Histoire d’une bise et Jacques de Montmollin

Cette histoire est aussi une suite de celles de l’Entreprise horlogère Froidevaux S.A et de « Une montre parmi les affaires d’André ». ce qui fait que Jack est de la partie. C’est lui qui m’informe que Jacques de Montmollin se trouve au foyer de l' »Armée du Salut ». C’est fabuleux car c’est à Neuchâtel même et je vivais avec un sentiment de déception de n’avoir pas pu parler avec Jacques avant que lui ou moi ne quitte ce monde ! J’avais entendu dire qu’il ne voulait voir personne, mais je me suis dit que j’allais tenter le coup. J’y suis allée et cela s’est bien, très bien passé. Quelle chance !

Ma vie a été longtemps une suite d’événements enchaînés les uns aux autres. Jamais de façon consciente, tout simplement les choses se suivaient les unes les autres ou ouvraient des portes par-ci et par-là. Puis est venue une drôle de période où j’ai vu mon champ se retrécir. Depuis un bon moment, les choses reprennent vie, un cours, comme avant.

L' »Armée du Salut ». J’avais une jolie relation avec l’une des directrices précédentes, Heidi Vogel, et cela facilite en quelque sorte ma présentation mais un infirmier me dit que M. de Montmollin ne désire voir personne et qu’ils respectent sa volonté. Bon, me dis-je. Puis, je vois une employée de maison et lui demande si elle sait quelle est la chambre de M. de Montmollin. Elle me dit qu’elle va me conduire jusqu’à chez lui. Elle entre dans sa chambre et lui dit qu’il a une visite. Il est d’accord même s’il ne sait pas que c’est moi. Il me voit, je lui dis « salut » et il me répond « salut ». Je sais qu’il sait que je sais qu’il m’a reconnue. Nous sommes en pays connu.

Je lui raconte que c’est Jack Froidevaux qui m’a renseignée sur l’endroit où il vivait. Jacques me dit que Jack sait beaucoup de choses et qu’il est très discret. Je ne peux que confirmer et profite pour lui dire qu’il le salue bien. Jacques est content. Je ne sais plus ce que je lui dis, mais au moment de partir, j’ai le courage de lui dire que j’aimerais bien le revoir s’il est d’accord, il dit oui avec la bouche et avec la tête – ces deux moments sont restés gravés en moi comme une photo – il a un petit sourire. J’ai envie de lui faire la bise, mais nous n’avons jamais été proches. Il a toujours eu un air un peu distant, j’ai peur de le brusquer puisqu’on dit qu’il ne veut voir personne et m’en vais. Je suppose que le fait d’avoir été acceptée dans son environnement a fait que j’ai oublié de lui poser la question pour laquelle j’étais venue, le prénom de Mado, la femme d’Ernest Grize.

J’ai rendez-vous deux jours plus tard avec la responsable des animations. J’aimerais proposer une activité aux pensionnaires. Je ne pense pas que Jacques veuille venir ; à mon avis sa tête va bien mais physiquement il est plutôt sur un départ désiré. Je dois dire que le fait que Jacques se trouve dans le home de l' »Armée du Salut » me permet de réaliser le désir que j’avais d’offrir un cours à des personnes du quatrième âge, à celles qui ont construit le Neuchâtel dont j’ai hérité et qui se trouvent sur leur dernier trajet, pas toujours heureux.

Le mercredi, l’animatrice prend note de mes propositions. Elles seront examinées le lundi suivant. En attendant, je suis introduite dans la chambre de Jacques. Il me salue aimablement. Je lui raconte que j’ai trouvé la montre d’Ernest parmi les affaires d’André et lui demande de me donner le prénom de Mado. Madeleine, dit-il. J’ai ma réponse et je suis contente.

Je lui demande où il en est de son livre (j’avais entendu dire qu’il écrivait un livre sur tout ce qu’il avait fait dans la culture). Je ne sais plus comment les choses se sont liées, mais il dit que sa vie n’a plus d’importance et que son livre non plus. Je lui dis que je ne serais pas là sans tout ce qui avait été fait auparavant. « Tu as raison », a-t-il répondu.

