De l’art de l’utilisation des épingles de sûreté = rangement en soi et ressources insoupçonnables à notre disposition

Une fois de plus, on retrouve Roger Peeters, l’ingénieur que je qualifie d’ingénieur ingénieux !

C’est bien vrai, ce n’est pas parce que quelqu’un exerce une fonction, un métier et qu’il est professionnellement qualifié qu’il est ingénieux, inventif, réfléchi. Roger est un ingénieur ingénieux.

C’est bien vrai aussi, nous avons parfois des ressouces au-delà de ce que nous croyons avoir.

Mes histoires s’imbriquent les unes dans les autres. J’ai eu l’idée de mettre des rideaux rouges comme fond de scène pour des danses à venir. Le temps que je retourne en Roumanie, que je trouve le bon tissu, que je confectionne les rideaux et que je trouve quelqu’un pour m’aider à les suspendre… a été long. Roger est intervenu dans la dernière étape. Mais, cela fera le sujet d’une histoire séparée. L’objet du jour, pour ainsi dire, est l’utilisation insoupçonable des épingles de sûreté..

Un rideau latéral des deux côtés. J’ai pensé à combler le vide avec des rideaux supplémentaires attachés avec des ficelles afin de pouvoir les enlever facilement lors du nettoyage général du studio. Roger s’est dit qu’il devait exister un système plus simple.

Il m’a demandé si j’avais des trombones, mais je n’en avais pas sur place.

Mes outils. Dans le studio, j’avais étalé mes outils et différentes autres affaires nécessaires à l’accrochage des rideaux et à la couture d’anneaux de suspension. Roger s’est approché de mes épingles de sûreté, en a pris une ainsi que la grande pince, a traficoté l’épingle, est monté sur l’échelle avec le rideau et en a accroché un bout sans peine à l’aide de l’épingle modifiée. Il m’a montré comment faire.

Les épingles de sûreté. Voici la tranformation :

Moralité : une épingle peut faire plus qu’une épingle tout en restant une épingle ! C’est-à-dire que l’espace entre les deux barres de l’épingle augmente et permet soit de saisir plus de tissu soit d’embrasser le diamètre d’un câble supérieur à ses capacités originelles – c’est le cas cette fois-ci. C’est ce qui est fabuleux. On pense qu’on n’a pas ce qu’il faut et finalement on a ce qu’il faut.

Système D. On parle du système D ou système de débrouillardise. Ce système fonctionne très bien dans des pays en voie de développement ou anciennement dans les pays de l’Est. C’était presque une norme dans ces derniers pays. Aussi, voir un Hollandais (Roger est hollandais) inventer des choses pratiques est étonnant. On peut dire que son métier l’aide, il est ingénieur en mécanique, mais je sais bien que cela n’explique pas tout ; il faut un certain esprit d’ingéniosité.

Il en va de même avec nous. Il semble que nous n’ayons à faire face qu’à des situations qui sont à notre mesure. Néanmoins, il arrive que nous nous trouvions dans des situations qui semblent nous dépasser, mais tout à coup une solution simple et limpide apparaît. Nous ne nous sommes pas transformés, nous ne sommes pas entrés dans l’habit de quelqu’un d’autre, nous avons simplement eu une éclaircie dans notre esprit et nous trouvons, à l’instar de l’épingle, à faire plus qu’on ne l’avait cru.

La relation avec les autres est toujours porteuse de leçons. Cela me rappelle une leçon de vie d’un de mes autres maîtres de ballet, Maître Oprea Petrescu, un jour que je lui posais une question il m’a dit : tu peux apprendre quelque chose de tous les professeurs de danse, même du pire, car tu apprendras au moins à ne pas faire comme lui. C’est une leçon de vie que je porte en moi et que j’ai transposée à tous les domaines.

Merci Roger et merci Maître Oprea Petrescu !

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Iossif Leonidovitch Prout. Réserves. La notion de réserve. Rencontre particulière 16.

J’ai un rapport particulier avec le russe, c’est une langue qui me fait fondre. Aussi c’est avec un plaisir certain que je me suis efforcée de faire la traduction de mon texte. Je ne cache pas que la traduction en ligne aide énormément. Je remercie ce service.

La notion de « réserves » est plutôt du domaine financier dans notre société. Mais, dans les pays de l’Est, elle faisait partie de la vie quotidienne. Il n’y avait pas toujours des produits dans les magasins et il fallait profiter quand il y avait des arrivages. Là, on faisait la queue. Elles étaient souvent longues. D’ailleurs, on ne sortait jamais de la maison sans un sac à provision pour le cas où. Maintenant que la pandémie est arrivée, ceux qui ont vécu dans ces pays se retrouvent dans un paysage quelque peu familier. Voilà un avantage d’un inconvénient ! Les épreuves sont bien souvent salutaires. C’est d’ailleurs cette expérience qui m’a fait proposer un cours où je donne des exercices qu’on peut pratiquer pour notre santé et qui évitent les énervements inutiles lorsqu’on doit attendre notre tour dans un magasin.

C’est aussi une notion qui fait partie de la vie quotidienne de l’armée. Il est nécessaire d’être prévoyant et se limiter à ce qui est vital.

Iossif Leonidovitch Prout, 1986. Je l’ai rencontré lorsque je suis allée à Moscou suivre un cours de russe. Un soir, notre groupe d’étudiants est allé écouter une opérette, Catherine, et on m’a présenté l’auteur du scénario : Iossif Leonidovitch Prout. Il était dans sa loge. Nous sommes devenus proches. Ce n’était pas difficile, il avait une ouverture d’esprit peu commune et aimait les artistes.

Voici la première page du programme avec son autographe en tant qu’auteur du scénario accompagné de celui du régisseur de l’oeuvre.

La notion de réserve. Prout, qui m’a été présenté en tant que général de l’Armée soviétique et en tant qu’auteur de scénarios de divers genres, m’a immédiatement adoptée. Je reviendrai sur ses fonctions. Nous avons parlé de bien des choses, de son entrée en Pologne après la défaite des Allemands aux côtés du maréchal Joukov et de diverses autres personnalités qu’il avait côtoyées. Mais, ce qui m’a marquée, encore aujourd’hui, c’est la notion de « réserve ». J’ai quelques leçons de vie que j’ai apprises de façon consciente et celle-ci en est une. Il m’a dit qu’il avait dans ses tiroirs des scénarios de divers genres selon ce qui se présentait. Il a précisé « il faut toujours avoir des réserves  » ! C’est une notion éminemment stratégique. Je revois le moment et son bureau. J’entends aussi sa voix et la puissance qui se dégageait de sa personne. Cette notion a fait son chemin en moi, car je n’ai pas toujours eu les moyens de m’offrir ceci ou cela, et lorsque l’occasion se présente, je fais des réserves. Bien souvent, je pense à lui. Je ne suis pas aussi stratège que lui, mais peut-être que lorsque je prends des virages dans ma vie c’est aussi une certaine stratégie, pas toujours consciente, qui me guide et qui s’approche de l’intuition. Je suis quelqu’un qui fait les choses par plaisir plutôt que par prudence, calcul, obligation. La vie n’est pas toujours semée de fleurs, mais je trouve toujours du plaisir, des symboles qui me nourrissent.

