Je me demande si le mal de dents qui m’a obligée à aller consulter le dentiste à Bucarest n’a pas été ce qu’on appelle un mal pour un bien !En tous les cas, mon ami le hasard s’est invité et a inventé de drôles de choses.
Chez Liliana. J’ai donc des problèmes dentaires et seul le dentiste R. Duinea, en Roumanie, me comprend. Je raconte l’affaire à mon amie Liiana qui est une mécène à toute épreuve et elle m’invite chez elle.
Odonyme qui mène de chez Liliana à la station de bus.
Discours, volume I.
I.C.Brătianu. J’ai fait le parcours à pied de bien nombreuses fois et la plaque ne cessait d’attirer mon attention. J’arrive une fois chez le dentiste Duinea et vois un tas de livres sur l’art, l’architecture. Je les laisse là. Une autre fois quelque chose me dit que je dois jeter un coup d’oeil à ces livres. L’un d’eux a presque le même nom que celui sur la plaque. Il contient des discours. Je lis est apprends le rôle fondamental que cet autre Brătianu a eu dans la l’histoire roumaine, dans l’unification du pays.
Lorsque je fais le parcours en sens inverse pour aller chez Liliana, la plaque me sourit. Vous trouvez cela bizarre ? En fait, c’est une traduction émotionnelle de ce que la plaque m’a dit Je pourrais aussi dire qu’elle brillait, maintenant que je savais qui le personnage était. Il était non seulement le père de celui dont on a publié les discours mais il a également été un protagoniste dans l’histoire du pays. Sans lui, pas de Ion I.C. Brătianu et surtout pas de Roumanie. Il a joué un rôle clef dans l’union des principautés, la constitution de l’État roumain et été le fondateur du parti libéral national. Il a été Premier ministre à de nombreuses reprises. Il est un personnage central de l’unité du pays et a contribué tant à sa modernisation qu’à sa consolidation. Mon Dieu, moi qui éprouve une admiration sans bornes pour tous ceux qui font du bien ! Je suis émerveillée et, étant à Bucarest, un sentiment d’unité m’habite.
Le soir-même, j’envoie un mot de remerciements à mon dentiste pour lui dire que grâce à lui, je sais qui est Ion Constantin Brătianu. Il me répond que c’est son arrière-grand-père ! Là, je ne sais quoi dire. J’ai des frissons. Il m’est arrivé d’avoir des coïncidences (on les appelle ainsi), mais là… De plus, le docteur Duinea est le dentiste de la maison royale. Il me dit que pendant dix ans, il n’a rien dit des liens qui l’unissaient à I. C. Brătianu (qui est celui qui a appelé le roi Carol I. en Roumanie). Ils l’ont appris par hasard.
Monsieur Duinea me dit qu’il existait une maison Brătianu à Bucarest mais qu’elle était en mauvais état. Je l’ai trouvée avec peine, un concierge de l’hôtel Sheraton m’a donné un sérieux coup de main. C’est ainsi que j’ai pu me diriger à la rue de l’Église Amzei, no 5-7. L’émotion a été intense. On ne voit pas la maison depuis la rue, elle est en retrait, il faut traverser une cour et ensuite, on la voit. Elle est imposante et a de l’allure malgré le peu de soin dont elle souffre depuis des années.
Les portes. Autre chose qui m’émeut, ce sont les portes et leurs poignées. J’ai l’impression que le locataire de la maison y a laissé son empreinte. La première fois que j’ai eu cette sensation, cela a été avec la porte de la maison Einstein à Berne, la deuxième fois, c’est avec celle d’Henri Poincaré à Paris et maintenant avec celle de Ion I.C. Brătianu. Ici on voit nettement une serrure moderne et que la poignée a été changée. Il n’en reste pas moins que l’entrée de la clef est l’originelle et que la porte l’est aussi. J’ai encore l’impression qu’elle me parle. J’ai voulu entrer dans la maison, mais la porte est scellée. On le voit sur la photo.
L’histoire. J’en reviens à mon idée, presque fixe : l’histoire est ce qui fait de nous qui nous sommes et on se doit de la connaître. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut éviter des erreurs… Or l’histoire n’est qu’une branche qu’on apprend par coeur… Dommage.
Encore une photo. Celle de l’endroit où Ion I. C. Brătianu se tenait il y a X années lorsqu’on lui a pris la photo qui figure sur son livre. Je pense souvent à ces personnes qui ont le don de se situer à un endroit ou de prendre l’objet d’une personne décédée et de dire comment a été la personne et ce qu’elle a vécu. Il me semble qu’un rien me sépare de cela, mais… rien. Quand même quelque chose se passe en moi.
Mes dents. Je me demande si le problème que j’ai eu avec les dents n’a pas été une raison pour que je vive de telles émotions et pour que je puisse dire : un mal pour un bien !
Suite. Je raconte l’affaire à Liliana qui me dit qu’elle avait eu à l’école une copine de classe qui s’appelait Rodica Brătianu et de sa soeur dont le prénom devait être Delia. Je reprends contact avec le dentiste qui me dit que oui, Rodica avait été sa tante, avec laquelle il avait eu des liens très étroits, et que sa mère était bien Delia.
C’est ainsi que les protagonistes de cette histoire se sont réunis. Je me dis souvent que si on avait inventé une pièce de théâtre avec de tels événements, on aurait dit que dans la réalité de telles choses n’existent pas. On a tort, la réalité dépasse la fiction. Je ne peux m’empêcher de dire que la plaque vue se trouve dans les environs de l’entrée du cimetière et qu’en passant, j’avais une pensée chaleureuse pour ceux qui pouvaient en avoir besoin. De plus, normalement pour aller chez le dentiste, il me fallait prendre deux bus, un métro, encore un bus et marcher quinze minutes. C’est parce que le premier bus avait des horaires fantaisistes que j’ai préféré rajouter quinze autres minutes de marche et que donc, je suis tombée sur la fameuse plaque parlante. Alors, je remercie ce bus et sa fantaisie qui m’ont mise « sur le bon chemin ». Ah, les voies du destin…
Je mets une dernière photo. C’est celle d’un arbre tout à fait à droite de la maison. Il a certainement vu Ion Constantin Brătianu entrer et sortir de la maison. Il doit connaître ses pensées, ses émotions… J’aimerais pouvoir parler avec lui. Mais, il sait que je sais qu’il sait. J’ai un peu arrangé la photo parce que l’arbre, autant que la maison, méritent un meilleur sort.
Voici les dates qui ont ponctué la vie de Ion Constantin Brătianu. On les trouve dans une seconde plaque plus loin dans la rue :
On comprend que I.C. Brătianu a été un révolutionnaire et le fondateur du parti libéral national . Le terme « pașoptist » désigne le mouvement culturel et politique de 1848 ayant pour but la liberté et la nationalité roumaine. C’est rigolo, on voit sur la plaque « n. 1821 – d. 1891) ; « n » voulant dire « né et « d » voulant dire « décédé ». Je n’avais jamais vu ailleurs une telle datation. Monsieur Brătianu est parti au ciel au mois de mai, le jour de mon anniversaire… Cela me fait quelque chose.
Florin Niculescu. De retour en Suisse, je vais rendre visite à Florin, ami ingénieur en mécanique et horloger qui est devenu le patron de Tavannes Watches Co et lui raconte mes péripéties bratianesques à Bucarest. Et là… Il me dit que l’école qu’il a ouverte à Bucarest avec deux autres collègues, le lycée technique (microtechnique) qui forme des horlogers a ses locaux dans le lycée Ion I.C. Brătianu ! Cela ne s’invente pas ! Pour ceux que cela intéresse, je vous mets le lien pour le lycée.
Dans tous les métiers il y a toute sorte de gens, ceux qui font juste ce qu’il faut, d’autres qui appliquent des recettes, d’autres encore qui vivent ce qu’ils font. C’est le cas de Chambaron.
Commençons par dire qu’il se définit lui-même comme un incorrigible correcteur, mangeant langues vivantes et étymons antiques à tous les repas. Dans une vie antérieure il a travaillé dans l’énergie, notamment en Suisse. J’ajoute que s’il a un bac scientifique, il a étudié le grec et le latin. La littérature lui est tombée dessus en étudiant… la gestion. Ah, les voies du destin…
Je l’ai rencontré via la plateforme Question-orthographe.fr, issue du Projet Voltaire lancé par les deux frères Hostachy, que je remercie une nouvelle fois. Pierre, ah, oui, j’ai oublié de vous dire que sous le nom de plume Chambaron il y a Pierre Buffiere de Lair. La graphie du nom est correcte, pas de è ni d’apostrophe.
Portrait fidèle de Pierre, toujours franc et joyeux !
Correcteur – complice – cornac. C’est lui qui m’a appris le mot cornac (guide), c’est aussi un trait de sa personnalité : la délicatesse. Il est devenu le complice de toutes mes révisions de texte qui comprennent tant la mathématique, l’histoire de la Grèce ancienne, la science-fiction, la musique, le Moyen Âge, l’histoire de la France, la typographie, l’horlogerie, ainsi que des livres sur la langue française. Il trouve toujours une explication. C’est fabuleux.
Chambaron l’écrivain. Il est un fervent des nouvelles et c’est un genre où il excelle. Celles qu’il publie, la plupart primées lors de concours, sont des nids de trésors tant par les mots que par les idées. Lors d’un échange de messages, je lui avais écrit : J’ai connu des gens qui connaissaient les règles sur le bout des doigts mais qui n’avaient aucun talent pour l’écriture, vous vous avez les deux et en plus de l’imagination. C’est vrai, Pierre sort du chemin battu. Voici quelques commentaires et extraits tirés du recueil Ni vent ni nouvelle. Dans ce titre assez inattendu, on retrouve l’expression de jadis « je n’ai eu ni vent ni nouvelles de Untel ». Le titre est fait pour intriguer tout en affichant le mot nouvelle. C’est bien le genre de jeu de mots que Pierre aime.
Métamorphose sabbatique. C’est la première nouvelle du recueil et la phrase qui saute à mes yeux est en lien avec le spectacle sur les mots que je prépare. En effet, je monte un spectacle sur la métamorphose des mots. Sacrée coïncidence ou alors c’est cet ami appelé hasard qui me rend visite. L’histoire de la nouvelle se situe à Prague et il est question de Kafka et de situations étranges. Voici le texte : Les mots se suivaient, comme autant de pavés dans une rue de Prague, chacun ne se joignant au précédent que par le lien syntaxique habituel qui unit des noms à des verbes, puis des verbes à d’autres noms qui s’accouplent eux-mêmes à des adjectifs. Et tout le petit peuple obscur d’articles, de conjonctions, de prépositions qui grouillaient entre les mots, s’affairait à lier, articuler, à coordonner les princes de la fête pour en faire phrases, chapitres et un livre… On comprend bien comment naît une phrase, un texte.
Pierre réussit à rendre vivants des pavés et donne une vie à des mots ; les pavés sont des mots et les mots sont des pavés. Je suis comblée !
Et voici encore la séance de rasage du héros de la nouvelle. Se raser n’est pas pour l’homme une opération anodine : c’est souvent la seule vraie confrontation avec son propre regard dans une journée, et l’on se confie oculairement tant de choses pendant que la lame vous redonne l’air imberbe du premier matin du monde. Je trouve le monologue avec le miroir et le premier matin du monde un délice. J’ai déjà vu des hommes se raser et senti qu’il se passait quelque chose, mais Chambaron y met les mots.
Autre qualité de Pierre-Chambaron : s’il respecte les règles, s’il connaît l’étymologie des mots, s’il connaît l’histoire ou l’évolution de ces derniers, il connaît en plus la typographie. C’est un grand atout. Que vient faire la typographie ici ? C’est quand même la mise en pages des textes, comment et quand utiliser des guillemets, ou l’italique, quand mettre une majuscule à un titre, au nom d’un institut. Par exemple, lorsqu’on écrit une lettre on écrira : Cher monsieur ou Chère madame. Je sais, on voit très régulièrement, et ce de la part de toutes classes sociales confondues, une majuscule au nom, mais ce dernier n’est pas un titre, c’est une civilité. Il ne viendrait à l’esprit de personne d’écrire Cher Élève, mais c’est une habitude qui s’est prise et lorsque j’ai suivi des cours de sténo-dactylo, c’était la règle. Cela me met dans de drôles de situations parce que si j’écris à la représentante de ma gérance Chère madame, elle va se dire que je lui manque de respect… De plus, Pierre réfléchit et relève bien des contradictions qui me rendent service.
Le mot orthographe. Je ne peux pas ne pas parler de ce mot qui est si mal utilisé. C’est Pierre qui a attiré mon attention sur le sujet et voici le lien pour l’article que je lui ai consacré, mais en bref : le mot orthographe veut dire j’écris correctement, celui qui sait écrire, tout comme le géographe est celui qui connaît la Terre, le savant de la planète. Il est plus pertinent alors d’utiliser le mot graphie qui veut dire représentation d’un mot ou d’un son par l’écriture. Pierre a fait des émules grâce au compte qu’il a sur Twitter !
Prenons une autre part de dessert dans le recueil de Pierre-Chambaron intitulé Ni vent ni nouvelle. On le trouve dans Correspondance des quatre saisons. Une dame et un monsieur, qui vit dans un endroit isolé, échangent des messages. Le monsieur écrit : Heureusement, vous êtes là. Je reçois vos billets par Partounet, c’est amusant. Celui du 1er novembre m’a vraiment fait sourire : des photos de Vous, entourée de vos chats, avec la Pastorale en fond musical et cet entêtant parfum de cannelle, c’était vraiment… stupéfiant. Vous l’avez compris, Partounet est une version postérieure à Internet puisqu’on peut même s’envoyer des parfums. C’est délicieux !
La même inventivité, le même plaisir, je les retrouve lorsque Pierre m’envoie des éclaircissements sur tel ou tel point relatif à la langue. Le français a des caprices ou des logiques ou des exceptions (heureusement que le dictionnaire est plein de subtilités pour m’aider à mettre un mot sur mes interrogations) que je ne connais pas et Pierre me sort des mauvais pas.
Des exemples ? C’est un peu compliqué parce que je ne voudrais mettre qui que ce soit mal à l’aise. Quelqu’un pourrait se reconnaître et personne n’est exempt de commettre une erreur. Parfois on écrit trop vite, parfois on tape à côté, parfois on se fait avoir parce qu’on lit ou entend. Les journaux, tout ce qui touche aux médias, les déclarations des personnalités, les films, les livres… tout contient des abus et des coquilles aujourd’hui. Ah, voici un exemple des explications de Pierre avec le mot aujourd’hui. Autrefois, pour parler du jour, on utilisait le mot hui (du latin hodie). Au Moyen Âge, on a ajouté jour, pourtant issu du même mot, pour différencier la période en journée de celle de la nuit ; cela a donné aujourd’hui qui crée déjà un pléonasme. Si en plus, on ajoute au jour d’aujourd’hui il y a double redondance. Si par exemple, dans le monde de la mode, certains disent la mode au jour d’aujourd’hui désirant mettre en exergue l’époque, on pourrait leur donner raison, mais il vaut mieux être précis et utiliser d’autres mots ou expressions (actuellement, de notre époque, à ce jour, de nos jours, de notre temps, etc.).
Richesse d’esprit et désir d’aider. Je monte un spectacle basé sur deux livres de Jean-Loup Chiflet et cherche à compléter des noms de personnages, des histoires, me pose des questions et Pierre est là avec son imagination. À un moment donné, je lui demande quelque chose, il répond et signe « Al Fabey ». J’ai mis du temps à déchiffrer « Alphabet » ; d’autres fois, il a signé « Inspecteur Gétouluz ». Et on arrive à l’un des sujets traités dans ce spectacle : les homonymes, les homographes, les mots qui ont plusieurs graphies, bref d’un tas de plaisirs pour certains et de tourments pour d’autres ! Je le disais, Pierre n’est pas seulement quelqu’un qui remarque des contradictions, qui regrette certaines mesures prises ou au contraire oubliées, il apporte sa pierre à l’édifice. C’est ainsi que j’ai pu compléter les catégories de mots qui prêtent à confusion et su qu’il avait dans sa base de données 1’200 groupes d’homonymes ; cela doit représenter quelque 5’000 mots (2 ou 3 mots par groupe, avec un record à 6) !
