C’est la session d’automne du cours que je donne au sein de Midi Tonus. Il y est question des pieds et voilà ce que cela donne cette fois-ci !
Les pieds. Une fois qu’on les a massés, fouillés, triturés, tournés dans tous les sens, ils peuvent aller en promenade !
Par échelle (ici une double), on peut comprendre l’échelle sociale, l’échelle de la vie, l’échelle de la paix… Il y en a tout plein !
C’est comme le jeu des différences : quelles sont celles avec la photo au-dessus ?
Le jeu des différences, résultat :
Les chaussettes : je suis toujours admirative des personnes qui ont créé, inventé des choses qui nous rendent service. Il en va ainsi des chaussettes. Elles nous permettent tant de choses. Dans le cas présent, elles tiennent au chaud, entre autres, les méridiens qu’on a visités, six pour être précise. Six, donc, avec un point dit point de source parce que l’on peut stimuler lesdits méridiens à cet endroit, soit parce que c’est le début du trajet soit parce que c’est sa fin. Je trouve aussi cela intéressant, stimuler quelque chose au départ ou à l’arrivée ce qui symboliquement peut vouloir dire quand il commence ou quand il est sur le départ.
Première machine industrielle. J’ai une participante qui me demande de temps à autre quelle est la relation entre ce que je dis et le cours sur les pieds… C’est que je trouve tout intéressant et que nos pieds, dans le cas présent, portent des chaussettes grâce à celui qui en a eu l’idée, à celui qui l’a reprise, l’a améliorée, à celui qui transporte les chaussettes, à celui qui les vend, etc. C’est finalement un arbre ! Je viens d’apprendre que les premières chaussettes trouvées l’ont été au Danemark (sorte de chaussettes, car plutôt des protections des pieds), alors que les premières vraies chaussettes tricotées , on les a trouvées dans un sarcophage du temps des pharaons en 1400 avant J.-C. Mais on doit sauter jusqu’en 1589 quand le révérend William Lee, désirant aider sa femme à passer moins de temps à tricoter des chaussettes conçoit une machine, qu’il n’a pu avoir son brevet en Angleterre et que c’est le Français Jean Hindret qui lui redonne vie, vers les années 1660, via la première manufacture de bas de soie qu’il crée au monde ! Tout comme pour les chaussures, au début il n’y eut pas de différence entre la chaussette masculine et la féminine. J’en reviens au révérend anglais et fais le lien avec l’échelle de nos photos précédentes. Il a gravi les… vous devinez… ? les échelons ! Soit les traverses qui relient les barreaux ou montants. Et voilà l’origine de l’expression : Gravir les échelons. N’est-ce pas magnifique ?
Je retombe sur mes pieds ! Je veux dire par là qu’il y a un lien avec le sens du cours. Le langage est le moyen qui nous permet de communiquer en nous servant d’un code commun. Lors de la session précédente, nous avions gardé les expressions liées aux pieds qui pouvaient nous aider à avancer dans la vie et avons évité celles liées à des problèmes. Voici donc que l’origine des chaussettes nous permet de nous enrichir :
Gravir les échelons. c’est parcourir progressivement les différentes étapes qui nous permettent d’avancer. Il y a bien des façons de le faire, on le voit sur la photo !
Le kaléidoscope de la vie
La roue de la vie. En faisant le montage, je me rends compte qu’il ressemble à la roue de la vie : la vie tourne, la vie change et c’est l’égal d’un kaléidoscope dans lequel nous nous devons de rester nous-mêmes, quelle que soit la situation.
Wikipédia. Après avoir joué avec les images, composé la photo et laissé naître le mot kaléidoscope dans mon esprit, je me tourne vers Wikipédia qui rappelle que ce mot vient de trois mots grecs : » kalos, « beau », eidos « image », et skopein « regarder ». On l’a vu avec les chaussettes, ici aussi, je me demande qui je dois remercier pour avoir iventé cet instrument et c’est l’Écossais Sir David Brewster, un physicien, qui en 1816 (il portait déjà des chaussettes !) l’a inventé. En fait, il faisait des études sur la polarisation de la lumière par réflexion et le kaléidoscope lui est « tombé sous les yeux » pour ainsi dire. Voici une phrase qui dit autrement (c’est un vrai jeu de kaléidoscope) ce que je dis dans le paragraphe au-dessus . » Il (le kaléidoscope) donne ainsi une figure réconciliant les termes apparemment opposés de la permanence et du changement, de l’identité et de la différence. » Le kaléidoscope fascine parce s’il y a un nombre fini d’éléments dans un espace donné, les combinaisons sont incalculables. C’est aussi un symbole que l’on peut appliquer dans notre vie : reprendre nos affaires, au propre comme au figuré, leur donner d’autres places, les mettre en avant ou en retrait, les agencer différemment, c’est tout un monde ! Merci, David Brewster.
En l’occurrence, les pieds des participantes au cours sont toujours les leurs, mais ils sont plus mobiles, ont plus de liberté, ont gagné en présence. Je retombe une nouvelle fois sur mes pieds !
Vendredi 27 octobre, je vais chez M. Frésard lui apporter l’herbe pour son chat Max. Je la mets à la bonne place et m’assieds pour discuter un moment avec lui. Il me demande ce que je raconte de beau. Il aime que je lui raconte des choses qui vont bien et me dit souvent qu’il bien aime me voir. Cette dernière remarque ne vaut que parce que monsieur Frésard est un homme de goût et que comme il ne sort plus, je dois lui apporter un peu de couleur. Je lui dis que je révise le texte d’un ami médecin-écrivain qui va publier un livre sur Jeanne d’Arc et que j’y apprends plein de choses ; par exemple, le mot aujourd’hui. Au Moyen Âge, on disait « ce jour d’hui ». L’expert que je consulte, Chambaron, me dit qu’à l’époque on distinguait la journée (en opposition à la nuit mais aussi à hier et à demain) du jour calendaire (24 heures). Ce qui fait que le mot aujourd’hui est déjà un pléonasme et que ceux qui disent « au jour d’aujourd’hui » font une triple répétition ! On rit un moment, puis il me dit :
– Je suis au bout du rouleau. Je vais aller rejoindre Gretel.
– C’est une déclaration d’amour pour votre femme ! me suis-je exclamée. Si vous partez, vous viendrez me le dire. Il a souri et ajouté :
– Merci beaucoup pour tout, pour tout, pour tout.
