Confinement et nouveaux métiers de Zully

Tout au début de la pandémie, des gens ont dit « c’est une leçon, on doit changer notre mode de vie », d’autres ont dit « c’est un complot, on veut nous contrôler ». Je ne sais qui a raison, mais j’ai été témoin de personnes qui n’arrivaient pas à se débrouiller et cela m’a permis de développer certaines aptitudes.

Nouveaux métiers. De façon générale, j’aime faire beaucoup de choses. En l’occurrence, j’ai proposé mon aide et suis devenue : décrocheuse de rideaux très compliqués, teinturière de cheveux (je sais, le terme n’existe pas, mais si je mets coiffeuse, le compte n’y est pas), coupeuse de cheveux pour dame et pour homme, barbière aussi, de même que régleuse de programmes de TV alors que je n’ai plus de TV et que le système a changé depuis 20 ans…, et dernier en date, régleuse du téléphone sans fil. Pour ces métiers, j’ai eu recours à diverses informations dont celles sur la Toile. Se couper soi-même les cheveux, c’est une chose, les couper, bien les couper à quelqu’un d’autre, c’est différent. Quant au dernier métier, celui de régleuse de téléphone sans fil, il m’a coûté des sueurs, car si le téléphone ne fonctionnait pas, ce n’était visiblement pas une question de batterie. En plus, je voyais ses propriétaires inquiets, se demandant comment ils allaient faire et moi je me disais que ce devait être simple à régler à condition de connaître la logique de celui qui avait conçu l’appareil.

La logique des uns et des autres. Il est évident que celui qui fabrique un appareil, le fait de façon logique et que lorsqu’il le vend, il y a un mode d’emploi logique. Mais, bien des gens savent que les modes d’emploi, souvent des traductions, ne sont pas clairs. Cette fois-ci, j’ai finalement aperçu une clochette (on ne doit pas écrire une petite clochette, mais elle était vraiment petite… même très très petite) barrée sur l’écran. Là, je me suis dit que le contructeur et moi avions la même logique). Je me suis dit que ce devait être la sonnerie qui avait été coupée par on ne sait quelle manoeuvre. Mais, allez trouver le même signe dans le mode d’emploi ! Rien, rien de rien. Le cas n’a visiblement pas été prévu. Finalement, en pressant ici et là, j’ai retrouvé la sonnerie (sans le dessin de la fameuse clochette dans le menu !). Quel soulagement pour les propriétaires et surtout pour moi, car je sais que j’ai rendu service et, surtout, acquis de nouvelles compétences !

Une année plus tard. Je rends service à une voisine qui dit que j’ai l’âme du bricoleur. Je ne l’avais pas remarqué et reste un peu dans une interrogation. Voici que les personnes que j’aide et qui me font découvrir de nouveaux métiers ont un problème avec les lumières de leur cuisinière. Je n’y connais rien, mais je vois se dérouler une sorte de mode d’emploi dans ma tête grâce aux mots de ma voisine et il me dit que ceux qui ont installé le système ont pensé que les utilisateurs seraient des gens simples et que, par conséquent, je dois pouvoir ouvrir la vitre qui protège les ampoules. J’ai pris du temps et poussé à droite, à gauche et encore une fois à droite et à nouveau à droite, poussée par je ne sais quel instinct et finalement, j’ai réussi. Le système était bloqué à cet endroit-là. Ce qui compte le plus c’est le soulagement dans les yeux du locataire de l’appartement ! J’ai un nouveau métier et ce n’est pas fini.

Non, ce n’est pas fini. Je rentre chez moi et entends mon téléphone fixe qui sonne. Ce téléphone, je l’ai uniquement pour les réclames et inscriptions sur des plateformes. Je ne le décroche pratiquement jamais. Il a d’ailleurs une sonnerie qui doit déranger la voisine d’en bas. Forte de tous ces remerciements et de la remarque de ma voisine, je m’essaie une fois de plus avec ce téléphone pour lui faire baisser le son. Dans les réglages normaux ou avancés il n’y a rien. Je ne sais plus quelle rubrique j’ai pressée, je crois bien « sonnerie » et après l’avoir changée, je me dis que j’aurais au moins réussi cela, est apparu… devinez.. le volume ! Non, mais des fois (comme oon dit en bon neuchâtelois) ! Je vous le dis, la logique des uns n’est pas celle des autres. Cela ne fait rien, j’ai réussi (cela faisait quand même quelques années que la sonnerie me tapait sur le système). J’espère que cela me servira à quelque chose quand je serai au ciel même si Einstein dit qu’en dehors de notre planète le temps et l’espace se déforment. Mais, bon, il n’a pas parlé des sonneries, je verrai bien !

Tant qu’on vit… C’est vrai, tant qu’on vit on a de nouvelles expériences. Voici le dernier de mes derniers métiers : réparatrice de guirlande de Noël ! Je sais, on est en plein été et voici que la guirlande que j’ai offerte au couple de personnes que j’aide depuis quelques années (c’est fou ce que le temps passe !) a éteint ses lumières. C’était déjà arrivé au début du printemps lorsque le monsieur, désirant couper les plantes de son bac a malencontreusement coupé le fil de la guirlande. C’est Roger Peeters, un horloger en devenir et protagoniste de quelques unes de mes aventures dans ce monde, qui m’a dit comment faire. J’ai finalement réussi. Il y a quelques jours, le monsieur déplace les lumières et, hop, les lumières n’ont pas aimé. J’ai dû faire bien des essais parce que le système d’allumage est compliqué et qu’on ne sait si c’est allumé ou pas ni si les variantes de jeu de lumières fonctionne ou pas. Mais, j’ai réuissi là aussi. Cela me fait d’autant plus plaisir que j’aime l’électricité. J’aime ce phénomène que l’on voit mais que l’on ne peut toucher.

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La Cave perdue, le CCN, Ernest Grize, Mado Grize, André Oppel, Jacques de Montmollin – leur histoire à travers Zully

Un début. Il faut un début à tout, et je prends celui de mon histoire. J’avais une amie qui me prêtait sa cave, en fait c’était la cave de ses parents ; elle avait un joli sol en bois, sol idéal pour mes cours de danse. C’est comme cela qu’Olivier Soerensen, qui en plus d’avoir été un merveilleux pianiste et doté d’un joyeux caractère, a pris ses seuls cours de danse. Il avait aussi de très jolies jambes, je les vois encore dans le collant noir que je lui avais prêté. Sa carrière de danseur s’est arrêtée assez vite, à mon grand regret, car il a fait une chute dans un escalier… Bref, je donnais mes cours là. Un jour, les parents de mon amie l’apprennent et se fâchent parce que c’était une cave à vin et que la présence de plusieurs personnes augmentait la température… chose nuisible pour le vin. Je me retrouve, pour ainsi dire, à la rue. Cela fait que je marchais dans la rue en pleurant et que je rencontre Ernest Grize.

Un autre bout. J’avais mon diplôme de l’école de Chorégraphie de Bucarest, Roumanie, et donnais des cours de danse à Neuchâtel dans cette cave en même temps que j’allais à l’université, section sciences économiques. Je donnais aussi des cours de danse à l’École Supérieure de Jeunes Filles. C’était la première fois que l’on enseignait de tels sujets à l’école. Madame Lucette Junod dispensait des cours de théâtre et avait organisé un spectacle au Théâtre de Poche, Centre culturel neuchâtelois. Mon groupe de danse y participait. Ernest Grize, le régisseur du théâtre, en avait fait la régie. Voilà le début du commencement, comme l’on dit.

Cave perdue. Je suis donc en train de pleurer dans la rue, Ernest me voit et me demande ce qu’il m’arrive. Je lui raconte. Il me dit que le théâtre a un local qu’ils n’utilisent pas et qu’il va en parler avec ses collègues. Résultat : j’ai pu occuper la Cave perdue et donner un nom à mon école. Mais, ce n’est qu’il y a quelques mois que j’ai su, par Mado, la femme d’Ernest, que cela avait été sur l’insistance de ce dernier que les membres de la direction, Jacques de Montmollin, directeur administratif, et André Oppel, directeur artistique, avaient donné leur accord. Ernest ne m’a jamais dit le rôle qu’il avait joué. Cela me touche profondément et m’incite à être meilleure.

2020, Mado Grize me rend visite. Mado Grize, la femme d’Ernest, est toujours de ce monde et vient passer deux jours chez moi. C’est une fête que de la recevoir. Elle fait partie de mon monde d’avant et elle est la gentillesse même, une joie de vivre aussi. Il n’y a pas de conversation où elle ne fasse entendre son rire si chaleureux. Elle vient à Neuchâtel pour recevoir un don pour son association « Action chèvre de Mado » (ACHEMA).

Mado me raconte l’histoire d’Ernest, l’aventure du CCN, celle de la Cave perdue. Je suis en joie, car cela fait un moment que je cherche des informations sans en trouver. L’ancien directeur du CCN m’avait dit que les archives n’intéressaient personne, s’en était débarrassé et lors de la célébration des 50 ans du CCN… des miettes. Ce jour-là, Jacques de Montmollin, le premier directeur administratif, n’avait pu y assister. La seule survivante de l’équipe des débuts, Mado, qui aurait pu le faire, n’a pas été invitée ; justement, par manque de connaissance de l’histoire du CCN. Il m’arrive souvent de penser que la branche la plus importante à l’école devrait être l’histoire. Si on ne connaît pas son histoire, on passe à côté de bien des choses.

Histoire d’Ernest 1. Il avait été abandonné à la naissance, pas reconnu par son père biologique et placé dans une pouponnière aux Bayards, puis en pension chez Madame Perret à Neuchâtel. Son futur était tracé, il irait dans un asile pour orphelins. Heureusement pour lui, la famille Grize, qui habitait la maison à côté, est tombée sous le charme du bambin et l’a adopté. L’adoption lancée, Ernest vit avec la famille. La procédure pour avoir légalement l’enfant dure quand même trois ans ans avec force péripéties dont la reconnaissance officielle du père biologique. Avec l’adoption, la vie semblait sourire à Ernest, mais, il perd son père adoptif peu après l’adoption officielle , il a 9 ans. Trois ans plus tard, c’est sa mère adoptive qui meurt ; Ernest a 12 ans. Il devient alors un enfant de la Maison de Belmont – institution qui reçoit les enfants qui n’ont plus de famille et il a un tuteur.

