Le monde est une scène de théâtre, aussi y trouvé-je des répliques, des observations très enrichissantes.
Vous êtes courageux ! On est en hiver et je vais dans le lac faire mes ablutions, pour ainsi dire. J’étais dans l’eau et un monsieur kurde ou turc me dit : « Vous êtes courageux, madame. » J’ai trouvé cela tellement charmant que je n’ai pas voulu lui dire que pour une dame c’était « courageuse ». Je me suis dit que dans sa culture, un homme courageux est vraiment quelqu’un de fort, exactement de courageux. Au moment où je grimpais sur les pierres pour retourner sur mon banc, il m’a demandé si j’avais besoin d’aide. « Quelle idée », ai-je pensé. Quand je suis sortie de l’eau, je l’ai vu courir vers moi avec une couverture. J’ai dû le rassurer.
J’ai raconté l’affaire à l’une de mes voisines et je lui ai dit que j’allais garder ce « je suis courageux » dans les moments difficiles. On ne sait pas toujours ce que l’on fabrique, mais peu de temps après, j’ai eu besoin de me dire que j’étais courageux pour arriver au bout de certaines choses. Moi qui aime le français, qui ne perds pas d’occasion pour améliorer celui des autres, je viens d’apprendre quelque chose de la part d’un étranger. Merci !
Un vélo sur un trottoir. Je ne sais plus comment va cette société. Un vélo est un véhicule et sa place est sur la route. Si on a peur des voitures, on va à pied. Punkt. Voici donc que je descends la rue – sur le trottoir – et qu’un vélo vient dans ma direction.


Première leçon d’anatomie. Pendant quelques jours, j’ai remis ma perruque noir-blanc et j’ai suscité pas mal de réactions dont voici quelques-unes :
- Un monsieur qui m’a vue en ville a dit : « J’adore ! J’adore ! J’adore ! »
- Je faisais la queue pour payer un livre chez Payot et une dame d’un âge certain qui se trouvait devant moi me dit : »J’aime comme vous vivez la vie ! »
- Une jeune maman qui montait la rue du Château un peu après moi me dit : « Qu’est-ce que cela vous va bien, cette coupe! » Je lui répondis que c’était une perruque. Elle m’a dit qu’elle s’était demandé comment un coiffeur pouvait réussir un partage de couleurs aussi réussi mais que cela m’allait très bien. Puis, elle a expliqué à ses enfants, trois et cinq ans, que nous nous croisions assez souvent. Comme on arrivait devant leur maison, la maman a dit au garçon qui avait froid de rentrer et qu’elle allait faire encore quelques pas avec la fillette. Au moment où j’ai dit que je pouvais leur montrer ma salle de spectacle, le garçon a demandé si une prochaine fois, il pourrait venir. « Bien sûr », lui ai-je répondu.
Sait-on pourquoi on fait une chose ? J’avais décidé d’aller me baigner au lac. Seulement, ce matin, en voyant sur mon téléphone – 12 °C… Je me suis dit que c’était froid. Le temps que ma mémoire oublie ce nombre, le soleil est sorti et je suis donc allée au lac. Arrivée sur place, des vagues sont venues se jeter contre la place que j’occupe habituellement, autrement dit, contre Ma place. J’ai décidé, une fois de plus, que je n’allais pas me battre, que je n’étais pas là pour battre des records, me suis rhabillée et pris mon chemin de retour. Je me suis demandé pourquoi, pourquoi, pourquoi toute cette affaire. C’est à ce moment que j’ai vu un cycliste s’arrêter près d’un banc (on est toujours au bord du lac) et y poser un pied (le second étant resté sur l’autre pédale).
Je lui fais signe que cela ne va pas. Mais, comme j’avais un manchon au bout de mon bras, il a traduit mon geste par un salut et il me salue. Je m’approche et je lui dis qu’il n’est pas question de salut mais du pied sur le banc qui sera sale lorsque d’autres personnes s’y assoiront. Son visage montre qu’il est désolé et il dit : « Je n’y ai pas pensé » tout en enlevant le pied. Le monsieur a un âge certain. Il me sourit et lors je lui dis : « Je vous embrasse », à quoi il répond : « Pas de soucis ! » Ah, ce « pas de soucis » me sort par le système ! En plus ce n’est pas un ado qui parle. Alors que je partais, je retourne vers lui et lui dis. Comment pas de soucis, j’ai dit que je vous embrassais pour le geste. Je peux ? Alors, il rigole et je dis : « Je vous embrasse » et suis partie.
Réponse à ma question du savoir pourquoi on fait telle chose ? J’avais décidé d’aller me baigner et le destin facétieux ou le dieu des bancs a décidé que je devais plutôt réveiller la conscience d’un cycliste !

Les reins et la chaleur. Arrivées au studio, elles l’ont trouvé beau et la dame a dit qu’elle y avait pris des cours de théâtre il y avait des années. Cela m’a fait quelque chose car à l’époque j’occupais aussi le lieu. Puis, j’ai demandé à la fillette si elle voulait bien que je lui montre ce qu’elle pourrait faire à son frère lorsqu’il avait froid. Pour ce faire, j’ai pris mon squelette Essence. Me doutant qu’elle ne connaissait pas encore l’anatomie, je lui ai dit que lorsqu’elle respirait, sa poitrine bougeait parce que les poumons se gonflaient et se dégonflaient. Je les lui ai montrés sur Essence. Puis, je lui ai indiqué où se trouvaient les reins et je lui ai dit qu’ils pouvaient donner chaud. Je lui ai demandé si je pouvais montrer sur sa maman ce qu’elle pourrait faire et elle a été d’accord. Sa maman a senti la chaleur tout de suite. Voilà, une première leçon d’anatomie réussie !

Le chariot montre la voie. Un chariot, on le sait ne parle pas, ne pense pas. Et pourtant… Ce matin, j’avais 30 minutes pour aller en ville, au marché, chercher les petites salades pour mes canaris. Le maraîcher, Peter, m’avait dit que je les trouverais à tel endroit. Ledit endroit était vide et j’étais pressée. Je m’avance un peu dans la place du marché et envoie un message à Peter pour savoir quoi faire. C’est à ce moment-là que j’ai entendu un clac ! et que j’ai vu mon chariot bloqué (les roues rentrées et la base collée au support. Je n’avais jamais vu une chose pareille et je ne l’avais pas brusqué non plus. Juste à côté, il y avait un marchand de fromages. Je lui ai demandé s’il savait comment débloquer mon diable (c’est le nom qu’on lui donne). Il ne savait pas. Sa collaboratrice non plus. Ils se sont donné de la peine sans résultat. Finalement, je demande si on ne peut ouvrir les roues en même temps que l’on descendrait la base. Les deux vendeurs s’efforcent et finalement, le diable reprend forme. C’est alors que je dis que je ne sais que faire parce que cherchais Peter qui avait des salades pour moi. C’est aussi alors que le monsieur se penche et prend le cageot avec les salades et me demande si ce sont celles pour mes canaris. Ciel ! Je leur dis que je ne peux sinon remercier ce chariot qui savait où se trouvaient les salades !
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