Conversations de rue.10

On peut se dire tellement de choses en si peu de temps…

Un cycliste à pied. Je marche sur le trottoir, à un pas mesuré, et vois un monsieur d’un âge certain me dépasser en sautillant et en tenant un vélo. Je me dis qu’il est alerte. Il reste encore un bon bout avant les feux rouges. Je continue de marcher, arrive au bout du trottoir, vois le monsieur et lui dis :

Je suis encore sous le charme de la conversation. Je ne saurai sans doute jamais qui ce monsieur est, mais il m’a marquée.

Dans un supermarché.1 On est un lundi et arrive près de la caissière que j’avais déjà vue le samedi précédent où elle avait travaillé toute la journée.

Je trouve curieux que des copains ne sachent pas quels sont les rêves des uns et des autres.

Je ne sais plus à quel moment, je leur ai demandé si les fautes de français comptaient dans des branches comme les sciences, etc. Ils ont dit que non et l’un d’eux m’a dit : « L’essentiel c’est qu’on se comprenne ! ». C’est un argument que j’entends souvent et qui m’échappe. Je lui dis : *Tu te rends compte qu’on a vingt siècles de civilisation derrière nous et tout cela pour arriver à « se comprendre » ? À de moment-là, j’ai vu l’étonnement envahir son esprit et il a dit : « Ah, oui, c’est beaucoup ! » J’ai été ravie d’avoir passé un moment avec ces ados.

Dans le même supermarché.2 Je fais la queue pour payer et derrière moi, deux garçons d’environ 9 ans. Je leur demande ce qu’ils ont acheté.

Un camion Cardinal en train de décharger à Neuchâtel. Bon, il est évident que je ne peux pas parler avec un camion, mais avec un de ses chauffeurs ou accompagnants oui. Le camion est immense et je le trouve beau.

Merci Roberto, pour toutes ces informations ! Je me suis enrichie. De plus, j’avais assisté à la distribution de cette bière Bilz. Cela avait été un samedi matin et j’en avait pris une pour l’un des vendeurs au marché. Il l’avait trouvée bonne. Alors, santé ! Roberto.

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Conversations en patchwork.9

Ce sont des scènes qu’on pourrait trouver dans un film

No 1. Sur le trottoir. À propos de trottoir, j’ai appris que le premier trottoir qui a existé à Paris se trouve sur le pont Neuf, celui qui mène à la maison d’Abraham-Louis Breguet. Cela a dû être quelque chose ! Cette fois-ci, je me trouve à Neuchâtel et je traverse au feu vert, près de mon appartement. Un couple, dans la quarantaine, marche sur le trottoir devant moi. Le monsieur avance d’un pas décidé et regarde sa compagne sans rien dire, mais son allure dit qu’il ne va ni l’attendre, ni retourner la chercher. Elle suit, s’arrête… Je continue et la dépasse. Le monsieur continue d’avancer tout en la regardant de temps à autre. Il fait juste un geste de la tête en signalant qu’il va traverser la rue (quand ? je ne sais pas). À un certain moment, la dame me dépasse. Je lui dis : « Il a gagné ! »

J’ai eu l’impression de parler avec un autre moi mais me demande si une telle relation peut durer longtemps…

No2. Scène de cinéma. Je me trouve dans un supermarché ; je fais la queue pour passer à la caisse. Le monsieur devant moi met la séparation, la barre qui sépare ses produits des miens. J’ai envie de le féliciter parce que c’est plutôt rare. Je n’ai pas le temps de le faire parce que sa séparation tombe ou plutôt se couche. Certains magasins n’ont pas assez d’argent pour investir dans du bon matériel… La main du monsieur s’allonge pour la remettre debout. J’admire. Je demande au monsieur dans quel métier il travaille. Il dit qu’il travaille dans le marketing et me demande pourquoi je pose la question. « C’est que vous êtes une personne soigneuse ». Je vois que cela travaille un peu dans sa tête. Pendant ce temps, la caissière, Nathalie, a eu affaire à une cliente un peu inattentive, disons la chose comme cela. Il y a eu un problème avec un produit, mais la caissière a trouvé une solution. La dame paie avec de la petite monnaie. La caissière passe du temps à faire le compte ; il lui manque encore des sous. La dame les lui tend et la caissière commence à ranger chaque pièce à la bonne place dans la caisse. Elle lève la tête et dit en même temps : « Merci beaucoup, bon week-end ! » Quand elle finit de lever la tête, elle voit que la dame était partie et les clients qui étaient avec moi avons tous ri. Elle rit avec nous. Je lui dis que cela a été comme une scène de cinéma.

Je dis à Nathalie que je ne pourrais pas travailler dans ces conditions. Elle répond qu’elle a travaillé dans une cantine avec des adolescents et qu’elle est vaccinée et rit. Elle a un rire sonore et chaud. Elle me fait du bien. Mon tour arrive et je lui donne un bout d’étiquette qui était collé au tapis. Elle le prend, le lit et dit : « Ah, c’est ce qui manquait à la cliente ! » Je félicite la caissière au si joli prénom parce que malgré que la cliente ne s’est pas bien comportée, elle est toute à son affaire. C’est non seulement une scène de cinéma, mais une scène de vie pleine d’enseignements.

À propos du prénom Nathalie, je viens de voir qu’il vient du latin natalis dies, jour de la naissance, sous-entendu de Jésus. En tous les cas, il est bien porté par le personnage de cet épisode.

Nathalie a beaucoup d’humour. Je vais deux fois de suite au magasin et elle me dit : « Ah, vous ne pouvez plus vous passer de moi ! Je vais vous faire une place ici ! » et on éclate de rire.

No 3. Laboratoire de chimie 1950 et 2024. à l’école de Commerce de Neuchâtel. Je suis allée à la bibliothèque de la Ville et, en passant devant une salle au rez-de-chaussée, j’ai aperçu par une porte ouverte ce qui avait l’air d’être un de laboratoire de chimie. J’ai demandé au monsieur que j’y ai vu avec une blouse blanche si je pouvais entrer : – Oui, bien sûr. – De mon temps, la salle de chimie se trouvait là où il y a actuellement l’atelier de reliure.Cela m’intéresse. J’aime l’histoire. Je suis préparateur et pas professeur. Je travaille ici et à ce qui s’appelait l’école de Commerce. – Ah ? Il y avait des cours de chimie ? – Oui. Le cours consistait en l’analyse des marchandises. – Je n’en reviens pas, je n’ai jamais imaginé une telle chose. Lorsque j’étais à la faculté de commerce extérieur en Roumanie, on avait bien une histoire des marchandises, mais on ne les a jamais analysées. Cela change ma façon de penser aux étudiants neuchâtelois. Il me semble qu’à l’époque, le directeur était M. Richard Meuli. J’ai fréquenté l’école pour suivre des cours de sténo-dactylo. Cela vous intéresserait de revoir les locaux ? On est en train de faire des travaux et tout va changer. J’ai des photos datant de 1950. Elles vous intéresseraient ?Ah, oui !

Je suis ravie. Je n’avais jamais vu ce monsieur et tout à coup le courant passe. Je me rends un matin à l’École de comm, qui va changer de nom. J’ai un peu la nostalgie et même si je n’ai pas réellement fréquenté l’école, elle fait partie de mon paysage, ce paysage change, mais il me fait signe ! Voici les photos que monsieur Mathez, c’est le nom de ce personnage qui aime l’histoire, m’a aimablement transmises :

On est donc en 1950. Les étudiants ont l’air sérieux, ils sont très bien habillés (aujourd’hui, ils seraient en… disons simplement qu’ils auraient une allure différente). Je me demande si j’en ai croisé en ville. Je voudrais les rencontrer, leur parler…
Je ne me rappelle plus à quoi elles correspondent. Il faut que je demande des explications (à suivre)

No 4. Je me trouve une nouvelle fois dans un supermarché. Je fais la queue et devant moi il y a une dame d’un âge respectable et devant elle, un monsieur basané. Il abandonne le grand chariot qu’il a utilisé à côté de lui et continue de faire la queue. Le chemin est étroit et ce n’est pas une bonne idée de le laisser ainsi. Je lui fais signe qu’il pourrait le ranger plus loin. Il ne fait rien. La dame, toujours celle d’un âge respectable, dit que cela ne sert à rien de s’énerver. Je lui dis que le monsieur ne parle peut-être pas le français mais qu’il ne fait pas grand-chose pour comprendre non plus. Il doit nous entendre, mais ne bouge toujours pas. La dame prend le chariot, le soulève et se dirige au bon endroit. Je touche le bras du monsieur et lui dis que la dame, plus âgée que lui, va le mettre à la bonne place. Il ne bouge toujours pas. La dame revient et dit que c’est comme cela et que ce n’est pas important. Je ne suis pas de son avis et lui raconte que lorsque les personnes posent les produits dont ils ne veulent plus n’importe où dans les magasins, je le leur signale. Elle trouve que je suis « sévère ». Ah, mon Dieu ! Il s’agit tout simplement de respecter les choses. Chacun s’attend à ce que sa vie soit simple. Alors, il faudrait aussi penser à simplifier celle des autres. « Vous avez empêché ce monsieur de faire quelque chose, il n’a rien appris » lui dis-je. D’ailleurs, vous voyez, il part et ne remercie même pas la caissière. – « Bon, la prochaine fois que cela se produira, je dirai quelque chose… », me répond la dame et on se quitte avec le sourire.

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Le CCN-la Cave perdue-Zully

Mes remerciements à ceux qui ont imaginé et incarné le Centre culturel neuchâtelois, CCN, et à la Ville de Neuchâtel. Sans eux, pas de Cave perdue et pas d’activités de Zully !

Zully et la Cave perdue (mon studio-atelier de danse). Je voudrais présenter en quelques tableaux mon aventure avec la Cave perdue. Dans un autre article, je raconte comment je suis arrivée à ce lieu et l’histoire des principaux protagonistes. Pour relater les faits, tels qu’ils se sont déroulés, je montre dans l’organigramme de droite la manière dont je me suis représentée, pendant de très longues années, ma relation avec le CCN, jusqu’en 2019 :

Le centre était dirigé, à ses débuts, par Jacques de Montmollin, directeur administratif et André Oppel, directeur artistique. Il y avait également un régisseur, Ernest Grize, et une secrétaire-comptable, Mado Grize. J’ai donc été persuadée que c’était à la direction que je devais mon insertion à la Cave perdue.

Il y a environ trois ans, j’ai appris par Mado, Mado Grize – elle a été, aux premiers temps du CCN, secrétaire, comptable, barmaid, à l’accueil, à la billetterie et à la caisse des spectacles, comment la chose s’était déroulée. Mado était aussi la femme d’Ernest Grize, le premier régisseur du lieu ainsi que personnage clef dans la création du centre. Elle m’a raconté que c’est Ernest qui a insisté pour que je puisse occuper la Cave perdue. Cela change la vision de mon histoire qui devient :

Mado me raconte que c’est Ernest qui a insisté pour que le CCN me loue la Cave perdue.