À son décès, sa maman adoptive lui laisse la somme de presque Fr. 8 000.- sur un compte bancaire. J’ai le relevé. À l’époque c’était une grosse somme. Il devait la toucher à sa majorité. Écolier, Ernest a un rêve, devenir photographe, mais son tuteur ne le suit pas. Il entre alors à l’École des Arts et Métiers pour devenir serrurier constructeur. À l’école, il a un copain de classe dont la maman tient une pension. Ernest devient pensionnaire chez elle. La dame a une amie qui s’appelle Nina – Nina est la dame qui tenait feu le kiosque du Fbg de l’Hôpital (j’ai bien connu Nina, car j’habitais dans la feue maison des Meubles Meyer, à côté du kiosque. Eh oui, tout s’entrecoupe, se mêle pour ne faire qu’un) – et Nina loge dans une pension où Mado, qui était devenue une jeune fille indépendante, et avait donc quitté la maison, louait une chambre. Il n’en faut pas plus pour réunir des protagonistes pour une histoire. Mado va manger tous le dimanches à midi avec Nina dans la pension où Ernest loge.On devine la suite : Ernest et Mado tombent amoureux, vivent ensemble un temps et un jour Ernest se dit qu’il ferait bien d’épouser Mado. Il a bien fait. Il a suivi son intuition. C’est sa chance. La chose arrive en 1957.

Histoire d’Ernest 2. Depuis qu’Ernest a rencontré Mado, il n’a plus été seul pour faire face aux difficultés qui sont venues entraver son chemin. Peu avant son mariage, Ernest est devenu majeur et a pu quitter sa tutelle. Il avait raconté à Mado que sa mère lui avait laissé la somme susmentionnée à la banque ainsi qu’une vigne à Auvernier, mais que le tuteur disait qu’il n’avait que Fr. 1 000.- Mado lui a dit qu’il fallait se renseigner et porter plainte ; ils ont pris un avocat. Celui-ci est arrivé à la conclusion que personne n’allait dénoncer personne ! (cela laissait entrevoir qu’il y avait connivence entre diverses institutions… Pas joli, joli !) Mado et Ernest ont été convoqués par l’Office des tutelles. Proposition : « Si vous acceptez, on oublie tout et on vous donne la somme de Fr. 1 000.- « . À l’époque Ernest et Mado n’avaient pas 20 ans. Ils n’ont eu d’autre choix que d’accepter. Je trouve cela triste. À cela s’ajoute le fait qu’Ernest apprend, peu après son mariage, la façon dont sa mère était morte : elle avait été assassinée.

Ernest et Mado ne font plus qu’un depuis qu’ils se sont rencontrés.

Formation d’Ernest 1. Le rêve d’Ernest aurait été d’aller à l’école de Photographie de Vevey. Son tuteur n’y a pas donné suite. Mais, Ernest ne laisse pas tomber son rêve grâce à Mado qui sait l’épauler au propre comme au figuré. Alors, il s’inscrit à l’école dont la carte d’immatriculation est ici à droite. C’est magnifique d’imaginer Ernest en train de recevoir ses cours par la poste et de poster ses devoirs. Je sens sa joie.

Formation d’Ernest 2. Afin d’en savoir plus, il part à Paris suivre l’École technique de photographie et de cinéma (ETPC). C’est fabuleux. Il transmettra plus tard son savoir puisqu’il formera les premiers régisseurs de la région. Il fallait quand même un caractère particulier. Ernest a dû avoir un sentiment de satisfaction énorme. C’est une reconnaissance professionnelle, reconnaissance officielle, qui doit lui avoir fait beaucoup de bien.

Départ d’Ernest au ciel. Ernest n’a pas prêté grande attention à la vie spirituelle tant qu’il a vécu, mais après avoir fait la connaissance d’une femme pasteur lors d’un spectacle à La Cité universitaire, il a dit à Mado : si je pars avant toi, j’aimerais que ce soit elle qui parle le jour de ma cérémonie ! Mado, quant à elle, a déjà tout proganisé pour son dernier départ. Elle a même pensé à acheter des enveloppes, y inscrire le nom des personnes à avertir et à les affranchir. Comme cela , il n’y aura plus qu’à mettre l’avis de décès, dit Mado ! Elle est décidément impayable !

L’histoire d’Ernest et de Mado se mêlent à d’autres histoires qui font la mienne :

  1. Je travaillais donc à la Cave perdue et présentais mes spectacles au Théâtre de Poche devenu le Théâtre du Pommier, mais toujours aussi Centre culturel neuchâtelois. Je croisais André Oppel, le directeur artistique, forcément. Le destin nous a unis après le décès de sa femme. Cela s’est fait sans qu’on y pense ;
  2. André est parti au ciel et a laissé quelques affaires que je garde avec soin. Je me dis qu’une fois ou l’autre, elles iront à la bonne place. Parmi ces affaires, il y a une montre. De temps en temps, je regarde la montre et la remets dans sa boîte. Un jour, je la montre à Jack Froidevaux (il a travaillé dans l’horlogerie et a connu André qui a été graphiste dans l’entreprise de son père !). En expert, il retourne la montre (ce je n’ai jamais eu l’idée de faire) et il lit « Grize Ernest, Noël 1951 ». Ernest a 16 ans ;
  3. Les choses s’arrangent de telle façon que je peux rendre visite à Jacques de Montmollin , cofondateur du CCN, qui est près de quitter ce monde et qui ne veut voir personne. J’ai de la chance ; on me conduit dans sa chambre et Jacques me salue comme si on s’était quittés la veille. Je lui raconte l’histoire de la montre et dis que je cherche à entrer en contact avec la femme d’Ernest, Mado. Mais son prénom au complet ? Madeleine, me dit Jacques ;
  4. Nouvelle chance, Mado a gardé un téléphone fixe et je peux la localiser via Local.ch. Mado dit qu’elle vit au bout du monde, au Sentier, dans le canton de Vaud. Je me débrouille et des connaissances me conduisent chez elle ;
  5. Mado reçoit la montre d’Ernest. Elle est tout émue mais n’arrive pas à s’expliquer comment Ernest avait pu avoir une telle montre qu’elle ne l’a jamais vue au poignet d’Ernest. À l’époque, elle avait dû coûter fort cher, et en plus elle est gravée à son nom. Le mystère sera résolu quand Mado retrouvera Ernest dans l’autre monde ;
  6. Je dis à Mado que je suis friande d’informations au sujet du CCN. Elle me donne des articles qu’Ernest avati gardés. Je prends ;
  7. Flûte ! me dis-je en parcourant ces articles. Ils ne parlent pas du CCN mais du TPR, du premier Théâtre populaire romand. Je lis quand même parce qu’André y a travaillé en tant que décorateur et acteur dans cette troupe et qu’Ernest y a aussi joué. À ma grande surprise, ces articles sont des commentaires sur le TPR et signés Freddy Landry ;
  8. Décidément, c’est comme si le monde tournait autour de moi et me comprenant avait décidé de m’aider ! Freddy Landry, cela fait des années que je cherche à lui rendre service parce que je le vois bien « décliner ». Mais, rien à faire. Il désire rester indépenant. Je salue son attitude à regret. Les articles de Mado me fournissent un autre angle d’entrée en matière. Cela marche à merveille. On se découvre un tas de gens communs et des passions communes. Freddy illumine ma vie, c’est un miracle ;
  9. Mado revient à Neuchâtel afin de recevoir un don pour son association. Elle me fait l’honneur de loger chez moi et m’apporte encore un dossier d’Ernest. Une fois de plus, j’espère trouver des choses sur le CCN… À leur place, je trouve des documents sur l’histoire personnelle d’Ernest. Une nouvelle fois, je lis quand même et suis récompensée, car, moi qui aime l’histoire et qui aime remercier ceux qui ont participé à ma vie, j’ai de la matière pour remercier Ernest par le biais de cet article. Je suis servie et ravie !
  10. En parlant de la Fabrique d’Horlogerie Froidevaux, Mado me dit que son père, Jules Yerly, y avait travaillé en tant que chef d’équipe dans les années 1945 !

Le désert. Le désert a été un autre ciment entre Mado et Ernest. La toute première fois qu’Ernest y est allé a été pour accompagner dea amis qui voulaient être filmés et Ernest allait en être le réalisateur. Il hésitait, car cela signifiait un long voyage, des frais, mais Mado lui a dit « c’est une expérience formidable, vas-y ! » Ernest – le film terminé – a dû rentrer plus tôt que prévu car il était tombé malade. Il avait attrapé une dysenterie, perdu 20 kilos en 3 jours et avait dû être rapatrié. Il tenait à peine debout, raconte Mado. Le temps passe et Mado lui dit qu’il faudrait retenter l’expérience et mieux s’organiser. Cela a marché et donc, chaque année, ils y sont allés passer les deux mois d’été. Deux ans après le départ d’Ernest au ciel, Mado retourne dans le désert et arrive en Mauritanie, pays qu’ils n’avaient pas visité mais qu’Ernest aurait bien voulu voir. La meilleure ? Elle y reste dix ans (2004 – 2014) ! Sa montre terrestre avait déjà tourné 70 cycles au moment où elle arrive dans ce pays et quand nous discutons elle y retourne tous les ans pour passer trois mois.

Pendant les dix années mentionnées, elle tient une auberge pour étrangers avec un associé mauritanien (c’est magnifique !) et revient en Suisse pendant deux mois afin de vendre les articles artisanaux faits par des femmes mauritaniennes sous sa direction. Elle raconte qu’à l’époque on voyait traîner des sacs en plastique partout. Mado est une personne pratique et sait mettre les autres en évidence. Elle a l’idée de ramasser autant de sacs qu’elle peut, les coupe en fines lanières et enseigne le macramé aux femmes de l’un des quartiers les plus pauvres d’Atar. Ces femmes ont produit des sacs, des sets de table, etc. Je suis admirative.