À ce moment-là, j’étais sur le pas de la porte de la cuisine. Maintenant que je revis le moment, je me rends compte que le temps s’était suspendu pendant qu’il me remerciait. Il ne l’avait jamais fait de cette façon. Depuis que Gretel, sa femme, est partie cu ciel en juin de cette année, monsieur Frésard est devenu plus affectueux, plus démonstratif. J’ai pensé que sa femme lui soufflait des mots depuis l’autre dimension. Pourquoi ? Monsieur Frésard était un homme très poli, droit, aimant les bonnes manières , les belles choses, mais il était chef dans l’âme. Je le lui ai dit une fois qu’il me disait qu’il allait prendre des dispositions pour aller finir sa vie dans un home. Pour moi, c’était impensable :
C’est la dernière photo que je lui ai prise (juin 2023).
– Mais non, monsieur Frésard, vous êtes un chef dans l’âme, (il l’a aussi été avec moi !) vous avez été le chef de tous les domaines de votre vie. Un home n’est pas un endroit pour vous, vous n’y avez aucune décision à prendre. Vous vous devez de finir chez vous. Il m’a écoutée avec attention et m’a dit : « Alors, je mourrai chez moi. »
Je reprends le moment où j’étais sur le pas de la porte. Je disais que le temps s’était suspendu. C’est effectivement ce qui s’est passé. Pendant ce moment-là, il était en train de me dire : « Je vous dis adieu. Je m’en vais ». Je ne l’ai compris qu’au moment où j’ai appris son départ. Ce genre d’expérience, je l’ai vécu de différentes façons, mais ce n’est toujours qu’après « le départ de la personne » que je peux le déchiffrer. Cela m’apaise et met les choses en place même si je ressens un vide. Quand même, ne plus revoir quelqu’un…
Le départ des êtres chers. Il arrive un moment dans la vie où l’on n’a plus envie de continuer et monsieur Frésard était dans ce cas. Je lui avais proposé deux ou trois choses pour qu’il retrouve un peu de forces, mais, j’avais compris qu’il partait.
Madame Brodard. Ce même jour, je lui ai dit que madame Brodard s’était rendue au ciel. Il m’a dit : « La dame du marché, la femme de l’ancien postier ? J’ai eu quelques-uns de ses enfants à la bande des Armourins. » Monsieur Frésard a toujours gardé sa tête en parfait état. Je viens de faire part à Marc, fils de madame Brodard, du départ de monsieur Frésard et il m’informe que la bande comptait 40 à 50 musiciens. Alors, que monsieur Frésard se rappelle, des années et des années après, du nom d’enfants qui sont passés dans ses listes, c’est à relever. Il faisait sa comptabilité comme un expert. On faisait mentalement le calcul des courses que je lui apportais. C’était remarquable. On avait du plaisir à le faire.
Arrivée de monsieur Frésard au ciel. Je dis « au ciel », mais ce doit être un changement de dimension. Ceux qui en parlent disent qu’il y a une lumière dorée, plein d’amour et que les êtres chers sont là pour vous accueillir. Alors, j’imagine l’arrivée de monsieur Frésard, tout comme si une ouverture temporelle me permettait de suivre la scène :
J’ai mis un fond rose parce qu’en fait M. Frésard était un romantique. Tous les samedis, il achetait des fleurs.
La Danse chinoise. Depuis que les amis Frésard sont venus voir le spectacle, à chaque fois que j’exécute cette danse, j’entends, à un certain moment de la musique, sa voix dire : « C’est beau ! ». Monsieur Frésard est un homme qui a beaucoup voyagé et beaucoup vu. Le fait de l’avoir touché est un privilège.
Monsieur Frésard et mes cours. Je donne un cours sur des percussions osseuses au sein du programme Midi Tonus du Service des sports de la Ville et monsieur Frésard m’avait fourni un témoignage absolument différent de tous ceux avec lesquels j’avais pratiqué la technique : il avait pu faire le vide en lui ! Vous trouverez un lien pour l’article à la fin de cette page.
Dans un jardin-souvenir. Lors de l’une de nos dernières conversations. monsieur Frésard m’avait dit qu’il venait d’aller déposer les cendres de feu sa femme dans le jardin-souvenir d’un ami. Il avait y avait aussi prévu sa place et dans la photo qu’il m’a montrée de l’endroit , on y voit un cerf. Cela a beaucoup touché monsieur Frésard. Il m’a dit : « Gretel est à l’air, loin de tout et le cerf lui rend visite » puis, il a souri. C’était un de ces moments où toute la tendresse de monsieur Frésard affleurait. J’ai un peu arrangé la photo, mais l’endroit où le couple se trouve est sous les pierres.
Merci monsieur Frésard ! Si je lui ai rendu des services, il m’en a aussi rendu parce que j’ai dû apprendre à couper les cheveux d’une dame (sa femme), d’un homme, (lui, et ce n’est pas la même chose), à réparer une télévision dont je ne comprenais pas le système, idem avec le téléphone, le câble électrique des lumières que je lui avais offertes une fois à Noël, etc. ; en bref, une série de choses que je n’avais jamais apprises mais du fait que monsieur Frésard se disait que je pouvais l’aider, je ne pouvais le décevoir et le ciel m’a apporté son aide. Ses amis, venus l’accueillir, le lui diront !
Le vide. Je reprends la coupe de cheveux. Je la faisais avec des ciseaux d’André, de gros ciseaux qui plaisaient aussi à monsieur Frésard. Il disait : « La semaine prochaine, vous venez avec vos ciseaux ! ». Cela voulait dire « Pourriez-vous me couper les cheveux la semaine prochaine avec les ciseaux d’André ? ». Je vous l’ai dit, monsieur Frésard était un chef et les autres des apprentis ! Cela tombait bien, j’ai toujours aimé être apprentie. Il était l’un des derniers liens avec la vie d’André. Mon monde se désagrège.
Mme Brodard était un personnage du marché de Neuchâtel.
Samedi passé, de retour de mon bain au lac, je rencontre au marché monsieur Jean-Daniel Pellet, père de Michaël, autres figures emblématiques de cet endroit que je qualifie comme racine de Neuchâtel (je reviendrai sur le sujet). On discute de la température de l’eau, de la déclaration d’impôts (je suis en train de remplir la mienne), d’administration et tout à coup, il me dit : « Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma mère, elle aura 91 ans ! ». Madame Pellet, Hélène Pellet, ce que j’aime aussi cette dame ! Elle connaissait le nom de tous ses clients ainsi que celui de leurs conjoints et enfants. J’ai regretté qu’à cause de la pandémie elle ait dû s’éloigner. Elle n’est plus revenue, mais je me dis souvent que je vais aller lui rendre visite. Cette fois c’est décidé, au mois de novembre je me pointe chez elle ! Monsieur Pellet me dit qu’il pourrait venir me chercher. Je vais quand même lui éviter ce trajet. Rentrée à la maison, j’envoie encore un message par WhatsApp à Michaël pour souhaiter un bel anniversaire à la grand-mère. Michaël me répond et m’envoie l’annonce de décès de madame Brodard, survenu le jeudi 12 octobre de cette année 2023.