Autre fait important qui découle de l’action d’Ernest : ma rencontre avec André, le directeur artistique. Cela s’est fait sans qu’on y pense et nous avons vécu dix-sept ans ensemble ; dix-sept ans que je peux représenter ainsi :

J’espère que vous comprendrez si je dis qu’André et moi avons été deux un ou un deux, soit deux personnes, chacune elle-même mais en même temps l’autre ou alors un seul être en deux entités jusqu’au moment de son départ de ce monde.

Je reprends l’histoire de la Cave perdue. Les années passent et les directeurs se suivent, chacun avec un désir de marquer sa période et mon occupation de la Cave perdue s’est vue réduite à une portion congrue jusqu’à ce que le destin tourne et je me trouve seule occupante du lieu sans que j’intervienne. Cela s’est fait tout seul. Cela n’a pas été facile de voir mon temps d’occupation diminuer, mais, finalement, je sors gagnante parce que j’ai développé d’autres cours, pour adultes, et peux les proposer, en majorité, au Service des sports de la Ville. J’ai repris mes spectacles en solo qui sont devenus des spectacles intimistes et qui sont en train de s’enrichir d’un spectacle de lecture-théâtre. Le Service de la culture de la Ville a été sensible à mon parcours et m’octroie une aide.

L’aide de la Ville. Elle n’est pas seulement matérielle. Au moment le plus difficile de ma relation avec le CCN, Patrice Neuenschwander, chef du Service de la culture et Thomas Facchinetti, conseiller communal en charge du dicastère de la culture, m’ont conseillé de m’approcher du Service des sports. C’est comme cela que l’idée de créer des cours pour ce service est née. Voici l’organigramme actuel :

2019 est une année importante de ma vie.

La mémoire. Je sais que nous ne sommes rien sans les autres et j’aimerais aussi être utile aux autres. Lorsque cela arrive, je suis aux anges. Je remercie, tous les jours, ceux qui m’ont formée et aidée. Je reprends le début de cet article pour remercier une fois de plus les protagonistes du CCN qui m’ont accueillie et la Ville de Neuchâtel, au travers du Service de la culture, qui prend soin des siens.

Je précise encore qu’après le départ d’André, il n’y a plus eu de directeur artistique. C’est dommage, ce sont des sensibilités différentes. Jaques de Montmollin a été l’un des rares directeurs que je connaisse à avoir eu une fibre administrative et théâtrale.

2024, le rôle du Service de la culture de Neuchâtel : grâce à l’intervention du même conseiller communal, Thomas Facchinetti, la Bibliothèque publique universitaire de Neuchâtel a créé un fonds André Oppel. Je vais écrire un article sur le sujet, si j’en parle ici c’est parce qu’en revisitant les documents qui pourraient alimenter ce fonds, j’ai découvert une lettre qu’André à envoyée à Mado, le 15 juin 2002, lors du départ au ciel d’Ernest qui avait eu lieu trois jours auparavant où il écrit que c’est « grâce à Ernest qui a accueilli Zully à la Cave perdue » qu’il fait ma connaissance et qu’il a retrouvé goût à la vie. J’ai l’impression qu’ils (Mado, Ernest et André) sont à côté de moi… Le plus fantastique est de voir que c’est l’action de M. Facchinetti, bien actif en ce monde, qui me permet de compléter mon passé. C’est le genre de choses qui m’enracinent encore plus à Neuchâtel et me rendent meilleure.

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Conversations à Paris.8

Je reprends en partie l’introduction de l’autre article parce que la situation s’y prête. J’aime Paris et quand on aime quelqu’un ou quelque chose on n’a pas besoin d’expliquer. Cette fois-ci, j’y ai rencontré des situations qui m’ont apporté du bien ou qui m’ont fait rigoler.

1. Les cyclistes. Il y a cyclistes et cyclistes ! Je vais parler de ceux que je félicite. Dans les quelques jours de mon séjour, j’en ai croisé dix que je félicite. Le tout premier a été dans le XVIIIe arrondissement. Le feu venait de passer au rouge pour les voitures, il n’était pas encore vert pour les piétons et je vois le vélo s’arrêter.

Nous avons échangé un regard chaleureux et j’ai traversé.

La chose est arrivée avec un autre cycliste du IIe arrondissement, sur le Pont-Neuf. Je venais de revoir la maison d’Abraham-Louis Breguet et j’allais traverser le pont pour reprendre le métro. Ici aussi le feu vert pour les piétons n’était pas encore allumé que j’ai vu un cycliste d’un âge respectable s’arrêter. Je n’ai pu que le féliciter. Il m’a demandé pourquoi et je lui ai dit que la plupart des cyclistes continuent alors même que le feu est rouge pour eux ; qu’il était une exception et que cela méritait des félicitations. Cela lui a fait plaisir. Les autres, c’était vers l’Arc de Triomphe et encore ailleurs. À chaque fois, j’ai remercié, j’ai reçu des sourires et j’ai eu le coeur en joie !

2. Ticket rose chez Castorama. Je vais dans ce grand magasin pour acheter des articles pour le bricolage et reçois un ticket rose. Je suis surprise parce qu’à Neuchâtel, la mode est au gris, un vieux gris qui rend les tickets illisibles. Les gens qui mettent en circulation de tels tickets veulent bien faire mais ignorent les conséquences. Tout le monde parle de la planète et de l’écologie et s’y prend par bouts. Avoir conscience que tout ce qu’on fait a une conséquence est magnifique, dans le cas présent, la solution proposée va à l’encontre de la vision physiologique. Pour bien voir, il faut un contraste, le mieux est noir-blanc, sitôt que l’on met une couleur, cela exige un effort des yeux, or dès qu’il y a effort, la vue s’abîme. La population européenne est vieillissante et donc il faudrait lui éviter des efforts. Alors, ceux qui pensent bien faire, ne prennent pas en compte tous les facteurs. C’est désolant. Le gris du magasin suisse Migros est affreux, Aldi suit aussi, c’est désolant. Alors, voir du rose c’est déjà mieux. Je regarde donc mon ticket et dis au caissier :

C’est si joli et dit avec un tel sourire que je suis sous le charme. Je n’ai pas le temps de donner des explications. Mais voici les deux tickets :
Je viens d’entendre une émission française sur la problématique écologique du ticket, et là aussi le problème de la vue est passé sous silence. Je vais envoyer un mot. On verra.

3. On dirait du carton. Je suis sur le boulevard de Clichy et vais traverser comme si j’allais prendre le métro Blanche. Je lève la tête et vois un immeuble plus haut que les autres ; il se situe peu avant Le Moulin Rouge. Il me fait un drôle d’effet. Ce n’est pas la première fois que je vois un tel édifice et à chaque fois, j’ai la même impression. La différence, cette fois, c’est qu’un piéton à ma droite va aussi traverser. Sans autre, je lui dis en lui montrant le bâtiment :

On dirait que le bâtiment blanc est un décor en carton !

Le temps que mon cerveau assimile sa réponse, quelques fractions de seconde, et qu’on échange un regard et on a éclaté de rire en même temps. On était du même monde !

Même maintenant que je regarde la photo, j’ai toujours l’impression que c’est un décor et pas un vrai édifice. Il n’y avait pas assez de place pour la photo, mais tout à gauche il y a Le Moulin Rouge. Chaque fois que je passe par là, j’ai une pensée pour Toulouse Lautrec, le peintre.

4. Un avocat dans un bus. C’est rare que je prenne le bus à Paris, mais c’était le plus pratique pour aller voir le musée des mathématiques. Je ne sais plus très bien comment la chose s’est passée, mais, je dois avoir allongé mes jambes et plongé dans mon esprit… Tout à coup, je vois des jambes d’un monsieur à côté des miennes et je retire les miennes en présentant mes excuses.

Le monsieur n’a pas l’air fâché, il sourit même. Puis, je le vois sortir un dossier. J’essaie de voir s’il y a un titre, mais n’arrive pas. Il le ferme et le remet dans son sac.

Je ne sais plus très bien ce que l’avocat a dit, mais on était d’accord pour dire que l’argent et le pouvoir prenaient parfois le dessus sur la justice. Et voilà que le bus arrive au quartier de l’Horloge et passe à côté du Palais de Justice. L’avocat me dit au revoir et il se met devant la porte. Le bus passe tout droit devant l’arrêt. L’avocat va vers la jeune femme qui conduit le bus.

Il me regarde comme s’il me disait que j’avais raison. Je lui demande à quelle heure est sa plaidoirie et il répond que c’est à 9 h 30 (il est 9 h 15) et il descend. J’espère que j’ai eu raison. J’ai réellement admiré la façon de prendre les choses chez cet avocat.

5. Chez Driss, boulevard de Clichy. Ici l’histoire est un peu plus longue. J’ai vu dans un magasin, lors d’un de mes séjours en 2023, des écharpes en vente avec comme motif des tableaux de peintres impressionnistes et postimpressionnistes français. J’ai demandé au vendeur s’il savait quel était le peintre de tel ou tel tableau reproduit. Il ne le savait pas. J’ai pensé que ce serait bien qu’il le sache et lui ai dit que j’allais prendre tous les foulards en photo et faire des recherches. Ne connaissant pas tous les artistes, j’ai demandé à un ami peintre un coup de main, mais il m’a dit que certains tableaux avaient été retouchés ou composés à l’ordinateur et donc n’ai pu apporter mon aide au vendeur. Cela m’est resté sur le coeur. Cette fois-ci, je passe devant son magasin et entre pour présenter mes excuses au monsieur qui me dit :

J’ai été tellement soulagée de savoir que le monsieur a trouvé une solution que je le remercie de m’avoir ôté un poids. Il sourit et il dit que c’est lui qui me remercie. Je n’en reviens pas, je ne lui ai pas apporté de solution, il m’enlève un poids et il me remercie ! C’est comme dans un conte. Je lui dis que j’avais ce poids depuis l’année précédente. Il me répond que non, que cela ne fait que peu de temps (or, en vérifiant dans mon ordi c’est bien neuf mois…). Je lui demande alors de me montrer comment fonctionne l’application.

Je n’en reviens pas ! Je lui demande s’il peut faire la même chose avec ma montre, celle que j’ai achetée à des Africains sur un stand à la fête des Vendanges de Neuchâtel l’année passée. Il dit oui et s’exécute.

Voici Driss avec son iPhone magique ! Il l’a posé sur ma montre et tout de suite est apparue la référence.