Au début des années 1990. Je suis retournée à Moscou et j’ai rendu visite à Iossif. Nous sommes allés dans un magasin qui vendait des chaussons de danse. C’était en été et j’avais des sandales, je ne portais pas de chaussettes. Je ne sais plus si j’avais pensé acheter les chaussons avant qu’on sorte de la maison ou pas, mais le fait est qu’au magasin il fallait essayer les chaussons et que je n’avais pas de chaussettes. Mon général a enlevé las siennes et me les a passées. Je revois aussi le moment où il a enlevé sa première chaussette et qu’il me l’a donnée. On n’a pas échangé de mots, cela s’est fait d’une façon très naturelle, comme si on répétait une scène de ses scénarios. J’ai ainsi acheté une bonne quantité de chaussons. J’en ai encore. Voici un échantillon.

Une danseuse se doit de pouvoir broder ses chaussons pour les réparer. À propos de ces chaussons, ils sont magiques. Je n’ai jamais eu mal aux pieds avec eux et, surtout, j’étais tout de suite sur pointes. Explication pour ceux qui n’ont jamais porté des pointes : il faut souvent « triturer » les chaussons pour qu’on puisse monter dessus. Je vais traiter le sujet un de ces jours. Le fait est qu’avec eux, il ne fallait pasfaire grand-chose. Ils ont été faits pour moi !

Iossif Leonidovitch Prout en portrait. Le voici !

Il dégageait une force qui était pleine d’amabilité avec quelqu’un qu’il aimait bien, de respect et de distance quand il le fallait avec d’autres personnes et de quelque chose de plus qui inspirait l’exécution de ses ordres sans discussion à d’autres moments. Il se tenait très droit et avait un ventre d’une solidité à faire pâlir les hommes qui font des abdos dans les gymnases.

Son ventre. Iossif Prout m’a montré un exercice qu’il faisait tous les jours : avec deux doigts d’une seule main, il soulevait une chaise. Il m’a fait toucher son ventre et on aurait dit du caillou, plusieurs cailloux alors qu’il avait dépassé les 90 ans ! Il m’a aussi montré comment me défendre si quelqu’un venait à m’attaquer.

Un petit mot derrière sa photo. Voici ce qu’il m’a écrit derrière la photo du haut qu’il m’a envoyée par la poste.

Il ne faut pas le prendre à la lettre. Lorsqu’on parle en russe, il y a pleins de mots chaleureux, amicaux qu’on n’utilise pas en français de la même manière. Lorsque je rencontre mes amis russes, des mots d’amour fleurissent à tout bout de champ. Prout parlait le français très bien puisqu’il avait fait ses études en tant que jeune garçon en Suisse, mais ce qu’il a voulu dire ici c’est que nous nous entendions très bien, au point de me passer ses chaussettes. Sans plus !

Des anecdotes. Je n’ai malheureusement pas tout retenu et n’avais jamais pensé écrire sur Prout, mais ces temps-ci, je pense souvent à lui, aux leçons que j’ai apprises dans ma vie et c’est ma façon de le remercier :

  • Picasso. Prout rencontre une fois Picasso à Paris. Il lui dit qu’il a vu à Moscou un tableau signé Picasso mais qu’il ne l’avait pas acheté parce que c’était un faux. Tu es un idiot, Prout, lui répondit Picasso. Si tu l’avais acheté, j’aurais écrit dessous « ceci n’est pas un Picasso », j’aurais signé et tu aurais eu un Picasso !
  • ceci n’est pas une anecdote, mais il avait donc côtoyé des personnalités du régime soviétique, tout en haut de la pyramide et disait qu’il regrettait de ne plus avoir le temps de raconter d’autres versants de l’Histoire ;
  • il est venu me rendre visite à Neuchâtel deux jours et je lui ai fait à manger. J’avais vu chez lui qu’il y avait sur son assiette des betteraves rouges et donc je lui en ai préparé. Lorsqu’il les a vues il m’a dit « j’en mange déjà assez chez moi »!
  • Prout avait chez lui des tableaux et des dessins de gens célèbres et il m’a commandé un tableau. À l’époque, je faisais des tableaux du genre de celui qui figure plus bas. Lorsque je le lui ai apporté, il a dit : mais il n’y a pas la couleur du peuple ! Je suis restée une seconde suspendue au temps et finalement, j’ai compris que je n’avais pas mis de « rouge ». Il a quand même trouvé une place pour mon tableau ;
  • il était reconnaissant à Nikita Khrouchtchev, car ce dernier avait ouvert les frontières et Prout avait pu renouer les relations avec la Suisse et sa famille par alliance.

  • Olga Lepechinskaïa. J’étais en visite chez Prout lorsque je lui ai dit que j’aurais voulu m’entretenir avec la célèbre danseuse des années 1950. Ni uni ni deux, il lui téléphone tout de suite. Malheureusement, elle était malade et j’ai chargé mon ami Prout de lui faire signer un autographe. Il avait ses entrées chez elle et m’a apporté l’autographe à la maison ! Le voici :

Lorsque j’ai présenté Iossif à feu mon ami André Oppel, vers le milieu des années 1990, lorsqu’il est revenu en Suisse, je le lui ai introduit en tant que général et il s’est empressé de préciser qu’il n’était pas seulement cela. Il était aussi venu pour que ses oeuvres artistiques soient plus mises en valeur. En cherchant des informations sur la toile, je vois qu’on dit qu’il n’était pas général. Cela n’a pas d’importance. Il a fêté ses 90 ans au Bolchoï, il était un personnage connu et j’ai porté ses chaussettes !

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Remerciements I. On ne sait pas toujours qui et combien on aide !

Je vous invite, après lecture de l’article, à une réflexion du genre de la mienne.

Les embranchements des remerciements. Je n’y avait pas pris garde, mais, les remerciements, tels des arbres, ont des embranchements. Lorsqu’un objet me rend service, je le remercie et je me dis que quelqu’un l’a inventé, un autre l’a produit, un autre encore l’a amélioré, ensuite quelqu’un l’a transporté, un autre encore l’a vendu et il se forme toute une chaîne dans le temps et dans l’espace ; c’est vertigineux. En fait, mon remerciement comprend toutes ces étapes qui vont loin dans ces dimensions. C’est l’une des raisons pour lesquelles je trouve qu’il faut faire les choses bien car on ne sait pas qui va les utiliser et, chose curieuse, elles nous reviennent parfois. C’est tant au propre qu’au figuré.

Je suis sidérée bien des fois en me rendant compte des effets qu’un remerciement peut avoir. Si on connaît les travaux du physicien Garnier Malet, on sait que le passé, le présent et le futur existent en même temps bien que dans des espaces différents. Les remerciements me permettent d’entrer en contact, façon de parler, avec des personnes qui ne sont plus de ce monde mais qui pour une raison ou une autre me rendent service. C’est le cas, par exemple, lorsque je me rappelle d’un conseil, d’un commentaire, d’un geste, d’un regard qui, parfois, sur le moment vécu est passé inaperçu ou n’a apparemment été présent que quelques secondes dans mon monde.