Que dire en conclusion sinon que j’ai beaucoup de chance d’avoir rencontré pareil personnage et que les éditeurs devraient s’arracher un tel réviseur (tout comme moi, il n’aime pas le mot correcteur. Si je le mets parfois, c’est pour être compréhensible par des non-initiés) !
Juin 2025. Un texte de Chambaron remporte le deuxième prix dans un concours littéraire ! Il s’agit de Transhumance, un poème en prose sur le thème imposé du Rhône, fleuve nourricier et destructeur. Une évocation qui a pris un relief surprenant quelques jours avant la catastrophe de Blatten (village valaisan)…
Juillet 2025. Je le dis, Chambaron est le cornac qui me comble ! Voici un exemple : (à suivre)
Je ne sais quel est le premier protagoniste de ce pas de quatre, tout est relatif, mais ces hasards de la vie qui n’en sont pas m’ont fait acheter une fois un livre du magnifique écrivain qu’est Jean-Loup. Puis les choses se sont enchaînées sur une très belle musique au rythme de la vie.
Pas de quatre. Un pas de quatre est bien sûr dansé et celui-ci l’est mais il est aussi littéraire et aussi un croisement de personnes remarquables. Cependant je crois avoir une préférence pour le pas de quatre dansé parce qu’on danse avec la vie. Sur une scène, les personnages apparaissent, s’en vont, reviennent, tout comme dans cette histoire.
J’aime la langue française. J’aime les gens qui s’efforcent de lui faire garder sa place, de lui redonner de la force. Souvent, on me dit que la langue évolue. Cela a été vrai jusqu’à ce qu’on établisse des règles. Les règles ? Bien des gens les rejettent, mais n’oublions pas qu’elles existent dans le règne minéral, végétal, animal ; alors, il en faut aussi dans le langage afin que chacun possède les mêmes clefs de communication. Cela n’empêche pas la création de mots, mais rien ne justifie leur destruction.
Paris. Paris est une ville qui me ravit, je m’y sens vivante, c’est une histoire d’amour et l’amour n’a pas besoin d’explications. J’y vais surtout pour suivre des cours et pour profiter de bien des choses. Je ne manque jamais, par exemple, de faire une visite à la maison qu’Abraham-Louis Breguet a habitée. De même, à chaque fois que le destin le veut, je rencontre Jean-Loup. En fait l’histoire d’amour est née avecLe Figaro où Jean-Loup a été chroniqueur et c’est là que j’ai rencontré pour la première fois le nom de l’auteur.
Le hasard et début du pas de quatre. Comme je le disais, le hasard, ce grand ami, m’a fait acheter plusieurs livres de Jean-Loup Chiflet, dont J’ai un mot à vousdire et le désir de faire la connaissance de l’auteur est né. Le temps m’a joué des tours, mais finalement, j’ai vu de la publicité pour son livre Attention à la marche – J’ai 80 ans et alors ? livre publié chez Bouquins en novembre 2022. J’ai téléphoné à l’édition qui m’a conseillé d’envoyer un courrier. C’est tellement plus personnel ! À quelques jours de là, Jean-Loup m’a envoyé un message électronique. Je dois des remerciements profonds à l’édition d’avoir fait suivre mon courrier. C’est ainsi que le pas de quatre a commencé à prendre forme.
Résultat de la deuxième rencontre : l’accord de Jean-Loup Chiflet pour l’utilisation de cette belle photo, la citation d’extraits de ses ouvrages et pour l’article qui suit. « Ce n’est pas rien », comme dirait un Anglais.
Pourquoi parler d’un Anglais? Tout simplement parce que Jean-Loup est bilingue, qu’il a écrit une trentaine de livres sur l’humour anglais et américain et qu’il s’intéresse à la traduction. Il déconseille de traduire mot à mot parce que Ciel mon mari ! donnerait Sky my husband ! (tItre de l’un de ses ouvrages) ; vous voyez bien que si la traduction littérale est correcte, le sens n’y est pas du tout. Une Anglaise dirait : My God, my husband ! ou alors My God !… My husband ! Cela dépend du temps qu’elle a… Lorsque je cherchais à entrer en contact avec l’écrivain, l’une des personnes qui l’avaient côtoyé m’avait dit qu’il avait eu un bateau sur la Seine qui s’appelait… devinez ? Sky my husband ! C’est tout le portrait de Jean-Loup : il est raffiné et il a le sens de l’humour.
Le genre littéraire de Jean-Loup. Il écrit beaucoup sur le français, sur ses difficultés, parfois pénibles, mais aussi sur son charme. Il a publié une septantaine de livres, dont la majorité sur le sujet (j’en ai 42 !) ; le reste traite de sujets dont je vous ai parlé plus haut : l’humour anglais ainsi que des adaptations et traductions de l’intégrale des dessins du célèbre New Yorker américain (j’en ai 12 en commençant par Sky my husband !Ciel mon mari !). Le tout saupoudré d’humour, c’est sa touche personnelle et bien souvent j’ai l’impression de prendre des desserts en le lisant.
Voici quelques extraits de livres sur le français qui m’ont ravie : En fichier séparé (à venir).
Le temps passe et une idée atterrit dans mon cerveau : faire un spectacle « lecture-théâtre » à partir de certains de ses textes. Il y a deux livres qui ont retenu mon attention et dont vous avez une photo ci-dessous. Bien qu’ils traitent du même sujet, à la différence des autres livres, il n’y a qu’une trame ; Ils traitent de la naissance du mot, de sa formation, de sa vie sociale et mondaine ainsi que des problèmes qui peuvent surgir lorsqu’il est malmené par le destin. C’est un vrai délice. Je me suis dit qu’on pourrait en faire une lecture sur scène. Puisque ces textes sont humoristiques, je me suis demandé si l’une de mes connaissances, qui fait des spectacles d’humour, ne serait pas intéressée par eux. Je lui en parle et elle se dit intéressée. Mais, comme souvent, il se trouve que je me parlais à moi-même parce que l’idée a grandi en moi et que je vais introduire à côté de mes spectacles intimistes de danse un genre « lecture-théâtre ». En fait, j’ai déjà commencé à lire des extraits ici ou là et les gens ont aimé. Voici les deux livres qui m’inspirent :
Ces deux livres ont été publiés respectivement par les éditions Mots et Cie et Chiflet et Cie. Eh oui, Jean-Loup a eu ses propres éditions !
Une fois que je cherchais des informations sur l’auteur, je suis tombée sur un texte que Le Figaro avait commandé à Jean-Loup après le décès de Claude Duneton en mars 2012, un autre écrivain et personnalité remarquable qui a aussi collaboré avec Le Figaro. La copie que j’avais n’était pas très lisible et afin de la compléter, j’avais lu le texte par téléphone à Jean-Loup. J’entends encore la voix de ce dernier me dire, avec un certain étonnement, que je lisais très bien. Je n’avais pourtant rien fait d’autre que de me mettre dans la peau des personnages. Je suppose que c’est le secret de toute bonne lecture.
J’ai cru arriver à la fin de mon article, mais ce fameux hasard a plus d’un tour dans son sac ! Un jour, Jean-Loup m’a dit que le même éditeur qui lui avait transmis mes coordonnées (Bouquins) lui avait proposé de publier une dizaine de ses ouvrages en un seul volume, un seul… bouquin ! L’un des premiers livres que j’avais révisés de l’écrivain avait été J’ai un mot à vous dire. C’est un automatisme chez moi de me poser des questions quand je vois un mot écrit d’une drôle de façon, une ponctuation étrange, une expression faisant du tourisme au mauvais endroit. Aussi, lorsque j’ai su que le livre ferait partie du lot, je l’ai envoyé à Jean-Loup qui l’a remis à Clément Drouin, directeur littéraire de l’édition, lequel a trouvé mes remarques pertinentes. Cela a été une occasion inespérée de pouvoir rendre service à Jean-Loup. De plus, il se trouve que j’avais lu la plupart des livres qui figuraient dans ce choix – à croire que l’éditeur et moi avons des goûts semblables ! Je suis allée rencontrer Clément à Paris et le courant a passé. Je lui suis reconnaissante de m’avoir fait confiance. Je considère cela comme un privilège. Je me suis sentie dans une sorte de paradis. Maintenant on est trois dans ce pas de quatre.
Pas de quatre au complet. Avec Jean-Loup, j’ai appris bien des choses. Le goût du bien parler me vient de la maison, de professeurs passionnés par l’enseignement et de feu mon ami André Oppel qui était féru de cette langue ; je le dois encore aux frères Hostachy qui ont construit le logiciel du Projet Voltaire ainsi que Question-orthographe.fr et à Pierre Buffiere de Lair qui y figure comme expert et qui publie sous le nom de Chambaron. Il est devenu mon cornac ; je le consulte à chaque fois je ne sais pas quelque chose ou que je m’interroge. Il est fort ! Je suis attirée par toute sorte de domaines : la mathématique – les romans historiques – la Grèce ancienne – la science-fiction – les ouvrages sur le français – la vulgarisation scientifique – le bien-être… À chaque fois, Pierre me sort d’embarras. Il en est allé de même avec les questions que j’avais en révisant les livres de Jean-Loup et c’est ainsi qu’on a maintenant un pas de quatre au complet.
Pierre, en personne (!). Il est comme sur la photo, toujours de bonne humeur !
Ce qui unit les quatre protagonistes de ce pas de quatre est l’amour du français !
Récompense : Clément et Jean-Loup se sont dit qu’ils allaient me remercier publiquement dans le livre publié ! Je suis aux anges. Cela justifie ma vie en grande partie. On ne sait pas toujours pourquoi on vit, mais là, il y a une bonne raison. Mon nom, ainsi que celui de Pierre, figurent dans le dernier paragraphe.
Encore le hasard. Il est intéressant de mentionner que ce livre aurait dû paraître début 2023. Comme je n’avais pas lu tous les livres du recueil, le destin ou le hasard ou les deux se sont dit qu’il fallait m’accorder du temps. Dans leur monde tout est possible et j’ai pu faire d’autres propositions jusqu’en août 2024. C’est une victoire pour mon intuition.
Les amitiés de Clément sont « chocolatées » parce que lorsqu’on se voit on partage un bout de chocolat noir. Clément est un poète !
Les embranchements de la révision de texte. Dans mon monde, les branches de mon arbre de vie se croisent et fleurissent de façon inattendue. Cette fois-ci la révision de textes est le tronc et les branches qui poussent ou s’y rattachent sont assez curieuses. Je ne me demande pas tout le temps « qu’est-ce que ceci ou cela représente dans ma vie ? », mais c’est une fois que les choses sont là que je vois la branche.
Voici quelques-unes de ces branches :
réorganisation de mes bibliothèques . Les livres de Jean-Loup formaient diverses piles avec encore d’autres livres tant dans ma chambre que dans mon bureau. Lorsque mon ami est parti au ciel, je me suis dit que j’allais arranger ma bibliothèque d’une façon définitive et je l’avais fait en prenant soin de laisser des espaces soit entre des catégories de livres soit dans la quantité d’un même sujet pour donner une jolie impression et pour y joindre, si le cas se présentait un livre ou deux. Je ne voyais pas ce qui pourrait encore me forcer à revoir la chose. Mais, les soixante et quelques livres de Jean-Loup, plus ceux de Jacques Collin, plus ceux sur les nombres, plus ceux sur Ramsès II., plus ceux sur l’horlogerie, plus encore d’autres… m’ont dit que ma vie prenait un autre tournant et j’ai commencé à réorganiser mes bibliothèques. Le fait d’avoir révisé les livres de près d’une vie de Jean-Loup, m’a poussée à revoir mes bibliothèques et des pans de ma vie ;
nouveau genre de spectacles que je vais présenter « lecture-théâtre ». J’ai non seulement les textes de Jean-Loup, mais, j’ai aussi de très belles explications sur les mots fournies par Pierre Buffiere de Lair qui est un fin connaisseur de la langue française. Non seulement il connaît, mais il raisonne et fait résonner les mots de façon inattendue ;
Pierre se remet à écrire. Il a été frappé par la covid, non pas par la maladie, mais par l’absence soudaine et massive de livres à réviser. Les éditeurs ont semblé subitement paralysés. Lorsque j’en suis venue à lui dire que finalement les livres de Jean-Loup allaient être republiés, j’ai eu de la peine à le réveiller pour me donner ses conseils avisés, mais là aussi il m’a surprise puisqu’il s’est remis à écrire. Il a commencé à rédiger Musardises – Flâneries linguistiques dans les champs lexicaux, recueil de travaux de recherches sur des mots à l’étymologie obscure ou méconnue ;
nouvelle vie. J’ai souvent l’impression que ma vie ne commence que maintenant. Mais, en revisitant ma bibliothèque, j’ai revécu différentes périodes de mon existence. Parfois on est adepte d’un genre littéraire, on a travaillé dans tel domaine, ou autre chose encore. J’ai de la peine à me séparer de certains de ces ouvrages parce que même si je ne les consulte plus, ils font partie de moi. Bref, je me suis dit que si j’avais lu tant de livres de Jean-Loup et que Clément avait jugé bon d’en publier dix dans un seul volume, il devait y avoir quelque chose en commun avec mon histoire. Je ne sais pas encore comment elle est ou sera, mais la sensation est forte.
Voilà le résultat, en tout cas à ce jour.
Autres hasards liés d’une façon ou une autre à Jean-Loup. ils n’ont de signification que pour moi encore que je ne les comprenne pas toujours. Le premier : il a eu lieu lors de notre première rencontre. Il avait la main gauche bandée parce qu’il avait eu un accident sur sa mobylette et moi, la veille j’avais fait une planée dans le parc des Champs-Élysées, j’avais la main gauche abîmée et un doigt, le majeur, blessé. C’était une drôle de chose ; le second : un jour à Paris, je dis à Jean-Loup que je venais de revoir une dame qui comme moi corrigeait ce qu’elle lisait et que le hasard avait fait qu’elle avait corrigé un livre de Jacques Collin, le conférencier et écrivain, que j’allais revoir. C’est alors que Jean-Loup m’a dit qu’il était grand ami de l’une des sœurs de Jacques ! Le troisième : j’ai rencontré une jeune femme qui lisait dans le métro parisien ; des ados parlaient trop fort et l’empêchaient de se concentrer. Je suis intervenue ; les ados ont compris et la jeune femme et moi avons entamé une amitié. Elle travaille dans une édition et on a convenu qu’une fois j’irais y faire un tour. Une année après, j’apprends que la fille de Jean-Loup est son chef ! Le quatrième : lorsque je cherchais des informations au sujet de la prononciation de la lettre X dans différentes langues, notamment dans le langage mathématique, un professeur de l’institut de Mathématiques de Neuchâtel, voyant mon intérêt pour les chiffres, m’a conseillée de lire L’Histoire universelle des chiffres, publié chez… vous avez déjà deviné et ne devrais pas l’écrire… quand même je le fais, publié chez Bouquins ! Clément a eu l’élégance de me l’offrir. C’est quand même extraordinaire !
Une coïncidence avec Pierre. Je dis à Pierre que je vais aussi écrire un article sur lui et il m’envoie ceci : Grand merci ! Pour la terminologie, j’utilise « révision » comme variante enrichie de relecture-correction qui est le terme habituel voire consacré en France mais que je trouve réducteur. Ce sont les Québécois qui en ont fait un métier plus valorisant (avec diplôme) que le correcteur d’imprimerie ou même le secrétaire de rédaction (S.R) à la française. Ici aussi le hasard s’en mêle puisque sans savoir cela, je propose aux auteurs que je croise de réviser leur texte. Je trouve le mot plus beau et mes révisions prennent souvent l’allure d’un dialogue avec l’écrivain concerné.
Maintenant qu’on arrive à la fin, Jean-Loup Chiflet vous tend sa carte de visite, un autre délice du point de vue des mots auquel s’ajoute le plaisir du toucher puisque la carte est imprimée en relief.