Non seulement Driss ne m’en veut pas, ne me fait pas de reproche, mais en plus, il m’apprend des choses et tout cela avec le sourire et le coeur ouvert. Je lui dis que je vais écrire un article sur lui sur ma plateforme et ne peux que me pencher pour choisir des souvenirs. Je choisis la boîte « Van Gogh » et d’autres choses dont des cartes postales. Au moment où je lui demande combien je lui dois, il me dit le montant et ajoute : « Je n’ai pas compté les cartes postales ». C’est absolument inouï. De plus, les cartes postales ont comme image le Sacré-Coeur et la place de la Concorde. Deux places qui me tiennent à coeur à Paris. Avec la place de la Concorde, j’ai un lien spécial parce que liée à Ramsès ii. et au sujet duquel je prépare un article sur cette plateforme. Je me sens portée !

Je retourne à Paris et rends visite à Driss. Il est content de l’article où je le mentionne et remarque une tour Eiffel comme ces boules de neige qu’on secoue et la neige tombe. Je trouve l’objet intéressant – j’ai une admiration particulière pour monsieur Eiffel et je montre à Driss ce que je vais faire avec l’objet :

Effet Driss ? me demande-t-il. Oui, je donne des cours sur l’ossature, le corps. Lorsqu’on reçoit une mauvaise nouvelle, la matière se densifie, devient dure et rien ne circule, quand on reçoit de bonnes nouvelles, quand les choses vont bien, c’est comme lorsqu’on agite ce magnifique objet, toutes les particules du corps bougent ! Le regard de Driss brille et je comprends qu’il a compris !

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La mémoire de l’histoire, le rôle de la typographie et de l’imprimerie Courvoisier-Gassmann (C-G)

Une fois de plus divers pans de ma vie se réunissent pour faire un tout : maquillage fantaisie, Jean Mentha le typographe, ma passion pour la révision de textes, mon plaisir de découvrir de nouvelles choses et je ne saurais dire lequel est le premier de la chaîne mais elles se retrouvent dans l’imprimerie C-G.

Pour cet article, on peut commencer par la fin ; une fois n’est pas coutume. Je viens de visiter l’imprimerie Courvoisier-Gassmann qui se situe près de Bienne. Je suis passionnée par la langue française sous tous ses aspects, l’imprimerie comprise, cela va presque de soi. J’ai bien connu des imprimeurs et des typographes et vu les métiers changer et souvent disparaître. À Neuchâtel il y avait les rotatives de la Feuille d’Avis, aujourd’hui, l’impression du journal se fait je ne sais plus où et il n’y a plus de correcteurs. Cela se sent, se voit, se vit et c’est dommage. Chez Courvoisier-Gassmann (C-G), je découvre une entreprise qui date de 200 ans, j’aime les entreprises qui ont un passé, celle-ci se porte bien et en plus a une éthique. Ce dernier point me rend l’entité vivante et cela me rend heureuse, c’est comme si on ne faisait qu’un.

Pour l’historique de l’entreprise, je vous laisse aller sur sa plateforme. Ce que je peux dire c’est qu’en deux cents ans, elle a subi bien des mariages, des refontes, pour utiliser le langage typographique. Actuellement elle a concentré ses domaines et emploie une quarantaine de personnes.

Exploits. Il faut le dire, j’admire le premier imprimeur de la boîte, Fridolin Gassmann : il a changé son premier métier de meunier pour celui d’imprimeur ! Cela s’est passé au xviie siècle : « Fasciné par l’art noir, il quitte la farine blanche »1 et se construit une nouvelle existence dans la « ville des ambassadeurs » soit Soleure : en effet, la ville a abrité l’ambassade du royaume de France en Suisse de 1530 à 1792 (Wikipédia). Fridolin Gassmann a dû être guidé par son intuition, il doit s’être senti capable de faire autre chose et ce qu’il a semé alors donne aujourd’hui encore des fruits. Cela me fascine ! Notre société est le fruit d’actions passées et quand j’en découvre une, cela me transporte. Je répète donc l’admiration que j’éprouve pour celui qui est la racine de l’entreprise C-G. Parmi les derniers documents imprimés, on trouve le livre « Armorial du Jura » que l’Office fédéral de la culture a considéré comme l’un des plus beaux livres suisses de 2022 ainsi que  » Le Cèdre. Jean-Tschoumi 1951-1956 « , hommage à cet architecte, figure clef du xxe siècle, qui a donné un visage aux bâtiments administratifs des années 1950 .

  1. Citation extraite de l’historique de l’entreprise.

Le chemin qui mène vers l’entreprise :

Sylvain Villars est le personnage à qui je dois cette histoire et une partie de la mienne. Il est l’un des organisateurs de la Fête d’automne d’Hauterive. Il y a deux ans, il cherchait une maquilleuse pour sa fête et est tombé sur moi. Le hasard a fait que j’y avais déjà participé des années en arrière ; retourner à la fête a été le signe d’une continuité en même temps que celui d’un nouveau départ. C’est parce que j’ai remarqué le français soigné de Sylvain que je lui demandé quel était son métier et il m’a dit : « Lithographe de formation et je travaille dans une imprimerie où je suis responsable de production ». Mon Dieu ! Le fait de savoir que quelqu’un que je voyais physiquement travaillait dans une imprimerie, une vraie, m’a fait demander si je pouvais aller voir l’entreprise et la réponse a été positive. Quelle chance !

Un autre bout : Jean Mentha. Il a été typographe. J’ai entendu son nom par feu mon ami André Oppel qui fut directeur artistique du Centre culturel neuchâtelois, l’actuel théâtre du Pommier. André avait fait ses études de graphiste à Zurich et forcément suivi le mouvement Bauhaus. Il lui allait si bien… Je ne sais plus le détail mais André et Jean Mentha avaient collaboré. Cela suffit pour me rendre quelqu’un sympathique. Il y a quelques années, je me suis dit qu’il fallait que je rencontre Jean Mentha parce que j’avais dans mes affaires divers guides de typographie dont celui du Typographe romand, 1982, que j’avais envie de parler avec lui de son métier et surtout de le remercier pour ce qu’il avait fait. Je constate bien des fois qu’après que les personnes quittent leur poste, ils sont quelque peu oubliés et cela me donne l’occasion de leur apporter un peu de chaleur. Je suis redevable à ceux qui ont travaillé avant moi et je me dois de le leur dire. Les sujets de discussion n’ont pas manqué parce que le guide mentionné m’a rendu bien des services dans mes rédactions.

Malheureusement la pandémie s’en est mêlée et Jean a eu interdiction de recevoir des visites. Mais, lors de l’une de nos dernières rencontres, il m’a mis entre les mains le dernier exemplaire qu’il avait du Guide du Typographe romand - Choix de règles typographiques, publié en 1943, « son » exemplaire, revu et corrigé par lui. Je revois le moment où il me l’a donné. J’avais été surprise parce que je ne le lui avais pas demandé. C’est en repensant à ce moment que je me dis qu’il fait partie de ce que j’appelle mon album temporel. Un album est fait de photos, ici c’est plus qu’une image, c’est un film : je revois Jean aller chercher le guide et se pencher pour me le donner alors que j’étais assise à sa table à manger. À ce moment, j’ai pensé : « Je n’ai rien demandé » et reçu, simultanément, la réponse mentale de Jean : « C’est mon héritage, gardez-le ! ». C’est ce que je fais. Et comme typographie et imprimerie ne font qu’un, lorsque j’ai rencontré Sylvain, on a parlé de ces sujets et je suis même allée à Bienne avec les livres de Jean comme si j’allais avec lui.

Je montre l’exemplaire de Jean Mentha à Sylvain et il s’exclame : « Quelle belle écriture ! » En effet, on n’en voit plus de semblables. On voit la précision, l’harmonie, le plaisir d’écrire, tout un portrait de la personne qui sait où elle va.

J’ai dû beaucoup agrandir l’extrait, mais de voir toute la page vous donne un sentiment de clarté et de beauté.

2024 m’apporte une information au sujet de Jean Mentha. Chez moi, je le dis au début de cet article, les pans de mon histoire se rejoignent de façon inattendue. Je viens d’écrire que je ne sais plus quel lien unissait Jean à André et voilà qu’en revisitant des documents d’André que je vais donner à la bibliothèque de la ville qui vient de créer un fonds à son nom, je tombe sur la lettre qu’André a écrite à Mado – (secrétaire, comptable, barmaid, accueil, billetterie et caisse des spectacles au Centre culturel neuchâtelois, le CCN) après le décès de son mari, Ernest Grize, premier régisseur du CCN et personnage clef lors de sa création – où il lui rappelle que leur complicité à tous les trois (Ernest, Jean et lui) allait jusqu’à avoir les mêmes étagères (plan d’André et construction d’Ernest) et les mêmes haut-parleurs (construits par Ernest et habités par les amplis de Jean) dans leurs appartements respectifs. J’ai l’impression que les esprits me font signe.

Ma passion pour la révision de textes. Il paraît qu’avant de venir au monde, on sait ce qu’on va faire. En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu la moindre idée de ce que j’allais devenir. D’ailleurs, encore aujourd’hui, je cherche le métier que je ferai « quand je serai grande » ! J’ai eu diverses formations et divers métiers et ils se sont complétés les uns les autres. La révision de textes et l’une de mes dernières passions et elle m’a amenée à travailler avec et pour quelques écrivains dans des domaines aussi variés que les romans historiques, la vulgarisation scientifique, la santé, l’humour, la langue française. Je fais aussi des propositions à divers auteurs de plateformes sur la Toile et, de façon générale, c’est bien accueilli. Alors, aller voir ceux qui impriment entre dans la norme !

Les bureaux : ils sont beaux, bien décorés et l’air, autant que les idées, circule.

Le papier. Pas d’imprimerie sans papier ! D’où vient-il ? Sylvain m’explique que l’entreprise a des principes et qu’ils en achètent aux pays voisins, la France, l’Allemagne, un peu en Italie et pour le papier très spécial dans les pays nordiques qui ont beaucoup de forêts. Je suis conquise en écoutant ses explications.

Recyclage du papier. Le papier maculé n’est pas éliminé, jeté, il est recyclé. Je trouve cela magnifique. La nature a produit du papier et celui dont on n’a plus l’usage lui est restitué pour ainsi dire et il peut continuer son processus sous d’autres formes. Il est bien connu que les particules qui sont de ce monde viennent de la création et qu’à chaque changement de forme la mémoire se reporte. J’aimerais bien pouvoir parler avec les particules de ces papiers !

