Au moment où Alan m’ai aidée à monter ma plateforme, il m’a expliqué que sous « articles », je pourrais publier, comme le nom l’indique, des articles. Je me suis dit que je n’allais jamais en écrire. Or voilà que j’en ai composé plus de 300 maintenant. Je réunis ici ceux qui concernent des faits ou personnes de Neuchâtel.
Deux listes : Commerces de Neuchâtel et questions y relatives – Personnages de Neuchâtel
Questions sociales. C’est un commentaire sur le sens de la vie sociale (on y retrouve certains commerces ainsi que d’autres sujets liés à la vie sociale).
On le sait, le commerce de détail est celui qui est le plus proche de ses clients et par lequel bien des histoires arrivent.On le sait également, j’aime les commerces neuchâtelois qui se transmettent d’une génération à l’autre. C’est le cas de la famille Bourquin.
L’affaire ou l’histoire qui se greffe à la Papeterie Bourquin est celle des reprises du commerce sur terre une fois le propriétaire au ciel. On a eu à Neuchâtel quelques commerces repris par leurs descendants et l’exercice est une réussite. La Papeterie Bourquin est dans la lignée sauf que la situation conjoncturelle est compliquée.
Neuchâtel est ma ville et ma ville se compose de son lac, mon lac, de ses bâtiments, de ses commerces et de ses habitants. Les commerces font partie du paysage. Avant, la plupart de ces commerces étaient tenus par des Neuchâtelois, des gens du terroir. J’ai cru ces commerces immuables. Mais, non, tout change… cela me déstabilise quelque peu. J’ai l’impression qu’une partie de mon moi s’en va.
Mon paysage commercial. Les commerces tenus par des Neuchâtelois sont donc devenus rares : la Boucherie Margot, deuxième génération, la Boulangerie Maeder, deuxième génération, la Droguerie Schneitter, troisième génération qui prépare la quatrième, et la papeterie Bourquin qui est reprise par Nathalie, troisième génération. Sur son enseigne est écrit « Papetier Bourquin », c’est si joli. En fait en un mot il dit que chez Bourquin, on fait le commerce du papier et, par extension, des articles de bureau (Académie française).
La papeterie Bourquin, je me rappelle lorsqu’elle était à la place de la Poste. Arrivée à Neuchâtel, j’ai cru qu’elle avait toujours été là. Puis, en 1996, elle a déménagé à la rue du Seyon, pour s’installer à la place d’un magasin pour vélos. Dans ce cas, elle n’est plus là, mais elle est encore là ! Bon, on sait qu’on trouve aussi dans les grandes surfaces des articles de papeterie mais ils sont de plus en plus normalisés, comme si tout le monde pensait et agissait de la même façon ! Les conseils avisés, les articles particuliers, élégants, pratiques, on ne les trouve que dans les commerces de proximité. Tout dernièrement, en réparant des cartables, je suis allée dans mes réserves chercher une bande collante qui… datait. Je suis allée chez Bourquin, comme on dit à Neuchâtel, et, Nathalie a trouvé ce qu’il me fallait.
Monsieur Jean-Marcel Bourquin, le propriétaire. Il a fait partie de mon environnement commercial et de penser qu’il a quitté ce monde le 29 mai 2021 me fait quelque chose. J’aimais bien rencontrer cette figure, pas toujours expressive, mais calme et polie. Il aurait pu être anglais, tellement il était réservé. Tout comme monsieur Schneitter, il avait toujours la solution qui vous rendait service. C’est ainsi que les livres de ma bibliothèque ont belle allure grâce à des serre-livres qu’il commandait pour moi ; c’est grâce à lui que j’ai les 600 fils de mon atelier de couture dans des sachets Minigrip ; c’est grâce à lui que j’ai des stylos feutres dont la pointe mesure 0,3 mm; c’est grâce à l’une de ses vendeuses que j’ai acheté une réserve de bande collante pas trop collante pour faire tenir les photos que j’expose dans mon studio de danse ; c’est encore grâce à une autre vendeuse que j’ai un ruban adhésif qui me permet de tenir mes tableaux avec les photos des maquillages contre une surface sans l’abîmer, et ainsi de suite.
Le registre du commerce. Lorsque le propriétaire d’un commerce part au ciel ou lorsqu’il cesse son activité pour une autre raison, l’entreprise est déclarée en liquidation. Lorsqu’il y a succession, l’avis est différent et le commerce entre en succession. Dans le cas du Papetier Bourquin, le notaire s’est trompé et le registre du commerce a mis l’entreprise sous la rubrique « liquidation ». Que dire, tout le monde peut se tromper, mais là… L’annonce est parue dans les journaux et bien des gens ont compris que la papeterie fermait ses portes. Quand Nathalie s’en est rendu compte, cela lui a pris une année et demie pour rectifier le tir. Et encore. Les gens sont aussi très légers. Ils ne vont même pas constater. Nathalie s’est vue dans l’obligation de mettre une annonce devant sa porte expliquant qu’il y avait succession, que cela prenait du temps, mais que l’activité continuait, que la papeterie continuait de vivre ! Même le journal local, Arcinfo, n’a pu aider à rectifier le tir. Il y aurait eu un article s’il y avait effectivement eu fermeture mais pas dans le cas d’une succession (il y a 1’000 commerces dans le canton et le journal ne peut tout traiter).
Pierre Dubois. Je m’intéresse à l’histoire de la papeterie : arriver à une troisième génération dans un commerce c’est quelque chose ! Je me dis que dans le sang des Bourquin il doit y avoir un gène « papeterie ». La personne qui connaît Neuchâtel et son histoire comme sa poche est Pierre Dubois, l’ancien conseiller d’État. Je lui téléphone pour lui demander s’il se rappelle la papeterie.
Quelle mémoire ! J’admire. Maintenant, je me souviens aussi du magasin de fleurs.
2025. Je demande à Nathalie si la succession est terminée. – Hélas non ! dit-elle. Il se trouve que la succession de mon grand-père n’avait pas été réglée et il faut d’abord liquider celle-là avant celle de mon père. Un ami avocat m’explique que lorsqu’un patron d’une boîte quitte ce monde, il y a des impôts à régler avec la ville et le canton, mais que la succession dans la famille peut durer des générations ! C’est le cas qui se présente : une vraie pointe d’iceberg !
Le commerce au centre-ville. Je découvre en Nathalie non seulement une digne héritière de monsieur Bourquin (elle connaît ses produits, leur histoire, ses fournisseurs et sa clientèle), mais aussi quelqu’un qui s’intéresse à son environnement local, tant aux clients qu’au commerce en général. Comme bien d’autres commerçants, elle subit les effets des décisions politiques qui vident les villes de voitures et de places de parc. Le paysage commercial change. Si on songe que Migros s’est défait des activités telles que Mi-Casa, Hôtel Plan, Sport X, Bike-World, Mi-Belle et M-Électronics (Ex-Libris et Bestsmile avaient déjà quitté été larguées), pour se concentrer sur le secteur alimentaire, bancaire et de la santé, cela en dit long. De plus, depuis la covid, les gens achètent de plus en plus en ligne. S’il n’y avait qu’un seul élément qui perturbait le paysage commercial, mais, comme vous le voyez, il y en a tout un paquet.
Fin 2024, des commerçants (combien ?) ont envoyé une pétition à la Ville . Ils ont mentionné les problèmes cités avant la votation sur la suppression des places de parc. Il n’y a qu’à se promener en ville pour voir combien de commerces ont fermé et vont le faire avant la fin de l’année. Ce sujet dépassant le cas particulier sera commenté dans un article séparé.
Quand je pense que je n’aime écrire que des belles choses. Cela me rend triste. Alors, je reprends mon entretien avec Nathalie. Ainsi que je le disais plus haut, dans la papeterie de Nathalie, on trouve tous les articles liés au bureau. Pour en savoir plus, il faudrait aller faire un tour sur sa plateforme. Je lui demande de me parler des articles qu’elle vend :
dans ma papeterie, je vends des articles qu’on ne trouve pas ailleurs !
les stylos et crayons Caran d’Ache ! dit-elle. Cela tombe bien ; j’aime l’histoire de cette fabrique et c’est l’occasion d’en savoir un peu plus. La Fabrique genevoise de crayons Écridor, fondée en 1915 a été rachetée en 1924 par le Saint-Gallois Arnold Schweizer dont la femme avait passé sa jeunesse en Russie. Elle lui a suggéré d’appeler sa fabrique Caran d’Ache. Pourquoi ? La fabrique produisait des crayons et en russe crayon se dit Карандаш (carandache). Or, il se trouve qu’au début du siècle, en 1909, était décédé un dessinateur humoristique français appelé Emmanuel Poiré né à Moscou mais petit-fils d’un officier de Napoléon. Il avait émigré en France, récupéré sa nationalité et entre autres a été dessinateur au Figaro (j’ai une histoire d’amour avec ce journal). Le nom de plume d’Emmanuel Poiré était Caran d’Ache ; comme vous le voyez un jeu de mots et idéal pour la marque helvétique de crayons ! Précisons encore que le mot russe est issu du turc où kara-tash signifie pierre noire pour dire graphite.
mais, reprenons les articles Caran d’Ache. Ce sont des articles de qualité connus dans le monde entier. Actuellement c’est la quatrième génération qui tient les rênes. Nathalie me dit que la fabrique a encore un service après vente (SAP). Si un stylo a un problème, le SAP trouve les pièces et répare. Ce service tend à disparaître de plus en plus. Nathalie est aussi attachée à cette maison parce qu’elle a eu des crayons de cette marque étant petite. Les crayons sont faits à la main, il y a 35 étapes pour la fabrication et 50 heures de travail pour chacun. Aussi, lorsqu’elle a su que la gamme 541 allait être supprimée, elle s’est battue pour avoir le reste du stock. Cette marque, tout comme les fabriques horlogères le font avec des montres, produisent des stylos en or et en argent en éditions limitées ;
des pinceaux produits par Schminke et Da Vinci ;
il est possible d’acheter des fourres au détail ;
j’étais la seule à vendre une certaine marque de cahiers ; quand je l’a vue dans d’autres commerces, j’ai changé l’offre ;
toute sorte de produits pour le bricolage : encres, sacs, boîtes.
services proposés :
photocopie, plastification, reliure, (je ne sais où mettre le « carton photo »)
la haute écriture : ce sont les stylos et plumes de marque ;
des cartes d’invitation personnalisées ;
sur le site internet, on peut commander des produits livrables à domicile ou sur place. Si le client trouve finalement que l’article ne lui convient pas, il est repris et le remis en vente ;
politique commerciale : elle conseille volontiers ses clients ; quand elle n’a pas un produit, elle envoie le client au bon endroit. Elle dit que la vie commerçante est un aller-retour mais que cette solidarité commerciale se perd.