Lorsque les choses se lient les unes aux autres, comme dans le cas présent, c’est pour moi un signe indiscutable du fait que je suis au bon endroit et au bon moment. C’est comme si les dieux avaient envoyé plusieurs messagers pour me faire comprendre que le ciel avait ouvert ses portes à madame Brodard… mes canaris et moi lui devons tellement…
Pendant des années, Mme Brodard m’a apporté des graminées et toute sorte de fleurs pour mes canaris en volière. Parfois, elle me surprenait et me disait : « Essayez celles-ci, ils doivent aimer. » ou alors, en fin de journée, elle me disait : « Prenez encore ceci, je ne vais pas tout ramener à la maison. » Il m’est arrivé une fois de lui dire que les canaris n’avaient pas mangé les baies rouges qu’elle m’avait proposées à Noël (pas du houx, une autre sorte que les moineaux mangent volontiers, du cotoneaster) et elle a répondu : « Pourtant , ils aimaient avant ! » – »Oui, mais la génération actuelle… » – « Ah, les coquins ! » et elle a bougé la tête à sa façon tout en souriant. Quand elle a éprouvé des difficultés pour se déplacer, je suis devenue « livreuse de fleurs » pour une maraîchaire qui lui achetait des fleurs pour la maison ; j’ai aussi été « rameneuse de la tasse de café » qu’elle prenait au Charlot. J’aimais bien lui rendre un service ou un autre.
Les décisions politiques. Elles ont une incidence sur la vie du marché. On le sait, rien n’est éternel en ce bas monde. Tout de même, le marché est une racine de Neuchâtel qu’il ne faudrait pas déplacer : une fois à la place du Port, une fois devant la Poste, une fois à la rue du Seyon et à la place du Marché… les gens ne s’en sortent plus. La place du Marché, bien que rebaptisée place des Halles, porte bien son nom, elle est la place où le marché a lieu. Mais, les terrasses des cafés, restaurants et autres établissements publics ont eu le dessus : lorsque les propriétaires des terrasses ont demandé plus de place et que les maraîchers ont voulu faire valoir leur histoire, ils se sont entendu dire : « Vous n’êtes que locataires ! » À la Fête des vendanges on avait le marché ; depuis qu’il y a une nouvelle tente qui n’a pas prévu je ne sais quoi, le marché ne peut plus avoir lieu. C’est ainsi que madame Brodard s’est vue placée en haut de la rue du Seyon. C’est comme une plante que l’on déplace ; elle est perdue sans son terrain. Elle n’est pas la seule à m’avoir fait savoir que le chiffre d’affaires avait baissé et que le rapport avec les autres collègues et vendeurs lui manquait. Cela a été un sacré coup pour madame Brodard. C’est tout un monde qui a été disloqué. Je connais deux autres maraîchers qui ont arrêté de venir parce qu’ils n’arrivaient plus à s’en sortir. En principe, il ne devait plus y avoir de nouvelles terrasses, mais une autre a encore été ouverte. Aujourd’hui, j’ai demandé à un groupe de maraîchers si tout allait bien et on m’a répondu que par rapport à l’année précédente, ce n’était pas le cas. Certains me rétorquent que la ville est très animée les samedis, oui, mais les passants sont-il aussi des clients du marché ? Les constats à « courte vue » m’agacent !
J’ai encore cru que madame Brodard allait revenir. Je ne sais pas comment je vois les gens, mais je n’ai pas compris qu’elle n’allait pas revenir, de même que je me dis que je vais revoir madame Pellet. La dernière fois que nous avons parlé au téléphone, madame Brodard m’a dit : « La tête va, c’est le travail qui ne va plus ». La fois d’après, son mari, un homme toujours souriant et plein de bonnes histoires, m’a dit que sa femme se reposait. Voilà, elle a quitté ce monde pour voir le marché du ciel (au propre et au figuré !), je me dis.
Madame Brodard dans son dernier lit. Je vais lui rendre visite à Beauregard. Je vais à pied en pensant à elle. Tout à coup, mon regard est attiré par des plantes que mes oiseaux aiment. J’ai l’impression que madame Brodard me dit : « Voilà pour les oiseaux ! » Je la remercie parce que cette année a été plutôt sèche et que je trouve peu de plantes sauvages pour mes canaris. C’est une jolie surprise et je me dis que je les prendrai à mon retour. Finalement j’arrive chez elle et on passe un moment ensemble. Je lui ai dit au revoir de la part de maraîchers qui n’avaient pu se déplacer. Elle a l’air paisible ; lorsque je lui parle, j’ai l’impression d’entendre sa voix. Je suis émerveillée, une fois de plus de la Création : il y a des millions d’individus, tous avec deux yeux, un nez, une bouche et deux oreilles et pourtant nous sommes tous différents et avec une voix particulière. J’aime la voix de madame Brodard. Au retour, je dis aux canaris que les plantes sont un cadeau de sa part et ils chantent !
Le service funéraire. Il y a plein de monde à l’église Saint-Norbert de La Coudre. Je ne l’avais jamais vue et la trouve jolie, accueillante. Parmi les personnes présentes, j’en reconnais certaines qui vont au marché. Je trouve touchant que des clients soient fidèles jusqu’au bout. En effet, ce n’est pas parce que la vie professionnelle s’est arrêtée que la vie, tout court, s’arrête aussi. Les enfants et petits-enfants de madame Brodard parlent de l’affection qu’ils avaient pour elle et racontent des anecdotes. L’une d’elles m’a frappée parce que j’en connaissais un bout : il y a deux ans, monsieur Brodard, remplaçant au marché Mme Brodard, me dit qu’il se réjouissait du repas de Noël parce que sa femme faisait une sauce aux morilles absolument délicieuse ; voilà que l’une de ses petites-filles raconte que dans la famille « on » avait voulu faire du nouveau à Noël et donc la sauce aux morilles avait disparu. Elle a rapporté que les petits-enfants avaient mis les pieds au mur et réclamé la sauce. La chose avait été rétablie ! L’assistance a eu le sourire aux lèvres
Le texte qui suit. Il a été lu par Alexandre, le sixième fils et c’est Marc, le cinquième, qui me l’a fait parvenir, je n’ai fait que la mise en pages (l’expression s’utilise au pluriel !) :
Note : Ce texte est touchant et je relève la transmission de valeurs. Notre siècle devrait être une évolution, mais justement, bien des valeurs se perdent… C’est beau de les transmettre.