Un peu de chronologie pour mettre de l’ordre : 2004 – 2014 Mado vit en Mauritanie. De 2004 à 2007, elle tient une auberge pour étrangers avec un associé mauritanien. L’affaire prend fin parce qu’il y a des attentats et que le tourisme chute. La même année, elle rencontre Amiod de Dardel, un autre Neuchâtelois digne d’admiration, député au Grand Conseil dans les années 1970-1980, qui lui donne de l’argent pour aider des personnes en état de détresse. Elle crée son l’association des chèvres, décrite plus bas et dont le premier président est le même A. de Dardel, ouvre un centre de soutien alimentaire pour des enfants et leur fait donner des cours de rattrapage scolaire.

Anecdotes :

  • Quand Jacques de Montmollin râlait, Mado lui disait qu’il avait une crise de directeur et la chose s’arrangeait !
  • L’histoire du trompettiste oublié. Je la raconte, car ce sont des choses qui arrivent à tout le monde. Un jour, en fin de journée, Mado et Jacques voient arriver un monsieur avec une drôle de valise et il dit « Bonjour, je viens pour le spectacle de ce soir »… C’était un trompettiste dont la présentation était passée à la trappe ! Jaques court à l’hôtel du Marché réserver une chambre et chercher du monde pour le spectacle qui avait été oublié. Quelle chance, tout a bien marché !
  • Mado décide de tester la « solidité » de sa tête dans le désert. Elle demande à un Touareg de la conduire à 150 km de toute civilisation. Elle y est reste deux semaines toute seule. Elle a survécu. Elle n’avait pas pris de livres, seulement des crayons et du papier, un sac de couchage pour dormir à la belle étoile, de l’eau et du bois pour faire du feu. Pour les repas ? Des conserves de sardines, du thon, des potages, des dattes. Pendant ces deux semaines, Mado a consommé 40 l d’eau. Les deux premiers jours, elle s’est demandé ce qu’elle faisait là et puis les choses sont rentrées dans l’ordre. Elle est contente de s’être testée. Cela s’est passé à sa cinquantaine. Pas besoin de commentaires, mais mon admiration arrive tout en haut de l’échelle !
  • André et Ernest avaient une voiture en commun. Chacun l’utilisait à tour de rôle le week-end ! Je trouve cela tellement joli.

Relation Mado – Ernest. Citation : « Depuis que je l’ai rencontré, je ne me suis jamais dit, c’est mon Ernest, et quand on s’est mariés, je ne me suis pas dit ‘ c’est mon mari ‘, c’est Ernest. Il ne m’appartient pas. Les gens disent : c’est ma voiture, c’est mon frigo, c’est mon mari. Alors le mari est comme le frigo ! Ce n’est pas comme cela. Je vis avec Ernest, mais il n’est pas « mon » mari.

Le restaurant brûle et Mado prend la relève. Le restaurant du Marché est entré dans la vie du CCN par Falik, Henry de son prénom, un passioné de théâtre qui plus tard deviendra professeur à l’École de théâtre du CCN. Il en était le tenancier et avec les copains a fondé l’associaion « Mimosa » dont les bénéfices étaient destinés au Théâtre de Poche. J’ouvre une parenthèse pour remercier Henry d’avoir trouvé les fonds nécessaires pour installer une salle d’eau à la Cave perdue ! Quand je suis arrivée, il n’y avait rien. Fin de la parenthèse (l’ouverture et fermeture de la parenthèse, je les emprunte à André qui les utilisait lorsqu’il lisait au public les écrits d’Alphonse Allais. C’était un pur plaisir !). Je reprends l’histoire du restaurant : un jour, il y a un incendie et les habitués ne savent où aller. Mado est là ! Elle raconte qu’elle quittait le bureau du Centre à 11 h, allait chez elle et à 13 h, tout le monde mangeait du frais. Il y avait entre 10 et 15 personnes tous les jours. Je demande à Mado comment elle faisait pour calculer les quantités. Elle demandait aux gens de dire la veille s’ils prenaient le repas et elle multipliait. « C’est tout simple », dit-elle. Je reste admirative, car pour moi cela a l’air très compliqué. Elle ne me comprend pas. Elle préparait une entrée, un plat et le dessert. Elle avait arrangé une grande table pour cela, soit une grande planche sur deux chevalets. Mado avait été très claire : je m’occupe du repas, mais pour les boissons, chacun se débrouille. Cela avait très bien fonctionné. Il faut ajouter que Mado et Ernest habitaient un deuxième étage sans ascenseur. Mado raconte que l’ambiance avait été magnifique pendant les deux mois de l’expérience. Quels bénéfices financiers ? Oh, dit Mado, Ernest et moi avons pu manger gratuitement pendant ce temps. C’est tout.

Quand Mimosa a été liquidée, il restait Fr. 25 000.- Lors de l’assemblée de liquidation, il avait été décidé de donner cet argent à l’association de Mado. Elle ne les a jamais vus… Mais, dit-elle, ce qui compte c’est l’intention.

ACHEMA, l’association de Mado. Voici quelques mots. Mado dit que pendant les premières dix années de son association, elle avait eu tous les ans Fr. 50 000.- sur son compte. Des donateurs sont peu à peu décédés et la situation est devenue plus difficile. Elle doit absolument trouver Fr. 15 000.- par année pour nourrir les 100 enfants de son association (repas du matin et de midi), payer les frais de location, de personnel et pouvoir aussi donner des cours de rattrapage scolaire. Elle me dit que pour obtenir une fois une aide de Fr. 10 000, elle a dû remplir 28 feuilles et y travailler tout un mois. Elle sait aussi qu’après son décès, son association… Cette dernière se situe à Atar, dans un quartier pauvre. Depuis que Mado s’y est installée, il n’y a plus de malnutrition et un infirmier y va tous les mois peser les enfants. Je félicite Mado qui répond que c’est une petite goutte d’eau, mais une goutte d’eau nécessaire.

Mado et la réclame pour son association. Elle a vu sur place, en Mauritanie, à Atar, qu’il y avait des enfants dans un état assez terrible. Mais, dit-elle, « je trouve que ce n’est pas bien de faire de la réclame avec des photos de ce genre. Jamais, je ne ferai une telle chose. Cela a un côté marchand de bas étage ». Mado est classe ! Toujours.

L’association en 2020. Mado vient de confier la démarche des chèvres aux Mauritaniennes. Elle se dit qu’elle a assez fait, que cela roule et estime que les femmes mauritaniennes peuvent prendre la relève.

Mado et sa relation à l’argent. Elle dit qu’elle a vu beaucoup d’argent, mais qu’elle a toujours tout distribué. Elle me dit, en toute confidence, que l’argent de son association est uniquement pour son association. Les voyages annuels qu’elle effectue dans ce pays sont payés de sa poche.

La Cave perdue. Jacques me dit en 2019, le 14 juin, qu’André ne voulait pas de la Cave perdue. C’est Ernest qui connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui l’a fait entrer au bercail. Au début, c’était un lieu de bricolage et de dépôt de décors, puis, elle a été transformée. Je ne sais pas comment elle était au tout début. Quand j’y suis arrivée, il y avait le sol et la scène actuels. C’est Ernest qui les a posés et Alain Jelmi, a été son assistant ! Je suppose que cela a été la première transformation pour qu’il puisse y avoir des répétitions. Puis, il y a eu un incendie. Il faut savoir que ce local est une sous-cave et donc de température « plutôt fraîche ». Alors, il y avait des chauffages mobiles, bruns, et qu’une fois quelqu’un les avait laissés allumés avec une couverture dessus… Pas besoin de dire la suite. La « Cave perdue », ainsi nommée du fait qu’elle se trouve dans un endroit difficile à trouver, a été laissée à son sort. C’est avec ma venue qu’elle a retrouvé un sens culturel.

Le TPN – compagnie Salamalec. Jaques dit « Il y a d’abord la Compagnie Salamalec, ma compagnie de théâtre qui date de 1953. En 1960, je fusionne avec le TPN de Pierre von Allmen, et on arrive au Centre de culture, Théâtre de poche neuchâtelois qui par ma volonté est devenu le Centre culturel neuchâtelois. Le changement de nom s’est fait pour des raisons politiques, parce qu’il y avait le TPR et afin d’éviter les confusions… Nous avons ainsi l’histoire du premier nom du Théâtre du Pommier« . C’est Jacques de Montmollin qui a désiré avoir un théâtre en ville. Sa compagnie amateur était à Peseux où Ernest Grize et Alain Jelmi étaient régisseurs. Jacques me dit que sa mère, Antoinette Freymond, avait une culture considérable. En fait c’est elle qui a fait les démarches nécessaires avec un conseiller d’Etat et le chef des impôts (le local était occupé par les archives du service des Contributions). Cela a pris bien des années avant de pouvoir disposer du local.

André a fait les décors du premier spectacle du CCN. La pièce était « Le Révizor » de Gogol. Or, quand André et moi sommes allés en Union soviétique, à Léningrad, nous sommes entrés chez un antiquaire (contrairement à chez nous, un antiquaire dans les pays de l’Est vendait des livres et des gravures), je suis tombée sur un livre que j’ai voulu acheter « Le Réviseur ». Le livre retrace les 100 ans de mises en scène de la pièce depuis ses débuts. André me dit que c’est la première pièce pour laquelle il a fait les décors au CCN ! La boucle est bouclée. J’achète ou André Achète, à cette époque c’était lui qui achetait pour moi, le livre. Il est tojours avec moi.

Départ 1 du CCN : celui d’Ernest. Ernest a eu tendance à « lever le coude », comme on dit. Il faut dire que dans certains milieux on associe volontiers le plaisir de se réunir à un verre. Mais, je dois préciser que les fois où Ernest s’est occupé de mes spectacles, jamais il n’a commis d’erreur ; jamais, de plus, Ernest a toujours fait une régie très lumineuse de mes spectacles. Ils dégageaient une sorte de soleil. Seulement, certaines personnes du Conseil de fondation ont trouvé à redire et un lundi matin, alors qu’Ernest était rentré de « son » désert, il retourne au travail et tout de go, le directeur administratif lui annonce qu’il n’est plus le bienvenu. Une telle attitude n’a pas d’excuses surtout dans un milieu culturel, où l’on sait, en principe, s’adresser aux autres. C’était aussi oublier qu’il n’y aurait jamais eu de Centre culturel neuchâtelois ni de Conseil de fondation sans le travail accompli par les prédécesseurs dont Ernest avait été un rouage important.