Mr Antoine Simonin, called Tony by his English speaking friends, left this world last Monday, the 20th of May 2024 and my way of paying tribute to him is to publish this article that we had started some years ago… Time flies so quickly… I always tell myself that there is still time and suddenly it has run out !
I just went to pay him a last visit at the cemetery pavilion and he looks as I remember him : like the one who is peaceful, like the one who understands everything, like the one who deals with what life presents. It is great !
2019. We had met at the bookstore Le Cabinet amateur, Neuchâtel, one day that I was paying a visit to his owner, Marc Mettler. The subject that brought us together was, of course, watchmaking, in the person of Abraham-Louis Breguet. Then, I went to Dombresson to see him in his premises which housed his edition and a huge number of books on horology and I had recorde him.
Things fit together in my life in unexpected ways and when that happens I am delighted. In 2022 I had the privilege of having a new interview with Mr Simonin and meeting his wife, Josiane Simonin. You know that behind every great man there is a woman (quote attributed to Talleyrand). In this case, the Simonin couple has been walking hand in hand for sixty years ! I tell her that I love to forward beautiful things, that I am interested in watchmaking and show her some of the articles I wrote on my Website on the subject. She replies that she likes passionate people and gives me immediately informations that can nourish the one I would like to write about her husband. What I learn about Mr Simonin arouses my admiration and at the same time I realise that his history is linked to mine by two links : the Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A.- Neuchâtel and South Africa ; the last link being associated to the International Labour Organisation, Geneva. You will understand later the why and the how.
Antoine Simonin. He alone represents several facets of the watchmaking world. Indeed, he trained as a watchmaker repairer, became trainer and created workshops and training schools of which he was sometimes the director. Having reached the age when some people say that they will finally be able to rest, have fun, he notices that some books are not any more edited, that they are necessary to learn the job and, as a logical and horological consequence for him, he creates his own edition ! When I think of him, I tell myself that his body cells must run like watches, unless they are already watches…
Anecdote 1. His father wanted him to have a profession, a profession that would protect him from cold and rain, any way not exposed to bad weather. As many fathers, his was a father-protector. He dreams of his son as a watchmaker although himself is an accountant. The first attempt was unsuccessful : he introduces his son to an emigrate Jewish watchmaker. The boy finds the watches nice but nothing more. Some years late, his father sends him to a psychologist in order to know which professional direction he could take. The boy is requested to paint something on the base of a circle. He draws a sun. « Well, bad luck, says the psychologist to the father, your son shall never be a watchmaker. He should have drawn a wheel or a mechanical part ». When I learnt this anecdote, I told myself that this boy already knew that he was going to shine et that he was going to make watchmaking shine.
1938 and the importance of languages. I like languages, their structure, the meaning of words and Mr Simonin speaks some of them. This opens him many doors : French, English, German, Swiss-German, Swahili. You read perfectly well, Swahili, as he was born in Africa. That is something ! His father worked for an import-export enterprise in the Belgian Congo and there is where the little Tony came to the world in 1938 (you understand better the above anecdote !).
Two significant events : he was a scout and his nickname was « Lynx eye ». Did you say « weird » ? He told me that with the scouts he came to learn the meaning of teamwork. As he was ten, he got infantile paralysis which mistreated him. Mr Simonin likes sometimes to contradict those who are not optimistic and put down the doctors’ diagnostic. He told me that he had been the only survivor of the epidemic that affected Elisabethville (today Lumumbashi) en 1948. He reminds me the case of Micha Verkholantsev, a famous Russian engraver who had bone tuberculosis which made him to rest in bed almost six years on his back ; his generation, undernourished, had produced excellent athletes at the Olympic Games of 1956 and himself was a very good runner. There is where we say to ourselves that there is something else than a body…
Anecdote 2. One day, Mr Simonin was brought an old watch to repair the tourbillon. He immediately knows that it is an ancient watch and asks the owner if he wants to sell it. « No, it is an inheritance of an aunt » was the answer. Mr Antonin takes his time to restore the tourbillon and finally is obliged to give it back. He knew that he was going to take over the management of the WOSTEP in Switzerland and gives his address and telephone number to the watch owner because one never knows… Ten years and three months later, the Apartheid is over and the gentleman has become Mandela’s lawyer ! Mr Simonin went back there and was able to buy the watch !
Initial path in life in summary : childhood and youth in Belgian Congo, professional training in Bienne and professional experience in Ghana where he worked for Omega at the repair workshop.
Travel from Africa to Switzerland. It was in 1955 and the communication routes were not those of today ; after many journeys between Africa and l’Europe, the last one is : Portugal-Switzerland, by taxi ! My goodness ! The same year Antoine Simonin was admitted to the technical school of Bienne, watchmaking section.
Back to Africa in 1962. He went back, newly married, with his wife who had written, as a date of birth, 1961. So the customs asked him where the baby was ! It is in Ghana where he will have the experience described above. Life was not easy (there where periods when there was nothing to buy in shops for two months but potatoes and others when the shops could only offer butter). In his job he had to do all kind of things : repair all brands, make purchases, decorate windows , even buy gold for jewellery. All this match so well with his character !
Bantu school in South Africa – en Afrique du Sud – watchmaking section.
1960-1990. During these years watchmaking schools were installed and newspapers would headline « The presence of Swiss watchmaking in the world » ! Mr Simonin was based in Pretoria where one of these schools had been created for Blacks ; in Johannes Bourg there was a workshop for Whites and Indians where technical and sales seminars used to take place. Similar workshops existed also in neighbouring countries, like Zimbabwe, Northern Rhodesia du Nord, Angola, Congo. In order to open a school there was a contract signed by FH (Federation of Swiss Watch Industry)- Ébauches SA and the host country. The country provided the premisses and Switzerland provided the specialised watchmakers. The program was consistent with that of Swiss watchmaking schools. Work standards were respected. Because in South Africa there were six months of rain and six months of drought. Mr Simonin had the roof of his establishment insulated, the windows welded and the conditioning air installed. In that way he was able to teach his course all year long. New proof of his watchmaking spirit !
Even rains don’t make bend Mr Simonin ! Rains in this country are storms and one morning the students arrived all wet. So Mr Simonin brought them coats (umbrellas did not hold up !) ; in this way they would arrive dry and be able to work at the bench, while his colleague, carpenter, had to give his students time off as they would come all soaked !
The benches (établis). Mr Simonin had provided perfect plans, but the execution did not really correspond. He was lucky as the secretary of the Education Ministry always understood him and finally it is an Italian craftsman who made them perfectly.
1991 – The International Labour Organisation – Zully and Mr Simonin. Here you will find the explanation of how my story is linked to the one of Mr Simonin. From 1989 to 1994, I worked as a translator at the anti-apartheid commission of the International Labour Organisation, Geneva, and I attended the entire processus up to Mandela’s election. I was experiencing this historical period in Geneva while Mr Simonin was taking advantage to teach « the » first cours to both Black and White students in the country !
History of the Wostep and Mr Simonin
1976Mr Simonin comes back to Switzerland. But let us first speak about 1966 ; 1966 is the year of the creation of the Wostep (Watchmakers of Switzerland Training and Educational Program) centres. The Federation of Swiss Watch Industry had introduced a worldwide training program to train watchmakers-repairers in 22 technical centres : Abijan, Pretoria, Johannes Bourg, Hong Kong, Singapour, Tokio, but the USA because there where already 41 watchmakers at the time. The Wostep’s director, André Farine, had deceased and Mr Simonin took the reins of management in 1976, until 2003. This is how he took care of the coordination of the technical tools, the scheduling of courses and the organisation of the school. It wasn’t easy as he was always attracted by Africa. But if the Wostep still exists is because Mr Simonin and Roland Frey fought for that ; at the moment that the quartz watch was created, there was talk of closing it because it was considered that the mechanical watch was too expensive and it was no more worth producing it. History has shown that the decision would have been a mistake ! Once more Mr Watch-Simonin was right !
The Wostep was financed by the FH and Ébauches SA, following his maintenance, it became an independent non profit company and the president was Mr Roland Frêne ; after Mr Simonin’s departure, the Wostep became a foundation. Other centers Wostep were created abroad in partnership with other watchmaking schools, in total 15. The students had a training and diplomas according to the Swiss level. Teachers had to be (il a fallu) recruted locally. In 1966, the Wostep used to give a course per year ; when Mr Simonin left the center, there were 26 different courses both technical and theoretic.
Among the representatives of the les représentants de la FH in the world, you see André Farine, director of Wostep, André Chappuis (light jacket, black tie, third from the right side or first from the right side of the middle row, chief and master thinking of Mr Simonin. He was a first-class teacher – Mr Simonin’s comment). Mr Simonin stands in the middle of the first row, a little bit behind of two other people in front of him.
Mr Simonin continued to give courses, to be editor, bookseller, to collect watches, to evaluate watchmaking books, becomes lecturer and joins the committee of several museums and institutions linked to horology.
1995. Mr Simonin is the winner of the Gaïa Price, a price created in 1993, which celebrates extraordinary watchmaking personalities.
Sometimes it is at the same time, sometimes it is one after the other, but we can say that Mr Simonin was also member ot the jury of the Geneva Watchmaking Grand prix, president and editor of the Chronométrophilia, the Swiss association which brings together watch enthusiasts and collectors for many years ; he was president of the Technical Commission of the Quality Fleurier Hallmark, collaborated for several years with the International Watchmaking Museum of La Chaux-de-Fonds and campaigned to the conservation of the Neuchâtel observatory. He worked tirelessly to safeguard and transmit watchmaking culture and the watchmaking profession.
I came across Mr Simonin’s name when I approached, for reasons linked to the articles mentioned below, the Château des Monts museum, of Le Locle and the Neuchâtel observatory. Everyone spoke to me in glowing terms of him. That doesn’t happen so often !
I still have a recording that I have to clean up which is related to the actual building of Wostep in Neuchâtel, to the watchmaker Froidevaux and to Paul Ditisheim, the famous chronometer of the beginning of the 19th century.
History made me the favour to meet him.
The funeral ceremony was beautiful. Members of Mr Simonin’s family took part, we heard some music : Vals no. 17 in A minor from Fr. Chopin, sent by one of his nephew and C’est si bon, by Louis Armstrong. Note that the beautiful valse is a posthume Chopin’s composition (although he composed it while he was alive, it took almost 100 years to be attributed to him… As you see, time plays with everything, Mr Simonin knows a bit more about it now !) The ceremony was led by Father Gérard Muanda, originally from Congo (current Democratic Republic of Congo) who played tom-tom ! The atmosphere was alive and warm. Then people was invited for a drink to the restaurant Vignoble, in Peseux.
Some other anecdotes from the moment : Father Gérard recalled Mr Simonin’s attachement to Africa in général and to Congo telling us that for him each African was his brother and that to those who came from Congo he used to ask what tribe they were coming from. The priest informed most of his friends present by telling them that there are 47 tribes (alike Swiss cantons, Zully’s note) in his country and that its area is 2′ 345.410 km2. He repeated this number with his accent, so particular, that nobody in the audience is ready to forget it ! Then he spoke to the scientific minds telling them that if the surface area of France ( 551 695 km2) would go 4,25 times in that of his country, he would let them calculate the result of Switzerland/Congo ! The audience laughed.
Curiosity took advantage in my spirit and we have (area of Switzerland = 41 285 km2 ) :
If modesty is required for Switzerland, we must not neglect the numbers between two digits because we can reach infinity !
Meaning of the tom-tom. I couldn’t remember everything and took contact with the abbot who gave me the information I was looking for ; namely that « tom-tom was an instrument that brings people together through dance during palavers (dialogues between families and tribes), deaths and celebrations. Tom-tom is the symbole of love and fraternity ». That is great and as dance is one of my passions, I am charmed. I asked Father Gérard the meaning of his family name and he answered : Muanda is the holy spirit. Mr Simonin could not be better accompanied !
Pictures : I took quite a few pictures but it was a special moment and ilf some people are full face, for others it is not the case and finally I put those who voluntarily posed. They are on a special background because it was a spécial moment even if there is redundancy ; a special moment remains special.
It is of course a montage but with the sky of the day and at the time of the ceremony. Why heaven ? Because while I was speaking of Mr Simonin with these people I was feeling in heaven !
People on the right picture. It is the famous hazard that so often pays me a visit which made me to speak first to the gentlemen on the left picture. The gentleman with the glasses was a classmate of Mr Simonin during their watchmaking training. He told me that on Sundays his father used to tell him to invite Antoine for lunch as he was alone. Antoine loved being in family and, we can imagine, have a good meal too ! Years later, as he was in Africa, Mr Simonin requested his friend to take care of his two daughters if something would happen to him. This is the sign of total confidence ! The other gentleman was the son of the gentleman and Mr Simonin’s godson.
Peopleon the right picture. Once again, things happened naturally. The three of them came from abroad for the ceremony ; the one on the right came from the USA, the one in the middle came from Canada and the one on the left came from the other side of the Leman lake. The three of them were his students at the Wostep. I’ll have to ask them how to spell their names. The one on the right spoke at the ceremony and think that he said « a watchmaker never breaks his watch, he just looses his balance ». It is a nice play on words meaning that a watchmaker leaves this temporal world for another. The other two sat with me at the restaurant. The one in the middle lives in Vancouver and, as there is no watchmaker school, he is training two apprentices. He told me that when he was student in Neuchâtel he lived in the Maison des jeunes (Youth Center). How wonderful, this center is in front of the building I am living in. I’ll just have to close my eyes and transport myself back to the time when the Wostep students lived there ! The one on the left, an Englishman, reported that once there was a student who showed his work on escapement to Mr Simonin who regularly told him that his work was not yet good. At a certain moment, the student, convinced thar Mr Simonin was not paying attention to his work brought it back without having changed anything in the watch. Mr. Simonin looked at it silently , told him that he hadn’t done anything since last time and put it into a box from which it never came out. Notice to amateurs ! I told you, I felt like in heaven.
Monsieur Simonin vient de quitter ce monde le 20 mai 2024 et ma façon de lui rendre hommage est de publier l’article que nous avions commencé il y a quelques années… Le temps file si rapidement… Je me dis toujours qu’il y a du temps et voilà qu’il était compté.
Je viens d’aller lui rendre une dernière visite au pavillon du cimetière et il a l’air de toujours, de celui qui est paisible, de celui qui comprend tout, de celui qui fait avec ce qui vient. C’est magnifique !
2019. Nous nous étions rencontrés à la librairie Le Cabinet amateur, Neuchâtel, un jour que je rendais visite à son propriétaire, Marc Mettler. Le sujet qui nous a rapprochés a été, bien sûr, l’horlogerie, en la personne d’Abraham-Louis Breguet. Puis, je suis allée à Dombresson le voir dans son local qui abritait son édition ainsi qu’un nombre impressionnant de livres sur l’horlogerie et je l’avais enregistré.
Les choses s’imbriquent les unes dans les autres dans ma vie de façon inattendue. Elles se présentent toutes seules et cela me ravit. En 2022, j’ai eu le privilège d’avoir un nouvel entretien avec M. Simonin et de rencontrer sa femme, Josiane Simonin. On le sait, derrière chaque grand homme, se cache une femme (citation attribuée à Talleyrand). Dans le cas présent, le couple Simonin marche la main dans la main depuis soixante ans ! Je lui dis que j’aime transmettre des belles choses, que je m’intéresse à l’horlogerie, lui montre quelques-uns de mes articles liés à l’horlogerie, elle répond qu’elle aime les gens passionnés et me donne tout de suite de quoi alimenter celui que je voudrais écrire sur son mari. Ce que j’apprends sur M. Simonin soulève mon admiration en même temps que je me rends compte que son histoire se rattache à la mienne par deux liens : la Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A.- Neuchâtel et l’Afrique du Sud, ce dernier lien étant associé au Bureau international du Travail, Genève. On comprendra en cours de route le pourquoi du comment.