  • Où est le livre ? lui ai-je demandé.
  • Il n’y a pas de livre, dit-il.
  • Tu n’as pas de manuscrit ? Tu n’as rien écrit ?
  • Non, tout est dans la tête.
  • Je t’aurais aidé à écrire. J’écris plutôt bien, sans fautes et fais de la révision de textes. Mais, tu pourrais me dicter des histoires et on pourrait publier des pages de la vie culturelle neuchâteloise sur ma plateforme puis je te lirai et tu corrigeras.

Jacques est d’accord et je dis que je vais repasser. Comme notre relation a trouvé un terrain d’entente, qu’on s’est rapprochés, je lui fais une longue bise en le prenant dans mes bras. Il répond et quand je m’éloigne, je vois qu’il bouge la tête en quête de la seconde et troisième bise. Instantanément il se passe plusieurs choses : il se rend compte que je n’y avais pas pensé, je me rends compte qu’il attendait autre chose, cela se passe en silence et chacun comprend l’autre. On se quitte avec le sourire et je lui demande s’il veut bien faire une sortie avec moi. Il dit que oui, mais que je dois lui passer un coup de fil avant. Je trouve la chose rigolote, mais lui donne mon accord.

L’animatrice me dit que depuis qu’il est au home, il n’a fait que deux sorties, il les a faites avec elle et ils sont allés restaurant « Le Cardinal ». Il y a bu un verre de vin et mangé une tarte au citron qu’il aime beaucoup. Je lui dis que je pourrais faire la même chose. On convient que deux jours plus tard, vendredi 14 juin, je viendrais le chercher.

Comme promis, je téléphone à Jacques et lui dis que dans l’après-midi, j’irai le chercher. On sort accompagnés d’une amie qui passe quelques jours chez moi. L’animatrice avait oublié de laisser une enveloppe avec des sous pour sa consommation et je n’avais pas d’argent sur moi. Je suis un peu inquiète, car sachant que Jacques ne veut voir personne, il n’a peut-être pas envie de traverser la moitié de la ville en chaise roulante pour aller à la banque. Je lui chuchotte à l’oreille si cela le dérange qu’on aille à la banque. Il me répond que je peux faire comme bon me semble. Quelle chance ! De plus, il fait beau, très beau. Il le dit aussi.

La première chose que Jacques nous dit lorsqu’on est sur le troittoir, à mon amie et à moi, c’est : « Si vous saviez comme j’aime cette ville ! J’ai beaucoup, beaucoup fait pour Neuchâtel. » Je trouve tout cela intéressant et me dis que j’aurai bien des choses à écrire. Je suis en joie !

Nous allons à ma banque, ma chère banque chère (autre article que j’ai écrit). On traverse la ville qui est assez animée. Jacques avait dit qu’il savait que c’était une journée spéciale. Il n’en a pas dit plus et moi non plus. Chacun savait que l’autre savait. Il y a des choses dont on est au courant quand on est dans le mouvement de la vie. Alors, la grève des femmes, on ne l’ignore pas !

Quand on arrive à la banque, on va à l’automate. Jacques dit que cela fait des mois qu’il ne va plus à la banque et qu’il ne sait pas comment fonctionnent ces appareils. Je lui dis que la prochaine fois qu’on viendra, je lui montrerai comment tirer des sous sur mon compte. Je lui demande par où il veut passer et si cela lui dit d’aller voir la manifestation des femmes vers l’Hòtel de ville. Il est d’accord. Il y a foule et avec la chaise roulante, je me demande si cela ira, puis je décide d’y aller et de me faire entendre lorsqu’il y a attroupement. Je dis plusieurs fois « Le Roi passe! », les gens s’écartent aimablement et une fille dit « Vive le Roi ! ». Jacques a entendu. C’est magnifique.

Nous arrivons au Cardinal. Je demande à Jacques s’il a une table particulière et il dit que cela lui est égal. On s’assied près de la sortie sud. La serveuse reconnaît Jacques, le salue et lui dit qu’il leur a manqué. Je ne me rappelle plus sa réponse, mais elle est du même genre. Il commande un verre de vin dont il a lu une réclame près de la fenêtre. Je lui demande s’il veut une tranche de tarte au citron et il dit « oui ». Je me dis tout de suite que j’aurais dû m’assurer avant qu’il y en avait afin de ne pas risquer une déception. Heureusement qu’il y en a. Jacques a tout mangé, jusqu’à la dernière miette.