Les effets d’un geste, d’un mot, d’un exemple, de tout ce qui nous entoure de façon visible ou non peuvent se manifester de bien des façons et à des moments tout à fait inattendus.

Alan et ma plateforme : un très beau garçon à l’allure d’un poète effilé m’a proposé de m’aider à monter ma plateforme. Depuis des années et des années, j’avais envie d’en avoir une, mais les différentes personnes approchées m’avaient dit qu’il fallait payer ceci et cela et je n’arrivais pas. Le sort a voulu que je rencontre Alan, que j’expose ma situation et immédiatement il a dit qu’il allait m’aider ; il l’a fait. C’est grâce à lui que j’ai une plateforme et que j’ai pu mettre des articles qui rendent service, qui me rendent service et qui rendent service à d’autres. Je le vérifie assez souvent. Je le remercie. En l’occurrence, lorsqu’un article que j’écris rend service à quelqu’un, au début de cette chaîne il y a Alan.

Mais, Alan n’aurait pas traversé ma vie si Philippe Girardin, le luthier, ne l’avait pas amené à l’un de mes spectacles et je n’aurais jamais présenté un spectacle à Philippe si je ne m’étais pas trouvée dans une situation « compliquée » due à une drôle d’intervention de la part d’une connaissance et que pour marquer le fait que je faisais front, je n’avais organisé une série de spectacles pour des amis. Mes remerciements vont à Alan, à Philippe et à celui que j’ai qualifié de « trouble fête » de ma vie alors que, tout compte fait, il m’a rendu service. Suivant la logique présentée, derrière cette dernière personne il y a un tas d’événements et de gens qui y ont aussi participé à leur insu. Je remercie donc tout le monde parce que finalement je sors gagnante !

Pierre Dubois. Je discute avec mon frère qui a joué dans Xamax junior, je lui pose des questions au sujet de M. Gilbert Facchinetti et il me dit que la personne qui peut le mieux me répondre est Pierre Dubois. Je téléphone à ce dernier quelques fois et son répondeur dit toujours la même chose « Vous êtes bien chez-moi, mais pas moi !  » C’est bien lui. Il ajoute « Laissez-moi un message, si vous le voulez bien, et je l’écouterai religieusement ». Une fois de plus, je me dis que c’est bien lui. Cela me rappelle une anecdote que feu mon ami André Oppel m’a racontée à son sujet : Pierre Dubois passe en voiture sous le tunnel de Prébarreau et au lieu de continuer sur le tracé autoroutier, tourne tout de suite à gauche et circule sur la rue de la Promenade noire vers le centre-ville. Il se fait arrêter par un policier qui lui demande s’il n’a pas vu la signalisation. Pierre Dubois répond : oui, c’est vous que je n’ai pas vu ! Je trouve cela magnifique. Mais, je disais donc que Pierre Dubois n’avait pas répondu à mes appels. J’étais un peu perplexe et me demandais comment allait sa santé.

À la suite de ce qui précède, je courais le long du lac, je croise deux personnes, deux hommes, qui parlent et entends « le conseiller d’État Dubois… » Je fais semblant de rien, mais c’est quand même curieux… Cela fait très longtemps que je n’ai pensé à Pierre Dubois et tout à coup son nom me vient par différents biais. Je retourne sur mes pas et demande s’ils parlent de Pierre Dubois. C’est le cas. Ils me racontent des faits de leurs vies, car on se sent en confiance. L’une des personnes a fait le trajet Neuchâtel – Rome à pied l’année précédente, connaît Facchinetti par le biais du football et l’autre a travaillé avec André Facchinetti, l’un des frères de Gilbert Facchinetti, au restaurant Boccalino. Pas de doute, nous faisons partie du même monde. Il me dit que Frédéric Dard, l’auteur de San Antonio, allait souvent chez lui et qu’il a parlé du Boccalino dans l’un de ses livres. Il me dit qu’après le Boccalino il a tenu le Vieux-Vapeur et ensuite le restaurant des Halles, devenu le meilleur restaurant de Neuchâtel. Mes sens s’aiguisent et je lui dis que j’aime écrire ce genre de choses sur ma plateforme et que s’il est d’accord, je vais le faire. Il me répond qu’il a plein d’articles et de choses pour en faire un livre et que si cela me dit… C’est là que le remerciement à Pierre Dubois intervient. L’un de mes derniers métiers est la révision de textes et même leur écriture. Cette histoire est l’exemple même du cas où une personne n’a pas besoin d’être physiquement présente pour qu’elle agisse – en l’occurrence en ma faveur – et que je songe à la remercier. J’ai eu la même aventure avec M. Facchinetti. Cela se passe par des fils invisibles.

Je m’aperçois que ce genre de fils sont nombreux dans ma vie. Je vis une période particulière et je vois des fils partout, des fils qui composent la trame de ma vie. Je viens d’en découvrir un autre avec mon maître de ballet Anton Romanovski. À lui, je dois une leçon de vie. À un autre maître de ballet, Oprea Petrescu, aussi. Finalement, je suis un patchwork. Je comprends mieux que la notion de « hasard » n’est pas la bonne. Une fois de plua Garnier Malet a raison.

Toutes ces situations me font penser à un vortex. Le temps s’écoule tel un vortex et quand je vois un vortex dans les bouteilles qui me servent à dynamiser l’eau, je suis ravie ; ravie au sens ou je me sens prise dans l’espace et aussi envahie de joie.

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Un garçonnet de trois ans et l’eau du lac de Neuchâtel

Je courais le long du lac pour aller me baigner et j’entends une maman dire à son garçonnet d’environ trois ans de ne pas aller dans la flaque d’eau. Je m’arrête et l’enfant montre toujours des signes d’aller vers l’endroit interdit. La maman répète et l’enfant poursuit. Je vais vers le garçon et lui dis que s’il écoute maman, je pourrai alors lui apprendre quelque chose sur l’eau.

L’enfant doit se demander pourquoi j’interviens. On ne se connaît pas. Je lui demande s’il voit l’eau qu’il y a dans le lac (le lac est légèrement agité même s’il n’y a pas de vent ou alors, je ne le sens pas). Je lui dis que l’eau bouge et que dans le corps on a aussi de l’eau et qu’elle bouge comme celle du lac. En fait on a aussi des lacs qui bougent dans notre corps. Il regarde son corps et fait non de la tête. Je comprends qu’il me dit qu’il ne voit rien bouger. J’explique qu’on ne voit rien parce qu’on a de la peau dessus, mais qu’on est vraiment comme le lac et que même quand on dort, l’eau bouge. L’enfant désigne d’un petit doigt la flaque d’eau. Je comprends qu’il me dit que l’eau de la flaque ne bouge pas et je lui dis, c’est vrai, dans la flaque l’eau ne bouge pas. Il me montre une autre flaque et je le félicite parce qu’il a compris que l’eau de son corps est comme celle du lac et pas comme celle de la flaque. Je dis au revoir et il fait signe avec la main.

