en même temps.

  • Je voudrais faire un article sur vous sur ma plateforme. Il faut qu’on se revoie.
  • Lundi je reviens en ville et vous apporte une biographie. Je prendrai aussi le 45 tours que je vous offre et le CD.
  • Et pour maintenant ? Je vous dois combien ?
  • RIen, pour cinq minutes, rien.

Je me dis que je suis bien tombée, qu’on agit de la même façon.

  • Je voudrais vous faire une photo pour l’article. Au fait, vous vous appelez comment ?
  • Jean-François,
  • Zully, enchantée !

Voilà, c’est souvent ainsi que cela se passe ; l’art avant tout. Je dois dire que je connais un tas de monde dont j’ignore le nom. Pour moi, le plus important ce sont les messages que nous nous transmettons à travers des dimensions non tangibles. Il faudra aussi que demande le titre du morceau.

Il trouve qu’il est habillé en touriste… Ce qui m’intéresse c’est sa tête. C’est quelqu’un de franc, de direct et de jovial. Nous sommes devant la porte de mon studio. Je viens de la huiler ce qui explique pourquoi et l’enseigne et les différentes décorations sont absentes.

Curriculum vitae. J’avais demandé à Jean-François de m’apporter un CV pour mettre des informations sur lui sur ma plateforme. Il me l’a déposé à la porte du studio. En lisant la première phrase, je lis un nom. Suite au paragraphe suivant.

Jean-François Beuchat et Michel Dénériaz. Jean-François a fait sa première émission radio avec M. Dénériaz. C’était en 1968.

Michel Dénériaz ! Cela fait un bail que je n’ai entendu prononcer son nom. J’aimais bien cet animateur d’émissions de la Télévision suisse romande (TSR). Il avait une voix profonde, aimait la langue française et les bonnes manières. Je pense parfois à lui, notamment lorsque les gens portent leur parapluie et qu’il ne pleut pas (clin d’oeil à ceux qui connaissent Alphose Allais). Voici l’illustration :

La pluplart des gens portent le parapluie, quand il ne pleut pas, à la façon du no 1 ; or, lorsqu’ils se retournent,parexempl, et qu’il y a quelqu’un derrière… Michel Dénériaz devait être exaspéré au point de mentionner l’affaire dans une émission. Je ne peux oublier ce moment de logique ! Je me permets de temps à autre de transmettre l’information, tout en indiquant la source, à l’un ou l’autre des porteurs de parapluie qui croisent ma route.

Carrière de Jean-François. Il est un musicien accompli : accordéoniste et pianiste avec des diplômes. Non seulement il joue de ces instruments, mais il les enseigne aussi et, de plus, il est compositeur ! Il joue en solo et avec des orchestres. Il est aussi membre de la Société suisse de pédagogie musicale (SSMP) ainsi que de celle qui s’occupe des droits d’auteur d’oeuvres musicales (Suisa). Il a obtenu plusieurs prix et des médailles d’or. Il joue en Suisse et au Portugal. Comme vous le voyez, il ne lui manque rien !

Un 45 tours. Quand j’avais demandé à Jean-François s’il avait un CD, il m’avait dit qu’il avait aussi un 45 tours qu’il allait me donner. Je l’ai reçu et je viens de l’écouter. Que dire sinon que la musique qu’il joue me met de très bonne humeur, me réjouit, me rend gaie ! Je fais une photo-montage avec ce 45 tours.

Ma préférence va pour le premier morceau « La Marche du vingt-troisième canton », composé par… devinez ? Bien sûr, par Jean-François !

Le vingt-troisième canton… ce doit être un hommage au canton du Jura. J’ai, bien sûr, suivi la naissance de ce canton, mais il est entré en moi de façon particulière via René Froidevaux, propriétaire de la « Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. – Neuchâtel » où feu mon ami avait travaillé. M. Froidevaux avait beaucoup milité pour ce canton, du point de vue politique et financier. Tomber sur Jean-François qui a composé une musique pour lui me donne l’impression d’avoir une nouvelle pièce d’un puzzle d’une autre dimension. Je dois préciser que j’ai mis le disque sur mon tourne-disques sans regarder les titres. Ce n’est qu’après que j’ai fait le lien… C’est fabuleux de voir combien les événements se croisent dans ma vie.