Après la cérémonie, nous sommes allés au restaurant-auberge de la Tène, à Marin. Je me suis trouvée à table avec cinq convives. Comme il se doit, lorsqu’on est à une table avec plusieurs personnes, il se forme des groupes. C’est ainsi que j’ai pu parler longuement avec deux d’entre eux : David Maurer, un jeune entrepreneur. Son entreprise s’appelle Colorix SA. J’ai eu une conversation absolument passionnante. J’aime ceux qui aiment leur métier, qui cherchent et trouvent de nouvelles façons de faire, qui apportent quelque chose aux autres. Au fur et à mesure que je l’entendais, je me disais que j’allais écrire un article sur lui sur ma plateforme. Je pense qu’il faut mettre en exergue des gens comme lui. On va fixer une date ; l’autre personne est un journaliste, Gabriel de Weck. Mon Dieu ! un de Weck ! J’ai eu l’impression d’avoir toute la dynastie devant moi. Lui aussi est passionné par son métier et la courtoisie fait un avec lui ; cela me fait du bien de savoir cela. J’ai eu l’impression d’être au paradis avec des gens aimant la vie. Il travaille à la RTS et l’on doit se revoir parce que sa mère parle le russe et que le russe est la langue qui me fait fondre. Pour le retour, il m’a conseillé, puisque j’avais du temps, d’aller un bout le long du lac. Cela faisait un bail que je n’avais fait ce trajet. J’ai bien fait de suivre ce conseil avisé parce que j’ai trouvé sur le chemin de belles et longues branches pour la volière de mes canaris. Une fois de plus, je me suis dit que madame Brodard me (nous) faisait un cadeau !
Marc Brodard. Il est venu à notre table un moment et nous a raconté qu’à Noël, ses frères, ses soeurs et lui recevaient un pijama, des chaussettes et des mandarines ! C’est tellement joli. Il a aussi dit que pour la Saint-Nicolas, ses enfants recevaient également un pijama ! À la prochaine Saint-Nicolas, je vais penser à ces pijamas. Marc, je le connais depuis qu’il était étudiant et on avait discuté une fois ou l’autre des branches qu’il aimait le plus et de celles qu’il aimait le moins. J’ai été contente quand j’ai su qu’il était entré aux CFF. J’ai un attachement particulier pour ceux qui y travaillent et ai écrit un article sur ma plateforme lorsque l‘agence de voyages CFF de Neuchâtel a fermé. Je lui ai demandé le texte lu à l’église et me l’a fait parvenir en ajoutant : « J’ai parcouru votre site et ai eu le plaisir de voir vos oiseaux pour la première fois après les avoir imaginés pendant près de 20 ans ! »
Les remerciements. Je pense que remercier est un acte extrêmement important. C’est la reconnaissance pour un service rendu, même pour un service qu’on a payé ; même pour l’argent reçu en échange d’un service offert. J’ai eu la chance de remercier madame Brodard sur ma plateforme à deux reprises : l’une concerne la description de « Des oiseaux à la maison « , activité que j’exerce avec les enfants du Passeport vacances et l’autre dans l’article consacré au marché. Mais, comme on ne remercie jamais assez, je la remercie une nouvelle fois. Ce d’autant qu’elle continuera à me procurer des plantes pour mes canaris. Comment ? C’est un miracle « naturel ». Le miracle est par essence surnaturel, mais dans le cas présent c’est différent : les solidago que madame Brodard m’a vendues-données (pour un très bas prix) se sont plu chez moi et ont décidé de se planter dans les pots de mon balcon. Aussi, à chaque fois que je ramasse une branche, je pense à elle. Si feu mon ami , André Oppel, était encore de ce monde, il la remercierait pour ses confitures aux oranges amères. Il les aimait tant !
Les voies du destin. C’est quand même curieux ! Je révise le texte d’un médecin-écrivain français qui me fait l’amitié de m’envoyer un livre qu’il va republier sous le titre « La Malédiction des Orléans » où il revisite l’histoire de Jeanne d’Arc et voilà que cherchant les liens des articles liés à mes canaris sur ma plateforeme, je retrouve celui d’un poème écrit par Joseph Delteil. Je me dis que c’est le moment de mettre un mot sur cet écrivain et je vois qu’il a publié un livre sur… Jeanne d’Arc !
L’instinct est quelque chose que l’on partage avec les animaux. Je suis toujours surprise, lorsque j’apporte une plante encore inconnue au bataillon, de voir les oiseaux aller juste au bon endroit pour trouver la graine, le nectar, etc. Le cas de la photo « Avant » et « Après » est le dernier exemple.
Un festival de plantes et de branches. Ces derniers jours ont été pleins de fleurs et de choses pour mes oiseaux. Je me dis que madame Brodard me fait signe, car comment expliquer que des jardiniers les aient coupées et laissées quelques jours sur place ?
La notion du temps : hors de notre dimension, le passé, le présent et le futur ne font qu’un ; raison our laquelle la diapositive faite il y a quelques années garde sa validité en cette année 2023.
Tous ces gens qui partent au ciel ! En un mois, j’en ai eu trois. C’est énorme. Je dois me dépêcher avec ma déclaration d’impôts et l’ordre dans différents domaines. Pourtant, j’ai souvent l’impression que la vie ne fait que commencer et me dis que je pourrais faire encore ceci ou cela…
Marcel est venu en Suisse il y a quelques années et il voulait avoir de la peinture sur le corps. Il est le premier sur lequel j’ai fait dubody painting. Un garçonnet de cinq ans qui passait par là, l’a appelé l' »Homme bleu ».
Chronos… le temps… Il passe si vite. Cela remonte à plus de trois ans… Je me réjouis de revoir Marcel qui vient rendre visite à Roger et invite les deux amis pour un spectacle. J’admire les personnes qui maintiennent vivants les liens pendant des années.
Public. J’ai un public de choix : Roger est ingénieur en mécanique, créateur de la montre « Hooke and Huygens« , un homme d’une grande culture et Marcel est un développeur de programmes avec un bon bagage culturel aussi.
Roger. Je suis fière de l’avoir rencontré et de participer, dans un toute petite mesure, à son aventure horlogère. Quand même, il a produit, pour la première fois dans l’histoire de l’horlogerie une montre en forme annulaire ! Inutile de préciser que son centre est vide et que le mouvement fait le cercle. Alors, si Roger a pensé que je pouvais lui tenir compagnie au stand de Genève quand il a montré publiquement sa montre… Ce n’est pas rien !
Spectacle. Il se passe très bien ; le public participe activement. J’ai des numéros interactifs et les échanges avec eux sont très intéressants et révélateurs ; je les garde pour moi. À la fin du spectacle, Marcel dit que cela a été magique. Il a beaucoup aimé la danse avec les voiles et Les Roses de Picardie. Quant à moi, le fait de danser pour un public, initié ou pas, me met dans un état de fébrilité et cette fois, j’ai senti tellement fort l’attention du public entrer dans les gestes que je faisais que je n’ai plus su où j’étais et pendant un moment, j’ai dû improviser. À la fin de la danse j’ai rappelé que mes spectacles sont intimistes et que dans l’intimité d’un cercle restreint comme celui d’une famille ou d’amis, il se passait des choses qui restaient entre nous. Cela m’a permis de dire que je m’étais perdue… « On n’a rien vu ! », ont-ils dit. – « Non, mais moi, je sais ». Alors, j’ai refait la danse. Dans les grands spectacles, il arrive toujours une chose ou une autre et la chose passe. Dans mon cas, je peux remettre la montre à l’heure (!), pour rester dans le langage horloger. Décidément, je suis bien neuchâteloise !