Pendant ce temps, il me raconte des petites choses sur la vie culturelle, j’enregistre sa voix. Je lui dis que j’écris… Il m’interromp pour dire que je le lui en ai parlé. Je dis alors que l’on pourrait publier ses histoires sur ma plateforme et que je pourrai la lui montrer au home. Il est d’accord. Je suis contente, très contente.

Jacques dit qu’il aimerait rentrer. Il choisit de passer par la rue du Seyon. Pour monter au cinquième étage du home c’est toute une histoire, car s’il y a deux ascenseurs, seul un a la capacité de recevoir une chaise. Je passe un bon moment à essayer de faire que ce ne soit pas l’autre ascenseur qui s’ouvre jusqu’à ce que je trouve une combine et le dise à Jacques qui trouve cela drôle. Pendant ce temps, Jacques m’a raconté que l’autre jour il avait eu une douleur tellement forte au flanc droit, tellement forte qu’il avait fini par en rire ! Je trouve cela remarquable et regarde Jacques encore plus chaleureusement. On est du même monde.

Arrivés au cinquième étage, on va à une table pour qu’il puisse voir ma plateforme, son genre, ses rubriques et surtout l’endroit où ses « pages d’histoire » vont figurer. Il trouve tout cela très bien. Nous nous faisons la bise, trois longues bises, comme la première que je lui avais faite, mais trois parce que c’est le rituel et parce qu’on en a envie. Il dit qu’il me remercie pour ce moment et part dans sa chambre. L’animatrice m’avait dit que ses deux sorties avaient duré chacune 1 h 15 et qu’il était rentré fatigué. La nôtre a duré deux heures, mais cela avait été un jour très spécial.

Les deux jours suivants, je promène l’amie qui est en visite chez moi, je l’amène au port pour qu’elle fasse un tour en bateau. Cela fait des années, réellement, que je ne vais plus sur le quai ni me promener en bateau, ce que je faisais avec André, feu mon ami… Je me dis que je pourrais amener Jacques et que nous pourrions faire une promenade en bateau. Soudain, j’ai plein d’idées pour des promenades, ce n’est pas si compliqué.

J’ai téléphoné à Jack et lui ai tout raconté. Il trouve qu’il y a une ouverture et que c’est de bon augure.

Le lundi, je sais que le personnel du foyer de « L’Armée du Salut » discute de mes propositions et m’attends à une réponse dans l’après-midi. J’ai envie d’aller voir Jacques, mais je ne veux pas non plus m’imposer ni forcer les choses. Mardi, toujours rien. Alors, je téléphone et on me dit que Jacques a quitté ce monde, paisiblement à 02 h. Je ne comprends plus rien. On avait des projets….

Je me dis que je dois le revoir une dernière fois. Je ne vais pas tout raconter, mais il y a eu des miracles du genre « Joséphine, ange gardien » qui ont fait que je l’ai revu et que je lui ai fait trois autres bises qu’il emporte dans l’autre monde.

Mais, même si Jacques ne pourra plus me raconter ses histoires directement, je pourrai en transcrire une partie, car Mado, Madeleine de son prénom de baptême, m’a dit qu’elle a deux ou trois choses qui pourraient me rendre service en ce sens. Magnifique ! De plus, même si Mado habite dans un endroit peu accessible, comme elle le dit, Roger Peeters, le cameraman qui a fait son apparition dans ma nouvelle vie, m’a proposé de m’y amener. Je ne peux que répéter que c’est magnifique !

J’ai cherché, en vain jusqu’ici, une photo où Jacques soit coiffé…

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Rencontres particulières 8 : My favorite docker, Albert E. Golding

Life has sometimes funny ways to put things together. This story begins when I was working at the International Labour Organisation, Geneva, in the 1980s and continues in Neuchâtel in 2018.