Départ 2 du CCN : celui d’André. Il s’est passé dans des circonstances tout aussi désolantes que celles d’Ernest. Je m’en souviens, car le hasard avait fait que j’aie eu une répétition générale le même soir que le Conseil de fondation se réunissait au centre. André est entré à la séance en ayant eu la promesse que son mandat serait reconduit car on ne voyait personne pouvoir lui succéder et il en est ressorti avec rien du tout. Il n’y a plus jamais eu de directeur artistique d’ailleurs.

Tous les grands théâtres que je connais ont un directeur artistique et soit un directeur administratif soit un administrateur, car ces deux fonctions demandent des qualités différentes. Il en va de même dans les associations, il y a le président, le meneur et ceux qui s’occupent des comptes. C’est rare de voir ces deux capacités en une seule personne, cela arrive qu’on soit artitste et comptable, mais c’est rare. D’ailleurs, il y a bien des formations commerciales et des formations artistiques. Ou est-ce que je me trompe ?

Départ -1 du CCN : celui de Mado. Je mets « -1 », car ce n’est que maintenant que j’en connais la raison. Mado a vu une certaine passion s’éteindre chez ses collègues. Elle les a vus « assis » alors qu’avant il y avait une « course », une « recherche ». Elle quitte le centre en 1981. Je me dis que le centre des préoccupations avait changé, de lutte pour la survie, ils étaient passés à une situation où il fallait rendre des comptes, faire une programmation et justifier des choix.

Mado est partie à la Cité universitaire (il restait un lien avec le centre puisque la salle de spectacles de la Cité était gérée par le CCN) où elle a pu, à nouveau, reprendre son rôle « d’épaule ». Elle devait se débrouiller pour trouver des logements, des appartements pour les étudiants ; elle était le réconfort de ceux qui avaient des problèmes ; elle était la banque qui avançait les sous lorsque les étudiants n’avaient pas reçu l’argent de la maison et qu’ils devaient payer leur loyer – je demande à Mado si elle a toujours été remboursée et elle répond que c’est le cas. Même le dimanche, alors que tout était fermé, si un étudiant arrivait, elle lui trouvait où loger. Mado me dit que c’était passionnant !

Départ de Mado de la Cité universitaire : les étudiants se sont réunis, des anciens et des nouveaux, environ 150, lui ont fait un magnifique couscous et une soirée dansante formidable !

Il existe un « aprés ici », une autre dimension ; c’est sûr. Toutes ces choses qui se sont réunies pour que je puisse retrouver Mado et tous ces fils qui tissent la trame d’une bonne partie de notre vie… c’est magique. En tous les cas Mado et moi sommes émerveillées.

Quand on quitte ce monde, dit-on, on revoit sa vie. C’est l’impression que j’ai ; je vois et vis tout en même temps.

Finalement, Mado a remis son association ! Je viens de parler avec Mado qui me dit qu’elle a présenté sa démission à l’association et qu’elle part en Mauritanie au mois d’octobre. C’est fantastique ! Il y a moins d’un an elle me disait qu’après son départ, l’association ne survivrait pas… Je lui demande si c’est toujours dans le cadre de l’association – cela m’étonne quand même – et elle dit « Non, c’est fini. Avant, j’ai vécu pour les autres, maintenant, je ne vis que pour moi, très égoïstement ». D’ailleurs, elle vivra dans un tout autre endroit. C’est dire s’il y a un nouveau départ !

Curieuse, je demande à Mado quels ont été ses emplois : régleuse dans l’horlogerie – gérante du feu kiosque près de la Poste (juste avant d’arriver à la Poste quand on va en direction de Marin) – CCN : secrétaire, comptable, barmaid, accueil, billetterie et caisse des spectacles, et Cité universitaire : administratrice du logement des étudiants. À la suite d’autres questions, Mado ajoute : le métier de régleuse était très bien payé, je n’aurais pas pu aider Ernest autrement. Ensuite, j’ai voulu voir autre chose.

Trois jours avant son départ au ciel, Jacques me dit des mots que je ne sais où placer, je le fais ici :

  • Mado était une femme adorable. Je l’auî formée à la comptabilité et à un tas de choses dont le théâtre avait besoin ;
  • Thomas Facchinetti est un très très chic type ;
  • Alain Jelmi est un type adorable, charmant.

Conclusion de Mado. C’est la fin d’un très long chapitre et le commencement d’un autre. La vie c’est une chaîne, parfois il y a des anneaux qui se détachent, il faut espérer qu’ils créent une chaîne ailleurs. C’est l’ensemble des éléments qui fait la solidité d’une chaîne.

Voici Timiane la magnifique !

Timiane. J’avais pensé ne rien devoir ajouter à mon article et voilà qu’en parlant avec le chef d’orchestre neuchâtelois, Valentin Reymond, il me dit qu’Ernest avait un chien du désert. Je profite du fait que Mado ne retourne au désert que demain pour lui demander des détails. Effectivement, une fois qu’ils étaient au Niger, une chienne s’était jointe à eux. Au moment de repartir en Suisse, la chienne se couche, lève les yeux comme seuls les chiens savent le faire. Mado et Ernest demandent si elle a un propriétaire ; personne. On leur dit que s’ils le désirent, ils peuvent la prendre. Il n’en fallait pas plus pour que la chienne fasse partie de leur vie et devienne un membre de leur famille pendant 16 ans. Quel prénom ? Et quand vous retourniez en été au désert ? Demandè-je. Comme on l’a trouvée dans un village du nom de Timian et que c’était une femelle, on l’appelée Timiane et, bien sûr, elle retournait dans le désert avec nous. La race ? Mado doit épeler car je n’en ai jamais entendu parler – sloughi. Mado raconte encore qu’elle avait cherché un maître de chien pour qu’il lui dise comment lui donner une sorte d’éducation et, elle rit en me racontant l’affaire, ce dresseur lui a dit que c’était une race qui n’acceptait aucune sorte de dressage ! Le fait est qu’ils se sont bien entendus.

Le 1er février 2024 Mado s’en est allée rejoindre Ernest ! Mado s’est dit que c’était le moment. On le sait, elle est une personne très organisée et s’est dit que bien que le changement de dimension se fasse rapidement, il vaut mieux être prudente, prendre son temps, même si dans l’autre monde le temps n’existe pas comme ici, afin que le 14 février, jour des amoureux ils soient ensemble ! Le temps étant plus sec, sans neige ni brouillard, en Mauritanie, c’est de là-bas qu’elle partirait. Cela irait plus vite. C’est fait, Mado est partie au ciel depuis la Mauritanie et une autre porte du monde de ma Cave perdue se ferme…

Suite de la Cave perdue. Depuis que je suis entrée à la Cave perdue, j’ai pris autant de soin que possible du local, mais il est clair que depuis que j’en suis la seule locataire, c’est un autre chez-moi. Je peux librement appliquer ma devise « prendre soin des autres et des choses comme de moi-même ». Je remercie tous ceux qui ont permis que je travaille dans cet endroit et espère le rendre dans un bel état le jour de mon départ au ciel. Voici d’autres articles en lien avec la « Cave perdue« .

La notion japonaise de « kai zen » (amélioration continue) de la Cave perdue :

Тамара или встреча со своём зеркалом – необычная встреча 17

TEXTE EN FRANÇAIS

Каждый раз, когда я встречаюсь с Тамарой, я счастливая.

Сегодня, я чувстввовала жизнь чу-чуть тяжёлая ; ощущение, которое уже ипытала и которое одновременно говорит мне, что решение дудет. И вот, что я встречаюсь с Тамарой. Тамара очень интерезный человек. Так как я разкажу в других статьях, когда я встречаюсь с русскими, я просто чувствую любовь на земле !

Говорят, что мы только встречаемся с нашими зеркалами. Говорят тоже, что у нас все вопросы и ответи бывают, но мы не всегда умеем или слышаить или видеть их ; поэтому жизнь нам помогает через зеркала, котоозые могут быть вещи, ситуации, люди. Вот, что сегодня зерало моё это Тамара. Тамара, она сильный человек, она всегда старается найти решения. У неё терпение есть. Она тоже настойчивая. У неё качествы, которые мне нравиться и у нас одинаковые ценности. Это так важно ! В семье, все члены имеют одинаковое имя, у них одной крови, но они могут сильно отличатся друг от друга и иногда мы чувствуем ближе к определенным людям без видимой причины. Твк случает с Тамарой.

В обше, лучше говорит о осложненях, о трудностях, о тяжелых чем о проблемах. Почему ? Потаму что бывают проблемы без решение когда тяжелую вещь можно поднять рычагом. Это хорошо узнать. Как мы знаем, трудности бывают, они приходют без приглашение. Когда они перед нас, или даже внутри нами, нам нужно найти решение. Помню когда дпуг мои уехал у Бога я подумала, что во время фараонов, великая королевская жена уехала с ним и я бы хотела быть как они. Не возможно. Сейчас думаю, что с того времени я училась много интересны вещи, не только итересны но жизненно важно !

И как я говорила, ещё раз трудности на дорогу. Да, они на дорогу ещё раз, но одновременно вижу, что жизнь моя изменяется. Как я знаю ? Знаю, потоми что когда собиру вещи мой, я найду новые мести для них, илн когда я чиню их, найду новые методи, найду новые решение и тоглале. Напремер : у меня бывают зановески, которые свисают от колец, сами подвешиваются на небольшие пластиковые крючки. Первые крючки, которые я купила были сильные, а сейчас очеть плохое количество ; как и мноко вещи в наши дни. Эти крички легко ломаются. В этот раз, я использовала ленты и у меня больше не будет пробдем с крючками. Уф ! Тогда я знаю, значет, дух мой говорит мне, что приходит другин решеня, что моя жизнь становится также проще. Не могу объяснить, но это так. У меня это всё звязан, внутри и снаружи.