Réparation et rangement = mettre de l’ordre en soi.6

Ici, plusieurs notions s’entremêlent : le soin pour un objet qui a des années à son compteur, la persévérance, le « kai zen » (en résumé – la notion japonaise qui veut dire « toujours améliorer »), le symbolisme, et le hasard, qui n’existe pas, qui prend, à Paris, des allures d’hôtel de la Poste et d’Ali Nasr.

Un sac acheté dans les années… je ne sais plus, mais, je vois encore l’endroit où il se trouvait et le signe qu’il m’a fait pour que je le prenne. C’était l’époque où l’on faisait des articles de bonne qualité, faits pour durer presque une vie. Le « presque » est arrivé il y a bien des années. Voici sa présentation :

Services rendus. J’ai utilisé le sac comme cartable, puis l’ai laissé reposer et, depuis que j’ai un ordinateur portable, il fait partie de ma vie de tous les jours, pour ainsi dire. Donc, le « presque toute une vie arrive » : tout d’abord, l’intérieur de la partie qui se rabat s’est effrité. J’ai commencé par me dire que c’était une évolution normale, un fait ; puis, un jour, au début des années 2000, qu’il m’est resté un bout d’un tissu noir brillant utilisé pour décorer une table pour un spectacle, je l’ai mis à mon cartable qui a retrouvé une deuxième jeunesse. Comme on le voit, elle est encore d’actualité.

Évolution. J’ai maille à partir avec la notion du temps et les ravages qu’il imposerait. Je me dis, depuis très longtemps, que ce ne doit pas être une fatalité, que le Créateur ne peut pas nous avoir créés pour devenir moches ni pour que les choses se dégradent ; d’ailleurs la matière qui nous compose est celle qui existe depuis le début de notre création, or elle crée de nouvelles formes tout le temps et en bon état, alors… Mais, force a été de constater que des coutures ont « lâché » sur le haut des côtés. J’ai mis une bande collante, mais elle n’a pas tenu. C’est mon cordonnier local qui a mis un peu d’ordre en cousant un bout de cuir brillant. Je lui suis reconnaissante.

Évolution encore. Vous l’avez remarqué, mon sac n’a ni poignée ni bandoulière, alors, pour le porter, je le prends par le milieu de sa partie inférieure et un jour… le cuir a commencé à craquer là aussi. La bande collante n’a rien donné, non plus. Mon cordonnier m’a dit qu’il n’y avait pas de solution. Pourtant, me disais-je… pourtant…

Ali Nasr, le tailleur à Paris. Je vais à Paris, ma ville favorite, et demande à mon aimable hôtelier s’il ne connaît pas un couturier dans le coin *Deux rues plus loin, à droite », me dit-il. J’arrive et j’explique. Ali, le cordonnier en question, sourit (pendant ce temps, son cerveau cherche une solution) et il dit presque tout de suite « Il faudrait mettre une bande de cuir. Je lui dis que j’aime les gens qui trouvent des solutions. Je suis au comble de ma joie, car j’avais bien raison : il y avait une solution. Bon, pas facile, parce qu’il fallait démonter un bout du sac, mais Ali a trouvé moyen de le faire. Je lui dis que je suis de passage et que je vais à une exposition et ne serais pas de retour avant qu’il ne ferme, que je le paie d’avance et qu’il pourrait déposer, exceptionnellement, mon sac à l’hôtel. Ali sourit et je pars. Entre gens de confiance, on ne se pose pas de questions.

Le résultat du travail d’Ali = une merveille !