I was in charge of analysing the survey done by the international dockers union based in London. It was the time when different ports were facing the introduction of containers which obliged the ports to construct special platforms for the containers that were moved by cranes and not any more by dockers. The unions hoped to be able to do something and wanted to have a worldwide view before acting. The questionnaires I had to analyse were in different languages and I remember that I went to ask a few questions to my neighbour, Mrs Bourquin, whose husband was the son of one of my former mathematics teachers, she was Hungarian. By the way, Mr Bourquin, the teacher, had been my teacher, my friend’s (André) teacher and the teacher of Gilbert Facchinetti ! Life is so funny sometimes…

The results were to be presented by the department for which I was working at that time, « Maritime », in London. So I went to London. At the seating I only saw men and I could see from far who was a docker and who was working with a crane. There was such a difference between those from Liverpool and those from Vienna! Those from Liverpool looked like the movies dockers, solid and with a whisky bottle in the pocket (I precise that I never saw anybody drinking) besides the slim ones working on cranes and in some way « alone ». Between those from Liverpool I could feel a real union. I cannot explain why I was marked by those examples as there were much more at the seating.

You already know the result. Liverpool had resisted and refused to see containers landing in their port… and the port had been bypassed, the situation was really difficult. Hereby you have a picture of some dockers in the 1950s. You can see their strength, their personality, they are just « one ».

Liverpool had been the major port of the British Empire and the first enclosed commercial dock of the world and a pioneer in the development of port technology, transportation systems, port management and building construction. So, you can imagine the situation with the new technology…

I was sad feeling that I could do nothing in this situation. I have been carrying this in my heart, in my « self » until 2018.

Years later after the survey, working at my ballet studio I see an English family take place into the apartment next to my studio in Neuchâtel. We had a nice relationship for a longtime. I had put some plants into their court yard that leads to my studio, they had appreciated and that was all. At Christmas 2016 I saw Do’s parents (Do and Martin are the names of my neighbours) and that was nice. In 2018 I see them again, it was the Summer, we have a talk and I discover that Albert, Do’s father, had been one of those Liverpool dockers that was working at the port by the time I had analysed the survey… In the end he had been obliged to change his profession! I couldn’t believe that I had in face of me one of these wonderful dockers. Immediately a love story started. His wife is not jealous, his daughter neither! It is as if I had History in face of me. And hereby you have Albert, my favorite docker, posing before the recent Liverpool football victory and wearing a T-shirt with « Never give up » written! That is fabulous ! Somehow I feel much better and have not any more this sadness I had for years. I cannot explain how it happened but it is so.

2022 ! Time has passed by and I would like to thank my favorite dock for he cured me of that sadness that had inhabited me for years. Now I can explain the why. It is linked to the way Albert E. appeared to me. Of course, we all have a whole range of sounds in our voice according to the situations we face, but the times I saw Albert Golding, I only saw tenderness and kindness. He is a tall and very imposing man and that is what is magic, he is (still for me) a docker from whom tenderness and kindness emanate. That is the way I see him. He was strong enough during his life to remain on his feet and keep calm. He incarnates the sentence « Never give up » alive ! That helps me a lot in life.

When we go through the history of kings, important men, there is always a woman, a wife behind. A warm thought goes for Albert’s wife.

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Une montre parmi les affaires d’André Oppel.

C’est une suite de l’histoire de la Fabrique d’horlogerie Froidevaux S.A. de Neuchâtel. En effet, parmi les affaires d’André – feu mon ami et graphiste un temps à ladite fabrique – il y avait deux vielles montres, une pour dames et une pour hommes. Je les montre à Jack qui, contrairement à moi, sait lire ce qui est écrit dans les montres et me dit qu’aucune d’elles ne vient de la fabrique de son père. Je suis un peu déçue. Mais, ajoute-t-il, celle pour hommes vient de la fabrique Borel, aussi de Neuchâtel. Le bâtiment se situait là où il y a actuellement le CSEM. Cela provoque une émotion en moi. Curieux, je suis quand même de Neuchâtel, peu importe que je n’y sois pas née.

Alors, Jack retourne la montre et voit l’inscription : Grize Ernest. Tonneau ! Ernest Grize était le régisseur du Centre culturel neuchâtelois, il a construit le plancher de ce qui est devenu mon studio, la « Cave perdue », les meubles que j’ai retapés… Je ne crois plus à la réincarnation, toutefois tout cela me donne une drôle d’impression. C’est comme si Ernest me disait qu’il était là, que les choses vont bien et que j’ai bien fait de prendre soin de tout ce qui se trouve dans cette cave. Cela me fait penser aux « cafés atomiques » que je prends avec Knut, mais c’est une autre histoire. En ce moment, j’ai un sentiment de joie et de paix. Voici l’image :

Puis, voulant faire une photo du dos, je lis l’inscription : Ernerst Grize, Noël 1951. L’âge pour moi n’est pas un élément essentiel, mais Ernest devait être un adolescent quand il a reçu sa montre et, ce, le jour de Noël.