Au revoir avec la main, en fait l’enfant bouge tout son bras. En regardant son geste, je profite pour lui dire que lorsqu’on bouge le corps, l’eau de nos lacs bouge encore plus et lui montre un endroit où le petit Seyon va se répandre dans le lac et lui dis que c’est comme cela. L’enfant dit quelque chose que la maman interprète et lui répond, non, ici il n’y a pas d’orques. L’enfant dit encore quelque chose et la maman traduit « les orques mangent les phoques ». Je dis au garçon que je ne savais pas que les orques mangeaient des phoques et le remercie de m’avoir appris cela. On le sait, il n’y a pas d’âge ni pour apprendre ni pour enseigner.

Aujourd’hui. Deux jours sont passés et je rencontre le petit gaçon avec sa maman et son papa. Il s’arrête et la maman me sourit. Je lui dis que j’ai pensé à lui et aux lacs de nos corps. Je dis à la maman que grâce à ce que j’ai dit au petit garçon, je vois mieux mes lacs et que c’est pour cela qu’il faut porter une attention particulière lorsqu’on enseigne, car tout nous revient. Il ne faut jamais enseigner juste pour un salaire. Je le sais mais je suis toujours étonnée de la prise de conscience chaque fois plus profonde qui se fait en moi toutes les fois que j’explique quelque chose. D’ailleurs, il en va ainsi de tous les mots et de toutes les pensées que nous avons.

Une boule en chocolat. Le garçonnet ouvre sa main droite et me montre une boule en chocolat enroulée dans du papier alluminium violet. Un magnifique violet. Je le prends comme un signe, lui dis que c’est très beau et on se dit au revoir.

Un de ces jours, je ferai une photo de l’endroit où le Seyon va se jeter dans le lac.

Le marché de Neuchâtel. Le monde de Zully ne saurait exister sans les autres mondes (en cours de rédaction)

C’est une évidence, personne n’existe tout seul. On est tous reliés, interdépendants. Cela me rappelle le professeur Jean-Pierre Gern de l’université de Neuchâtel (faculté des sciences économiques) qui parlait du sujet il y a… des années et nous, les étudiants, on se disait… je ne sais quoi, car il était évident que l’économie se nourrissait de chiffres, de nombres, de pourcentages, de rapports et que les relations humaines ne figuraient qu’à la fin des équations sous forme de résidus… De plus son cours n’était pas une branche principale. Or, finalement, c’est bien la qualité des interactions qui est à la base de notre économie. Notre vie, notre instinct nous le dit et pourtant… qu’est-ce qui guide les dirigeants des entreprises ? Qu’est-ce qui fait la puissance d’une nation ? Vous connaissez la réponse. Espérons que cela change.

Toujours est-il qu’au marché de Neuchâtel je trouve cette interdépendance, de l’amitié, du respect, de la chaleur dans les échanges ; je suis dans mon monde et je peux respirer librement ! Pour moi, le marché est l’une des puissantes racines de la ville. Ce marché, je l’avais toujours vu à la Place du Marché. Le nom de la place… On voit dans la première photo du bas qu’il est question de « La Place du Marché » et dans la suivante « Place des Halles »… Après enquête, j’apprends que le marché se tenait tout au début, au Moyen Âge, à la Croix-du-Marché, carrefour de la rue qui mène au Château (autrefois le château seingeurial) et de celle qui mène au centre de la ville basse. Cela s’explique aussi parce que le Seyon et le lac formaient un estuaire. Je n’ai pas trouvé de photo ou image. Dommage.

Mais, comme déjà dit, j’ai toujours connu le marché à la Place du Marché et les grands parents de mes amis y allaient là pour acheter des produits frais. Cela fait plus d’un siècle, raison pour laquelle, je sens le marché comme une racine. C’est simple. Si on change d’endroit le marché… Mais, restons encore dans cet environnement et voyons quelques unes des photos des premiers marchés photographiés de la ville :

J’ai agrandi la date : 1901.
On voit qu’il y avait déjà une boulangerie à l’angle de la rue du Coq-d’Inde. Quand je suis arrivée à Neuchâtel, c’était la boulangerie Knecht. Ici, je me demande qui la tenait à cette époque. Je ne peux même pas demander au photographe, son nom est tronqué… bon, même si je l’avais, il y a fort à parier qu’il est dans un autre monde.

Mes ralations au marché. Les stands où je vais sont des stands où je trouve des aliments qui nourrissent mes canaris qui sont chez moi en volière intérieure et extérieure. Mes oiseaux connaissent la pluie, le soleil, la neige qu’ils picorent. Certains ont même dormi sur le balcon par -9° ! Ils ont également des conversations avec des moineaux qui viennent leur rendre visite le matin, la journée et juste avant d’aller se coucher. J’aime mes oiseaux et essaie de leur procurer ce qu’il y a de mieux. Bref, si un stand vend des brocolis, des endives, des salades, du cresson et si en plus il a des fanes de carottes, c’est le rêve (voici une image) ! C’est le premier critère de choix d’un stand. Ensuite viennent des choses pour moi. N’étant pas une cuisinière passionnée, j’achète des légumes que je mets dans ma casserole dans une rosette pour faire cuire à la vapeur et basta. Mais, c’est sans compter avec certains horticulteurs et vendeurs passionnés par leur métier qui me font découvrir des aliments qui me permettent de mieux me nourrir.

Le gingembre : c’est le dernier aliment à être entré dans ma courte liste d’aliments. J’ai rendu je ne sais quel service à Michaël, l’un des horticulteurs dont la famille tient un stand depuis 1900 (!), et il m’a remerciée avec un rhizome de gingembre. Chose curieuse, je venais de découvrir chez Lidl des biscuits au gingembre que j’avais beaucoup aimés et voilà que Michaël m’offre du gingembre. Je ne peux refuser, c’était dans la logique des choses – la vie a des logiques qui nous échappent mais qu’on ferait bien de suivre. Le voici :

Michaël me l’a offert avec un tel sourire (derrière le masque, mais c’était visible) et il me l’a tellement vanté que je me suis dit qu’il me voulait du bien. Alors, j’ai pris.

Gengis Khan ! Le soir, en faisant je ne sais quoi, je me dis que c’est le moment de boire de l’eau chaude avec un peu de citron – cela je le fais souvent – et, suivant le conseil de Michael, de lui ajouter un tout petit peu de gingembre. J’ai donc râpé un rien de gingembre et j’ai bu. C’est allé. À un certain moment, je laisse passer dans la bouche un rien de gingembre, je le mâche et là… c’est Gengis Khan le conquérant, l’envahisseur de terres qui envahit mon système lacrimal. Tonneau, que c’est fort ! J’envoie un mot à Michaël pour lui parler de ce conquérant et il m’envoie une description des vertus de la plante. Après quoi je réponds qu’effectivement, ils avaient oublié de parler de Gengis Khan. On a bien rigolé.