C’est vraiment magnifique ! Sur la photo, on ne voit pas très bien et c’est peut-être ainsi qu’il faut voir le sac. Personne ne remarque rien si on ne le lui dit pas. C’est ici que s’entremêlent toutes ces notions :

  • le temps : c’est comme s’il n’était pas passé. Mon sac a toujours l’air neuf ;
  • la persévérance : il ne faut jamais abandonner ;
  • kai zen : on peut toujours améliorer ce qui fait partie de notre monde ;
  • l’ingéniosité : elle fait partie de ceux qui aiment à fond leur métier. C’est le cas d’Ali ;
  • le hasard : il y a bien des scientifiques qui disent que le hasard n’existe pas. Dans mon cas, on peut parler de hasard, mais il y a toute une chaîne derrière – l’admiration que j’éprouve pour Abraham-Louis Breguet me fait retourner souvent à Paris, l’hôtel de la Poste qui est devenu mon point de chute, mon chez moi à Paris, le tailleur Ali Nasr.

Une ceinture. J’avais pris dans mes bagages une ceinture pour laquelle, je cherche aussi une solution depuis des années. Je l’ai achetée, avant le sac, à M. Neuenbaum (?). Il était un vendeur de la place et publiait toujours une chronique dans le journal local. J’ai porté cette ceinture longtemps, puis, est restée au repos et, tout comme le sac, a repris du service depuis quelques années. Là aussi, le fameux temps… Je cherchais de l’élastique de la bonne largeur sans le trouver. Voici que cette fois, j’en trouve un peu plus large à la Mercerie de Saint-Pierre. Je porte le tout à Ali et me rends compte que la pièce centrale a des pierres rivées au similicuir et que découdre ne suffira pas. Je vois mon effort par terre. Mais, Ali me dit qu’on peut faire autrement ! Voici le résultat.

Les idées : Ali voit la difficulté et me dit qu’on peut mettre la pièce milieu. Ouf ! J’éprouve une grande reconnaissance pour le tailleur et ma ceinture doit se sentir soulagée. Pour les bouts, comme l’élastique va dépasser, Ali suggère deux plis, puis je lui demande si on ne peut juste replier l’élastique et Ali dit « Quand les idées naissent… » et me voici avec ma ceinture avec une nouvelle vie ! Juste pour le plaisir, je montre la partie centrale.

Je vais trouver un moyen de revigorer la couleur du similicuir sur les bords.

Tout cela pour dire qu’il y a des solutions dans ma vie. Il n’y a rien de très particulier, la gloire n’est pas venue me rendre visite mais je vois que les solutions arrivent quand elles doivent arriver. C’est la suite de l‘article que je suis en train d’écrire et qui traite du même sujet.

Autre travail remarquable, on est en 2023. J’ai une autre ceinture dont la couche extérieure se décolle. J’en parle à Ali, sans la lui montrer, et lui demande de la coudre. Première question du professionnel : « A-t’elle déjà été cousue ? » Non… dis-je. Je sens que la tête d’Ali travaille et il demande à la voir. Je ne vais pas faire long, voici le travail.

Dieu des ceintures. S’il y avait un dieu des ceintures, il est sûr qu’il décernerait une décoration à Ali pour le travail si minutieux sur l’un de ses sujets ! Quand Ali m’a dit qu’il fallait tout démonter, je lui ai dit que ce n’était pas nécessaire. Mais, voilà, il est comme cela. Les temps actuels sont difficiles pour des métiers comme le sien, même s’il ne me l’a pas dit, mais il garde intacte la passion pour son métier. J’admire ; Ali est aussi un sage. Je ne peux que lui souhaiter un beau chemin.

Adresse d’Ali : 3, sente des Dorées, 75019 Paris. Son numéro de téléphone : +33 7 666 09 229. Son lien vers Facebook : https://www.facebook.com/nasr.ali.9828.

Liens vers d’autres articles où réparations et rangement = mettre de l’ordre en soi. C’est sûr qu’à chaque fois que nous réparons et rangeons quelque chose, il y a une correspondance en nous :

Pour laisser un commentaire, deux façons de procéder :

  • directement par courriel (voir contact sur ma page d’accueil) ;
  • si vous avez une plateforme WordPress, vous pouvez facilement l’insérer au bas de cette page.

André Oppel : ses montres au Musée d’horlogerie du Château des Monts

Je savais que j’avais les montres-bracelet d’André dans un tiroir.