L’éthique de l’entreprise et mon atelier La valse comme chemin de vie. Une entreprise est le reflet de la direction qui est à sa tête. La direction de C-G a décidé de célébrer les dix-sept objectifs de développement durable de l’ONU via une série d’affiches faites par dix-sept artistes bénévoles. Un exemple de ces objectifs : énergie propre et à un prix abordable. Nous avons plus de vingt siècles de civilisation et néanmoins avons encore bien des problèmes. À propos d’énergie, l’ancien locataire de mon appartement avait inventé un moyen de produire de l’énergie sans pétrole… Il n’a pas été écouté et est parti au ciel avec son idée. Souhaitons simplement que de tels cas ne se reproduisent plus et œuvrons pour le bien de tous. En tous les cas, l’imprimerie Courvoisier-Gassmann donne le bon exemple.

Alors quel lien avec La valse comme chemin de vie ? C’est que pour danser la valse, la danse de salon la plus élégante qui soit, il faut être deux, danser sur le même rythme, aller de pair dans la même direction et les deux partenaires guident tour à tour le long de la valse. Le couple de valseurs se retrouve partout : vendeur-client ; chef-employé ; chauffeur-passager ; professeur-élève. Toutes ces paires vont aussi dans l’autre sens : client-vendeur ; employé-chef ; passager-chauffeur ; élève-professeur. Dans le cas qui nous concerne nous avons : imprimerie-papier et papier-imprimerie ; imprimerie-lecteur et lecteur-imprimerie ; imprimerie-mémoire de la société et l’inverse ; imprimerie-environnement et on tombe sur l’illustration des points retenus par l’ONU. Ici, l’imprimerie danse avec le développement durable en jouant divers rôles. On ne peut que la féliciter !

Qualité de l’impression. J’ai vu un imprimeur appeler un collègue et comparer un document avec celui récemment imprimé, aller vers sa machine qui dose les teintes et lancer une nouvelle impression. C’est magnifique et maintenant que vous, cher lecteur, avez été initié à la valse comme chemin de vie, on peut dire que c’est une belle valse entre le collaborateur et son imprimé !

On passe aux machines d’impression. Je regarde les employés travailler et en écoutant les explications de Sylvain, je me dis que décidément le travail manuel est plein d’enseignements : on ne doit pas mélanger n’importe comment les encres, on doit calculer le passage d’une couleur à l’autre, on doit aussi avoir grand soin des machines car la moindre erreur a des répercussions non seulement sur les documents mais même sur les machines qui peuvent s’abîmer. Je parle d’enseignement car c’est un mode d’emploi qui est transposable à tous les domaines. Je pense souvent à des lois qui ont des effets pervers… Je me dis que tout le monde devrait avoir une formation manuelle comme repère. On doit tout et tous bien traiter car le résultat de l’investissement s’en ressent.

Ce sont les machines les plus perfomantes à ce jour !

L’une des machines a été achetée par le dernier investisseur.

Ici nous avons une plaque d’aluminium. Elle est installée dans la machine, prend l’encre, la couleur, et l’imprime sur le papier.

L’histoire. Il y a une salle exposition où il y a des machines utilisées autrefois dans l’imprimerie. C’est un moment touchant parce que j’ai l’impression de voir des employés s’affairer. Les machines sont belles et bien entretenues. Je félicite ceux qui ont eu l’idée de les exposer pour marquer le chemin parcouru. Elles sont les parents des machines actuelles.

Autrefois l’impression était plus compliquée, les passages des couleurs demandaient plus de temps, beaucoup plus de temps, d’autres produits et d’autres savoirs. Dans la photo, on voit la main de Sylvain sur une pierre de lithographie.

Si on se trompe sur un papier, on efface ou on en prend un autre ; sur une pierre…

Domaines d’impression. Courvoisier-Gassmann se centre sur les livres d’art, des magazines, de la publication scientifique, des livres scolaires et la publicité en général. J’ai vu de très beaux ouvrages de grandes maisons avec des reliefs, des dessins et des dorures de rêve que je ne peux reproduire ici. Mais voici un autre ouvrage intéressant, c’est un conte destiné également aux aveugles. Il faut, pour une telle impression, un grand savoir-faire. Il y a non seulement du braille, mais également des images en relief. C’est magnifique !

Flûte, j’ai raté une photo ! Il y avait à un endroit des papillons sur lesquels était inscrite la langue : anglais UK, anglais américain, anglais international. Je n’avais jamais vu une chose pareille ! Je crois que le fait d’avoir fixé l’image dans ma rétine m’a fait croire que je l’avais prise en photo.

Les correcteurs. J’ai été tellement prise par tout ce que j’ai écouté et vu que j’ai passé outre l’une de mes principales raisons de ma visite : discuter avec les correcteurs ! Il n’y en a plus sur place… Correcteur est un métier qui disparaît, je le regrette et le constate à chaque fois que je lis le journal de Neuchâtel (oh, pas seulement !). Cependant, C-G, selon l’oeuvre imprimée, fait appel à des spécialistes avec lesquels elle travaille depuis longtemps.

Le secteur de l’imprimerie. La société change, les emplois changent, certains disparaissent, d’autres se créent et cela se ressent dans le domaine de l’impression sur papier. Dans les années 2 000 il y avait en Suisse 2 000 imprimeries, aujourd’hui il y a en 500 parmi lesquelles des bureaux qui font de la photocopie. Je vous laisse réfléchir…

Oeuvre de Saype

Paris, pour finir. J’ai un faible pour cette ville. Aussi, lorsque j’ai vu la photo ci-contre, je n’ai pas résisté à la prendre en photo à mon tour. Il s’agit de l’une des œuvres éphémères de l’artiste contemporain Guillaume Legros dont le pseudonyme est Saype (contraction du verbe anglais to say et du mot peace). Pour ses fresques, il utilise une peinture biodégradable qu’il a inventée. Ici on voit, sur le Champ-de-Mars, le symbole de la chaîne humaine. L’œuvre est un soutien à l’association SOS Méditerranée.

« Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Après avoir écrit l’article, la citation a affleuré à mon esprit. Je l’ai entendue de la bouche de ceux qui attiraient l’attention de ceux qui allaient écrire quelque chose. Désirant vérifier son sens, j’ai cherché sur la Toile et j’apprends qu’on la doit à Horace et qu’elle était utilisée dans l’Antiquité pour inciter les gens à écrire leur savoir afin de le transmettre et se créer une mémoire. Tout être vivant a une mémoire et une société, une civilisation se doit d’avoir la sienne.  Le rôle de l’imprimerie Courvoisier-Gassmann est de la transmettre. Une fois de plus, les choses se lient les unes les autres ; en revisitant le portail de Courvoisier-Gassmann, je trouve la phrase : « L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. » Ce sont les paroles de Victor Hugo. S’il était présent, il serait d’accord avec la première citation aussi.

Le personnel. Ici aussi Courvoisier-Gassmann se distingue. Il engage du personnel non seulement en fonction des qualifications mais des capacités personnelles. C’est ainsi, que dernièrement, une personne qui n’avait jamais fait d’impression a été engagée parce que du fait de son métier de base, la précision, le sens du détail et le goût du travail bien fait ont pesé lourd sur la balance. Je me dis que Fridolin Gassmann doit être content !

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Les histoires de Roger Peeters.2

Ces histoires, Roger me les raconte quand on est dans mon studio de danse la Cave perdue. Ce studio a déjà une histoire et continue à s’enrichir d’histoires. Parfois, quand je regarde ma Cave perdue, j’ai l’impression qu’elle vit.

Roger a tout le temps quelque chose à raconter. Cette fois-ci, je l’invite à venir voir ma dernière danse. C’est une version en solo d’une danse chorégraphiée pour deux personnes. Le rythme de la danse change car je n’ai plus de partenaire avec qui avoir un « dialogue » dansé ; j’ai dû repenser le tout afin d’avoir une relation directe avec le public. Roger arrive et me voyant en costume dit tout de suite : « Vous avez un nouveau costume !  » C’est cela qui est plaisant avec lui, il est tout le temps présent, même si mille et une idées traversent sa tête.

Je lui présente ma danse et comme il est le premier spectateur à la voir, cela crée en moi une certaine tension et flûte ! je rate la fin, le moment clef de la danse pour ainsi dire. Je dois me trouver à un endroit précis pour faire un effet et comme je n’ai trouvé tous les pas de la chorégraphie que la veille… c’est un peu frais dans mon corps. Je réfléchis et propose à Roger de lui remontrer la danse comme si c’était la première fois. Il dit oui. Je refais le tout, c’est encore mieux que la première fois et je réussis mon coup d’effet. Roger applaudit et me demande : « Comment avez-vous fait ? » C’est bien Roger, il veut tout savoir ! Je lui réponds que je me demande si je n’utilise pas parfois ma tête comme la sienne : « J’ai modifié deux trajets qui on fait que la suite s’est déroulée comme prévu ». Je suis contente parce que j’ai réussi et Roger est content parce qu’il sait comment j’ai fait. Voilà comment deux personnes peuvent être contentes avec une même danse.

Ensuite, on passe aux réjouissances de ce monde !

Framboises = Roger

Roger aime les framboises et j’aime servir mes invités dans de jolis plats arrangés à ma façon. J’ai mis les framboises sur une assiette transparente, accompagnées de fromage et le tout sur une assiette dorée qui vient de mon dernier voyage à Paris.

L’assiette dorée. Je dis à Roger que j’aime les reflets dans les miroirs ainsi que ceux dans l’assiette que je lui ai préparée – on la voit mieux ici. Roger fait le lien avec la conversation de l’article précédent où l’on avait dit que la valeur de l’or était due à sa rareté et rappelé que le pyramidion de l’obélisque en l’honneur du président G. Washington avait été revêtu d’aluminium, matériau à l’époque rare et dès lors très cher. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et l’or parade en tête pour le commun des mortels, mais en réalité il y a encore trois autres devant : l’ osmium dont la résistivité est extraordinaire – l’iridium qui a une grande résistivité à la chaleur et le rhodium qui a une grande dureté et durabilité. Ce sont des métaux très rares. À propos des reflets, je dis à Roger que je suis allée voir les nouveaux locaux du Figaro à Paris et que je suis tombée en extase devant le plafond des escaliers de l’entrée.

Entrée du Figaro à la rue de Provence, Paris

Entrée du Figaro : tout s’imbrique si naturellement que l’image fait une unité. Le reflet me transporte dans des dimensions absolument extraordinaires, je suis dans une sorte d’extase. Roger a été émerveillé et se dit également inspiré. Je suis ravie. Il ajoute qu’il a beaucoup de respect pour les architectes français. Ils arrivent à allier les styles historiques avec des éléments modernes. Ici le plafond est fait d’acier inoxydable martelé et poli, ce qui donne ces effets absolument remarquables.