Taxe douanière. Maintenant que je sais qui est Gengis Khan déguisé en gingembre ou l’inverse, dès que me dents le trouvent, il passe tout droit sans payer de douane !

Voici quelques unes des têtes des horticulteurs et vendeurs du marché avec lesquels je traite :

Certains horticulteurs n’aimant pas les photos et donc n’y figurent pas. Je les comprends, moi pas toujours non plus.

Au milieu : Michaël. C’est d’abord avec sa grand-mère que j’ai traité. Avec cette histoire de pandémie, je ne la vois plus et je le regrette. Elle a en tête le nom de chaque client, le prénom du fils ou du petit fils et pense même à mes canaris. J’ai beucoup d’affection pour tous les horticulteurs du marché, mais avec elle c’est particulier.

À droite : Pierre-André. Il y a un humour particulier. J’aurais dû noter « ses sorties ». Il faudra attendre la prochaine. Son stand en période de pandémie est très élégant, de plus c’est lui-même qui l’a construit. Chapeau ! Il faudra que je fasse une photo.

À gauche : on y voit Steve et Loïc. C’est le stand où travaille Paul, un étudiant toujours souriant, ici sur la photo à droite, portant un bac où il y a un sac avec du cresson et du pourpier qui feront les délices de mes canaris ! La photo est la reproduction fidèle de Paul. Je lui dois de grands services. Le stand où il travaille est le plus grand du marché. Un autre lien s’est établi lorsqu’une partie du personnel de ce stand est venue voir l’un de mes spectacles de danse. J’organise avec une élève des spectacles intimistes pour des amis et j’en ai fait un pour eux. À ce moment-là, Steven (à gauche sur la photo d’en haut) ne faisait pas encore partie du groupe et comme il a manifesté le désir de voir ce que je faisais, j »organise un autre spectacle. On verra quand cela sera possible.

La communauté formée par les stands. On peut réellement dire qu’ils forment une communauté. Quand le marché était uniquement à la Place du Marché, je voyais l’un des horticulteurs aller vers un autre pour lui dire qu’il lui manquait tel ou tel produit et je voyais qu’il était dépanné. C’était très joli. Il y avait une réelle entraide. C’était plus que joli, c’était magnifique et c’est comme cela que nous devrions tous fonctionner. Maintenant que le marché est dispersé – je présenterai la chose plus loin – l’harmonie et unité qui se dégageait de l’endroit est aussi dispersée. Disons que je ne la sens plus, car je vois quand même aller un horticulteur vers l’autre pour se rendre des services. On me dira que tout change et notre corps, l’air, la nature sont toujours en mouvement, mais on a aussi des choses stables, la main droite reste toujours à droite, par exemple.

Neuchâtel, ma ville, Ma ville, change. Comme je le disais plus haut, on me dit que tout change et je répète que si changement nécessaire il y a, des repères, des points stables sont nécessaires, c’est pour cela que la main droite reste à droite. Il devrait en être ainsi de Mon marché. Je n’aime pas les polémiques, et ceux qui connaissent la situation savent ce qu’il en est. Je me dis que le marché était là le premier et qu’il devrait y rester. Il apporte une stabilité à cette ville, laquelle – comme bien d’autresà – subit de grands changements dans sa zone commerciale et sociale. Ce que j’ai entendu dire de la part de bien des horticulteurs c’est qu’on leur a fait comprendre qu’ils n’étaient que locataires des places occupées… j’ai aussi entendu dire que s’il y avait plus de monde dans la zone, il y avait moins de clients, donc moins de ventes qu’auparavant. clients peu imaginatifs, faut-il le dire…-les clients aussi sont inconséquents ; c’est comme lorsqu’on a un partenaire-

Voici deux stands :

L’autre stand, le plus grand du marché est tenu par Xavier et autrefois par M. et Mme Reubi. Ces derniers ont été mes premières amours dans ce marché. Pourquoi ? Parce qu’ils m’amenaient du mouron, plante considérée comme une mauvaise herbe, mais qui doit avoir ses qualités que seuls mes canaris connaissent. Ils se précipitent dessus lorsqu’ils l’aperçoivent. M. et Mme Reubi me l’ont introduite sous son nom allemand « Vogelmiere », très joli. J’avais trois amours : le couple Reubi, Mme Pellet et Mme Brodard qui vient encore au marché avec ses confitures et des fleurs pour mes oiseaux (pas les confitures, seules les fleurs).

J’aime les travailleurs manuels !

Chaque fois que je vois des travaux sur la route, sur un immeuble, dans la construction, je suis en admiration et me dis que la pratique est quelque chose qui devrait faire partie de notre formation.

On le sait, j’ai un faible pour l’entreprise Facchinetti parce que j’ai connu M. Gilbert Facchinetti et que je lui dois une fière chandelle pour un travail fait dans mon studio de danse. Ici, on voit une grue Facchinetti et des travailleurs de l’entreprise dans les deux photos du haut ; dans celle du bas on voit eun travailleur du paysagiste Chopard Dolder.

Précision : l’entreprise Facchinetti travaille à la gare de Neuchâtel et l’autre monsieur refait l’entrée de « La Petite Rochette », belle villa tout près de la gare. L’ouvrier m’a expliqué qu’il y avait des creux et qu’il refaisait la surface. En effet, on oublie que la terre, la Terre aussi, bouge.

Ce qui m’impressionne chez eux c’est le soin qu’ils portent à leur travail, la minutie qu’ils y mettent. Il n’y a pas de place pour l’à peu près, le « on verra si cela tient », le « bof », le « j’essai « , etc. Bon, parfois ils pourraient faire mieux si les histoires de rentabilité n’entraient pas en ligne de compte. Mais laissons cela de côté pour cette fois. Je les remercie chaque fois que je le peux et leur dis que bien des politiciens, des « décideurs » devraient faire de la pratique dans un métier manuel pour voir que l’on doit tenir compte de bien des choses quand on fait un geste, quand on pose un élément. En fait, toutes les choses sont liées, mais on l’oublie. À chaque fois que je parle avec eux, que je leur pose une question sur leur métier, j’en sors enrichie.

Je me dis aussi que le soin que l’on met dans son travail devrait se ressentir dans sa vie privée et inversement.

Quand je prends le temps d’y penser, je vois la ville comme un corps, nous avons des os, des muscles, des artères, etc. et la ville a ses câbles électriques, ses conduites d’eau, ses jardins fleuris, ses trottoirs solides, ses artères. C’est un corps tout comme le nôtre ; nous portons un prénom et une ville porte un nom. Tout cela tient parce que des ouvriers ont respecté des normes, ont travaillé avec conscience.

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Entraide au centre-ville de Neuchâtel

Cet article fait partie de la rubrique « Questions sociales ».

Samedi passé, j’étais dans un magasin de cuir du centre-ville pour remercier le gérant qui m’avait donné un excellent conseil pour l’entretien de chaises avec du cuir qui se trouvent dans mon studio, lequel est passablement humide, lorsqu’on a entendu un bruit très fort. Nous sommes sortis et vu une remorque tombée dans le caniveau qui sert d’abri au fil d’eau du Seyon.