Après le spectacle. Nous avons bu du Mauler rosé avec un en-cas que j’avais préparé. Lorsque j’ai soulevé la nappe qui le recouvrait, Roger et Marcel ont été agréablement surpris.
J’aime le français et si certains écrivent « salle de bains », je suis le raisonnement de ceux qui pensent que si on écrit « salle d’eau », on doit écrire « salle de bain ».
La surprise ! Quand j’invite un public, je ne m’attends pas à recevoir de cadeau ; surtout pas de plante ! Je suis dans une période où je me demande où est mon rôle… Le fait de recevoir une plante est comme un signe du destin qui me dit que je suis responsable d’elle et que l’aventure continue.
Curieux. J’ai aussi reçu une plante, de la même couleur, rose, lors de mon dernier spectacle présenté aux membres du comité du Passeport vacances de Neuchâtel. Je dis curieux parce que ces temps-ci, chose nouvelle, je m’habille passablement en rose. Alors, peut-être que je vois la vie en rose et que la vie me voit aussi en rose !
Je ne me dis pas : qu’est-ce que je vais ou peux faire mieux ? Les choses se passent toutes seules. Je voisles choses et elles doivent communiquer avec moi au moment où je peux intervenir. Cette fois-ci , c’est le sol de l’arrière-salle qui m’a fait signe.
Le sol n’avait pas l’air heureux. J’avais demandé à un spécialiste de la pierre ce que je pourrais faire pour lui donner meilleure allure et cela a eu l’air très compliqué. Du temps a passé et en regardant le rideau qui sépare la salle de l’arrière-salle, je me suis dit que si je peignais le sol en noir avec des soleils dorés, on ne verrait plus les défauts du sol. Je me suis adressée aux magasins qui me vendent de la peinture, mais personne n’avait cette couleur. J’ai été un peu ennuyée, mais en y réfléchissant, je me suis dit que l’arrière-salle était assez obscure et qu’avec un fond noir, on ne saurait plus où on en est. Cela aurait peut-être été poétique mais pas pratique.
Le sol de l’arrière-salle. Il est évident que l’on n’a pas la même exigence s’il s’agit du sol de votre salle à manger que s’il s’agit d’une cave ; ce qui est le cas de mon studio. Quand même, je me disais qu’on pouvait lui donner une autre allure parce que tout est utile et que je me devais de remercier ce sol qui me porte. Voici une mosaïque :
Dans la photo 3, j’ai mis de l’eau pour voir s’il y avait vraiment une grande différence. En fait, c’est du ciment, posé un peu en gros, peint par dessus.
Que faire ? Il y a des peintures pour toute sorte de cas mais pas dans toutes les couleurs. J’ai dû me rabattre sur un bleu. Tout d’abord, il a fallu laver le sol, heureusement que j’avais acheté un aspirateur qui pouvait aussi absorber de l’eau. Je ne l’avais jamais fait, mais j’ai trouvé comment faire. Cela a été une victoire pour moi. Sa photo viendra après.
Début des travaux. J’ai commencé par la salle d’eau dont j’avais repeint les murs et que j’avais redécorée.
Photos 1 et 2 = salle d’eau – photo 3 = début de la partie arrière – photo 4 = niche à vin(j’en ai cinq) et les utilise pour ranger les chaussons, les tapis et autres affaires.
Les niches. Au fur et à mesure de l’avancée des travaux, je regardais le niveau de la peinture et me suis dit que les niches, même si le sol est recouvert d’une planche, méritaient aussi un coup de peinture. Le comble est venu après, parce qu’au moment de réinstaller la planche, je me suis dit qu’elle allait rayer la peinture et ai mis une couche de protection avant ladite planche ! Je suppose que la niche doit être contente. Moi, je le serais, et comme les choses = moi, c’est le cas !
Les caissons hérités du premier plancher du feu Centre culturel neuchâtelois devenu le Pommier, je les avais déjà peints. Cette fois, je les ai disposés différemment et le premier s’est vu décoré de jolis papiers de chocolat (le caisson avait une fente pour glisser la main afin de le déplacer), je l’ai comblée avec un papier doré du plus bel effet et finalement en ai mis trois pour le plaisir des yeux. Celui d’à côté faisait un peu confetti avec toutes les choses qui étaient dedans et alors, j’ai confectionné des rideaux que j’ai suspendus grâce aux anneaux hérités du magasin Au Pêcheur.
A droite, le caisson avec la fente – au milieu il est décoré et à gauche version aec les rideaux.
Le plaisir ! Ah, le plaisir de voir quelque chose de beau ! On le sait, la beauté est une notion relative. Mais, disons alors que ce que l’on trouve beau procure un sentiment de joie. C’est ce qui m’arrive chaque fois que j’ai la vision de tout ce qui a été repeint, décoré, changé.
Photos 1 et 2 = ce qui est à droite et à gauche quand on entre dans l’arrière-salle et photos 3 et 4 = ce qui est à droite et à gauche quand on en sort. Si vous croyez que j’ai aussi mis des feuilles dorées par-ci, par-là… vous aurez raison.
Et voici la porte qui donnne accès à tous ces rêves !
Elle aussi se voit avec deux décorations qu’on pourrait facilement prendre pour des feuilles d’or.
À propos de la notion de kai zen : je rappelle qu’elle vient du Japon et qu’elle veut dire « amélioration constante » ; c’est-à-dire que l’on fabrique quelque chose et qu’on sait qu’on pourra toujours l’améliorer. Chez moi, je constate qu’elle fait partie de moi, mais pas de façon consciente ou au premier plan. Je vis la chose et tout à coup, le changement ou l’amélioration s’annonce.
Position des pieds. La danse classique est très exigente et si on ne fait pas attention, on peut porter atteinte au corps. Peu de personnes ont le corps idéal pour la danse classique. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs en Roumanie qui ont réfléchi et qui m’ont appris comment travailler pour moi et avec les élèves.
Les fiches. Comme nous n’avons pas de tradition de danse classique à Neuchâtel et pas de danseur professionnel que l’on peut croiser ici ou là, j’ai eu l’idée des fiches avec la position idéale et on les a discutées.