Elles et lui ne faisaient qu’un.

Revisitant le tiroir pour la xe fois, je me suis dit que le moment était venu de mettre fin à la carrière des montres dans un tiroir et qu’elles en entament une nouvelle au Musée d’horlogerie du Château des Monts, au Locle.

Seriez-vous intéressés par deux Omega et une Mondaine ? Ai-je demandé aux deux personnes que je connais au musée : M. François Aubert, président du Comité du musée, et Mme Marlène Rüfenacht, l’archiviste. La réponse a été positive et on a simplement attendu que les mesures sanitaires permettent une rencontre comme on en avait déjà eu la première fois, lorsque j’ai transmis les documents horlogers au Musée d’horlogerie des Monts et qu’André avait faits. Ce jour est arrivé aujourd’hui, vendredi 8 avril 2022. Avant de les apporter, je les prends en photo.

Les voici :

Une Mondaine. André était un esthète ; il aimait les belles formes, les choses épurées. La montre de Mario Botta l’a tout simplement enchanté ; elle a un mouvement quartz et a été créée peu avant son achat. On lui a attribué le no 4458 dans l’inventaire.

Une Oméga. C’était sa montre d’avant. J’ai téléphoné chez OMEGA et voici l’information que me transmet un responsable à son sujet : « OMEGA « Art Collection », création 1986. La collection Art est produite dans un alliage de céramique, le boîtier étant en céramique noire. Elle fait partie d’une collection en série limitée de 999 montres signées de différents artistes suisses. Celle d’André révèle au dos une œuvre de l’artiste Camille Graeser, No 827/999. La montre a un mouvement quartz et le quantième (date du jour). On lui a attribué le no 4457 dans l’inventaire.

Sa première Oméga. C’est celle qu’il portait lorsque nous nous sommes rencontrés. Voici ce que j’apprends encore : OMEGA « Genève Dynamic », création 1968. En plus de son design, la particularité de cette collection est que le bracelet est très facilement changeable et qu’il y avait de multiples couleurs disponibles ». La montre a un mouvement mécanique automatique, avec quantième (date du jour). On lui a attribué le no 4456 dans l’inventaire.

J’arrive au Locle. M. Aubert a eu l’amabilité de venir me chercher à la gare. Nous arrivons au musée et je sors les montres. M. Aubert et Mme Rüfenacht les regardent, les observent, les prennent en main, les commentent, font des remarques, bref, je suis avec des experts !

Je suis impressionnée : je suis au musée en train de reprendre les montres pour les regarder une dernière fois et voilà que je remarque que l’aiguille des secondes de l’Omega de 1968 se déplace. Je fais le commentaire à M. Aubert qui me dit que c’est normal pour une montre automatique, d’autant plus pour une montre de bonne qualité. Je lui dis que je suis émue, tout comme je l’avais été lorsque j’avais porté la montre de M. Froidevaux et dont je parle dans un autre article. Pour moi c’est comme un message, je ne peux qu’admirer le travail des horlogers, car André a cessé de la porter en 1992 ! et avoir aussi une pensée bien particulière pour mon ami qui me semble présent à travers la montre.

Je me demande alors, si quand je l’ai prise en main à la maison pour la photographier, la montre n’avait pas commencé à marcher. Je reprends les photos et c’est le cas. J’éprouve une très forte émotion !

La première photo à gauche en haut, je l’ai prise pour l’envoyer par courriel à M. Voumard de chez Omega, la seconde à droite en haut, c’est au moment où je la prends pour cet article et les deux autres sont celles prises au musée. Les aiguilles ont bougé et je suis émue, émerveillée de voir cela. L’horlogerie est un monde magique qui résonne en moi.

Je n’ai pas pu résister et ai mis La Mondaine à mon poignet. J’ai pris un « selfie » et le hasard, qui n’existe pas, a fait que la lampe de la salle se réfléchisse sur la table juste au-dessus de la montre. C’est de la précision horlogère ! C’est normal, on est au Musée d’horlogerie du Locle, Château des Monts ! On dirait des étoiles. C’est André qui me fait signe. Réellement, les montres ne pouvaient trouver de meilleur logis et destin. Je suis tranquille.