Antoine Simonin. Il représente à lui tout seul plusieurs facettes du monde horloger. En effet, il a une formation d’horloger-rhabilleur, est devenu formateur et créé des ateliers et écoles de formation dont il a parfois été le directeur. Arrivé à un âge où certains se disent qu’ils vont enfin pouvoir se reposer, s’amuser, il remarque que certains ouvrages horlogers ne sont plus édités, qu’ils sont nécessaires pour apprendre le métier et, conséquence logique et horlogère chez lui, il va créer sa propre édition ! Quand je pense à lui, je me dis que les cellules de son corps doivent tourner comme des montres à moins qu’elles soient des montres…
Anecdote 1. Son père voulait lui donner un métier, un métier où il serait à l’abri du froid et de la pluie, en tout cas pas à l’intempérie. Comme beaucoup de pères, c’était un père protecteur. Il le rêve horloger alors que lui-même est comptable. Le premier essai est infructueux parce qu’il présente son fils à un horloger juif émigré. Le garçon trouve les montres belles mais sans plus. Quelques années plus tard, le père l’envoie chez un psychologue pour voir quelle orientation il pourrait prendre. On demande au jeune garçon de peindre quelque chose en se basant sur un cercle. Il dessine un soleil. « Bon, pas de chance, dit le psychologue au père, votre fils ne sera jamais horloger! Il aurait dû dessiner une roue ou une pièce mécanique ». En apprenant cette anecdote, je me dis que ce garçon savait déjà qu’il allait rayonner et faire rayonner l’horlogerie.
1938 et de l’importance des langues. J’aime les langues, leur structure, le sens des mots et M. Simonin en parle plusieurs. Cela lui ouvre bien des portes : français, anglais, allemand, suisse-allemand, swahili. Vous avez bien lui, le swahili parce qu’il est né en Afrique. Il faut le faire ! Son père travaille pour une entreprise d’import-export au Congo belge et c’est là que le petit Antoine vient au monde en 1938 (on comprend mieux l’anecdote ci-dessus !).
Deux événements marquants : il fait du scoutisme. et son surnom est « Oeil de lynx ». Vous avez dit « bizarre » ? Il me dit que c’est ainsi qu’il a appris le sens du travail en équipe. Puis, à l’âge de dix ans, il a une paralysie infantile qui le malmène. M. Simonin aime parfois contredire ceux qui ne sont pas optimistes et met à terre le diagnostic pessimiste des médecins. Il raconte qu’il est le seul survivant de l’épidémie qui a touché Elisabethville (aujourd’hui Lumumbashi) en 1948. Il me rappelle le cas de Micha Verkholantsev, célèbre graveur russe, qui a eu une tuberculose osseuse qui l’a fait rester au lit, pendant près de six ans sur son dos ; sa génération, sous-alimentée, avait produit d’excellents sportifs aux jeux olympiques de 1956 et lui-même était un très bon coureur. C’est là qu’on se dit qu’il y a autre chose que le corps…
Anecdote2. Un jour, on apporte à M. Simonin une montre ancienne pour réparer le tourbillon. Il en reconnaît la valeur et demande au propriétaire s’il veut la lui vendre. « Non, elle me vient en héritage d’une tante » répond celui-ci. M. Antonin prend son temps pour restaurer le tourbillon et doit finalement se résoudre à la rendre. Il avait été prévu qu’il prendrait la direction du WOSTEP en Suisse et il laisse son adresse et numéro de téléphone au monsieur parce qu’on ne sait jamais… Dix ans et trois mois après, c’est la fin de l’Apartheid et le monsieur en question était devenu l’avocat de Mandela ! M. Simonin est retourné sur place et a pu acheter la montre !
Parcours initial en résumé : enfance et jeunesse au Congo, formation à Bienne et expérience professionnelle au Ghana où il a travaillé chez Omega dans l’atelier de rhabillage.
Voyage d’Afrique jusqu’en Suisse. C’était en 1955 et les voies de communication n’étaient pas encore celles d’aujourd’hui ; après bien des trajets entre l’Afrique et l’Europe, le dernier est : Portugal-Suisse, en taxi ! Fabuleux ! C’est l’année où Antoine Simonin est entré à l’école technique de Bienne, section horlogerie.
Retour en Afrique en 1962. Il retourne, jeune marié, avec sa femme qui avait indiqué, sous date de naissance, 1961. Ce qui fait qu’à la douane on lui a demandé où était le bébé ! C’est au Ghana qu’il va faire l’expérience mentionnée plus haut. La vie n’a pas été facile (il y avait des périodes où dans les magasins il n’y avait, pendant deux mois, que des pommes de terre et d’autres où il n’y avait que du beurre). Dans son métier il a été amené à faire toute sorte de choses, réparer toutes les marques, faire des achats, décorer les vitrines, même aller acheter de l’or pour faire des bijoux. Cela va si bien avec son caractère !
École bantou en Afrique du Sud – section horlogerie.
1960-1990. Pendant ces années, il y a eu l’installation de ces écoles d’horlogerie et les journaux titraient « La présence de horlogerie suisse dans le monde » ! M. Simonin était basé à Pretoria où on avait créé une école d’horlogerie pour les Noirs, il avait un atelier à Johannes Bourg pour des séminaires techniques et de vente pour les Blancs et les Indiens. Il y en avait aussi dans les pays limitrophes, le Zimbabwe, en Rhodésie du Nord, en Angola, au Congo. L’ouverture d’une école se faisait par un contrat signé FH (Fédération horlogère) – Ébauches SA et le pays hôte. Le pays mettait à disposition les locaux et la Suisse fournissait les horlogers spécialisés. Le programme était conforme à celui des écoles horlogères suisses. Les normes de travail étaient respectées. Du fait qu’en Afrique du Sud il y avait six mois de pluie et six mois de sécheresse. M. Simonin avait fait isoler le toit de son établissement, souder les fenêtres et installer la climatisation. Cela lui a permis de donner son cursus toute l’année. Nouvelle preuve de son esprit horloger !
Même les pluies ne font pas plier M. Simonin ! Les pluies dans ce pays sont des orages et les élèves sont arrivés un matin tout mouillés. Alors, M. Simonin leur a acheté des manteaux (les parapluies ne tenaient pas le coup !) et comme cela ils arrivaient secs et pouvaient travailler à l’établi sans problème, alors que son collègue menuisier devait donner congé à ses élèves parce qu’ils arrivaient trempés !
Les établis. M. Simonin avait fourni des plans parfaits, mais la réalisation avait laissé à désirer. Il a eu de la chance parce que le secrétaire du ministère de l’Éducation l’a toujours compris et finalement c’est un artisan italien qui les a faits à la perfection.
1991 – l’Organisation internationale du travail – Zully et M. Simonin. C’est ici qu’on va trouver l’explication du pourquoi mon histoire se rattache à celle de M. Simonin. De 1989 à 1994, j’ai travaillé en tant que traductrice à la commission anti-apartheid de l’Organisation internationale du travail, Genève, et j’ai suivi tout le processus jusqu’à l’élection de Mandela. Je trouve toujours fantastique comment des personnes peuvent vivre un même événement à des endroits différents et se retrouver un jour. Je vivais cette période historique à Genève et M. Simonin profitait pour donner « le » premier cours du pays à des élèves blancs et noirs sur place !
Histoire du Wostep et M. Simonin
1976M. Simonin rentre en Suisse. Parlons d’abord de 1966, c’est l’année de la création des centres de formation Wostep (Watchmakers of Switzerland Training and Educational Program). La Fédération horlogère avait introduit un programme de formation mondiale pour former des horlogers-rhabilleurs dans 22 centres techniques : Abijan, Pretoria, Johannes Bourg, Hong Kong, Singapour, Tokio, mais pas aux EEUU parce qu’il y avait 41 écoles d’horlogerie déjà à l’époque. Le directeur du Wostep, André Farine, étant décédé et M. Simonin a pris les rênes en 1976 et les a conservées jusqu’en 2003. C’est ainsi qu’il s’est occupé de la coordination de l’outillage technique, de la programmation des cours et de l’organisation de l’école. Cela n’a pas été facile parce que l’Afrique a toujours exercé un attrait sur lui. Mais, sI le Wostep existe encore c’est parce que M. Simonin et Roland Frey ont lutté pour cela ; en effet, lorsqu’il y a eu passage à la montre à quartz il avait été question de le fermer du fait que l’on considérait que la montre mécanique coûtait trop cher et qu’elle ne valait plus la peine d’être produite. L’histoire a démontré que cela aurait été une erreur ! Une fois de plus la Montre-Simonin a eu raison !
Le Wostep a été financé par la FH et Ébauches SA. À la suite de son maintien, il est devenu une société indépendante à but non lucratif avec comme président M. Roland Frêne ; après le départ de M. Simonin, c’est devenu une fondation. Puis, d’autres centres Wostep sont créés en partenariat avec des ‘écoles horlogères à l’étranger, au total 15. Les élèves avaient une formation et diplôme conformes au niveau suisse. Il a fallu recruter des enseignants sur place. Le Wostep donnait un cours par année en 1966, lorsque M. Simonin quitte le centre, il y a 26 cours différents tant techniques que théoriques.
Parmi les représentants de la FH dans le monde, il y a André Farine, directeur du Wostep, André Chappuis (jaquette claire, cravate noire, troisième depuis la droite ou 1er à droite de la file du milieu , chef et maître à penser d’Antoine Simonin. Il était un enseignant de première classe – commentaire de M. Simonin). M. Simonin est au milieu de la première file un peu en retrait, entre deux autres personnes devant lui.
M. Simonin continue à être donner des cours à l’étranger, à être éditeur, à collectionner des montres, à évaluer des ouvrages horlogers, devient conférencier et entre au comité de plusieurs musées et institutions liés à l’horlogerie.
1995. M Simonin est lauréat du Prix Gaïa, prix créé en 1993, et qui célèbre les personnalités horlogères hors du commun.
Parfois c’est en même temps, parfois c’est après, mis on peut dire que M. Simonin il a aussi été membre du jury du Grand prix d’horlogerie de Genève ; président et rédacteur de Chronométrophilia, l’association suisse qui regroupe des amateurs et des collectionneurs d’horlogerie, durant de nombreuses années ; président de la Commission technique du Poinçon Qualité Fleurier ; qu’il a collaboré plusieurs années avec le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds et milité pour la conservation de l’observatoire de Neuchâtel. Il a œuvré inlassablement pour la sauvegarde et la transmission de la culture horlogère et du métier d’horloger.
C’est ainsi que j’ai entendu son nom lorsque j’ai approché, pour des raisons liés aux articles mentionnés en bas de page, au musée du Château des Monts, au Locle, et à l’observatoire de Neuchâtel. Tout le monde m’a parlé de lui en des termes élogieux. C’est rare.
J’ai encore un enregistrement que je dois mettre au propre et qui est relatif au bâtiment du Wostep, à l’horloger Froidevaux et à Paul Ditisheim, le chronométrier (je dois aussi faire des recherches parce qu’apparemment les dictionnaires que je connais admettent chronomètre et chronométrer mais pas chronométrier… Affaire à suivre !).
L’Histoire m’a fait la faveur de le rencontrer.
La cérémonie funéraire a été très belle : y ont participé des membres de la famille de M. Simonin, des morceaux de musique ont été joués , la Valse no 17 en la mineur de Chopin, par l’un de ses neveux, et C’est si bon, par Louis Armstrong. À relever que la belle valse de Chopin est une oeuvre posthume (bien qu’écrite de son vivant, elle ne lui est attribuée que près de 100 ans après… Ah, la notion du temps se joue de tout, M. Simonin en connaît maintenant un peu plus !). La cérémonie a été dirigée par l’abbé Gérard Muanda, originaire du Congo (actuelle République démocratique du Congo) qui a joué du tam-tam ! C’était extrêmement vivant et chaleureux. Ensuite, une verrée a eu lieu au restaurant du Vignoble à Peseux.
Encore des anecdotes vécues sur le moment : l’abbé Gérard a rappelé l’attachement de M. Simonin à l’Afrique en général et au Congo en disant que pour lui tout Africain était son frère et qu’à ceux du Congo il demandait de quelle tribu ils provenaient. Le prêtre a instruit la plupart des amis de M. Simonin présents en leur disant qu’il y avait 47 tribus (comme chez nous des cantons, note de Zully) dans son pays qui avait une superficie de 2′ 345.410 km2. Il a répété ce chiffre avec son accent si particulier et de ce fait personne dans l’assistance est prête de l’oublier ! Il s’est aussi adressé aux esprits scientifiques en leur disant si la surface de la France ( 551 695 km2) entrait 4,25 fois dans celle de son pays, il les laissait faire le calcul Suisse/Congo ! L’assistance a ri.
La curiosité l’emporte chez moi et cela donne (la surface suisse = 41 285 km2) :
Si la modestie est de mise pour la Suisse, il ne faut pas négliger les nombres entre deux chiffres parce qu’on peut arriver à l’infini !
Signification du tam-tam. Je n’avais pas tout en tête et ai pris contact avec l’abbé qui m’a donné l’information recherchée ; à savoir que « le tam-tam était un instrument qui réunit les gens par la danse lors de palabres (dialogues entre familles et tribus), les décès et les fêtes. Le tam-tam est un symbole d’amour et de fraternité ». C’est si beau et comme on y trouve la danse, l’une de mes passions, je suis sous le charme. J’ai demandé à l’abbé ce que son nom de famille voulait dire et il a répondu : Muanda est l’esprit saint. M. Simonin ne pouvait pas être mieux accompagné !
Les photos : j’ai pris passablement de photos, mais c’était un moment spécial et si certaines personnes sont de face, d’autres ne le sont pas et finalement, je garde celles des personnes qui ont volontairement posé. Je les mets sur un fond spécial parce que c’était un moment spécial, même s’il y a redondance ; un moment spécial reste spécial.
C’est bien sûr un montage mais sur le ciel du jour et à l’heure de la cérémonie. Le ciel, parce que j’étais au ciel en parlant avec ces personnes de M. Simonin.
Les personnes de la photo de gauche. C’est ce fameux hasard qui me rend souvent visite qui a fait que j’ai parlé d’abord avec les deux messieurs à gauche. Le monsieur avec les lunettes a été copain de classe lors de la formation d’horloger de M. Simonin ! Il m’a dit que le dimanche son père lui disait de prendre Antoine pour le repas de midi parce qu’il était seul. Antoine Simonin aimait être en famille et, on imagine bien, avoir un très bon repas aussi ! Des années plus tard, M. Simonin lui avait demandé de s’occuper de ses deux filles si jamais il lui arrivait malheur. C’est le signe d’une confiance totale ! L’autre monsieur était le fis du monsieur et filleul de M. Simonin.
Les personnes de la photo de droite. Là aussi, les choses se sont passées naturellement. Les trois sont venus de l’étranger pour la cérémonie ; celui de droite est venu des États-Unis, celui du milieu du Canada et celui de gauche, de l’autre côté du lac Léman. Tous les trois ont été élèves du Wostep. Il faudra que je leur demande comment on écrit leur prénom. Celui de droite a parlé à la cérémonie et je crois qu’il a dit « a watchmaker never breaks his watch, he just looses his balance ». C’est un joli jeu de mots pour dire qu’un horloger quitte se monde temporel pour un autre. Les deux autres se sont assis avec moi au restaurant. Celui du milieu habite à Vancouver et comme il n’y a pas d’école d’horlogers, il forme deux apprentis. Il m’a dit qu’il avait habité la Maison des jeunes. Or, cette maison est devant l’immeuble où j’habite. Je n’aurai qu’à fermer les yeux et me transporter à l’époque où les étudiants du Wostep l’habitaient ! Celui de gauche, un Anglais, a rapporté qu’une fois il y avait un étudiant qui apportait son travail, sur l’échappement, à M. Simonin et que régulièrement ce dernier lui disait que ce n’était pas bon. À un moment donné, l’étudiant se dit que M. Simonin ne voit pas bien son travail et sans rien avoir modifié à la montre, la lui rapporte. M. SImonin l’a regardée un moment en silence, lui a dit qu’il n’avait rien fait depuis la dernière fois et l’a mise dans une boîte d’où elle n’est plus ressortie. Avis aux amateurs ! Je vous le dis, j’étais aux anges, donc au ciel.
André n’était pas un conservateur. Il a créé je ne sais combien de dessins, d’affiches, de décors, mais il n’a pratiquement rien conservé. Ici, je montre les quelques dessins que j’ai trouvés dans ses affaires. Ce sont des dessins humoristiques, d’un humour un peu spécial, mais un humour qui me fait quand même rire.