La première Papeterie Bourquin, place de la Poste. C’est comme si le temps n’était pas passé… une époque bien plus rassurante que la présente.
Photo des archives de la papeterie
De l’élégance : je vois Nathalie qui s’apprête à écrire la commande d’un article que je convoite et ne peux m’empêcher de prendre ses mains en photo. Les mains sont souvent le portrait de la personne. C’est le cas de celles de Nathalie : elles sont bien fermes, ongles soignés et courts, donc pratiques, et elles tiennent une plume ! Nathalie me dit qu’elle ne peut écrire autrement. La sienne est une XXX. Cela m’a donné envie de redonner vie à la mienne qui trône sur mon bureau. Nathalie s’est chargée de la réanimer.
Changement dans la continuité. On se dirait dans le monde de la politique. Ce que je cherche à dire c’est que la papeterie physique ferme ses portes mais qu’elle continuera à rendre service aux clients par la Toile via sa plate-forme. La nouvelle a été annoncée vers le 20 juin et prendra effet le 31 juillet 2025, soit dans près d’un mois. Un mois pour liquider la marchandise et nettoyer le local… tant d’années d’histoire balayées en un rien de temps… Nathalie a bien cherché un autre local, mais les loyers…
Le 31 juillet 2025. Ce sera donc le dernier jour où la papeterie Bourquin aura une présence physique. Je lui ai proposé de boire un verre de Mauler rosé ce jour-là. Il faut toujours garder la tête haute et on ne sait ce que l’avenir nous réserve. Elle a été d’accord.
Liens vers des articles sur le commerce au centre-ville ou des personnalités de la ville :
Comme dit dans l’autre article, Christian et Katia Marti ont dit au revoir via un cocktail et Jean-Marc Dupuis, le propriétaire, qui a repris le magasin, et son amie en ont offert un de bienvenue.
Il n’y a pas eu de partie officielle, de discours et la remise du magasin est passée comme une lettre à la poste !
Changement du paysage commercial à Neuchâtel. Je le dis dans l’autre article, mon paysage commercial neuchâtelois ne cesse de changer, de s’effriter. Heureusement que Christian a pris soin et pu trouver un reprenant. En fait, ils se connaissent depuis des années et Jean-Marc désirait prendre un magasin. C’est une chance pour cette ville qui ne cesse de perdre des commerces.
Cocktail d’adieu de la part de Marti Sports.
La composition de la table n’a pas cessé d’évoluer ; au fur et à mesure qu’elle se vidait, Katia remplaçait les plats. Christian et Katia au milieu. Chrsitian au milieuChristian reçoit une bouteille….Je suis fascinée par la notion du temps. Alors, on peut lire l’image 1 comme : je passe la main et 2 : c’est quand même ma dernière vente ou comme : 3 c’est ma dernière vente et 4 : je passe la main, mais, le plus important tant pour Christian que pour Jean-Marc est l’image 5 : le client est content !
Les pieds. Le magasin de sports prête une attention particulière aux chaussures afin que les pieds soient bien traités. Christian a été le pionnier de l’analyse de la foulée du pied dans un magasin de sports à Neuchâtel ! Dans mon métier de danseuse, les pieds jouent un rôle primordial et dans tous les cours que je donne concernant le corps : @3m.ossature ; @jouons avec les articulations ; À vos pieds, sans parler des cours de danse classique pure, je mets l’accent sur les pieds. Je suis aussi fascinée par les positions des pieds des gens, elles sont tellement représentatives ! Voici un aperçu le jour du cocktail de Christian :
L’apéritif de bienvenue de Jean-Marc :
Voici Jean-Marc qui vous accueille dans son magasin JMove :
Jean-Marc tout à gauche.
Liens vers des articles sur le commerce au centre-ville ou des personnalités de la ville :
Le paysage commercial de Neuchâtel ne cesse de changer. Je vais finir par me sentir étrangère dans ma propre ville ! Christian Marti prend sa retraite et Katia, sa femme, le suit. Mais, il y aura un repreneur que Christian connaît bien, il était représentant et lui vendait des chaussures de sport. Alors, c’est une chance pour la ville et Christian se dit aussi que ses clients seront entre de bonnes mains. Voilà un bon commerçant !
Le parcours de Christian.Il a fait son apprentissage de vendeur d’affaires de sport, travaillé chez Muller Sport et finalement s’est dit qu’il allait devenir son propre patron.
Début de son magasin en 1986. Christian Marti a repris le magasin de M. Bertschy, qui prenait sa retraite. À peine était-il installé qu’un monsieur qui désirait ouvrir un magasin de sports en ville lui a fait la proposition d’en devenir le gérant parce que, selon lui, dans un tel endroit il n’y avait pas de passage et qu’il fermerait boutique dans les deux ans !
Qui aura eu raison ? Il y a façon et façon de tenir son commerce : il y a celui qui fait tout le temps des calculs et il y a celui qui aime ses clients, qui prend son temps et pour lequel la satisfaction d’avoir fait la bonne chose compte plus. Christian fait partie de ces derniers et quand on va dans son magasin, il a toujours un mot pour vous, sait qui vous êtes, sur quelle planète vous vivez. De plus, il a un langage où la plaisanterie n’est jamais loin. On passe toujours un bon moment avec lui.
Ah, oui, qui aura eu raison ?L’aventure accompagne Christian jusqu’en 2024 ! Christian était d’accord avec le monsieur qui lui avait proposé la gérance de son commerce : divers autres magasins de sport vendaient des produits similaires et son endroit était ex-centré… mais, quand on a une passion, bien souvent l’intuition est là pour guider ; cela fait qu’il s’est dit qu’il allait se démarquer et, déjà à l’époque, il s’était spécialisé dans le conseil et les produits adaptés à ses clients. Cela a fait sa renommée et la clientèle est venue d’autres villes du canton, d’autres cantons et même depuis la France. Il n’y a rien à ajouter !
Effets de la politique de la Ville ? lui demandé-je. Je pose la question parce que je vois des effets et que plusieurs propriétaires ou gérants de magasin de Neuchâtel m’ont fait des réflexions ; voir notamment l’avis du propriétaire de l’ex Au pêcheur (paragraphe no 4 Les raisons ? ) qui avait été le magasin de pêche le plus ancien de toute la Suisse ! Il a dû fermer faute de clients qui autrefois venaient en voiture.
Screenshot
Les commandes en ligne : Les Marti ont raison. Cela m’échappe que la génération nouvelle, celle de l’écologie, commande des articles dans des tailles différentes pour n’en garder qu’une et renvoie le reste qui souvent n’est ni revendu ni recyclé. C’est tout un sujet à débattre car il implique : emplois – secteur commercial dans son entier (salaires, loyers des locaux, charges) – revenus d’une ville – service à la population locale – vie sociale tout court.
Les évaluations sur la Toile ? La notoriété sur les réseaux sociaux ? Il évite ce genre de choses parce que la clientèle attirée par ce type de publicité n’est pas celle qui correspond à ses critères. Il m’a donné l’exemple d’un restaurateur proche qui a gagné une étoile. Elle a généré une clientèle qui ne venait que pour évaluer le service, la façon de poser une chose ou une autre. Il n’avait plus sa clientèle qui venait goûter ses plats et son atmosphère.
Je remercie Christian qui m’a rendu service. J’accorde beaucoup d’intérêt aux pieds du fait que je donne des cours de danse classique et aussi sur le corps dans le cadre de Midi Tonus. Pour illustrer un cours uniquement destiné aux pieds, il m’a prêté les moules que voici :
Un pied plat, un normal et un troisième cambré. Ils me rendent bien service dans mes cours, car décrire une chose n’est pas la même chose que de la voir.
La fille de Christian et Katia a été mon élève. Je ne sais plus comment on s’est rencontrés, mais leur fille est venue à mes cours de danse et cela a créée un autre lien.
Je cours dans de bonnes chaussures. C’est aussi Christian et sa femme qui me procurent des chaussures pour que je sois à l’aise et ne me fasse pas mal aux articulations lorsque je cours le long du lac. Je les remercie de m’avoir écoutée et de m’avoir vendu les chaussures qu’il me fallait. J’ai eu de la chance d’en avoir trouvé encore une paire avant leur départ. Lors de mon achat on a discuté chaussures et j’ai dit que j’étais allée à Paris dans un magasin de chaussures pour m’acheter une belle paire mais que la gérante m’avait dit qu’elle avait restreint de beaucoup l’assortiment au profit de « tennis » parce que c’était ce que les gens portaient actuellement… C’est ce que je constate quand je regarde les gens dans la rue, dans le métro, dans les bureaux… Je trouve cela tellement dommage. Les gens peuvent avoir une certaine élégance dans leur coiffure, habit, ongles mais quand on arrive aux chaussures, c’est le désaccord total. Quand je vois un homme avec de belles chaussures en ville, je le lui dis. Christian ajoute que « maintenant, on vend des chaussures qu’il n’y a plus besoin de lacer ». C’est vrai, j’ai vu des réclames. Je ne sais comment ils font pour marcher, car si je n’ai pas mes chaussures lacées, mon pied n’est pas bien. Je le disais au début de cet article, mon paysage change !