André était très ordonné. Il avait gardé la boîte d’origine de La Mondaine, le carton dans lequel il a reçu la montre, le ticket de caisse, les bons reçus lors de l’achat chez Loeb et le dépliant de la montre.

« La Mondaine » de Mario Botta entra dans la vie d’André Oppel le 27 janvier 2003.

L’Omega de 1986, André l’avait achetée en 1992 chez Robert, Neuchâtel. J’ai bien connu Fernand et Liliane Robert, les premiers propriétaires de la boutique. C’est son successeur, M. François Engisch qui a vendu la montre a André. C’est tout un pan de ma vie qui passe par là aussi. André avait gardé la boîte d’origine et la garantie.

Cela me fait plaisir de voir les noms Robert et Engisch arriver au musée.

La personnalité et les montres ou les montres et la personnalité. En regardant ces montres sur une seule page, sorte de résumé de la vie de feu mon ami, je me dis qu’il y a bien un lien entre les montres que l’on porte et la personnalité :

  • L’Omega de 1968 correspondait à celle d’un être à une forte personnalité, complexe et bien protégée ;
  • L’Omega de 1986 correspond à celle d’un esprit élégant qui ne garde que l’essentiel ;
  • La Mondaine de 2003 correspond à celle d’un esthète qui a ajouté de la fantaisie, de la malice à sa vie. C’est tout le portrait d’André !
Des garde-temps de la vie d’André en trois temps.

Voilà. J’ai accompli une mission grâce au Musée d’horlogerie du Locle. J’ai un vide qui m’habite, mais suis aussi rassurée parce que les montres sont au meilleur endroit qui soit. Je rappelle et précise que si j’ai pu mettre autant de précisions sur les montres, c’est parce que que le responsable de chez OMEGA a très aimablement répondu à ma demande et que M. Aubert et Mme Rüfenacht ont, de leur côté, fait des recherches. Je les remercie très vivement.

Liens vers :

Corum – Roland Chappatte – horloger

Précisons tout de suite : monsieur Roland Chappatte a travaillé 46 ans dans l’entreprise horlogère Corum. Si le métier façonne parfois le corps, les mains de monsieur Chappatte étaient faites pour le métier.

Le hasard, ce fameux hasard que je trouve si souvent ces derniers temps, tout comme je l’ai eu il y a bien des années, intervient. C’est réconfortant. Voici donc que je vais à la Coop de la Maladière, Neuchâtel, et que je demande à parler à un vendeur. L’on m’envoie un monsieur qui est tellement aimable que je me dis que son métier de base doit être autre. Effectivement, il a travaillé dans l’horlogerie de luxe. Cela tombe bien, je lui dis que j’ai écrit des articles sur l’horloger Froidevaux et sur Abraham-Louis Breguet (les liens figurent au bas de cet article). Il me dit que son père a travaillé chez Corum où il a travaillé sur la montre baguette et qu’il habite actuellement à La Sagne. Il ne m’en faut pas plus pour me dire que mon aventure horlogère continue et m’annonce chez monsieur Chappatte père, Roland Chappatte !

Monsieur Roland Chappatte. Il me dit que la montre baguette ou golden bridge est une montre Corum et que tant qu’il a travaillé, il a été le seul à mettre toutes les pièces ensemble. Didier, le fils, qui nous a rejoints en cours de route dit, oui, c’est Calabrese qui l’a inventée (ceci n’est pas exact mais c’est la version qui court). C’est quand même nous qui avons rendu le modèle fonctionnel ! ajoute le père. Et quand monsieur Chapatte dit « nous », c’est lui ! (J’ai rencontré monsieur Bannwart, ancien propriétaire de Corum qui m’a donné des informations pour rectifier cette affirmation inexacte : c’est Corum qui a commandé le travail à monsieur Calabrese). Je lui demande des précisions et il ajoute que c’est lui qui a fait les tests pour savoir quel « mobile » (une pièce spéciale) était le bon ! Auparavant, il avait aussi été le seul à s’occuper des ultraplates. Il recevait Frs 5.- par montre et en faisait une centaine par mois.