Le pied cambré – le rêve de toute danseuse. J’ai connu des danseuses étoile qui ont toujours regretté de ne pas avoir eu les pieds cambrés et certaines danseuses torturent leurs pieds afin de leur donner une apparence de cambrure… en vain. On peut bien former un pied, lui donner une forme, mais jamais le cambrer. C’est lié à la façon dont on utilise les chaînes musculaires. La première fois que je me suis posé des questions a été lorsque j’ai vu l’un des assistants de l’université, un homme donc, assistant en histoire de la pensée économique, qui avait des pieds tellement cambrés… Je me suis dit que c’était dommage parce que cela ne lui procurait aucun avantage et ai commencé à m’intéresser à l’affaire ; lorsqu’on voit un squelette, aucun, absolument aucun n’a les pieds cambrés. C’est un sujet passionnant dont je discute avec les élèves.
Le talent du danseur. Heureusement qu’il ne se mesure pas à la cambrure du pied ! Lorsqu’on regarde les photos de grands danseurs d’autrefois, peu ont le pied cambré. Il suffisait que le danseur ou la danseuse apparaisse sur scène pour que le miracle opère, cela s’appelle le charisme, l’assurance, la confiance, le talent. Cela ne s’apprend pas non plus, on peut le souligner mais pas l’apprendre.
Je désirais faire savoir aux élèves que chaque domaine, chaque métier, tout comme la danse, a des règles et que la beauté se trouve partout. J’ai aussi organisé des visites dans les commerces locaux et environnants afin qu’ils sachent que nous vivons dans ne comunauté et que les commerçants facilitent notre vie.
Je vais grouper ici les autres rubriques du classeur. Elles sont nées au fil du temps :
la position idéale du corps et celle des élèves (dans un article séparé) ;
la relativité du temps ;
la bonne graphie ;
l’histoire de divers théâtres ;
les fiches relatives aux danses des spectacles de l’école ;
fiches sur la santé d’une danseuse avisée (en collaboration avec le Dr. Nathalie Calame) ;
des histoires sur :
la peinture ;
la mode européenne ;
le monde des champignons ;
une BD des CFF ;
numismatique : billet de 1000 lei roumain – une pièce de monnaie de Hong-Kong ;
éclat d’émeraude et descriptif de la pierre (en collaboration avec la bijoutière Suzanne Dändliker) ;
photo d’une épreuve écrite par Balzac et corrigée par lui;
la beauté se trouve aussi dans les voitures ;
un texte sur l’éducation de Federico Fellini ;
origine de l’Armée du Salut (on avait présenté un spectcle dans leur salle lorsque le Théâtre du Pommier avait été fermé) ;
un masque en papier de l’opéra chinois ;
et tant d’autres choses restées dans le temps…
En regardant mon classeur, j’ai retrouvé ceci :
Je n’y avais plus pensé ; mais elle résume bien ce que j’ai voulu transmettre. Je remercie l’élève. De plus, elle envoie des salutations à André Oppel, (oui, avec deux p !), feu mon ami, qui a joué un si grand rôle dans l’aventure de mon école. Je suis touchée qu’elle ait pensé à lui.
Je ne vais pas tout reprendre, mais voici une sélection :
Aux approches de l’an 2000 on a écrit tout un tas de choses sur cette date, mais…
Ou de la relativité de l’an 2000 ! On félicite le journaliste pour sa pertinence.
Exposition da Vinci. André et moi étions allés voir l’exposition à Zurich. J’ai voulu faire savoir aux élèves qu’il y avait eu un génie universel qui avait imaginé et créé des choses dans divers domaines et dont certaines n’ont vu le jour que des siècles plus tard. Il semble que d’aucuns pensent que le dessin du vélo, trouvé dans les années 1960, soit un faux ; mais un autre recueil de da Vinci parle aussi de la chaîne et en plus il y a un autre dessin d’un tricycle à ressort, ancêtre de l’automobile. Nous avons raconté tout cela aux élèves dont le plaisir n’a pas diminué en découpant et montant le vélo !
Article publié par Le Matin dans les années 1990.
Rlvision de textes. J’ai souvent demandé aux élèves ce qu’ils voudraient être lorsqu’ils seraient grands. Certains le savaient et d’autres disaient , un peu gênés, qu’ils ne le savaient pas encore. C’était le moment que j’attendais pour leur dire que moi non plus, que je cherchais toujours le métier que je ferai quand je serai grande. Là, tout le monde rigolait. Mais, il y a une part de vérité. C’est ainsi que depuis quelques années, j’ai un nouveau métier avec la révision de textes. Comme j’ai une culture assez vaste, je peux me promener dans des textes qui vont de la vulgarisation scientifique au roman historique en passant par des livres consacrés à la langue française. Actuellement, le sort a fait que j’ai rencontré un horloger, Roger Peeters, qui a fait, pour la première fois dans l’histoire de l’horlogerie une montre en forme d’anneau et qui m’a initiée aux rouages de l’horlogerie. Vous voyez…, bon, j’étais déjà une admiratrice d’Abraham-Louis Breguet, mais tout de même…
Révision de textes.2. Je regrette infiniment le relâchement de ce qu’on appelle l’orhtographe. J’ai aussi parlé d’orthographe jusqu’à ce que mon expert, Chambaron, bien connu sur Twitter, que je consulte pour des questions de français me dise que ce mot est mal utilisé. En réalité, on devrait parler plutôt d’orthographie ou de graphie ; car, en effet, ortho en latin signifie « droit, correct ». En plus, on sait que l’on parle de géographie, par exemple, pour l’étude de la terre et de géographe pour celui qui étudie la terre ; en conséquence, on devrait avoir orthographie pour l’étude des signes correctement écrits et avoir une bonne ou mauvaise graphie. Le mot « orthographie » existait déjà en architecture pour désigner la représentation sans perspective de la façade d’un bâtiment. Au moment de l’édition du dictionnaire, l’Académie n’a pas voulu avoir maille à partir avec les architectes. Voici une belle explication du Littré. De plus, en italien, portugais, espagnol, roumain et même en russe, il est question de… Oui, vous avez raison : ortografia !
Les théâtres :
Théâtre Mariinsky avec siganture du photographe ! – Opéra de Bucarest – maquette de l’Opéra de Paris que les élèves ont montée (celle-ci est celle d’André, le même que précédemment).
Le Théâtre du Passage de Neuchâtel a ouvert ses portes en 2000 et j’ai été invitée à « habiller » les loges avec les costumes que j’ai de l’Opéra de Bucarest, du Mariinksy et de mes spectacles ainsi qu’à y faire des maquillages.
Numismatique. Une pièce de monnaie de Hong Kong avant qu’elle rejoigne la Chine. Elle m’a permis de montrer aux élèves que les pièces de monnaie ne sont pas toujours rondes.
Pour une fois, je fais comme presque tout le monde, je prends des selfies* !