Что касается слов Тамары, я вам дам подумать. Мои мысли отражены в статьях цитируемых внизу страницы.

Только, говорю я Тамару, в этот паз я чу-чуть устала от уроков жизньи ; я подумаю, что я уже мноко училась в жизнь и, как корабля, заслужу пдавать в открытом море ! Но что ты говоришь ! Ты выгадишь в лущей форме чем пять лет назад и совцем луще чем после чего друг твой уехал у Бога. Тамара не зря или бесполезно говорит.

Вот слова её :

  • мы должни благодарить кажды день за, то что мы получаем :
  • нужно всегда держить :
  • эти, которые нам не понимают, они по другомy, но не важна, мы поняем из ; это напоминяет мне другого русского друга, Юсиф Леонидович, который мне говорила, что когда « смотришь мир сверху, он очень маленький ! », Правда.

Вот встреча наша в картинках. Этот как в рекламе : до и после. В этом случае до и после встпечу с Тамарой.

До
После

Но, после чего мы прошли через туннель, мы видем что стоила держить и у нас чувство победи ! Единственный минус продолжительност в туннеля… Но ведь… выход залиться светом !

Ссылки на :

Célébration avec Roger Peeters au studio la « Cave perdue » (en cours de rédaction)

Mes articles sont de plus en plus fondus les uns dans les autres.

Tout cela parce que si mon intention première avait été la célébration de quelque chose de nouveau en moi, les remerciements sont toujours de mise et que lorsque je commence à décortiquer des remerciements, j’en arrive presque, sinon certainement, à la création de l’univers tellement les choses sont liées les unes aux autres dans ma vision ; que si je ne suis pas petite, Roger, quant à lui, mesure 1 m 89 et ses conseils et avis du haut de ses 1 m 89 si étonnants soient-ils me sont fort utiles ; de plus, les réparations et rangements que je fais en appliquant lesdits avis et conseils, parfois à ma façon, dans mon studio ont une très grande résonance en moi et tout cela me fait me dire qu’une nouvelle ère commence dans mon studio la Cave perdue.

J’invite Roger à boire du Mauler et il demande : que fête-t-on ? Je lui explique que depuis quelques années, au mois de janvier, je sens une nouvelle force arriver en moi. Je me rappelle la première fois que j’en ai été consciente. C’est comme une photo prise dans le temps. Ce jour-là suis allée, je ne sais pourquoi, sur mon balcon et ai constaté que certaines plantes étaient en fleur et que d’autres commençaient leur travail printanier. Je me suis dit que c’était la force du printemps avant la date officielle. Cette année-ci cela n’a pas été le cas – bon, de toutes façons cette année est hors du commun – mais, quand même, les derniers changements que j’ai apportés à mon studio ont commencé cet hiver, ils s’enchaînent les uns aux autres et réellement je me sens différente, neuve, avec des ressources, des voies ouvertes.

Alors, oui, que célébré-je ? Tout plein de choses et elles sont en grande partie liées aux conseils avisés et judicieux de Roger qui est, j’ai l’impression, tout le temps en train de penser. Je l’ai déjà dit, il est ingénieur en mécanique et connaît un tas de choses scientifiques et philosophiques.

Parmi ces choses que je célèbre et donc en grande partie dues à Roger :

  • l’histoire des épingles de sûreté. En bref : une épingle a une certaine utilité, on peut la transformer et elle reste épingle mais a tout à coup d’autres possibiltés. Il en va de même avec nous. Nous avons des capacités d’adaptation absolument étonnantes ; l’histoire a même permis à l’une de mes amies roumaines de mieux comprendre le rôle qu’elle doit endosser ces temps-ci. Magnifique ;
  • mes nouveaux rideaux au studio : ils sont bien suspendus, permettent des variantes lors des spectacles et donnent une autre allure au studio ;
  • mes panneaux décoratifs sont élégamment suspendus ;
  • les magnifiques chaises héritées de Freddy Landry participent d’une atmosphère de château dans mon studio ;
  • le nouveau décor du plafond donne une allure de palais impérial à la scène quand on la regarde de face et de bateau impérial lorsque je fais des exercices au sol ;
  • un renouveau de musiques pour mon usage grâce au conseil donné par un gaillard rencontré, par ce fameux hasard qui me rend si souvent visite, dans un magasin de musique ;
  • une nouvelle vitalité physique. Cette dernière année, à la suite d’une série de difficultés, j’ai peu travaillé, mais ces derniers mois, j’ai repris mon entraînement et je ressens mes muscles d’une telle façon que c’est comme si c’était la première fois. Cela me donne une nouvelle force ;
  • je retrouve ma créativité dans les exercices, les danses, le traitement avec les autres, en bref, dans toutes mes activités et elles sont nombreuses.

Les changements et moi. Ces changements ont demandé du temps, du travail. Ils ont impliqué des difficultés à vaincre, des solutions à trouver, comme tous les parcours normaux mais, enfin, je me suis dit que j’allais arriver au bout et que le temps apporte les récompenses. J’ai aussi appris qu’une certaine tendance que j’ai : revisiter mes affaires, leur trouver de nouvelles places, les réparer autrement, mieux les mettre en évidence correspond à une notion japonaise, kai zen. C’est Roger qui m’en parle. Cela veut dire « amélioration continuelle et à peu de frais ». Je ne suis pas tout le temps en train de me demander comment améliorer mes affaires, mais je m’aperçois que lorsque je les revisite, je trouve toujours de nouvelles formes, solutions, positions et que cela me procure une grande joie, une grande joie parce que je sens qu’en traitant les choses et les autres au mieux de mes possibilités c’est comme si je le faisais avec moi-même, en fait c’est cela, je me le fais à moi-même.

Pause ! Faisons une pause au milieu de ces considérations pour admirer la voiture de Roger et son propriétaire.

Fin de la pause !

Le changement le plus remarquable ou plutôt les deux choses qui me marquent le plus : ce sont les épingles et la décoration du plafond. Les épingles, parce que justement, alors qu’il faut trouver une solution, Roger modifie un outil banal pour lui donner une autre dimension et utilité. Tout à coup, je l’assimile à plein de changements par lesquels je suis passée ou passe et qui font que malgré tout je reste moi-même, redeviens moi-même ou m’améliore. Et la décoration du plafond c’est parce que depuis les nombreuses années que je travaille dans ce studio, personne auparavant n’a eu l’idée de Roger. Une fois installée, elle devient naturelle. Mais voilà, personne n’y a pensé avant lui. Et cela change ma scène, un endroit que je pensais immuable. C’est tellement inattendu que je me dis que tout ce que nous appelons miracle est possible. Illustration :

D’abord la seconde imgage : on voit un ruban. Celui-ci est attaché au rideau de scène qui n’arrive pas jusqu’au bout du mur. Le ruban comble la distance. Maintenant qu’on est en terrain connu, on peut continuer avec l’histoire de l’épingle. L’illustration de l’épingle transformée par Roger permet deux choses : 1. d’enlacer le ruban et l’oeillet ; 2. lorsque j’enlèverai le rideau pour le laver, je n’aurai qu’à ouvrir l’épingle et lorsque je le reposerai, je n’aurai plus besoin de passer du temps à mesurer une fois de plus la bonne distance entre le rideau et l’anneau de l’oeillet. Astucieux !

Je raconte à Roger les considérations que la transformation de l’épingle m’inspirent et il répond : mais cela ne m’a pris qu’un instant. Je ne peux pas dire le contraire, mais justement, cet instant est très porteur et toute chose « parle » si on sait écouter. Je vois, ici aussi, un lien avec la métaphore des miroirs.

Constat : mes articles se fondent de plus en plus les uns dans les autres. La notion du temps s’invite une nouvelle fois. Je comprends de mieux en mieux ce que le physicien Garnier Malet veut dire avec le dédoublement du temps. En effet, les nombreuses années (quelques dizaines, quand même) où j’ai vu le vilain plafond ont disparu, je ne peux même plus m’y transposer et en un instant, pour ainsi dire, j’ai une autre vision. C’est l’illustration du passage d’une dimension temporelle à une autre.

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Tamara ou la rencontre avec mon miroir – rencontre particulière 17

РУССКИЙ ТЕКСТ

Chaque fois que je rencontre Tamara en ville, je suis heureuse.

Aujourd’hui, je me disais que ma vie était quand même quelque peu difficile ; sentiment déjà éprouvé bien des fois et qui, en même temps, me disait aussi que solution il y aurait. Et voilà que je rencontre Tamara, Tamara est une personne fort intéressante. Ainsi que je le dis dans d’autres articles, chaque fois que je renontre des Russes, je sens tout simplement que l’amour descend sur terre !

On dit que nous ne rencontrons que nos miroirs, on dit aussi que nous connaissons toutes les questions qui se dressent devant nous et leurs réponses, mais que nous ne savons pas toujours les voir, les entendre ; raison pour laquelle, la vie nous aide en nous envoyant des miroirs sous forme de choses, de situations et de rencontres. Aujourd’hui, mon miroir s’appelle Tamara. Tamara est une femme forte, elle essaie toujours de trouver une solution. Elle a baucoup de patience. Elle est aussi persévérante. Elle a des qualités qui me plaisent et nous avons les mêmes valeurs. C’est tellement important ! Dans une famille, tous les membres portent le même nom, ont le même sang, mais ils peuvent être très différents les uns des autres et parfois nous pouvons nous sentir proches de certaines personnes sans raison apparente. C’est ce qui arrive avec Tamara.

De façon générale, il vaut mieux parler de complications, de difficultés, que de problèmes. Pourquoi ? Parce qu’il y a des problèmes sans solution alors qu’une chose lourde peut être soulevée à l’aide d’un levier. C’est bon de le savoir. Comme on le sait, des difficultés, on en a, elles arrivent, parfois, sans invitation. Quand elles sont devant nous ou même dans notre intérieur, il nous faut trouver une solution. Je me rappelle que lorsque mon ami, André Oppel, est parti au ciel, je me suis dit que du temps des pharaons, la femme du pharaon partait avec lui et je me suis dit que je serais aussi bien partie. Pas possible. Maintenant, je me rends compte que depuis lors j’ai appris bien des choses intéressantes, pas seulement intéressantes mais aussi vitales !