En regardant ce dessin, je me dis que les gens qui se rencontrent via des « sites de rencontre » devraient demander quel est le métier de celui ou celle qu’ils rencontrent…
Je vous laisse ajouter la légende…
Que dire… les effets de la curiosité ?
Que c’est drôle ! Je n’ai jamais imaginé que j’allais avoir recours à ce dessin pour illustrer une situation vécue et voilà que lors de mon dernier voyage à Paris, j’arrive à la gare et cherche dans mes bagages le fameux passe Navigo. Flûte ! Je l’ai laissé sur mon bureau. Je cherche en vain un guichet avec un être vivant… Il n’y a que des automates, tous avec de très longues files. Finalement, j’en trouve un avec une file raisonnable et quand mon tour arrive, la machine ne reçoit des paiements qu’avec une carte or je fais mes paiements en espèces. J’aime payer mes affaires de cette façon, j’aime savoir combien il me reste dans la poche, pour ainsi dire. Je m’adresse au personnel qui est dans la gare et une jeune femme m’indique un autre guichet, à un tout autre endroit, avec très peu de personnes en attente, qui accepte des billets. C’est ici que le dessin d’André me vint à l’esprit ; j’aime rendre service et donc ai pensé à dire aux gens qui faisaient la queue qu’il y avait un autre endroit. Voilà la chose en image :
Je me trouve donc dans la situation du dessin 3 qui devient 3.1 et qui conduit à 3.4 :
Si j’avais dit qu’il y avait un guichet de l’autre côté, les gens s’y seraient précipités et je serais restée dans la même situation.
Encore un commentaire : la plupart des gens ont des cartes bancaires et je n’ai vu personne d’autre dans ma situation. Je peux tranquillement me déculpabiliser. Je m’aperçois, par ailleurs, que le phénomène du déplacement de la foule est récurrent. On le trouve dans les magasins lorsqu’une nouvelle caisse s’ouvre afin de soulager les caissières et de calmer le grondement des clients, dans les entrées des voitures de train, etc. J’ai l’impression qu’André me fait signe bien souvent et cela me remplit.
Illustration d’André d’un glouton.
Ce dessin devrait faire réfléchir ceux qui font des choses pas agréables aux autres…
Ici, vous avez un cadeau : une autre forme d’humour, très « andréien », et l’écriture d’André, si claire, si précise, si pleine de lui !
Si jamais ce n’était pas clair : J’en arrive maintenant au point capital de mon exposé : la morte saison ! Avis à ceux qui chercheraient à se reconvertir professionnellement !
Cet article pourrait aussi s’appeler : Jade chez Zully, au propre comme au figuré.
Jade chez Zully au propre comme au figuré. Elle est entrée dans mon monde d’abord via des vidéos, ensuite nous nous sommes parlé ; plus tard, elle est venue en Suisse donner un cours auquel j’ai assisté et finalement, elle est venue passer deux jours chez moi avec sa chienne Misty.
Admiration totale. J’ai une admiration profonde pour le travail de Jade dans le domaine de l’utilisation de l’argile. Je trouve absolument magnifique le fait qu’elle se dise que les plus pauvres d’entre nous ont aussi besoin de soins, que ces derniers peuvent être naturels et qu’ils peuvent être même gratuits, car offerts par la nature. Elle ne cesse de répéter : 1/5 de la couche terrestre est faite d’argile. Elle va dans les endroits les plus reculés et pauvres du monde en mission pour montrer aux gens comment se soigner. Elle ne vend rien, elle ne tire pas profit de ce qu’elle transmet. C’est digne d’un roman.
L’argileet sa définition. Bien des gens confondent boue, soit terre et poussière mouillée, donc potentiellement infectieuse, avec l’argile qui, elle, est de la roche pure. Celle-ci ne contient ni bactéries ni rien qui puisse infecter notre organisme, elle est stérile et se compose de minéraux cristallins fort utiles pour notre santé. L’argile est, par conséquent, un minéral et lorsqu’on se traite à l’argile, on fait un traitement minéral ! Ce qui est intéressant, pour ceux qui utilisent l’argile pour se soigner, c’est savoir qu’elle possède deux propriétés : calmante pour les inflammations et réparatrice pour les tissus qui repoussent sans laisser de cicatrice. La première propriété est due à l’alumine sous forme d’oxyde d’aluminium ; la seconde est due à un autre composant, la silice, sous forme de dioxyde de silicium. Là, nous avons de quoi résoudre bien des problèmes chez nous.
Travail de l’argile via ses propriétés absorbante et adsorbante (propriétés étudiées scientifiquement) : on sait que lorsque quelque chose absorbe un liquide, c’est qu’il s’en imprègne, l’intègre, et on parle alors de la propriété absorbante ; l’adsorption c’est la faculté d’attirer et de fixer une substance, une molécule à la surface d’un solide. L’argile a ces deux propriétés, elle absorbe et adsorbe des substances. Une fois l’argile sortie du corps, tout cela (le molécules absorbées et adsorbées) sort sans avoir été détruit. On le sait, la nature n’aime pas qu’on lui joue des tours. Un antibiotique chimique va détruire bien des bactéries, mais pas toutes, et en plus aura des effets secondaires. Les bactéries qui restent vont se faire encore plus présentes, se multiplier. Je ne suis pas spécialiste, les antibiotiques ont un rôle à jouer et ne vais pas créer de polémique, je ne mentionne que les propriétés de l’argile. Ce que je peux dire c’est que j’avais un ami qui pratiquait l’étiomédecine et l’homéopathie. Il avait trouvé des médicaments homéopathiques qui éloignaient les fourmis, les cafards et toute sorte d’animaux indésirables d’un foyer une fois pour toutes ! Il disait que les médicaments qui tuaient ces animaux ne faisaient que les multiplier. J’ai fait l’expérience à diverses reprises avec des résultats toujours probants. C’est le même principe avec l’argile, ne pas détruire pour réparer. Mais, il y a aussi d’autres propriétés que l’on ne peut expliquer.
L’argile est majoritairement de charge négative : c’est le principe des couples, du masculin et du féminin ; cela veut dire qu’elle attire majoritairement tout ce qui est chargé positivement. Mais, pour que l’effet se fasse, il faut que l’argile soit mouillée. Ici on touche un autre sujet intéressant, l’eau. Je vous renvoie à Jacques Collin (liens au bas de cet article). Reprenons le fil de l’argile ; lorsque les personnes prennent des médicaments, Jade recommande de laisser passer trois heures avant de boire l’argile ou de la prendre trois heures après le médicament. Pourquoi ? Parce que l’argile va absorber ce qui n’est pas naturel dans le corps, soit les médicaments !
L’argile et son effet sur le corps. D’après que j’ai compris :
lorsqu’on prend de l’argile par voie interne, elle va rester dans le tube digestif et tel un agent d’espionnage va sonder le corps et s’occuper de ce qui n’est pas en ordre, pas de tout, mais d’une grande quantité de nos maux ;
lorsqu’on applique des emplâtres et des cataplasmes (voir définitions à la fin de l’article), soit par voie externe, elle va attirer ce qui ne va pas dans le corps. Elle va même s’occuper d’anciennes entorses à un tout autre endroit que celui qui fait mal. L’argile a un service de renseignements à toute épreuve ! Cela explique pourquoi, parfois il faut mettre des emplâtres pendant longtemps.
Durée des prises, des emplâtres et des cataplasmes. Chaque personne est différente et il n’y a pas de recette comme pour un médicament qui supprime la douleur, par exemple, en dix minutes. Nous ne savons pas toujours écouter le corps et lorsqu’il n’en peut plus d’une certaine situation et qu’il se manifeste par une douleur, une inflammation, il faut lui donner le temps de se remettre. Si en plus, l’argile va s’occuper de choses anciennes ou d’autres choses qui sont en train de se former… Et ici on touche un autre sujet : prenons un bus où un courant d’air entre et « enveloppe » un groupe de personnes. Certaines en seront affectées et pas d’autres. Je vous laisse réfléchir ; cela vaut la peine de se poser la question. Mais, une chose est sûre, l’argile se précipite pour aller réparer ce qui ne va pas dans le corps et qui est dans ses cordes. Je laisse les spécialistes rapporter leurs expériences. Jade donne des cours, a bien des vidéos sur la Toile et il y a le livre de Raymond Dextreit, L’Argile qui guérit, édition revue et augmentée par Pascal Labbé, Éd. de Terran, 2019. ISBN : 978 -2-35981-6. Jade ne cesse d’y faire référence et donc de citer ce livre (voir aussi plus loin). C’est beau de citer les autres.
Domaines d’action de l’argile. J’ai mentionné les inflammations et la reconstitution de tissus ; elle agit dans « toute sorte d’infections, plaies, brûlures, problèmes digestifs ; même les otites ». Jade explique qu’en sept minutes une otite est loin ! Comment faire dans ce cas ? Je vous renvoie à l’image où j’ai dessiné une oreille.
Jade dit qu’en cas de bouchon dans les oreilles, l’argile agit aussi. Pour cela, on pose l’argile derrière le lobe de l’oreille, en fait si on divise la ligne verte du dessin, à droite, en quatre, cela fait un quart. Ceci devrait intéresser toutes les personnes qui portent des appareils auditifs, mettent régulièrement des protège-tympans dans les oreilles, parce que, sans le savoir, elles favorisent les bouchons dans les oreilles ! En effet, les cellules gliales ne travaillant plus, la cire reste en place. L’utilisation des cotons-tiges n’est pas à conseiller parce qu’ils ne font qu’enfoncer le bouchon.
Encore l’oreille. On peut utiliser l’argile pour recouvrer l’ouïe et pour des cas d’étourdissements. J’ai eu l’impression, au moment du coucher, que mon cerveau se promenait dans un lac provoquant une sorte d’étourdissement. J’ai alors mis de l’argile derrière le pavillon, la nuit, plusieurs nuits, et la chose a disparu.
Les rois de France. J’aime l’histoire et Jade rapporte que les rois de France mangeaient tous les jours de l’argile afin d’éviter l’empoisonnement par la nourriture.
La pomme de terre. Elle est une plante appartenant aux solanées ; elle contient de la solanine (poison) et il vaut mieux la manger avec un élément soufré tels les oignons, l’ail, le choux, de l’argile volcanique (l’argile attire le poison et étant volcanique, elle amène les éléments soufrés). Idéalement, il faudrait cuire les pommes de terre dans l’eau et y ajouter une poignée d’argile. Si on la cuit à la vapeur, on ajoute donc les éléments mentionnés ou encore on ajoute de l’humus (houmous) à base de sésame ou de pois chiches.
Jade chez moi. Ceux qui connaissent Jade savent qu’elle a publié Survivre en ville… quand tout s’arrête ! C’est un livre que tout le monde devrait avoir pour éviter de se trouver à court en cas de manque. Ces derniers temps, à la suite de la pandémie, nous en avons eu un avant-goût… Jade arrive chez moi et doit faire face à l’exercice : comment survivre quand on va chez Zully et que le frigo est plein de salades et autres feuilles et légumes pour ses quinze canaris en volière et peu de choses pour elle du fait que l’invitée arrive un jour à l’avance ? Heureusement qu’il y avait des œufs (aussi pour les canaris). Mais, si vous connaissez Jade, vous savez que rien ne la perturbe et qu’elle trouve des solutions dans le grand sac qui l’accompagne dans ses voyages !
Jade assiste à mon spectacle. Ma vie change, mais la danse m’a accompagnée presque tout au long de ma vie et je ne peux pas envisager de ne plus danser. Depuis quelque temps, je recadre mes spectacles que je présente en solo et qui sont devenus des spectacles de danse-théâtre. Je propose d’en faire un pour Jade toute seule. Mais Jade est tout un monde et donc elle remplit bien ma salle ! Ceux qui la connaissent savent qu’elle est tout le temps en mouvement, sauf quand elle dort. Aussi, n’ai-je pas eu le temps de faire une répétition, je n’ai eu que le temps d’entrer dans mes costumes de scène et de me produire. La chance a été de mon côté, car je venais de rentrer d’une courte tournée en Roumanie et avais mon spectacle à l’esprit et dans le corps. Tout s’est bien passé. Jade a beaucoup aimé ; cela a été un plaisir que d’avoir un public participatif, réactif à tout ce que j’ai présenté. Mon spectacle est aussi interactif, je précise, et dans le cas de Jade, j’ai été servie. Je dansais et je sentais ses réactions. On était dans le même monde !
Qualités de Jade. Je vais les citer pêle-mêle : elle n’affirme rien qu’elle n’ait expérimenté dans le domaine de l’argile ; elle précise que l’on ne connaît pas toute la réalité et que dans son expérience ceci et cela joue ; elle a commencé par s’intéresser à l’argile, puis a fait des études de médecine couronnées par une thèse sur l’argile qui est mise à disposition de tout un chacun sur Internet ; ensuite, elle a fait des études d’ethnographie ; j’ai déjà mentionné qu’elle cite souvent le livre de Raymond Dextreit L’Argile qui guérit alors que d’autres s’approprient le savoir des autres. Je trouve cela beau, même si je me répète ; elle le fait à chaque fois qu’elle parle de l’utilisation de l’argile par voie externe et regrette que l’auteur n’ait pas eu le temps de mettre sur papier ses expériences par voie interne. Jade dit aussi qu’elle n’a pas tout expérimenté et qu’elle compte sur ceux qui suivent ses cours pour le faire. Jade n’a donc pas la prétention d’être la seule détentrice de la vérité, elle s’appuie sur les autres et c’est une attitude que j’admire. Je dis souvent que nous ne sommes rien sans les autres.
Un article très complet écrit par Jadese trouve ici. Un autre sur la trousse de secours à prendre en voyage se trouve ici.
Mes clefs partent avec Jade. Jade va partir de chez moi, elle va reprendre la route. Une participante au cours auquel j’ai assisté, une fille épatante, Myriam, vient la chercher. On se dit au revoir et je veux rentrer chez moi et cherche… mes clefs… introuvables. J’ai beau chercher… refaire les trajets parcourus avec Jade et Misty, rien. Heureusement qu’une voisine a le double de mes clefs et je peux rentrer chez moi. Je téléphone à Myriam. Mes clefs avaient glissé dans un des sacs de Jade et je les aurai lors d’un prochain passage de Myriam.