Illustration du personnage : je suis passée dire à Christian que je serais présente à l’apéritif et que s’il a vait besoin d’un coup de main, je serais partante. Il a répondu que ce que je pouvais faire c’était : « Santé ! » et il la levé le bras comme s’il avait un verre. J’ai répondu que j’étais d’accord. Quand je suis arrivée, il expliquait à une cliente qu’il pouvait faire un moule du pied, adapter la chaussure et que même s’il y avait une incommodité quelconque par la suite, on pouvait toujours y remédier. Mon explication est courte, mais celui qui s’y connaît sait de quoi je parle. Et aujourd’hui, je sui passée devant son magasin pour lui dire qu’avec les chaussures dernièrement achetées, je courais comme dans un rêve et il a répondu : Vous avez couru 30 km en dix minutes ? – Comment le savez-vous ? ai-je dit après deux secondes – J’avais deviné ! Alors, à ce soir.
Katia Marti. Un remerciement particulier pour la femme de Christian qui a porté sur ses épaules toute l’administration. Son caractère est toujours resté le même, affable et chaleureux. Chapeau !
Apéritif d’au revoir et apéritif de bonjour : désirant avoir l’aval de Christian et de Katia pour la publication de cet article, je me vois invitée à l’apéritif qu’ils organisent :
On ne pouvait trouver meilleure façon de dire au revoir à une vie, à des clients et en même temps dire bonjour à une nouvelle vie et au nouveau gérant avec sa clientèle. Cela finit comme dans un conte de fées même si mon paysage change.
Liens vers des articles sur le commerce au centre-ville ou des personnalités de la ville :
Je reprends en partie l’introduction de l’autre article parce que la situation s’y prête. J’aime Paris et quand on aime quelqu’un ou quelque chose on n’a pas besoin d’expliquer. Cette fois-ci, j’y ai rencontré des situations qui m’ont apporté du bien ou qui m’ont fait rigoler.
1. Les cyclistes. Il y a cyclistes et cyclistes ! Je vais parler de ceux que je félicite. Dans les quelques jours de mon séjour, j’en ai croisé dix que je félicite. Le tout premier a été dans le XVIIIe arrondissement. Le feu venait de passer au rouge pour les voitures, il n’était pas encore vert pour les piétons et je vois le vélo s’arrêter.
Nous avons échangé un regard chaleureux et j’ai traversé.
La chose est arrivée avec un autre cycliste du IIe arrondissement, sur le Pont-Neuf. Je venais de revoir la maison d’Abraham-Louis Breguet et j’allais traverser le pont pour reprendre le métro. Ici aussi le feu vert pour les piétons n’était pas encore allumé que j’ai vu un cycliste d’un âge respectable s’arrêter. Je n’ai pu que le féliciter. Il m’a demandé pourquoi et je lui ai dit que la plupart des cyclistes continuent alors même que le feu est rouge pour eux ; qu’il était une exception et que cela méritait des félicitations. Cela lui a fait plaisir. Les autres, c’était vers l’Arc de Triomphe et encore ailleurs. À chaque fois, j’ai remercié, j’ai reçu des sourires et j’ai eu le coeur en joie !
2. Ticket rose chez Castorama. Je vais dans ce grand magasin pour acheter des articles pour le bricolage et reçois un ticket rose. Je suis surprise parce qu’à Neuchâtel, la mode est au gris, un vieux gris qui rend les tickets illisibles. Les gens qui mettent en circulation de tels tickets veulent bien faire mais ignorent les conséquences. Tout le monde parle de la planète et de l’écologie et s’y prend par bouts. Avoir conscience que tout ce qu’on fait a une conséquence est magnifique, dans le cas présent, la solution proposée va à l’encontre de la vision physiologique. Pour bien voir, il faut un contraste, le mieux est noir-blanc, sitôt que l’on met une couleur, cela exige un effort des yeux, or dès qu’il y a effort, la vue s’abîme. La population européenne est vieillissante et donc il faudrait lui éviter des efforts. Alors, ceux qui pensent bien faire, ne prennent pas en compte tous les facteurs. C’est désolant. Le gris du magasin suisse Migros est affreux, Aldi suit aussi, c’est désolant. Alors, voir du rose c’est déjà mieux. Je regarde donc mon ticket et dis au caissier :
C’est si joli et dit avec un tel sourire que je suis sous le charme. Je n’ai pas le temps de donner des explications. Mais voici les deux tickets :
Je viens d’entendre une émission française sur la problématique écologique du ticket, et là aussi le problème de la vue est passé sous silence. Je vais envoyer un mot. On verra.
3. On dirait du carton. Je suis sur le boulevard de Clichy et vais traverser comme si j’allais prendre le métro Blanche. Je lève la tête et vois un immeuble plus haut que les autres ; il se situe peu avant Le Moulin Rouge. Il me fait un drôle d’effet. Ce n’est pas la première fois que je vois un tel édifice et à chaque fois, j’ai la même impression. La différence, cette fois, c’est qu’un piéton à ma droite va aussi traverser. Sans autre, je lui dis en lui montrant le bâtiment :
On dirait que le bâtiment blanc est un décor en carton !
Le temps que mon cerveau assimile sa réponse, quelques fractions de seconde, et qu’on échange un regard et on a éclaté de rire en même temps. On était du même monde !
Même maintenant que je regarde la photo, j’ai toujours l’impression que c’est un décor et pas un vrai édifice. Il n’y avait pas assez de place pour la photo, mais tout à gauche il y a Le Moulin Rouge. Chaque fois que je passe par là, j’ai une pensée pour Toulouse Lautrec, le peintre.
4. Un avocat dans un bus. C’est rare que je prenne le bus à Paris, mais c’était le plus pratique pour aller voir le musée des mathématiques. Je ne sais plus très bien comment la chose s’est passée, mais, je dois avoir allongé mes jambes et plongé dans mon esprit… Tout à coup, je vois des jambes d’un monsieur à côté des miennes et je retire les miennes en présentant mes excuses.
Le monsieur n’a pas l’air fâché, il sourit même. Puis, je le vois sortir un dossier. J’essaie de voir s’il y a un titre, mais n’arrive pas. Il le ferme et le remet dans son sac.
Je ne sais plus très bien ce que l’avocat a dit, mais on était d’accord pour dire que l’argent et le pouvoir prenaient parfois le dessus sur la justice. Et voilà que le bus arrive au quartier de l’Horloge et passe à côté du Palais de Justice. L’avocat me dit au revoir et il se met devant la porte. Le bus passe tout droit devant l’arrêt. L’avocat va vers la jeune femme qui conduit le bus.
Il me regarde comme s’il me disait que j’avais raison. Je lui demande à quelle heure est sa plaidoirie et il répond que c’est à 9 h 30 (il est 9 h 15) et il descend. J’espère que j’ai eu raison. J’ai réellement admiré la façon de prendre les choses chez cet avocat.
5. Chez Driss, boulevard de Clichy. Ici l’histoire est un peu plus longue. J’ai vu dans un magasin, lors d’un de mes séjours en 2023, des écharpes en vente avec comme motif des tableaux de peintres impressionnistes et postimpressionnistes français. J’ai demandé au vendeur s’il savait quel était le peintre de tel ou tel tableau reproduit. Il ne le savait pas. J’ai pensé que ce serait bien qu’il le sache et lui ai dit que j’allais prendre tous les foulards en photo et faire des recherches. Ne connaissant pas tous les artistes, j’ai demandé à un ami peintre un coup de main, mais il m’a dit que certains tableaux avaient été retouchés ou composés à l’ordinateur et donc n’ai pu apporter mon aide au vendeur. Cela m’est resté sur le coeur. Cette fois-ci, je passe devant son magasin et entre pour présenter mes excuses au monsieur qui me dit :
J’ai été tellement soulagée de savoir que le monsieur a trouvé une solution que je le remercie de m’avoir ôté un poids. Il sourit et il dit que c’est lui qui me remercie. Je n’en reviens pas, je ne lui ai pas apporté de solution, il m’enlève un poids et il me remercie ! C’est comme dans un conte. Je lui dis que j’avais ce poids depuis l’année précédente. Il me répond que non, que cela ne fait que peu de temps (or, en vérifiant dans mon ordi c’est bien neuf mois…). Je lui demande alors de me montrer comment fonctionne l’application.
Je n’en reviens pas ! Je lui demande s’il peut faire la même chose avec ma montre, celle que j’ai achetée à des Africains sur un stand à la fête des Vendanges de Neuchâtel l’année passée. Il dit oui et s’exécute.
Voici Driss avec son iPhone magique ! Il l’a posé sur ma montre et tout de suite est apparue la référence.
Non seulement Driss ne m’en veut pas, ne me fait pas de reproche, mais en plus, il m’apprend des choses et tout cela avec le sourire et le coeur ouvert. Je lui dis que je vais écrire un article sur lui sur ma plateforme et ne peux que me pencher pour choisir des souvenirs. Je choisis la boîte « Van Gogh » et d’autres choses dont des cartes postales. Au moment où je lui demande combien je lui dois, il me dit le montant et ajoute : « Je n’ai pas compté les cartes postales ». C’est absolument inouï. De plus, les cartes postales ont comme image le Sacré-Coeur et la place de la Concorde. Deux places qui me tiennent à coeur à Paris. Avec la place de la Concorde, j’ai un lien spécial parce que liée à Ramsès ii. et au sujet duquel je prépare un article sur cette plateforme. Je me sens portée !
Je retourne à Paris et rends visite à Driss. Il est content de l’article où je le mentionne et remarque une tour Eiffel comme ces boules de neige qu’on secoue et la neige tombe. Je trouve l’objet intéressant – j’ai une admiration particulière pour monsieur Eiffel et je montre à Driss ce que je vais faire avec l’objet :
Effet Driss ? me demande-t-il. Oui, je donne des cours sur l’ossature, le corps. Lorsqu’on reçoit une mauvaise nouvelle, la matière se densifie, devient dure et rien ne circule, quand on reçoit de bonnes nouvelles, quand les choses vont bien, c’est comme lorsqu’on agite ce magnifique objet, toutes les particules du corps bougent ! Le regard de Driss brille et je comprends qu’il a compris !