Comme déjà dit, il y avait à nouveau des difficultés sur mon chemin. Eh oui ! Une fois de plus, mais, je vois, en même temps, que ma vie change. Comment le sais-je ? Je m’en rends compte parce que lorsque je range des choses chez moi, ou dans mon studio de danse, je leur trouve de nouvelles places et que lorsque j’en répare, je trouve de nouvelles méthodes, de nouvelles solutions, je reçois des aides inattendues, etc. Par exemple : j’ai chez moi des rideaux qui sont suspendus à des anneaux, eux-mêmes suspendus à des petits crochets en plastique. Les premiers crochets que j’ai achetés, il y a des années, étaient solides ; les actuels sont d’une très mauvais qualité – tout comme bien des choses de nos jours – et se cassent rapidement. Cette fois-ci, je les ai remplacés par des rubans et voilà que je n’aurai plus de problème avec des crochets. Ouf ! C’est comme cela que je sais, c’est mon esprit qui me le dit, que de nouvelles solutions sont en chemin et que ma vie va devenir plus simple. Je n’ai pas d’explication pour cela, c’est ainsi. Chez moi tout est lié, l’intérieur comme l’extérieur.

Seulement, dis-je à Tamara, cette fois-ci, je suis quelque peu fatiguée des leçons de la vie. Je trouve que j’ai déjà assez appris et que, tel un bateau, je mérite de voguer au large ! Qu’est-ce que tu racontes ! réplique Tamara – tu as l’air en meilleure forme qu’il y a cinq ans et bien meilleure que lorsque ton ami est parti au ciel. Tamara ne parle jamais en l’air.

Voici le genre de propos qu’elle m’a tenus :

  • « nous devons remercier, chaque jour, ce que nous recevons. Vraiment tous les jours !
  • il faut toujours faire face à ce qui se présente :
  • ceux qui ne nous comprennent pas sont tout simplement autrement, ce n’est pas important ; c’est à nous à faire l’effort de les comprendre » . Cette dernière phrase me rappelle Iossif Leonidovitch , un autre ami russe, qui me disait au sujet du même thème : « Lorsque tu regardes le monde d’en haut, il est tout petit ». Il avait raison.

Au sujet des propos de Tamara, je vous laisse réfléchir. Mes réflexions se réfléchissent dans les articles cités en bas de page.

Voici la rencontre avec Tamara en images. C’est comme dans les réclames : avant et après. Dans le cas présent, avant et après la rencontre avec Tamara.

Avant
Après

Ce qui est certain, c’est qu’une fois que nous avons traversé le tunnel, nous nous apercevons qu’il a valu la peine de tenir debout et on a un sentiment de victoire ! Seul bémol, la durée du tunnel… Mais, la sortie… elle est pleine de lumière !

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Une princesse en détresse…

J’attendais Roger l’ingénieur pour continuer une série de travaux dans mon studio de danse, studio un peu frais, car c’est une cave. Le soleil de ce mois de février m’a conviée dehors pour découdre une jupe héritée de l’Opéra de Bucarest que je voulais transformer pour l’une des danses de mon prochain spectacle. Je vais donc dehors.

Le soleil ensoleillant un endroit où je ne pouvais m’asseoir, je découds ma jupe debout et voilà qu’arrive par les « Escaliers des prisonniers » renommés « Escaliers de la sorcière » un passant. En plaisantant, je lui dis qu’enfin je vais pouvoir demander de l’aide. Il me demande de quel genre et je lui montre en rigolant ma jupe. Il me dit : « Au revoir ! ». Mot un peu court, mais il n’y avait peut-être rien à ajouter.

Un passant romantique. Je continue à découdre ma jupe et apparaît un autre passant auquel je sers la même scène. Il me regarde et s’exclame « Vous êtes une princesse en détresse ! ». Je lui dis qu’enfin quelqu’un a tout compris. Je lui dis qu’en plus en face a habité un ami parti au ciel et que je me sens telle une Roméa en bas du balcon de son Juliet. Le passant dit qu’il n’a malheureusement pas de carrosse magique pour m’emmener au pays des… Il ne trouve pas le mot et j’ajoute « des « rêves », mais qu’il me souhaite une excellente fin de journée. Je lui souhaite la même chose en me disant que ce pays des rêves est peut-être tout proche. C’est quand même beau de rencontrer des passants romantiques !

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Liens vers « Contes »:

De l’art de l’utilisation des épingles de sûreté = rangement en soi et ressources insoupçonnables à notre disposition

Une fois de plus, on retrouve Roger Peeters, l’ingénieur que je qualifie d’ingénieur ingénieux !

C’est bien vrai, ce n’est pas parce que quelqu’un exerce une fonction, un métier et qu’il est professionnellement qualifié qu’il est ingénieux, inventif, réfléchi. Roger est un ingénieur ingénieux.

C’est bien vrai aussi, nous avons parfois des ressouces au-delà de ce que nous croyons avoir.

Mes histoires s’imbriquent les unes dans les autres. J’ai eu l’idée de mettre des rideaux rouges comme fond de scène pour des danses à venir. Le temps que je retourne en Roumanie, que je trouve le bon tissu, que je confectionne les rideaux et que je trouve quelqu’un pour m’aider à les suspendre… a été long. Roger est intervenu dans la dernière étape. Mais, cela fera le sujet d’une histoire séparée. L’objet du jour, pour ainsi dire, est l’utilisation insoupçonable des épingles de sûreté..

Un rideau latéral des deux côtés. J’ai pensé à combler le vide avec des rideaux supplémentaires attachés avec des ficelles afin de pouvoir les enlever facilement lors du nettoyage général du studio. Roger s’est dit qu’il devait exister un système plus simple.

Il m’a demandé si j’avais des trombones, mais je n’en avais pas sur place.

Mes outils. Dans le studio, j’avais étalé mes outils et différentes autres affaires nécessaires à l’accrochage des rideaux et à la couture d’anneaux de suspension. Roger s’est approché de mes épingles de sûreté, en a pris une ainsi que la grande pince, a traficoté l’épingle, est monté sur l’échelle avec le rideau et en a accroché un bout sans peine à l’aide de l’épingle modifiée. Il m’a montré comment faire.

Les épingles de sûreté. Voici la tranformation :

Moralité : une épingle peut faire plus qu’une épingle tout en restant une épingle ! C’est-à-dire que l’espace entre les deux barres de l’épingle augmente et permet soit de saisir plus de tissu soit d’embrasser le diamètre d’un câble supérieur à ses capacités originelles – c’est le cas cette fois-ci. C’est ce qui est fabuleux. On pense qu’on n’a pas ce qu’il faut et finalement on a ce qu’il faut.

Système D. On parle du système D ou système de débrouillardise. Ce système fonctionne très bien dans des pays en voie de développement ou anciennement dans les pays de l’Est. C’était presque une norme dans ces derniers pays. Aussi, voir un Hollandais (Roger est hollandais) inventer des choses pratiques est étonnant. On peut dire que son métier l’aide, il est ingénieur en mécanique, mais je sais bien que cela n’explique pas tout ; il faut un certain esprit d’ingéniosité.

Il en va de même avec nous. Il semble que nous n’ayons à faire face qu’à des situations qui sont à notre mesure. Néanmoins, il arrive que nous nous trouvions dans des situations qui semblent nous dépasser, mais tout à coup une solution simple et limpide apparaît. Nous ne nous sommes pas transformés, nous ne sommes pas entrés dans l’habit de quelqu’un d’autre, nous avons simplement eu une éclaircie dans notre esprit et nous trouvons, à l’instar de l’épingle, à faire plus qu’on ne l’avait cru.

La relation avec les autres est toujours porteuse de leçons. Cela me rappelle une leçon de vie d’un de mes autres maîtres de ballet, maître Oprea Petrescu, un jour que je lui posais une question il m’a dit : tu peux apprendre quelque chose de tous les professeurs de danse, même du pire, car tu apprendras au moins à ne pas faire comme lui. C’est une leçon de vie que je porte en moi et que j’ai transposée à tous les domaines.

Merci Roger et merci maître Oprea Petrescu !

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Михаил и Ольга Верхоланцев : необычная встреча 7

У меня есть мечта : совсем хорошо говорить по-русски. Я бы хотела провести несколько месяцев в России (два ?). Я уже там была и каждый раз была рада, но я давно не была и когда появляется какая-то возможность, что-то случает и ничего нет. Если кто-нибудь прочитает эту статью и увидит ошибки, я хотела бы знать. Заранее спасибо !

Эту статью я давно писала на французском языке и только сейчас пробую её перевести. Как случает такая вещь ? Вещи у меня завязанные. Они как дерево с разным ветвями, и несколько раз они пересекаются : у меня было ветка с другом Иосиф Леонидович Прут и только несколько дней назад я умела писать на русском языке – я хотела поблагодарить Иосифа, потому что я у него учился урок жизни и потому что он был моим другом ; искала помощи, но не нашла и вдруг решилась делать самостоятельно с помощью бесплатного онлайн-перевода. Благодарю эту службу и помощь. Прут был таким сильным человеком, что думаю, что тот факт, что я думала о нему, писала о нему, победил во мне силы. Я знаю, что кому-то не обязательно нужно быть рядом, даже нет в нашем мире, чтобы помочь.

Это Scooby, собака моих английских соседей из танцевальной студию, которая сделала нашу встречу возможной. Скуби только приехал в семью, и я попросила если ли я могла погулять с нему, Мы погуляли обычно в дворце города Невшатеь, Швейцаря. Однажды мы гуляли, и вдруг услышала двое людей говорят по русский ; они погуляли с ребёнком в коляске. Ни один, не два, я подхожу и говорю с ними. Они из Москвы !