Je suis dans mon studio de danse, devant mon miroir magique acheté du temps où la Coopvendait de belles décorationsen provenance de la Hongrie.
À propos du mot selfie : ceux qui me connaissent savent combien j’accorde d’importance au français. Je viens de me procurer le livre 100 anglicismes à ne plus jamais utiliser, publié par Le Figaro littéraire, sous la plume de Jean Maillet. J’y trouve : « Que selfie soit utilisé outre-Manche et outre-Atlantique est évidemment normal mais pourquoi, en français, ne pas proposer tout de suite un équivalent comme ‘auto-photo-portrait’ ou, si on trouve le mot trop long, ‘auto-cliché’ ? Les Québécois […] ont choisi egoportrait… » L’auteur vient de m’accorder le droit de le citer. Je le remercie.
Pierre Dubois, l’homme politique et toujours amoureux de la langue française. Je lui téléphone pour lui demander son avis et il me dit que « ego » vient du grec. Effectivement, sur la Toile, je vois qu’il vient du grec ancien « εγώ, egó » voulant ditre « je ». Je suis ravie et adopte « egoportrait ». Je lui demande si « autoportrait » irait aussi. Il trouve que c’est tout à fait acceptable. Alors, je prends.
Au cours, nous avons fait des exercices, parlé de divers sujets et de danseurs qui ont été importants soit dans l’histoire de la danse soit dans ma vie. Nous avions un classeur divisé en sujets. Voici quelques danseurs.
Les danseurs du classeur de mes élèves. L’idée m’en est venue un jour et j’ai commencé par les deux premières danseuses que j’ai vues sur scène. Il est clair que la vie de chaque danseur mérite un livre. Dans le classeur il y a la photo et un texte racontant des faits de la vie de l’artiste. Ici, je vais rapporter des anecdotes. Pour Danilova et Toumanova, j’ai encore en mémoire leur personnage sur scène en tête. Les autres personnages du monde de la danse, importants pour moi, figurent dans d’autres articles.
Chez elles. Je suis allée , en compagnie de feu mon ami, André Oppel, leur rendre visite alors qu’elles étaient près de quitter ce monde. Cela a été une rencontre très forte. Je leur ai fait revivre une partie de leur vie d’artiste. Pour Danilova, nous sommes allés deux fois chez elle à New York. Nous nous sommes liés d’amitié. Je l’avais cherchée pendant des années et je croyais que je n’allais jamais la revoir jusqu’à ce que je voie une de ses photographies à l’école de Chorégraphie de Saint-Petersbourg avec un autographe récent ! Quand elle ma vue, elle m’a dit que j’étais le portrait de la femme de Fokine ! J’ai eu l’impression de faire partie de la famille ; et lorsqu’elle a raconté les ballets dans lesquels elle avait dansé et dont les décors avaient été conçus par Picasso, André avait dit qu’il avait eu l’impression que Picasso était derrière la porte ! Elle avait aimé les boucles d’oreilles que je portais et dès mon retour à la maison, je me suis procuré une deuxième paire et la lui ai envoyée. Lorsque je lui ai dit que je préparais la variation de la Fée de la grâce avec une élève, elle m’a montré comment surmonter une difficulté technique. Elle se trouvait dans le couloir, a laissé son bâton de côté et s’est mise en 4e position ! Quant à Tamara, le voyage à Hollywood a été aussi inoubliable. Elle nous a remerciés de la visite, a sorti des photos et a raconté que la période était compliquée pour elle parce qu’il y avait eu un tremblement de terre et que ses archives s’étaient éparpillées. J’aurais bien voulu l’aider…
Deux autres danseuses. Marie Taglioni est l’une des premières danseuses à avoir eu une renommée internationale. C’est parce qu’elle avait des bras très longs que son père, Philippe Taglioni, chorégraphe, lui a réglé La Sylphide avec les bras dans la position que l’on connaît. Elle est même devenue la règle, même pour les danseuses qui sont petites. Elle incarne la danseuse romantique. Moira Shaerer a dansé dans le film Les Chaussons rouges. Je ne pourrai l’oublier.
Moscou. Galina Oulanova, bien que formée à Saint-Pétersbourg, a fait carrière à Moscou et a incarné la première génération de danseuses étoiles du temps du communisme. Maximova est la génération qui lui suit.
Anna Pavlova. Celui qui s’y connaît un peu en danse connaît son nom. Elle est la première danseuse à avoir fait le tour du monde pour faire connaître le ballet classique. Elle est la danseuse classique par excellence. Michel Fokine, le chorégraphe russe, a créé pour elle La Mort du cygne. On ne peut rien ajouter d’autre !
Alla et Irina. J’ai eu la chance d’aller rendre visite à Alla Chelest chez elle à Saint-Pétersbourg. Elle figure ici dans le portrait que lui a fait Viktor M. Oriechnikov. Là non plus, il n’y a rien d’autre à ajouter. Irina, je l’ai rencontrée à Vienne lorsque j’ai rendu visite à l’un de mes anciens maîtres de ballet, Oprea Petrescu qui enseignait à ce moment-là à l’Opéra de Vienne et qui logeait chez Irina et son mari Karl Musil. Irina, on le voit ici était très belle et son âme l’était aussi. Je l’ai revue lorsque je suis retournée à Vienne avec André qui était un peu fatigué d’avoir marché. Elle lui a alors offert de s’allonger sur le lit sur lequel Roudolf Nureiev avait dormi ! André a été aux anges !
Kreutzberg. Il a été le danseur expressionniste par excellence et a donné naissance au style de Martha Graham. J’ai eu la chance d’avoir un cours avec lui et me rappellerai toujours que dans une diagonale, il fallait interpréter un certain personnage, chose que je n’avais jamais faite. Sa photo est tellement belle qu’elle mérite une place à part.
Deux danseurs. Je vais à Berne avec André et entre dans une librairie de livres anciens. Je demande s’il y a quelque chose sur la danse et le vendeur parle de danse avec moi. Il me dit qu’il a dansé au théâtre de Berne et me dédicace sa photo. Pietro Antonio y est magnifique ! Karl Musil était donc le mari d’Irina et danseur étoile à Vienne. Il était venu une fois à Interlaken avec la troupe, je lui avais rendu visite et il m’a offert la chambre de l’un des musiciens de l’orchestre pour la nuit !
Alexandra. Je l’ai connue lorsque je faisais un stage de pédagogie à l’école Vaganova. J’avais eu la permission de faire mes maquillages fantaisie à des élèves de l’école et Alexandra était venue. Je lui avais parlé de sa tenue si belle lorsqu’elle avait le dos droit. Elle m’avait répondu qu’elle était trop grande pour entrer au Mariinsky. Je lui avais dit qu’on ne pouvait jamais savoir. J’ai eu raison, elle a été engagée, est même venue danser avec la troupe à Neuchâtel au théâtre du Passage et fait une magnifique carrière de soliste. Elle est l’une des rares danseuses des années 1990 à encore y danser. Félicitations !