Une fois de plus divers pans de ma vie se réunissent pour faire un tout : maquillage fantaisie, Jean Mentha le typographe, ma passion pour la révision de textes, mon plaisir de découvrir de nouvelles choses et je ne saurais dire lequel est le premier de la chaîne mais elles se retrouvent dans l’imprimerie C-G.
Pour cet article, on peut commencer par la fin ; une fois n’est pas coutume. Je viens de visiter l’imprimerie Courvoisier-Gassmann qui se situe près de Bienne. Je suis passionnée par la langue française sous tous ses aspects, l’imprimerie comprise, cela va presque de soi. J’ai bien connu des imprimeurs et des typographes et vu les métiers changer et souvent disparaître. À Neuchâtel il y avait les rotatives de la Feuille d’Avis, aujourd’hui, l’impression du journal se fait je ne sais plus où et il n’y a plus de correcteurs. Cela se sent, se voit, se vit et c’est dommage. Chez Courvoisier-Gassmann (C-G), je découvre une entreprise qui date de 200 ans, j’aime les entreprises qui ont un passé, celle-ci se porte bien et en plus a une éthique. Ce dernier point me rend l’entité vivante et cela me rend heureuse, c’est comme si on ne faisait qu’un.
Pour l’historique de l’entreprise, je vous laisse aller sur sa plateforme. Ce que je peux dire c’est qu’en deux cents ans, elle a subi bien des mariages, des refontes, pour utiliser le langage typographique. Actuellement elle a concentré ses domaines et emploie une quarantaine de personnes.
Exploits. Il faut le dire, j’admire le premier imprimeur de la boîte, Fridolin Gassmann : il a changé son premier métier de meunier pour celui d’imprimeur ! Cela s’est passé au xviie siècle : « Fasciné par l’art noir, il quitte la farine blanche »1 et se construit une nouvelle existence dans la « ville des ambassadeurs » soit Soleure : en effet, la ville a abrité l’ambassade du royaume de France en Suisse de 1530 à 1792 (Wikipédia). Fridolin Gassmann a dû être guidé par son intuition, il doit s’être senti capable de faire autre chose et ce qu’il a semé alors donne aujourd’hui encore des fruits. Cela me fascine ! Notre société est le fruit d’actions passées et quand j’en découvre une, cela me transporte. Je répète donc l’admiration que j’éprouve pour celui qui est la racine de l’entreprise C-G. Parmi les derniers documents imprimés, on trouve le livre « Armorial du Jura » que l’Office fédéral de la culture a considéré comme l’un des plus beaux livres suisses de 2022 ainsi que » Le Cèdre. Jean-Tschoumi 1951-1956 « , hommage à cet architecte, figure clef du xxe siècle, qui a donné un visage aux bâtiments administratifs des années 1950 .
Citation extraite de l’historique de l’entreprise.
Le chemin qui mène vers l’entreprise :
Sylvain Villarsest le personnage à qui je dois cette histoire et une partie de la mienne. Il est l’un des organisateurs de la Fête d’automne d’Hauterive. Il y a deux ans, il cherchait une maquilleuse pour sa fête et est tombé sur moi. Le hasard a fait que j’y avais déjà participé des années en arrière ; retourner à la fête a été le signe d’une continuité en même temps que celui d’un nouveau départ. C’est parce que j’ai remarqué le français soigné de Sylvain que je lui demandé quel était son métier et il m’a dit : « Lithographe de formation et je travaille dans une imprimerie où je suis responsable de production ». Mon Dieu ! Le fait de savoir que quelqu’un que je voyais physiquement travaillait dans une imprimerie, une vraie, m’a fait demander si je pouvais aller voir l’entreprise et la réponse a été positive. Quelle chance !
Un autre bout : Jean Mentha. Il a été typographe. J’ai entendu son nom par feu mon ami André Oppel qui fut directeur artistique du Centre culturel neuchâtelois, l’actuel théâtre du Pommier. André avait fait ses études de graphiste à Zurich et forcément suivi le mouvement Bauhaus. Il lui allait si bien… Je ne sais plus le détail mais André et Jean Mentha avaient collaboré. Cela suffit pour me rendre quelqu’un sympathique. Il y a quelques années, je me suis dit qu’il fallait que je rencontre Jean Mentha parce que j’avais dans mes affaires divers guides de typographie dont celui du Typographe romand, 1982, que j’avais envie de parler avec lui de son métier et surtout de le remercier pour ce qu’il avait fait. Je constate bien des fois qu’après que les personnes quittent leur poste, ils sont quelque peu oubliés et cela me donne l’occasion de leur apporter un peu de chaleur. Je suis redevable à ceux qui ont travaillé avant moi et je me dois de le leur dire. Les sujets de discussion n’ont pas manqué parce que le guide mentionné m’a rendu bien des services dans mes rédactions.
Malheureusement la pandémie s’en est mêlée et Jean a eu interdiction de recevoir des visites. Mais, lors de l’une de nos dernières rencontres, il m’a mis entre les mains le dernier exemplaire qu’il avait du Guide du Typographe romand - Choix de règles typographiques, publié en 1943, « son » exemplaire, revu et corrigé par lui. Je revois le moment où il me l’a donné. J’avais été surprise parce que je ne le lui avais pas demandé. C’est en repensant à ce moment que je me dis qu’il fait partie de ce que j’appelle mon album temporel. Un album est fait de photos, ici c’est plus qu’une image, c’est un film : je revois Jean aller chercher le guide et se pencher pour me le donner alors que j’étais assise à sa table à manger. À ce moment, j’ai pensé : « Je n’ai rien demandé » et reçu, simultanément, la réponse mentale de Jean : « C’est mon héritage, gardez-le ! ». C’est ce que je fais. Et comme typographie et imprimerie ne font qu’un, lorsque j’ai rencontré Sylvain, on a parlé de ces sujets et je suis même allée à Bienne avec les livres de Jean comme si j’allais avec lui.
Je montre l’exemplaire de Jean Mentha à Sylvain et il s’exclame : « Quelle belle écriture ! » En effet, on n’en voit plus de semblables. On voit la précision, l’harmonie, le plaisir d’écrire, tout un portrait de la personne qui sait où elle va.
J’ai dû beaucoup agrandir l’extrait, mais de voir toute la page vous donne un sentiment de clarté et de beauté.
2024 m’apporte une information au sujet de Jean Mentha. Chez moi, je le dis au début de cet article, les pans de mon histoire se rejoignent de façon inattendue. Je viens d’écrire que je ne sais plus quel lien unissait Jean à André et voilà qu’en revisitant des documents d’André que je vais donner à la bibliothèque de la ville qui vient de créer un fonds à son nom, je tombe sur la lettre qu’André a écrite à Mado – (secrétaire, comptable, barmaid, accueil, billetterie et caisse des spectacles au Centre culturel neuchâtelois, le CCN) après le décès de son mari, Ernest Grize, premier régisseur du CCN et personnage clef lors de sa création – où il lui rappelle que leur complicité à tous les trois (Ernest, Jean et lui) allait jusqu’à avoir les mêmes étagères (plan d’André et construction d’Ernest) et les mêmes haut-parleurs (construits par Ernest et habités par les amplis de Jean) dans leurs appartements respectifs. J’ai l’impression que les esprits me font signe.
Ma passion pour la révision de textes. Il paraît qu’avant de venir au monde, on sait ce qu’on va faire. En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu la moindre idée de ce que j’allais devenir. D’ailleurs, encore aujourd’hui, je cherche le métier que je ferai « quand je serai grande » ! J’ai eu diverses formations et divers métiers et ils se sont complétés les uns les autres. La révision de textes et l’une de mes dernières passions et elle m’a amenée à travailler avec et pour quelques écrivains dans des domaines aussi variés que les romans historiques, la vulgarisation scientifique, la santé, l’humour, la langue française. Je fais aussi des propositions à divers auteurs de plateformes sur la Toile et, de façon générale, c’est bien accueilli. Alors, aller voir ceux qui impriment entre dans la norme !
Les bureaux : ils sont beaux, bien décorés et l’air, autant que les idées, circule.
Le papier. Pas d’imprimerie sans papier ! D’où vient-il ? Sylvain m’explique que l’entreprise a des principes et qu’ils en achètent aux pays voisins, la France, l’Allemagne, un peu en Italie et pour le papier très spécial dans les pays nordiques qui ont beaucoup de forêts. Je suis conquise en écoutant ses explications.
Recyclage du papier. Le papier maculé n’est pas éliminé, jeté, il est recyclé. Je trouve cela magnifique. La nature a produit du papier et celui dont on n’a plus l’usage lui est restitué pour ainsi dire et il peut continuer son processus sous d’autres formes. Il est bien connu que les particules qui sont de ce monde viennent de la création et qu’à chaque changement de forme la mémoire se reporte. J’aimerais bien pouvoir parler avec les particules de ces papiers !
L’éthique de l’entreprise et mon atelier La valse comme chemin de vie. Une entreprise est le reflet de la direction qui est à sa tête. La direction de C-G a décidé de célébrer les dix-sept objectifs de développement durable de l’ONU via une série d’affiches faites par dix-sept artistes bénévoles. Un exemple de ces objectifs : énergie propre et à un prix abordable. Nous avons plus de vingt siècles de civilisation et néanmoins avons encore bien des problèmes. À propos d’énergie, l’ancien locataire de mon appartement avait inventé un moyen de produire de l’énergie sans pétrole… Il n’a pas été écouté et est parti au ciel avec son idée. Souhaitons simplement que de tels cas ne se reproduisent plus et œuvrons pour le bien de tous. En tous les cas, l’imprimerie Courvoisier-Gassmann donne le bon exemple.