Sujets traités lors de la dégustation des fraises-fromage. Roger s’intéresse à tout, à l’histoire, à l’art, à la musique, à la littérature, aux sciences, aux découvertes. La différence est qu’il cherche à savoir et dans mon cas, les choses se présentent, je les prends et les découvre peu à peu. Alors, cette fois-ci on parle vocabulaire allemand, physique, horlogerie et mathématique.

Gönnen. Roger a dit qu’il y a des moments où on peut se réjouir pour quelqu’un parce qu’il lui arrive une chose de bien et que cela se traduit par jemandem etwas gönnen en allemand et iemand iets gunnen en néerlandais (pour mémoire : Roger est néerlandais). Il a été étonné de constater que ce verbe n’existe pas ni en français ni en espagnol ni en anglais. Je lui ai dit que je n’ai jamais vu ce verbe dans le vocabulaire allemand appris à l’école mais que cela m’arrivait d’être heureuse pour quelqu’un et qu’en général je dis que je suis heureuse pour la personne tout comme si c’était à moi que cela arrivait. Je trouve que c’est beau d’être heureux pour les autres.

La gravité. On le sait, la gravité est une attraction de corps dans notre univers. Roger me dit que la lumière voyage à une certaine vitesse, vitesse qui est la même que celle de l’électricité, de l’électromagnétisme et qu’il vient d’apprendre, du haut de ses 55 ans, que la gravité se déplace à la même vitesse que les trois autres. Il râle parce qu’on aurait dû le lui dire à l’école ! Il me dit que la lumière du Soleil nous parvient en 8 minutes et celle de la Lune en 1,8 seconde, et, par conséquent, la gravité entre la Lune et la Terre se fait sentir en 1,8 seconde également. Lorsque j’entends Roger me dire qu’il y a cette interaction entre la Lune et la Terre en une seconde, j’ai l’impression que la Lune s’adresse à moi, que je vois et sens presque le déroulement de l’interaction. Une chose c’est le savoir intellectuel et une autre c’est le vivre. Roger profite pour me dire que le problème des sciences, comme la mathématique, est de rester abstraites. J’abonde dans son sens et lui dis que le professeur que j’ai eu dans cette matière à l’université avait commencé par donner des explications et des cas précis puis, comme il lui restait peu de temps pour finir le programme, avait dit qu’il ne donnerait plus d’explications. Alors, on a avalé les formules.

Il faut ajouter mentalement le trajet de la Terre autour du Soleil, quant à la Lune, on sait qu’elle montre toujours la même face.

Encore la gravitation. Je trouve fascinants tous ces phénomènes physiques. Ainsi, la gravitation est le résultat de deux corps qui s’attirent avec une force proportionnelle au produit de leur masse et inversement proportionnelle au carré de leur distance. J’aimerais pouvoir entrer dans le calcul pour le comprendre. Ce sera dans une autre vie. Pour le moment, la Lune me fait cadeau de la sensation.

Les fabriques horlogères à Neuchâtel dans les années 1960 – 1975. Je fais une recherche sur les horlogers, les fabricants, de cette époque. C’est en lien avec feu mon ami André Oppel, graphiste et directeur artistique du Centre culturel neuchâtelois et René Froidevaux, fabricant horloger, pour lequel il avait travaillé. Dans ces années, il y avait foison de producteurs horlogers, puis la crise est venue. Je voudrais savoir où il y avait des fabriques et des horlogers dans ma ville à ce moment-là. Je n’ai pas fini le tableau mais je sais que cela intéresse Roger et surtout je me réjouis de ses commentaires. Dans les années 1960 – 1965 il y a environ 130 entreprises horlogères. Il me dit qu’actuellement il doit y avoir 8 marques (oui, on peut avoir 130 entreprises horlogères mais certaines ne font pas leur propre montre, elle peuvent faire des composants). Roger dit que si beaucoup d’entreprises font le même travail, il n’y a pas d’économie d’échelle (c’est-à-dire que les coûts fixes sont élevés pour chaque entreprise et que la production est limitée ; on le sait, la diminution du coût de production augmente le profit). Toutefois, il y a un avantage dans telle situation : c’est celle de trouver des pièces de remplacement facilement puisque beaucoup de gens font la même chose alors que lorsqu’il y a deux ou trois grosses entreprises, les éléments, les pièces de rechange, ne sont plus interchangeables, on est dépendant de la marque. Roger fait d’autres remarques ; elles feront partie de l’article consacré à ces horlogers. Mais disons déjà que lorsque Roger se lance dans une aventure, il a déjà tout calculé, sait ce dont il a besoin etc. alors que chez moi, je prends un sujet, je vis avec lui un moment et ensuite surgissent les questions.

A very math trip. Je dis à Roger que je suis allée voir le spectacle A very math trip à Paris et que je l’ai trouvé très intéressant. J’ai acheté le livre et l’auteur est d’accord pour que je lui envoie les coquilles que j’y trouve. J’apprends, en lisant le livre que si le jeu de cartes a 52 cartes c’est parce qu’il y a 52 semaines dans l’année et les quatre couleurs correspondent aux quatre saisons ! Vous auriez dû voir la tête de Roger quand je lui ai raconté l’affaire. Il a commencé à compter les cartes, comme s’il les voyait, et finalement est arrivé au nombre de 52. Il a dit : « Ah, oui ! ». Là, j’ai vu qu’une nouvelle donnée (celle des cartes de jeu) avait trouvé une place ordonnée dans son cerveau.

J’ai envoyé la photo des framboises à Roger et il me répond qu’il « considère les framboises comme le fruit le plus élitaire pour plusieurs raisons :

Album : Asterix le Gaulois
  • lorsque j’étais enfant, je n’ai vu de framboises que dans mon jardin ;
  • la framboise a une très petite taille (par rapport à une banane, un ananas) ;
  • elle est très fragile et il faut la consommer tout de suite ;
  • dans la BD Asterix le Gaulois, Panoramix et Obelix sont prisonniers des Romains et le premier demande à un centurion de lui apporter des framboises pour préparer la (fausse) potion magique qui rend transparent alors que ce n’est pas la saison. Vous voyez, dans le dessin ci-contre, le pauvre centurion qui ramène finalement les fraises.

Je vous laisse vous souvenir de la fin ou d’aller la lire… C’est drôle et cela nourrit bien Roger !

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Les effets de l’exposition de Mandril à la galerie 2016 à Hauterive : Luc Michel l’encadreur à Paris (en cours)

On le sait, Mandril est un dessinateur accompli et ses oeuvres font autant preuve d’imagination que de travail. L’exposition me donne l’occasion de voir plusieurs de ses oeuvres en un seul lieu.

Article en cours parce qu’il me manque des explications sur le tableau qui suit. J’attends que Mandril ait du temps…

Le roi des escargots (photo de Mandril)

Le roi des escargots. Ce qui m’a attirée, c’est la tête mais surtout l’effet trois dimensions comme si j’étais en présence d’une statue en cuivre. Chaque détail est si soigneusement fait que j’ai l’impression de pouvoir me promener dans les motifs et sentir le cuivre repoussé. Je n’ai vu que la tête, avec ses deux faces : celle de gauche si puissante, si sûre de savoir où elle va ; quant à celle de droite, elle me fait penser aux proues de bateaux. Cela peut aussi être le regard vers le futur et vers le passé. Je reste un moment devant la photo-tableau.

Mandril arrive et m’explique : « C’est le pommeau d’une épée de (époque ?) Napoléon iii. et un ami, Luc Michel, encadreur à Paris, m’a fait le cadre en bois de cèdre correspondant tout à fait à l’époque napoléonienne. » Je reste en admiration et comme je vais à Paris, je lui demande si je peux avoir son adresse. Il me l’enverra via WhatsApp.

Adresse de l’atelier (je me sers du cadre doré de Luc Michel dans cet article. C’est ma façon de lui dire qu’il m’inspire).

Mars 2024, Paris et l’atelier. Je vais à l’atelier qui se trouve à la cité internationale des arts, près de l’hôtel de Ville. Luc Michel n’y travaille plus. Je suis reçue par M. Schäffer, lui aussi encadreur, qui l’a repris il y a plus d’une année ; il fait de la restauration. Il me raconte que son père et Luc Michel avaient fait des expositions ensemble et donc je suis toujours dans un atelier d’encadrement et la tradition continue. J’aime les endroits où les histoires se perpétuent.

Luc Michel. Finalement, Mandril reprend contact avec l’ancien encadreur et j’ai un numéro de téléphone. Je l’appelle. Bon, c’est un peu compliqué de dire à quelqu’un au bout du fil que nous ne nous connaissons pas mais que cela m’intéresse de le rencontrer. Finalement, on se donne rendez-vous dans un bar près du pont Marie-de-Médicis, dit pont Marie. Je devrai le rappeler quand je serai dans les environs parce que je n’ai pas compris où se trouve le lieu du rendez-vous.

Comme au cinéma. Mon téléphone ne fonctionne pas en France et je dois demander de l’aide aux passants. À un moment donné, je rencontre un groupe de personnes et l’une d’elles appelle le monsieur. On s’explique, on cherche le nom des rues que Luc Michel donne de l’autre côté du fil, je ne vois pas d’issue et tout à coup l’une des personnes voit un monsieur passer avec son téléphone à l’oreille et l’arrête. C’est lui ! C’est une vraie scène de cinéma. Je ne l’aurais pas vu. Je suis très reconnaissance à ces personnes et pars avec Luc Michel vers le bar où le patron se réjouit de le revoir après longtemps.

Cadre. Comme le cadre fait par Luc Michel est le début de cette histoire, j’encadre les images avec le cadre du tableau de Mandril.

La première idée qui me vient à l’esprit c’est de demander au patron du bar la connexion Wifi afin de téléphoner à Mandril.
Signature de Luc

Conversation entre Luc Michel et Mandril. Comme on le voit, Luc Michel a l’air très content de parler avec Mandril (on a de la chance de tomber sur un moment où ce dernier n’est pas occupé !). En fait, Luc a un caractère heureux et rit à la première occasion. Je lui demande quel est son nom et il me dit : « Luc » – « Et ‘Michel’ ? » – c’est le nom de mon arrière-grand-oncle, mort à la guerre. Je voulais lui rendre hommage. Cela en dit long sur le personnage ! Puis, Luc me raconte sa vie en abrégé : il est né en 1946. Sa mère a travaillé dans l’imagerie sanctuaire ; elle peignait des santons à la main. Il est entré dans l’atelier à l’âge de 16 ans et a aussi peint des santons ; c’est sa mère qui l’a dirigé vers l’encadrement. On fait le calcul et Luc me dit que pendant 51 ans il a travaillé en tant qu’encadreur. Je demande à Luc de me donner un autographe. Je l’encadre à droite.