Les clefs et leur signification. Dans mon monde, le hasard est souvent un compagnon à qui je peux donner un nom ; je veux dire qu’il a y un sens à ce qui m’arrive. En l’occurrence, le départ de mes clefs m’a fait réfléchir et j’ai trouvé des clefs que Jade m’a données :
l’arthrose : on m’avait dit que c’était l’os qui se déformait et… point. Lorsque l’arthrose s’accompagne de douleurs, il faut des prothèses. Or, dit Jade, l’arthrose est un dépôt et l’argile le nettoie. Je connaissais des exercices qui lubrifiant les articulations évitent le frottement des os et certains des participants à mes cours (« @3m. ossature » et « @articulations – jouons avec elles ») en ont bénéficié. C’est déjà un pas énorme que de ne plus avoir mal, mais si en plus on peut faire un nettoyage… Jade parle aussi de l’utilisation du chou, mais pour le moment, je reste avec l’argile ;
manger lentement : ce conseil a été très bienvenu. Il y a longtemps un Vietnamien m’a dit qu’il fallait avaler la nourriture comme si c’était un liquide et boire le liquide comme on mâche une nourriture. La chose m’avait frappée et j’y ai pensé une fois ou l’autre. Maintenant c’est en ordre. C’est très plaisant de manger en prenant son temps, en faisant travailler les mâchoires, toute la bouche ; c’est en fait une dégustation ;
le jeûne : Jade m’a dit que le jeûne était très sain et qu’il conviendrait que je jeûne trois jours par mois. Trois ? je suis-je exclamée. « Ou un jour par semaine, toujours le même jour », a-t-elle ajouté. Là, je me suis dit que ce serait faisable et c’est devenu faisable. Pendant le jeûne, le corps va absorber des déchets qui traînent un peu partout… nettoyant les articulations, par exemple. Ce jour-là, je ne bois que de l’eau, rien d’autre, pas de tisane, pas même de l’argile ; mais, mais, on peut quand même l’utiliser par voie externe. Il y a eu une mode l’été passé avec des jeûnes où il était question de boire des potages et des tisanes, ce sont des mono-diètes, quand il ne s’agit que d’un seul aliment, ou de nettoyages partiels, mais pas d’un jeûne ;
l’argile : boire de l’argile tous les soirs (dans mon cas). Comme je partage tout avec les participants à mes cours, je leur ai fait goûter la potion. Peu l’ont réellement aimée. Quant à moi, je ne me pose pas la question, le fait de savoir qu’elle exécute un travail remarquable me suffit. Je n’ai pas besoin d’imaginer que c’est ceci ou cela. Aussi y suis-je abonnée depuis le mois de novembre. Je me porte bien mieux et j’ai remarqué que je peux passer à côté de certains chocolats sans me dire que j’en ai besoin. J’ai retrouvé mon poids et cela sans effort. Je me dis que les choses doivent toujours se passer dans le plaisir et pas dans l’obligation. Ce dernier point est important. La réticence de certaines personnes provient du fait qu’elles ne font pas la différence, comme dit plus haut, entre la terre, la boue, et l’argile. De plus, dans le cas des participants à mon cours, c’est moi qui leur ai apporté l’argile. Ils ne m’ont rien demandé alors que pour moi-même, je suis allée la chercher. C’est vraiment un point important. C’est valable pour tout. Sujet à méditer ;
l’emplâtre et le cataplasme d’argile (définitions quelques paragraphes plus bas): pour être efficace, ils doivent avoir 2 cm d’épaisseur et ne pas être enveloppés avec du plastique ; en effet, l’argile doit pouvoir respirer. J’en avais eu recours une fois ou l’autre, mais pas de cette épaisseur et c’est là toute la différence ;
main brûlée : quelle idée! Je me suis brûlé la main en faisant un repassage un peu forcé. Je veux dire que je n’avais pas envie de repasser, mais que j’ai dû le faire parce les circonstances l’exigeaient et par un mouvement inconscient, j’ai passé la main sur le fer chaud… Je raconte l’affaire ici, mais ce qui m’a sortie d’affaire a été la fameuse Crème des huit heures d’Elizabeth Arden. Je n’ai gardé aucune trace. Jade dit que pour les brûlures l’argile est très efficace et ne laisse pas de traces non plus ;
2025. Voici un exemple qui donne raison à Jade : une connaissance qui travaille dans un supermarché s’est brûlée avec du gratin sorti du four à 260 °C sur le bras… Elle a mis de l’argile d’abord cinq minutes parce qu’elle a une peau délicate et qu’un rien l’irrite. Comme cela ne lui a pas causé de problème, elle l’a laissée deux heures puis la nuit et quelques nuits. Elle n’a gardé aucune trace et m’a remerciée. Je lui ai dit qu’il fallait remercier l’argile !
Compliment de Jade en quittant mon appartement : « Merci de m’avoir fait connaître un peu de ton monde et tu as des livres très intéressants ! » C’est un vrai compliment. Je fais partie de la génération qui a des livres et si j’en ai aussi sous forme de fichier, je préfère les livres-livres, en papier. C’est un autre mode de vie. C’est tout un sujet.
Série d’images :
L’argile illite est l’une des plus utilisées pour les thérapies internes. Dans le cas présent c’est une argile de marque Argiletz.
J’ai acheté cette argile en Roumanie, lors d’une tournée, et la composition est indiquée. C’est assez rare parce que les sols, tout comme dans un jardin pour les plantes, diffèrent d’un endroit à l’autre. Mais, l’indication est appréciable.
Sa composition comprend, par ordre d’importance décroissant, des oxydes: d’aluminium, de titane, de fer, de magnésium, de calcium, de sodium, de potassium. D’autres argiles ont du cuivre, du silicium, du zinc. Chaque minéral a une action spécifique sur l’organisme. Ainsi, le silicium joue-t-il un rôle important dans les troubles intestinaux, comme les gastrites. Mais, comme déjà mentionné, la liste des problèmes de santé que l’argile guérit est impressionnante.
J’ai désiré vous apporter des informations et cela me vaut le plaisir de faire connaissance avec Pedanius Dioscoride, un médecin grec, né entre les années 20 et 40 apr. J.-C. On le remercie pour son travail de précurseur.
Il n’y a pas besoin d’avoir une plaque de Paris pour que la potion agisse…La grandeur de la cuillère ? La mienne est en bois et se situe entre une cuillère à café et une à soupe. En tout cas, une bonne cuillerée.
Ainsi que mentionné ci-dessus , la composition et les couleurs changent selon les endroits, pas forcément lointains comme dans mon cas.
Boire de l’argile. Ainsi que montré sur l’image, on met une bonne cuillerée d’argile dans un verre ; ensuite, on la laisse décanter, soit laisser les grains s’imprégner de l’eau, puis on la remue afin qu’elle aille partout et finalement on boit le liquide. J’apporte cette précision parce que parfois on va trop vite, on met l’argile, on remue et on boit et alors il reste tout un paquet d’argile au fond du verre. Le fait d’attendre un moment évite du gaspillage.
Emplâtre et cataplasme. Afin de donner des informations correctes, je cherche la différence entre ces deux mots et trouve : un emplâtre est « une préparation thérapeutique adhésive destinée à être appliquée sur la peau ». Lorsque la préparation est étendue sur des bandes de tissu avant d’être posée, on parle plutôt de cataplasme. L’Académie française précise : du latin emplastrum, emprunté du grec emplastron, de emplassein, « enduire, envelopper dans, modeler ».
D’autres champs d’application : on parle aussi d’emplâtre au sujet du mastic avec lequel on couvre les plaies des arbres ; il en va de même de la pièce destinée à être collée à l’intérieur de l’enveloppe percée d’un pneumatique, pour le réparer.
N’oublions pas non plus le symbole de l’argile : symbole de l’élément avec lequel, selon la Bible, le corps du premier homme fut formé par Dieu. Tous les hommes sont pétris de la même argile.
Dans mon monde, lorsque les choses s’entremêlent c’est un excellent signe. J’aime le français et la recherche de la définition citée me donne encore des expressions qui m’enrichissent :
emplâtre, nom commun (figuré) (familier) : personne qui n’a aucune vigueur d’esprit, qui est incapable d’agir comme il convient, qui ne fait qu’apporter de l’embarras dans les affaires dont elle se mêle. C’est un pauvre emplâtre ! Quel emplâtre !
un emplâtre sur une jambe de bois, un remède inadapté et dérisoire.
gifle, soufflet ; coup. Il a reçu un emplâtre au milieu de la figure.
Je préfère éviter ce genre d’expressions et propose qu’on en trouve d’un autre type. Exemple :
« Un emplâre réussi » sera l’expression que l’on utilisera lorsqu’on aura réussi, au sens propre, à réparer quelque chose dans le corps, et, au sens figuré, lorsqu’on aura réussi à rétablir une relation perdue, un amour contrarié, retrouver son chemin et dans bien d’autres situations. Unemplâtre réussi est porteur de solutions et sied mieux à cet article ! N’est-il pas ? Comme diraient les Anglais.
Emplâtre. Je choisis de parler d’emplâtre parce que de façon générale, je mets l’argile sur la peau et ensuite, je mets une feuille de papier qui empêche que la bande qui va le soutenir se salisse. J’ai utilisé deux sortes d’argile pour les emplâtres et je trouve plus pratique la marque Argiletz. Je montre pourquoi.
Ce n’est pas seulement une fois que j’ai utilisé cette argile. Toutes les fois, j’ai eu le même résultat. C’est pourtant indiqué qu’elle est « illite ». Ce côté désagréable n’enlève rien à ses propriétés.L’emplâtre fait avec cet argile reste compact, je peux l’enlever les yeux fermés et rien ne se répand dans mon lit ; je peux me rendormir tranquillement !
Préparation d’un emplâtre.
Au moment où j’ai remercié Jade pour le temps que nous avons passé à revoir le contenu de l’article ensemble, elle m’a dit que c’est elle qui me remerciait pour ce grand travail de recherche. Là, c’est tout son portrait parce que si j’ai pu écrire quelque chose, c’est parce qu’elle m’a donné du matériel. Et, à nouveau, je répète qu’il faut célébrer ceux qui font du bien.
Elle est bonne celle-là ! Je viens de finir l’article et je reçois un message de la part de Jade qui dit :
« MERCI POUR TON IMMENSE PLAISIR À FAIRE DU BIEN AUX AUTRES ! »
C’est un happy end, pour parler français.
2022 – 2023. Depuis onze moins (sauf quand je suis à l’étranger), je mets des emplâtres, bois de l’argile, et jeûne tous les vendredis (même si je suis à l’étranger) et mon corps va bien, bien mieux. Par exemple, l’arthrose qui m’empêchait de faire certains mouvements s’en va pour laisser de la place au jeu des articulations. Je remercie l’argile et, bien sûr, Jade !
2025 – vaisseau sanguin qui a sauté. Un vaisseau sanguin a sauté dans un œil. Pas besoin de décrire l’affaire… J’ai préparé un emplâtre assez épais (sur du papier ménage et sur une longue bande que j’ai nouée autour de la tête) ; j’ai dormi cinq nuits ainsi (je n’ai rien mis la journée) et aujourd’hui, il reste un petit rien. Merci l’argile et merci Jade une fois de plus.
Et que peut-on donc conclure ? Que c’est un emplâtre réussi !
Encore 2025. Une expérience, toujours personnelle, avec les dents. Mon dentiste est quelqu’un de très réservé et je dois attendre qu’il ait un moment libre pour être précise. Mais, je peux dire que j’ai eu une couronne qui est tombée et qu’on m’a prédit de grosses infections si je ne faisais un traitement de racine et faisais poser un implant. J’ai mis de l’argile dans la bouche, couvert la dent, dormi ainsi pendant des mois et lorsque je suis arrivée chez le dentiste, il n’y avait pas d’infection, il a récupéré la couronne et l’a reposée.
Toujours en 2025. Le genou. Je me suis réveillée un matin avec un genou gonflé. Gonflé au point où je ne pouvais marcher et j’avais aussi des douleurs… Mon cerveau a commencé à me présenter des situations « compliquées », mais heureusement que la mémoire est arrivée à mon secours et m’a dit ce que vous savez déjà : argile ! Comme j’aime me débrouiller seule, voici ma méthode, elle peut rendre service à ceux qui vivent seuls :
Comme vous l’avez lu, le genou n’a pu s’empêcher de faire une remarque !
Explications pour la mise en place de cet emplâtre : pour la fameuse question de « combien de jours et de nuits », cela dépend de chacun ; nous sommes tous différents. Je précise que le premier jour, j’ai quand même pris deux pastilles contre les douleurs, puis j’ai arrêté parce que je voulais savoir ce que le genou ressentait. Le troisième jour, j’ai pu remarcher et sans douleurs. Pendant une bonne semaine, j’ai négocié avec le genou et maintenant c’est redevenu comme avant !
Miroir du football no 34, 1962. En première de couverture : « Juste Fontaine, une carrière fulgurante, une tragédie du sport. »
Je me prépare pour aller à Paris et mon frère me demande de lui trouver la revue citée. Il la lui faut absolument. Je téléphone à mon bouquiniste préféré, François Medioni, qui réalise le miracle. Je peux passer la prendre le premier jour de mon arrivée à Paris.
Je la rapporte et quelques jours après Justo Fontaine se rend au ciel. Mon frère est très ému et il me raconte une partie de la vie de ce footballeur. Je n’ai pas d’amour particulière pour ce sport, mais quand j’apprends le rôle formidable que Justo Fontaine a eu et a encore dans la vie des footballeurs français, mon thermomètre de l’admiration sort et va a son maximum.
Voici le récit de mon frère :
« Découverte de Justo Fontaine. Une semaine après mon arrivée en Suisse, je fus opéré des amygdales, des végétations et des glandes. Quand je me suis réveillé, après mon opération, Mme Amelia Boschel, qui nous avait fait le voyage avec nous et qui savait que j’aimais le football, m’apporta un numéro spécial de la revue Miroir du Football qui venait de paraître et que je garde encore. Sur la couverture, une photo de Justo Fontaine, le meilleur buteur de la Coupe du Monde de 1958 et un titre : « Une carrière fulgurante, une tragédie du sport ». À l’intérieur, un second titre : « Pour que la vie des footballeurs ne s’arrête plus à l’âge de 29 ans ». Ces deux phrases résument ce que fut la trajectoire de Fontaine dans le football.
J’ai lu cette revue avec passion et découvert une histoire poignante (celle de Justo) en même temps qu’une écriture pleine de connaissance du football et humaine (celle des journalistes du Miroir du Football et particulièrement celle de François Thébaud, l’éditorialiste).
Que peut-on direchronologiquement sur le plan sportif de la carrière de Fontaine ? Il a commencé dans son Marrakech natal et fut découvert par Mario Zatelli qui l’a fait venir à Nice en 1953. C’est Luis Carniglia, un entraîneur, qui fit de Fontaine un remplaçant pendant de longues périodes. Cela obligea notre futur héros suédois à changer de club en 1956, ce qui l’amena au Stade de Reims. À partir de ce moment-là son ascension fut…fulgurante.
En 1958, avec le club champenois, il obtint le titre de champion de France et de vainqueur de la Coupe de France. Le meilleur viendra plus tard avec l’obtention de la troisième place de la France lors de la Coupe du Monde en Suède et surtout avec la réalisation de la part de Fontaine de 13 buts lors de cette compétition. Aujourd’hui il détient encore le record d’avoir marqué le plus de buts dans un même championnat du monde.
Le tout en seulement 6 rencontres (3 contre le Paraguay, 2 contre la Yougoslavie, 1 contre l’Écosse, 2 contre l’Irlande, 1 contre le Brésil de Pelé et 4 contre l’Allemagne). Phénoménal !
En écrivant ces lignes, les larmes me viennent aux yeux, car après l’épopée suédoise, le public put encore apprécier les exploits de l’originaire de Marrakech lors du championnat de France et surtout lors des matches de l’élimination de la Coupe d’Europe des Nations. Cela ne dura que jusqu’au 30 mars de 1960 où un joueur adverse le blessa lui infligeant une double fracture du tibia-péroné, ce fut le début d’une… tragédie du sport.
Justo se rétablit quelque 8 mois plus tard et fit une dernière apparition contre la Bulgarie lors de la victoire 3-0, un des rares matches où il ne marqua pas de but. Hélas, le 1er janvier 1961, deux mois après sa dernière sélection, la jambe gauche flancha de nouveau. Il se remit avec beaucoup de volonté, rejoua début janvier 1962 et continua avec bien des difficultés car une de ses chevilles à son tour s’était ankylosée.
La suite est résumée en page 17 du numéro spécial de la revue : ‘Le hasard du championnat a fait que nous ayons revu Fontaine le 15 janvier à Nancy, le 21 nous le voyons contre le Stade Français… Il reste un bon technicien, clairvoyant. Mais, le Fontaine de Suède n’est plus qu’un souvenir. Et nous avons la douloureuse impression que c’est irrévocable… et puis que Fontaine en a conscience.
La carrière de Fontaine est terminée… En juin, il avait fait une tournée en Amérique du Sud… Hélas, il ne tenait même pas une demi-temps. Bien des choses avaient changé depuis 1958… Fini donc le football. Finies les envolées vers le but adverse, puis les buts impossibles. Le président du Stade Reims, Germain, eut le mot de la fin : « Fontaine n’appartient plus au Stade de Reims, mais aux assurances. La loi est la loi… » ‘
Oui, j’ai lu une centaine de fois cette revue et dans les dernières lectures, au moins dans une quinzaine d’entre elles, j’ai espéré trouver une fin différente dans cette page 17, quelque chose comme : « Justo se rétablitá temps et put jouer le match de qualification contre la Bulgarie le 16 décembre 1961. Il trouva en face de lui des adversaires acharnés, mais vous connaissez Fontaine, il sait faire face à ce genre de joueurs, rappelez-vous les Paraguayens lors du match d’ouverture en Suède. Il jaillit comme un félin sur des passes de son complice de Suède, Raymond Kopa, marqua à deux reprises et au bout des 90 minutes la France retrouva de nouveau le chemin de la qualification. »
Ce n‘est jamais le cas et je continue de relire cette revue car, comme je l’ai mentionné plus haut, j’ai aussi découvert en François Thébaud le meilleur journaliste… de la planète, quelqu’un que j’aurais voulu connaître personnellement tout comme Fontaine, Kopa et Piantoni, les partenaires de Justo Fontaine de l’attaque de la France en Suède en 1958.