Alors quel lien avec La valse comme chemin de vie ? C’est que pour danser la valse, la danse de salon la plus élégante qui soit, il faut être deux, danser sur le même rythme, aller de pair dans la même direction et les deux partenaires guident tour à tour le long de la valse. Le couple de valseurs se retrouve partout : vendeur-client ; chef-employé ; chauffeur-passager ; professeur-élève. Toutes ces paires vont aussi dans l’autre sens : client-vendeur ; employé-chef ; passager-chauffeur ; élève-professeur. Dans le cas qui nous concerne nous avons : imprimerie-papier et papier-imprimerie ; imprimerie-lecteur et lecteur-imprimerie ; imprimerie-mémoire de la société et l’inverse ; imprimerie-environnement et on tombe sur l’illustration des points retenus par l’ONU. Ici, l’imprimerie danse avec le développement durable en jouant divers rôles. On ne peut que la féliciter !
Qualité de l’impression. J’ai vu un imprimeur appeler un collègue et comparer un document avec celui récemment imprimé, aller vers sa machine qui dose les teintes et lancer une nouvelle impression. C’est magnifique et maintenant que vous, cher lecteur, avez été initié à la valse comme chemin de vie, on peut dire que c’est une belle valse entre le collaborateur et son imprimé !
On passe aux machines d’impression. Je regarde les employés travailler et en écoutant les explications de Sylvain, je me dis que décidément le travail manuel est plein d’enseignements : on ne doit pas mélanger n’importe comment les encres, on doit calculer le passage d’une couleur à l’autre, on doit aussi avoir grand soin des machines car la moindre erreur a des répercussions non seulement sur les documents mais même sur les machines qui peuvent s’abîmer. Je parle d’enseignement car c’est un mode d’emploi qui est transposable à tous les domaines. Je pense souvent à des lois qui ont des effets pervers… Je me dis que tout le monde devrait avoir une formation manuelle comme repère. On doit tout et tous bien traiter car le résultat de l’investissement s’en ressent.
Ce sont les machines les plus perfomantes à ce jour !
L’une des machines a été achetée par le dernier investisseur.
Ici nous avons une plaque d’aluminium. Elle est installée dans la machine, prend l’encre, la couleur, et l’imprime sur le papier.
L’histoire. Il y a une salle exposition où il y a des machines utilisées autrefois dans l’imprimerie. C’est un moment touchant parce que j’ai l’impression de voir des employés s’affairer. Les machines sont belles et bien entretenues. Je félicite ceux qui ont eu l’idée de les exposer pour marquer le chemin parcouru. Elles sont les parents des machines actuelles.
Autrefois l’impression était plus compliquée, les passages des couleurs demandaient plus de temps, beaucoup plus de temps, d’autres produits et d’autres savoirs. Dans la photo, on voit la main de Sylvain sur une pierre de lithographie.
Si on se trompe sur un papier, on efface ou on en prend un autre ; sur une pierre…
Domaines d’impression. Courvoisier-Gassmann se centre sur les livres d’art, des magazines, de la publication scientifique, des livres scolaireset la publicité en général. J’ai vu de très beaux ouvrages de grandes maisons avec des reliefs, des dessins et des dorures de rêve que je ne peux reproduire ici. Mais voici un autre ouvrage intéressant, c’est un conte destiné également aux aveugles. Il faut, pour une telle impression, un grand savoir-faire. Il y a non seulement du braille, mais également des images en relief. C’est magnifique !
Flûte, j’ai raté une photo ! Il y avait à un endroit des papillons sur lesquels était inscrite la langue : anglais UK, anglais américain, anglais international. Je n’avais jamais vu une chose pareille ! Je crois que le fait d’avoir fixé l’image dans ma rétine m’a fait croire que je l’avais prise en photo.
Les correcteurs. J’ai été tellement prise par tout ce que j’ai écouté et vu que j’ai passé outre l’une de mes principales raisons de ma visite : discuter avec les correcteurs ! Il n’y en a plus sur place… Correcteur est un métier qui disparaît, je le regrette et le constate à chaque fois que je lis le journal de Neuchâtel (oh, pas seulement !). Cependant, C-G, selon l’oeuvre imprimée, fait appel à des spécialistes avec lesquels elle travaille depuis longtemps.
Le secteur de l’imprimerie. La société change, les emplois changent, certains disparaissent, d’autres se créent et cela se ressent dans le domaine de l’impression sur papier. Dans les années 2 000 il y avait en Suisse 2 000 imprimeries, aujourd’hui il y a en 500 parmi lesquelles des bureaux qui font de la photocopie. Je vous laisse réfléchir…
Oeuvre de Saype
Paris, pour finir. J’ai un faible pour cette ville. Aussi, lorsque j’ai vu la photo ci-contre, je n’ai pas résisté à la prendre en photo à mon tour. Il s’agit de l’une des œuvres éphémères de l’artiste contemporain Guillaume Legros dont le pseudonyme est Saype (contraction du verbe anglais to say et du mot peace). Pour ses fresques, il utilise une peinture biodégradable qu’il a inventée. Ici on voit, sur le Champ-de-Mars, le symbole de la chaîne humaine. L’œuvre est un soutien à l’association SOS Méditerranée.
« Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Après avoir écrit l’article, la citation a affleuré à mon esprit. Je l’ai entendue de la bouche de ceux qui attiraient l’attention de ceux qui allaient écrire quelque chose. Désirant vérifier son sens, j’ai cherché sur la Toile et j’apprends qu’on la doit à Horace et qu’elle était utilisée dans l’Antiquité pour inciter les gens à écrire leur savoir afin de le transmettre et se créer une mémoire. Tout être vivant a une mémoire et une société, une civilisation se doit d’avoir la sienne. Le rôle de l’imprimerie Courvoisier-Gassmann est de la transmettre. Une fois de plus, les choses se lient les unes les autres ; en revisitant le portail de Courvoisier-Gassmann, je trouve la phrase : « L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. » Ce sont les paroles de Victor Hugo. S’il était présent, il serait d’accord avec la première citation aussi.
Le personnel. Ici aussi Courvoisier-Gassmann se distingue. Il engage du personnel non seulement en fonction des qualifications mais des capacités personnelles. C’est ainsi, que dernièrement, une personne qui n’avait jamais fait d’impression a été engagée parce que du fait de son métier de base, la précision, le sens du détail et le goût du travail bien fait ont pesé lourd sur la balance. Je me dis que Fridolin Gassmann doit être content !
Ce n’est pas seulement un commerce, un simple commerce qui ferme, c’est le plus ancien magasin de pêche de Suisse qui s’en va. Il met un terme à ses activités tout comme une série d‘autres établissements commerciaux qui viennent de fermer leurs portes à Neuchâtel, C’est triste. Ma ville se désagrège, se dissout…
Dès que j’ai su la mauvaise nouvelle, je suis allée voir le patron, Denis Demange, pour lui dire que je désirais être à ses côtés et lui donner un coup de main ; je lui ai dit que je voulais représenter le Neuchâtel de jadis, celui où les valeurs d’autrefois prévalaient, qu’il fallait toujours garder la tête haute quoi qu’il arrive dans la vie et que nous allions fêter la chose avec une bouteille de Mauler rosé. Une fois ma tirade finie, je me suis dit qu’il avait le droit de penser différemment, mais, j’ai eu de la chance, il m’a dit que c’est bien ainsi qu‘il agissait et que ce serait avec plaisir avec, cependant, une condition : il fallait se tutoyer. Comme c’est joli !
La fin mais aussi le début. On le sait, chaque chose a une naissance, un développement, une fin et la fin engendre un nouveau cycle. C’est le cycle d’engendrement dont parlent les Chinois. Le fait de savoir que le cycle existe apporte-t-il une consolation, une certitude que les choses vont s’arranger ? En tous les cas, Denis me dit qu’il y a eu quelques étapes un peu compliquées mais qui ont trouvé des solutions et il a fêté chaque solution. On est du même monde et c’est magnifique. On voit sur la photo que la bouteille de Mauler repose sur une nappe à l’image de Paris. Je lui dis que pour moi Paris n’est jamais loin lorsque je fête quelque chose et il me dit qu’il aime aussi cette ville.
Mars 2021, c’est à ce moment-là que j’ai écrit mon premier article sur lui. Je n’ai pas pensé que j’allais vivre la fin du magasin.
Les raisons ? Il y a tout une chaîne de causes : la covid, une crue du lac qui l’a rendu impossible à la navigation, puis pas assez d’eau, encore une bactérie et une politique qui supprime les places de parc en ville. Cela fait des années que la tendance a commencé et que des amis me disent qu’ils ne viennent plus à Neuchâtel parce qu’il est très difficile de se parquer. Maintenant, on vient de supprimer les places de parc près de la gare ; à croire que seuls les jeunes en short et sac à dos voyagent. J’exagère… Cet article, ni aucun des miens d’ailleurs, n’est pas le lieu d’une polémique, je ne fais que dire ce que tant de personnes constatent : ma ville se désagrège, se dissout, le paysage commercial disparaît. À cela s’ajoute le fait que les grands centres commerciaux et Internet vendent des articles à bas prix et que souvent le personnel a une connaissance très limitée des articles qu’il vend. Au début des années 2000, l’opticien Luther me disait : « Les gens viennent se renseigner chez moi, se faire faire des examens et ensuite vont acheter dans la filiale de la chaîne X (pas besoin de leur faire de la réclame ici !). Ils ne viennent acheter que dans des cas difficiles. » Denis me dit que tout dernièrement deux clients, et ce ne sont pas les seuls, sont allés chez lui avec deux cannes à pêche achetées dans un de ces centres et lui ont demandé de la leur monter. Ils lui ont aussi expliqué que puisque c’était leur premier achat, ils ne voulaient pas trop dépenser. Denis leur a demandé leur profession. : « Ingénieurs chez Y » fut la réponse. Il n’y a rien à ajouter mais la tristesse m’envahit en l’entendant m’égrener les raisons de la fermeture de son magasin. Je lui ai demandé si son service de monteur de cannes à pêche avait été payé : « Non, je suis un passionné ! » Là non plus il n’y a rien à ajouter.
À propos de la filiale de la chaîne X, Denis me dit qu’en Suisse allemande la chaîne ne marche pas parce que les gens tiennent à leurs magasins locaux. J’admire !