Meilleur ouvrier de France. C’est en 1997 que Chirac, alors président, l’a nommé meilleur ouvrier de France. Luc Michel a beaucoup aimé Chirac et moi j’ai une grande admiration pour cet homme. Cela nous unit.

Carte de meilleur ouvrier de France, 1997. Carte valable à vie !

1997 – Meilleur ouvrier de France, suite. Je suis en admiration totale ! Il me raconte qu’il a mis trois ans pour ce concours qu’il a gagné avec un cadre style Louis xiv avec des tiroirs. Je lui demande s’il a des photos. Mais, non, sa vie professionnelle a mal fini et son appartement est trop petit pour y mettre ce qu’il avait. Il explique qu’il a attrapé la covid, qu’il a dû rester un mois à l’hôpital et qu’il a mis du temps à se remettre. Ensuite, le toit de sa maison a brûlé et à la suite de manipulations inappropriées pour le sortir de la maison on lui a abîmé le dos, raison pour laquelle il sort peu, mais il commence à reprendre du poil de la bête. Il a coupé le lien avec ses clients. Il a tout vendu et laissé dans son atelier la dernière cisaille (machine de coupe à deux lames) achetée chez Rigo ! Mais, une fois de plus il tourne la page et me raconte que les copains du syndicat des encadreurs, le SNDE, qui lui non plus n’existe plus et dont il a été l’un des derniers membres, lui avaient offert lors de son diplôme de meilleur ouvrier un chien dalmatien qui l’a accompagné durant 17 ans. Il l’a incinéré dans une très belle boîte en bois (« Oh, elle était belle ! » s’est-il exclamé). « Et, il s’appelait comment ! » demandé-je. – « Mof » – « Heu… » – « Mof, Meilleur ouvrier de France ! » et il a éclaté de rire.

6 mars 2020 – Luc dans toute sa splendeur ! Mandril a gagné une résidence d’artiste cette année-là à Paris et a rencontré Luc avec qui il a traité. Voici Luc dans son atelier du temps où les affaires marchaient bien. On voit l’ordre qui règne dans les murs et la créativité sur la table de travail. C’est magnifique !

L’encadreur encadré !

L’histoire devant moi. J’ai l’impression que l’histoire est devant moi. Malgré les périodes difficiles, Luc a gardé son caractère heureux, c’est une chance ! Il me dit que la prochaine fois que je viendrai à Paris, on se revoit. Je le remercie et lui dis que le cadre fait pour Mandril est très beau (après la conversation, Mandril a envoyé la photo qu’on voit au début de cet article) et qu’il inspire des gens. Sans lui, nous ne nous serions pas rencontrés. Nous sortons du café ensemble et comme il marche lentement, au moment où on traverse une rue, des voitures klaxonnent, c’est alors qu’il sort l’expression :

Il n’y a pas de meilleure fin pour cet article !

Le tableau de Mandril. Je le reprends car en relisant l’article, je me dis que le sujet se prête bien à toute cette histoire du passé, du présent et du futur…

Liens pour d’autres histoires :

Conversations à Paris.6

J’aime Paris. Quand on aime quelqu’un ou quelque chose on n’a pas besoin d’expliquer. Lors de mon dernier séjour, j’y ai rencontré des situations qui ont soulevé mon admiration ou qui m’ont fait rigoler.

No 1. Dans la mercerie Mes folles de soeurs. À chaque séjour à Paris, je vais au quartier des tissus et merceries au quartier du marché de St-Pierre, aux pieds de la Butte Montmartre. J’y trouve toujours quelque chose pour réparer ou faire mes costumes et accessoires. Cette fois-ci, j’avais besoin de donner une autre allure à un linge hérité de feu mon ami Freddy Landry, l’homme de cinéma. J’ai trouvé ce qu’il me fallait et aussi d’autres choses pour d’autres réparations. Au moment de payer et de prendre mes rubans et élastiques, je me suis dit que j’allais les enrouler et pas les laisser mettre en boule comme on fait de nos jours dans les magasins. Je commence et la caissière m’aide. On a de la chance, le magasin va fermer et il n’y a pas beaucoup de monde. J’avais une dizaine d’articles, je paie, remercie la caissière et lui dis qu’elle est une personne soigneuse puis m’en vais.

Je suis dans la rue en direction d’un autre magasin de tissus lorsque j’entends : « Madame, madame ! » Je sens que c’est pour moi, me retourne et vois la jeune caissière qui court vers moi avec un sourire et le ruban… le ruban pour lequel j’étais allée dans le magasin. Mon Dieu ! Pour une raison qui m’échappe, il était resté sur le comptoir. J’ai eu de la chance que la jeune femme le voie parmi tous ses articles, qu’elle soit réellement présente à son affaire et ne fasse pas « seulement » son métier. Je la remercie mille et une fois. Le temps passe et je n’ai plus le temps d’acheter les tissus que je voulais. Cela n’a aucune importance, « mon » ruban prime.

Le lendemain, je dispose, par miracle, d’une heure pour retourner dans le quartier et choisir mes tissus. Je me dis que quand même, la jeune caissière mérite une fois de plus mes remerciements. Qu’aurais-je fait de retour chez moi sans le ruban ? De plus, ce n’est pas pour réparer n’importe quoi. Alors, je me dirige vers le magasin, imagine la scène du remerciement et, ne me demandez pas pourquoi, me dis que la jeune femme va m’offrir un bouton. J’entre dans le magasin et vais vers la caisse. Mince, ce n’est plus la même ! J’explique que je voulais remercier… et tout à coup j’entends une voix qui dit : « C’est moi, c’est moi ! ». Quelle joie chez elle et chez moi. Je lui explique l’importance du ruban et la remercie encore une fois (au moment où je m’adresse à elle, elle se trouve dans le département des rubans et des boutons en train de faire quelque chose). Tout à coup, elle ajoute : « Tenez, c’est pour vous ! » en me tendant un bouton. Là… je n’en reviens pas et lui dis que je savais qu’elle allait me donner un bouton sans que je puisse l’expliquer. Elle se demande comment j’avais pu deviner. « Il est très joli. Vous en avez d’autres ? » La jeune femme m’en tend un autre pareil. « Je voudrais en acheter quelques-uns » – « Eh bien, c’est que pendant ma pause, j’en fabriquais…  » – « Ainsi vous avez une pause-travail ? » Tout le monde autour rit avec nous. – « Pensez-vous qu’on pourrait les vendre ? » me demande la jeune femme. – « Certainement ! » – « Alors, je vais en faire ! » Je lui réponds que lors de mon prochain séjour, je repasserai.

Voici, sur mon bureau, les deux boutons décorant le vélo qui, symboliquement, me mène à Paris.

Avril 2024, je retourne dans le magasin ! Je vais vers la caisse, mais vois un monsieur à la place de la caissière. Je continue mon chemin et tout à coup j’entends qu’on m’appelle. C’est la jeune caissière-vendeuse-fabricante de boutons ! On est contentes de se revoir. Je lui demande si le monsieur est le patron et c’est le cas. Je vais vers lui et il répond à mes questions : le magasin existe depuis une dizaine d’années et il s’appelle Mes folles de soeurs parce qu’il a trois filles et qu’il s’était dit qu’elles étaient ses drôles de soeurs ! En fait, il a créé ce magasin pour elles mais la vie a décidé qu’elles iraient vivre à (je n’ai plus en tête de la ville française où se trouve l’une d’elles)et les deux autres sont à l’étranger, aux États-Unis et en Irlande ! Mais, ajoute le monsieur, je suis toujours là. Je le vois discuter ensuite avec une cliente et lui expliquer qu’elle peut coudre un bouton sur la veste et l’autre sur l’écharpe qu’elle porte pour faire un certain effet. C’est un vrai patron, il connaît son métier et il donne des conseils avisés ! J’apprends aussi que la jeune femme qui m’a servie prépare un diplôme dans le domaine de la vente. C’est magnifique ! J’ai réussi mon passage dans le magasin. La prochaine fois, j’irai acheter des fils (sorte de lacets) que j’ai vus.

No 2. Au village d’Orsel, le magasin. Le temps est passé sans que je le voie, mais il est midi et il y a peu de monde dans le magasin. Je vois deux tissus qui me disent qu’il faut que je les prenne pour mes spectacles. Je tombe sur une vendeuse que je n’ai jamais vue. Elle me dit que cela fait deux mois qu’elle travaille dans le magasin. Elle coupe le premier tissu et à ma grande surprise, prend le temps de le plier. Elle fait de même avec le second. Je lui dis qu’elle est très soigneuse (à se demander si elle n’est pas cousine de la caissière de l’autre magasin) et elle dit : « Je n’aime pas quand on me roule les habits dans les magasins et donc je fais aux clients comme j’aime qu’on fasse pour moi ». Je n’en reviens pas. Je m’intéresse à la façon dont les gens font les choses, à la façon dont ils pensent et cette vendeuse est comme un miroir pour moi. Je la remercie profondément et lui dis que non seulement elle fait aux autres ce qu’elle aime qu’on fasse pour elle mais encore qu’elle le pense. C’est autrement plus profond. Lorsque j’arrive à la caisse, je dis au caissier que la vendeuse, en la désignant, est très soigneuse. Il a un regard de reconnaissance envers moi. Un autre vendeur, plus loin, plaisante et dit qu’on n’a jamais entendu dire quelque chose de pareil à son sujet et tout le monde rit.

No 3. Des terrassiers. Paris en traitement de beauté. Il y a plein de chantiers ces temps-ci et, par conséquent, près de mon hôtel aussi. Je monte sur un trottoir qui se fait un de ces traitements et observe la façon dont les ouvriers travaillent. Ils posent les grosses dalles, les enfoncent et les tapotent jusqu’à ce qu’elles soient à niveau, ce qu’ils sentent en passant la main d’une dalle à l’autre. J’admire. Je les félicite et un répond : » Si vous en voulez dans votre salon, vous n’avez qu’à dire, le patron est là ! », et de me le montrer assis sur un petit tracteur. Sa phrase met tout le monde de bonne humeur. « J’y penserai, merci ! » ai-je répondu en rigolant avec eux. J’admire cette sorte de répartie.