Il me semble aussi que si j’ouvre une porte temporelle, je vais voir les ouvriers dire « c’est la montre pour le jeune Grize », il faut la graver !

Comment a-t-elle a atterri parmi les affaires d’André ? Il me faudra une autre ouverture temporelle pour le savoir. En tous les cas, quelque chose il y a. C’est d’ailleurs Ernest qui m’avait introduite auprès de la direction du Centre culturel neuchâtelois pour que je puisse sous-louer la « Cave »… La direction était composée de Jacques de Montmollin et d’André Oppel, devenu mon partenaire de vie… Tout un symbole !

1951, dit Jack, je sais qu’en 1956 André travaillait chez Froidevaux. C’était hier, me dis-je…

Quant à l’autre montre, celle pour dames, elle vient de la fabrique Precimax, aussi de Neuchâtel, et dont le bâtiment se situait à Monruz, tout près de Neuchâtel.

Toutes ces événements qui se sont écoulés dans d’autres temps me semblent à portée de main. Ce n’est pas étonnant, je suis originaire d’un canton horloger !

Connaissant maintenant l’adresse de Mado, la femme d’Ernest (article : Histoire d’une bise et Jacques de Montmollin), je lui rends visite. C’est un moment émouvant. Mado n’arrive pas à s’expliquer comment Ernest avait pu avoir une montre d’une telle valeur alors qu’il était orphelin et que la personne chargée de son héritage en avait fait main basse… Mais, bon, la montre est là et Mado me donne des photos d’Ernest. Elle m’explique aussi qu’Ernest a dû insister pour que je puisse devenir sous-locataire du studio. Je lui dois une fière chandelle. En fait deux, car c’est lui aussi qui a amené André, mon compagnon, au CCN. C’est ainsi que j’ai rencontré André et que j’ai pu exercer mes activités dans un local fait avec amour. Voici Ernest :

Ernest était un bel homme. J’ai surtout apprécié son sourire, sa gentillesse.
Et voici Mado, la femme de sa vie pendant 45 ans. Elle faisait le secrétariat, tenait la compatibilité la journée au Théâtre de Poche ou CCN, le soir elle tenait la caisse lors des spectaacles et après le spectacle, elle tenait le bar en plus de préaparer des repas. Que lui restait-il des 24 heures d’une journée ?

En voyant la montre, Mado a dit qu’elle allait la faire réparer… Le temps ne s’arrête décidément pas ! Elle l’a fait réparer, ainsi qu’elle l’a dit, et transmise au fils d’une amie. Je viens d’apprendre, on est en 2024, que cette personne avait fait partie de la famille.

Mado m’a aussi remis des documents qui m’ont permis de rencontrer Freddy Landry.

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Mes histoires

Au lieu d’écrire une biographie qui n’est ponctuée que par des dates, je vais écrire certaines des histoires qui me sont arrivées. Elles arrivent par des chemins détournés et quand les événements sur ces chemins forment un tout, c’est comme si je l’avais su. C’est inexplicable. La plupart du temps, les histoires, mes histoires me réjouissent. Ces histoires sont toujours porteuses d’enseignement. Parfois, je pense à la place qu’occupe l’histoire dans les branches scolaires et me dis qu’elle devrait migrer vers les principales tellement elle est si importante. Je suis convaincue que si on apprenait, apprendre au sens de comprendre et donc d’assimiler, réellement l’histoire, on éviterait bien des erreurs.

Bref, mes histoires m’apportent bien des choses et les histoires des autres aussi. Comme la rubrique devient importante, je la divise en trois :

  1. Horlogerie ;
  2. Suite d’histoires ;
  3. Réparation et rangement = mettre de l’ordre en soi, car il y a toujours correspondance ;
  4. Conversations de rue en patchwork.

1. Hologerie

2. Suite d’histoires

3. « Réparation et rangement = mettre de l’ordre en soi » :

4. Conversations de rue en patchwork :

5. Les conversations – histoires avec Roger Peeters :

Le lac de Neuchâtel, mon lac, et mes clefs.