Denis me raconte : « Dans mon magasin il y avait des personnes seules qui venaient non seulement pour acheter, mais aussi pour se confier. Je me demande ce qu’elles vont devenir ». Je dois dire que c’est une sorte de révélation pour moi. Je n’ai pas pensé qu’un commerce comme le sien s’y prêtait. J’en prends pour mon grade. J’ai eu ce genre de relation avec les commerçants d’il y a quelques années. Aujourd’hui, je les compte sur les doigts d’une main. Une relation entre le commerçant et le client est aussi empreinte d’amitié, de compréhension, on se rend aussi des services non monétaires . Les commerçants locaux sont remplacés par des filiales de gros commerces. C’est une partie de l’âme de la ville qui s’en va.
Pour le moment me voilà apprentie en inventaire d’articles de pêche, de nettoyage et de démontage de meubles ! J’aime l’apprentissage de toute sorte de métiers et, surtout, j’aime rendre service. Cette fois, je suis bien tombée, Denis est un patron en or : il a quelque chose en commun avec feus messieurs Schneitter, le droguiste, et Vautravers, commerçanten articles ménagers : un certain sens de l’humour mais aussi le respect des articles mis en vente. J’avais déjà remarqué un sens très prononcé de l’ordre, du classement chez Denis. Cela se vérifie en cette fin de vie commerciale. Le plaisir que j’ai de l’accompagner en cette période est en plus enrichi à bien des égards : voir une personne mettre fin, par obligation, à une activité qui date de 1882, de façon élégante est une belle leçon. Denis a le sens du devoir, il aime et respecte ce qu’il fait, il est même méticuleux. Il me rend meilleure et c’est un délice. Je parle d’apprentissage non seulement parce que c’est mon sentiment, mais aussi parce qu’à un moment donné, je devais aller dans mon studio de danse chercher les flûtes à champagne et juste avant de fermer la porte, il me dit : « Tu as les clefs ? ». C’est bien le patron qui parle à l’apprentie !
Apprentissage chez Denis. On a commencé par prendre les différents articles, les cataloguer et les photographier. Puis, on a simplifié et on a fait des cartons spécifiques. Je peux dire que j’ai vu l’ordre régner à toutes les étapes. Fascinant !
Son père. J’aime ma ville et ceux qui l’ont construite. Le père de Denis, Christian Demange, en fait partie ; cela fait que j’ai une affection particulière pour lui. Je le dis souvent, nous ne sommes rien sans les autres, et surtout sans les précédents. Alors, la fin de l’enseigne doit marquer Denis. Il me dit que c’est le cas et qu’à un moment donné, il est allé parler à son père sur sa tombe. La semaine qui a suivi lui a apporté les solutions pour son magasin. Je trouve cela magnifique et suis traversée par une onde vibratoire au moment où il me le dit. On trinque à la santé de son père ! Lorsque Denis prend un objet qu’il ne va plus vendre pour le mettre dans la caisse qui sera débarrassée, il m’arrive bien souvent de reprendre l’objet et de dire « Mmmm ! cela peut servir ». et Denis de commenter : « J’ai l’impression d’entendre mon père ! »
« Cela peut servir » était donc l’une des phrases de monsieur Christian Demange. C’est aussi la mienne. Elle est plus fréquente chez ceux qui ont vécu la guerre ou qui ont vécu dans des pays où il n’y a pas tout. C’est ainsi que je récupère un certain nombre de choses chez Denis. « Tu vas faire quoi avec ? » me demande-t-il. Je n’ai pas toujours une réponse claire, parfois je trouve l’objet beau, parfois c’est pour compléter ce que j’ai, parfois j’ai l’impression que l’objet me dit de le prendre ; alors, je prends. Denis me dit : « Tu vas avoir tout mon magasin chez toi ! » Il exagère, bien sûr.
Attitude remarquable. Il a trouvé un repreneur qui lui dit qu’il peut vider le magasin de la marchandise et de ne pas s’occuper du reste ; puis, il se ravise et lui dit que ce serait bien d’enlever encore ceci et encore plus tard qu’il vaudrait mieux ne rien laisser. Denis avait déjà fait son plan de travail. Mais, il est un gentleman. Il aurait pu dire que l’accord avait été conclu d’une certaine façon. Il n’a rien dit, il s’est exécuté et j’ai trouvé cette attitude remarquable. Chapeau !
Dernier jour ouvrable de la semaine. Les circonstances de la vie on fait que je n’ai pu « aller au travail » que de 15 h à 16 h. Denis avait un rendez-vous après. Il avait préparé mes tâches. C’était du nettoyage. Il avait tout calculé et j’arrive à faire ce qu’il fallait dans le temps imparti. Au moment de partir, le ciel envoie une belle averse. «
Tu sais pourquoi il pleut ? demandé-je à Denis. C’est que le ciel a vu que je n’ai pas eu le temps d’arroser les plantes de mon balcon et s’est dit qu’il allait me donner un coup de main.
Tu as un parapluie ?
Non, j’ai toujours des paquets à porter et ne saurais où le mettre.
Tu ne vas pas partir ainsi. Tiens ! il reste une veste de pêcheur. C’est juste ta taille.
Je ne l’avais pas vue et même jamais pensé en porter une fois. Je lui dis qu’il pourrait la vendre. Il m’écoute, regarde par la vitrine et me tend la veste.
Découverte dans le démontage. Je trouve des traces de l’écriture de son père et peut-être des anciens propriétaires sur des étiquettes et les meubles. Je suis touchée. Je trouve même une annonce « Maidenform » collée à un arrière panneau. C’est la marque des soutien-gorge que ma mère a portés bien des années plus tard. Mon Dieu, que cela fait remonter des souvenirs ! Je dis à Denis qu’elle doit dater des années 1930, au moment où la boutique vendait des habits aussi (cf. l’autre article sur le magasin). Je me dis qu’il y a une porte temporelle que je pourrais ouvrir pour revivre ce temps qui me semble tout proche.
Le dernier ticket de caisse : c’est le mien ! Un ou deux jours avant que Denis ne ferme son magasin, je lui ai dit que je désirais acheter un couteau (inutile de lui dire « un bon couteau » parce qu’il ne vend que de la bonne marchandise) et que je lui demandais que ce soit sa dernière vente. Il s’est exécuté. Voici les deux objets.
C’est donc le dernier ticket de la lignée qui a commencé en 1882. Je me sens liée à l’histoire. Il a été imprimé le 29.04.2023 à 16 h 15, le prix est en francs suisses et en euros. Le verso du ticket indique combien Denis est soucieux de son environnement.
Dernier article vendu. J’ai donc demandé à Denis de me choisir un couteau. Il me choisit un Opinel. J’ai de la chance, Opinel est une excellente marque française. L’entreprise fait ses premiers pas en 1800, Joseph Opinel invente son premier couteau en 1927 et la firme a une reconnaissance mondiale. Je suis, je l’ai déjà dit, dans l’histoire. De plus, je suis très sensible au français et viens d’apprendre que Larousse a inclus dans son dictionnaire opinel, en même temps que bic, frigidaire et solex. Larousse va parfois trop vite dans certaines acceptions, mais là, il s’agit d’une reconnaissance historique.
Inventaire et démontage en images :
En réalité… j’ai reçu trois fois cette quantité. J’ai aussi reçu des sortes de perles que je vais partager avec les filles de mes amies. Inutile de dire que je suis de toutes les générations !
Denis me dit que c’est la date de naissance de son père.
Ordre et élégance chez Denis. Denis a enlevé les tiroirs des meubles, les a rangés dans sa vitrine afin de faciliter le travail de la personne qui les avait achetés. Plusieurs choses dans cette photo : de l’ordre, du respect pour les meubles, et de l’élégance parce qu’il se met à la place des personnes qui vont charger les meubles et leur allège la charge. C’est le portrait de Denis. Je répète : toutes les étapes ont été sous le règne de l’ordre et de la propreté. Cela a été comme une danse.
Chaque tiroir numéroté. Tout est parfait, mais au moment du déménagement des meubles, on n’a pas le temps de chercher lequel va où et Denis dit que tous les tiroirs vont partout. C’est réellement le cas. Je me dis qu’avec les meubles actuels… Vous avez raison, dit l’acheteur, on ne peut même pas le bouger de la place où on les a montés. Une nouvelle fois je suis émerveillée par le travail fait. Ces meubles ont servi des années et des années et sont toujours en bon état.
« Bonne nouvelle vie ! » a été la phrase de Denis aux meubles en les touchant au moment où la remorque s’en allait avec eux. C’est tout simplement beau.
Ce que l’aventure m’a apporté. Je me dis que je ne m’étais pas trompée en écrivant le premier article sur le personnage et le fait de le connaître mieux me fait l’admirer pour son attitude si élégante face à des inconvénients. J’aime aussi l’ordre, les choses mises en évidence, les beaux rangements, mais de voir travailler Denis me fait aller plus loin. Je ne saurais l’expliciter, je le vis. Je lui suis reconnaissante de m’avoir permis de vivre cette fin de vie commerciale et historique. C’est un fait pour moi. On a aussi bien rigolé parce que, comme déjà aussi dit, il a un certain sens de l’humour. J’ai appris à mieux manier certains outils, j’ai pu apporter une fois ou l’autre mon concours et une fois ou l’autre ses observations m’ont bien nourrie. Cela fait maintenant partie de moi. J’ai grandi et me sens meilleure. À un moment donné, il m’a confié une tâche en me disant qu’il avait bien pensé que j’allais aimer la faire. C’est vrai, j’aime le travail manuel. C’était à la fin du sixième jour de travail :
Demain, il ne restera que quelques affaires à liquider et à trouver quelle clef va dans quelle porte.
Magnifique, ce sera la danse des clefs !
Toi, tu aimes tout faire !
Oui, pour entrer en communication avec quelqu’un, il faut avoir la bonne clef, c’est comme une porte. Tout n’est que symbole dans cette vie…
Et on a ri avec l’âme parce que la vie peut être tellement simple !