Le patron de chez Corum. Je m’intéresse à la façon dont les patrons traitent les collaborateurs – pour moi ce ne sont pas des travailleurs, mais des collaborateurs, les uns ne peuvent exister sans les autres ou alors on est indépendant -. Bref, monsieur Chapatte me dit que tous les ans, les salariés recevaient Fr. 1’000 de prime et tous les 25 ans ils avaient un voyage d’une semaine tous frais payés ! Il est allé à Rome avec sa femme qui a aussi bénéficié de la prime.

Toute la famille travaillait dans les montres. Le soir, monsieur Chapatte rapportait du travail et Didier me dit que lorsqu’ils collaient les bracelets, cela sentait la colle dans toute la maison !

Certificats d’études : je sais combien ces documents sont rares et j’en parle au musée Château des Monts au Locle qui se dit intéressé. monsieur Chappatte est tout à fait d’accord pour que je les transmette. Pour moi c’est une chance de participer à une telle histoire !

Vous étiez parmi les meilleurs de classe ? Il paraît, répond tranquillement monsieur Chappatte.

Montre d’études. Lorsqu’on faisait l’apprentissage, on montait une montre de A à Z. Monsieur Chapatte a choisi de faire une montre-chronomètre dont voici quatre pages du plan. À l’époque pas d’ordinateur pour faire les dessins… quand on sait cela on apprécie le travail d’une autre façon !

Roger Peeters. Roger, un horloger hors pair, fait partie intégrante de mon aventure horlogère. Sans lui, je n’aurais pas pris contact avec le musée horloger Château des Monts, au Locle, et sans lui j’ignorerais bien des choses sur la marche des montres et certaines inventions. Je lui montre les plans et grâce à lui, je comrprends de quoi il s’agit et peux mettre des commentaires qui pour monsieur Chappatte allaient de soi.

Engrenage de roue de 60 dents sur pignon de 6 dents et un profil de denture spécifique avec un module (pas des dents ou espacement) 0,18.
L’étudiant Chappatte montre que la position à droite, dans l’échappement à ancre anglaise, est la bonne.
Il fallait calculer que la levée tombe juste avant la dent.

Et voici, mesdames et messieurs, comme on dit dans les grandes occasions, le résultat du lauréat :

Monsieur Chapatte se rappelle avoir prêté sa montre pour une exposition à un musée et qu’elle était revenue avec la tige du remontoir cassée ! Il a fallu qu’il la refasse.

Encore les mains de monsieur Chapatte :

Monsieur Chappatte reste toujours horloger. Je le dis parce que nous avons mangé ensemble et qu’à la fin du repas, il a plié le set de table, la serviette et qu’il a tout « rangé ». Un vrai travail d’horloger !

Mise sur la Toile de l’article. Je me suis dit que ce moment devait se faire devant les yeux de monsieur Chappatte. Il a été très content de se voir ainsi sur le réseau. J’ai aussi pensé que ce moment méritait une coupe de Mauler ! Quand j’ai déballé mes coupes (ah, oui ! j’ai mes règles et donc j’étais équipée), donc, au moment où j’ai déballé mes coupes, monsieur Chappatte a eu un sourire en me disant qu’à la maison il avait aussi eu de telles coupes. Pour moi c’est émouvant. J’avais pu apporter la bouteille toute fraîche parce que monsieur Frésard, l’ancien comptable de l’horloger Froidevaux venait de me faire cadeau d’un sac isotherme. Les choses se lient les unes les autres et pour moi c’est le meilleur des signes que la vie puisse me faire.

Collection de montres. Monsieur Chappatte m’invite à voir sa collection de montres mécaniques, toutes sont mécaniques. Je me dis que je vais aussi m’en procurer une ; les montres à pile présentent l’inconvénient de devoir changer la pile et on ne sait pas toujours s’y prendre. Je l’ai fait une fois, il faudra que je reprenne l’affaire.