Le lac de Neuchâtel fait partie de moi. Lorsque je suis ailleurs et qu’il n’y a pas « d’eau », je sens plus fortement son absence. Même quand je suis au bord de la mer « mon » lac me manque. Pour moi il est tellement vivant qu’il représente une entité, d’ailleurs la variété de ses tons et forces me « parle » . D’après ce qu’on m’a expliqué, c’est dû au fait qu’il est parcouru par des courants, chose exceptionnelle. Maintenant que j’écris cet article, il faudra que je me renseigne. Mais, une chose est sûre, il change de couleur surtout lorsque le vent et les différents courants d’air le traversent, mais pas uniquement. Sa force et sa beauté me fascinent.

Un autre lien particulier. Je lis passablement de choses sur l’eau et lorsque j’ai pris conscience que j’étais remplie à 60 – 70 % d’eau, j’ai dit au lac qu’au fond j’étais un peu comme lui. Cela crée un lien de complicité. J’ai appris, grâce à Jacques Collin, que nous sommes composés à 99,6 % de molécules d’eau ! C’est fascinant. Ce sujet touche la révision de textes que je fais et les cours de danse que je donne.

Knut, le photographe attitré de ma nouvelle aventure terrestre, m’a passé les dernières photos qu’il en a faites. En voici une :

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En voyant la force qui se dégage dans cette photo, c’est la mienne que je vois. Je me sens comme les héroïnes russes, pleine d’exaltation, de vitalité, de joie. Je n’ai pas réellement de mot, c’est tout cela en même temps.

Cette magnifique photo de Knut me rappelle les nombreuses promenades que j’ai faites lorsque j’étais à l’École sup. et que le lac était agité. C’était dans le même état d’esprit. Une fois, parlant du lac avec l’un des assistants de l’université de Neuchâtel, il m’a dit qu’il n’allait jamais se promener au bord du lac. J’avais trouvé cela incroyable. On peut supposer qu’il devait se demander ce que je pouvais bien trouver à… de l’eau ! Maintenant, je dirais que l’on a des façons différentes de vivre dans un même endroit. Au fond, c’est comme les points de vue !

J’ai aussi un lien particulier avec le lac parce qu’il m’a rendu mon trousseau de clefs !

Un premier août, je suis allée me baigner au bord du lac. En rangeant mon pantalon, mes clefs sont tombées entre les rochers et allées dans le lac… Pas possible de les voir ni bien sûr de les récupérer. Les rares passants qui ont montré de l’empathie n’ont guère été encourageants. Connaissant l’histoire des courants, j’ai prié le lac de ne pas trop bouger et de m’attendre le lendemain. Je ne savais pas très bien comment j’allais m’en sortir, mais il fallait que je trouve une solution. L’idée du coût d’un expert et de nouvelles clefs m’angoissait. Le lendemain, je me suis arrêtée au hangar des trams qui est sur mon chemin quand je vais me baigner et j’ai emprunté une tige en fer avec un crochet. J’ai passé un bon moment à essayer de trouver mes clefs et à chaque fois j’avais peur qu’elles n’aillent plus profondément. Finalement, je les ai vues (ce moment de ma vie est comme une photo, je revois les clefs) et c’est avec la main que je les ai repêchées. Cela a été une grande joie et j’ai éprouvé une immense reconnaissance envers le lac. Je la lui ai manifestée avec des gestes et des mots.

Avant cet incident, j’avais pour principe de ramasser les choses en plastique que les inconscients laissent traîner, de même que les cannettes et bouteilles. Je trouvais que le lac ne méritait pas cela. En effet, les gens qui se promènent sur son bord vont pour y trouver une certaine tranquillité, mais leurs remerciements sont loin d’être équivalents à ce qu’ils en tirent. Il y a quelque deux ou trois ans, une dame m’a dit qu’elle ramassait aussi les couvercles des bouteilles, car elles peuvent blesser les pattes des chiens. J’ai décidé de l’imiter et d’ajouter cet autre déchet à ma liste.

Je me plais à croire que le lac a reçu le message  (une sorte de SMS !) et qu’il s’est dit qu’il allait me remercier pour le soin que je prenais de lui en me rendant mes clefs.