Célébrations variées. Comme je le dis au début de cet article, il faut toujours garder la tête haute et fêter les choses. Alors, le premier jour de travail commun, nous l’avons fêté avec du Mauler rosé, le deuxième avec un autre genre de rosé, du jus de d’oranges rosées, le troisième avec des gâteaux d’une amie qui partait au ciel, le quatrième avec l’amitié tout court parce que c’est mon jour de jeûne, le cinquième avec du silence afin de ne pas déranger les voisins avec le chargement de la remorque qui emportait les meubles, le sixième avec un sentiment d’exaltation parce que l’on avait accompli un très grand travail, chose qui à un certain moment était apparue impossible et septième et dernier jour avec le sentiment du devoir accompli (ne pas oublier que Denis a fait plus qu’il n’avait été convenu, mais lui se dit qu’il a ainsi le sentiment d’avoir achevé son travail) et, bien sûr, du Mauler rosé. On le voit le cycle se termine comme il avait commencé et c’est signe du départ d’un nouveau cycle.
Voilà la table improvisée sur la vitrine où le Mauler rosé règne sur un fond parisien.
Ouverture du Mauler. Normalement, j’ouvre les bouteilles. Le premier jour, je n’ai pas réussi. C’est bien la première fois et j’ai dû céder la chose à Denis. Cette fois-ci, je me dis que je dois réussir. Cela prend du temps et il dit :
Faut pas avoir soif !
Dieu sait la tête que je fais, et il ajoute :
Faut pas être dans le désert !
Je n’en ai cure, réussis à ouvrir la bouteille et là on éclate de rire. C’est cela passer du temps avec lui.
Le fait de participer à toute cette aventure me fait me sentir partie prenante de l’histoire et sens une nouvelle racine pousser pour aller rejoindre l’année où le magasin a été créé. Je la laisse aller plus loin, volontairement, parce que ceux qui étaient vivants en 1882 avaient leurs propres racines et qu’elles se lient aux miennes.
Solutions, c’est le mot de la fin. On rejoint le premier paragraphe, celui où Denis dit qu’il a fêté chaque solution qui lui est apparue. C’est magnifique. On ne peut que lui souhaiter bon vent !
Le plaisir. Bon, cette fois c’est le dernier mot et il se nomme « plaisir ». Le plaisir est un sentiment qui devrait nous accompagner tout le temps. Je le répète à tous mes élèves. À Denis, il n’y a pas besoin de le dire parce qu’il le dit lui-même : quand on a du plaisir, tout va tout seul. Comme il a souvent du plaisir, je l’imagine s’en aller dans la vie dans le bateau du plaisir.
Question d’écriture. Certains pourraient avoir été étonnés d’avoir lu « monsieur » et non pas « Monsieur ». Alors, doit-on écrire : j’ai parlé avec M. Levoisin ou j’ai parlé avec monsieur Levoisin ? Mon expert, Chambaron, m’explique que « monsieur » n’est pas un titre. On n’a pas l’idée d’écrire « Chère Voisine », alors, on n’écrit pas non plus « Cher Monsieur », mais « Cher monsieur », car il fait partie du corps du texte. Par voie de conséquence, on écrira « j’ai vu monsieur Duvoisin marcher dans la rue ».
Lien vers le site temporaire de Denis où vous pourrez acheter des articles pour la pêche : aupecheur.ch.
Liens vers des articles sur le commerce au centre-ville ou des personnalités de la ville :
Disons tout de suite que devant chez moi c’est directement trois blocs d’appartements et donc bien des personnes qui sont concernées par les travaux.
J’écris cet article pourremercier les travailleurs avec lesquelsj’ai échangé quelques mots très aimables et qui m’ont informée du but du travail. Il faut dire que la Commune nous avait envoyé un mot signifiant qu’il y aurait des travaux et présentant des excuses pour le bruit mais que personne dans la maison n’a compris la raison desdits travaux. Ce sont les travailleurs qui nous ont expliqué qu’un arrêt de bus allait être déplacé pour l’installer « droit sous nos fenêtres et balcons », pour parler neuchâtelois.
Lors de nos échanges de mots, j’ai dit aux travailleurs une chose que je répète souvent, à savoir que les politiciens devraient faire de la pratique dans les travaux du bâtiment parce que chaque chose doit être bien faite sous peine de voir déborder l’eau, craquer le sol, avoir des tuyaux qui ne se joignent pas, marcher de travers, avoir l’électricité qui n’arrive pas au dernier étage, etc. Je le dis parce qu’on voit des règlements qui bien souvent laissent à désirer.
Je désire aussi remercier M. Cardoso, travaillant sur le chantier, qui a résolu un problème de bruit inutile : une passerelle en métal était bancale et faisait un bruit très fort. J’ai pensé que les voisins avec des fenêtres de ce côté-là… devaient en déguster. Il a compris et m’a dit qu’il mettrait un taquet. Il l’a dit et il l’a fait. Je le remercie au nom des voisins qui bénéficieront de la tranquillité qu’il leur a offerte.
Les gens. La passerelle, on le sait, permet aux personnes de continuer leur chemin sans se salir, s’empêtrer dans des cailloux, avoir des incidents. Elle rend bien des services, mais, elle est provisoire et bouge. Aussi, à un certain moment, elle se décale et se trouve en partie dans le creux qu’elle doit combler. J’ai vu une maman se battre pour pouvoir continuer avec sa poussette. Je me dis qu’il faut remettre la passerelle à niveau et demande à un passant de m’aider. Il pose ses affaires par terre et me donne un coup de main. Quelque temps plus tard, je ressors et vois à nouveau la passerelle déplacée. Je demande à un monsieur qui passe avec sa copine s’il a de la force :
Heu… cela dépend…
C’est pour remettre à niveau cette passerelle.
Vous habitez ici ?
Ce n’est pas la question. Il y a des personnes avec des poussettes, d’autres sont âgées et ont de la difficulté à marcher, de plus pas tout le monde regarde par terre quand il marche…
La jeune femme n’a pas l’air très contente. Je me dirige vers la passerelle et commence à la lever sans succès. Alors, le monsieur m’aide et la passerelle retrouve sa bonne place. Je dis :
Vous avez rendu service à l’humanité !
Ils éclatent de rire et sont de bonne humeur. Je le sens et c’est normal ; chaque fois que l’on rend service, on est content.
Je reviens à M. Cardoso. Il confirme qu’il travaille pour l’entreprise Marti Arc Jura et me dit qu’elle est la deuxième plus grande entreprise de construction en Suisse ; elle compte 6’000 employés. Je n’en reviens pas ! 6’000 ? demandé-je. Oui, on est présents en Allemagne, Autriche, Islande, Norvège, Chili et Chine. C’est magnifique ! Je vais sur la Toile et lis que l’entreprise date de 1893 ! J’ai un faible pour l’histoire, pour ceux qui y participent.
Je profite pour remercier monsieur Wingeier, chef de l’équipe, qui m’a donné le nom d’une petite machine que je trouve jolie. Jolie ? Demandent deux travailleurs surpris. Oui, je la trouve jolie. C’est remarquable d’avoir pensé à faire une telle machine parce qu’autrefois c’étaient les travailleurs qui devaient faire l’aplatissement et tassement des matériaux sous l’asphalte ou couche de revêtement du trottoir. Voici la machine en question.
J’aurais bien voulu connaître celui qui le premier a conçu cette machine. Malgré le bruit très élevé qu’elle fait, je la trouve jolie.
Surprise ! Je sors assez tardivement de chez moi ; les travailleurs sont partis. La passerelle est à la bonne place avec son taquet. Alors, la surprise ? C’est qu’il y avait une seconde passerelle qui, à mon avis, faisait un bruit presque pas remarquable. Mais, je vois qu’elle aussi a été calée ; maintenant, elle est décorée de deux taquets. C’est magnifique ! Mon admiration pour le détail que les travailleurs accordent à leur chantier augmente.
Compliqué. J’ai voulu prendre une photo de l’équipe au complet, mais les travailleurs étaient sur deux chantiers en même temps et très pressés. J’ai fait au mieux.
Quand on a toujours une mot aimable et le sourire, je me dis que c’est le signe de ceux qui aiment leur métier. Cela me rend de bonne humeur !
L’autre personnage de la construction à Neuchâtel qui a soulevé mon admiration a été Gilbert Facchinetti. Ses travailleurs ont aussi été à l’écoute de quelques-unes de mes demandes.
Ici, plusieurs notions s’entremêlent : le soin pour un objet qui a des années à son compteur, la persévérance, le « kai zen » (en résumé – la notion japonaise qui veut dire « toujours améliorer »), le symbolisme, et le hasard, qui n’existe pas, qui prend, à Paris, des allures d’hôtel de la Poste et d’Ali Nasr.
Un sac acheté dans les années… je ne sais plus, mais, je vois encore l’endroit où il se trouvait et le signe qu’il m’a fait pour que je le prenne. C’était l’époque où l’on faisait des articles de bonne qualité, faits pour durer presque une vie. Le « presque » est arrivé il y a bien des années. Voici sa présentation :
Services rendus. J’ai utilisé le sac comme cartable, puis l’ai laissé reposer et, depuis que j’ai un ordinateur portable, il fait partie de ma vie de tous les jours, pour ainsi dire. Donc, le « presque toute une vie arrive » : tout d’abord, l’intérieur de la partie qui se rabat s’est effrité. J’ai commencé par me dire que c’était une évolution normale, un fait ; puis, un jour, au début des années 2000, qu’il m’est resté un bout d’un tissu noir brillant utilisé pour décorer une table pour un spectacle, je l’ai mis à mon cartable qui a retrouvé une deuxième jeunesse. Comme on le voit, elle est encore d’actualité.
Évolution. J’ai maille à partir avec la notion du temps et les ravages qu’il imposerait. Je me dis, depuis très longtemps, que ce ne doit pas être une fatalité, que le Créateur ne peut pas nous avoir créés pour devenir moches ni pour que les choses se dégradent ; d’ailleurs la matière qui nous compose est celle qui existe depuis le début de notre création, or elle crée de nouvelles formes tout le temps et en bon état, alors… Mais, force a été de constater que des coutures ont « lâché » sur le haut des côtés. J’ai mis une bande collante, mais elle n’a pas tenu. C’est mon cordonnier local qui a mis un peu d’ordre en cousant un bout de cuir brillant. Je lui suis reconnaissante.