Monsieur Chappatte a trois fois cette quantité de montres à gousset. Cela tombe bien, j’ai un faible pour ce genre de montres et le mot me ravit. En voici une autre qui a attiré mon regard et admiration.

Magnifique fin d’article. Je n’ai plus su quoi inventer pour faire bouger les mains de monsieur Chappatte afin de les photographier. Il y a bien des théories sur le corps humain, cependant, lorsque je lui ai demandé d’ouvrir les mains, il a eu ce geste qui est l’image même de l’ouverture et je ne peux que finir l’article avec cette photo.

Suite 1 avec monsieur Sylvain Froidevaux. Je viens de parler avec monsieur Froidevaux, le directeur du service Après-Vente de chez Corum (aussi originaire du Noirmont mais d’une autre branche que celle de René Froidevaux, le patron horloger de Neuchâtel. Je me sens quand même en famille !) et il me dit qu’effectivement à l’époque, la formation d’horloger impliquait la création d’une montre : en première année on fabriquait les outils, c’était de la mécanique ; en deuxième année, on s’attaquait aux pièces de pivotage, on tournait les axes à la main ; en troisième année on procédait aux réglages de précision, le balancier spiral qui fait la précision de la montre. En quatrième année l’horloger en formation participait aux réparations pour des clients. Il me dit que les dessins de la montre-chronomètre lui rappellent ceux de son père. Il me dit qu’il a en sa possession un dessin d’une rosace qui devait servir d’exercice pour la précision. La photo (ainsi que la révision de ce paragraphe) va suivre.

Chose promise, chose due. Voici la rosace qui servait à démontrer la dextérité de l’étudiant. Moi qui aime les mots, il n’y a qu’à regarder le dessin pour comprendre qu’il est l’image même de la dextérité. Une merveille ! On se croirait en présence de la création du monde.

Rosace faite par le jeune Claude Froidevaux, 17 ans, le 4 juillet 1963 au Technicum neuchâtelois de La Chaux-de-Fonds.

Marc Froidevaux. On recule encore d’une génération et on arrive au grand-père de Sylvain, soit Marc Froidevaux. On l’a compris, on est dans une famille d’horlogers. Je suis ravie d’accueillir les documents qui suivent. Les conditions de travail ont bien changé depuis… 1923 !

Vous avez bien lu : pas de salaire.
C’est vite vu.

Voyons ce qu’il a à l’intérieur :

Voilà qui est clair. Le français du rédacteur de contrat est parfois succinct, mais on comprend que l’on ne doit pas manquer au travail et que même si on est présent et qu’il n’y a pas de travail à faire, c’est du temps à « rattraper » après la fin de l’apprentissage. Tant pis aussi si on a été malade juste pendant les vacances !

L’Organisation internationale du Travail (OIT). J’ai travaillé dans divers départements du Bureau international du Travail (BIT), à Genève. L’OIT est la seule organisation tripartite ; les décisions se prennent entre les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. C’est magnifique. Et lorsqu’on lit un tel certificat de formation, on mesure combien on doit aux créateurs de l’OIT et en particulier à Albert Thomas, son directeur pendant 13 ans.

Durée du travail. C’est l’une des premières conventions internationales qu’Albert Thomas fait signer aux pays membres parce qu’il faut avoir des valeurs humanitaires dans un monde économique. Rien que pour cela, Albert Thomas a tout mon respect.

Ce qui est passionnant dans ma vie c’est de voir des pans de ma vie apparemment sans lien se trouver réunis. C’est, une fois de plus, le cas ici, le hasard me fait rencontrer monsieur Chappatte, puis les trois générations Froidevaux et j’arrive au BIT où j’ai travaillé début de ma carrière d’économiste. C’est comme un cercle qui se ferme.

Diplôme de 1924. Voici celui de l’apprenti Marc Froidevax.

J’imagine la joie de l’apprenti Marc Froidevaux quand il a reçu son diplôme de « remonteur.de mécanismes et rouages ». On félicite les personnes qui ont gardé ces documents en aussi bon état ! On voit tout en haut le chiffre 65, je me demande si c’est le 65e diplôme attribué.

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