C’est donc avec un sentiment très spécial que je regarde « mon » lac. Je m’y baigne assez souvent, toute saison confondue – moins en été car il y a trop de monde et l’eau est aussi passablement chaude –  à l’endroit « des clefs » et je parle avec l’eau, je joue avec elle et je la remercie pour le bien qu’elle me fait. Je remercie aussi les rochers, le soleil qui vient assez fréquemment quand je me baigne, tout ce qu’il y a autour et tout cela me rend de très bonne humeur.

En observant et ressentant la photo de Knut, je me dis que je vais reprendre un cours que j’ai donné quelques fois et que j’ai intitulé « Rêves éveillés » avant de savoir qu’une technique similaire existait. C’est un autre des bienfaits que le lac me donne. Il faudra que je le lui dise la prochaine fois que j’irai me baigner !

D’autres photos de Knut :

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Cet endroit, la passerelle de l’ « Utopie ». est particulier pour moi. Mon ami, André Oppel, a joué un rôle pour qu’elle subsiste après qu’elle a été construite afin de célébrer, avec onze autres constructions architecturales temporaires, le 700e anniversaire de la Confédération helvétique en 1991.

Voilà que je suis en train de faire mes exercices dans « mon » lac et je perçois un personnage qui fait des photos du lac. Il faut dire que cet hiver 2020 est assez particulier et que le beau temps règne. Cela donne un air assez féerique au lac avec de la brume, de la lumière qui la traverse ou la met en valeur. Je regrette de ne pas avoir mon appareil photo avec moi. Au retour de ma baignade, je revois le photographe et lui demande s’il peut m’envoyer quelques-unes de ses photos par la Toile. Il accepte, c’est un Danois, et je suis ravie.

On dirait trois peintures.

Ces trois magnifiques photos me font penser au peintre Raymond L’Epée par les teintes que l’on y trouve, par la fusion qu’il y a entre les couleurs, par la délicatesse de la composition. La nature est absolument remarquable. D’ailleurs, aujourd’hui, les gens au bord du lac avaient l’air épanoui. Je remercie le photographe et la nature pour ce qu’elle offre.

Mon lac et le brouillard. Il y a un autre aspect du lac que j’aime et qui me remplit de bonheur. C’est quand il est couvert de brouillard. Je sais, bien des connaissances me disent que le brouillard les déprime. Ce n’est pas mon cas. J’ai toujours aimé le brouillard, il me rappelle les montagnes de mon pays d’origine et depuis toujours je sais que derrière le brouillard il y a le soleil, la lumière, au sens spirituel. Je n’ai pas d’explication, c’est une évidence pour moi. Voici un exemplaire :

Mon lac est en vacances ! Façon de dire, car il est sous le btouillard. C’est comme dans la vie, on croit que parce qu’on ne voit pas quelqu’un ou une chose, il n’y a rien.

2021 Noël. Je reviens de ma baignade traditionnelle et arrivée à la baie de l’Évole, je vois un couple et m’extasie devant la beauté du lac. Je suis bien tombée, ces deux personnes sont du même avis et, en plus, amateurs de photo. Quelle chance ! Je vais avoir une série de photos comme cadeau de Noël. Voici un échantillon. Et ce qui est aussi beau c’est que je ne sais pas comment ils s’appellent, voilà les miracles du lac, de Mon lac !

Il n’y a pas besoin de commentaire, l’âme vous parle tout de suite de beauté !

2022. En sortant de mon studio de danse, je rencontre l’une de mes voisines, Véronique. Elle vient de rentrer de faire un bain dans le lac. Elle est ravie et me montre des photos. Je n’hésite pas à lui demander de me les transmettre. En voici une :

Le lac, Mon lac ne cesse de me surprendre. Du temps a passé depuis que j’ai commencé cet article et j’ai continué à lire des choses sur l’eau, sur son rôle. La photo de Véronique est un résumé : on voit l’eau tranquille, dans le présent, les tourbillons qui permettent à l’eau de se dynamiser et de transporter des informations. En fait, il n’y a pas besoin de commentaire, la photo se suffit à elle-même.

Une courte vidéo de la part de Véronique. Lorsque je la regarde, elle me fait penser au parcours d’une vie. Je vais l’utiliser dans mes cours…

Sans Véronique, pas de vidéo. On est toujours dépendants les uns des autres ; on l’oublie souvent. C’est aussi un sujet que je traite dans mes cours.