No 4. Chez Carrefour, rue Saint-Didier. Ici aussi la chose se passe à la caisse. Une dame, quelque peu âgée et marchant à l’aide d’une canne, arrive à la caisse. Elle doit payer une baguette de pain. La dame sort son porte-monnaie, fouille, refouille et rien. Elle prend un portefeuille, ouvre soutes les sections, recommence, rien. Reprend son porte monnaie, rien. Elle cherche dans son sac… rien. Ni billets ni monnaie. La jeune caissière observe sans que je puisse deviner un geste d’impatience et s’adresse à un jeune homme qui est dans les environs. La dame dit qu’elle va revenir le lendemain. Le jeune homme dit que cela ira. Depuis le fond de la queue, je dis que j’offre la baguette à la dame. Le jeune homme me réplique que c’est pour sa poche. « Alors, on va se battre ? » demandé-je. Il rit et dit qu’il n’en est pas question. Je paie et m’approche de lui. Je le remercie d’avoir agi ainsi. Je lui demande si son métier est d’être vendeur, je me dis qu’il doit être étudiant. « Non, répond-t-il, je suis, je vais devenir locataire-gérant » –– « Ah ? Vous êtes majeur ? », il a l’air tellement jeune… – « J’ai 28 ans. »

C’est ainsi que j’apprends de sa bouche que la grande enseigne Carrefour peut avoir des gérants qui habitent un local appartenant à Carrefour ou même être le gérant murs compris (ce sont des franchises). Il y a aussi cinq sortes de magasins selon leur fonction et localisation. Quant à la politique pratiquée pour trouver des partenaires, je la considère intéressante : la direction s’allie avec des personnes qui aiment le commerce, peu importe leur formation ou profession ou même l’âge. L’essentiel est de s’unir à des personnes qui aiment le commerce. Aimer le commerce c’est : avoir le sens du commerce, aimer avoir affaire avec les articles (qualité, présentation, utilité) et aimer les clients (les comprendre, leur rendre service). J’ai demandé à Florian Rolando, c’est son nom, si Carrefour avait augmenté le prix des produits en vue des jeux olympiques de cet été. « Non, nous ne procédons pas ainsi. »

Ce que je trouve fabuleux dans cette aventure c’est que la dame, pauvre en argent, m’a enrichie en savoir. Je la remercie et espère que le ciel lui enverra mon SMS. Elle a permis que je rencontre une caissière très aimable, un locataire-gérant très élégant dans ses manières et qui m’a appris comment fonctionne l’enseigne, sans compter le fait que je suis sortie avec des boissons à base de kombucha. Chez moi, je fais du kéfir et en voyage c’est compliqué de trouver de telles boissons. Je dois dire que j’en ai trouvé aussi chez Franprix. C’est un soulagement. Dommage que cela n’existe pas encore dans les grandes surfaces en Suisse. En tous les cas, je suis ravie de cette autre aventure parce qu’il y a divers éléments ensemble et ce, grâce à cette dame.

No 5 Du violon dans le métro. Je changeais de ligne de métro lorsque j’ai entendu le son d’un violon, un son si clair, si puissant que je me suis dit que j’allais voir qui jouait ainsi. Quand je suis arrivée, j’ai vu une violoniste. J’ai été surprise parce que ses attaques et le son m’avaient fait croire que c’était un homme. Magnifique ! À tel point que j’ai dansé un moment sur sa musique. Je l’ai remerciée et elle m’a remerciée. Je lui ai fait des compliments et elle m’a fait des compliments. Cela a été un moment hors du temps. Elle m’a donné la permission de la prendre en photo mais, dans l’émotion, j’ai oublié de lui demander son nom. Cependant, je lui ai demandé où elle avait appris à jouer ainsi : « À l’école, dans le pays de l’Est, en RRRoumanie » a-t-elle fini sa phrase avec l’accent roumain. « Doamne, nu se poate ! » ai-je répondu et on a continué en roumain. On s’est embrassées et le temps s’est arrêté. Elle m’a expliqué que cela faisait vingt ans qu’elle était en France et que lorsqu’elle joue dans le métro elle gagne 7 à 9 euros de l’heure. C’est tellement dommage pour un tel talent. Je lui ai donné ma carte de visite et espère qu’elle va m’envoyer un message pour que je puisse mettre son nom. Je viens de chercher sur la Toile et vois une Florence, je suis sûre que c’est elle. Si vous cherchez sur la Toile, tapez ici et vous l’entendrez. La prise date de plus de dix ans, mais je viens d’en trouver une photo de la musicienne qui date de cette année.

La politique de la régie autonome des transports parisiens (RATP), entité publique, envers les musiciens depuis 1997 : tous les six mois, elle organise une audition et choisit 300 musiciens qui peuvent jouer à l’intérieur du métro. Le cachet perçu par les musiciens leur appartient. Ici aussi, grâce à cette musicienne, j’apprends des choses sur le fonctionnement d’une société publique. Ce que j’admire chez elle c’est le fait que malgré sa situation, elle joue avec plaisir et cela se sent. C’est une belle leçon qu’on devrait garder à l’esprit et je ne peux que lui souhaiter un beau chemin de vie.

Un tel talent mériterait de jouer dans un orchestre symphonique !

No 6. Dans le train. En allant prendre le train de retour, j’ai eu un problème avec ma valise, ma belle valise rouge. Elle a perdu ses roues et j’ai dû me débrouiller pour la porter, parfois la traîner et donc continuer à l’abîmer. J’ai quand même rencontré des personnes qui m’ont aidée à la porter, car tout le monde sait que dans le métro il y a non seulement des voitures de métro mais aussi un nombre incalculable de marches ! Bref, j’entre dans le train et une dame m’aide à porter ma valise. Elle me dit qu’elle est arrivée à Paris par le même train que moi. Je la remercie et vais m’installer à une place. Plus tard, une jeune fille me demande, en me tendant une dentelle turquoise si elle est à moi. Je me demande comment cela se fait parce qu’elle ressemble furieusement à celle que j’ai achetée à la Mercerie St-Pierre. Je pose ma valise de façon à regarder le dessous et perçois… un trou. À force de la traîner… Je la remercie et me demande comment faire avec cette valise. J’avais pensé à une astuce pour les roues, mais maintenant…

Après avoir cogité, je me dis que je vais remercier une nouvelle fois la jeune fille. Je la vois à côté de la dame qui m’a aidée à mettre la valise dans le train et qui me dit que nous sommes voisines de quartier, qu’il y a des jours où je la salue et pas d’autres. Je ne la connais pas, mais c’est vrai que je dis bonjour à ceux que je croise et qui me regardent aimablement, mais parfois je suis dans mon monde. La dame me dit que la prochaine fois, elle va me dire de restreindre mon champ pour qu’on se salue. Finalement, la conversation s’engage et j’apprends que son mari et elle ont une manufacture d’horlogerie. Cela tombe bien, je suis passionnée par cette industrie et lui parle de mes articles sur Abraham-Louis Breguet et Hook&Huygens notamment. Leur marque est Czapek. Je demande si c’est lié à l’écrivain tchèque bien que leur graphie diffère, mais elle ne le connaît pas. Czapek est un horloger polonais d’origine tchèque (quand même) qui s’est installé à Genève en 1832. Je demande si le monsieur est enterré à Genève, mais elle ne sait pas. La manufacture a 9 ans et donc est sur une bonne route. La dame a été invitée à la Fashion Week de Paris par Louis Vuitton. Ce n’est pas rien ! On va se rencontrer une fois.

No 7. Dans le même train. Une jeune fille (jeune femme dira-t-elle plus tard) me regarde avec sympathie et je lui raconte l’histoire de ma valise. Je lui demande quel est son métier et elle me dit qu’elle est laborantine à Berne. Je m’étonne qu’elle ait un si bon français. En fait elle vient d’emménager à Berne. Je lui demande si elle est contente avec son métier. Elle me dit que ce qu’elle aime le plus c’est résoudre des problèmes, trouver pourquoi une machine ne fonctionne pas. Je me dis que son esprit est scientifique et lui parle du spectacle Very Math Trip que j’ai vu à Paris et que je lui conseille si elle y retourne avant fin mai. C’est un spectacle drôle qui traite de mathématiques et dont le comédien est lui-même un prof de math désireux que les gens fassent la paix avec cette discipline si présente partout, même sur un terrain de foot ! Elle me dit que les maths lui manquent et répète qu’elle aime résoudre des problèmes, elle aime avoir des problèmes à résoudre. Je lui demande si elle n’a pas pensé à suivre une formation en parallèle et me dit qu’elle ira la semaine suivante à une journée portes ouvertes des écoles d’ingénierie. Je lui souhaite de trouver ce qui lui convient et lui demande de m’aviser quand le jour arrivera. Cela m’intéresse. Je trouve son esprit intéressant.

En résumé, j’ai l’impression d’avoir trouvé des miroirs. Non pas que je me trouve extraordinaire, je trouve normal de penser aux autres et de leur faire plaisir dans la mesure de mes moyens (deux cas particuliers : la musicienne qui a une vie compliquée mais y fait face avec le sourire – la plupart du temps j’y arrive, oui, la plupart du temps car il y a quand même des moments plus brumeux que d’autres et la jeune femme qui cherche sa voie, mais moi aussi…). Seulement, notre époque est un peu bizarre et quand je trouve d’autres personnes qui sont comme moi… je me sens presque au paradis !

Un cadeau : j’étais encore dans le train et voilà que je reçois un message par WhatsApp de la part d’une connaissance récente qui m’engage pour présenter un spectacle au mois de juin dans une fondation pour personnes âgées. Cela fait longtemps que je désire faire un tel spectacle afin de remercier ces personnes qui ont fait la ville, le pays et le monde dont j’ai hérité. C’est une chance ! C’est une suite des rencontres à Paris. Je souhaite que les personnes qui ont pris part à mes conversations aient une aussi bonne nouvelle, voire même meilleure.

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Spectacles 2024 : c’est l’heure !

L’heure de quoi ? Je ne sais pas. Je n’ai pas conscience de préparer les choses et pourtant lorsqu’elles arrivent, je vois que le chemin était préparé.

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La mesure du temps… la forme du garde-temps, ses couleurs, ses rouages qui symbolisent les rouages de la vie… Cela fait un tout qui me fit dire, lorsque je l’ai vu en magasin, que c’était l’heure !

Le réveil, réveil au sens horloger. Je vais dans un magasin, y vois l’objet à -70 %du prix initial et me dis qu’il est à moi ! Je vais à la caisse et le caissier peine à trouver le prix que je devrais payer. Un autre employé constate avec moi que trois autres mêmes articles sont dans le rayon des réductions, mais finalement c’est une erreur. Toutefois, le caissier me dit que j’ai droit au rabais mais que ce sera le seul réveil à ce prix. Pour moi, c’est un signe. Je ne sais pas exactement de quoi, mais je sens que mon heure arrive ! L’heure de quoi, je ne sais pas, mais ce doit être une bonne heure ! Et là, j’ai remercié toute la cohorte d’horlogers qui ont mesuré le temps et fait des objets qui nous rendent la vie plus facile ou plus compliquée, et celui-ci en particulier. Je le trouve très beau avec ses rouages visibles. D’ailleurs, je dois dire que je n’ai pas vu que c’était un réveil ; j’ai été attirée par la forme ronde et les couleurs noir et doré du cadran et des rouages, le squelette du garde-temps. Tout de suite, j’ai pensé au père de Beaumarchais, André-Charles Caron, qui en 1760 fit la première montre dévoilant ses rouages ! Je m’extasie, tout comme ses premiers clients l’ont été devant ce mécanisme ; je suis même remplie de bonheur. La notion du temps est quelque chose qui me fascine.