De toutes les photos de la revue, celle que je préfère est la suivante, prise après la victoire 6-3 contre l’Allemagne en 1958 :
En haut, à droite, on peut lire : « Ça, c’est le passé… ». Mais quel passé !
Protection les joueurs – rôle de Justo Fontaine. Il est à relever que, tout en étant joueur, Justo créa avec N’jo Léa, joueur de Saint-Etienne, et l’avocat Jacques Bertrand, l’UNFP (Union nationale des Footballeurs français). Son objectif fut de créer le « contrat à temps » des footballeurs. À cette époque les joueurs étaient liés… à vie à leurs clubs (assujettissement jusqu’à leurs 35 ans) ,et ne pouvaient changer d’équipe sans l’autorisation de celui-ci ! Ils finirent par obtenir gain de cause. Ce fut l’un des meilleurs buts de Fontaine !
Je finirai ce document en mentionnant que mes copains d’études et de football, à savoir Philippe Guillaume, Patrice Humpal, Franco Balestracci ou François Muller n’ont jamais su ce qu’a représenté pour moi Justo Fontaine. Il s’agit de l’une des personnes auxquelles j’ai le plus pensé dans ma vie. Justo s’en est allé il y a quelques jours et cela m’a fait de la peine. »
Les rencontres particulières. Si j’ai créé cette rubrique c’est parce que je fais des rencontres particulières. Il n’y a pas besoin que la personne soit de ce monde pour que je la rencontre. La premièe a été Georgette Gautier, une femme avec un talent de poétesse remarquable. Elle vient aussi de partir au ciel hier. Et Justo Fontaine entre dans cette catégorie parce qu’il est un personnage que je qualifie de hors du commun, quelqu’un qui a pensé aux autres et qui leur a fait du bien. Cela devrait être la norme. Comme je le dis au début de l’article, c’est en apprenant son rôle pour que les joueurs soient protégés que mon admiration est venue. Le document de mon frère me touche parce qu’il a le sens de la justice et de l’aide à autrui. Il est profondément touché par l’histoire qu’il raconte. Je n’oublierai jamais qu’il a engagé dans un de ses chantiers un ancien copain de quartier qui était un peu handicapé mentalement. Il lui a permis de se faire une place et de gagner sa vie. Il a toujours été une grande âme. Nous partageons ce sens de la justice qui vient de nos parents. Je suis fière de présenter cet article.
Just Fontaine et Justo Fontaine. Il s’agit de la même personne, son prénom de naissance était Just et sa mère, d’origine espagnole, l’appelait Justo. Voilà la raison des deux prénoms sur la Toile.
Autre précision : si David m’a demandé de lui trouver la revue c’est parce qu’à force de lire la sienne, les feuilles sont devenues presque transparentes ! Je trouve que c’est une autre forme d’hommage à Justo Fontaine ainsi qu’aux journalistes et à l’éditorialiste qu’il mentionne.
Le français de la revue : je suis sensible à l’expression, à l’utilisation de la langue et aujourd’hui il y a un tel relâchement, tellement de fautes dans tous les journaux… L’admiration de mon frère pour Justo Fontaine, le parcours glorieux et triste de ce joueur ont fait que j’ai lu l’intérieur de la revue et je dois dire que le français est parfait ! C’est un cadeau.
Le Figaro et David Brunat. Ce journal joue un certain rôle dans ma vie (voir ici) et le départ au ciel de Just Fontaine me fournit l’occasion pour lire ce qu’on a écrit à son sujet. Je tombe sur un article plein d’esprit écrit par l’écrivain David Brunat. Je lui envoie un courriel pour lui demander la permission de lui emprunter la fin de son article ici et il accepte. Je mentionne que j’habite à Neuchâtel et il répond : « Votre message me ravit car il se trouve que l’héroïne de mon dernier livre, une princesse russe qui fut modèle de Matisse dans les années 1930, vécut à Neuchâtel pendant la guerre avec son mari .Je raconte tout cela dans l’ouvrage, intitulé Une princesse modèle, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson l’an dernier. Je l’avais d’ailleurs présenté au Salon du Livre de Genève. Il vous intéressera. » Quand je disais que Le Figaro jouait un rôle dans ma vie… Lorsque j’irai de l’autre côté du miroir, je saurai si c’est le hasard, si c’est Serge Dassalult, si c’est Just Fontaine voire même si c’est Beaumarchais (puisque j’ai déjà écrit un article admiratif sur le personnage) qui fleurit ainsi le tapis de ma vie.
En fait c’est une lettre que David Brunat envoie à Just Fontaine et que ce dernier pourra peut-être lire pendant une mi-temps au vert paradis des légendes du ballon rond où il y est pour l’éternité l’un des plus beaux fleurons (quand je vous dis que c’est plein d’esprit ), et il finit par :
Adieu, Justo, héros au pied d’or et au sourire si doux !
J’adore ce buuuuut où je vois Justo Fontaine traverser les différentes dimenstions pour atteindre le but ultime…
La vie d’Eva est comme sa vue : tout le temps en mouvement !
Je prévois d’aller à Pariset me demande si je peux voir Eva. Je lui téléphone, mais, non, elle est absente. Bon, je ne lui téléphone ni tous les jours ni tous les mois, mais à chaque fois que je l’ai fait, j’ai dû attendre qu’elle retourne à Paris. C’est pourquoi, je dis qu’elle est toujours en mouvement. Ceux qui la connaissent savent qu’elle partage sa vie entre la France et les États- Unis. Ça, c’est le côté géographie, mais attendez la fin de l’article pour voir que ce n’est pas que physiquement qu’elle bouge !
Est-ce que c’est important de bouger ? Vous aurez deux réponses, celle d’Eva et la mienne et au fond, elles se rejoignent.
Je vais chez Eva. Cela faisait quelques années qu’on s’était rencontrées pour la première fois. Elle m’avait donné un premier cours sur la vue et environ deux ans après, le second. Je m’intéressais à la méthode Bates parce que j’avais des participants à mes cours qui avaient des problèmes de vue. J’ai écrit un article sur le sujet ici. Il n’est pas inutile de rappeler que savoir une chose c’est une chose et la faire sienne, l’appliquer c’en est une autre ! Il s’agit de vraiment changer de façon de voir les choses.
Les informations. On le sait, le monde est fait de particules et les particules sont de l’information. Eva m’a transmis des informations que je mets en pratique bien souvent, sauf quand je me fais avoir comme une débutante en fixant des choses ou en laissant ma pensée s’envoler sans y prêter gare. Je veux dire que le regard reste fixe alors que les images valsent dans ma tête. Alors, les informations d’Eva m’accompagnent bien souvent. Je constate que lorsque je cherche une information pour quelqu’un d’autre, elle finit par me rendre service ! Nous sommes un puzzle fait d’informations de toutes sortes : génétiques, sociales, professionnelles, d’affinités et de tout ce qui croise notre vie. Je suis contente quand je peux mettre un nom sur certaines informations, comme celles en provenance d’Eva. Quand je la remercie, je remercie forcément Bates et tous les patients qui lui ont permis de construire sa méthode, tous ceux qui l’ont formé, et cela me fait remonter à la nuit des temps. C’est un vortex temporel. J’adore cela ; j’ai la sensation de vivre l’expression « nous sommes tous reliés ».
Lors de la visite. Nous parlons de choses et d’autres. Je n’ai pas un ordre précis et les choses se lient les unes aux autres. Cette fois-ci, les temps qui courent étant particuliers, nous parlons de la marche du monde, de la façon dont les informations sont transmises et de celle dont les gens les appliquent. Je me rends compte que nous avons une même façon de penser : nous devons prendre de la distance avec les choses et voir ce qui est en notre pouvoir pour faire ou ne pas faire telle chose. Les cellules de mon être se laissent aller comme si elles occupaient chacune un fauteuil bien large. Je suis à l’aise ! Voici quelques sujets :
Vous dansez toujours ? Oui, mais mon école de danse prend d’autres chemins. Je n’ai pas d’atomes crochus avec les enfants ni les adolescents de la nouvelle génération qui zappe, qui n’a pas le sens du long terme, qui n’a pas les mêmes normes d’éducation ou de savoir-vivre que moi. Je n’y arrive pas. C’est un autre monde. Je ne peux pas me forcer à faire quelque chose parce que j’ai besoin d’argent. C’est contre ma nature. Aussi, ai-je créé pour le service des Sports de la ville de Neuchâtel, où j’habite, des cours pour des adultes qui désirent apprendre quelque chose d’utile pour leur corps, pour eux. Cela les rend indépendants et ne sont pas obligés de suivre pendant des années des cours ou des manipulations physiques faites par d’autres. De plus, j’ai repris mes spectacles toute seule. Au début de ma carrière artistique dans ce domaine (j’en ai aussi d’autres), j’ai présenté des spectacle de danse seule, puis, j’ai eu mon école et ai composé des danses pour les élèves en tenant compte de leur personnalité. Ce qui est curieux c’est que maintenant que je reprends certaines danses, c’est comme si je les avais déjà faites pour moi. C’est presque le même phénomène ou chemin emprunté par les informations que je cherche pour les autres. Curieux… J’ai ajouté un côté théâtre. Mes spectacles sont de la danse-théâtre, il y a de l’interaction avec le public et mes spectacles sont intimistes.
Vous voulez boire ou prendre quelque chose ? Je ne peux boire que de l’eau et ne mange rien aujourd’hui. Je jeûne tous les vendredis depuis le mois de novembre.
Ah ? Le jour est tombé par hasard. En fait, j’ai rencontré Jade Allègre.
Jade Allègre ? Vous la connaissez ? Un sacré personnage ! Oui, je suis tombée sur elle alors qu’elle parlait dans une vidéo du rôle de l’argile en période de pandémie. J’ai eu une conversation avec elle et m’a dit qu’elle allait venir en Suisse donner un cours. J’y suis allée et puis elle est venue passer deux jours chez moi. La première conversation a eu lieu en novembre et là j’ai appris que l’on pouvait nettoyer les articulations par le jeûne. Celui-ci a deux versions : trois jours d’affilée par mois ou un jour par semaine. J’ai pensé que j’allais, avec un peu d’effort, survivre à un jour, je n’arrivais pas à en imaginer trois… Cela me va très bien, j’ai perdu du poids, je me sens bien et je mange moins. Elle m’a aussi conseillé de manger lentement. Ce conseil, je l’avais déjà reçu il y a passablement de temps, mais entre avoir compris les mots et les laisser envahir le terrain, devenir miens… c’est comme avec les exercices pour la vue… Alors, volontiers un verre d’eau.
J’ai toujours une carafe avec de l’eau. Ah, c’est toujours celle qui a des formes qui se transmettent à l’eau… (Je l’avais déjà vue lors de mes autres visite).
Oui.
Là, je ne sais plus comment les choses se sont liées mais tout à coup, comme on parle des qualités de l’eau, je mentionne Jacques Collin.
Jacques Collin ? J’ai lu son livre sur l’eau L’Eau-delà de l’eau– De l’autre côté du miroir de l’eau. Je l’ai corrigé et apporté à l’éditeur, Guy Trédaniel.
Ah ? moi aussi ! Vous souvenez-vous à quelle époque ?
Oh ! Il y a des années. Je pense que ce doit être la première édition. Il y en a quatre, j’ai eu affaire à la quatrième. Mais, effectivement, dans la première il y avait beaucoup de coquilles.
Je racourcis. Je raconte à Eva que Jacques m’a donné la permission de citer des extraits de ses livres dans mes articles. C’est fabuleux de savoir que je désire rencontrer Eva, que j’attends que le destin se montre favorable pour cela et que nous nous découvrions la même tendance à corriger les textes que nous lisons, le même intérêt tant pour Jade, pour Jacques et la même vision de divers événements de notre société. J’ai l’impression d’être dans une pièce de théâtre où je lis un script. On le sait, la vie dépasse la fiction.
L’orthographe, le langage, les manières. Tout cela se perd. Eva est d’accord avec moi. Elle dit que ce n’est pas parce que quelqu’un exerce une activité qu’il peut la transcrire correctement. Auparavant, lui dis-je, je lisais un mot que je ne connaissais pas et je pouvais être sûre que la graphie était la bonne.
Je fais une parenthèse que je dois à Chambaron, nom de plume : on devrait parler d’orthographie et pas d’orthographe. Pourquoi ?
c’est une des incohérences de l’Académie à ses débuts (xviie siècle) ; elle a dérogé aux règles mêmes qu’elle tentait de mettre en place : ainsi typographie (écriture avec des ‘types’, imprimerie), sténographie (écriture rapide), calligraphie, (écriture enjolivée), etc. ;
quand cela a été le tour d‘orthographie (écriture correcte), l’Académie n’a pas voulu froisser les architectes de la Renaissance qui avaient déjà utilisé ce mot pour qualifier la représentation d’un volume sur une surface plane (un bâtiment sur un plan, à la verticale, orthogonalement). Elle a retenu orthographe pour l’écriture des mots, sans plus chercher ;
or, les mots en -graphe désignent l’artisan (comme un typographe) ou l’objet (comme un sismographe) qui pratique la -graphie ;
ce qui est répréhensible est de ne pas avoir modifié cela par la suite, le terme d’architecture étant dix mille fois moins courant… (et de plus, me dis-je, ce n’était pas le bon mot non plus. Il faudra que je demande à un latiniste comment il aurait fallu le dire).
En y pensant, c’est vrai que les gens disent « il a bonne orthographe », « il a mauvaise orthographe » ce qui voudrait dire : bien correctement écrit, et, mal correctement écrit. Cela n’a pas de sens. Chambaron, sur Twitter, où il est passablement suivi, a réussi à faire comprendre de quoi il en retourne et les twitteurs le suivent. On ne peut que le féliciter !
En conclusion, on devrait dire : « quelqu’un ne respecte pas l’orthographie » (celle qui est normée, plus ou moins bien) ou « fait des erreurs de graphie ». Il faudra du temps pour imposer cela. On pourrait aussi dire que l’orthographie de tel mot est celle-ci ou que la graphie utilisée n’est pas la bonne ou est la bonne. Chambaron précise encore : « Ne pas écrire correctement » est trop flou puisque cela peut concerner l’écriture manuscrite (illisible), la syntaxe (bancale) ou le style (pour un mauvais auteur).
L’Académie française donne raison à Chambaron, puisque sa définition de graphie se lit : « xviiie siècle, comme élément de composition, au sens de ‘description’. Dérivé savant du grec graphein, ‘écrire’. Représentation d’un son, d’un mot, par des caractères d’écriture et conformément à certaines règles. Graphie correcte, fautive. Graphie archaïque. Graphie étymologique. Graphie phonétique. ‘Tens’, ‘tans’, ‘tems’ sont d’anciennes graphies du mot ‘temps’. Moderniser une graphie. »
Eva, tête de classe, et son professeur de français, madame Maugean. J’aime les gens qui se rappellent ceux qui leur ont transmis des savoirs, des valeurs. C’est le cas d’Eva qui raconte que ce professeur de l’école primaire avait joué un rôle important dans sa formation. Elle me dit qu’il y avait des rangées de pupitres et qu’en général, les élèves les plus faibles s’asseyent derrière. Alors, son professeur avait demandé à ses élèves de se mettre par groupes de colonne. Cela avait fait trois groupes de huit élèves ; ils étaient chargés d’étudier la même question et forcément ils étaient en compétition. C’était très intéressant, ajoute-t-elle, parce que cela créait une émulation et les élèves le moins actives en classe s’impliquaient aussi. Tout le monde sortait gagnant. J’ai de l’admiration pour ce professeur si perspicace et dis à Eva que l’esprit de cette dernière doit être content de se voir ainsi rappelé. Eva me dit encore qu’une ancienne élève de sa classe avait pris contact avec elle pour qu’elles aillent rendre visite à leur professeur fort âgé. Elles ont frappé à sa porte et lorsque le professeur a vu Eva, elle s’est instantanément rappelé « la petite élève, tête de classe, que j’avais été ; toujours vêtue de jolies robes créées par ma mère ». J’apprends qu’Eva a été tête de classe à la petite école. Ce n’est pas étonnant, elle l’est toujours.