Je me suis dit « Il faudra appeler une dépanneuse ! »

Il ne s’en est pas fallu de beaucoup de temps pour voir affluer un tas de bénévoles pour aider la propriétaire du véhicule à trouver une solution. Je ne crois pas trop m’avancer en disant que la plupart pensaient comme moi « difficile de s’en sortir ». Mais, c’était sans compter avec les ressources de la jeune propriétaire qui a guidé tout le monde. L’opération s’est passée comme si cela avait été une répétition d’un spectacle bien rodé, personne n’a contesté les réflexions, les ordres et c’était presque comme dans un film.

Ce qui a été très beau cela a été de voir les gens venir de tous côtés pour aider : des hommes, une jeune fille qui a déposé son paquet par terre, une dame, bref, il y a eu toute sorte de gens.

La jeune femme m’a réellement épatée tant elle a gardé son sang-froid, a su analyser la situation et trouver des solutions ! Remarquable.

La manivelle à la main a été fournie par l’un des acteurs de cette scène. La jeune femme n’avait pas accès à son outil au fond de la remorque et, ni une ni deux, le gaillard est allé chercher la sienne et la lui a mise dans les mains. Je trouve cela magnifique, je me répète, mais c’est vraiment cela.

Je ne sais pas à quel moment, je me suis dit qu’il fallait prendre cet événement si hors du commun en photo, car après avoir pensé qu’il n’y aurait pas de solution immédiate, j’ai vu les résultats et ait aidé – dans la mesure de mes moyens – à faire bouger la remorque. Ce que je vois plus fréquemment c’est que lorsqu’il arrive un problème, les gens ont tendance à passer à côté sans s’en mêler. Cette fois-ci, cela a été une sorte de miracle. On aurait dit un ballet tellement la chose s’est passée en accord, en harmonie.

Encore autre chose : lorsque les gens ont vu que la remorque avait « retrouvé sa route », ils sont partis sans rien demander. Je sais bien que cela s’est passé en fin de marché et que probablement tout le monde désirait rentrer à la maison, tout de même cela est à relever.

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Attitude des clients – confinement ou non et commerce au centre-ville

Disons d’emblée que ce n’est pas le genre de choses à écrire, car le commentaire d’une chose ne fait que l’augmenter, mais il y a un constat tout de même à faire !

Comportement de clients dans un magasin en liquidation. Il n’y a pas si longtemps un magasin de chaussures a fermé ses portes et les articles ont été, on peut le dire, bradés. Si on m’avait demandé de deviner l’attitude des gens à l’intérieur d’un magasin dans une telle situation à l’époque actuelle, j’aurais perdu. Cela me dépasse que dans notre xxie siècle (note plus bas au sujet de l’écriture des siècles) de telles attitudes se révèlent. Voici des photos :

Désolant. Je n’ai pas d’autre mot. Le personnel était à bout de voir le comportement des gens, leur impolitesse, leur agressivité. Le personnel n’a pas eu besoin de me le dire, cela était palpable, audible, visible. De plus, comme les articles étaient bradés, il n’était pas rare de voir des gens partir avec un tas de paires de chaussures (ça en plus, ce n’est pas cher…). Je veux bien que cela se soit passé en période de confinement, mais c’est désolant. Cela aurait même dû être le contraire car nous vivons tous une période compliquée, on est tous dans le même bain si on peut dire. De plus, qui dit liquidation, dit aussi fermeture du magasin et chômage pour le personnel. Combien ont-ils été à demander ce qu’il allait devenir ?

Clients ? Quel nom leur donner ? Je ne sais comment qualifier les gens qui agissent ainsi. Il m’arrive de voir des articles par terre dans un magasin et de les ramasser ou de voir qu’un client laisse tomber un habit, replace un article à la mauvaise place et passe à autre chose. Je fais remarquer que quelque chose est tombé ou dis que je crois bien que ce n’est pas la bonne place pour l’article et la plupart du temps, les gens remettent les articles à leur place ; mais pas toujours. Certaines personnes répondent que les vendeuses sont là pour cela quand elles ne me disent pas de me mêler de ce qui me regarde. Je réponds que justement, cela me regarde et que le magasin était en ordre avant leur passage. Bref, je ne me fais pas toujours des amis.

Alors clients ou un autre nom ? Lequel ? J’aime la langue française, mais là, je suis dépassée, je n’arrive pas à trouver le mot approprié. Au fond, c’est un manque de conscience. Ce manque de conscience qu’on trouve si souvent à tous les échelons.

Manque de conscience encore. On peut citer de nombreux domaines et endroits : les rues, les conteneurs de déchets. Je pense notamment aux déchets verts ; on y trouve des cartons, des cagettes en bois avec des agrafes, des sacs en plastique, des bouteilles, et plein d’autres choses encore. Les gens ne se mettent pas à la place des petites bêtes qui vont manger quoi… des agrafes ? Et la terre, comment fait-elle pour recycler cela ? Même les sacs en plastique recyclable prennent beaucoup de temps pour être assimilés. On ne devrait pas en mettre du tout. Pas un seul, même dégradable. Dans un article du journal local, des paysans disaient combien leur bétail était parfois blessé à cause des objets que les gens lancent de leur voiture par la fenêtre. Les protecteurs de la nature disent aussi combien de choses étranges ils trouvent dans le ventre des poissons. Raison pour laquelle, je ramasse les plastiques, cigarettes, bouteilles et objets métalliques lorsque je vais au bord du lac. Mince !

Bonjour comme dans un moulin. Les gens entrent dans un magasin et vont tout droit vers l’endroit qui les intéresse. Qu’ils croisent des vendeurs, qu’ils les voient, ne change rien, ils ne penseront pas à dire bonjour. Ils entrent dans un magasin comme dans un moulin. Pas tous, pas tous, c’est vrai, mais la très grande majorité si. Que diraient-ils si leurs connaissances ou des inconnus entraient chez eux sans dire bonjour ?

Le comble ! Je suis dans un supermarché, regarde les raisins et vois une main féminine qui prend, touche et repose le raisin. Je dis à la propriétaire de la main qu’elle pourrait regarder avant de prendre. Elle répond qu’elle est dans un supermarché et que se cela ne me plaît pas, je n’ai qu’à ne pas venir ! Je n’ai pas toujours la bonne répartie et ne voulant pas envenimer la chose, lui dis qu’au marché on ne peut rien toucher. Je dois avoir eu un certain impact car pendant que je choisis du regard mes raisins, elle fait de même, regarde, prend et part. Ouf !

Commentaire d’un horticulteur au marché. Je lui raconte l’affaire et il me dit que c’est aberrant, on ne devrait pas tripoter les aliments ; autrefois c’était un vendeur qui s’en occupait (voir le paragraphe qui suit). Que dirait cette personne si lorsqu’elle va acheter de la viande tout le monde la touche, la laisse tomber sur l’étalage ?