Évolution encore. Vous l’avez remarqué, mon sac n’a ni poignée ni bandoulière, alors, pour le porter, je le prends par le milieu de sa partie inférieure et un jour… le cuir a commencé à craquer là aussi. La bande collante n’a rien donné, non plus. Mon cordonnier m’a dit qu’il n’y avait pas de solution. Pourtant, me disais-je… pourtant…
Ali Nasr, le tailleur à Paris. Je vais à Paris, ma ville favorite, et demande à mon aimable hôtelier s’il ne connaît pas un couturier dans le coin *Deux rues plus loin, à droite », me dit-il. J’arrive et j’explique. Ali, le cordonnier en question, sourit (pendant ce temps, son cerveau cherche une solution) et il dit presque tout de suite « Il faudrait mettre une bande de cuir. Je lui dis que j’aime les gens qui trouvent des solutions. Je suis au comble de ma joie, car j’avais bien raison : il y avait une solution. Bon, pas facile, parce qu’il fallait démonter un bout du sac, mais Ali a trouvé moyen de le faire. Je lui dis que je suis de passage et que je vais à une exposition et ne serais pas de retour avant qu’il ne ferme, que je le paie d’avance et qu’il pourrait déposer, exceptionnellement, mon sac à l’hôtel. Ali sourit et je pars. Entre gens de confiance, on ne se pose pas de questions.
Le résultat du travail d’Ali = une merveille !
C’est vraiment magnifique ! Sur la photo, on ne voit pas très bien et c’est peut-être ainsi qu’il faut voir le sac. Personne ne remarque rien si on ne le lui dit pas. C’est ici que s’entremêlent toutes ces notions :
le temps : c’est comme s’il n’était pas passé. Mon sac a toujours l’air neuf ;
la persévérance : il ne faut jamais abandonner ;
kai zen : on peut toujours améliorer ce qui fait partie de notre monde ;
l’ingéniosité : elle fait partie de ceux qui aiment à fond leur métier. C’est le cas d’Ali ;
le hasard : il y a bien des scientifiques qui disent que le hasard n’existe pas. Dans mon cas, on peut parler de hasard, mais il y a toute une chaîne derrière – l’admiration que j’éprouve pour Abraham-Louis Breguet me fait retourner souvent à Paris, l’hôtel de la Poste qui est devenu mon point de chute, mon chez moi à Paris, le tailleur Ali Nasr.
Une ceinture. J’avais pris dans mes bagages une ceinture pour laquelle, je cherche aussi une solution depuis des années. Je l’ai achetée, avant le sac, à M. Neuenbaum (?). Il était un vendeur de la place et publiait toujours une chronique dans le journal local. J’ai porté cette ceinture longtemps, puis, est restée au repos et, tout comme le sac, a repris du service depuis quelques années. Là aussi, le fameux temps… Je cherchais de l’élastique de la bonne largeur sans le trouver. Voici que cette fois, j’en trouve un peu plus large à la Mercerie de Saint-Pierre. Je porte le tout à Ali et me rends compte que la pièce centrale a des pierres rivées au similicuir et que découdre ne suffira pas. Je vois mon effort par terre. Mais, Ali me dit qu’on peut faire autrement ! Voici le résultat.
Les idées : Ali voit la difficulté et me dit qu’on peut mettre la pièce milieu. Ouf ! J’éprouve une grande reconnaissance pour le tailleur et ma ceinture doit se sentir soulagée. Pour les bouts, comme l’élastique va dépasser, Ali suggère deux plis, puis je lui demande si on ne peut juste replier l’élastique et Ali dit « Quand les idées naissent… » et me voici avec ma ceinture avec une nouvelle vie ! Juste pour le plaisir, je montre la partie centrale.
Je vais trouver un moyen de revigorer la couleur du similicuir sur les bords.
Tout cela pour dire qu’il y a des solutions dans ma vie. Il n’y a rien de très particulier, la gloire n’est pas venue me rendre visite mais je vois que les solutions arrivent quand elles doivent arriver. C’est la suite de l‘article que je suis en train d’écrire et qui traite du même sujet.
Autre travail remarquable, on est en 2023. J’ai une autre ceinture dont la couche extérieure se décolle. J’en parle à Ali, sans la lui montrer, et lui demande de la coudre. Première question du professionnel : « A-t’elle déjà été cousue ? » Non… dis-je. Je sens que la tête d’Ali travaille et il demande à la voir. Je ne vais pas faire long, voici le travail.
Dieu des ceintures. S’il y avait un dieu des ceintures, il est sûr qu’il décernerait une décoration à Ali pour le travail si minutieux sur l’un de ses sujets ! Quand Ali m’a dit qu’il fallait tout démonter, je lui ai dit que ce n’était pas nécessaire. Mais, voilà, il est comme cela. Les temps actuels sont difficiles pour des métiers comme le sien, même s’il ne me l’a pas dit, mais il garde intacte la passion pour son métier. J’admire ; Ali est aussi un sage. Je ne peux que lui souhaiter un beau chemin.
Adresse d’Ali : 3, sente des Dorées, 75019 Paris. Son numéro de téléphone : +33 7 666 09 229. Son lien vers Facebook : https://www.facebook.com/nasr.ali.9828.
Liens vers d’autres articles où réparations et rangement = mettre de l’ordre en soi. C’est sûr qu’à chaque fois que nous réparons et rangeons quelque chose, il y a une correspondance en nous :
Comme on le voit dans le titre, cette rubrique concernait jusqu’ici les commerçants. Cette fois-ci, c’est l’une des rues les plus anciennes de Neuchâtel qui me conduit hors du chemin, pour ainsi dire !
Dans l’article précédent, je raconte l’histoire de la fresque peinte par un groupe de trois artistes plasticiens engagés par la Ville et par moi en tant que volontaire.
Un geste malheureux. Alors qu’on finissait de peindre la fresque, l’entreprise Facchinetti a été mandatée pour faire un travail à la rue du Neubourg, celle qui fait un angle droit en haut de la rue des Chavannes. J’ai parlé avec les travailleurs et leur ai raconté que j’avais eu le plaisir de rencontrer M. Gilbert Facchinetti (voici l’article sur lui). À chaque fois que je parle avec des travailleurs de l’entreprise, je me sens en famille. Nous finissons et quelques jours après, l’entreprise finit aussi son travail mais l’un des ouvriers a un geste malheureux : il verse un seau de ciment liquide sur les marches de la rue et en partie sur la fresque.
Des commerçants me signalent l’affaire et sachant que j’aime bien arranger des situations compliquées s’adressent à moi. Comme j’avais déjà deux autres « affaires » sur les bras, je demande à une autre commerçante de s’en charger. On lui promet une réponse ; le mois d’août passe, celui de septembre est passablement entamé et toujours rien. Deux autres interventions faites par moi à d’autres services restent également sans résultat.
Facchinetti S.A. Finalement, je prends contact avec l’entreprise et tombe sur le conducteur de travaux de l’entreprise. Je lui dis que je suis un peu ennuyée de le déranger. Il répond d’une façon si aimable que je lui raconte l’affaire comme si on était dans une pièce de théâtre bien écrite. Le ton est on ne peut plus aimable. On se donne rendez-vous et il me dit qu’effectivement, il faut faire quelque chose.
Voici les traces… Les commerçants qui m’ont signalé l’affaire sont des personnes qui prennent soin de leur magasin et de leur devanture. Ce n’est pas le cas de tout le monde ni du public actuel qui jette des choses par terre sans se poser de questions. Ne me dites pas que c’est une minorité. Il faudrait demander au service de la Voirie ce qu’il ramasse tous les matins… Dans le cas présent, les commerçants paient aussi une taxe pour pouvoir mettre une enseigne ou une décoration sur la voie publique et de voir cette tache, les rendait de mauvaise humeur.
Heureusement, le collaborateur de chez Facchinetti a été d’une compréhension qui m’a fait presque me sentir dans un autre monde. Il est d’accord avec moi pour dire qu’on ne jette rien par terre.
Quelque temps après, on voit un travailleur de l’entreprise racler avec une brosse spéciale et nettoyer la tache en question. Il passe une journée entière sur « l’ouvrage » !
Je rappelle le conducteur de travaux pour le remercier. C’est par lui que j’apprends que le travailleur a passé une journée à défaire ce qu’il avait fait. Ah, le même ouvrier qui a eu le malheureux geste ? demandé-je. Oui, je n’allais pas envoyer quelqu’un d’autre, répond le responsable.
Je n’en reviens pas. Il me dit aussi que l’histoire a fait le tour de l’entreprise et que des apprentis sont allés « voir » le travailleur sur place.
Exemplaire ! Oui, je trouve ce comportement exemplaire, tant de la part du responsable, que de celle du travailleur. Cela arrive à tout le monde de faire des erreurs, me dit le responsable. Oui, lui rétorqué-je ; et c’est ce qui me rassure parce que je fais aussi des erreurs. Quand je fais des « remarques » à quelqu’un, je me mets à sa place. Mais, réparer… c’est si hors du commun. Je ne peux que vous remercier, vous, votre travailleur et l’entreprise. M. Facchinetti serait content ! Le responsable sait que j’ai connu M. Facchinetti et me rappelle que des photos de lui décorent les murs de l’entreprise. Je le sais et pourtant c’est comme si c’était la première fois que je l’entendais. J’aime ma ville et les gens qui font quelque chose pour elle. Bref, comme disait mon copain de classe, William, Shakespeare de son nom de famille, « Tout est bien qui finit bien ». J’espère que vous avez eu un tel copain aussi, car il me rend de grands services !
J’avais écrit un autre article sur les travailleurs manuels où l’entreprise Facchinetti est aussi citée, je le joins dans ma liste d’en bas :