Eva me montre le dernier livre publié par son association sous sa direction :
Je conseille ce livre à tout le monde ! Tout y est pour conserver et / ou récupérer la vue.
Cette dédicace est une vue panoramique de ma vie par Eva. Je suis touchée, j’ai l’impression de voir ma vie dans son ensemble et c’est aussi, au sens figuré, un exemple de la vue que l’on doit avoir lorsqu’on regarde son chemin.
On parle de la vue. Eva rencontre des gens qui sont gênés parce que la vue périphérique est floue. Ce n’est pas mon cas. Lorsque je marche en ville, le fait d’avancer et de voir défiler le paysage périphérique me donne une joie profonde. Je ne peux expliquer la chose, c’est comme si j’avançais dans le temps et dans l’espace. Là, c’est une des rares notions de physique de notre ami Einstein que je comprenne réellement. C’est presque enivrant, c’est même enivrant.
Je passe plus de temps qu’auparavant à l’ordinateur et ne pense pas à reposer ma vue… C’est pourtant simple, dit Eva. On regarde au loin, on utilise le pinceau, on respire. Elle a tout à fait raison. Il suffit d’y penser, il suffit… et pourtant… J’en reviens au livre sur la vue. Je l’ouvre au hasard. Vous le savez, il n’y a pas de hasard. Je tombe sur le passage dédié à la lecture. Je pratique le pinceau lors de mes promenades ou dans la danse de l’éléphant, mais dans la lecture… c’est pourtant si reposant. Bon, j’ai du pain, non, de la vue devant moi !
La vision élargie permet d’avoir un angle plus ouvert sur les questions de la vie.
Cela faisait des années que je désirais m’entretenir avec cet homme au ton toujours si courtois et posé. Puis, le sort me dit que c’est le moment et là, le plaisir est intense. Les années passées à le chercher ont disparu.
Je désirais le rencontrer parce qu’il avait côtoyé feu mon ami André Oppel et que je voulais lui dire qu’André m’avait raconté une anecdote à son sujet que j’avais trouvée drôle.
Voici la photo du lieu où l’anecdote a eu lieu.
Anecdote. Je laisse Pierre s’exprimer.
C’est magnifique ! Et la voix de Pierre, c’est tout son personnage.
Aujourd’hui que j’écris cet article, je me demande d’où vient le nom du tunnel et je trouve la réponse dans le livre de Gelmini sur le millénaire de Neuchâtel (1011 – 2011) : il est dû à un lieutenant Pré-Barod ou Pré-Barrou et éponyme du pacage qu’il possédait à cet endroit. Une fois la famille éteinte, le nom a subi des transformations.
Et maintenant, le début. J’ai cherché Pierre bien des fois au téléphone et je tombais toujours sur son message : « Bonjour, vous êtes bien chez moi, mais pas moi ! Laissez-moi un message que j’écouterai religieusement et je vous rappellerai. » Il n’y a que lui pour enregistrer un tel message !
Reprise de contact. Le sort décide donc de me faire plaisir et je rends des visites à Pierre pour évoquer le passé. Peu à peu j’apprends qu’il a été l’élève de mathématique de Freddy Landry, avant d’avoir été son collègue. C’est un autre point d’attache parce que Freddy a illuminé ma vie. Puis, un jour, on parle d’expressions françaises, un autre jour j’apporte un livre sur les expressions qu’il faudrait éviter. Je ne sais pas pourquoi je lui dis que le premier professeur à avoir eu confiance en moi et en mon expression a été Roger-Louis Junod. Surprise ! Pierre me dit qu’il l’a aussi eu comme professeur. Il m’apprend que monsieur Junod avant été d’abord professeur à l’École supérieure de commerce. Ils se sont mieux connus lorsqu’ils se sont rencontrés au sein de la « Nouvelle gauche ». C’est tout simplement magique !
Les anecdotes. Je reprends le fil des anecdotes. Pierre me raconte que des amis du parti socialiste ont réuni une série de ses anecdotes et en ont fait une brochure qui lui a été offerte le jour de ses 60 ans. Il y a 60 anecdotes, soit une par année vécue. Elles sont délicieuses. Il me donne l’autorisation de les transcrire ici. Je le remercie de cette preuve de confiance et d’amitié.
Le français. Je suis très sensible à la langue, à l’expression et Pierre est une personne qui me comble. L’autre jour, nous regardions, à la télévision, les commentaires écrits sur l’élection au Conseil fédéral d’Elisabeth Baume-Schneider et Pierre relève tout de suite le mauvais accord (« Elle s’est dite heureuse… « Dans ce cas se est un complément d’objet indirect et donc le participe passé d’un verbe pronominal ne s’accorde pas. Elle dit à qui ?). Ce discours, Pierre l’a dit d’une traite.
Pour rester dans le sujet, je prends l’anecdote Incorrection : « C’est bien connu, notre ami est un adepte et un défenseur zélé du bon français, et il n’hésite pas à intervenir lorsqu’on malmène la langue. Lors d’une séance de la conférence des chefs de départements cantonaux de l’économie publique, le PDC genevois Jean-Philippe M. s’exprime ; à un moment donné de son intervention, ce spécialiste ès belles et longues phrases déclare : « C’est une histoire irracontable… « . Pierre s’exclame alors, pas trop discrètement : « in… » Un peu surpris, le magistrat genevois (ayant entendu le son « hein ») lui demande : « Comment ? Hein ? Tu n’as pas compris quelque chose ? », et son interlocuteur de rétorquer : « Non, j’ai bien compris, sache cependant qu’on ne dit pas irracontable mais inracontable ! »
Cette anecdote me fait penser à mon attitude l’autre jour lors d’une séance sur la culture. L’un des exposants n’arrêtait pas de dire qu’il voulait vraiment apporter quelque chose, qu’il allait vraiment faire et toute sorte de « vraiments ». Alors, je ne sais comment je me suis entendue dire à haute voix « vraiment ? ». Une seule personne s’est tournée vers moi. Je ne comprends pas. Quand on n’est pas à l’aise en public, on prépare son discours ou on demande à quelqu’un de l’aide. Personne ne sait tout. J’ai compté treize fautes lors de la présentation. La séance en question était pourtant composée de personnes ayant un certain niveau.
Pierre et le foot. C’est vraiment (un vrai vraiment !) une passion. On avait rendez-vous un mardi et tout à coup il se rend compte qu’au moment de ma visite il y aura l’équipe suisse qui joue. Alors… On a renvoyé au lendemain . Quand on se revoit, il me dit qu’il a joué dans des petites ligues mais que finalement il a été meilleur dans l’administration ; par exemple, il a été secrétaire général de Xamax dans ses belles années. Auparavant il a aussi joué dans l’équipe Xamax de l’École supérieure de commerce. Ah ? Il y avait une équipe de Xamax à l’école de com ? Je découvre un tas de qualités à cette école.
Voici la première et quatrième de couverture de la brochure.
J’ai été très émue en lisant la dédicace de Pierre.
Ici je parle de l’anecdote Matchs et conclus avec une conversation téléphonique que Pierre a eu avec mon frère David, actuellement en Colombie : « Avant toute chose, précisons qu’aux yeux de Pierre, seul le football est vraiment digne d’intérêt ; dans un accès de mauvaise foi, il serait même prêt à n’admettre que le ballon rond au rang de sport. Cela étant, ils se fourvoient complètement, ceux qui imaginent que, dans ce domaine, notre ami n’est qu’un spectateur ou, au mieux, un gestionnaire. Les plus vieux de ses amis le savent bien, Pierre a une carrière de footballeur derrière lui. Après quelques tentatives infructueuses au sein des juniors de Xamax (il était incompris de ses entraîneurs), il a fait directement le grand saut dans la première équipe ; il a ainsi toujours préféré aller droit au but sans se perdre dans des dribbles tortueux ». C’est ici qu’intervient David :
« Tu as joué avec Xamax à Barcelone contre le FC Barcelone.
Oui. Je suis entré en début de match.
Tu as touché la balle ?
Non, mais je l’ai vue ! »
Celui qui connaît Pierre, entend sa voix, voit le pétillement de ses yeux et le mouvement de sa tête ; c’est absolument charmant ! Pierre me dit que l’entraîneur Christen, qui parlait parfaitement l’espagnol, voulant impressionner l’équipe adverse, avait annoncé que « El Siete » (sept, en espagnol) était un atout majeur dans l’équipe suisse ! Ce « El Siete » n’était autre que Pierre qui affichait ce numéro au dos de son maillot. Rappelons que l’équipe de Barcelone était entraînée par le Hollandais Johan Cruyff. Pierre dit qu’après dix minutes… il était rentré au vestiaire tellement cela jouait haut ! L’anecdote finit ainsi « Rentré au pays, Pierre rentra définitivement dans les vestiaires ».
Tous ceux qui rencontrent mon frère admirent sa mémoire, il se rappelle de choses que même les protagonistes ont oubliées. En entendant David et Pierre parler, ils étaient à égalité dans ce domaine, l’un prononçais le prénom du joueur X qui avait joué dans l’équipe Y en l’année Z et l’autre donnait son nom de famille. Un vrai match !
Cette anecdote me rappelle celle de feu son ancien prof et collègue de maths, Freddy Landry :
Freddy et le foot. Freddy Landry a fait du football et a joué dans l’équipe du FC Cantonal. Lors des championnats nationaux de 1950, il a joué, même s’il faisait partie de l’équipe de réserve. Il s’est trouvé en milieu de terrain, a senti un joueur de son équipe derrière lui, pour une raison qui lui échappe, il a craint d’être attaqué par le côté et a fait une passe arrière au joueur dont il est question, mais la balle a fait un tour d’arc et est arrivée derrière le dos du gardien… de sa propre équipe. Freddy a arrêté le foot !
Anecdote sur Pierre et La Poste. « Sous son air débonnaire, notre ami cache parfois un tempérament de feu. Un jour, il reçut un avis postal l’invitant à retirer un envoi au guichet de son quartier. Il s’y rendit à sa convenance et présenta le bordereau. Alors que Pierre Dubois habite le même immeuble depuis plusieurs dizaines d’années et qu’il est connu en ville comme le loup blanc, le fonctionnaire postal lui demande de justifier de son identité ! À lui, qui, à cette époque, était déjà conseiller d’État en charge ! Les mouches s’arrêtèrent de voler et les habitants du quartier durent fermer leurs fenêtres… Depuis lors, la poste de Vauseyon équipe chaque guichet d’un vitrage suffisamment épais pour atténuer le poids des (gros) mots. »
Je demande à Pierre si c’est ainsi que cela s’est passé. « Oh ! l’employé savait très bien qui j’étais. Il a simplement voulu jouer au petit chef. Mais, vois-tu, la poste de Vauseyon a dû fermer. Ils ont été punis ! » Et Pierre me regarde d’un œil malicieux.
Anecdote dont le titre est Retour : « Beaucoup des amis de Pierre se demandent comment il réagirait, si après son passage au Conseil d’État, il se replongeait dans les délices de l’enseignement (il a d’ailleurs déjà reçu des propositions dans ce sens !). Lui, si ponctuel, si attaché à un habillement classique et sobre, si soucieux des règles élémentaires de la politesse, si sensible à la beauté et à l’exactitude de la langue, l’imaginez-vous entrer dans une classe de cette fin de xxe siècle ? Il y verrait des élèves arriver en retard sans prendre la peine de s’excuser, boire du coca ou mastiquer du chewing-gum pendant que l’enseignant leur parle, porter des pantalons qui leur tombent sur les genoux, arborer des bagues qui leur ressortent des narines, des lèvres ou même du nombril et les entendrait s’exprimer dans un français de type monosyllabique… Pierre, nous tenons trop à toi pour accepter que tu puisses ainsi t’exposer à de prévisibles coups de sang ! Si tu veux à nouveau enseigner, choisis donc les cours du soir ou l’université du troisième âge ! »
Mon école de danse et les élèves. Je peux faire le même constat ! Je n’ai plus de jeunes élèves ni des ados. D’abord, c’est le destin, qui tout comme les amis de Pierre, a dû penser à ma place, et ensuite moi-même. Autrefois, lorsque je voyais des enfants en ville et que je trouvais que je pouvais leur apporter quelque chose, je demandais aux parents si mes cours les intéresseraient. Maintenant, je vois des enfants pas coiffés, les filles (les petites) avec les ongles à moitié peints et les grandes avec des pantalons troués. Quant aux manières… Je change de créneau. Je me demande où est passée l’éducation. L’éducation comprend non seulement la politesse, mais aussi les valeurs, le respect des choses, des autres et de soi-même. Mais, bon, changeons de sujet.
Le français. Je demande à Pierre, un vrai Neuchâtelois, d’où lui vient cet amour de la langue. Il me répond qu’il lui vient de sa mère, une Française. Je comprends mieux.
Pierre me fait craquer. Il me fait craquer quand il me dit « Salut Tsouli ! ». C’est du pur neuchâtelois. Cela fait long temps, très longtemps que l’on ne m’appelle plus ainsi et il est le seul maintenant à le faire. Je craque ! Je me rends compte, en l’écrivant, que cela fait chinois Tsou Li. Voilà une jolie façon de finir cet article avec cet homme si raffiné dans ses manières.
Le hasard. Cet ami, hasard, qui me suit comme un ami me fait écrire un article sur André Crelier. Une fois la chose faite, André va sur ma plateforme et voit cet article. Il me rencontre en ville et me dit : « Pierre a été mon professeur préféré et il a joué un rôle déterminant dans ma vie d’étudiant et forcément, ce que j’ai appris chez lui, je continue de l’appliquer ». Que dire sinon que je suis aux anges. Quand des éléments de ma vie se lient les uns aux autres, c’est fabuleux, c’est un tout ; ma vie est un tout ! Une fois de plus, je pense aux mots de la cheffe du Service de la culture, Gaëlle Métrailler : « Quand cela arrive, c’est que vous êtes sur le bon chemin ».
2023 – 2025. Je viens de publier sur cette plateforme un article avec mes selfies. Une nouvelle fois, ce fameux hasard qui me suit comme une ombre me fait acheter un livre publié par le Figaro littéraire et où l’on propose des équivalents français. Je téléphone à Pierre pour en discuter lui dit qu’il y est question du terme égoportrait à la place de selfie. Je propose autoportrait aussi et il me dit que c’est tout à fait acceptable. Le texte complet se trouve ici. 2025. Je prépare un spectacle d’un genre nouveau dans mon répertoire, une lecture-théâtre. J’ai présenté des extraits à Pierre qui m’a félicitée ; il a dit que c’était passionnant. Il l’a répété deux fois. J’en suis toute remuée.
Pierre vient de quitter ce monde(lundi 9 juin 2025). Samedi passé, soit le sept juin, je lui avais téléphoné pour lui demander s’il se rappelait quand la rue de l’Hôpital était devenue piétonne et il m’avait répondu qu’il était mal fichu, mais qu’il me téléphonerait pour qu’on puisse se voir, discuter et jouer à un jeu sur la langue française que j’ai et qui reprend plusieurs des choses que je traite dans mon spectacle. « Salut Tsouli, merci de ton appel. » ont été ses derniers mots. Il était le dernier des Neuchâtelois à m’appeler ainsi. Il part avec tout un pan de ma vie. Il devait continuer à me donner un coup de main pour un tableau que j’ai fait sur les horlogers neuchâtelois des années 1950 – 1980…
Dernier article. J’avais voulu mettre quelques mots au sujet de la cérémonie, mais finalement, j’ai écrit un article qui mentionne également le rôle qu’il a joué dans l’histoire de Neuchâtel et même de la Suisse (lien ci-après).