Le métier d’étalagiste. Autrefois, il y avait des étalagistes et des vendeurs qui étaient là pour vous tendre les fruits et légumes. Le métier a disparu. Comme me l’a fait remarquer l’horticulteur cité ci-dessus, ce sont les grands magasins qui les ont supprimés pour réduire les coûts. On discutera de l’affaire dans un autre article.

Port du masque et respect des distances. Nous vivons une période compliquée et les hôpitaux sont débordés. C’est une réalité. Alors, ce sont des consignes que les gens devraient avoir à l’esprit. Mais… là encore il y aurait bien des choses à dire. Il y a une situation qu’il faut affronter. Les gens aimeraient retrouver ce qu’ils appellent leur liberté (voilà une notion à définir, car généralement mal comprise), reprendre leurs activités, continuer de « vivre » et ne plus suivre d’ordre même si c’est pour le bien de tous. Alors, respecter les distances dans un magasin, lorsqu’on croise des gens dans la rue, se laver les mains avant d’entrer dans un endroit public, ne pas tout toucher… C’est entraver leur « liberté »… On reste songeur ! Je viens enfin de lire quelque chose allant dans ce sens dans le journal local, mais dit avec des pincettes « on comprend que les gens soient fatiguées du confinement »… Il faut dire clairement les choses : vous voulez du respect ? Alors, montrez du respect quand il le faut. Point.

La peur. Parfois, je demande au personnel des magasins pourquoi il n’intervient pas. Raison majeure : on ne veut pas d’histoires. Je me demande quel genre d’histoire puisque le personnel aurait raison. Mais non, on ne veut pas mécontenter un client qui pourrait ne plus revenir, qui pourrait vous mettre une mauvaise appréciation sur la Toile, qui pourait écrire à la direction en rejetant la faute sur le personnel. On me dit souvent « le client est roi ». Un bien mauvais roi, dis-je. Un vrai roi n’agit pas ainsi. De plus, il n’y a pas de roi dans cette affaire, on est sur l’étagère sociale de l’échange : on me propose un article, je le prends et je paie. Point. Il va sans dire que ce point ne veut pas dire qu’on ne doive pas remercier le vendeur, le propriétaire, etc.

Le roi. Pour en revenr au roi, mon père m’a demandé une fois pourquoi dans un royaume le roi ne vole pas. Je n’ai pas eu de réponse. Il m’a expliqué que le fils du roi a les plus beaux jouets, les plus belles voitures, les plus belles filles et que quand il doit gouverner, il n’a plus que cela à faire alors que lorsqu’un mortel commun arrive au pouvoir… C’est un peu exagéré, mais il y a une logique compréhensible.

Les valeurs dans notre société. Tout ce qui est lié à la morale, à l’éthique, aux valeurs d’autrefois semble vieilli, dépassé. La réclame dans les médias ne cesse de nous dire que tout est « fun », qu’on a « le droit de » et des slogans trompeurs de ce type. Ce sont des slogans trompeurs, car nous ne vivons que d’échanges et ils doivent être harmonieux pour que cela fonctionne. Cela, les gens, non pas qu’ils l’oublient, mais ils n’ont même pas l’idée d’y penser…

La réclame. Je reviens sur le sujet. Cela me dépasse également de voir des réclames sur des meubles où les gens mettent les pieds sur la table. Il en va de même dans bien des films. Cela devient un cercle vicieux : on reproduit ce que les gens font à la maison (précision : je ne mets jamais les pieds sur la table !) pour faire « proche du public » ou « fun » – mot voulant dire qu’on est hors étiquette, hors règles ou même que l’atmosphère est détendue – et ensuite les gens le font aussi ailleurs. Il n’y a qu’à regarder les terrasses des restaurants, les bancs publics, les bancs des transports en commun.

Conseils que vous pouvez transmettre plus loin. Effectivement, bien des gens voient ce qui se passe mais ne savent pas quoi dire ou comment s’y prendre. Voici quelques conseils à transmettre à vos connaissances lorsque quelqu’un laisse tomber un article et qu’il reste par terre ou lorsque quelqu’un ne remet par un article à sa place :

  • Oh ! un habit est tombé ;
  • Je crois bien que quelque chose est tombé ;
  • Je crois bien que l’article n’est pas à sa place ;
  • Je peux placer l’article là où il était ?
  • Le pauvre, il est tout coincé, je lui donne de la place ;
  • Si vous regardez les fruits et leur demandez « qui veut venir? », il y en a un qui vous le dira. ; cela marche (c’est vrai dans mon cas et j’ai eu du succès avec certains clients).

Un profond remerciement ! Je remercie profondément tous ceux qui se trouvent dans le service de la vente et au service des clients. Je leur présente des excuses au nom de ceux qui n’ont pas la conscience de leurs actes.

Note sur l’écriture des siècles : voici l’allure que devrait avoir notre siècle sur ma plateforme si le logiciel le permettait. On le sait, les siècles, en français, s’écrivent en petites capitales et avec la lettre « e » en exposant haut. Précisons, comme le dit notre ami Chambaron, que s’il s’agit d’un titre où tout est en capitales, il va de soi qu’on écrira aussi ainsi les siècles. C’est tout. Certains logiciels, on ne sait qui les a composés, n’ont pas cette option et c’est regrettable. Word sur mon Mac le permet. Je remercie les programmeurs qui y ont pensé.

Petite aventure aujourd’hui. On le sait, on doit faire plus souvent la queue qu’auparavant. Aujourd’hui, dans un grand magasin, il n’y avait qu’une caissière et la queue était passablement longue. Tout à coup une autre caisse ouvre et ceux qui étaient derrière moi se précipitent, je fais de même et vois que la queue d’avant reste plus longue que celle où je me trouve maintenant. Un monsieur derrière moi râle parce que je suis passée avant lui – je l’ai fait en toute légitimité, j’étais devant lui dans la queu, quand même ! – alors, j’appelle la dernière personne de l’autre queue, une personne quelque peu âgée et lui dis que si elle veut passer avant moi, puisqu’elle était avant moi dans la queue, elle peut passer. Elle dit oui et vient. Le monsieur de derrière me demande pourquoi je fais cela et dit que ce n’est pas normal. Je lui dis que la dame était avant nous dans la queue et que si cela avait été lui, il aurait été content. Il a répondu, oui, d’accord. J’ai raconté l’affaire à une amie qui m’a dit que j’étais stricte. Je ne fais que penser aux autres. C’est tout.

Autre petite aventure et délicieux commentaire d’un vendeur. Une jeune femme prend deux fruits, les pèse, presse où il faut et le ticket avec le prix sort. Elle le prend, le regarde, pèse à nouveau un seul fruit, prend le nouveau ticket, colle l’ancien contre l’appareil et s’en va. Je lui dis que c’est moche pour les employés, qu’elle peut reprendre le ticket et le donner à la caisse ou le mettre dans un petit récipient en bas de l’appareil. Elle ne dit rien mais se baisse et colle le ticket au bas du meuble. Je lui dis que cela ne va pas, qu’elle ne pense pas aux autres. Elle fait semblant de rien entendre et s’en va. Je prends le ticket – priant pour qu’elle se soit lavé les mains en entrant au magasin – et le mets au bon endroit. Je vois un jeune vendeur et lui raconte l’affaire. C’est ici que vient le délicieux commentaire : tout le monde n’a pas de la lumière à tous les étages ! C’est très joli, plein de poésie et de sagesse.