Сразу радость в моём сердце и в их сердце. Я это чувствую, и не нужно объяснить. Это любовь, которая исходит на Землю или рождается в наших сердцах и окружает нас ; это видно. Затем устанавливается особые отношения, которая составляет меня говорить себе, что мы всегда знали друг друга ! Я приглашаю их прийти на спектакль, который я организовываю для них со своей ученицей подростка.

В день спектакле, они говорят, что на самом деле их дочь вышла замуж за человека, которому принадлежало помещение. Это замечательно !

Программа – 2016.02

В конце спектакле, Миша говорит мне : « Вы Мистика ! « 

Тогда он объяснил мне, что он любил цвети, мысли, темы танцев, и рассказал, что для него в мускулы секретов не было, так как он художник и он много изучал анатомию. Позже, он будет подарить мне эскизы по анатомию. На самом деле, как я узнала позже, он известный художник-гравёр. Он заслуженный артист России ; это говорит само за себя ! Он посвятил мне последнюю брошюру, которую только он опубликовал. Вот автограф его :

Micha Verkholantsev001

Такой автограф – золото !

Когда ученица мая узнала, что наш зритель был известным персонажам, известен на всю Россию, ученица мая воскликнула : я думала, что вес известные люди мёртвые !

В Михаиле много замечательного, но больше всего меня тронуло то, что я узнала, что в детстве у него был костный туберкулёз, из-за которого он почти шест лет лежал в постели на спине в больницах, чтобы избежать деформацию, которая сделала бы его горбатым. Он имел дело с очень хорошими врачами. И, как это ни странно, по его словам, его недоедающее поколение произвело на свет очень хороших спортсменов, которые выделялись на Олимпийских играх 1956 года. Он сам стал очень хорошим бегунами. Вы должны видеть его форму ! Что касается его характер… золото !

Его жена тоже персонаж, Недаром Михаил её выбрал, Оля поёт и поёт учит. Она такая же милая, как и он, и с ними приятно находится. У неё мощный смех, не сильный, но сила её характера чувствуется,

Все мои необычные встречи мне дороги и каждая по разным причинам должна быть No 1 ! Этот, связанная с собачкой Скубу совсем обычная, и мне пришлась ждать, пока что-то сядет внутри меня. Щелчок был дан несколько недель назад. Я шла в студию, думав, что надо было послать ещё раз рождественское поздравление, потому что я не получила ответ её (знаю, не все должны отвечать, но с их стороны это особенно…) и вот, что вижу какое-то лицо, которое посмотрит на меня с улыбкой. Это Миша, который придёт ко мне в обратном направлении, и который говорит : « Какая замечательная встрече ! » и мы стали говорить, как бы мы расстались накануне. Мы в январе 2019, а наша первая встреча состоялась в 2016 года !

Приключение, ссылка продолжается. Мы приходим в 2021 год, и я получаю пожелания в этой форме :

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Ангел с лютней, гравюра на дереве символ творчества 2019. Работа сделана для библиотеки Президента Академии художеств Зураба Церетели. Михаил Михайлович  член-корреспондент Академии.

Мы видим изящество и силу, внимание к деталям, точность, одновременно с большой мощностью. У меня любовь !

Я сказала, что я буду показать эскизы… Они скоро являются…

Ссылки :

Иосиф Леонидович Прут. Резерв. Понятие о резерве. Необычная встреча 16.

У меня особое отношение к русскому языку. Этот язык вдохновляет меня любовь. Для меня русский язык = любовь. Поэтому я с большим удовольствием переводу свой текст. Не скрываю, что онлайн-перевод очень помогает. Благодарю эту службу.

Понятие резервов в нашем обществе — это понятие скорее часть финансов. Но в восточных странах оно было частью ежедневого. В магазинах не всегда были товары и когда продукты привозили, люди стояли в очереди. Обычно они были длинные. Тогда, люди не выходили из дома без сумки на всякий случай. Сейчас, когда пандемия бывает те, кто жили в этих странах попадают в несколько знакомых пейзаж. Это преимущество сложности, значит очень полезно. Испытания часто оказываются благотворными. Именно этот опыт побудила меня предложить курсы, на которых я даю упражнения, которые мы можем практиковать для нашего здоровья и которые позволяют избежать ненужной нервозности, когда нам приходится ждать своей очереди в магазине.

Это понятие тоже является частью повседневной жизнь армии. Надо быть предусмотрительным дальновидным в жизненно важном.

Иосиф Леонидович Прут, 1986 г. Я познакомился с ним, когда ехала в Москву на курсе русского языка. Однажды вечером, наша группа студентов пошла случать оперетту, Катрин, и я познакомилась с автором : Иосиф Леонидович Прут. Он был в своей театральное ложе. Мы стали друзьями. Это не было сложно. Он был очень открытом и любил артистов.

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Вот первая страница программы с автографом автора сценария и автографом постановщика произведенья.

Понятие резерва. Прут, которого мне представила как генерала Советской Армии и автора сценария разных жанра, сразу подружился со мной. Я вернусь к его деятельности позже. Мы говорили о многом, о его поездке в Польшу после поражения немцев вместе с маршалом Жуковым и другими людьми, которых он знал. Но что отличало меня, даже сегодня, это понятие « резерв ». У меня есть несколько жизненных уроков, который я училась сознательно, и это один из них. Он сказал мне, что у него в ящиках лежали несколько сценариев разных жанров, в зависимости от ситуаций. Он уточнил, что всегда нужны резерва (запас). Это в высшей степени стратегическое понятие. Я вижу его в его кабинете. Я также слышу его голос и его силу исходящую от него. Это понятие проникло в меня, потому что у меня не всегда были средства, чтобы позволить себе что-то, когда появляется возможность, я делаю резервы. Очень часто думаю о нем. Я не такая стратег как он, но может быть, когда у меня жизнь изменяется, я использую разные стратегии, которые мне подсказывает моя интуиция. Я тот, кто делает вещи для удовольствия, а не из благоразумия, расчётов, обязательств. Не всегда жизнь украшена цветами, но я всегда нахожу удовольствия и символы, который меня питают.

В начале 1990-х. Я вернулась в Москву и посетила Иосифа. Мы пошли в магазин, где продавались балетные тапочки. Было лето и я была в сандалях на босу ногу. Не знаю, думала ли я о покупке балетный тапочек до того, как мы вышли из дома или нет, но дело в том, что мне пришлось примерить пуанты, о носков у меня не были. Мой генерал снял свой и отдал его мне. Мы не обменялись словами, это произошло очень естественно, как будто мы репетировали сцену из его сценария. Я смогла купить много пуантов и они уменя ещё остались. Вот пример запасливости.


Танцовщица должна уметь зашивать тапочки, чтобы починить их. Касатетльно этих пуантов, они волшебные. У меня некогда не болели ноги в них и особенно я могла сразу встать на пуанты. Пояснение для тех, кто никогда не носили пуанты : часто необходимо « раздавить » пуанты, чтобы можно было надеть их. Займусь этим делом на днях. Дело в том что эти пуанты очень подходят мне . Они созданы для меня !
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Портрёт Иосифа Леодиновича Прута. Вот он !

Он излучал силу и дружескую симпатию тем кого он любил, и уважение, когда это было необходимо с другими людьми, и что-то ещё, что вдохновляло на выполнение его приказов без обсуждения, в другие времена. Он стоял очень прямо, и у него был живот, которому могут позавидовать мужчины, тренирующие мышцы в спортзалах.

Его живот. Иосиф Леонидович показал мне упражнение, которое он делал каждый день : двумя пальцами одной руки, он поднимал стул. Он заставил меня прикоснуться к его животу, который был твёрдым как камень, и ему было больше 90 лет ! Он тоже показал мне, как защитить себя, если кто-то нападает на меня.

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Вот что он написал мне за верхней фотографией, которую он прислал мне по почте.

Русский язык. Я объясняю в статье, написанной на русском насколько русские используют ласковые слова. Это не случается по-французски. Когда я встречаюсь со своими русскими друзьями, слова любовь всё время расцветает. Прут очень хорошо говорил по-французски так-как мальчиком учился в Швейцарии. Но он имел в виду, что мы очень хорошо поладили и что он может одолжить мне свой носки. Не более того !

Анекдоты. К сожалению, я не всё запомню и некогда не думала писать о Пруте, но в наши дни я очень часто думаю о нему, об уроках, которые я использую в своей жизни ; это мои способ поблагодарить его :

  • Пикассо. Однажды Прут встретил Пикассо в Париже. Он рассказывает ему, что в Москве он видел картину Пикассо, но он не купил её, потому что это была поделка. Ты идиот, Прут, ответил Пикассо. Если бы ты купил её, я бы написал внизу  » Это нет Пикассо », я бы подписал и у тебя был бы Пикассо !
  • это не анекдот, но он общался с деятелями советского режима на вершине пирамиды и сказал мне, что он сожалеет, что у него нет времени рассказать другие стороны Истории ;
  • Он приезжал ко мне в Неашатель, Швейцария, на два дня и я приготовила ему что-нибудь поесть. Я видела у него дома на тарелке была свёкла и приготовила её для него. Когда он увидел свеклу, он сказал « я уже достаточно ем её дома ! »
  • Дома, у Прута, были картины и рисунки известных людей, и он заказал картину у меня. В то время я рисовала картины, подобные показанной ниже. Когда я ему принесла, он сказал :  » Нет народного цвета ! » Я задержалась на секунду и наконец поняла, что не использовала « красный ». Он всё таки нашёл место для моей картины ;
  • Он был благодарен Никите Хрущеву, потому что последний открыл границы, и Прут смог возобновить отношения с родственниками своей семьи ;
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  • Ольга Лепешинская. Я была в гостях у Прута, когда сказала ему, что хотела бы поговорить со знаменитой балериной 1950-х годов. Не один, не два, он ей сразу звонит. К сожалению, она больна. Я спросила своего друга Прут просить ей автограф. Двери балерины были открыты для него, и он принёс дамой автограф. Вот он :

Когда я познакомил Иосиф со своим покойным другом Андре Оппел на середине 1990-х, когда он вернулся в Швейцарию, я представил его как генерал и он сразу заметил, что он не только это. Он также приехал, чтобы его художественный работы были более заметными. В Интернете говорят, что он не был генералом. Это не важно. В Большом Театре он праздновал свое 90-летие, он был известны Персонажем н я носила его носки !