Quand on veut, on peut ! Ces deux danseurs ont rencontré des difficultés au départ de leur carrière, mais chacun est devenu une étoile et c’est ce qu’il faut retenir. Les difficultés sont souvent un moyen pour s’enrichir.
Cette photo exerce une facination sur moi. On n’a pas toujours besoin de faire de la danse classique pour avoir de l’esthétique.
Les années 1990. J’étais retournée à Bucarest à cette période et Magdalena était en pleine ascension. Elle a été une danseuse soliste arrivée à maturité grâce à un grand travail. Quant à Natalia, je l’ai rencontrée un peu plus tard, lors d’un second séjour à Saint-Pétersbourg, en regardant les cours de danse des danseurs du Mariinksy. Elle est aussi venue danser avec Alexandra à Neuchâtel. Elle continue sa carrière à Dresde.
Danseuse étoile. Je ne peux pas ne pas finir avec Ileana Iliescu, la danseuse de l’époque où j’étais à Bucarest, la danseuse dont l’attitude dans la vie et sur scène est visible sur cette photo.
Le caissier s’appelle Tiago et son rôle dans ma vie n’a pas de prix !
Un samedi, je vais en ville faire des courses. J’avais mon ordi à la main et arrivée à la caisse, afin de me décharger, je pose mon ordi près de la sortie du magasin. Lorsqu’on fait la queue dans les magasins, il se passe toute sorte de choses qui attirent mon attention : des gens mettent leur panier n’importe où, ne mettent pas la barre de séparation après leurs achats, ou alors ils la mettent et je dis avec un faux désespoir qu’ils ne vont pas payer pour moi et profite pour les remercier d’avoir pensé au caissier qui ne peut deviner quoi est à qui. Bref, ce jour-là, j’ai été distraite, en plus j’avais acheté un bon croissant et je devais avoir les mains occupées. Je paie, salue le caissier et m’en vais tranquillement.
Je vais à mon studio de danse. Je passe par une période où je fais des rangements d’une autre façon et passe passablement de temps à cela. À un certain moment, je me dis que je vais m’entraîner et cherche mon ordi sans le trouver. J’éprouve un vide parce que cet appareil a… preque toute ma vie… Je ne sais pas comment j’ai pu fonctionner pendant des années sans ordi. Dans cet étui il y a : tous mes contacts pour le courriel, ma comptabilité, des références, mes souvenirs, des explications, des remarques, toutes mes activités : danse, révision de textes, maquillage fantaisie, cours et ateliers que je donne (@3m. ossature – @articulations-jouons avec elles – à vos pieds – danse classique et imagination – la valse comme chemin de vie – atelier de mouvement pour le corps et l’esprit – réflexologie pour les sportifs et travailleurs manuels ansi que des activités pour des enfants) sans parler de ma plateforme, celle qui me permet de dire tant de choses. Bref, quasiment toute ma vie. Au moment où je m’en rends compte, je revis dans ma tête mon parcours et me dis que c’est chez Aldi que j’ai laissé mon ordi. il est 19 h et le magasin a fermé depuis une heure. Je me dépêche quand même et arrive à 19 h 30… personne, même pas du personnel de nettoyage.
Que faire ? Dans les situations difficiles, il y a peu de choix, soit on s’angoisse, ce qui ne résout rien et détraque le corps, soit on fait confiance. Je me suis dit qu’il y avait quand même des chances pour que quelqu’un l’ait remarqué et remis à la caisse. Mon ordi est un Mac ancien et ne devait pas soulever tant de convoitises que cela, de plus les Mac ont un numéro de série. Des amis m’ont dit « Bonne chance ! » en pensant que je n’en aurais pas beaucoup et d’autres m’ont dit : « On est en Suisse, tu vas le retrouver » ou encore « L’esprit des clepsydres est avec vous ! ». Je me suis occupée autrement et de temps à autre ai eu une pensée pour mon ordi. L’idée d’avoir à racheter un ordi m’a dérangée et l’ai remise dans son tiroir.
Le lundi suivant. Je vais à la caisse d’Aldi Neuchâtel et demande à la caissière s’ils n’ont pas retrouvé un ordi. Non, répondit-elle – Un sac noir ? – Ah, oui ! Il est dans la vitrine. Mon Dieu ! Mon sang a circulé à nouveau. J’ai demandé qui l’avait trouvé. « C’est Tiago ! » Je vois qui c’est, c’est un jeune homme avec des cheveux courts noir et blond. Je demande quand il travaille et on me dit qu’il sera à la caisse en fin d’après-midi.
Chercher un objet. C’est curieux comment l’esprit fonctionne dans de pareils moments. J’avais regardé à travers le vitrine l’endroit où j’avais laissé mon ordi, mais il n’y avait rien. Je n’ai pas pensé à regarder dans la vitrine.
Lundi en fin d’après-midi. Je retourne et vois le jeune homme. Il y avait du monde à la caisse et je dis à tout le monde que ce jeune homme a retrouvé mon ordi ! Un groupe d’ados était là et a applaudi ! C’était un moment fort. Je remercie donc Tiago qui m’a dit (je n’ai plus ses mots en tête) qu’il n’avait rien fait de spécial. Quand même, mon ordi… c’est un autre moi. Je lui suis infiniment reconnaissante et c’est pourquoi j’écris cet article. On dépend tous les uns des autres, mon aventure en est un exemple. De plus, j’avais mis dans mon sac les bagues que je porte et que j’enlève lorsque je donne mes cours.
Invitation. Je dis à Tiago que je présente des spectacles de danse-théâtre qui durent 45 minutes et qu’ensuite, on se réunit autour d’un verre. Je propose d’inviter le personnel d’Aldi. J’en touche un mot à la gérante et ne dois plus qu’adresser mon invitation.
Inutile de dire que l’ordi est à l’intérieur du sac !
Le rôle de Tiago n’a pas de prix dans ma vie. J’ai une affection particulière pour le personnel qui travaille pour le public car il est passablement sollicité et les clients ne sont pas toujours aimables. L’autre jour, l’un d’eux a dit « Au revoir, monsieur ». Le monsieur en question n’a peut-être pas entendu mais il est parti sans dire merci non plus. C’est moi qui ai dit au caissier « Je vous dis ‘au revoir’ à sa place ! ». Alors, lorsqu’un caissier comme Tiago, en fin de journée, remarque un objet comme le mien et pense encore à me rendre service… C’est tout simplement magnifique !
Liens vers des articles sur le commerce au cente-ville ou des personnalités de la ville :