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Le rôle du commerce au centre-ville.5 et Interdiscount

Parlons du rôle du commerce et du rôle des clients

S’il y a quelque chose que j’aime dans ma vie, ce sont les points de repère. Avoir un problème est déjà un problème. C’est évidemment une tautologie, mais certains problèmes embrument le cerveau alors que d’autres l’illuminent. Dans le cas présent, mon cerveau s’est embrumé lorsque le vendeur de mon fournisseur de téléponie m’a annoncé que mon téléphone était mort noyé. Je raconte l’histoire ici.

Ce que je voudrais souligner c’est qu’il y a des acteurs du commerce qui sont plus présents que d’autres. Chez Interdiscount, je trouve toujours des informations intéressantes et des produits qui me rendent service. J’y trouve des vendeurs qui sont aimables, qui m’ont toujours donné les informations pertinentes et c’est ce qui fait que je retourne toujours chez eux.

Mon opérateur de téléphonie. En ce qui concerne mon opérateur de téléphonie, le magasin local a un outil électronique qui compte les entrées et sorties des gens. Un jour que j’avais des ennuis avec mon téléphone et que je retournais pour poser des questions, l’un des vendeurs m’a fait savoir que je faussais les statistiques des ventes ; en effet, une personne entre – doit acheter – et sort. Si elle ne fait qu’entrer et sortir, sans rien acheter, c’est que le vendeur n’a pas su s’y prendre ! Dans une autre ville, l’un des vendeurs du même opérateur m’a déclaré qu’il ne pouvait rien faire sur mon téléphone parce que cela ne faisait plus partie de ses nouvelles attributions ; la centrale voulait éviter que le client ne soit pas content. Tout cela ne donne pas envie d’aller les voir ni d’acheter quoi que ce soit chez eux. Cette fois-ci, lorsque mon téléphone portable a eu de l’eau, le vendeur a diagnostiqué sa mort sans autre.

Nous sommes tous différents. C’est un fait, si nous sommes semblables, nous sommes tous différents ; à cela s’ajoutent les pressions des directions qui semblent être accordées sur la « rentabilité » et l’attitude des consommateurs. Sujet qui sera traité dans le prochain article. Cela fait qu’il est difficile de s’y retrouver. Alors, le vendeur de mon opérateur n’a pas pu faire autrement.

Bref, c’est chez Interdiscount que je trouve solution. D’abord, ses vendeurs m’ont conseillée en me donnant les astuces qu’is connaissaient pour faire sécher le téléphone. C’est ainsi que j’ai pu récupérer des données auxquelles je tenais. Ils ont fait plus que mon opérateur. Cela n’a malheureusement pas suffi pour faire refonctionner mon téléphone. J’en ai racheté un autre et ce sont toujours les vendeurs d’Interdiscount qui m’ont guidée pour mettre l’appareil en route, car les nouveaux modèles ont des fonctions différentes, des manières de faire différentes et on ne s’y retrouve pas. On parle toujours de logique, et certainement que celui qui conçoit le téléphone a sa logique, mais encore faut-il savoir comment elle fonctionne et le gérant et les vendeurs d’Inter Discoutnt, passionnées par leur métier, forcent mon admiration !

Voici le gérant entouré de deux des vendeurs que je connais depuis longtemps et qui m’ont sortie d’embarras.

Autre chose que j’aime dans ma vie ce sont les fameuses coïncidences dont je parle souvent, car le hasard, synonyme dans mon monde, fait que j’ai pris les photos en pensant aux personnes mais pas à l’arrière-fond. Or, c’est l’arrière-fond qui me permet de faire un lien avec la façon dont je vois le magasin, dont je considère le monde et dont je traite mes semblables. On y voit de droite à gauche les rubriques suivantes : home – games- accessories (parce que je suis un peu portée sur la langue – l’un de mes métiers est la révision de textes – je remarque que les termes sont en anglais, mais je ne dis volontairement rien sur le sujet). Alors, ces trois mots me font dire que je me sens à la maison (home) chez Interdiscount – que la vie est un jeu (game) qu’il faut prendre au sérieux – et que le personnel d’un magasin n’est pas un accessoire (même pas en anglais « accessorie ») qu’on ignore. Les vendeurs sont des acteurs bien vivants qui rendent de nombreux services et sans lesquels je serais souvent perdue.

Je remercie les vendeurs et le gérant d’Interdiscount pour toutes les fois où ils ont allégé ma vie en m’apportant des solutions.

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Réparations et rangement = de l’ordre en soi.4

Chaque année, je dois revoir de fond en comble les affaires que j’ai dans mon studio de danse du fait qu’il est humide. C’est un exercice quelques fois démoralisant, mais qui me donne, une fois fait, bien du plaisir.

Cette fois-ci, je range mes cartons contenant des costumes et m’aperçois qu’il y a un tas qui ne repose pas sur une surface de même hauteur. Il n’y a pas d’autre endroit pour les cartons. Il faut trouver une solution.

J’ai fait les photos sur le banc fait par Ernest Grize, le premier régissseur du Centre culturel neuchâtelois, et que j’ai repeint à ma façon.
L’alignement est bon, mais, je pourrais mettre encore un petit carton derrière le papier pour lui donner une apparence lisse. Ce sera une autre fois.

Ce qui me semble intéressant dans cette histoire, c’est que le couvercle d’un carton continue son existence sous un tout autre aspect que celui pour lequel il avait été destiné. Il me semble que c’est ce qui nous arrive quelques fois. On pense qu’on est utile ici et finalement c’est ailleurs que nous le sommes.

Dans cette aventure aussi, le bout de carton aurait pu simplement être plié et remplir le nouveau rôle que je lui ai donné, mais, il m’a paru évident de le remercier pour son service en l’emballant avec soin. Ici aussi, ce n’est pas parce que notre rôle n’est pas majeur que l’on ne doive pas prendre soin de ce qu’on a à faire, ou qu’on ne doive pas traiter avec élégance ceux qui nous rendent service.

Personne ni nulle chose n’est insignifiante, peut être la moralité de cette histoire. Et elle me rappelle celle que est arrivée à l’un de mes amis de Bucarest et à un sac de Zurich. Mon ami Ticu se promenait au centre de Bucarest et voilà qu’il croise une dame portant un sac en plastique avec des illustrations de Zurich. Ni une ni deux, il s’approche de la dame et lui demande s’il pourrait avoir le sac. Elle, on ne sait pas ce qu’elle pense, mais lui donne le sac. Arrivé chez lui, Ticu découpe le sac en fait une bande et décore une de ses lampes. L’effet a été somptueux et tous ceux qui allaient en visite chez Ticu admiraient la lampe. Personne, pas même celui qui avait fait l’image de la ville de Zurich, n’aurait pensé que ce sac pourrait avoir un tel destin. Je trouve cela magnifique !

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