Ссылки на :

Iossif Leonidovitch Prout. Réserves. La notion de réserve. Rencontre particulière 16.

J’ai un rapport particulier avec le russe, c’est une langue qui me fait fondre. Aussi c’est avec un plaisir certain que je me suis efforcée de faire la traduction de mon texte. Je ne cache pas que la traduction en ligne aide énormément. Je remercie ce service.

La notion de « réserves » est plutôt du domaine financier dans notre société. Mais, dans les pays de l’Est, elle faisait partie de la vie quotidienne. Il n’y avait pas toujours des produits dans les magasins et il fallait profiter quand il y avait des arrivages. Là, on faisait la queue. Elles étaient souvent longues. D’ailleurs, on ne sortait jamais de la maison sans un sac à provision pour le cas où. Maintenant que la pandémie est arrivée, ceux qui ont vécu dans ces pays se retrouvent dans un paysage quelque peu familier. Voilà un avantage d’un inconvénient ! Les épreuves sont bien souvent salutaires. C’est d’ailleurs cette expérience qui m’a fait proposer un cours où je donne des exercices qu’on peut pratiquer pour notre santé et qui évitent les énervements inutiles lorsqu’on doit attendre notre tour dans un magasin.

C’est aussi une notion qui fait partie de la vie quotidienne de l’armée. Il est nécessaire d’être prévoyant et se limiter à ce qui est vital.

Iossif Leonidovitch Prout, 1986. Je l’ai rencontré lorsque je suis allée à Moscou suivre un cours de russe. Un soir, notre groupe d’étudiants est allé écouter une opérette, Catherine, et on m’a présenté l’auteur du scénario : Iossif Leonidovitch Prout. Il était dans sa loge. Nous sommes devenus proches. Ce n’était pas difficile, il avait une ouverture d’esprit peu commune et aimait les artistes.

Voici la première page du programme avec son autographe en tant qu’auteur du scénario accompagné de celui du régisseur de l’oeuvre.

La notion de réserve. Prout, qui m’a été présenté en tant que général de l’Armée soviétique et en tant qu’auteur de scénarios de divers genres, m’a immédiatement adoptée. Je reviendrai sur ses fonctions. Nous avons parlé de bien des choses, de son entrée en Pologne après la défaite des Allemands aux côtés du maréchal Joukov et de diverses autres personnalités qu’il avait côtoyées. Mais, ce qui m’a marquée, encore aujourd’hui, c’est la notion de « réserve ». J’ai quelques leçons de vie que j’ai apprises de façon consciente et celle-ci en est une. Il m’a dit qu’il avait dans ses tiroirs des scénarios de divers genres selon ce qui se présentait. Il a précisé « il faut toujours avoir des réserves  » ! C’est une notion éminemment stratégique. Je revois le moment et son bureau. J’entends aussi sa voix et la puissance qui se dégageait de sa personne. Cette notion a fait son chemin en moi, car je n’ai pas toujours eu les moyens de m’offrir ceci ou cela, et lorsque l’occasion se présente, je fais des réserves. Bien souvent, je pense à lui. Je ne suis pas aussi stratège que lui, mais peut-être que lorsque je prends des virages dans ma vie c’est aussi une certaine stratégie, pas toujours consciente, qui me guide et qui s’approche de l’intuition. Je suis quelqu’un qui fait les choses par plaisir plutôt que par prudence, calcul, obligation. La vie n’est pas toujours semée de fleurs, mais je trouve toujours du plaisir, des symboles qui me nourrissent.

Au début des années 1990. Je suis retournée à Moscou et j’ai rendu visite à Iossif. Nous sommes allés dans un magasin qui vendait des chaussons de danse. C’était en été et j’avais des sandales, je ne portais pas de chaussettes. Je ne sais plus si j’avais pensé acheter les chaussons avant qu’on sorte de la maison ou pas, mais le fait est qu’au magasin il fallait essayer les chaussons et que je n’avais pas de chaussettes. Mon général a enlevé las siennes et me les a passées. Je revois aussi le moment où il a enlevé sa première chaussette et qu’il me l’a donnée. On n’a pas échangé de mots, cela s’est fait d’une façon très naturelle, comme si on répétait une scène de ses scénarios. J’ai ainsi acheté une bonne quantité de chaussons. J’en ai encore. Voici un échantillon.

Une danseuse se doit de pouvoir broder ses chaussons pour les réparer. À propos de ces chaussons, ils sont magiques. Je n’ai jamais eu mal aux pieds avec eux et, surtout, j’étais tout de suite sur pointes. Explication pour ceux qui n’ont jamais porté des pointes : il faut souvent « triturer » les chaussons pour qu’on puisse monter dessus. Je vais traiter le sujet un de ces jours. Le fait est qu’avec eux, il ne fallait pas faire grand-chose. Ils ont été faits pour moi !

Iossif Leonidovitch Prout en portrait. Le voici !

Il dégageait une force qui était pleine d’amabilité avec quelqu’un qu’il aimait bien, de respect et de distance quand il le fallait avec d’autres personnes et de quelque chose de plus qui inspirait l’exécution de ses ordres sans discussion à d’autres moments. Il se tenait très droit et avait un ventre d’une solidité à faire pâlir les hommes qui font des abdos dans les gymnases.

Son ventre. Iossif Prout m’a montré un exercice qu’il faisait tous les jours : avec deux doigts d’une seule main, il soulevait une chaise. Il m’a fait toucher son ventre et on aurait dit du caillou, plusieurs cailloux alors qu’il avait dépassé les 90 ans ! Il m’a aussi montré comment me défendre si quelqu’un venait à m’attaquer.

Un petit mot derrière sa photo. Voici ce qu’il m’a écrit derrière la photo du haut qu’il m’a envoyée par la poste.

Il ne faut pas le prendre à la lettre. Lorsqu’on parle en russe, il y a pleins de mots chaleureux, amicaux qu’on n’utilise pas en français de la même manière. Lorsque je rencontre mes amis russes, des mots d’amour fleurissent à tout bout de champ. Prout parlait le français très bien puisqu’il avait fait ses études en tant que jeune garçon en Suisse, mais ce qu’il a voulu dire ici c’est que nous nous entendions très bien, au point de me passer ses chaussettes. Sans plus !

Des anecdotes. Je n’ai malheureusement pas tout retenu et n’avais jamais pensé écrire sur Prout, mais ces temps-ci, je pense souvent à lui, aux leçons que j’ai apprises dans ma vie et c’est ma façon de le remercier :

  • Picasso. Prout rencontre une fois Picasso à Paris. Il lui dit qu’il a vu à Moscou un tableau signé Picasso mais qu’il ne l’avait pas acheté parce que c’était un faux. Tu es un idiot, Prout, lui répondit Picasso. Si tu l’avais acheté, j’aurais écrit dessous « ceci n’est pas un Picasso », j’aurais signé et tu aurais eu un Picasso !
  • ceci n’est pas une anecdote, mais il avait donc côtoyé des personnalités du régime soviétique, tout en haut de la pyramide et disait qu’il regrettait de ne plus avoir le temps de raconter d’autres versants de l’Histoire ;
  • il est venu me rendre visite à Neuchâtel deux jours et je lui ai fait à manger. J’avais vu chez lui qu’il y avait sur son assiette des betteraves rouges et donc je lui en ai préparé. Lorsqu’il les a vues il m’a dit « j’en mange déjà assez chez moi ! »
  • Prout avait chez lui des tableaux et des dessins de gens célèbres et il m’a commandé un tableau. À l’époque, je faisais des tableaux du genre de celui qui figure plus bas. Lorsque je le lui ai apporté, il a dit : mais il n’y a pas la couleur du peuple ! Je suis restée une seconde suspendue au temps et finalement, j’ai compris que je n’avais pas mis de « rouge ». Il a quand même trouvé une place pour mon tableau ;
  • il était reconnaissant à Nikita Khrouchtchev, car ce dernier avait ouvert les frontières et Prout avait pu renouer les relations avec la Suisse et sa famille par alliance.

Ce qui va suivre pourrait être une anecdote ou un conseil avisé ou un message permanent. Le fait est que lorsque je range mes affaires, je tombe depuis quelque temps sur une lettre que j’avais envoyée à mon ami Prout et dont j’avais gardé un double. Selon ce que j’écris , on devait s’être vus peu avant août 1987 et je devais avoir traversé, une fois de plus, une période compliquée. Voici ce que j’écris : « Pour le moment, je n’ai pas grand-chose à raconter car je n’arrive pas encore à remonter la pente, mais, je suis votre conseil ; je marche la tête haute ! Et… il est drôlement petit…le monde ainsi vu ! » Combien il avait raison. À chaque fois que je tombe sur cette lettre, je ris et me dis que Prout est en train de me prodiguer une fois de plus son conseil. Je ne peux que le remercier.

  • Olga Lepechinskaïa. J’étais en visite chez Prout lorsque je lui ai dit que j’aurais voulu m’entretenir avec la célèbre danseuse des années 1950. Ni une ni deux, il lui téléphone tout de suite. Malheureusement, elle était malade et j’ai chargé mon ami Prout de lui faire signer un autographe. Il avait ses entrées chez elle et m’a apporté l’autographe à la maison ! Le voici :

Lorsque j’ai présenté Iossif à feu mon ami André Oppel, vers le milieu des années 1990, lorsqu’il est revenu en Suisse, je le lui ai introduit en tant que général et il s’est empressé de préciser qu’il n’était pas seulement cela. Il était aussi venu pour que ses oeuvres artistiques soient mieux mises en valeur. En cherchant des informations sur la toile, je vois qu’on dit qu’il n’était pas général. Cela n’a pas d’importance. Il a fêté ses 90 ans au Bolchoï, ce n’est pas à n’importe qui qu’une telle chose est possible, il était un personnage connu et j’ai porté ses chaussettes !

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