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Réparations et rangement = mettre de l’ordre en soi.1

Lorsque je répare une chose, je la répare comme si elle était moi.  Je me dis que si la chose en question était moi, je n’aimerais pas être traitée à la va-vite. C’est peut-être parce que quand je suis traitée un peu n’importe comment, je trouve cela déplaisant.

Les fois où j’ai pensé cela, je ne savais pas que je pratiquais en partie les mots du physicien Jean-Pierre Garnier Malet qui dit : « Ne pensons pas à faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’on pense à nous faire ! » Quand on connaît l’effet d’une pensée, son poids, on comprend.

Dans mes réparations, je fais au mieux de ce que je connais et quand je ne connais pas, je pose des questions à des gens du métier. À chaque fois, je me rends compte que chaque métier est un monde, qu’il n’y en a pas un plus petit que l’autre et que chacun a ses règles, son temps d’exécution, sa beauté, À chaque fois, j’en sors enrichie. J’admire les gens qui connaissent bien leur métier et surtout ceux qui l’aiment. Alors, la vitesse avec laquelle on règle certaines choses dans le monde actuel me laisse songeuse.

J’aime regarder les travailleurs manuels, ceux qui travaillent sur les chantiers, sur les routes, les canalisations. D’abord, je me dis qu’une ville est comme un corps, avec ses veines, ses circuits électriques, etc. Chaque chose a une place et doit être bien posée pour qu’elle fonctionne. Je me dis aussi que certains politiciens devraient faire des stages de ce type pour qu’ils voient que lorsqu’ils prennent une décision, il y a des répercussions auxquelles on ne pense pas toujours. J’admire un Otto von Bismarck qui a introduit les assurances sociales (maladie, accidents, invalidité et vieillesse) dans les années 1880 en Allemagne. Aujourd’hui, il y a bien des problèmes à régler et on recourt plus souvent qu’à son tour à la rentabilité et à la réduction des dépenses au lieu de chercher une réelle solution.

Je reviens à mes réparations. Je disais que chaque métier est un monde et en même temps, tous les mondes sont liés. Il y a interpénétration des mondes, du savoir en général et on l’oublie. On a toujours besoin des autres. On ne pourrait pas marcher sans les chaussures conçues, faites, vendues par d’autres, par exemple.

M. Schneitter, sa droguerie et ses astuces. La première chose que j’ai été amenée à réparer a été une paire de fauteuils.  Ne sachant pas très bien comment m’y prendre, je suis allée à la droguerie Schneitter, tout près de chez moi. J’ai demandé à M. Schneitter comment je pouvais faire. Ce monsieur joue un rôle très important dans la plupart de mes entreprises de réparation. Il est plus qu’un droguiste, il aime son métier, il aime sa ville et il connaît plein d’astuces. Il fait partie de ces personnes qui savent réparer des choses au lieu de les jeter et c’est pour cela que j’aime aller lui demander conseil. Lorsque le dernier quincailler a quitté la ville, il a ouvert un département d’outillage pour rendre service à la population locale. Il jouit de tout mon respect !

Grâce à M. Schneitter, j’ai appris à décaper un meuble. J’ai donc décapé (par la même occasion, j’ai appris l’existence de ce verbe), poncé et repeint les fauteuils avant de m’attaquer à la partie moelleuse.  À chaque fois que je pense à cette aventure, j’entends la voix de M. Schneitter et vois ses yeux s’assurer que j’ai bien compris. Cette fois-si, je reprends le rembourrage :

Fauteuils 2
Des clous de tapissier maintiennent le tissu.
Fauteuils 1

J’ai recouvert de mousse le dossier et l’assise du siège, puis mis une première couche de tissu maintenue par des clous de tapissier.

En dessous, la version finale. On perçoit une fente en haut du dossier ; elle permet de glisser la main afin de défaire les plis de la couche en mousse de dessous. La housse est faite en une seule pièce et peut s’enlever, laver, repasser facilement.

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Version 2018

J’aime toutes les étapes des réparations, mais à la fin, lorsque la chose est prête et que l’on peut la regarder par-dessus, par-dessous, que tout est à sa place et que pas un fil, pas un clou ne dépasse, c’est un grand plaisir pour mes yeux et pour mon for intérieur. C’est comme si une partie de moi avait trouvé sa place. Cela ests certain, car peu après ou simultanément quelque chose d’autre se règle dans ma vie.

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