Alors, l’heure. Un élément qui me fait dire que quelque chose va arriver c’est l’énergie qui monte en moi et qui me fait ranger ou réparer un certain nombre de choses qui sont en attente. J’ai toujours cru que le printemps était l’éveil de la nature et l’hiver son sommeil. Mais, il y a quelques années, j’ai ressenti cette même énergie au mois de janvier et ai constaté que sur mon balcon bien des plantes avaient des bourgeons. C’est une sorte de renouveau qui me fait, ainsi que je l’a dit, ranger des choses différemment ou les réparer d’une meilleure façon et voici que je retrouve la notion japonaise de kai zen, si chère à Roger l’horloger.

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Plantes de mon balcon

C’est aussi l’heure de continuer avec mes spectacles, et voilà qu’en les reprenant, je trouve de nouvelles subtilités, de nouveaux plaisirs. Je remercie le maître de ballet qui m’a dit qu’à chaque fois que l’on reprenait une danse, c’était à interpréter comme si c’était la première fois. Je précise que je n’applique pas une formule ; seulement, je vis les choses et tout à coup, des souvenirs, comme les mots de mon maître de ballet, maître Oprea Petrescu, affleurent à mon esprit. Je fais un parallèle avec les mots : quand on dit des mots de circonstance, c’est une chose, mais quand on les vit, c’en est une autre.

Deux spectacles le lundi 22 janvier. Un concours de circonstances a fait que les invités à mon spectacle pouvaient venir ce même lundi mais à des moments différents. Je me suis dit que c’était peut-être prémonitoire et que cela me permettrait de savoir, si la situation venait à se reproduite, que c’est faisable. Cela l’a été et m’a rendu bien confiante.

Premier spectacle en matinée et second à 16 h.

Mes invités sont pour le premier des personnes que je n’ai jamais rencontrées mais auxquelles j’ai eu affaire pour des raisons professionnelles. Celui du second, je le connais depuis des années, aussi pour des raisons professionnelles ; on sait chacun quelle est la sensibilité de l’autre, je me porte garante de lui, lui de moi aussi, mais on n’a jamais partagé un moment proche. Mes invitations ont pour but de remercier ces personnes pour leur engagement en général et pour l’aide qu’ils m’ont apportée. Je sais que si je peux aider d’autres personnes, c’est parce que je reçois de l’aide.

Les impressions. Le public des deux spectacles a aimé ma salle, la façon dont elle est décorée et l’atmosphère que s’en dégage. C’est pour moi un signe que nous sommes du même monde et cela me réjouit. Il en est allé de même pendant le spectacle. Le public a été très présent et a participé aux moments requis. En effet, mes spectacles intitulés « intimistes » sortent un peu du commun du fait que je suis seule sur scène, qu’il y a des moments où je change de costume et que je m’adresse à lui de temps à autre. Tout s’est vraiment bien passé et j’ai reçu des compliments qui m’ont fait beaucoup de bien et profondément touchée.

Surprise par une question encore jamais posée et par une suggestion inattendue. Nous sommes tous différents, on le sait, mais l’un de mes invités me demande si je présente aussi mon spectacle ailleurs, si je peux prendre toutes mes affaires facilement parce qu’une idée trotte dans sa tête. L’invité du second spectacle me suggère de prendre contact avec une association qu’il connaît. On ne m’avait encore jamais posé la question de la possibilité de présenter mon spectacle ailleurs. Il se trouve que depuis un peu plus d’une année, je suis partie en tournée plusieurs fois. J’ai trouvé des solutions pour mettre mes costumes, accessoires et lumières dans une valise. Quant à l’association, on verra ce qu’il pourra en sortir.

Coïncidence, hasard, synchronisation, l’heure ! Je reprends la notion du garde-temps parce que la question et la suggestion arrivent au bon moment. On ne sait pas tout sur la marche du monde, mais le fait que le public de ces spectacles soit rodé et me fasse des propositions c’est signe que c’est le moment, la bonne heure sonne. Ce que j’apprécie le plus est le fait que ces personnes bien qu’elles soient aussi en train de changer de vie pensent à m’apporter leur aide.

Sujet de discussion avec les premiers invités : la comptabilité de la vie. Les choses se lient les unes aux autres sans qu’on y prenne garde et lorsqu’il a été question de comptabilité, j’ai dit que c’était un domaine intéressant. Je rapporte qu’une fois que j’avais été au chômage, j’avais pu suivre un cours d’allemand et avais écrit une rédaction sur « Comptabilité financière et comptabilité de la vie ». Les gens pensent qu’il n’y a que celle financière, celle qui fait que lorsque j’emprunte CHF 10.- à quelqu’un, je dois les lui rendre et c’est tout. Je pense qu’il y a aussi une comptabilité de la vie et que cela se sent. On fait une chose et elle vous revient d’une façon ou d’une autre et pas forcément de la part de la personne qui l’a reçue. C’est un peu plus complexe que cela, mais le principe est le même. La comptabilité financière est le reflet de celle de la vie. Au fur et à mesure que je parlais, je sentais que mon discours faisait un avec la pensée de mes interlocuteurs. C’est un autre beau moment partagé.

D‘autres points communs. En dehors du monde de l’art, j’ai découvert que l’invité du second spectacle est, comme moi, un passionné d’horlogerie. On en a parlé parce que je lui ai raconté mon aventure avec l’achat du garde-temps. J’ai aussi appris qu’il a été correcteur à la Feuille d’Avis, devenu ArcInfo, et comme je fais des révisions de texte, on se retrouve dans un autre même monde. On a aussi parlé de la mémoire des particules. C’est un sujet récurrent dans mes discours et de me savoir en résonance avec mon invité a été une très grande joie.

Nouveau genre de spectacle, un spectacle lecture-théâtre. Les choses se lient les unes les autres. Mon activité de révision de textes m’a fait rencontrer l’écrivain français Jean-Loup Chiflet et de fil en aiguille ou plutôt de lecture en lecture, il m’est venu l’idée de faire une lecture un peu spéciale de certains de ses textes. Mon invité est l’une des personnes idéales à qui je présente le début de mon spectacle et il lui a plu ! C’est vraiment une chance.

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À table pour les plaisirs de ce monde ! Voici le genre de table que j’ai préparé deux fois dans la journée pour mes invités après le spectacle. Je n’ai pas eu à me presser, le temps à disposition m’a permis de tout faire, de penser à mes invités, à ce qui pourrait leur plaire et je me plais à penser que cela se sent. Si au premier spectacle on a eu du thé parce qu’on était en milieu de journée et que le retour au travail suivait, lors du second c’est le traditionnel Mauler rosé qui est venu nous accompagner.

Je n’ai pas résisté à la tentation de mettre une photo de la bouteille de Mauler « couronnée à la chinoise » avec les bouts de papier de chocolats qu’on a mangés. C’est un montage, mais il est plus fidèle à la réalité. Cela arrive dans la vie.

Pour clore, je reprends la notion de hasard qui réunit en une journée des personnes qui ont exercé des fonctions en vue et qui reprennent une nouvelle vie. Je les remercie encore une fois parce qu’elles sont en plein déménagement spatial et temporel et trouvent le moyen de penser à m’apporter leur aide. Je suis aussi dans un renouveau, je ne sais pas de quoi, mais je le sens et le garde-temps nouvellement acquis vient de parler !

Je pensais avoir fini l’article, mais je viens de recevoir un magnifique bouquet de fleurs blanches, dont des roses, de la part du public du premier spectacle. J’ai beau chercher, je crois bien que c’est la première fois que je reçois un bouquet à la maison. C’est une émotion, une très vivre émotion ! Et des roses blanches… Il se trouve que j’achète parfois des roses et ma préférence allait des jaunes à celles à tonalités orange. Depuis quelques mois, j’en achète des blanches. Ce sont elles qui m’ont choisie. Pourquoi ? Je n’en sais rien, mais elles ont parlé et je les ai écoutées. Mercredi passé, elles se sont invitées à nouveau, on les voit en arrière-fond. Aujourd’hui, le bouquet de remerciement pour le spectacle est arrivé accompagné d’un mot très délicat. Je me dis que ces coïncidences sont des annonces d’un nouveau printemps dans ma vie ; j’ai l’impression que l’univers m’envoie des messages.

Le bouquet de fleurs sur ma table qui a encore des décorations de Nouvel An… Mais, le temps est relatif et, de plus, aujourd’hui c’est le Nouvel An chinois.

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Articles avec la notion de kai zen. Ils sont tous liés à mon studio la Cave perdue (CP) ; CP et fonds de scène CP et interstices sur la scène CP et arrière-salle 1CP et arrière-salle 2CP et ma salle d’eau orientale.

Conversations de rue en patchwork.5

No 1. Le métier dans la vente de détail. Je discute avec une jeune vendeuse dans un magasin de prêt-à-porter qui va fermer ses portes :

No 2. Les rues en pente. Neuchâtel est Neuchâtel et je ne me pose pas de questions au sujet des rues de la ville. Je les vis. Mais, certains amis m’ont dit que je ne fais que monter et descendre tout le temps. Une fois ou l’autre, je ne sais pourquoi et je m’adresse à ceux qui viennent en sens opposé.

Cette fois-ci, je descends la pente qui mène à mon studio de danse et un monsieur la monte avec lenteur :

No 3. Un autre jour, dans un sous-voie en pente, il a beaucoup neigé, j’ai mon sac plein d’achats et je descends avec précaution alors qu’un jeune monsieur monte :

No 4. Au marché. Je passe au stand des Pellet. Je connais trois générations : grand-mère, fils et petit-fils (il est déjà marié et a des enfants scolarisés que je ne connais pas). Mais, la grand-mère, Hélène, reste très chère à mon coeur. Elle se trouve actuellement dans un home et j’annonce que je vais lui rendre visite. Je regrette les temps où les différentes générations vivaient sous un même toit ; il y avait alors toujours quelqu’un pour s’occuper des malades ou de ceux qui n’arrivaient plus à s’en sortir tout seuls. Le fils (mon Dieu !, je m’aperçois que je ne connais pas son prénom, or cela fait des années et des années qu’on se connaît…) me dit que sa mère s’était occupée de sa grand-mère et de sa mère.

Je le sais aussi parce que j’ai un ami que je voudrais le prendre chez moi, mais je n’arriverais pas à m’occuper de lui comme il le faudrait. Je le regrette tellement… Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive.

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